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3 avril 2025
Opinions
Par Hamidou ANNE
AU G20, LE PLAIDOYER DE MACKY SALL POUR L’ALLEGEMENT DE LA DETTE
Olusegun Obasanjo, Macky Sall, Joyce Banda, Jakaya Kikwete, Nana Akufo-Addo et Ameenah Gurib-Fakim, Hailemariam Desalegn et Yemi Osinbajo se sont réunis autour de l’Initiative des leaders africains pour l’allégement de la dette (Aldri)
Ce 27 février 2025, les anciens présidents Olusegun Obasanjo, Macky Sall, Joyce Banda, Jakaya Kikwete, Nana Akufo-Addo et Ameenah Gurib-Fakim, l’ancien Premier ministre Hailemariam Desalegn et l’ancien vice-président Yemi Osinbajo, réunis autour de l’Initiative des leaders africains pour l’allégement de la dette (Aldri), ont signé «La Déclaration du Cap», pour «une action audacieuse et urgente en vue d’un plan global d’allégement de la dette pour l’Afrique et d’autres pays en développement victimes du fardeau excessif de la dette».
«Plus de la moitié de la population africaine vit dans des pays qui dépensent plus en paiements d’intérêts qu’en éducation, en santé ou en climat.»
En vue de relever les défis des Odd des Nations unies, de l’Agenda 1963 de l’Ua et de l’Accord de Paris sur le climat, l’Afrique a besoin de mécanismes spécifiques, afin de bénéficier de financements innovants, à faible coût et à des conditions favorables à son économie.
Les leaders de l’Aldri proposent deux volets : une restructuration globale de la dette des pays fortement endettés et une réduction du coût du capital pour tous les pays en développement.
Parmi les signataires de la Déclaration du Cap, figure en bonne place le Président Macky Sall dont l’agenda international, durant ses deux mandats à la tête du Sénégal et ensuite dans le cadre du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), s’est toujours inscrit dans le cadre d’une refonte du système économique et financier mondial, avec un axe majeur relevant de l’allègement et de la soutenabilité de la dette.
L’aide au développement a montré ses limites ; elle n’est pas efficace pour réduire les écarts entre pays en développement et nations industrialisées. L’Afrique, pour relever les défis de l’émergence, a besoin d’un volume massif de capitaux, qui proviendrait des investissements directs étrangers et d’une dette soutenable.
Encore sur ce sujet de la gouvernance mondiale, le Sénégal, sous Macky Sall, a toujours été au cœur de la réflexion et de l’action pour la transformation des économies africaines. Le lancement du Plan Sénégal émergent, en 2014, répondait à l’impératif de changer la structure des politiques publiques. Jusque-là réduites à l’enjeu de la réduction de la pauvreté, les politiques publiques sénégalaises se structuraient désormais autour d’une vision conquérante, celle de l’émergence dont la condition sine qua non était la création d’une croissance génératrice d’emplois et d’inclusion sociale. Le Pse a pu obtenir un soutien conséquent de la Communauté internationale, avec la tenue de deux groupes consultatifs où le Sénégal a mobilisé des engagements de près de 4000 milliards de francs Cfa pour la phase 1 et 7356 milliards pour la phase 2.
Cette confiance des partenaires publics et privés était due à la crédibilité de la signature du Sénégal, à la solidité et la cohérence de son plan de développement et au sens du leadership qu’incarnait notre pays.
Transformer le visage de son pays, élaborer une ambition de rattrapage notamment infrastructurel, réinstaurer l’espoir face au fatalisme du sous-développement nécessitent une volonté prométhéenne, mais aussi une confiance en interne et en externe. Celle-ci permet d’engager les composantes de la Nation autour d’une politique de l’émergence et les partenaires pour investir et accorder des prêts conséquents. Face aux tenants de slogans d’estrade et aux théoriciens du misérabilisme, il faut rappeler une évidence : il n’y a pas d’alternative à la dette et à l’attrait de capitaux massifs pour relever les défis des infrastructures, de l’industrialisation, de l’emploi en vue de créer les conditions d’une prospérité partagée.
L’Afrique, comme l’a rappelé récemment le Président Sall lors de sa Keynote speech lors d’un panel de l’Atlantic Council, est une terre de ressources incommensurables, notamment par la jeunesse de sa population dans un monde qui vieillit, les ressources naturelles, les immenses espaces de terres arables, les cours d’eau et la vitalité créatrice de ses jeunes et ses femmes. Ce sont autant de potentialités qui peuvent nuancer les défis nombreux mais pas insurmontables. L’heure n’est pas au fatalisme ni au repli sur soi, encore moins à l’apitoiement. Un chef, c’est d’abord la compétence, la crédibilité et le prestige ; c’est aussi un propulseur d’espoir et un embrayeur de récits d’espérance, qui chasse les démons de l’apathie et du découragement.
Pendant douze ans, le Sénégal sous Macky Sall a pesé en Afrique et dans le Sud Global sur la réforme de la gouvernance mondiale. Dakar a été un centre névralgique pour imposer le sujet de la dette, sa structure, les possibilités qu’elle offre, mais aussi les potentialités de développement que son service obère pour des dépenses sociales, notamment dans des secteurs vitaux comme l’éducation, la santé, la culture et le sport. Le Président Sall a plusieurs fois interpellé les pays industrialisés sur des aspects concrets de la dette liés aux taux d’intérêts dont les paiements prennent une part conséquente dans les budgets nationaux.
Il y a également le sujet relatif aux délais de remboursement, car pour des infrastructures qui doivent changer la vie de plusieurs générations, les créanciers réclament des délais de paiement trop courts. Or, aucun pays n’a relevé le défi du développement à travers une stratégie à court terme ; l’architecture de la dette doit épouser les contours du long terme en vue de son efficacité, de son efficience et pour lui permettre d’avoir un impact auprès des populations, notamment les jeunes et les femmes.
Il faut aussi aborder la question lancinante des primes d’assurance très élevées -parfois jusqu’à 15% pour les mieux lotis-, et que rien ne justifie quand il s’agit de l’Afrique. Sur ce sujet précis, il faut rappeler, pour la dénoncer, une grande injustice. La «prime à l’Afrique» est un mécanisme inique qui surévalue le continent en matière de risque. Or, une étude de Moody’s révèle que le taux de défaut sur les projets d’infrastructures est plus faible en Afrique qu’en Asie et en Amérique latine.
Propulser une ambition, faire preuve de leadership et porter la flamme de l’espoir ont aussi une valeur relative à l’atténuation de la perception du risque. Mais le nouveau dogme de gouvernance érigé au Sénégal, qui veut que les autorités en charge vilipendent leur pays, accusent leur administration de maquillage de comptes et entonnent la mélodie sinistre d’un «Etat en ruine», apporte le discrédit, éloigne les investisseurs et soumet le Sénégal à la dure loi de l’ajustement structurel. Ainsi, à la suite de sorties malheureuses des actuelles autorités, Moody’s a immédiatement abaissé à deux reprises la note souveraine du Sénégal. La note B3 promet aux Sénégalais des lendemains troubles, si un infléchissement dans le discours et la pratique ne s’opère rapidement.
Gouverner c’est agir, ce n’est pas la loi du bavardage permanent. Le Sénégal a une tradition d’hommes d’Etat qui, face aux défis de leur époque, ont toujours pris leurs responsabilités, conformément au rôle que le pays a toujours joué en Afrique et dans l’ancien périmètre du Tiers-monde, désormais le Sud Global. En appelant à un Consensus de Dakar, en décembre 2019, au sujet d’une réforme de la dette, en présence de nombreux chefs d’Etat et du Fmi, le Président Sall visait une soutenabilité de la dette africaine pour desserrer l’étau des créanciers sur nos économies fragiles.
Comme président en exercice de l’Union africaine, le Président Sall a multiplié les discours et actions en faveur de la facilitation de l’accès aux capitaux, pour construire des infrastructures de développement ; et ceci conformément au sens de l’histoire car l’Europe, après la Guerre, a été reconstruite grâce à un volume de prêts à des conditions avantageuses. L’Allemagne, par exemple, a pu asseoir une économie forte et dynamique du fait, entre autres, de la restructuration et la réduction à 62% de sa dette dans le cadre de l’Accord de Londres de 1952.
Au surgissement de la pandémie du Covid-19, Dakar a pris le leadership de la campagne internationale pour l’annulation de la dette des pays africains. Selon un rapport de la Banque mondiale, «les pays en développement ont dépensé un montant inédit de 1400 milliards de dollars au titre du service de leur dette extérieure, la charge des intérêts ayant atteint en 2023 son niveau le plus élevé depuis vingt ans. Les paiements d’intérêts ont augmenté de près d’un tiers et se sont élevés à 406 milliards de dollars, grevant dans de nombreux pays les budgets pouvant être alloués à des domaines critiques tels que la santé, l’éducation et l’environnement».
Pour la Banque africaine de développement, «l’Afrique a payé 163 milliards de dollars au titre du service de la dette en 2024». Ce chiffre était de 61 milliards de dollars de 2010. L’institution précise que «la structure de la dette africaine a changé de façon spectaculaire. Alors que la dette bilatérale représente désormais 27% de l’endettement, contre 52% en 2000, la dette commerciale compte pour 43% de l’endettement total (20% en 2000)».
Pour finir, un mot sur l’actualité sénégalaise qui, avec ce régime, prend les allures d’un fait-divers permanent, loin des grandes concertations mondiales en ce moment à Cape Town. Le rapport de la Cour des comptes, en dépit d’une méthodologie douteuse et des conclusions hâtives et confuses, n’est point alarmant sur le sujet de la dette, que même le ministre de l’Economie a jugé «soutenable», malgré les harangues vaines de son Premier ministre.
Le Sénégal s’est endetté non pour des dépenses de prestige, mais pour financer son développement. La dette utile du pays est visible et matérialisable partout. Elle est dans les rames du Ter, les bus du Brt, les amphithéâtres des universités, les salles d’urgence des hôpitaux, les 2000 MW d’électricité produite en douze ans -le Sénégal était à 500 MW en 2012-, les milliers de kilomètres de routes, d’autoroutes, de pistes rurales de production, les navires et avions qui désenclavent la Casamance, les Datacenter… Le Sénégal, sous le Président Macky Sall, s’est donc endetté pour financer des investissements structurants dont la finalité exclusive est la transformation structurelle de l’économie, la croissance et la génération d’un capital humain capable de conduire notre pays à l’émergence. Le Sénégal de ces douze dernières années a ainsi pu inspirer une respectabilité sur la scène internationale au regard de l’ambition qu’il a propulsée à la face du monde.
C’est cette respectabilité, acquise successivement depuis le Président Senghor jusqu’au Président Sall, qui confère à ce dernier cette place au cœur de la réforme de la gouvernance internationale.
«L’allègement de la dette n’est pas une charité. C’est un investissement dans un avenir prospère, stable et durable -pour l’Afrique et l’économie mondiale.»
C’est à Cape Town, au G20 présidé pour la première fois par un pays africain, que se joue actuellement le destin du monde, dans un moment de fractures et d’incertitudes dans le Sahel, de retournement américain sur l’Ukraine, d’inquiétude sécuritaire européenne et de promesse africaine de prospérité.
Macky Sall, théoricien du «multilatéralisme inclusif», est partie prenante d’un monde où toutes les cartes se rebattent, loin, très loin des querelles picrocholines partisanes. Et c’est toujours le Sénégal qui gagne, n’en déplaise aux esprits étriqués mus uniquement par la négation du Sénégal.
Hamidou ANNE
Militant de l’Alliance pour la République
Par Fara Njaay
DE FARA NJAAY AUX POETES ZACHARIA SALL ET AR GUENS JEAN MARY
Coin des lettres - Que nul n’entre ici s’il n’a pas de poésie dans son cœur
Poètes, mes semblables… Hommes de rien, mais de tout, vous qui savez poser les mots justes sur les émotions les plus profondes, recevez ma part de poésie. D’humanité !
Sans vous rappeler – à tous les deux – que lorsque j’ai lu vos textes si puissants, si vrais, j’ai été en proie au doute quant au destin de l’humanité. D’une part, vous vous indignez face à un acte barbare qui s’est récemment déroulé en Haïti : un gang a brûlé vif un bébé de deux mois sous les yeux de sa mère. Quelle horreur ! D’autre part, vous semblez poser la question de la place de la poésie dans un monde qui se déshumanise. Qui se défait.
Le fait est là, la question cruciale. Tout se joue en cet instant fragile. Le silence face à cette situation serait un abîme. Je me réjouis donc de savoir que vous, poètes, accordez une place à la souffrance des autres. Mieux encore, vous portez un regard empreint d’empathie sur la misère humaine. Voilà l’une des raisons, parmi mille autres, qui donnent à la poésie tout son sens. Son prestige
Je suis contraint de dire que le poème ne pèse rien face aux armes. Néanmoins, il demeure un puissant souffle qui brave le chaos. Et même si la poésie n’est pas une voix dominante dans ce monde, elle est une voix qui compte. Quand les cœurs sont étreints, les lumières éteintes, elle reste la dernière braise dans l’hiver des âmes.
Poètes, mes semblables…
En lisant, de manière croisée et sensée, vos textes, j’ai retenu trois mots qui, me semble-t-il, condensent tout l’esprit de vos propos : vivre, espoir et poésie. Vivre, c’est avoir l’audace de combattre les dangers. Danser avec le vent des défis. Senghor avait déjà senti, en 1950, qu’il était urgent de protéger l’homme contre la tyrannie des robots. Cela nécessite un combat… L’espoir ? Je crois qu’il est une force spirituelle qui donne sens à notre vie. Il est la douce lumière qui perce l’obscurité. Une étincelle qui ranime les cœurs fatigués et ouvre la voie vers un avenir insoupçonné. « L’espérance luit comme un brin de paille dans l’étable », écrivait Jules Supervielle. Et la poésie, au-delà d’un art, traduit les émotions les plus profondes, les pensées les plus universelles. Cette idée me fait penser à Paul Laurence Dunbar, Claude McKay, Langston Hughes et Sterling Brown. Tous des poètes renaissants. Renaître, c’est le maître mot. Pour cela, il nous faut du courage. De l’audace !
Bref, suivant ce triptyque, les hommes ont l’obligation de vivre poétiquement dans l’espoir. Bien sûr, pour que le monde ne se défasse pas… s’il en est encore temps. J’espère qu’il en soit ainsi. Ce qui est certain, dans l’espace fracturé du monde moderne, où le sacré et le numérique s’entrelacent dans le ballet silencieux des algorithmes, il nous faut encore plus de voix pour explorer les fondements qui régissent nos vies.
Chers amis poètes...
Je dois maintenant vous dire que, tant qu’un seul vers subsiste, tant qu’un seul cœur écoute, l’humanité n’est pas entièrement perdue.
UN LEVIER ESSENTIEL CONTRE LA DESINFORMATION AU SENEGAL ET AU KENYA
En tant que spécialistes des médias et de la communication de masse, nous avons mené une étude afin d’évaluer l’efficacité des stratégies de lutte contre la désinformation et les pratiques de factchecking
La diffusion de la désinformation n’est pas une nouveauté en Afrique mais, ces dernières années, le rythme et le volume des “fake news” (fausses nouvelles lancées en connaissance de cause le champ médiatique) ont pris des proportions plus larges et plus inquiétantes. Des études ont montré que les Africains sont exposés à la désinformation de façon régulière. Or, sur le continent, déterminer la véracité des informations accessibles revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Face à ce défi, le fact-checking (vérification des faits) et l’éducation aux médias sont souvent présentés comme des remparts.
En tant que spécialistes des médias et de la communication de masse, nous avons mené une étude afin d’évaluer l’efficacité des stratégies de lutte contre la désinformation et les pratiques de factchecking. Cette recherche repose sur 42 entretiens réalisés en 2021 avec des professionnels des médias au Kenya et au Sénégal.
Les participants sont soit des journalistes, des spécialistes de fact-checking ou acteurs influençant les politiques médiatiques (fonctionnaires du gouvernement, employés de think tanks, universitaires).
Le fact-checking : pratiques et perception
Au Kenya comme au Sénégal, le factchecking s’impose comme stratégie de réaction contre la désinformation. Les fact-checkeurs et les journalistes sont au premier rang pour vérifier et déterminer l’exactitude des informations partagées en public (par exemple, la vérification des publications faites par les utilisateurs des réseaux sociaux) ou des contenus créés au niveau interne pour être diffusés par l’entreprise de presse. Les services de fact-checking les plus populaires utilisés par les participants sont PesaCheck, Piga Firimbi et AfricaCheck.
Dans ces deux pays, les méthodes de vérification reposent sur le recoupement des sources différentes et l’utilisation d’images et de vidéos. Les fake news les plus répandues ont trait à la politique et aux sujets d’ordre sanitaire. Les informations vérifiées sont disséminées sous divers formats à travers des reportages, des publications sur les réseaux sociaux et la production de courtes vidéos sur des contenus qui ont été authentifiés.
Le recoupement de l’information
Notre étude montre que les professionnels des médias au Sénégal et au Kenya recoupent les informations avant leur diffusion. Ce processus implique la consultation de sources primaires ainsi que le recours à des experts pour éclairer et contextualiser les contenus à vérifier. Les participants définissent les experts comme des spécialistes dans un domaine particulier ou des personnes qui font des contributions régulières sur le sujet à travers les médias.
En plus de la vérification des informations auprès des sources et des experts, on note une tendance émergente au niveau des entreprises de presse qui consiste à créer des desks dédiés au fact-checking pour vérifier les informations avant leur diffusion. Pour éviter que les journalistes et rédacteurs ne diffusent de fausses informations, les participants des deux pays étudiés révèlent que les organes de presse ont formé leurs employés à l’utilisation d’outils de vérification.
La vérification des images et des vidéos
Les images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux mêlent souvent vérités et manipulations. Pour vérifier ces contenus, les professionnels font usage de techniques de recherche d’images inversées, une technique rendue possible par la géolocalisation et l’existence d’un grand nombre d’images disponibles en ligne que les fact-checkeurs peuvent comparer. L’outil de recherche inversée de Google est le plus utilisé.
En effet, la géolocalisation à travers Google Maps permet de situer le lieu exact où une image a été prise et le comparer au lieu indiqué sur le contenu à vérifier. Pour les vidéos, les professionnels utilisent un outil appelé InVID qui permet de générer les images d’une vidéo. Ces images sont ensuite géolocalisées par le moyen d’une technique de recherche d’images inversées.
Perceptions sur l’efficacité de la vérification des faits
Les professionnels des médias des deux pays perçoivent la vérification des faits comme une stratégie efficace qui devrait être encouragée pour lutter contre la désinformation. Le fact-checking est un moyen efficace pour vérifier les contenus, même s’il est essentiel de prendre en considération l’importance de la liberté d’expression et d’éviter que le gouvernement ou le secteur privé soient responsables de l’exactitude des informations partagées sur les plateformes médiatiques.
La plupart des participants ont loué les actions des entreprises de réseaux sociaux comme X (ancien Twitter) et Facebook visant à restreindre les fausses informations partagées par l’ancien (actuel) président américain Donald Trump. En dehors de ces avis favorables, beaucoup de critiques pensent que les entreprises de réseaux sociaux font peu d’actions pour contrecarrer la désinformation. D’ailleurs la récente décision du groupe Méta de mettre fin à son programme fact-checkeurs et de le remplacer par des notes de la communauté pourrait conduire à une nouvelle prolifération des fausses informations sur les plateformes du groupe propriétaire de Facebook, Instagram, Threads, and WhatsApp.
L’éducation aux médias : pratique et perceptions
Former le public sur comment vérifier les contenus est une mesure proactive qui aide à freiner la dissémination de la désinformation en impliquant le plus grand nombre, en plus des professionnels des médias. De cette façon, les professionnels partagent avec le public les procédés de vérification des faits qu’ils utilisent comme une forme d’éducation aux médias. Au Kenya, les organes de presse produisent des vidéos et des tutoriels sur la façon de vérifier les informations diffusées sur internet. Africa Check aussi réalise des productions sur les méthodes de vérification des informations.
Les organisations de fact-checking telles que Africa Check et les organes de presse jouent un rôle crucial non seulement dans la vérification des contenus mais aussi la formation des consommateurs de contenus sur comment vérifier les informations avant de les partager sur les réseaux sociaux ou leurs applications de discussion. Ainsi, les vidéos sur l’éducation aux médias sont traduites en langues locales pour mieux faciliter leur consommation par le public. Elles deviennent accessibles aux créateurs de contenus et aux consommateurs qui ne comprennent pas le français ou l’anglais.
Au Sénégal, Africa Check a noué un partenariat avec une station de radio communautaire pour offrir des formations en éducation aux médias dans une langue locale. L’initiative consiste à vérifier des faits, traduire les articles en langue nationale Wolof et ensuite partager les informations sur WhatsApp. Grâce à ce partenariat avec une radio communautaire locale, les éléments partagés sur WhatsApp sont diffusés auprès des auditeurs pour atteindre un public souvent négligé par les médias mainstream.
Perception sur l’efficacité de l’éducation aux médias
L’éducation aux médias est perçue par les personnes interrogées comme une stratégie proactive qui peut donner au public une certaine autonomie lui permettant d’exercer lui-même son esprit critique et de vérifier lui-même les faits. Promouvoir l’éducation aux media peut renforcer la perspicacité du public, lui permettre de faire du fact-checking, vérifier des contenus, et corriger de fausses informations s’il est motivé à le faire.
Les journalistes et les fact-checkeurs du Kenya et du Sénégal ont exprimé la même perception, en insistant sur l’importance de l’éducation aux médias pour juguler la diffusion des fausses informations. En outre, ils ont insisté sur le fait que l’éducation aux médias n’est pas seulement importante pour le public. Pour réussir dans le combat contre la désinformation, les professionnels des médias ont aussi besoin de formation pour rester au fait des changements technologiques et des stratégies et techniques utilisées par les propagandistes de la désinformation.
La vérification des faits et l’éducation aux médias sont ainsi considérés comme complémentaires et efficaces. Les professionnels des médias suggèrent une approche hybride qui combinerait les deux méthodes de façon à permettre aux consommateurs des médias d’être des usagers critiques, en disposant d’une bonne compréhension des techniques de vérification des faits.
Des limites difficiles à surmonter
Cependant la mise en pratique de ces approches se heurte à plusieurs obstacles, notamment la réticence des responsables gouvernementaux à répondre aux demandes d’information, souvent par crainte d’une vérification critique de leurs déclarations. La diversité culturelle et linguistique en Afrique représente un autre défi pour les professionnels des médias, d’autant que la traduction des contenus vérifiés en langues locales n’est pas chose aisée et requiert beaucoup de temps et des moyens financiers conséquents.
Par ailleurs, au Sénégal et au Kenya, tout comme dans beaucoup de pays d’Afrique, l’éducation aux médias n’est pas encore inscrite dans les programmes d’enseignement. Investir dans des programmes d’éducation aux médias dans les écoles va nécessiter des activités de traduction et d’interprétation, qui somme toute, posent de sérieux défis en termes d’expertise, d’argent et de temps.
En plus de la création des desks de factchecking dans les rédactions et la sensibilisation du public sur les dangers de la désinformation, la promotion de l’éducation aux médias à tous les niveaux (médias, mosquées, églises, entreprises, écoles, universités,) devrait être une priorité absolue.
A cet égard, l’école, à côté des médias, devrait être la pierre angulaire malgré les coûts que cela pourrait induire. A défaut d’en faire un programme d’enseignement en bonne et due forme, l’organisation de semaines des médias à l’école, comme c’est le cas dans des pays comme la France, pourrait constituer un pas décisif dans cette direction.
Par Ibou FALL
LA CASAMANCE, COMBIEN DE VOYOUCRATIES ?
Combien d'accords de paix déjà signé avec le Mfdc ? Soit l’Etat dont la mission est de maintenir l’ordre et la souveraineté dans toute la République, en est capable ; soit il ne l’est pas et doit lâcher les régions qu’il ne peut plus administrer
On efface tout et on recommence ? Le «meilleur Premier ministre de tous les temps», selon son employeur, vient de faire un saut de puce cette semaine à Bissau, pour y signer un énième accord de paix avec l’un des multiples chefs de faction du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc), César Atoute Badiate. Une des têtes brûlées de la région qui n’iront sans doute pas en vacances avec le mystérieux Salif Sadio, qui aurait apparemment sept vies… César Atoute Badiate, son lieutenant dans une autre vie, tentera de le dégommer pour prendre le commandement de la faction armée.
Depuis, ils se regardent en chiens de faïence.
Ironie du sort : au même moment, le Général Souleymane Kandé, celui-là même qui nettoie méticuleusement les poches de rébellion il y a de cela peu, est envoyé au placard en Inde.
Des accords de paix, combien l’Etat sénégalais en signe-t-il avec le Mfdc ? Déjà, en 1991, les députés du Pds dont Laye Diop Diatta et Oumar Lamine Badji, conduits par Marcel Bassène, réalisent l’exploit de rencontrer les chefs rebelles dans le maquis et obtiennent qu’ils déposent les armes.
C’est l’hebdomadaire du mardi d’alors, Le Témoin, qui annonce la bonne nouvelle. Ces braves députés prennent contact avec la présidence de la République qui engage des discussions. Marcel Bassène et ses collègues sont en première ligne pour conduire les négociations de paix en Casamance qui finissent par les «Accords de Cacheu».
Un bien pour un mal ? Crise au Pds : son patron, Me Abdoulaye Wade, tout nouveau ministre d’Etat à la présidence de la République, est furieux… Le bénéfice politique de cet exploit lui aurait bien servi à plastronner, parce qu’il ne sert à presque rien à la Présidence. Certes, il a ouvert le bal de la Croix Rouge avec Elisabeth Diouf cette année-là. C’est la rare mission d’importance qu’on lui confie…
Sauf que les députés de Casamance lui gardent alors un chiot de leur chienne. Ils ne sont pas représentés dans le gouvernement alors que si le Pds a une base affective en dehors de Dakar, c’est bien dans le Sud. Ils lui remontent les bretelles à son domicile sans ménagement, en attendant de solder leurs comptes.
Là, c’est fait…
A l’époque, les figures mythiques des combattants du Mfdc sont, entre autres, Sidy Badji et Léopold Diatta. L’Abbé Augustin Diamacoune, figure tutélaire du mouvement indépendantiste, vient de sortir de prison depuis une loi d’amnistie qui les élargit, lui, les combattants du Mfdc et les poseurs de bombes de 1988. L’Histoire nous prouvera que ce n’est pas la meilleure idée du moment…
Des accords de paix qui ne seront jamais respectés, le Mfdc et l’Etat du Sénégal en signent plusieurs : en 1991, 2001, 2022 et, derniers en date, 2025.
La vérité est plus prosaïque : quand des citoyens décident de prendre les armes contre leur pays pour remettre en question l’intégrité territoriale, il n’y a plus lieu de discuter… Soit l’Etat sénégalais dont la mission régalienne est de maintenir l’ordre et la souveraineté dans toute la République, en est capable ; soit il ne l’est pas et doit lâcher les régions qu’il ne peut plus administrer.
Ça ne se discute pas.
De tout temps, la guerre et la zizanie engendrent des économies qui enrichissent les marchands de paix. Des «messieurs Casamance», des repentis au train de vie onéreux, des intermédiaires trop zélés pour être honnêtes, cela fait bien quatre décennies que la rébellion en entretient. Passons sur les droits-de-l’hommiste à l’indignation intéressée, qui se font leur beurre au passage, la zone de non-droit dont l’économie se base sur le trafic de chanvre indien, de bois et de la noix de cajou, les queutards aux droits de cuissages gratuits, le racket légitime au nom de la noble cause…
Lorsque les rebelles déposent les armes en 1991, ça n’a rien à voir avec une brusque prise de conscience : à l’époque, le Général Abdoulaye Dieng, Gouverneur militaire de Ziguinchor, ne fait pas dans le détail. Il pousse le sens de l’honneur jusqu’à emmener avec lui sa famille à son lieu d’affectation, parce que son pari est de faire de la région une zone sûre où ses enfants iront à l’école et les citoyens pourront dormir fenêtres ouvertes… La légende voudrait qu’une importante colonne du Mfdc venant de Guinée-Bissau, coincée lors d’un passage, aurait été décimée par l’Armée sénégalaise, laissant les irrédentistes quasiment sans force.
La médiation des députés du Pds tombe-t-elle alors à pic ? Le Général Dieng, si ça ne tenait qu’à lui, terminerait le travail… Sauf que les députés du Pds s’interposent pour organiser la paix.
On ne saura jamais vraiment quels liens le Pds et le Mfdc tissent contre le régime de Abdou Diouf. Tant que Léopold Sédar Senghor est au pouvoir, Abdoulaye Wade, comme Augustin Diamacoune Senghor, respecte la République. Aucune foucade, pas d’excès.
Est-ce le placide Diouf qui les énerve ?
En 1993, en pleine Présidentielle, alors que la rébellion casamançaise fait des siennes, le candidat Wade déclare urbi et orbi que pour battre campagne dans le Sud, il n’a pas besoin de protection, il y est chez lui. Certes, sa mère, Aïda Dabo, est du Sud. Mais ça ne suffit pas à expliquer qu’il s’y sente autant en confiance…
Les années Wade ne serviront à rien : des mallettes distribuées à quelques repentis ne font pas la paix. C’est vrai, un général bissau-guinéen trop zélé à soutenir la rébellion meurt de manière bizarre dans le maquis, et les rebelles doivent déménager chez Yahya Jammeh pour maintenir leur standing.
S’il faut retenir de la gouvernance de Macky Sall un bilan positif, c’est bien sûr la question casamançaise.
Chapeau bas, de mauvaise grâce…
La première mesure stratégique aura été de virer Yahya Jammeh du pouvoir en Gambie, dès 2016. Puis, le pont de Farafégny qui rend le sentiment d’appartenance à une même Nation aux deux parties : venir du Nord et partir du Sud deviennent si faciles…
Confier au p’tit Colonel Souleymane Kandé la Zone Sud, ce n’était pas con ? Un homme d’honneur qui fait le ménage et nettoie les poches les plus sordides de cette voyoucratie : grottes de munitions, plantations de chanvre indien, trafic de bois… Rien n’échappe à la rigueur de ces gens d’armes qui réduisent à néant cette délinquance institutionnalisée sous le vocable de rébellion.
Lorsque le pétrole et le gaz sénégalais passent de simples vues de l’esprit à projets nationaux, dans le monde, ça donne des idées. La rébellion casamançaise, par exemple, pourrait servir de Cheval de Troie, en plus de quelque politicien aussi exalté que cupide, capable de drainer du monde. Pourquoi négocier avec des gens qui ont pris les armes contre leur pays ? Les traitres, on les passe par les armes.
par Thierno Guèye
APPEL À LA DÉSOBÉISSANCE SYNDICALE
EXCLUSIF SENEPLUS - De quelle légitimité peuvent se prévaloir ces leaders syndicaux pour nous inviter à suivre des mots d’ordre de grève dans le contexte manifeste de crise actuel dont la gravité est sans précédent ?
Alors que notre pays est à l'agonie, ceux qui devaient se retrousser les manches et se serrer la ceinture pour le tirer d'affaire ont pris la décision ferme de l'achever, malgré le diagnostic sans appel de ses médecins.
Dans le contexte critique actuel, qu’aucun leader syndical, quel que soit son bord, n’ait l’outrecuidance de nous demander de faire grève après le carnage financier que vient de subir le Sénégal sous le régime de Macky Sall et la profonde crise démocratique que nous venons de traverser.
Notre conviction profonde est que l’ex-président avait un plan machiavélique de déstabilisation du Sénégal en vue de confisquer le pouvoir en dépit de la lettre et de l’esprit de la Constitution. À cette fin, la manipulation éhontée des syndicats ne fut qu'un volet, après l'achat d'armes dissimulées à hauteur de plusieurs dizaines de milliards, si l'on en croit les révélations du quotidien Yoor-Yoor (26 janvier 2023, N° 00061) et d’autres organes de presse de la place à ce sujet. À cela s’ajoute la corruption de fonctionnaires partisans nommés à des postes stratégiques dans les appareils exécutifs et judiciaires. L’ex-président Sall est certes parti, mais les effets de son projet funeste continuent à nous hanter tout en faisant des ravages dans tous les secteurs de la vie socio-économique. Si nous ne sommes pas vigilants, il réussira à déstabiliser notre pays en tirant les ficelles de l'extérieur. Seuls notre loyauté au Sénégal et notre engagement pour sa libération permettront de déjouer ce plan machiavélique et hautement criminel. Notre pays va mal ! Notre pays est au bord du gouffre ! Nul ne saurait l'ignorer.
Alors que nous venons d’apprendre que notre pays, après avoir subi des assauts d’une violence inouïe de la part de Macky Sall et ses acolytes, est au bord de la banqueroute, des camarades syndicalistes se permettent d’inviter nos collègues à la grève, comme si le rapport de la Cour des comptes et ceux des autres corps de contrôle n’avaient jamais existé. C’est à se demander si ces agitateurs sont des Sénégalais et s’ils sont au courant des jours sombres que notre pays est en train de traverser.
De quelle légitimité peuvent se prévaloir ces leaders syndicaux pour nous inviter à suivre des mots d’ordre de grève dans le contexte manifeste de crise actuel dont la gravité est sans précédent ?
Ces leaders syndicaux restés bruyamment silencieux quand le peuple avait besoin de les entendre sur les injustices et les exactions qu’il subissait. Ces syndicats universitaires qui ont fait preuve de lâcheté, de fourberie et de déloyauté vis-à-vis de nos collègues et de nos étudiants. Où étaient-ils lorsque l’ex-Recteur Amadou Aly Mbaye et ses acolytes au sein de l’université de Dakar ont pris la décision ignoble de fermer l’université Cheikh Anta Diop pendant l’équivalent d’une année scolaire pour des raisons politiques ? Où étaient-ils lorsque la plupart des organisations de la société civile rejoignaient le F24 pour défendre la démocratie et sauver notre pays des griffes des prédateurs criminels qui l’avaient pris en otage ?
Ces leaders syndicaux, après leur silence infâme lors des évènements qui se sont produits de 2021 à 2024, ont subitement retrouvé un « courage » après l’heure et une « combattivité » sans adversaire dans un contexte où tout danger est écarté et la page des exactions du régime de Macky Sall est définitivement tournée. Leur lâcheté et leur mauvaise foi nous sont insupportables !
Notre exaspération face à l’inertie de nos syndicats était telle que des collègues du Sudes de la Fastef alliés à d’autres camarades du Sudes et du Saes, après avoir interpellé nos secrétaires généraux respectifs en vain, avaient commencé à entreprendre des démarches, et s’étaient même réunis pour créer un troisième syndicat dissident, dans le but de déjouer l’inaction complice de nos centrales respectives. Malheureusement, cette initiative n’avait pas abouti, mais nous invitons les camarades qui avaient été à l’origine de cette idée à se joindre à nous afin de la relancer, en vue de nous sortir des manipulations récurrentes de ces vampires du syndicalisme, collabos du régime déchu, mercenaires et porte-étendards de la nouvelle opposition, qui ne vivent que du sang et de la sueur de leurs pauvres collègues. Quelle infamie !
Nous espérons que cette initiative aboutisse enfin, en vue de contrecarrer les manipulations grossières et antipatriotiques de nos leaders syndicaux actuels. En effet, ces derniers ne peuvent plus nous représenter légitimement, en aucune façon, particulièrement après leur posture dans ce contexte de crise sans précédent qui malmène les fondements mêmes de notre Nation.
Dans les circonstances actuelles, que personne ne compte sur nous pour servir des intérêts occultes qui ne sont pas ceux de notre peuple meurtri, fussent-ils ceux de nos corporations. Les revendications agitées actuellement, quelle que soit leur légitimité, ne sauraient justifier les actions radicales auxquelles nous convient ces sombres syndicalistes, lâches, politiciens encagoulés (mais démasqués) et manipulateurs (mais démasqués). Nous désavouons leurs stratégies de la terre brûlée !
Le Sénégal a besoin de nous et de notre loyauté inconditionnelle. Que ceux qui veulent participer au salut de notre pays se lèvent et combattent fermement ces leaders malavisés, quelle que soit leur corporation, pour mettre fin à cette imposture cynique qui n’a que trop duré !
La désobéissance syndicale et la mobilisation pour le Sénégal, voilà ce à quoi nous appelons tous les citoyens soucieux de l’avenir de ce pays afin que le jub, jubal, jubbanti ne soit pas qu’un vulgaire slogan désubstantialisé, afin que le jub, jubal, jubbanti ne soit pas qu'une simple profession de foi, afin que le jub, jubal, jubbanti deviennent le nouveau visage tant attendu du Sénégal.
Dr Thierno Guèye est Enseignant-chercheur/Formateur à l’Ucad, Syndicaliste .
par Thierno Alassane Sall
PASTEF OPTE POUR LA MAGOUILLE
Le Bureau de l’Assemblée, agissant exclusivement dans l’intérêt de Pastef, vient d’annoncer aux Sénégalais que les crimes commis entre 2021 et 2024 ne seront pas jugés parce que cela coûterait trop cher à l’État du Sénégal
Je viens d’apprendre que le Bureau de l’Assemblée nationale a déclaré irrecevable notre proposition de loi portant abrogation de l’amnistie de 2024, au motif que son adoption aurait un impact budgétaire. Pastef s’agrippe au « coût financier » pour refuser que justice soit rendue et que toute la lumière soit faite.
D’emblée, dans leur précipitation à s’engouffrer dans cette forfaiture, les députés de Pastef membres du bureau ont littéralement violé la procédure législative prévue à l’article 60 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Selon cette disposition, après réception des projets et propositions de loi, le président de l’Assemblée nationale doit en donner connaissance à l’Assemblée, qui en constate le dépôt. Les Sénégalais peuvent eux-mêmes constater que ma proposition de loi n’a jamais été présentée devant l’Assemblée nationale. Le président de cette institution, dans une posture politicienne, a choisi de suivre une procédure qui lui est propre, en violant la loi pour satisfaire des intérêts purement partisans.
S’agissant de la déclaration d’irrecevabilité de ma proposition de loi abrogeant la loi d’amnistie, le régime Pastef s’inscrit une fois de plus dans une logique de banditisme d’État. Pour justifier cette décision, les députés de Pastef invoquent l’article 82, alinéa 2 de la Constitution, qui dispose que : « Les propositions et amendements formulés par les députés ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence, soit la diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique, à moins que ces propositions ou amendements ne soient assortis de propositions de recettes compensatrices. »
Le Bureau de l’Assemblée nationale, agissant exclusivement dans l’intérêt de Pastef, vient donc d’annoncer aux Sénégalais que les crimes odieux commis dans notre pays entre 2021 et 2024 ne seront pas jugés parce que cela coûterait trop cher à l’État du Sénégal. C’est là l’usage le plus absurde du principe d’irrecevabilité financière jamais vu. Une absurdité comparable à celle qui consisterait à opposer ce même principe à une proposition de loi abrogeant la peine de mort, sous prétexte que l’incarcération des condamnés coûterait plus cher à l’État que leur exécution.
Le régime Pastef est tellement prévisible que nous savions qu’il s’accrocherait aux motifs d’irrecevabilité pour refuser l’abrogation de la loi d’amnistie. C’est pourquoi nous avions accompagné notre proposition de loi d’une note sur l’irrecevabilité financière, comme en atteste la lettre de transmission visée par le Secrétariat de l’Assemblée nationale. Dans cette note, nous rappelions que l’abrogation de l’amnistie ne diminuerait en rien les ressources publiques et n’entraînerait ni création ni aggravation d’une charge publique. Le Bureau de l’Assemblée nationale, verrouillé par Pastef, semble ignorer le sens même de cette disposition.
L’adoption de l’abrogation de l’amnistie n’aurait qu’une seule conséquence : la possibilité de juger les faits visés devant les juridictions sénégalaises. Nous avons soutenu qu’il n’y aurait aucune incidence financière majeure, car le Sénégal dispose déjà d’un budget dédié au bon fonctionnement de la justice. Et même si une incidence budgétaire existait, rien ne saurait justifier que la lumière ne soit pas faite sur ces crimes qui ont endeuillé notre pays.
Après leur agitation flagrante à la suite du dépôt de notre proposition de loi, le régime Pastef vient donc de confirmer aux Sénégalais qu’il refuse catégoriquement l’abrogation totale de la loi d’amnistie. Pastef/Jaay Doole opte donc, officiellement, pour la magouille et l’injustice, au vu et au su de tous.
Nous vous donnons rendez-vous ce jeudi lors d’une conférence de presse, pour de nouvelles révélations.
Par Thierno Ndiaye
REPENSER L'ACCES A LA TERRE
L’urbanisme social1, réflexion visant à créer des espaces urbains inclusifs et équitables, se heurte aujourd’hui à un défi majeur : la disponibilité foncière. Dans un contexte de croissance démographique et d’étalement urbain...
L’urbanisme social1, réflexion visant à créer des espaces urbains inclusifs et équitables, se heurte aujourd’hui à un défi majeur : la disponibilité foncière. Dans un contexte de croissance démographique et d’étalement urbain, la question de l’accès à la terre2 devient un enjeu central pour la conception urbaine. La rareté des terrains disponibles en ville, couplée à la spéculation immobilière et la dépossession foncière, complique la mise en œuvre de projets sociaux et durables.
L’urbanisme social vise donc d’un point de vue anthropologique3, à concevoir et à transformer les espaces urbains en tenant compte des dynamiques sociales, culturelles et symboliques qui structurent les communautés humaines. Il s’agit d’une approche qui place les usagers et leurs pratiques quotidiennes au cœur de la réflexion urbanistique, en reconnaissant que l’espace urbain n’est pas seulement un cadre physique, mais aussi un produit social et culturel.
Les résultats de l’enseignante chercheuse Françoise Navez-Bouchanine4 sur les pratiques habitantes et les représentations de l’espace mettent en évidence la nécessité d’une approche anthropologique, pour comprendre les besoins et les aspirations des populations. L’urbanisme social, ainsi envisagé, devient un outil de rationalisation plus adapté aux réalités sociales.
De plus, comme le montre Henri Lefebvre5, l’espace urbain est le résultat d’interactions complexes entre les individus, les groupes sociaux et les institutions. Il est à la fois un lieu de conflits, de négociations, de cohabitation, d’identité et d’appartenance. Et donc, ces engrenages devront davantage être prisent en compte pour freiner la dépossession souvent capitaliste.
Ces réflexions invitent à repenser les mécanismes d’acquisition et de répartition des terres pour favoriser un urbanisme plus juste et accessible.
En ce sens cet article explore les défis liés à la déficience conceptuelle, à une dépossession flagrante et a une nécessaire reconceptualisation.
La Terre : une déficience conceptuelle
¨La terre appartient à peu de gens qui y vivent aujourd’hui, à beaucoup de gens qui y ont vécu hier et à d’innombrable gens qui vont y vivre demain¨ n’est-ce pas là une piste de réflexion pour repenser fondamentalement notre conception sociale du foncier ?
La terre, en tant que ressource fondamentale, a joué un rôle central dans l’évolution des sociétés humaines. Loin d’être un simple support physique, elle constitue un espace6 chargé de significations culturelles, sociales et symboliques. Une approche anthropologique permet de comprendre comment les relations des humains à la terre ont façonné leurs modes de vie, leurs organisations sociales et leurs systèmes de valeurs.
Dans de nombreuses sociétés, la terre est bien plus qu’un espace de production : elle est le fondement des identités collectives. Pour exemple, Claude Lévi-Strauss7, décrit comment les peuples autochtones d’Amazonie entretiennent une relation intime avec leur territoire, perçu comme une entité vivante et sacrée. Cette conception holistique de la terre contraste avec la vision utilitariste des sociétés industrialisées.
La conception africaine de la terre est également marquée par une forte dimension communautaire. Contrairement à la notion occidentale de propriété privée, la terre est souvent considérée comme un bien collectif, géré au profit de la communauté et des générations futures. Ce principe est bien illustré par le concept de Ubuntu, qui met l’accent sur l’interdépendance et la solidarité entre les membres d’une communauté.
Le philosophe Paulin Hountondji8 souligne dans ces travaux que cette gestion communautaire de la terre repose sur des systèmes coutumiers complexes, où les chefs de terre (appelés LAMANE dans la tradition sénégalaise) ou les conseils de village jouent un rôle central dans l’attribution et la régulation des droits fonciers. Ces systèmes, bien que souvent informels, ont permis de maintenir un équilibre entre les besoins des individus et ceux de la collectivité. D’ailleurs au Sénégal la réforme foncière la plus audacieuse a été initié au temps du royaume du Baol, appelé ¨réforme foncière du Teigne¨ Thiendella Ndiaye. Ce dernier va mettre fin à des expropriations et accaparement des autres lamanes avec violence pour redistribuer de manière équitable les terres du Baol donnant naissance à des villages comme Djack, Ngoundiane…
Aujourd’hui ce qu’on constate est qu’à cause de la globalisation et de l’exploitation intensive, le rôle premier de la terre qui doit être d’assurer la survie existentielle des peuples est menacée.
Au Sénégal les communes lébous9 (Ouakam, Ngor, Yoff) à Dakar ont tous été dépouillées de l’essentielle de leur terre par appartenance communautaire pour les octroyé très souvent à des privilégiés sociaux. Alors que ces communautés traditionnellement très organisées avec des mécanismes sophistiqués ont vu brutalement leur mode d’organisation être remplacé par un autre système de propriété totalement extérieur. Donnant ainsi l’exclusivité absolue de la propriété foncière à des organisations extérieures totalement inégalitaire créant ainsi des défavorisés, que Levebvre10 vas appeler le précariat social pour remplacer traditionnellement le prolétariat. Ce précariat va ainsi encourager une occupation désagencée de nos espaces communes en ville. En 2024 le docteur Ibrahima Malick Thoune avait écrit un article11 critiquant la bordelisation de nos villes. La décomposition des mécanismes sociale, sur la distribution de la terre vas donc accroitre les inégalités sociales créant des groupes d’intérêts (Administrateurs, hauts cadres de l’Etat, Multinational, religieux, chef coutiers…) autour du foncier. De même la quasi inaccessibilité au foncier pour la plupart des communautaires et des résidents faisant du logement social un réel défi non pas structurel mais foncier. Au Sénégal c’est devenu banal qu’un individu dispose de plusieurs domiciles dans un même quartier ou commune tandis que la plupart des gens n’ont pas les possibilités de se payer un terrain. Le massacre foncier de Mbour-412 doit tous nous interpeller sur les politiques foncières. La révélation expose une chose dans le fond, comment une minorité s’accapare des biens de tous dans une politique de marché.
Cette politique de marché nous aura montré par dépossession comment la communauté autochtone de Ndingler13 va être privé et sa condition d’existence sociale et de survie. Ce cas expose comment par la politique de l’exclusivité absolue sur la terre, les zones rurales sont autant exposées que les zones urbaines.
Nos Etats doivent reconceptualiser la terre au service du social, de la vie et de la continuité. La considération juridique du foncier actuelle est un scandale qui a suffisamment montré ces limites. En 2024 un promotionnaire Hugues Alexandre avait fait un article13 sur la question des litiges foncier au Sénégal, qui est exemple de la limite juridique du foncier.
Pourquoi un natif d’une communauté, d’un Etat ou pays donné devrait payer pour acheter la portion de terre qui devra lui servir de domicile ?
Rien n’explique une telle absurdité si ce n’est pour des raisons capitaliste. Le droit à la terre devrait être une obligation sociale et non une question de moyen. Je pense d’ailleurs qu’il est impossible de régler au Sénégal la question des logements sociaux15 tant que le foncier n’est pas réglé, dans le sens d’en faire bien de tous dont le monopole commercial ne reviendrai qu’a l’Etat. Dans le cas contraire, cette considération capitalistique du foncier va faire accroitre la dépossession.
LA Terre : Capital, une dépossession flagrante
¨En réalité si vous ne comprenez pas la notion de capital, vous ne connaissez pas la valeur de la terre¨
Karl Marx16 nous explique que la terre n’est pas simplement un bien physique ou un facteur de production, mais un élément clé des rapports sociaux de production. Ainsi il met en lumière les dynamiques de pouvoir, d’exploitation et de lutte des classes qui se nouent autour de la propriété et de l’usage de la terre.
Pour lui, la terre est avant tout un moyen de production17, au même titre que les machines, les outils ou les infrastructures. Elle est essentielle à la production agricole, minière, immobilière et industrielle, et donc à la reproduction18. Cependant, contrairement aux autres moyens de production, la terre possède une caractéristique unique : elle n’est pas le produit du travail humain. Elle est une ressource naturelle, un don de la nature, mais son accès et son utilisation sont déterminés par les rapports sociaux. Il distingue la terre en tant que ressource naturelle de la terre en tant que propriété. Sous le capitalisme, la terre est privatisée et devient une marchandise, soumise aux lois du marché. Autrement dit, Marx nous révèle deux (2) fonctions centrales de la terre, sa fonction naturelle d’assurer la survie et sa fonction de moyen de production privatisée avec la conception du capitalisme.
Au Sénégal, le cas Ndingler illustre comment la dépossession foncière est légitimée avec une instrumentalisation du droit Sénégalais. Dans son article qui date de 2023 OpenEdition Journal19 a fait une exposition approfondie du scandale de Ndingler. Ce cas nous montre comment trois cents (300) ha situés dans le village de Djilakh vont être octroyé au plus grand firme de production de poulets et d’œuf du pays SEDIMA. Babacar Ngom va ainsi appliquer une des principes les plus efficace du capitalisme de production, la dépossession foncière. Imaginez-vous 300 ha utilisé par des populations communautaires pour habiter et cultiver se retrouve légalement entre les mains d’une seule personne. La violence de la dépossession foncière est cynique, elle prive un besoin non seulement essentiel pour la survie et aussi pour la production a tout une communauté, pour l’octroyé à une seule personne généralement.
Mais faisons l’historique de Ndingler, Babacar Ngom a été titré par délibération communale en Décembre 2012 et par titre foncier matricule 2247/MB en 2019. Alors que la communauté autochtone de Ndingler a au moins vécu sur ces terres par continuité générationnelle au moins 100 ans. Et c’est là, la violence de la dépossession capitaliste, elle ne vous arrache pas que votre moyen de survie, d’être, de production, de travail. Mais elle vous arrache votre histoire, votre passé, votre culture, votre tradition en deux mots VOTRE TOUT.
Au Sénégal on l’appelle le vieux de Ndingler20, lors d’une conférence de presse il dira ¨nous nous sommes toujours opposés à ce projet. Un jour, vers 2016, Babacar Ngom accompagné de son fils et du chroniqueur de lutte Khadim Samb étaient venus ici, c’était une matinée. Ils nous ont promis de l’électricité, de l’eau et la construction d’une route pour désenclaver notre localité ainsi que de l’emploi pour lutter contre la pauvreté si nous acceptons la réalisation du projet¨
Ces propos révèlent la vulnérabilité sur laquelle s’appuis généralement le système capitaliste, renforcé par des politiques libérales favorisant la dépossession foncière. Très souvent c’est cela les promesses, une amélioration des conditions de vie, un bon marché de travail, et de l’empois.
Mais en vrai ceux sont nos Etats qui montrent leurs limites (surtout juridique) et leur échec dans la conception de ce qu’on appelle urbanisme social. La considération du foncier comme un marché privé et l’absence de cadre juridique forte qui place le communautaire au cœur du foncier est en effet le plus grand défi en milieu rural. La privatisation de terre rurale est une limite assez visible pour la réformer. Car non seulement elle crée une possibilité légale de dépossession foncière, mais aussi encourage la corruption foncière. Il nous faut aussi définir c’est quoi une zone rurale, non pas par disposition géographique ni que démographique, mais par utilité de production agricole et industrielle. Cela permettra de donner un sens à la ville rurale et de verrouiller avec toute possibilité de modernité les structures communautaires rurales. Il y’a deux (2) semaines le Burkina a voté une loi interdisant l’achat de terres rurales à tous étrangers, une loi que peu de gens ont bien compris le sens et la portée. Une bonne initiative qui vise à protéger les zones rurales de la dépossession du capitalisme des multinationales. Mais cela est insuffisant, il faut aller plus loin pour la protection des communautés rurales, par exemple, limité la superficie pour les non résident avec une utilité agricole ou industrielle. Sinon deux (2) dangers nous guettes la dépossession par les multinationales étrangers et l’accélération de la vulnérabilité des communautés autochtones.
Ainsi, le procédé le plus visible et le plus efficace du capitalisme est la dépossession foncière des communautés locales ou paysannes. Les processus d'accaparement des terres, souvent légitimés par des lois favorisant les intérêts privés, privent les paysans, les peuples autochtones et les travailleurs ruraux de leur accès aux ressources naturelles. Cette dépossession entraîne une exclusion sociale et économique, poussant de nombreuses personnes vers la pauvreté et la marginalisation. Au Sénégal 80% des travailleur ruraux sont des femmes alors que ces dernières ne détiennent que 2% des propriétés foncières. Cela pour dire que ce qui travaillent la terre n’en ont pas accès alors qu’elles sont les vraies créatrices du profit suivant la production. Tout ceci n’est qu’injustice, mais aussi une mauvaise politique urbanistique. L’enseignante marocaine Mme Navez-Bouchanine n’a cessé de nous exhorter de rétablir le pont entre les réalités et la technique.
David Harvey21, explique de par le concept d'accumulation par dépossession comment le capitalisme s'approprie les terres et les ressources communes, souvent par la force ou par des réformes légales donc juridique. Ce processus déstructure les communautés locales et renforce les inégalités sociales.
Pour comprendre ce que dit David Harvey dans le ¨nouvel impérialisme¨ il faut analyser deux (2) cas, celui d’ERAMET a Lompoul et de TERANGA GOLD à Sabodala.
ERAMET une entreprise Française dans le domaine minier, qui entre dépossession des terres, destruction de l’environnement, épuisement des ressources en eaux quoi d’autre pour parler de scandale sur la terre. Après avoir saccagé les terres de Diogo au nom de la production, aujourd’hui ERAMET à travers son filiale GCO est en train de détruire, d’exclure tout une communauté a Lompoul. En janvier 2025 le journal les reporterre21 a fait un article sur le cas ERAMET. Elle seule, à une concession de 445 000 ha sur une longueur de 100 Km de littoral. En observant le cas de GCO a Lompoul on se rend compte de la destruction du désert historique et culturel, de la dépossession des terres agricoles et d’habitat, du transfert des communautés rurales vers d’autres terres inconnues et du saccage de l’environnement. Car GCO épuise 80% des nappes d’eau dans toute la zone. Tout ceci dans l’exclusion total des populations autochtones dans la répartition des profits. Ainsi GCO expose doublement les populations de Lompoul. Non seulement en faisant accroitre leur vulnérabilité, mais aussi à un déséquilibre environnemental condamnant totalement les zones rurales concernées.
Mais en matière d’accaparement par dépossession minière, le groupe TERANGA GOLD OPERATION (TGO) à Sabodala est l’exemple le plus parlant. En 2016 des révoltes populaires vont conduire à la médiation d’une des plus grandes mines du Sénégal. Les populations de Sabodala sont tous exposées dans l’ensemble de ce qui fait leur existence à être déplacé. Les villages, les champs, les commerces jusqu’au cimetière doivent tous être délocalisés pour la production. Un article de la maison des reporters23 à la date va exposer l’une des plus grandes séquestrations foncières du Sénégal. Mais une déclaration d’un communautaire a attiré mon attention, il dit ¨95% des terres fertiles pour l’agriculture dans cette zone sont occupées par les sociétés minières. Les gens n’ont pas de quoi vivre¨. La dépossession qu’a fait TGO est cynique, mais vous n’êtes pas encore surpris non, car l’accaparement foncier de TGO au cours des dernières années est encore plus choquant. Saviez-vous que TGO fait dix (10) fois la superficie de Dakar, oui je dis bien 10 fois. Car après leur dernière concession en 2020 TGO détient à lui seul 5 850 Km². Cela nous permet de comprendre le cri des communautaires lorsqu’ils disent que 95% des terre agricole sont accaparées par les sociétés minières. Et le plus souvent quand ces populations se révoltent, ils sont violemment réprimés par les forces publiques, dés fois même jusqu’à mort d’hommes.
Je n’essaie pas de dire qu’il ne faut pas exploiter les ressources tel que minières. Non, mais il est impératif de placer les communautés au cœur des exploitations, car ils sont le début et la fin. Ces populations dépossédées de leur terre naturelle de survie et de travail sont cela qui vont migrer dans les villes surtout les capitales ou la politique foncière est encore plus violente, pour se trouver du travail. Les communautés doivent donc être les moteurs de toutes politiques de production dans les zones rurales. Il ne s’agit donc pas de les employer, mais de les intégrer dans la gestion des exploitations minières, avec une répartition équitable des profits et une gestion concertée de la terre. En ce sens, il faut adopter d’autre formes d’approche conceptuel avec les communautés.
La Terre : une nécessaire reconceptualisation collective en zone rurale et urbaine
Il est bien possible de mettre en place ce que j’appelle ici le conseil communautaire, dans le but d’intégrer dans la gestion des terres, la répartition des profits, et les décisions d’entreprise les communautés autochtones. La nouvelle forme politique appelée ¨El communard¨24 noté dans les pays d’Amérique latine ou la révolution Bolivar est passé (Bolivie, Cuba, Venezuela) montre que c’est bien possible de faire une construction communautaire de la terre en fonction des besoins (agricoles, infrastructurel, industriel…) et de la disponibilité.
Le conseil communautaire est une piste de solution en milieu rural qui consiste à organiser les communautés comme des institutions locales. Le but est de donner le pouvoir de la gestion des terres aux communautés autochtones. Ainsi il sera impossible pour qui que ce soit de vendre des terres. Le conseil lui-même ne pourra vendre les terres, mais la mission de la gestion lui reviendra, dans l’utilisation des terres et de sa distribution. Ainsi, il va falloir pour tout entrepreneur motiver son besoin foncier par un projet agricole et/ou industriel inclusif. Validé par le conseil communautaire, l’octroi ne fait nullement de lui le propriétaire de la terre. Car au moment où le projet prend fin les terres seront d’office récupérées par les communautés. Cela permettra de lutter contre la dépossession des terres comme à Ndingler. En zone rurale minière le conseil communautaire aura deux (2) rôles à jouer au-delà de la gestion des terres. La répartition équitable des profits, qui consiste pour l’entreprise minière en guise de compensation d’octroyer entre 15% et 20% de son chiffre d’affaire net au conseil communautaire qui se chargera de la répartition. Aussi de participer aux décisions des entreprises sur la terre. Pour une planification des zones d’exploitation, et une meilleure prise en compte des besoins de terre pour l’agriculture des populations autochtones. Avec ce modèle l’Etat pourra décentraliser la gestion du foncier au niveau des conseils, avec une interdiction de commercialiser les terres et de définir ce que j’ai appelé ici ville rurale quelque soit le niveau de modernité.
Dans les villes urbaines où la densité démographique est très élevée il faut concevoir le foncier collectif a l’exemple du model ¨EL communard¨. Cela permettra d’arrêter l’accaparement foncier de par les spéculations immobilières. Le foncier collectif permettra dans des zones comme les communes lébous d’établir des terres collectives pour la communauté. Non pas pour faire une distribution foncière, mais de concevoir des projets immobiliers social avec des immeubles à plusieurs appartements pour ces communautés. Le foncier dans ce sens n’appartiendra à aucun individu, mais sera un bien collectif dont ¨la communard lébous¨ se chargera de la distribution équitable des appartements via un projet immobilier adapté. Avec le modèle communard l’Etat pourra assurer une politique foncière pour tous avec l’établissement de foncier collectif, mais aussi en planifiant le foncier d’habitat dans chaque région. Cela permettra dans le cours, moyen et long terme de mettre à disposition dans les régions des zones d’habitats gratuitement.
Enfin l’Etat doit revoir son cadre juridique et urbanistique, établir des conditions de ruralité et faire du commerce foncier un monopole exclusif de l’Etat dans le but de l’abolir.
Dans cet article j’ai exploré l’urbanisme social dans un but, la reconsidération du foncier au profit des communautés, de la conception anticapitaliste et des limites du cadre juridique néolibérale. Il s’agit donc, de stopper la dépossession capitaliste et de faciliter la propriété aux communautaires.
Il est essentiel de repenser aujourd’hui humainement la question de la propriété foncière, de ne pas en faire une exclusivité individuelle mais un bien collectif enfin.
Par Baba DIENG
MATAR EN AVAIT MARRE DE NOS TARES !
Ce qu’il convient désormais d’appeler «l’affaire Matar» n’a pas encore fini de susciter des émotions et des initiatives. Chacun, à sa manière, a essayé de comprendre ce qui est arrivé à cet ange pour qu’il passe à l’acte fatidique
Ce qu’il convient désormais d’appeler «l’affaire Matar» n’a pas encore fini de susciter des émotions et des initiatives. Chacun, à sa manière, a essayé de comprendre ce qui est arrivé à cet ange pour qu’il passe à l’acte fatidique. La Commission sociale de l’Université, dans le cadre de la «Semaine de l’étudiant», a initié une série de discussions au sujet de la santé mentale de l’étudiant. Subitement et temporairement, le bien-être psychologique de celui-ci est devenu une préoccupation nationale. Ses camarades étudiants, eux, ses principaux bourreaux, ont inondé l’espace universitaire de larmes…
Les faits sont dramatiques : un jeune étudiant, Matar Diagne, déshumanisé par sa société, a décidé d’écourter sa vie. Il a été retrouvé mort, pendu, dans sa chambre universitaire. Une véritable tragédie. Nous l’avons encouragé, sans peut-être le savoir, à éteindre ses feux, ses énergies, à ranger prématurément sa belle plume. Un roman à publier est sorti de son imagination.
A l’Université Gaston Berger (Ugb), où j’ai passé trois belles années, je n’ai pas eu la chance de le connaître. Il lui arrivait, de manière sporadique, sur Facebook, de commenter certains de mes textes. En dehors de ces échanges virtuels, je n’ai pas eu à le côtoyer, à entrer dans l’intimité de sa grande souffrance. Comme il s’est décrit dans sa dernière bafouille, il était très réservé, préférant vivre à l’abri du danger que ses semblables - ou non-semblables- ont toujours représenté pour lui. Il se méfiait de l’homme ou, précisément, du Sénégalais. De l’étudiant et ses guindailles.
Il a fallu que cet étudiant se donne la mort dans la détresse absolue, comme un condamné à mort selon certaines pratiques judiciaires, pour que nous simulions de regarder nos tares, de nous adonner à une introspection. Au fond, qu’est-ce que Matar nous reproche ? Notre indifférence. Notre inimitié. Notre descente en inhumanité. Notre incapacité à faire preuve de sollicitude, à écouter les gens sans les juger, à aimer, surtout aimer. Notre tendance à détruire, par la parole, ceux qui nous sont très proches pourtant… Ces tares, nous les célébrons au plus profond de nos existences. Elles sont profondément sénégalaises.
Introspection ? Nous avons fait mine quand même, comme toujours. Sauf que c’est une «grande comédie nationale» -j’emprunte cette expression à l’écrivain Elgas, dans la belle préface qu’il a faite de L’écume du temps (L’Harmattan, 2020) du regretté Ibrahima Hanedans laquelle chacun tâche de jouer son rôle pour duper les autres, pour se duper, pour tenir son rang. Notre société se dit pieuse, porteuse en son sein de grandes valeurs et, pourtant, elle n’hésite pas, pour diverses raisons, à cibler et à exclure certaines parties d’elle-même. Ces mécanismes d’exclusion ont fait que plusieurs de nos concitoyens, surtout les jeunes, sont dans une situation de déréliction extrême. Nos «régimes de vérité» (Michel Foucault) sont violents, impitoyables.
Notre société est de plus en plus déliée, fragmentée.Il n’y a presque plus d’espaces de discussion et d’écoute, où les gens viennent s’interroger sur le vacuum de leur existence, sans être traduits devant nos tribunaux, ceux des réseaux dits sociaux, pour être jugés et condamnés sans appel. Matar s’est confessé. Et ses confessions ont été exposées sur la place publique. Il a donc décidé de vivre avec ses hantises, qui ont fini par avoir raison sur lui.
A partir des années 1980, avec tout ce que l’on sait de la crise économique de cette époque, la fabrique de l’homme total a cessé d’être au centre de nos politiques publiques. L’on a mis dans la tête du Sénégalais qu’il n’a pas droit aux œuvres de l’esprit comme la lecture, l’art, le cinéma, etc. Et qu’il ne doit avoir qu’une seule préoccupation quotidienne : trimer pour agglutiner des vivres, pour survivre… Tout est mécanique, mercantiliste, inhumain.
Un «semeur d’hommes» comme le poète-Président Léopold Sédar Senghor, le plus illustre des Sénégalais, construisait ce pays par le truchement de la Culture. Les dirigeants qui se sont succédé après l’Immortel ont choisi de privilégier les infrastructures, et non l’homme, dans leurs investissements. Notre indigence intellectuelle -qui est la suite logique de ce choix politique consistant à vouloir construire un pays en dehors de son substrat culturel- a fait que nous commençons à perdre l’art de vivre ensemble, de faire communauté, de monter en humanité.
La souffrance fatale de Matar est aussi celle de plusieurs jeunes exclus, sans même être écoutés, compris, aimés. Avec les chambardements de notre société inhérents à l’ouverture au monde de celle-ci, il y a eu une dégénérescence progressive de nos liens sociaux. Ceuxci doivent être régénérés. La «régénération du lien social» dont parlent Gaël Giraud et Felwine Sarr, dans L’Economie à venir (Les liens qui libèrent, 2021), est une nécessité impérieuse pour reconstruire notre contexture sociale. C’est en produisant de nouvelles utopies que nous arriverons à féconder les inépuisables possibles de notre communauté.
Matar en avait marre de nos tares, de nos inimitiés, de nos hypocrisies. Son acte, fût-il malheureux, est posé à dessein : inviter ses compatriotes à entamer un réel travail d’humanisation de leurs rapports avec leurs prochains – au sens que la morale chrétienne donne à ce vocable : l’amour de l’Autre. C’est à souhaiter que cette invite ne soit pas renvoyée aux calendes sénégalaises.
lettre d'amérique, par rama yade
L’UNION AFRICAINE A BESOIN D’EFFICACITE, D’INDEPENDANCE ET D’AUDACE
Après la désignation de Ali Mahamoud Youssouf à la tête de la Commission de l’Union africaine, il faudra toute l’expérience de celui qui fut ministre des Affaires étrangères de Djibouti pendant vingt ans, pour faire mieux, beaucoup mieux que Faki
Après la désignation de Ali Mahamoud Youssouf à la tête de la Commission de l’Union africaine le 15 février, il faudra toute l’expérience de celui qui fut ministre des Affaires étrangères de Djibouti pendant vingt ans, pour faire mieux, beaucoup mieux que le Tchadien Moussa Faki Mahamat.
Ce dernier laisse à son successeur la lucidité d’une ultime missive adressée, le 30 septembre, aux chefs d’Etat africains, déplorant «déficiences» et «inactions», selon les termes relevés par Jeune Afrique. Dans la période de changements historiques initiée par la Présidence Trump, la feuille de route de Youssouf devrait se décliner autour de trois mots : efficacité, indépendance et audace.
Efficacité. Le 38e sommet de l’Union africaine, qui a vu l’élection de Youssouf, a été, sans surprise, tant les conflits sont persistants en Afrique, parasité par l’annonce de la prise de Bukavu par le M23 en Republique démocratique du Congo (Rdc). En 2025, aux côtés de l’Angolais João Lourenço, nouveau président de l’Union africaine, le président de la Commission aura fort à faire sur le front sécuritaire, de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel au fragile cessez-le-feu en Ethiopie, du génocide au Soudan à la crise libyenne, en passant par la Rdc donc. Et, déjà, la tâche semble titanesque alors que les discussions sur le rôle et les moyens du Conseil de paix et de sécurité (Cps) restent encore en souffrance, bien que les Etats en avaient approuvé la reforme en… 2019. L’Afrique a trop à faire avec le doublement de sa population dans les vingt ans à venir, pour que ses dirigeants s’épuisent à tenter d’éteindre des incendies ici ou là.
Indépendance. Alors que l’Union africaine a gagné, en 2023, un siège permanent au sein du G20, c’est l’Afrique du Sud qui préside l’enceinte en 2025, renforçant la voix, sinon le poids, de l’Afrique sur la scène internationale. Avec l’ambition supplémentaire de gagner deux sièges permanents au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, il n’est pas sain que l’Union africaine soit financée aux deux tiers par des non-Africains. Il faudra aussi dépasser les divisions internes, parler d’une seule voix au sein de cette enceinte, que les Etats-Unis de Trump ont décidé de boycotter prenant prétexte de la «loi de confiscation des terres» dont seraient victimes les Afrikaners en Afrique du Sud.
Le gel de l’aide internationale par l’Administration Trump ne doit pas effrayer les dirigeants de l’Union africaine : la fin de l’Usaid peut être un nouveau départ pour les Africains qui n’ont pas à éternellement dépendre de la (fausse) charité internationale et doivent, comme toutes les nations (vraiment) souveraines, prendre en charge par eux-mêmes des questions aussi stratégiques que la santé de leur citoyens, l’éducation de leurs filles et la sécurité de leurs territoires. Sur le plan commercial, à l’attentisme quant au devenir des outils commerciaux américains comme Development Finance Corporation ou African Growth and Opportunity Act dont la survie ne laisse guère d’espoirs à cette heure, doit se substituer une politique commerciale fondée sur la diversification des partenariats, déjà en cours, l’accélération des échanges commerciaux intra-africains (qui s’établissent à un niveau toujours inferieur à 20% des échanges totaux alors qu’il s’élève à plus de 60% entre pays européens), l’introduction de monnaies locales (la création de la monnaie Eco ne cesse d’être repoussée aux calendes grecques), la transformation industrielle locale et la formation d’une génération de scientifiques et d’ingénieurs sans qui ces ambitions n’ont aucune chance de voir le jour.
Audace. C’est ce sentiment d’urgence qui doit guider le nouveau président de la Commission africaine. L’histoire est entrée dans une phase vertigineuse d’accélération. C’est le moment du grand bond en avant, ou si l’on préfère, du leapfrog, pour les nations qui sauront capturer ce tournant. Qui aurait cru que les Etats-Unis rejetteraient, aux côtés des Russes, une résolution de l’Onu en faveur de l’Ukraine, comme cela s’est produit ce 24 février à New York ? Qu’ils plaideraient pour le retour d’une Russie, pourtant sous sanction depuis trois ans, au sein du G7 ? Qu’ils annonceraient la reprise «de partenariats économiques vraiment uniques et aussi potentiellement historiques» avec la Russie, selon le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio lors du Sommet de Riyad le 18 février dernier. La volatilité et l’imprévisibilité de l’époque peuvent être une chance pour les audacieux. Dans un tel contexte, tout immobilisme africain serait une faute historique.
Les Africains ne devraient même plus autoriser ces interminables conférences sur la dette africaine. Ce n’est pas l’Afrique qui est endettée. C’est le monde qui est endetté à son égard : chaque année, ce dernier contracte une dette de cinquante-cinq milliards de dollars envers le continent africain et cette dette correspond à la valeur du service d’absorption de carbone fourni par le bassin du Congo, le plus grand puits de carbone au monde.
Au lieu de cela, l’audace consisterait, pour l’Union africaine, à doter l’Afrique d’une Constitution ainsi que d’un vrai parlement continental, et ses citoyens d’un passeport africain. Sur le plan militaire, l’audace supposerait de créer une armée commune pour pacifier le territoire. Sur le plan énergétique, le lancement d’une banque verte africaine permettrait de garantir les financements souverains nécessaires sur le front du changement climatique.
Efficacité. Indépendance. Audace. Tels sont les termes pour que l’Union africaine soit à la hauteur des enjeux historiques qui se sont ouverts.
Rama Yade est Directrice d'Afrique Atlantic Council.
Par Cheikh Niang,
ET SI LES ÉTATS-UNIS SE DESENGAGEAIENT DE L’ONU ?
L’introduction du projet de loi « Disengaging Entirely from the United Nations Debacle (DEFUND Act) » par le sénateur américain Mike Lee relance un débat complexe sur le rôle des États-Unis dans la gouvernance mondiale.
L’introduction du projet de loi « Disengaging Entirely from the United Nations Debacle (DEFUND Act) » par le sénateur américain Mike Lee relance un débat complexe sur le rôle des États-Unis dans la gouvernance mondiale. Ce texte législatif propose un retrait complet des États-Unis de l’Organisation des Nations Unies (ONU), invoquant des questions de souveraineté nationale, de responsabilité budgétaire et de partialité présumée au sein de l’organisation. Le « DEFUND Act » traduit un sentiment croissant parmi certains décideurs politiques américains selon lequel l’ONU ne sert plus les intérêts des États-Unis. Mais à quoi ressemblerait un monde privé de l’influence américaine à l’ONU ? Cela conduirait-il à un ordre mondial plus équilibré ou affaiblirait-il la coopération internationale ? Cette réflexion explore les implications, les défis et les opportunités liés à une ONU sans les États-Unis et, in fine, examine la capacité du monde à naviguer dans un système multilatéral dépourvu de son acteur le plus influent.
Depuis sa création en 1945, l’ONU a été profondément marquée par l’influence américaine. Comme l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, les États-Unis ont façonné des décisions internationales majeures en matière de paix et de sécurité, utilisant leur droit de veto pour protéger leurs intérêts nationaux et ceux de leurs alliés. De plus, les États-Unis sont le plus grand contributeur financier de l’ONU, fournissant environ 22 % du budget ordinaire et 25 % du budget des opérations de maintien de la paix. Cette influence financière confère aux États-Unis un levier considérable sur l’agenda de l’organisation, allant de l’aide humanitaire au développement international. Comme le rappelait l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan : « Quand les ÉtatsUnis ne s’engagent pas, le monde entier en souffre. »
Au-delà de l’aspect financier, le leadership américain a été déterminant dans des initiatives clés de l’ONU, notamment en matière de droits de l’homme, de santé et de sécurité. Les États-Unis ont joué un rôle essentiel dans l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la création de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le déploiement de missions de maintien de la paix dans le monde entier. Leur diplomatie a également été influente dans l’imposition de sanctions contre des États dits « voyous » et dans la médiation de conflits internationaux. En ce sens, par la force des choses, l’ONU est devenue, pour reprendre les termes de l’historien américain Paul Kennedy, « l’instrument par lequel l’Amérique exporte sa vision de l’ordre mondial »
Cependant, ce rôle n’est pas sans controverse. Certains critiques estiment que la domination américaine a parfois conduit à une politisation des normes internationales et à un double standard, notamment en matière de droits de l’homme et de recours à la force. De plus, les États-Unis ont souvent adopté une approche sélective, soutenant les initiatives qui servent leurs intérêts tout en ignorant d’autres priorités. Cette approche a contribué à la perception d’un parti pris qui mine la crédibilité de l’ONU en tant qu’arbitre neutre sur des questions mondiales.
Les partisans du « DEFUND Act » estiment que l’implication continue des ÉtatsUnis à l’ONU porte atteinte à la souveraineté nationale et pèse sur le contribuable américain. Selon eux, l’organisation mondiale a dévié de sa mission première de promotion de la paix et de la sécurité, devenant plutôt une tribune pour l’antiaméricanisme et un forum où des régimes non démocratiques exercent une influence excessive.
Ils avancent également que l’Assemblée générale de l’ONU accorde des droits de vote égaux à tous les États membres, indépendamment de leur taille démographique ou système politique. Cela signifie que certains États, petits et/ou autoritaires, disposent du même pouvoir de vote que de grandes démocraties. Pire, ces États ont tendance à faire preuve d’ostracisme et d’hostilité à l’égard des États-Unis et de leurs alliés, notamment Israël.
Enfin, ils estiment que l’ONU porte atteinte à la souveraineté américaine en imposant des normes internationales qui contredisent les valeurs ou les intérêts des États-Unis. Selon eux, certaines résolutions de l’ONU sur le changement climatique et les droits de l’homme constituent une ingérence dans la politique intérieure américaine.
Tout compte fait, une certitude demeure : un retrait des États-Unis provoquerait une crise financière immédiate à l’ONU. Cette dernière ferait face à un déficit de financement affectant les missions de paix, l’aide humanitaire et les programmes de développement, impactant particulièrement les populations vulnérables dans les zones de conflit et les pays en développement.
En l’absence de leadership américain, d’autres puissances mondiales – au premier rang desquelles la Chine et la Russie – combleraient le vide. La Chine, en particulier, a déjà renforcé son influence au sein du système onusien. Un retrait américain accélérerait cette dynamique, offrant à Beijing l’opportunité de façonner les normes internationales avec davantage d’assurance
Il convient de noter qu’un tel scénario ne serait pas sans conséquences pour les ÉtatsUnis eux-mêmes. En renonçant à leur leadership onusien, ils risqueraient, à terme, une marginalisation progressive sur la scène internationale, perdant leur capacité à influencer les règles du jeu global. Outre la perte d’influence politique et diplomatique, ils pourraient voir leur monnaie, le dollar, perdre son statut de devise dominante dans les transactions internationales. L’hégémonie du dollar repose en grande partie sur le rôle prééminent des États-Unis dans les institutions multilatérales. Un retrait affaiblirait cette position stratégique, ouvrant la voie à des alternatives comme le yuan chinois. En renonçant à leur rôle central à l’ONU, les États-Unis céderaient ipso facto le terrain aux puissances émergentes, perdant leur capacité à façonner l’agenda international.
Une autre question complexe découlerait de ce retrait : celle du siège de l’ONU. Le quartier général de l’organisation étant situé à New York, une remise en question du siège deviendrait inévitable. Une telle décision transformerait la dynamique diplomatique mondiale et consoliderait l’ordre multipolaire en construction.
En fin de compte, la perspective d’une ONU sans les États-Unis pose des questions complexes sur les dynamiques de pouvoir, la coopération internationale et l’avenir du multilatéralisme. Que le monde soit prêt pour cette éventualité reste incertain. Mais il est évident que le système international doit s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques. La question cruciale n’est pas seulement de savoir si les États-Unis vont quitter l’ONU, mais comment la gouvernance mondiale peut évoluer pour relever les défis du XXIe siècle.
Dans tous les cas de figure, les chancelleries, notamment dans le Sud global et plus spécifiquement en Afrique, se trouvent face à l’impérieuse nécessité de réfléchir à divers scénarios pour anticiper la reconfiguration de l’ordre mondial. Comme le soulignait Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l’ONU, « La diplomatie ne consiste pas seulement à parler, mais à écouter, à comprendre et à s’adapter. »
Cheikh Niang,
Ancien Ambassadeur aux États-Unis d’Amérique,
Ancien Représentant permanent auprès des Nations Unies