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3 avril 2025
Opinions
PAR MOUSTAPHA SÈNE
LE DERNIER BAROUD DE KADD, L’ARBRE NOURRICIER
"Sur les monticules de roche blanchâtre concassée qui servaient de clôture à ces immensités de terres retournées étaient plantés des tableaux métalliques portant enseignes dont le message est sèchement succinct : « Explosifs : danger ». "
Sur les monticules de roche blanchâtre concassée qui servaient de clôture à ces immensités de terres retournées étaient plantés des tableaux métalliques portant enseignes dont le message est sèchement succinct : « Explosifs : danger ». Le site était déjà colonisé sur de larges étendues par des pousses de « paftan » ; nom local donné à l’espèce végétale dénommée Calotropis procera.
Une plante qui, de l’avis expert d’un biologiste, spécialiste en foresterie rurale « est un indicateur de sol pauvre ou appauvri ». Tout le contraire du « Kadd » qui n’existe désormais plus, dans cette zone de terroir traditionnel qu’à l’état de relique. Hélas ! Ils sont bien esseulés et tristes les rares spécimens de cette essence (kadd, de son nom scientifique de Faidherbia albida ou encore Acacia albida). Reconnaissables à leur feuillage dégarni et à leur cime totalement émondée en période d’hivernage où la mode dans la nature est à l’abondance et la verte luxuriance), ces arbres du terroir ne poussent plus que dans les strictes limites des périmètres du site, non encore happés par les grosses et dévoreuses canines d’acier des engins des exploitations de basalte, de gré et d’attapulgite.
Comme ailleurs sur la frange littorale du pays, dans l’hinterland sénégalais aussi, le phénomène de dégradation de la biodiversité est bien prégnant. C’est le cas sur ces sites (à Ngoudiane Diack et dans la demi-douzaine des villages et autres hameaux dans le département de Thiénaba dans la région de Thiès : Nioniol, Mbayène, Kamba, Diack, ou dans les deux Mbodokhane) où sont installées plusieurs entreprises privées qui exploitent le basalte et les autres roches marneuses et calcaires fournissant la matière première aux cimenteries et au secteur du Btp du pays et d’ailleurs.
La réalité ainsi décrite conforte l’expertise internationale auteure du rapport sur la « Situation des Forêts du monde en 2001 » publié sous l’égide de la Fao pour qui les activités humaines (facteurs anthropiques inconsidérés) « ayant souvent des répercussions négatives sur l’environnement, « la conservation des ressources naturelles et notamment, celle de la diversité biologique, devient une tâche urgente et essentielle ». Ce qu’endurent les communautés des alentours des carrières de cette partie du pays n’est qu’un avatar localisé d’un phénomène global considéré par le biologiste Enherfeld, dans son livre au titre au titre si révélateur (« Guerre, paix et préservation de la diversité biologique ») comme « un assaut mondial contre la biodiversité ». Cela donne aussi tout son sens à l’engagement dans ce combat citoyen dont il est aujourd’hui un des chantres au plan international.
Dans nombre de pays, l’impératif que voilà est d’autant prégnant que les agressions répétées et multiformes sur le milieu naturel ont pris une telle proportion dans leurs manifestations les plus pernicieuses qu’il faille désormais l’envisager en termes de survie. Non pas seulement des seules espèces de la faune et la flore qui n’ont eu de cesse de subir les contrecoups de ces agressions, mais aussi notre avenir collectif à plus ou moins brève échéance. C’est de l’aggiornamento qu’il s’agit, avec tout ce que cette expression peut drainer comme charge au double plan de l’urgence d’une salvatrice action à mener au risque de périr…Ou encore de s’adapter, au plus vite, aux exigences que nous impose un contexte, à nul autre pareil, pour ce qu’il exige comme responsabilité pour chacun de nous. L’urgence que voilà étant rendue encore plus impérieuse par cette kyrielle d’exemples qui donnent, au quotidien, la gravité du problème de ce que la rupture des équilibres écologiques peut engendrer comme conséquences.
Celles dont les moindres sont ces endémiques crises économiques avec toutes les affres de convulsions sociales à elles liées. Mais aussi à toutes leurs stigmates sur une société qui cherche ses marques, entre les interstices d’une pauvreté rampante, une misère morale sans nom, mère de la violence urbaine inédite source de tous ces actes désespérés (ou au-delà du concevable) dont les journaux et les radios nous relatent les occurrences dans leur plus abjecte nudité : crimes de sang et vols à mains armées, agressions violentes sur ascendants, viols en tout genre, concussion, conspirations… Tout cela parce qu’au départ il y a eu une crise qui en engendre et enchâsse d’autres. Une crise de la nature qui devient une crise de la vie et du mal de vivre…
Ici, tout porte à croire, au regard du sort que l’ouverture des carrières a réservé à la biodiversité, que Kadd l’arbre tutélaire a été tout bonnement sacrifié à l’autel de cette vomissure du volcan qui fait la civilisation du béton. Et oublié alors, tout ce que, depuis la nuit des temps, Kadd a apporté aux hommes et à l’équilibre des écosystèmes en tant qu’élément essentiel d’un dispositif agro-sylvo-pastoral.
Avec la jachère et le mode efficace d’assolement triennal qui lui sont associés et qui ont fait la preuve de leur efficacité écologique. Signe, elle-même, d’une alliance qui remonte aux temps immémoriaux entre l’autochtone de ce terroir et Kadd, cet arbre nourricier dans une sorte de « complicité paradoxale » à propos de laquelle le géographe et spécialiste des terroirs seerer du Sénégal, Paul Pélissier disait qu’elle est l’expression « d’une enseigne ethnique » et l’empreinte séculaire d’une organisation sociale.
Par Momar Dieng
LE GENOCIDE DE 1994 AU RWANDA EST AU COEUR DES EVENEMENTS ACTUELS EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
L’évolution des relations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a eu un point de chute : la prise de Goma par les rebelles du M23. Une situation nouvelle susceptible de causer de véritables bouleversements... Entretien avec B.Boris Diop
À voir ce qu'il se passe aujourd'hui entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, avec la prise de Goma par les forces du M23, on a envie de dire qu'il y a encore un drame pour l'Afrique. Est-ce votre perception ?
Je dirais plutôt que c'est un drame de plus à un moment où de la Syrie à l'Ukraine en passant par Gaza, le Yémen et le Sud-Soudan, le feu est partout. Quant à la prise de Goma par le M23, c'est une nouvelle page de l'histoire récente de l'Est du Congo et chacun essaie d'en déterminer les causes profondes. C'est ainsi qu'on parle beaucoup ces jours-ci du découpage colonial des frontières et en particulier de la Conférence de Berlin entre 1884 et 1885 où le Rwanda a été amputé de plusieurs parties de son territoire au profit de l'Ouganda, de la Tanzanie et de l'actuelle République Démocratique du Congo.
L'Afrique a été découpée comme on l'aurait fait d'un zoo gigantesque, la mentalité raciste des élites européennes de l'époque les empêchant tout simplement de comprendre qu'ils avaient affaire à de véritables êtres humains.
Il y a eu d'autres ajustements territoriaux entre pays européens après la Première guerre mondiale mais pour l'essentiel c'est de Berlin qu'il faut parler. L'Afrique a été découpée comme on l'aurait fait d'un zoo gigantesque, la mentalité raciste des élites européennes de l'époque les empêchant tout simplement de comprendre qu'ils avaient affaire à de véritables êtres humains. Il faut bien dire, quitte à se faire accuser de convoquer les fantômes du passé, que le continent africain souffre aujourd'hui encore, notamment dans l'Est du Congo, de cet aveuglement impérialiste.
Doit-on comprendre que pour vous le Rwanda peut légitimement revendiquer certaines parties du territoire actuel de la RDC ?
Absolument pas. En trois décennies d'affrontements d'une intensité variable, je n'ai jamais entendu le Rwanda revendiquer les territoires dont il a été privé à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième. Kagamé est beaucoup trop rationnel pour caresser une telle idée et par ailleurs dans cette affaire il s'agit surtout d'appeler au dialogue au lieu de jeter de l'huile sur le feu comme le font certains. Mais au-delà de cet héritage colonial, il faut souligner que ce qui se passe au Congo est aussi une conséquence directe du génocide de 1994. En effet lorsque les génocidaires ont été vaincus, l'Opération Turquoise les a aidés à se replier en RDC où ils ont créé les Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). L'important ici est de rappeler que ces gens sont les auteurs de toutes les atrocités commises au Rwanda et que leurs exploits ont été très précisément documentés par des livres, des films et des dizaines de rapports.
Pourtant beaucoup d'experts, tout en admettant que les FDLR se sont effectivement repliés en territoire congolais, reprochent au Rwanda d'exagérer cette menace pour justifier son appui direct au M23.
Les avis sont partagés. Pour certains de ces experts, les FDLR ont vu leurs effectifs faiblir au fil du temps alors que pour d'autres elles sont plus fortes que jamais après s'être fondues dans une vaste coalition anti-Rwanda et gagné en expérience en se battant aux côtés de l'armée régulière congolaise. Elles ont pu souvent compter sur l'appui du groupe armé Nyatura, composé de Hutu congolais et acquis à l'idéologie génocidaire. Cela étant dit, dans l'imaginaire des Rwandais qui savent dans leur chair ce que signifie le mot génocide, un seul FDLR c'est un génocidaire de trop.
Dans l'imaginaire des Rwandais qui savent dans leur chair ce que signifie le mot génocide, un seul FDLR, c'est un génocidaire de trop.
Nous ne parlons donc pas ici d'une menace normale d'un groupe armé normal. Il existe une certaine tendance à juger des événements actuels en faisant comme si le génocide n'a jamais eu lieu et je pense que cela condamne à raisonner dans le vide. Le génocide est la chair vive de ce qui se passe dans l'Est du Congo car en interrogeant l'histoire on décèle d'inquiétantes similitudes entre la discrimination contre les Tutsi après la prétendue Révolution sociale Hutu dans le Rwanda des années cinquante et le véritable apartheid dont sont victimes les rwandophones du Congo, une discrimination nourrie par des discours de haine nauséeux et marqué par des tueries à petite échelle mais au faciès, en attendant le nettoyage ethnique généralisé.
Vous pressentez le pire ?
Non. Je ne dis pas qu'un nouveau génocide anti-Tutsi est une fatalité mais le simple fait qu'il soit une possibilité devrait nous alerter. Je suis récemment tombé sur un document d'archive datant de 1965 et déjà en ce temps-là il n'était pas permis aux Congolais rwandophones de prendre part à des élections. Plus près de nous, ils ont été purement et simplement interdits de participation à la "Conférence nationale souveraine" du Zaïre puisqu'étant considérés comme des étrangers dans le seul pays où ils avaient jamais vécu. Et ces dernières années, quand la tension est montée entre le Rwanda et la RDC, il y a eu en plus des violences habituelles des scènes publiques de cannibalisme. Il suffit de se mettre un instant à la place des Rwandais qui voient ou entendent de telles horreurs depuis Kigali, Kibuye ou Butare pour comprendre leur effroi. Connaissant bien leur histoire récente, ils prennent tout cela très au sérieux, ils ont toutes les raisons de se dire que c'est reparti contre les leurs dans un pays voisin et qu'on ne les y reprendra plus.
Cela suffirait-il à justifier l'existence du M23 ?
Les choses ne peuvent pas être aussi simples mais il est certain que beaucoup de jeunes combattants du M23 se considèrent en état de légitime défense. Et la plupart de ceux qui les critiquent actuellement ont détourné le regard quand on tuait les Tutsi en 1994.
Le fait est qu'après en avoir été chassé en 2012 et 2013, le M23 est de retour dans cette partie du territoire congolais qu'il occupe aujourd'hui. On accuse directement le Rwanda d'être le parrain du M23. Est-ce que pour vous c'est quelque chose d'avéré ?
Même s'il est bien difficile d'être affirmatif en étant aussi loin du théâtre des opérations, la présence militaire du Rwanda au Congo ne fait à mes yeux aucun doute. Du reste, Kigali lui-même ne la dément que très mollement. Après tout, le Rwanda a depuis la fin du génocide une tradition d'intervention directe au Congo, c'est au vu et au su de tous que le général James Kabarebe a chassé Mobutu de son palais pour y installer le père Kabila. Cela étant dit, il ne faut pas non plus l'exagérer au point de laisser croire que le M23 n'existe pas pour de vrai, qu'il sert simplement de paravent à l'armée rwandaise. Rien n'est plus faux.
Voulez-vous dire, en pointant ainsi l'aspect géopolitique, que le Rwanda est dans une logique de guerre préventive contre d'éventuelles attaques à partir du territoire congolais ?
Face aux menaces répétées de Thisekedi d’attaquer le Rwanda, ce pays a mis en place un système de défense aérien. Il s'agit aussi pour lui d'empêcher d'éventuelles infiltrations des FDLR prêtes à tout pour le déstabiliser. Je pense que l'intérêt stratégique du Rwanda, c'est la pacification de sa frontière avec le Congo, il ne peut vivre en permanence en état d'alerte. Et à un moment donné d'ailleurs, on a pu penser que Kagame et Thisekedi étaient en train de se rapprocher d'une sorte de modus vivendi, tant leur relation personnelle semblait cordiale.
Pour Kagame la meilleure réponse au génocide c'est de s'efforcer de résoudre les problèmes de santé et d'éducation de son peuple, entre autres défis de société.
Rien n'a jamais laissé supposer une quelconque tentation expansionniste de la part du Rwanda comme je vous l'ai dit il y a un instant. De toute façon à notre époque celle-ci montrerait très vite ses limites. Quand on observe bien ce qui se passe dans ce pays on se rend bien compte que pour Kagame la meilleure réponse au génocide c'est de s'efforcer de résoudre les problèmes de santé et d'éducation de son peuple, entre autres défis de société.
Mais le Rwanda peut ne pas vouloir un affrontement armé direct et soutenir une guerre par procuration.
Je vois bien ce que vous voulez dire mais si l'influence du Rwanda sur le M23 est indéniable il ne faut pas non plus, encore une fois, en faire une montagne. Qu'on les aime ou pas, les rebelles du M23 sont des citoyens qui exigent précisément la reconnaissance de leur nationalité congolaise mais aussi que leur seule identité ne soit plus passible de la peine de mort. En fin de compte l'appui de Kigali au M23 ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt, le vrai problème c'est la présence des FDLR au Congo et leurs efforts pour banaliser l'idéologie génocidaire dans l'ensemble de ce pays, pas seulement dans sa partie orientale.
La prise de Goma, la capitale du Sud-Kivu, est-ce pour vous le début de quelque chose dans cette région des Grands Lacs ?
Il est tout d'abord étonnant que Goma soit tombée si vite, en quelques heures à peine, presque sans combat. Même en supposant que toute l'armée rwandaise ait été engagée dans cette bataille cela resterait incompréhensible puisqu'en face vous aviez une douzaine d'autre armées dont les plus en vue étaient celles d'Afrique du Sud et du Burundi, sans parler des fameux mercenaires blancs... Quant à la chute de Goma elle-même, elle pourrait constituer à terme un tournant politique majeur. Certains vont jusqu'à évoquer désormais la possibilité d'un partage du pouvoir consacrant la victoire du M23. Mais au-delà d'éventuels arrangements tactiques, il est probable qu'à Kinshasa le ton se fera de moins en moins guerrier.
Qu'entendez-vous par là ?
Je fais allusion au fait qu'on a eu ces derniers temps l'impression que Thisekedi s'imaginait, avec une certaine candeur, pouvoir se débarrasser du M23 en écrasant militairement le Rwanda. Pour mettre toutes les chances de son côté il a recruté des centaines de mercenaires européens, mis à contribution nombre de groupes armés dont les génocidaires assumés des FDLR et convaincu d'autres pays africains de se joindre à sa soi-disant Mère des Batailles. Tout cela a dû coûter extrêmement cher, en pure perte. Même si Goma venait aujourd'hui à lui être restituée, le pouvoir central de Kinshasa a sans doute bien compris que la confrontation militaire avec Kigali est une affaire bien plus compliquée qu'elle n'en a l'air. Et au plan politique interne, Thisekedi est plus que jamais sous le feu des critiques, on lui impute la responsabilité de la défaite et cela fait vaciller son pouvoir.
Ce qui frappe dans ce conflit, c'est l'isolement dans lequel semble être Thisekedi. Presque personne parmi les autres leaders politiques ne l'a soutenu publiquement.
C'est de bonne guerre, il est tombé dans son propre piège et ses rivaux le laissent se débrouiller tout seul. Il était réellement persuadé de pouvoir tirer profit d'une victoire facile sur le Rwanda et on l'a entendu multiplier les menaces, déclarer sur un ton théâtral qu'il n'hésiterait pas à "demander aux deux chambres réunies l'autorisation de déclarer officiellement la guerre au Rwanda" etc.
Ma conviction est qu'il y aura un avant et un après Goma 2025.
Et il semblait même flirter avec l'hypothèse d'une sorte de guerre zéro mort à partir du ciel. Quand on y pense bien, c'aurait été de toute façon complètement fou d'un point de vue géopolitique. Ça n'a pas marché non plus. Il y a eu autour de lui un semblant d'union sacrée cimentée par un ressentiment tenace et quasi irrationnel à l'égard du Rwanda. Au rythme où évolue la situation, il ne restera bientôt plus rien de ce front de la haine. Ma conviction est qu'il y aura un avant et un après Goma 2025.
Peut-on envisager une solution fédérale pour la République démocratique du Congo, vu l'étendue de ce pays ? Cela serait-il souhaitable aussi bien pour le Congo que pour l'Afrique ?
Sauf erreur, le seul pays où on a osé remettre en question les frontières héritées de l'époque coloniale, c'est le Soudan et la partition n'a pu se faire qu'avec la bénédiction de l'administration Obama. Le Congo n'est pas le Soudan, car tout en étant un colosse aux jambes d'argile où tout peut vite déraper, il reste le pays de Lumumba qui représente tant dans l'imaginaire des luttes de libération nationale. Malgré toutes les précautions qu'il faudrait sans doute prendre, la taille du Congo donne du sens à la tentation fédérale mais personne ne peut savoir mieux que les Congolais eux-mêmes quelle formule leur convient.
Ce grand pays qu'est la RD du Congo a besoin d'un dirigeant de la trempe de Nyerere (Julius Nyerere, premier président de la Tanzanie, NDLR) ou Mandela.
On doit toutefois souligner, sans vouloir les offenser, que c'est à cause de la faiblesse de l'Etat central que tant de groupes armés y sévissent pour le rendre ingouvernable afin de mieux le piller en toute impunité. Les femmes et les hommes de bonne volonté ne manquent pas au Congo et c'est cela que l'on doit leur dire en toute honnêteté et en toute amitié pour qu'ils se décident à un nécessaire examen de conscience. Ce grand pays - et pas seulement par la taille a besoin d'un dirigeant de la trempe de Nyerere ou Mandela. Il suffit d'écouter son actuel président pour bien voir qu'il n'est pas à la hauteur des enjeux historiques de l'heure. Ce n'est pas en réveillant les démons de la haine qu'on peut se donner une chance de refermer la funeste page ouverte en janvier 1961 par l'assassinat de Patrice Lumumba.
On parle beaucoup des ressources naturelles qui seraient à l'origine des violences perpétrées dans l'Est du Congo par des centaines de groupes armés. Qu'avez-vous à dire là-dessus ?
Les groupes armés au Congo n'ont cessé de se multiplier et il y en aurait près de 200 à l'heure actuelle. La chose intéressante, c'est qu'on a fini par croire qu'il n'y en a qu'un, le M23. Je crois que l'un des aspects les plus fascinants de notre époque, c'est que plus les outils d'information s'affinent moins nous sommes en mesure d'accéder à la connaissance des faits réels. On ne sait presque jamais à quoi s'en tenir et depuis que l'intelligence artificielle s'en est mêlée nous ne pouvons même plus nous fier à nos yeux et à nos oreilles. C'est sans doute ce qui fait dire à certains que nous sommes à l'ère de la post-vérité...
Comment cela se traduit-il dans le cas qui nous occupe ?
Je veux dire par là que ce qui se passe au Congo paraît si compliqué pour les gens qu'ils ont tendance à le simplifier à outrance pour espérer s'y retrouver. Ça donne à peu près ceci : un pays qui ne demande qu'à vivre en paix voit sa partie orientale agressée par un voisin retors et belliqueux s'appuyant sur un mouvement rebelle dans le seul but de piller ses richesses minières. L'avantage d'un tel récit c'est qu'il marque avec netteté la frontière entre les Bons et les Méchants. Je caricature à dessein mais ce tableau n'est pas si éloigné que cela de la réalité.
Quand on s'en tient aux faits, la RDC est malheureusement le terrain des jeux les plus malsains du monde entier et il est difficile de comprendre pourquoi on singularise le Rwanda.
Ce qui est frappant ici ce sont les silences et les vertigineux trous de mémoire. D'abord quand on s'en tient aux faits, la RDC est malheureusement le terrain des jeux les plus malsains du monde entier et il est difficile de comprendre pourquoi on singularise le Rwanda. Lors de ce qu'on a appelé la Grande Guerre africaine du Congo, le Zimbabwe, l'Ouganda, le Malawi, l'Angola pour ne citer qu'eux ont participé à sa mise en coupe réglée. Et aujourd'hui l'Afrique du Sud y est surtout retournée pour sécuriser les exploitations minières de ses ressortissants au Katanga et dans une moindre mesure dans le Kivu.
Une fable occulte brosse le portrait de jeunes gens remuant sous le chaud soleil les entrailles de la terre afin d'en extraire illégalement pour le compte du M23 - et donc du Rwanda - le coltan et d'autres minerais précieux.
Je n'ai pas parlé des grandes compagnies minières chinoises ou occidentales ou encore de tous ces aventuriers qui "travaillent" directement avec des généraux ou des ministres influents. Dans son manichéisme, la fable occulte tout cela et nous brosse le portrait de jeunes gens remuant sous le chaud soleil les entrailles de la terre afin d'en extraire illégalement pour le compte du M23 - et donc du Rwanda - le coltan et d'autres minerais précieux. On les imagine tellement occupés à cette besogne qu'on se demande à quel moment ils mènent leur guerre de libération.
Pour vous l'accusation de voler les ressources minières du Congo ne reposerait donc que sur ces clichés ?
Oui, et ces clichés finissent par abrutir l'opinion. À force de les entendre on en vient inconsciemment à les prendre pour argent comptant. Et la question supposée clouer le bec aux rares sceptiques leur est toujours posée sur un ton narquois et triomphal : "comment expliquez-vous que le Rwanda, qui ne produit pas de coltan, en soit exportateur ?" Ça marche à tous les coups parce que peu de gens savent que le Rwanda est un des principaux producteurs de coltan au monde. Il en est même le deuxième, après la RDC, mais devant le Brésil, le Nigeria et... la Chine ! Le Rwanda qui a aussi de l'or et de l'étain et où on a découvert il y a un mois d'importants gisements de pétrole du côté de la frontière avec le Burundi est loin d'être ce désert absolu évoqué par ceux qui veulent en donner l'image d'un pays ne réussissant à survivre que grâce aux ressources du Congo voisin.
Si la plupart de ceux qui critiquent le Rwanda et Kagame le font en toute sincérité, les mercenaires du clic sont une minorité agissante et très efficace.
"Le Rwanda, pays exportateur de minerais sans en être producteur", c'est une de ces phrases entendues sur les réseaux sociaux de la bouche d'influenceurs chargés de l'enfoncer dans le crâne de citoyens d'autant plus faciles à mystifier qu'au fond ils ont d'autres chats à fouetter. On ne peut qu'appeler à la vigilance car si la plupart de ceux qui critiquent le Rwanda et Kagame le font en toute sincérité, les mercenaires du clic sont une minorité agissante et très efficace. Ce serait bien qu'un grand travail d'enquête journalistique focalise le débat sur les enjeux miniers dans l'Est du Congo, cela permettra de savoir qui exploite ces ressources et avec quelles complicités dans l'appareil politique et militaire congolais. (A SUIVRE...)
Par Baba DIENG
REFLECHIR AU MILIEU D’UN CHARIVARI
Au Sénégal, personne ne peut prendre le pouvoir par les armes. Pastef et les cerbères de son «Projet» imaginaire le savent, car, malgré tous les appels à l’insurrection du chef, c’est le vote qui a eu le dernier mot.
J’aimerais commencer cette toute première chronique en remerciant Le Quotidien -une lumière d’excellence dans cette grande pénombre de médiocrité galopante qu’est en train de devenir le journalisme sénégalais qui m’a toujours ouvert ses portes, en publiant régulièrement mes opinions. J’ai exprimé mes opinions une vingtaine de fois dans ce périodique. Et je puis témoigner toute ma satisfaction, à chaque fois, d’émettre des opinions peu ou prou pertinentes pour le progrès économique et social du Sénégal - ce beau pays que nous avons en partage. Je saurais gré à toute la rédaction de ce merveilleux canard, particulièrement à M. Mohamed Guèye, d’avoir bien voulu m’associer à la liste de leurs talentueux chroniqueurs. C’est un très grand honneur pour moi.
Tenir une chronique, c’est essayer d’être un témoin de l’Histoire ; c’est, comme l’écrit Camus dans La peste, dire : «Ceci est arrivé.» Après tous les événements dramatiques qui se sont succédé dans ce pays, nous avons besoin d’entreprendre, et très sérieusement, un travail de mémoire, qui pourra conjurer à jamais nos traumatismes. Des gens d’une irresponsabilité innommable, pour leurs ambitions, le pouvoir, se sont résolument engagés à torpiller les soubassements de notre République. La démocratie, et fort heureusement, a réhabilité ces frondeurs, en les propulsant à la tête du pays, par le truchement et la magie de l’élection. Au Sénégal, personne ne peut prendre le pouvoir par les armes. Pastef et les cerbères de son «Projet» imaginaire le savent, car, malgré tous les appels à l’insurrection du chef, c’est le vote qui a eu le dernier mot.
Il devient de plus en plus difficile d’opiner dans ce Sénégal bipolaire et manichéen. Nous vivons dans ce que mon ami Ibrahima Malick Thioune, brillant juriste et universitaire courageux, appelle la «politique de l’adversité», qui est tout simplement la banalisation de la rhétorique guerrière et la recherche de l’ennemi. Il écrit : «Pour de nombreux politiciens, l’adversaire devient une nécessité incontournable pour refaçonner le paysage politique. Leur identité et leur positionnement se construisent autour de l’opposition, et sans celle-ci, ils semblent perdre leur pertinence […]. Les leaders qui se définissent par le conflit exploitent la dynamique de groupe, où l’ennemi commun renforce la cohésion des partisans. En créant une image de défenseur face à un oppresseur, ils mobilisent des émotions puissantes telles que la peur et l’indignation, qui galvanisent le soutien […]. Le discours et la rhétorique utilisés dans le débat public jouent également un rôle crucial. Un langage agressif, qui emploie des métaphores de guerre et des expressions clivantes, peut exacerber les conflits, tandis qu’un langage inclusif et conciliant peut contribuer à les apaiser.»
Notre pays est devenu un grand embrouillamini populiste dont les chefs d’orchestre, déifiés par de vaillants hussards, ont la manifeste mission d’annihiler la pensée sous toutes ses coutures. Je ne me lasserai jamais de dénoncer la versatilité de nos «intellectuels» pétitionnaires, jadis si déterminés pour la préservation de la démocratie et ses avantages. Il fallait donc signer des pétitions pour défendre un homme et ses turpitudes, et se taire quand l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) a été incendiée par des vandales. Des pilleurs-incendiaires. La nouvelle manie de ces intellectuels -ou ceux considérés ainsi- consiste désormais à se transformer en thuriféraires et bien-pensants pour s’attirer les vivats de la nouvelle orthodoxie. L’apocalypse n’a jamais été si proche : céder au totalitarisme de Pastef.
Je reste convaincu, hier comme aujourd’hui, que la désertion de la parole sera fatale pour nous tous. Il faut parler, et toujours parler. Ne pas se taire, c’est ce qui nous sauvera. Dans «Nous serons tous des Moustapha Diakhaté», tribune en date du 5 décembre 2023 que j’avais publiée dans ces colonnes pour dénoncer l’incarcération arbitraire de ce «républicain ombrageux», j’écrivais ceci : «Quand des gens qui n’aiment pas votre parole dissidente vous attaquent, c’est parce que ce que vous dites est intéressant, dérangeant, même à peine audible.»
Devant les insanités et les invectives -devenues le sacrement de notre espace public depuis l’intrusion de ces fascistes dans notre démocratie- de ces roquets et leurs maîtres, il ne faut jamais courber l’échine ou donner l’impression d’être effarouché par leurs billevesées. Il faut rester debout, pour un front républicain. Et vite ! La parole est fondamentale dans cette entreprise salvatrice pour notre si belle et grande République.
Ce n’est pas notre défaite si ce populisme dévastateur, qui s’est emparé de notre pays pour le détruire, est aujourd’hui dans une logique de remettre en cause nos acquis démocratiques, avec les foucades autoritaires du «meilleur Premier ministre de tous les temps». Même les Etats-Unis, avec leurs innombrables prix Nobel, ont succombé, à deux reprises, aux assauts d’un exceptionnel avatar du populisme comme Donald Trump. Toujours est-il que, pour nous, l’échec sera de ne pas faire face, de ne pas dresser des balustrades pour arrêter les saillies populistes de ces chantres d’un souverainisme forcené et anachronique.
Des chiffres bardés de fards ? Nous sommes désormais dans un pays où certains fonctionnaires, dans un passé très récent, auraient fardé nos chiffres pour édulcorer les désastres d’un régime et ses prédateurs financiers. Mille et une questions se posent. Autant de réponses. Attention à celles qui irriteraient Ousmane…
En tout cas, Diomaye et sa bande de «vertueux» peuvent se rassurer d’une chose : si l’obsession de se partager nos maigres ressources titille leur sobriété, ils pourront compter sur ces maquilleurs sans scrupules, déjà rompus à la forfaiture, pour colmater les brèches. Pour duper le Peuple.
Le Pmos, lui, va bientôt s’extirper de sa cachette pour fêter sa nouvelle victoire, celle d’avoir raison, d’avoir toujours raison, d’avoir vilipendé le Sénégal. Son honorabilité et sa geste précédent la crédibilité du pays de Senghor…
Par Momar Dieng
LA SARABANDE DES CRAPULES EN VASE CLOS !
Au lendemain du point de presse résolument accusatoire du gouvernement tenu le 26 septembre 2024 et consacré à la « falsification » de certains comptes publics de l’Etat par Macky Sall et ses acolytes, un ami m’interpelle pour faire part de ses doutes.
Au lendemain du point de presse résolument accusatoire du gouvernement tenu le 26 septembre 2024 et consacré à la « falsification » de certains comptes publics de l’Etat par Macky Sall et ses acolytes, un ami m’interpelle pour faire part de ses doutes. Ma réponse : attendons de voir. Mais une chose me semble certaine : aucun Président de la République ou Premier ministre au monde ne prendrait la responsabilité de livrer à une presse locale et internationale des faits d’une gravité aussi extrême sans avoir eu, en amont, la certitude de leur authenticité et véracité.
Un peu moins de cinq mois plus tard, le 12 février 2025, on se rend compte que le chef du gouvernement ne nous avait servi qu’un bref mais déjà gravissime avant-goût des œuvres malveillantes d’un groupuscule de crapules sans scrupules qui, dans l’intimité et l’opacité de leurs connexions mafieuses, ont presque mis à genoux l’Etat, au moins dans ses marges et capacités budgétaires régaliennes. La réalité du désastre révélé par les magistrats de l’institution de contrôle atteint des proportions giga-industrielles au regard de la dimension de notre pays.
Ce que le Rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques entre 2019 et le 31 mars 2024 nous dit dans toute sa solennité, c’est la détermination absolument maléfique qui peut animer des personnes de toutes origines dans leur soif de capturer l’Etat et ses démembrements pour assouvir des envies grotesques : domination, jouissance, prévarication, vols, détournements, substitution, le tout avec le Sceau d’une impunité totale garantie par la plus haute autorité de l’Etat ou par ses chambellans ou, comme souvent, par l’instinct collectif de protection qui peut animer un groupe.
Les principales conclusions de la Cour des comptes, au nombre d’une dizaine, sont factuelles. Elles recensent une panoplie d’actes et de pratiques j’men-foutistes avec lesquels une administration d’Etat non corrompue et républicaine ne saurait se rendre complice. En fin de compte, la Cour ouvre à l’Etat et aux autorités en place l’immense chantier de reconstruction ou de réforme d’une bureaucratie de hauts fonctionnaires happés par la politique politicienne, souvent peu courageuse pour dénoncer la patrimonialisation de l’Etat et de ses instruments de gouvernance.
On se rend compte aujourd’hui que les Sénégalais n’avaient pas assez pris au sérieux la dimension cumulativement loufoque et tragique des propos de l’ancien président Macky Sall lorsqu’il plaisantait - presqu’avec le sourire malin - sur son « coude » qui protégeait plusieurs de ses amis, collaborateurs et fonctionnaires contre la traque judiciaire qu’ils auraient méritée, selon lui. Ses successeurs ont un boulevard légitime devant eux…
Macky Sall n'était pas seulement un parrain dans l'assassinat de plusieurs dizaines de personnes sous son règne de douze ans. Il était également un trafiquant de nos maigres ressources publiques.
Par Pape Seen
DIOMAYE ET SONKO N’ONT, POUR L’INSTANT, PAS TROUVE DE SOLUTIONS POUR REPONDRE AUX ATTENTES
Diviser les travailleurs et le peuple, en jetant en pâture les syndicats, n’a rien de progressiste. Ce n’est pas de gauche. C’est à l’encontre de l’héritage des combattants dont Guy Marius Sagna se revendique
Ce message de Guy Marius Sagna me laisse sans voix. Faudrait-il donc cesser de défendre les intérêts des fonctionnaires, vacataires, étudiants, bénéficiaires des bourses familiales et travailleurs licenciés sous prétexte que Pastef est au pouvoir ? Les revendications syndicales ont toujours été les mêmes. Sous Senghor, Diouf, Wade, Macky.
La réalité est brutale : Diomaye et Sonko n’ont, pour l’instant, pas trouvé de solutions pour répondre aux attentes des travailleurs et des masses laborieuses. Ils ne savent pas comment faire pour donner de la vigueur à l’économie. Bon Dieu, avaient-ils vraiment fait un quelconque diagnostic ? Avaient-ils des solutions face aux gigantesques défis du Sénégal ? C’est de cela qu’il faut débattre.
Ces 4 dernières années, la conversation politique a été étouffée par un clivage politique binaire et facile. Renforcé par une violence symbolique omniprésente - insultes, dénigrements, instrumentalisation des algorithmes pour faire taire ou dire.
Ce schéma antidémocratique continue. Diviser les travailleurs et le peuple, en jetant en pâture les syndicats, n’a rien de progressiste. Ce n’est pas de gauche. C’est à l’encontre de l’histoire des luttes fondamentales du Sénégal et de l’héritage des combattants dont Guy Marius Sagna se revendique.
Par Vieux SAVANE
LA HONTE !
"Il s’appelle Thiam. Quand tu quittes le Sénégal pour venir en Côte d’Ivoire, tu vas sauter d’abord un pays…le nom de Thiam est de quelle région de la Côte d’Ivoire ?" Ces propos ignobles sont indignes d’une Côte d’Ivoire résiliente
« Il s’appelle Thiam. Quand tu quittes le Sénégal pour venir en Côte d’Ivoire, tu vas sauter d’abord un pays…le nom de Thiam est de quelle région de la Côte d’Ivoire? » Pénible résurgence d’une histoire récente douloureuse tournée autour de cette « identité meurtrière » que symbolise « l’Ivoirité »
Immondes, indignes, insoutenables sont les propos de Célestin Serey Doh, ministre délégué auprès du ministre des Transports chargé des affaires maritimes de Côte d’Ivoire, prononcés le 8 février dernier, à Tacourably, à l’ouest du pays dans la région des Dix-huit Montagnes.
Ces propos ignobles sont indignes d’une Côte d’Ivoire résiliente, qui sort péniblement de longues années de guerre civile et fait la fierté de beaucoup d’Ivoiriens et d’Africains pour son dynamisme économique.
Tidjane Thiam est un digne fils de l’Afrique, un digne fils de Côte d’Ivoire, de Guinée, Du Cameroun, du Ghana, d’Ethiopie, du Congo, etc. Par son cursus, il est une fierté africaine. On ne peut que s’étonner du fait que le président de la République dont le serment en fait le garant de la cohésion nationale ne l’ait pas débarqué illico presto ou suspendu de son poste.
En attendant, un citoyen a saisi le Procureur de la République pour exiger l’ouverture d’une enquête et l’application des sanctions pénales prévues par la loi notamment en son article 227 qui punit d’une peine d’emprisonnement d’1 à 2 ans et d’une amende de 500.000 à 2.000.OOO FCFA », toute personne qui se « rend coupable de racisme, de xénophobie, de tribalisme ou de discrimination ».
Par Mamadou Abdoulaye SOW
MULTIPLE PHOTOS
ET SI ON PARLAIT DES LETTRES DE CONFORT ?
La dette cachée nuit à l’économie. Une meilleure législation en matière de divulgation peut contribuer à limiter le préjudice
«La dette cachée nuit à l’économie. Une meilleure législation en matière de divulgation peut contribuer à limiter le préjudice».
Le Gouvernement sortant a-t-il contracté des prêts auprès des banques locales de façon non transparente comme l’avait affirmé l’actuel Gouvernement ? La réponse est sans équivoque si on se réfère au rapport d’audit de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques des gestions 2019 au 31 mars 2024 (pages 37 à 42, § 2.7 du chapitre II). En effet, ledit rapport d’audit révèle l’existence d’une importante dette bancaire contractée hors circuit budgétaire. Le même rapport révèle également l’existence de remboursements d’emprunts en 2023 sur le compte de dépôt n° 3683047 « CAP/Gouvernement » d’un montant de 305 943 167 977 francs CFA (voir le détail par banque au tableau en annexe établi par nos soins). Or, une dette contractée conformément à la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) ne doit pas être remboursée sur un compte de dépôt de fonds particuliers au Trésor, de surcroit sans lien avec la gestion de la dette publique.
La présente contribution revient sur l’utilisation des lettres de confort comme procédé d’emprunt ou d’octroi de garantie de l’Etat, étant précisé d’emblée que plusieurs paragraphes de la première partie des développements qui suivent sont extraits du rapport du FMI n° 19/34 de janvier 2019 sur l’évaluation de la transparence des finances publiques au Sénégal 2. Nous examinerons d’abord la pratique des lettres de confort puis la question des garanties données par lettre du ministre chargé des Finances en marge de toute légalité.
LA PRATIQUE DES LETTRES DE CONFORT
Qu’entend-on par lettres de confort ? Selon le rapport précité du FMI (§ 53), « Les lettres de confort permettent d’effectuer le paiement d’une dépense auprès d’un tiers alors même que cette dépense n’est pas inscrite dans le budget de l’année ou que cette dépense excède le cadre annuel. »
Les lettres de confort visent donc à combler une insuffisance de la programmation budgétaire, pour prendre en charge des dépenses qui n’avaient pas été prévues et qui ne peuvent pas être supportées par la réserve de gestion.
Au moment du décaissement, l’Etat demande à la banque de payer directement son fournisseur, l’argent ne transitant pas par le Trésor ; l’Etat rembourse directement la banque sur les crédits destinés au projet une fois les crédits mis en place dans les budgets suivants. Dans ce cas , les lettres de confort constituent in fine de véritables opérations d’emprunt pour financer des dépenses qui ne sont pourtant pas retracées comme telles dans le PLF (projet de loi de finances). Les lettres de confort peuvent également être utilisées pour accorder une garantie de l’Etat à un opérateur pour l’obtention d’un financement auprès d’un établissement de crédit »3.
Il existe quatre catégories de lettres de confort : la lettre de couverture budgétaire (ou financière), la lettre de domiciliation bancaire, la lettre de confort stricto sensu et les lettres de garanties. L’encadré 2.1 ci-dessous de la page 37 du rapport du FMI définit leur objet.
2.1. LA PRATIQUE DES LETTRES DE CONFORT
« Les lettres de confort » constituent une appellation générique qui recouvre différents types de situations: • La lettre de couverture budgétaire (ou financière) : il s’agit d’une lettre adressée par le Ministre chargé des finances au Directeur de la direction centrale des marchés publics, dans le cadre de la procédure d’instruction d’un marché pluriannuel soumis au contrôle a priori. La lettre de couverture budgétaire est en réalité un engagement du Ministre à inscrire les crédits qui permettront de financer un projet ; • La lettre de domiciliation bancaire : il s’agit d’une lettre adressée par le Ministre chargé des finances au Directeur général d’une banque, par laquelle il s’engage de manière ferme et irrévocable à domicilier dans un compte ouvert au sein de ladite banque les paiements découlant d’un projet inscrit au Budget. La banque à qui elle est adressée est en général celle qui lui fournit les financements lui permettant d’exécuter le marché dont il est attributaire ; • La lettre de confort stricto sensu : il s’agit d’une lettre adressée par le Ministre chargé des finances au Directeur général d’une banque, par laquelle il sollicite le financement d’une opération déterminée, à rembourser sur des crédits budgétaires à venir (dans le cadre d’une prochaine loi de finances en général) ; • Les lettres de garanties : l’Etat se porte garant pour un opérateur aux fins d’obtention d’un financement auprès d’un établissement de crédit. » Source : services du FMI
Les crédits relatifs aux lettres de confort ne sont pas recensés dans le bulletin statistique trimestriel de la dette publique publié par la Direction de la Dette publique.
D’après le rapport du FMI, « le Sénégal ne répond pas au niveau de pratique élémentaire qui exige que les rapports financiers couvrent la trésorerie, les dépôts et toutes les dettes. Si des données sur les actifs et passifs financiers sont produites, elles sont fragmentées et contiennent des lacunes » (§ 10, page 19). Ainsi, le bulletin statistique trimestriel de la dette publique publié par la Direction de la dette publique ne tient pas compte notamment des crédits relatifs aux lettres de confort.
En outre, le rapport souligne : « Si le budget de l’administration centrale est relativement exhaustif, l’absence d’information relative aux lettres de confort contribue à affaiblir l’unité budgétaire en ne donnant pas une image complète de la dette publique 4 ».
Les montants des lettres de confort auraient dû être recensés dans la rubrique « Autres financements bancaires » de la situation de la dette intérieure
Le FMI a constaté l’absence de mécanismes budgétaires appropriés pour retracer et encadrer ces opérations relatives aux lettres de garanties alors qu’elles ont un impact conséquent pour les finances publiques.
En effet, « Qu’elles permettent de garantir le financement d’une dépense ou d’un projet, ou d’accorder une garantie, les outils budgétaires devraient permettre de retracer les implications des lettres de confort pour le budget »
« Dans le premier cas, les montants des lettres de confort devraient apparaitre dans la partie relative aux emprunts (ex. autres financements bancaires). Également, l’engagement global de l’Etat sur l’intégralité du projet (et non uniquement sur la tranche annuelle de remboursement qui doit apparaitre en loi de finances) doit être retracé dans les documents budgétaires (…) »5.
Enfin, le rapport du FMI (page 51) recommandait, entre autres, de « Renforcer la sincérité budgétaire et refléter de manière exhaustive dans le budget tous les engagements de l’Etat » en :
• « (alignant) le traitement des lettres de confort avec les règles comptables et budgétaires issues de la LOLF et refléter celles-ci au sein de la dette publique (nous mettons en gras et soulignons) ;
• (en appliquant) les dispositions de la LOLF relative aux provisions pour les garanties accordées par l’Etat (y compris celles attribuées via lettres de confort) ».
En résumé, rappelons que l’article 133 du décret n° 2020978 du 23 avril 2020 portant Règlement général surla Comptabilité publique (RGCP) dispose :« Aucune dette de l’Etat ne peut être contractée sous forme de souscription de rente perpétuelle, d’emprunt à court, moyen et long termes, ou sous forme d’engagements payables à terme ou par annuités, aucune opération de conversion de la dette publique ne peut être opérée, qu’en vertu de la loi de finances »
« Les conditions et modalités d’émission des emprunts de l’Etat sont fixées par décret pris sur le rapport du Ministre chargé des Finances. » (article 134 RGCP). L’article 135 du RGCP précise que les créances résultant d’un emprunt de l’Etat donnent lieu soit à la remise d’un titre au souscripteur ou bénéficiaire soit à une inscription au crédit d’un compte courant de titres dans les conditions fixées par décret pris sur proposition du ministre chargé des Finances
L’OCTROI DE GARANTIES PAR CONVENTION OU LETTRE DU MINISTRE CHARGÉ DES FINANCES EST UNE VIOLATION DE LA LOLF
Par définition, une garantie est un « accord en vertu duquel le garant s’engage à verser la totalité ou une partie du montant dû au titre d’un instrument d’emprunt en cas de défaut de paiement de l’emprunteur 6 ».
Quant à l’emprunt garanti, il se définit comme un « emprunt bénéficiant d’un engagement contractuel d’un tiers de répondre de la défaillance du débiteur 7». On peut dire que les garanties accordées par l’Etat sont en quelque sorte à la frontière de la dette publique. A préciser que le Gouvernement sortant avait décidé en 2020 que « les passifs conditionnels liés aux garanties ou aux contrats de partenariat public-privé intégreront le champ de la dette pour une meilleure appréciation du risque de surendettement » (cf. exposé général des motifs de la loi n° 2019-17du 20 décembre 2019 portant loi de finances de l’année 2020).
Par ailleurs, dans le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2023-2025 (page 102), il est rappelé : « L’émission de garanties constitue une source de risque budgétaire, en cas d’appel pour le remboursement des prêts adossés aux garanties» (…). « Également, le recours croissant aux PPP, attendu dans le cadre de la mise en œuvre des prochains programmes d’investissements du PAP2A, devrait accroitre les garanties y afférentes et induire une plus grande exposition budgétaire ».
Le régime des garanties et avals donnés par l’Etat est régi par les articles 42 et 44 de la LOLF de 2020.
1°/ L’autorisation de l’Assemblée nationale est un préalable à l’octroi par l’Etat de sa garantie ou de son aval
Dans sa seconde partie, la loi de finances de l’année autorise l’octroi des garanties et avals accordés par l’Etat (article 44 LOLF).
2°/ La loi de finances de l’année fixe la variation nette de l’encours des garanties et avals (article 44 LOLF)
3°/Les garanties et les avals sont donnés par décret (article 42 LOLF)
Le même article précise : « Les conditions d’octroi des garanties doivent respecter les dispositions du Règlement portant cadre de référence de la politique d’endettement public et de gestion de la dette publique dans les Etats membres de l’UEMOA ».
A rappeler que le DPBEP de 2022-2024 (page 69) avait retenu que « concernant les garanties, l’émission des lettres de confort et de garanties pourrait se faire par la prise d’un décret, pour permettre une meilleure transparence des garanties de l’Etat … »
En passant, nous avons remarqué que le Gouvernement sortant, comme celui en place, a accordé par décrets des garanties souveraines dans le cadre du contrat de fourniture de service de stockage et d’achat d’électricité. Nous nous étonnons que les rapports de présentation de ces décrets de garanties soient signés par le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération. Au surplus, on s’interroge sur le texte qui autorise ce dernier à administrer directement une partie de la dette garantie (Cf Tableau n° 3.1 du § 2.6 de la page 36 du rapport d’audit de la Cour des comptes) alors qu’il revient au ministre chargé des Finances de gérer les comptes de garanties et d’avals
4°/ Les engagements de l’Etat résultant des garanties financières accordées par l’Etat doivent être retracés dans les comptes de garanties et d’avals de la comptabilité générale de l’Etat
Lorsqu’une garantie accordée par décret est appelée, elle est enregistrée dans un compte spécial du Trésor. Le montant des garanties accordées par lettres de confort aurait dû être provisionné dans le compte spécial du Trésor retraçant les avals et garanties.
Rappelons qu’en application de l’article 42 de la LOLF, « la dotation portant sur les crédits destinés à couvrir les défauts de remboursement ou appels en garantie intervenus sur les comptes d’avals et de garanties (…) est provisionnée au minimum à hauteur de dix pour cent (10%) des échéances annuelles dues par les bénéficiaires des garanties et avals de l’Etat. Or, « le montant provisionné en loi de finances est un montant forfaitaire qui est très en-dessous de la provision nécessaire pour couvrir toutes les garanties existantes, y compris les lettres de confort 8».
En conclusion, on se pose la question suivante : en avril 2024, « des passations de service détaillées (ont-elles) été organisées loyalement et (ont-elles) permis entre les deux gouvernements, entrant et sortant, de consigner explicitement les dossiers d’une relève voulue précisément transparentes sur les aspects du travail gouvernemental dans les différents ministères 9».
1 Rhoda Weeks-Brown , Source IMF BLOG, 2 avril 2024
2 Suite à une requête du Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan de l’époque (M. Amadou Ba,) formulée au cours des assemblées annuelles du FMI en 2017, une mission du département des finances publiques du FMI s’était rendue à Dakar du 5 au 17 avril 2018 afin de mener une évaluation de la transparence des finances publiques du Sénégal.
3 Sénégal. Evaluation de la transparence des finances publiques, Rapport du FMI n° 19/34, janvier 2019, p.36. Nous mettons en gras et soulignons.
4Ibidem, § 53, pp.35-36. Nous soulignons.
5 Ibidem, § 54, pp. 36-37.
6 Cf. REGLEMENTN°09/2007/CM/UEMOA portant cadre de réference de la politique d’endettement public et de gestion de la dette publique dans les Etats membres de l’UEMOA 7 Ibidem.
8 Rapport du FMI n° 19/34, p. 37. Nous soulignons.
9 Mamadou Lamine Loum, “Le Sénégal au 1er avril 2001, p.233.
LA QUESTION DES RÉPARATIONS POUR L’AFRIQUE EST RELANCÉE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le 38ème Sommet de l'UA pose clairement la question des réparations coloniales, avec un soutien international grandissant incluant l'ONU. Il reste aux sociétés civiles africaines de s’en saisir
Le 38ᵉ Sommet de l'Union africaine (UA) a effectivement discuté de la question des réparations en mettant un accent particulier sur le thème annoncé « Justice pour les Africains et les personnes d'ascendance africaine grâce aux réparations ».
« Le Conseil économique, social et culturel de l'UA (ECOSOCC) a affirmé que « les réparations sont le sujet brûlant à Addis-Abeba ». Le général-major Dr. al-Tayeb Abdul Jalil, professeur soudanais de droit international, a élaboré une carte des réparations, estimant que Londres doit 700 milliards de dollars au seul Soudan en raison des pertes subies durant la domination coloniale britannique.
Dr. al-Tayeb Abdul Jalila indiqué qu’il ne parlait pas au nom du seul Soudan mais de plusieurs pays africains, ajoutant : « La compensation matérielle n'est pas une tentative de mesurer les souffrances en argent, mais une opportunité de consacrer ces fonds au développement de nos pays. »
La Première ministre de la Barbade, Mia Motley a quant à elle lancé un appel passionné en faveur des réparations, en demandant à l’Europe et aux USA de commencer par reconnaître leurs torts historiques.
"Dites pardon. Dites pardon et soyez sincères. Et après avoir dit pardon, reconnaissez que l'avenir du monde n'est pas possible sans la stabilité de l'Afrique et de sa diaspora", a-t-elle souligné.
La Première Ministre Mottley a souligné la nécessité d'actions tangibles telles que la création de ponts aériens et maritimes pour faciliter les voyages et les échanges entre l’Afrique et les Caraïbes.
Le Secrétaire de l’Organisation des Nations Unies, M. Antonio Guterres a pour sa part pris position très clairement an faveur des réparations en déclarant notamment devant l’Assemblée Générale, au cours de son allocution du 15 février 2025 :
« Le monde ne doit jamais oublier que l’Afrique est victime des effets conjugués de deux injustices colossales. Tout d’abord, les profonds ravages du colonialisme et de la traite transatlantique des esclaves. C’est un mal dont les racines remontent à plusieurs siècles et dont les Africains et les personnes d’ascendance africaine continuent de pâtir aujourd’hui encore…La décolonisation, en elle-même, n’a pas été une panacée. L’indépendance politique n’a pas débarrassé les pays des structures fondées sur l’exploitation et des décennies de sous-investissement économique, social et institutionnel. Il est grand temps de mettre en place des cadres de justice réparatrice… »
Ainsi la question des réparations de la part de l’Europe et des Etats Unis en faveur de l’Afrique a été relancée par le 38eme Sommet de l’Union Africaine.
Il reste aux sociétés civiles africaines de s’en saisir et de faire sorte que les chefs d’Etat posent des actes concrets, en direction de l’ONU notamment pour la réalisation des engagements pris au cours de ce 38eme Sommet.
Image d'illustration: Alwihda Info
Par Demba Moussa Dembélé
UN RAPPORT ACCABLANT !
Le rapport publié le 12 février 2025 sur l’audit des finances publiques est une véritable bombe, par la gravité et l’ampleur des révélations qu’il contient. On est effaré par la désinvolture avec laquelle le régime de Macky Sall a géré les finances ...
Le rapport publié le 12 février 2025 sur l’audit des finances publiques est une véritable bombe, par la gravité et l’ampleur des révélations qu’il contient. On est effaré par la désinvolture avec laquelle le régime de Macky Sall a géré les finances publiques du pays pendant plusieurs années. On découvre ainsi un pillage à grande échelle des deniers publics par un groupe d’individus qui n’avaient aucun respect pour le bien public. Des dizaines de milliards ont disparu sans laisser de trace. Des mensonges ont été servis aux « partenaires » et aux marchés financiers sur le niveau du déficit budgétaire et le plafond de la dette publique.
Confirmation des alertes du nouveau régime
On notera que les chiffres du rapport vont au-delà de ceux que le Premier ministre Ousmane Sonko avait révélés le 26 septembre 2024. Lors de cette sortie, il disait que le régime de Macky Sall avait menti au peuple et aux partenaires et maquillé les chiffres des finances publiques pour présenter « une image économique différente de la réalité ». Le président de la République Bassirou Diomaye Faye avait lui aussi alerté sur l’état catastrophique des finances publiques du pays constaté après la prise du pouvoir. Les défenseurs de l’ancien régime et leurs mercenaires tapis dans certains médias avaient contesté leur diagnostic et parlé de manipulation.
Le rapport de la Cour des comptes vient de leur clouer le bec en révélant une réalité qui dépasse largement ce que le régime avait annoncé. Parmi les chiffres maquillés on notera surtout ceux du déficit budgétaire et de la dette publique dont les niveaux sont de très loin supérieurs à ceux fournis par l’ancien régime. En effet, le déficit budgétaire se situe à 12,3% contre 4,9% et le ratio de la dette publique frôle 100% du produit intérieur brut (PIB), comparé à 74% !
Au vu de l’ampleur du maquillage des chiffres révélée par le rapport, on ne peut manquer de poser la question sur les raisons qui ont poussé le régime précédent à mentir au peuple et aux « partenaires ».
Raisons du maquillage des chiffres
Ces rasions sont à rechercher dans l’obsession de Macky Sall visant à présenter aux marchés financiers et aux « partenaires » internationaux une bonne image de la gestion économique du pays. En effet, on avait souvent entendu le président Macky Sall et ses ministres se vanter de la « qualité de la signature » du Sénégal auprès des marchés financiers, chaque fois qu’il émettait avec succès des « eurobonds ».
De même, dans ses rapports avec la Banque mondiale et le FMI, le régime de Macky Sall avait coutume de dire que les relations avec ces deux institutions étaient basées sur la confiance qu’elles avaient dans les politiques « macroéconomiques saines » du pays, c’est-à-dire sur des déficits budgétaires jugés « raisonnables » et une dette publique jugée « soutenable ». L’on peut se demander comment la Banque mondiale et le FMI ont pu être bernés pendant des années par le régime de Macky Sall. Question légitime quand on sait que ces institutions ont leurs représentants-résidents à Dakar qui travaillent étroitement avec les ministères en charge de l’Economie et des Finances. Comment se fait-il qu’avec cette proximité et les moyens dont elles disposent qu’elles n’aient pas pu déceler les fraudes sur les chiffres ? Ou bien auraient-elles une certaine complicité dans la manipulation de ceux-ci ?
En ce qui concerne l’UEMOA, on se rend compte que le régime de Macky Sall n’a pas respecté les normes édictées par l’institution communautaire, notamment un déficit budgétaire ne dépassant pas 3% du PIB et un niveau de dette publique ne dépassant pas 70% du PIB.
Donc, à la lecture du rapport de la Cour des comptes, on sait maintenant que le régime précédent avait utilisé le mensonge et la manipulation des chiffres dans ses rapports avec les marchés financiers et ses « partenaires africains et internationaux !
Que faire ?
Après la publication du rapport de la Cour des comptes, le nouveau régime aura fort à faire pour restaurer l’image du pays à l’extérieur et même au sein de l’UEMOA. Il y aura toujours un petit soupçon qui subsistera dans la tête de certains des « partenaires ».
Pour lever ces doutes et la méfiance, il faudra prendre des mesures drastiques, tant au niveau des procédures de décaissements et de contrôle qu’au niveau des personnes responsables de ce que certains appellent un « carnage financier ».
En effet, il est impératif d’identifier toutes ces personnes et engager des poursuites contre elles. Il faudra saisir cette occasion pour éradiquer la culture de la complaisance, du mensonge et de la manipulation des chiffres dans la gestion des ressources du pays. Il faut mettre fin à la culture de l’impunité en trainant en justice tous ceux qui ont eu une part de responsabilité dans la gestion scandaleuse des finances publiques et leurs complices, dans l’administration et le secteur privé.
Le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont dit et répété qu’ils diront toujours la vérité au peuple sur la réalité économique et sociale du pays. Ce rapport leur donne l’occasion rêvée d’aller plus loin dans cette voie, en combattant le mensonge et l’opacité dans la gestion des affaires publiques et en instaurant une culture de la transparence et du respect du bien public. Ce sera un signal fort de rupture d’avec le système qu’ils ont combattu avec acharnement. Car on ne peut pas obtenir des résultats différents avec le même système.
La rupture doit également s’appliquer aux relations avec les « partenaires », en se débarrassant de la culture de la dépendance. Le Président Diomaye et le Premier ministre Sonko doivent mettre l’accent sur la nécessité pour le Sénégal de compter d’abord sur lui-même par la mobilisation de ses propres ressources et la transformation structurelle de son économie.
Par Abdoul Aly KANE
LA NOUVELLE LOI BANCAIRE ET LES PME
L’état du Sénégal est en passe de voter, à l’Assemblée nationale, de nouveaux aménagements de la loi bancaire s’appliquant aux établissements de crédit exerçant leur activité sur le territoire de l’Union monétaire ouest-africaine.
L’état du Sénégal est en passe de voter, à l’Assemblée nationale, de nouveaux aménagements de la loi bancaire s’appliquant aux établissements de crédit exerçant leur activité sur le territoire de l’Union monétaire ouest-africaine.
Encore une réformette de l’Umoa serions-nous tenté de dire, dans un contexte de rejet, par la jeunesse, du système économique et monétaire actuel dont la particularité, après 70 années de fonctionnement, est son échec à impulser un développement économique créateur d’emplois.
Ces pays sont enfoncés dans le classement des pays les moins avancés ou à faible indice de développement humain selon l’organisme en charge de la classification.
Les Etats sont caractérisés par des performances de croissance économique erratique et généralement à 1 chiffre n’ayant pas d’effet d’entraînement notable sur la transformation structurelle des économies.
Une politique monétaire axée sur un franc Cfa fort, du fait de son arrimage à l’euro, n’a pas impulsé le développement des économies africaines en 75 années, faute de compétitivité sur le plan international, les spécialisant dans l’importation tous azimuts et l’exportation de produits primaires non transformés.
Faute de consistance des revenus des produits de base exportés et sans aucune maîtrise sur leur prix de marché, nos pays sont dans l’impossibilité de faire face aux déficits budgétaires, encore moins au remboursement de la dette extérieure, ce qui les classe en général parmi les «pays pauvres très endettés de la planète».
De surcroît, la sous-valorisation des produits de base exportés contraint les Etats à «emprunter pour payer la dette» (cavalerie financière) et à faire l’impasse sur des dépenses budgétaires essentielles de santé et d’éducation, faute de revenus exports suffisants.
Les principaux aménagements de cette nouvelle loi que nous avons identifiés à l’appui de cette contribution, sont : la création de nouvelles dispositions encourageant les établissements de crédit à financer les Pme et les particuliers, la mise en application rigoureuse des normes règlementaires «prudentielles» issues de Bâle II et III afin de rendre le système bancaire plus «robuste», la mise en place d’un dispositif préventif de gestion des crises bancaires, et enfin la régulation des entreprises de technologie financière (Fintech) et de monnaie électronique.
Rappelons que le Comité de Bâle a été créé en 1974 par les dix principaux pays industrialisés, avec comme objectif de renforcer la solidité du système financier mondial par une surveillance bancaire régulière via des normes prudentielles appliquées à leurs activités et à leur structuration propre, dans le souci de prévenir les faillites de banques.
La question transversale qui nous interpelle d’emblée, est de savoir comment concilier la volonté de renforcement de l’actuel dispositif règlementaire (Bâle 1, 2, 3 et bientôt 4) appliqué aux banques de la zone F Cfa et l’accès des Pme au crédit dont on sait qu’elles sont évincées du fait même de ces dispositions ?
Le dispositif prudentiel était déjà considéré comme oppressif pour les banques en matière de distribution de crédit ; l’application stricte des normes de Bâle 2 et 3 non seulement ferait apparaître des cas de non-conformité nécessitant des restructurations en fonds propres, mais encore se traduirait par la diminution du volume global des crédits «risqués» comme ceux accordés aux Pme.
Bâle 4 serait en préparation pour être appliqué aux banques européennes en 2025.
Ses dispositions, particulièrement en matière de renforcement du capital des banques (estimé à près de 50% de leur niveau actuel), pourrait conduire à la rareté de la création de banques, mais surtout à la disparition de banques africaines ne disposant pas d’un actionnariat solide ou alors non affiliées à des groupes susceptibles de leur fournir un «back up financier» solide pour leur mise en conformité.
Pour notre part, nous considérons que la règlementation de Bâle est une course-poursuite entre les banques européennes exposées aux risques inhérents aux marchés financiers et un surveillant bancaire (le Comité de Bale) soucieux de veiller à l’intégrité du système bancaire exposé aux risques de faillite.
Des crises bancaires systémiques se sont produites depuis 2008 (crise des subprimes, faillite de la Silicon Valley Bank et du Crédit Suisse racheté in extremis par l’Union des banques suisses), induisant davantage de normes de surveillance en réaction.
Ces normes tournent essentiellement autour du renforcement des fonds propres de banques en vue de l’absorption éventuelle des pertes générées par l’octroi de crédits non performants ou des opérations sur titres hasardeuses.
Pour ce qui concerne la zone Uemoa, le marché financier étant peu profond, l’exposition à ces risques sont réduits avec la surveillance étroite exercée par la Commission bancaire sur les banques.
En effet, depuis le milieu des années 80, il n’a pas été enregistré de faillite de banque à notre connaissance.
Toutefois, les taux de croissance économique enregistrés dans la zone depuis cette période n’ont pas impulsé un développement économique qu’aurait permis la transformation structurelle des économies.
A notre sens, cette volonté de s’ancrer dans les règles de Bale, tout en apportant des aménagements à la loi bancaire, montre en réalité que la Bceao est au centre d’objectifs divergents.
Mettre en œuvre une politique monétaire visant la stabilité du couple F Cfa/Euro sur le marché des changes, appliquer des normes de rigueur aux banques dont l’effet est de circonscrire le risque de crédit Pme et de pousser les banques à s’orienter vers les opérations sur titres ou de trésorerie, privilégient assurément la stabilité monétaire au détriment du développement économique.
Après avoir encouragé la création d’institutions de microfinance et d’établissements de crédits généralistes voilà 30 ans (1995), les nouveaux aménagements semblent indiquer un retour au secteur bancaire pour financer les Pme.
Il a été établi par des audits que le faible développement des institutions de microfinance dont les mutuelles constituent la majorité (en nombre), tient à des questions de gouvernance dans les organes de direction (Conseil d’administration, crédit, contrôle), mais aussi à la faible capacité de ces institutions à couvrir les besoins financiers exposés par les Pme, et enfin au déficit de contrôle de la part de la tutelle (ministère chargé des Finances).
Au total, ces institutions n’ont pas connu, depuis 30 années, de développement en termes de volumes de crédits distribués, et semblent de plus en plus orientés vers les «micro-entreprises» centrées dans des activités à faible revenus, relevant davantage de la «lutte contre la pauvreté».
Les autres établissements financiers à caractère bancaire pêchent pour la plupart par une stagnation de leur portefeuille commercial, à relier à leur taille (réseau), à la faible diversité des services qu’ils fournissent à leur clientèle, mais aussi à l’absence d’affiliation à un actionnariat ou groupe pouvant assurer du refinancement.
Paradoxalement, ces établissements sont concurrencés par les banques commerciales qui les supplantent dans la «chasse» aux dépôts d’épargne du secteur informel (cuir, maroquinerie, chaussure, bijouterie, tissus transformés etc.).
Alors, quels types d’institutions financières spécifiques aux Pme ?
Les banques commerciales classiques sont exclues du schéma.
Après 3 générations de normes prudentielles renforcées, les banques commerciales s’éloignent progressivement des secteurs des prêts à risque, pour privilégier l’immobilier, les opérations de prêts aux banques sur le marché monétaire et aux Etats sur le marché financier des titres publics.
Les normes prudentielles appliquées aux banques, calquées sur l’Europe, poussent les banques à octroyer des crédits à une clientèle sûre, couverts par des garanties indiscutables (même les garanties foncières ne suffisent plus avec la gestion qu’impose la Banque centrale en matière de traitement comptable des adjudications d’immeubles) et surtout à faire des opérations de trésorerie sans risque.
On le constate d’ailleurs à la lecture des comptes d’exploitation bancaires, à travers lesquels on voit bien que la composition de la marge bancaire globale est de plus en plus dépendante des opérations de trésorerie (opérations sur le marché monétaire interbancaire et sur le marché des titres publics), au détriment du corps de métier originel (transformation des dépôts des clients en prêts à d’autres clients générant une marge d’intermédiation).
Les banques commerciales (ou banques de dépôts) sont des entités privées qui agissent, en définitive, dans l’intérêt de leurs actionnaires, soucieux d’un retour sur capital investi via des dividendes substantiels.
Si la robustesse des banques vantée en Umoa se limite à leur santé financière pour la satisfaction d’actionnaires privés en attente de dividendes substantiels, le développement économique via les Pme n’y trouve pas son compte.
Les Etats, de plus en plus orientés par la Bceao sur ce marché des titres, les intègrent comme «levier» pour leurs levées de fonds sur le marché international (financements des infrastructures publiques, couverture des déficits budgétaires et «reprofilage» de leur endettement extérieur global), participent de la rareté du crédit aux entreprises.
Dans un contexte de surveillance stricte de l’évolution de la masse monétaire en circulation, cette éviction, de fait, des entreprises du crédit bancaire au profit de l’Etat devrait, à notre sens, inspirer de nouvelles réformes de l’institut concernant les Pme, leur accompagnement aux plans financier et organisationnel doit être du ressort des Etats, et par conséquent se traduire par la création d’une banque publique à statut particulier et d’institutions spécialisées en aval pour garantir l’efficacité des concours à accorder en priorité dans les secteurs de l’artisanat de production, d’art et de culture, du digital, au niveau desquels notre pays possède des avantages comparatifs indéniables.
Le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko nous paraît avoir pris la mesure du contexte institutionnel dont la Bceao est l’institution faîtière, et des enjeux du financement des Pme.
En perspective de la tenue du Forum de la Pme, le Secrétariat d’Etat au développement des Pme-Pmi, l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (Adepme), des structures de l’administration publique concernées et des institutions financières ont pris l’initiative de constituer un fonds de 3000 milliards de F Cfa à l’horizon 2028 dédié au financement des Pme.
Au-delà de ces partenaires, l’Etat pourrait mobilier le soutien en termes de subventions et de lignes de crédit, d’institutions financières internationales confiantes dans le potentiel des industries artisanale et créatives.
L’organisme de gestion de ces fonds gagnerait à être précisé quant à sa nature et son mode de fonctionnement.
En définitive, les réformes de la Bceao ne sont pas anodines, l’institution supranationale étant le pilier du système économique et monétaire des Etats membres. Dans un monde où les Etats, structurellement déficitaires en ressources budgétaires, sont livrés aux marchés financiers pour leurs besoins de refinancement courts et longs, les Pme n’y trouvent pas leur compte.
La Bceao et les banques soumises à sa réglementation d’une part, et la monnaie F Cfa de l’autre, ne sont pas en rapport dichotomique, mais constituent l’envers et le revers d’un même système monétaire et financier qui n’a pas réussi à transformer structurellement les économies concernées, faute de soutien aux Pme, seules capables d’innovation continue et de création d’emplois décents.
Aussi, la création de banques commerciales tous azimuts venant participer à la collecte des dépôts à vue, à terme et d’épargne doit connaître un terme dans la zone, au profit de l’émergence d’institutions financières tournées vers le développement économique.
C’est la raison pour laquelle nous estimons que l’Etat du Sénégal doit assurer le leadership de la définition d’une autre politique monétaire dans la zone, combinant «stabilité des prix» et «développement économique».