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3 avril 2025
Opinions
par Ndongo Samba Sylla
LE MYTHE DU DÉFICIT PUBLIC
Il est contreproductif de considérer les déficits publics comme un signal de mauvaise gestion. L’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ?
La médiatisation exceptionnelle du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques du Sénégal entre 2019 et le premier trimestre 2024 a nourri des débats souvent partisans mais salutaires. Cependant, ceux-ci sont intervenus pour l’essentiel dans un cadre théorique problématique pour ne pas dire réducteur et totalement inapproprié. Ce qu’il convient ici de corriger. Car il faudrait éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. S’il est légitime de lutter contre la gabegie, la corruption, la non-transparence ainsi que l’inefficacité et l’inéquité de la dépense publique, il est en revanche contreproductif de considérer les déficits publics en tant que tels comme un signal de mauvaise gestion. Dans le cas des pays où les urgences sociales et économiques sont nombreuses, le déficit public est une situation normale et souhaitable.
Les origines des critères plafonnant le déficit et la dette publics
Le déficit public est la différence entre la dépense du gouvernement et ses revenus (fiscaux, non-fiscaux et aides extérieures). Sur le plan comptable, un déficit public implique que la dépense du gouvernement a été supérieure à ses revenus. La dette publique à un moment donné (en février 2025 par exemple) représente le cumul des déficits publics passés.
Au Sénégal, comme ailleurs, un déficit public et une dette publique faibles relativement au PIB sont souvent interprétés comme des indicateurs de bonne santé financière et de qualité de la gestion du gouvernement. Ce point de vue est trompeur mais s’explique aisément. Copiant de manière mimétique et irréfléchie la zone euro, les institutions communautaires en Afrique de l’Ouest, comme l’UEMOA et la CEDEAO, ont défini des « critères de convergence » parmi lesquels des objectifs à ne pas dépasser en matière de déficit et de dette publics.
Un déficit public supérieur à 3 % du PIB est considéré comme une mauvaise chose tandis qu’une dette publique supérieure à 70 % du PIB annoncerait des problèmes de solvabilité. Ces chiffres sacrosaints sont pris pour argent comptant par la plupart des commentateurs qui interrogent rarement leur pertinence.
La prétendue règle des 3 % de déficit public à ne pas dépasser a été inventée de toutes pièces au début des années 1980 en France sous la présidence de Mitterrand en vue de justifier des politiques d’austérité. Avoir ce chiffre magique à portée conférait une caution de scientificité aux coupes budgétaires prévues. Les créateurs de ce ratio de « 3 % » le qualifient de « chimère » qui ne doit son existence qu’à la commande politique et non à la théorie et aux faits économiques. Ce ratio s’est internationalisé avec la naissance de l’euro en 1999. Pour prévenir toute démarche de solidarité budgétaire avec les autres pays membres de la zone euro, l’Allemagne avait imposé les critères arbitraires de 3 % de déficit public et de 60 % de dette publique. L’UEMOA et la CEDEAO les ont peu ou prou repris. Autrement dit, des critères européens motivés par l’absence de solidarité ont été importés et posés comme les fondements voire les préalables de l’unification monétaire africaine !
Les ratios de dette publique/PIB (de 60 ou 70 %) sont tout aussi arbitraires. Les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient soutenu qu’au-delà d’un certain niveau ce ratio emportait de lourdes conséquences négatives. Leur travail a été discrédité, du fait notamment d’erreurs dans le traitement des données. Des travaux du FMI ont montré qu’il n’y a aucun fondement empirique au point de vue selon lequel des niveaux de dette publique élevés porteraient nécessairement atteinte à la croissance économique. Tout ceci ne saurait surprendre.
En effet, la dette publique est un stock alors que le PIB est un flux. Il est illégitime de mesurer la solvabilité d’un État de cette manière. La dette publique est payée sur plusieurs années voire décennies alors que le PIB mesure la production marchande sur une année. C’est comme si un travailleur contractait un prêt sur vingt ans (stock) et sa solvabilité était mesurée par sa banque seulement sur la base du revenu de l’année en cours (flux).
De plus, ce ratio ne distingue pas la dette en monnaie nationale de la dette en monnaie étrangère. Les gouvernements souverains sur le plan monétaire – ceux qui ne s’endettent que dans leur propre monnaie et opère en changes flottants – n’ont pas de contrainte de solvabilité. Ainsi, le gouvernement japonais, avec un ratio de dette publique de 229 % (en 2023), ne peut faire défaut sur sa dette : celle-ci est largement détenue par sa propre banque centrale et, de toute manière, le service de la dette publique japonaise est payé dès que le parlement valide le budget. Par contre, les pays qui ont une souveraineté monétaire moins importante – notamment parce qu’ils se sont endettés en monnaie étrangère - peuvent faire défaut à tout moment. Les gouvernements de pays comme l’Argentine ou le Pérou ont fait défaut avec des ratios de dette publique de l’ordre de 30 % du PIB.
À tout déficit public correspond un surplus au bénéfice du secteur privé
Outre que le ratio dette/PIB n’a pratiquement aucune pertinence analytique, il faut souligner l’interprétation erronée qui est souvent faite du déficit public.
Un déficit budgétaire – voire une situation chronique de déficit budgétaire – n’a rien d’alarmant si les dépenses publiques ont été faites dans un cadre de transparence avec une ambition développementaliste. Au contraire, c’est une situation souvent normale et désirable pour la plupart des pays. Les seuls gouvernements qui peuvent se permettre d’avoir des surplus budgétaires sans nuire à leurs économies sont ceux qui généralement obtiennent des surplus extérieurs importants (comme l’Arabie Saoudite et la Chine). Mais même pour les pays qui ont des excédents commerciaux élevés, le déficit budgétaire est souvent de mise.
L’hystérie au sujet des déficits publics procède en partie d’une erreur d’omission : partout où un déficit est enregistré, un surplus équivalent existe qui le compense. Il en est toujours ainsi dans la comptabilité en parties doubles.
Un déficit public de 3 % du PIB correspond à un surplus pour le secteur non-gouvernemental (ménages, entreprises et « reste du monde ») de 3 % du PIB. Réciproquement, quand le gouvernement a un surplus de 3 % du PIB, le secteur non-gouvernemental enregistre un déficit de 3 %. En effet, le déficit public est l’une des sources des profits des entreprises, comme le montre l’équation de (Michal) Kalecki (du nom de l’économiste polonais éponyme). Tout le monde peut comprendre intuitivement que lorsque l’État dépense pour les entreprises plus qu’il ne les taxe, il contribue à augmenter leur richesse financière nette.
Quand les gens critiquent les déficits publics ou cherchent à les plafonner, ils critiquent ou cherchent à plafonner également, sans s’en rendre compte, le surplus financier que le gouvernement crée pour le secteur privé dans son ensemble. Ceux qui sont opposés aux déficits publics soutiennent implicitement que l’État ne doit pas contribuer à augmenter la richesse financière du secteur privé ! Ainsi, sans que cela ne choque personne, l’UEMOA, à travers ses critères de convergence, décrète arbitrairement qu’il n’est pas souhaitable que ses États membres contribuent à plus de 3 % du PIB à la richesse financière nette de leur secteur privé ! Plus concrètement, si un pays comme le Sénégal devait avoir régulièrement des déficits de l’ordre de 5 % permettant aux entreprises privées de prospérer et de créer des emplois en masse, cette stratégie économique devrait être découragée selon les règles de l’UEMOA. Car, dans la logique institutionnelle et macroéconomique de l’UEMOA (et de la CEDEAO), respecter les équilibres comptables afin de satisfaire les intérêts des créanciers a la priorité sur la nécessité de transformer les économies africaines et de générer des emplois décents.
Ce principe de gestion des finances publiques, que le néolibéralisme a remis au goût du jour, est colonial par excellence. C’est celui qu’appliquaient les administrations coloniales. Raison pour laquelle leur contribution à la richesse financière du secteur privé « indigène » était presque nulle : elles ne dépensaient que ce qu’elles percevaient comme impôts et taxes prélevés sur les populations et les recettes d’exportation. D’où le sous-développement constaté dans la plupart des ex-colonies.
Soulignons que la plupart des grandes crises du capitalisme depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à celle de 2007-2008 ont été précédées d’épisodes de surplus budgétaires dans les pays économiquement dominants tels les États-Unis. En effet, un surplus budgétaire implique un déficit du secteur privé, c’est-à-dire une baisse de l’épargne privée et une hausse de l’endettement des ménages et des entreprises qui progressivement devient insoutenable. Ce qui débouche sur des défauts de paiement suscitant à leur tour panique et crise financières.
Au lieu de parler de « déficit », vu que le mot évoque généralement des représentations négatives, il serait plus juste et plus approprié de parler de « dépense nette du gouvernement » voire de « surplus financier net créé par le gouvernement ».
En changeant le langage, la perspective serait donc modifiée. Au lieu de s’épancher sur l’existence du déficit public, l’attention devrait être plutôt portée sur l’impact distributif et macroéconomique de la dépense publique : qui en bénéficie ? quelles sont ses conséquences sur l’inflation, la dette et l’équilibre extérieurs.
Les surplus budgétaires sont irresponsables dans le cas des pays pauvres
En somme, retenons que le déficit budgétaire est quelque chose de normal et de souhaitable dans la plupart des cas car c’est la richesse financière nette que le gouvernement crée pour le secteur non-gouvernemental. Le but de l’État ne doit pas être d’ « épargner » car cela reviendrait à mettre le secteur privé dans la zone rouge (en situation de déficit, ce qui n’est pas souhaitable). En fait, devant des besoins insatisfaits en termes d’infrastructures de santé, d’éducation, de protection sociale, etc., c’est irresponsable de couper dans la dépense publique pour respecter des critères comptables totalement arbitraires. La gestion bonne et responsable pour un gouvernement consiste à faire les dépenses nécessaires pour atteindre les objectifs de développement économique et d’équité plutôt qu’à se conformer à des équilibres comptables sans fondement.
Si l’Afrique demeure aujourd’hui pauvre, c’est parce que depuis la période coloniale elle continue de subir des politiques qui soit compressent le niveau de dépense permettant d’accélérer son développement soit l’oriente pour répondre aux intérêts extérieurs et ceux des classes dirigeantes.
Dans un prochain article en complément de celui-ci, nous établirons deux faits contre-intuitifs dans le cas des gouvernements qui disposent de leur propre monnaie : quoique nécessaires et importants à de nombreux égards, les impôts et taxes ne jouent aucun rôle de financement ; le déficit en monnaie nationale ne pose aucun problème de « financement » car la dépense publique « s’autofinance » elle-même, si le gouvernement prend les mesures légales appropriées. La vision selon laquelle les banques et investisseurs (étrangers) peuvent financer le gouvernement dans sa propre monnaie est un mythe bien commode !
À suivre...
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
AMADOU LAMINE SALL OU L’OEUVRE LITTÉRAIRE QUI S’INSCRIT DANS LE TEMPS POÉTIQUE
EXCLUSOF SENEPLUS - Sa poésie caresse infiniment nos idéaux d’amour, de paix et de conjugalité. Elle est soyeuse et douce comme un tissu de lumière, tout en foudroyant les mensonges et les illusions qui conduisent au néant
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La poésie est art et maîtrise du langage par une expression qui travaille le son, le rythme, les images. La poésie donne de l’intensité aux langues du monde par le sens et les sonorités et de la transcendance aux maux de l’humanité. Issue de la parole orale ancestrale, la poésie relève du sacré et de la justice qui s’élèvent dans le temps et se mélangent à toutes les voix ailées de l’histoire. La poésie est synonyme de “faire et créer”. La poésie, au sens plein du terme, demeure la Création, comme le commencement du verbe.
Le poète est un “faiseur de vers”, il est le créateur qui traverse les siècles, utilisant la versification ou la prose pour dépeindre des émotions qui se fabriquent selon les contextes et les époques. Le poète vit tel un artiste du logos qui chemine au sublime avec en bandoulière sa seule folie ensoleillée. Le poète est un sculpteur de mots qui élève la beauté au rang de la postérité car il connaît les métaphores, les analogies, les allitérations, les oxymores et les anaphores.
Amadou Lamine Sall est de cette famille des grands poètes qui cherchent encore et toujours, dans la parole sacrée, ce qui est au plus juste et plus profond de nos esprits.
Dans Mantes des Aurores, (le chant reprendra), on est pris dans un tourbillon poétique avec un rythme fulgurant qui alterne des vers longs et des vers de deux mots seulement. C’est comme un dispositif lyrique qui s’échappe des pages, créant, de manière intemporelle, des paysages africains peints avec des mots. Les allégories, figures multiples de l’amour, et les anaphores s’entremêlent comme dans un ballet savamment construit. De plus, la langue française entre en résonance avec la langue maternelle qui surgit toujours en rupture et avec force. Et l’aventure amoureuse devient ici l’allégorie poétique pour embrasser l'amour et la paix comme seules devises. L’amoureuse incarne ici la confidente, celle à qui le poète parle de l’usure et de l’absurdité du monde. Le poète réclame la justice contre le délire des fauves qui salissent les espérances .
Te mentir
Pour que tu ne connaisses jamais la haine
Dans le recueil Comme un iceberg en flammes, titre formé en véritable oxymore, le poète s’affranchit encore de tout académisme. La femme aimée est le réceptacle de tant de souffrances qui s’amoncellent comme des cadavres putrides dont il faut saluer la mémoire, tout en s’extirpant de la mort, aidé par des mains de miel et pour faire dresser des murailles de soleil. Ces poèmes ressemblent à une course haletante contre la mort en faveur de la vie, de la paix et de l’amour qui enlacent tous les vents des saisons. Et toujours résonne cette poésie sonore aux anaphores multiples qui se déploient tout au long des pages comme une déclaration lancinante qui survit à tous les orages. Les images poétiques sont vives, sans détour, traversant des montagnes d’aphorismes qui saisissent, comme autant de vérités si promptes à éclairer l’alphabet du genre humain. La poésie devient onguent et par sa langue plantureuse qui brûle parfois, elle est salvatrice et guérisseuse.
Aidez-moi
Aidez-moi à m’asseoir sur le tapis des sonorités
Aidez-moi à désherber le champ des souffrances
Pour Le locataire du néant, le poète s’incarne dans un long souffle saccadé dont la respiration douloureuse est le cœur du poème lui-même. Construit comme un long chant, ce poème unique possède une forme esthétique qui produit un effet poétique asphyxiant qui ne cesse de se reproduire pour mieux nous encercler. Le poète entame une mélopée pour survivre, nous attirant dans son sillage. Et nous le suivons pour capter son désarroi et ses désillusions car l’amour n’est décidément pas une marchandise.
Locataire du néant
il nous faut ainsi porter le monde
à travers les routes je sais mal dessinées
Dans Kamandalu, le poète s’apaise avec des textes épurés et libres qui virevoltent sur la page, laissant la place à l’espace du temps et à l’inspiration vagabonde, avec toujours pour seule boussole l’amour et le repos des corps. La poésie ici s’éloigne des fracas du monde, pour abriter la connivence amoureuse, pour laisser faire l’amour, comme une tente montée sous les étoiles. Les analogies de l’amour qui se confondent au marbre des éléments de la terre sont chargées d’envolées lyriques qui rappellent la cosmogonie africaine, arcane fondateur de l’environnement parfumé de l’essence ancestrale.
Dans la loge de ta bouche
dans le ruisseau de ta gorge
sur l’îlot de tes lèvres
Ainsi la femme aimée devient ici la personnification allégorique de la terre nourricière car seules les deux réunies peuvent encore sauver les écorces torturées. Même au fond du gouffre, le poète déclare : il me reste Dieu et la poésie.
Pour terminer avec J’ai mangé tout le pays de la nuit, le poète Amadou Lamine Sall parachève une œuvre qui s’inscrit dans le temps et dans l’épaisseur des feuilles des arbres. Et le poète réaffirme encore et encore que seuls l’amour, le regard et le verbe sont les alliés de l’homme et de la femme pour bâtir un monde à la hauteur des promesses et des attentes.
La poésie d’Amadou Lamine Sall est riche et transportée par des signaux fantastiques qui s’apparentent aux sources sacrées du verbe. Elle caresse infiniment nos idéaux d’amour, de paix et de conjugalité. Elle est soyeuse et douce comme un tissu de lumière, tout en foudroyant les mensonges et les illusions qui conduisent au néant. Les fondements du cosmos sont revisités pour mieux renaître au son des métaphores parfaitement maîtrisées, tout en restant sensibles et à la hauteur de nos fièvres. Ainsi, il faut lire - ou relire - la poésie d’Amadou Lamine Sall, exaltée par son propos et fougueuse par son esthétique. Amadou Lamine Sall, qui de sa génération a tracé un espace poétique et littéraire majeur, est une figure fondatrice de la littérature africaine contemporaine.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Amantes d’Aurores, Amadou Lamine Sall, les éditions Feu de brousse et L’orange Bleue, 1998.
Un tract, parmi d’autres aussi immondes rédigés en français ou en langues nationales, circule au Burkina Faso et dont voici le texte transcrit à la lettre : «Opération 0 peulhs activé. Aucun peulh ne doit survivre. C’est eux les terro. Ouvrez l’œil».
On ne prêterait pas une grande attention à un tel pamphlet, si ignoble soit-il, si l’histoire récente ne nous avait pas appris, en restant dans le cadre africain, que c’était ainsi qu’avait commencé, il y a un peu plus de trente ans, une tragédie qui allait aboutir à l’extermination, souvent à la machette, d’un million de personnes, hommes femmes et enfants, dont le seul tort était d’appartenir à un « groupe ethnique » créé ex nihilo par la colonisation belge.
On lui aurait donné moins d’importance s’il n’était pas l’œuvre d’activistes ou de mouvements qui se réclament de la junte militaire qui gouverne le Burkina Faso et s’il n’était pas diffusé via les réseaux sociaux, devenus la première source d’information dans nos pays, dont on sait pertinemment, qu’ils sont sous le contrôle de l’Etat, surtout dans un pays où la plupart des libertés ont été suspendues…
C’est une tendance générale qui fait que, depuis quelques années, prospèrent dans le monde, des mouvements qui souvent à visages découverts, désignent les brebis galeuses, les boucs émissaires sur lesquels ils font porter tous leurs malheurs. En Europe et en Amérique du Nord leurs cibles principales ce sont les immigrés, les Noirs ou les Musulmans et leurs soupçons portent même sur ceux qui ont perdu toute attache avec leur pays d’origine, ou plutôt celui de leurs parents, et qu’on a pris l’habitude de désigner par l’affreux terme de « non souchiens ».
Sans soulever l’indignation de ce que l’on appelle « la communauté internationale », Donald Trump a pu ainsi interdire ou restreindre, l’accès du territoire américain aux ressortissants des pays musulmans, ce qui constitue une discrimination injustifiable. Son homme en Europe, Viktor Orban, a exprimé sans détours son opposition à toute immigration non européenne, au nom de la « pureté » de la « race » hongroise, tandis qu’ en Italie comme en Allemagne ou en France … les tenants de la « ré-émigration » occupent les médias…Dans tous ces pays on ne parle encore que d’exclusion, mais un jour viendra où à la chasse à l’étranger y sera considérée comme une opération de salut public. La différence entre ce qui se passe dans ces pays et ce que nous vivons c’est que chez eux, l’ennemi c’est l’étranger, alors que dans certains pays africains il est à l’intérieur même des frontières, c’est notre voisin, celui avec lequel nous avons conclu, après l’indépendance, le pacte du « commun vouloir de vie commune ».
A cette différence, s’ajoute une autre : au Nord, ce genre d’incident est généralement rapporté par la presse, ce qui oblige les gouvernants à procéder à des sanctions, alors que dans nos pays, c’est un thème tabou, ignoré par les autorités politiques et même religieuses. C’est un peu comme si nous avions honte de notre diversité ethnique ou culturelle, alors que nos Etats sont tous des créations artificielles et que les frontières héritées de la colonisation déchirent les peuples et les cultures !
Nous devons nous inquiéter de la stigmatisation d’une composante nationale, souvent la même, au Burkina Faso ou au Mali notamment, parce qu’elle obéit aux mêmes ressorts que celle qui sévit dans les pays du Nord. Lorsqu’un Maghrébin commet un crime ou un délit dans un pays comme la France, même s’il y est né, c’est toute la composante maghrébine de l’Hexagone, qui compte plusieurs millions de personnes, qui est stigmatisée ou qui est sommée de se justifier. Mohamed Merah rend tous les « Arabes » mauvais, alors que Zinedine Zidane ne les rend pas parfaits ! Un Français dont les parents sont originaires d’Algérie a avoué, à sa grande honte, qu’à chaque fois qu’un crime monstrueux est commis en France, il pense non pas à la victime mais au coupable, en priant qu’il ne soit pas Maghrébin.
Au Mali et au Burkina Faso, il a suffi qu’un des chefs des djihadistes soit connu comme un peul et prêche dans sa langue pour que les millions de personnes qui s’expriment dans cette langue fassent l’objet de suspicions, soient mis à l’index et que des centaines, peut-être des milliers d’entre eux, soient exécutés par des groupements d’autodéfense, voire par l’armée nationale ! Amadou Koufa qui s’est arrogé le titre « d’émir » de la katiba Macina, ancien membre de Ansar Dine et désormais affidé au GSIM, est certes djihadiste et peul, mais les thèmes principaux de ses prêches sont la « réislamisation » du pays, par la création d’une République islamique, et non la mise en place d’un état peul, et la nécessité d’une une « révolution sociale », telle qu’il l’entend. Ses cibles préférées ce sont les « aristocrates », les familles maraboutiques, l’armée et les forces étrangères, qu’elles soient françaises ou russes. Ce qu’il fait, ce qu’il dit, quelle que soit leur monstruosité, n’engage que lui, et pas ceux qui, par peur de représailles ou parce que l’Etat n’assure pas leur défense, obéissent à son diktat Je me souviens d’un conte de mon enfance qui disait que le malheur s’en vient en balançant sa queue dans tous les sens et que personne n’était à l’abri de ses coups. Ce qui se passe chez nos voisins nous concerne parce qu’il leur fait courir le risque d’une guerre civile, qui est la pire des guerres et la plus contagieuse, à l’image du massacre perpétré le 23 mars 2019 dans le village peul de Ogossagou, au Mali, qui a fait plus de 150 victimes, exécutées par leurs voisins aux cotés desquels elles vivaient depuis des siècles. Ce n’était pas le premier et les peuls n’étaient pas les seules victimes de ces règlements de comptes, mais c’était alors le massacre de populations civiles le plus meurtrier depuis le déclenchement de la guerre du Mali en 2012. Avec la prolifération de fake news et l’avènement de l’Intelligence Artificielle, qui peut faire dire et faire ce qu’on veut, ce genre de crimes pourrait devenir un fléau national.
Méfions-nous des signes avant-coureurs de ces dérives, comme les paroles de ce ministre qui conteste l’identité nationale de Tidjane Thiam, petit neveu du premier président de la Cote d’Ivoire et dont deux frères ont été ministres de cette République, sur la seule base de son patronyme, oubliant par la même occasion que le débat sur « l’ivoirité » avait conduit son pays au bord du gouffre. Méfions-nous de ce politicien sénégalais qui, aux dernières élections législatives, avait bâti toute sa campagne sur le rejet de l’étranger. Et il a été élu, ce qui n’a rien d’étonnant, car avec Donald Trump nous avons appris que quelquefois, en politique, la c.… ça marche !
PAR YORO DIA
SONKO, PASTEF ET L’ÉCONOMIE, LE PESSIMISME PARADOXAL DES MARCHANDS DE DÉSESPOIR
Sénégalais, n’ayez pas peur, souriez, soyez optimistes et confiants en l’avenir de notre grand pays promis à un avenir éclatant malgré le virus du désespoir que veut nous inoculer Pastef après avoir insufflé le ressentiment dans le cœur de la jeunesse
Sénégalais, n’ayez pas peur, souriez, soyez optimistes et confiants en l’avenir de notre grand pays promis à un avenir éclatant malgré le virus du désespoir que veut nous inoculer Pastef après avoir insufflé le ressentiment dans le cœur de la jeunesse. C’est inéluctable, notre pays est appelé à devenir le pays le plus riche de la CEDEAO comme l’est la Suisse ou le Luxembourg. Nous serons bientôt le pays le plus riche de la CEDEAO grâce à un certain nombre de déterminismes qui sont à la fois politique, géographique, historique et géopolitique. C’est juste une question de temps. Et le temps ne chôme pas. Ce que Pastef qui a perdu un an, n’a pas encore compris. Donc la mission essentielle de l’opposition notamment celle du Shadow cabinet est de voir comment rattraper le temps que nous allons perdre avec l’intermède Pastef.
Le discours pessimiste et désespérant de Pastef est paradoxal. Comment on peut être à la tête d’un pays pétrolier et gazier, qui a d’excellentes ressources humaines, qui a l’avantage comparatif d’être un ilot de stabilité dans sa région (comme la Suisse pendant des siècles), avoir une position géographique et géopolitique exceptionnelles, avoir le plébiscite des jeunes et avoir un discours aussi désespérant. Le Sénégal a tous les atouts et les déterminismes pour être une future Suisse mais il lui manque le « facteur immatériel » qui explique selon Peyrefitte les miracles économiques des pays sans ressources comme la Hollande, le Japon, la Suisse. Sans des ressources comme le Pétrole et le gaz et grâce à ce facteur immatériel, Wade et Macky Sall qui avaient une haute idée du Rang du Sénégal avaient réussi à faire d’un Sénégal indigent un Sénégal pré-émergent.
Pastef dont l’arrivée au pouvoir coïncide avec les premiers barils de pétrole et le gaz veut nous faire passer de l’Emergence à l’indigence. Quel paradoxe. Cela défie le bon sens économique et même le bon sens tout court. Les jeunes qui ont plébiscité Pastef se sont trompés de bonne foi car Pastef leur a vendu le rêve de Dubai avant qu’ils ne se réveillent au Venezuela. Le « facteur immatériel » est dans l’exception sénégalaise qui après avoir été l’exception politique doit devenir l’exception économique car le seul problème du Sénégal est l’économie, il n’est ni politique, ni institutionnel. Le facteur immatériel est aussi de dire aux Sénégalais que leur pays doit rester l’avant-garde et non pas à l’arrière garde avec les putschistes de l’AES.
En culpabilisant la richesse, Pastef veut l’égalité dans la pauvreté comme au Venezuela ou en Corée du Nord, les seuls pays qui ont encore les coopératives que Pastef veut réinventer plus de 30 ans après la chute de l’URSS. Avec Les coopératives urbaines qu’il propose pour lutter contre le chômage des jeunes, Sonko s’attaque aux symptômes de la maladie et pas à la cause. Et le Dr Manhatir qui a fait émerger la Malaisie a démontré en bon médecin que le sous-développement consiste à s’attaquer aux symptômes de la maladie (lutte contre la pauvreté) mais pas à la cause (l’absence ou la faiblesse de la création de richesses). Par exemple les Jakartas sont des symptômes de la maladie du chômage dont la cause est l’absence de création de richesses et d’industries. Aucun jeune ne rêve ou n’a l’ambition d’être Jakartaman. Et c’est la création de richesses qui fait défaut chez Sonko comme chez Madouro qui culpabilisent la richesse, sèment la peur, le doute et l’incertitude qui sont aux antipodes de la création de richesses qui exige de la confiance et de l’optimisme. L’émergence c’est quand, le créateur de richesse ou l’entrepreneur devient le moteur du système mais pas le fiscaliste.
La politique économique de Sonko rappelle la belle chanson des Beatles : the Taxman (le percepteur) où ils disent que même quand « tu fais une promenade, le percepteur va taxer tes pieds, quand il fait froid, il taxe le chauffage, quand tu as une voiture, il taxe la rue et il veut que tu le remercies de ne pas tout prendre ». Une économie centrée sur le Percepteur et pas sur le créateur de richesse ne peut être performante. Au lieu de fouetter l’orgueil des Sénégalais comme Roosevelt, Reagan, Trump, Manhatir, Lee Kuan Yew l’ont fait avec leurs peuples Pastef s’est engouffré dans la porte des lamentations à la recherche perpétuelle d’un bouc émissaire comme Macky Sall, le FMI, la Banque Mondiale, Donald Trump, la France et peut être bientôt le climat ou la planète Mars.
Avec un secrétaire d’Etat à l’encadrement du monde rural, les coopératives urbaines annoncées par Sonko, les magasins témoins et le recrutement des milliers de volontaires pour contrôler les prix, le Sénégal de Diomaye Sonko a quitté la voie de l’Emergence pour emprunter la route de la servitude dont parle le Nobel d’Economie Frederic Von Hayek. Hayek est cet économiste dont s’est inspiré Reagan et Thatcher pour lancer cette grande révolution conservatrice qui a freiné le déclin de la Grande Bretagne et redonné à l’Amérique sa grandeur avec Reagan en libérant les énergies, en redonnant confiance et le sens de la grandeur à leur pays.
Avec les marchands de désespoir que nous avons à la tête de l’Etat, le Sénégal ferme l’ère de la grandeur ouverte avec Wade. C’est pourquoi je prônais un demi-tour démocratique lors des législatives car les premiers mois de Diomaye avaient tous les symptômes de l’intermède de Morsi et des frères musulmans à la tête de l’Egypte. L’Egypte fit demi-tour avec le coup d’Etat de Sissi mais au Sénégal, une des plus vielles démocraties du continent le demi-tour ne peut être que démocratique. Comme on a raté l’occasion de faire demi-tour lors des législatives, on a laissé les marchands du désespoir nous engager sur l’autoroute à péage du déclin et de l’indigence après une folle chevauchée de Macky Sall vers l’Emergence. On ne fait pas émerger un pays avec des économies de bout de chandelles sur les machines à café et en réduisant les hauts fonctionnaires au KFC, Mc Do ou aux sandwichs grecs quand ils sont à l’Etranger.
L’émergence c’est le culte de la grandeur comme à Dubai où on est passé de dos de chameaux à une police qui patrouille en Lamborghini. Naturellement sur le principe on ne peut que se féliciter de l’effort de réduction de la dépense publique mais là n’est pas la solution. La solution est dans la production de richesse. Et sur ce plan, l’échec est flagrant car l’économie se fonde sur la confiance que PASTEF n’a jamais réussi à inspirer aux acteurs économiques.
L’émergence c’est le culte de la grandeur comme à Dubai où on est passé de dos de chameaux à une police qui patrouille en Lamborghini. Naturellement sur le principe on ne peut que se féliciter de l’effort de réduction de la dépense publique mais là n’est pas la solution. La solution est dans la production de richesse. Et sur ce plan, l’échec est flagrant car l’économie se fonde sur la confiance que PASTEF n’a jamais réussi à inspirer aux acteurs économiques.
En 1932, Roosevelt a sorti l’Amérique de sa crise économique la plus grave en redonnant confiance à un peuple en proie à un doute profond. Le Président Diomaye et son Premier Ministre ont réussi la prouesse de mettre dans le coma une économie en pleine croissance en semant la peur, le doute, l’incertitude. L’élection de Trump a relancé l’économie, fait bondir la bourse parce qu’il vend la confiance, la grandeur, flatte l’ego du peuple américain comme Roosevelt ou Kennedy avec sa nouvelle frontière (amener les américains sur la Lune alors qu’ils croyaient que le Pacifique était la dernière frontière) par contre le Président Diomaye et son Premier Ministre torturent tout un peuple qu’ils bombardent de mauvaises nouvelles à longueur de journée.
Le Sénégal aussi a besoin d’une nouvelle frontière, d’un nouvel horizon et c’est l’émergence économique. La nouvelle Frontière comme les urgences du pays sont économiques. Malheureusement sur le plan économique nous aurons 5 ans d’immobilisme comme le Baobab que Pastef a choisi comme symbole de son projet économique. Sur ce plan au moins ils sont clairs et cohérents.
PAR SIDY DIOP
GAGNER LA BATAILLE DE LA DISCIPLINE
"Le développement, on nous l’a assez répété, commence par les mentalités. Rien de neuf sous le soleil, on le sait depuis Max Weber et sa fameuse éthique protestante. Le Sénégal, lui, a préféré une autre voie : celle du grand laisser-faire..."
Le développement, on nous l’a assez répété, commence par les mentalités. Rien de neuf sous le soleil, on le sait depuis Max Weber et sa fameuse éthique protestante. Le Sénégal, lui, a préféré une autre voie : celle du grand laisser-faire, où chacun fait ce qui lui chante et où la liberté individuelle est un sport de combat.
Littéralement. Prenez la lutte, notre sport national. Jadis, c’était une affaire de bravoure et de rites, une célébration de la force et de l’endurance. Aujourd’hui, c’est un prétexte pour les jeunes désœuvrés d’en découdre dans la rue, armés de couteaux et de machettes. Les combats se terminent souvent en affrontements généralisés, avec quelques morts au passage. Mais après tout, le spectacle continue. On condamne mollement, on enterre les victimes et on attend la prochaine bagarre. Car au Sénégal, la violence est un folklore qui ne dit pas son nom. Mais ce n’est pas tout. Regardez nos rues.
Ou plutôt, essayez de les apercevoir entre les étals anarchiques, les vendeurs ambulants, les garages improvisés et les tas d’ordures. Dakar, ville-capitale, ressemble à un immense marché à ciel ouvert, où le piéton, s’il survit aux motos Jakarta, doit zigzaguer entre des carcasses de voitures et des bassines de poissons séchant au soleil. On décide alors de déguerpir, de « libérer l’espace public ». Opération spectacle : bulldozers, policiers ou gendarmes, annonces fracassantes. Puis, quelques semaines plus tard, tout revient à la normale. Les trottoirs sont repris d’assaut, comme si de rien n’était. La ruralité a pris possession de la ville, et elle ne compte pas partir. Face à ce capharnaüm, le président Bassirou Diomaye Faye veut imposer l’ordre. Il a lancé son initiative « Setal Sunu Reew » (Nettoyons notre pays), une belle idée sur le papier.
On mobilise, on distribue des balais, on filme quelques images pour les réseaux sociaux. Le lendemain, on replonge dans la crasse. Car une rue propre ne le reste pas longtemps si l’on continue d’y jeter ses déchets comme on respire. C’est qu’au Sénégal, on croit que la saleté est une fatalité, comme la pluie ou la chaleur. On vit avec, on s’y adapte. Dans les transports en commun, on jette sa bouteille en plastique par la fenêtre avec un naturel désarmant. Dans les marchés, on marche sur des montagnes de détritus en râlant contre l’État qui ne fait rien. L’État, justement, essaye parfois de réagir, mais il a face à lui un adversaire redoutable : la mentalité collective. Et cette dernière est bien ancrée. La vraie rupture, celle que l’on attend du pouvoir en place, ce n’est pas une campagne de nettoyage ponctuelle.
C’est un changement radical de comportement. Or, la discipline, ce n’est pas dans notre Adn national. Ici, le code de la route est une suggestion, le civisme une option et l’autorité une contrainte que l’on contourne. On célèbre l’indiscipline comme une forme de liberté, et tant pis si cela signifie vivre dans le chaos. Mais alors, que faire ? Imposer l’ordre, quoi qu’il en coûte. Pas en distribuant des affiches ou en lançant des slogans, mais en frappant là où ça fait mal. Amendes salées, interdictions strictes, contrôles intransigeants.
Si un commerçant squatte illégalement la chaussée, on ne se contente pas de déplacer ses marchandises, on les saisit. Si un conducteur refuse de respecter les feux rouges, il ne paye pas un petit billet au policier, il perd son permis. Si un citoyen jette ses ordures dans la rue, il écope d’une sanction immédiate. La discipline ne se décrète pas, elle s’impose. Et elle ne s’imposera qu’à une seule condition : que l’État accepte d’être impopulaire.
C’est là tout le défi de Bassirou Diomaye Faye. Aura-t-il le courage d’aller au bout de cette logique ? Ou finira-t-il, comme tant d’autres avant lui, par composer avec l’indiscipline généralisée, préférant la paix sociale au choc nécessaire ? La réponse ne tardera pas à venir. Mais une chose est sûre : si la discipline a un prix, l’indiscipline, elle, coûte encore plus cher. Et c’est tout le pays qui en paye la facture.
Par El Amath THIAM
QUAND UN EX-PROCUREUR OUBLIE LES PRINCIPES QU’IL A DEFENDUS
Nous assistons aujourd’hui à une dérive institutionnelle d’une gravité inouïe, où un ancien procureur de la Crei, devenu député, se permet de contester publiquement une décision juridictionnelle
Nous assistons aujourd’hui à une dérive institutionnelle d’une gravité inouïe, où un ancien procureur de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), devenu député, se permet de contester publiquement une décision juridictionnelle prise par le juge d’instruction près le Pôle judiciaire et le procureur de ladite juridiction, lors de la première comparution du député Farba Ngom.
Qu’avons-nous donc ici ?
Un magistrat devenu homme politique, qui prétend dicter au juge instructeur près du Pôle financier la conduite à tenir dans un dossier judiciaire en cours, allant jusqu’à exiger que la personne concernée soit inculpée et placée sous mandat de dépôt ou contrôle judiciaire au moins. Cette posture revient à défendre une justice d’exception où toute personne poursuivie devrait être placée en détention par principe. Or, la détention provisoire est une exception et non une règle, en vertu des principes de nécessité et de proportionnalité consacrés par le Droit pénal moderne.
Il est sans doute emporté par son zèle parlementaire au mépris des règles élémentaires de la procédure pénale. L’honorable député semble avoir oublié -ou feint d’ignorerque le juge d’instruction n’est pas un simple exécutant du Parquet financier, mais un magistrat indépendant, chargé de mener une enquête impartiale (entre accusation et défense). Une précision qui, visiblement, lui a échappé… Contrairement à la juridiction qu’il a servie -la Crei où la présomption d’innocence était souvent bafouée-, le droit commun offre aux justiciables des garanties procédurales fondamentales.
Un reniement des principes et un désaveu de ses anciens collègues
Le plus troublant dans cette affaire n’est pas seulement l’attitude d’ingérence manifeste de cet ancien procureur dans une procédure en cours, mais également le manque de considération, voire de courtoisie élémentaire, à l’égard de ses anciens collègues magistrats. En se permettant de critiquer ouvertement le travail d’un juge d’instruction et du Parquet financier, il remet en cause, avec une légèreté sidérante, la probité et l’indépendance de ceux qu’il a pourtant côtoyés et avec qui il partageait autrefois la noble mission de rendre justice..
Le rappel étant pédagogique, le juge d’instruction, magistrat indépendant, tient sa légitimité de la Constitution et des lois de la République, et non des pressions exercées par un ancien procureur ou par toute autre personnalité, fût-elle politique. Il instruit à charge et à décharge, et ses décisions sont guidées par le Droit, et non par des considérations aux allures d’un règlement de compte déguisé.
Dans ce cas précis, le juge d’instruction a fait preuve de rigueur et de respect des principes fondamentaux du Droit, en renvoyant l’audience pour permettre aux avocats du député mis en cause de prendre connaissance de l’intégralité du dossier.
Cela relève d’un droit universellement reconnu : le droit à une défense éclairée, principe cardinal consacré tant par la Constitution que par les instruments internationaux ratifiés par notre pays, notamment :
L’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui consacre le droit de toute personne poursuivie à être informée de la nature et des motifs des accusations portées contre elle, et à bénéficier du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense ;
L’article 7 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui garantit le droit à un procès équitable et à une défense pleine et entière.
Or, au mépris de ces principes, l’ancien procureur, aujourd’hui député, s’indigne et réclame une inculpation immédiate assortie d’un mandat de dépôt ou un contrôle judiciaire. Il s’agit de l’apologie d’une justice avec un tribunal d’exception, où la précipitation et l’arbitraire priment sur les droits fondamentaux. Force est de constater que la justice ne se rend pas à la hâte ou dans un désert, et nul ne peut imposer au juge une décision par voie de chantage médiatique ou par injonction politique
Une interférence politique inacceptable dans le fonctionnement de la Justice
L’indépendance de la Justice n’est pas une faveur, mais un impératif constitutionnel.
La séparation des pouvoirs, principe fondamental de tout Etat de Droit, interdit à tout pouvoir exécutif, législatif ou ancien magistrat reconverti en politique, d’interférer dans une procédure en cours..
Or, en contestant publiquement la décision du juge, et exigeant une inculpation suivie d’une détention immédiate, l’ancien procureur cherche à usurper les prérogatives du magistrat instructeur et à transformer la procédure en une affaire à régler sur la place publique
Nous sommes donc face à une violation manifeste du principe d’indépendance du pouvoir judiciaire, garanti notamment par :
L’article 88 de la Constitution, qui consacre l’indépendance du pouvoir judiciaire face aux autres pouvoirs ;
Les principes fondamentaux des Nations unies sur l’indépendance de la Magistrature, qui prohibent toute influence indue sur les magistrats dans l’exercice de leurs fonctions
Cette attitude, si elle devait prospérer, constituerait un dangereux précédent où tout justiciable pourrait être jugé non pas au regard de la loi, mais au bon vouloir d’une personne ou d’un groupe puissant.
Un comportement juridiquement et éthiquement condamnable
Au-delà de l’atteinte à la Justice, cette posture soulève inéluctablement une gêne et des bruits de couloirs entre ses anciens collègues qui s’évertuent pour faire du Droit un outil de justice sociale et non un instrument pour renvoyer injustement des justiciables au purgatoire.
Comment un magistrat, qui a longtemps prôné la rigueur judiciaire et instruit des dossiers sensibles, peut-il aujourd’hui contester publiquement une procédure engagée par un juge dans l’exercice de ses fonctions ?
Comment justifier qu’un ancien procureur, désormais député, prenne une position ouvertement hostile à un principe fondamental du Droit : celui du contradictoire/communication de dossier, un droit inaliénable du respect de la défense ?
Il relève d’une stratégie de pression politique sur le magistrat instructeur, ce qui pourrait caractériser une tentative d’entrave à la Justice, infraction prévue et punie par les articles 197 et 198 du Code pénal qui réprime toute manœuvre visant à influencer une procédure judiciaire en cours ou à jeter le discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle.
L’urgence d’un rappel à l’ordre et d’une protection de l’autorité judiciaire
Face à de telles dérives, il est impératif que l’Etat, le Conseil supérieur de la Magistrature et les autorités judiciaires rappellent avec fermeté les principes fondamentaux du Droit :
Aucune personnalité politique ne saurait imposer sa vision de la justice à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions.
Toute tentative de discréditer publiquement une décision de Justice en dehors des voies de recours légales constitue une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire.
L’Etat doit garantir la protection des magistrats contre toute pression politique ou médiatique visant à influer sur leurs décisions.
Que l’on soit ancien procureur ou député, nul n’est au-dessus des principes fondamentaux de la Justice.
Un choix entre Etat de Droit et ingérence politique
Nous sommes aujourd’hui face à un test majeur pour l’indépendance de la Justice. Soit nous acceptons que des déclarations intempestives et politisées puissent remettre en cause des décisions prises en toute légalité par un magistrat dans l’exercice de ses fonctions, et nous ouvrons la voie à une instrumentalisation systématique de la Justice par des considérations partisanes.
Soit nous réaffirmons avec force que la Justice ne peut être dictée ni par des pressions politiques, ni par d’anciens magistrats devenus acteurs politiques, mais uniquement par les principes de Droit.
Le choix est simple : l’Etat de Droit ou la loi du plus fort
Pour notre part, la position de «Justice sans frontières» est claire : nous défendons l’indépendance de la Justice, l’autorité des décisions judiciaires et le respect des droits fondamentaux.
Comme disait le juge Hans Kelsen : «La Justice ne doit pas être ce que veulent les puissants, mais ce que dicte la loi etla conscience du magistrat.» Toute société qui affaiblit son appareil judiciaire compromet la confiance des citoyens et menace l’équilibre démocratique.
Laisser la Justice suivre son cours, sans interférence ni instrumentalisation, est la seule voie possible pour assurer une société juste, équitable, démocratique et respectueuse de l’Etat de Droit.
Par Serigne Saliou DIAGNE
22 ANNEES DE COURAGE, D’AUDACE ET DE VERITE AU QUOTIDIEN
Le Quotidien célébrera le 24 février ses vingt-deux ans d’existence et de publication dans l’espace médiatique sénégalais. Des années qui n’auront pas été de tout repos, car à chacune des étapes de la vie de ce canard, l’adversité a pu être terrible
Le Quotidien célébrera le 24 février ses vingt-deux ans d’existence et de publication dans l’espace médiatique sénégalais. Ce sont des années qui n’auront pas été de tout repos, d’autant plus qu’à chacune des étapes de la vie de ce canard, l’adversité a pu être terrible. Cette adversité, elle se nourrit de l’idéal du journal Le Quotidien qui est d’être le témoin de la vérité et de l’histoire vivante du Sénégal.
Plus de deux décennies maintenant que ce journal navigue dans la matrice qu’il s’est fixée de «tout savoir avoir tout le monde» et de faire du partage de l’information vraie son sacerdoce. Le Quotidien d’hier, celui d’aujourd’hui et celui de demain seront les mêmes quant à leurs objectifs premiers et missions constantes.
Au fil des ans, je comprends avec du recul pourquoi le fondateur Madiambal Diagne tenait à ce qu’on touche à toutes les composantes de cet outil : de la distribution des tracts pour le lancement du journal, à l’immersion au travail de la rédaction, en passant par la vente des éditions du dimanche dans les coins de rue ou des veillées avec les équipes d’imprimerie et de distribution. C’est toute une chaîne qui, non seulement renseigne beaucoup sur l’humain, mais donne à voir clair sur les dynamiques d’un pays.
Célébrer l’anniversaire du Quotidien, c’est le célébrer avec des milliers de lecteurs ici et ailleurs qui sont des soutiens indéfectibles à toutes les étapes de la vie de ce journal. Ils partagent leurs regards et avis critiques, font des suggestions sur certaines approches éditoriales et ont la sincérité d’être fidèles à ce journal qui est plus le leur que le nôtre. Cette exigence de qualité de la part des lecteurs, cet impératif d’un journalisme rigoureux, factuel et sans compromission avec la vérité poussent à redoubler d’efforts pour maintenir le «label Quotidien» qui aura fini d’être une adresse de référence pour tous les professionnels des médias. Je suis souvent pris d’émerveillement quand je reçois des emails de certaines personnes qui s’intéressent au journal et à son contenu.
A tous nos lecteurs, nos sincères remerciements malgré une année éprouvante, le soutien constant aura permis de tenir et il est une motivation pour relever davantage de défis. Une attention particulière va à l’endroit de nos annonceurs et partenaires, dans un pays où, au gré des pouvoirs et des humeurs des «hommes forts» qui se succèdent à la tête, il est courant de vouloir peindre Le Quotidien comme une fréquentation à risque. On sourit de façon narquoise à ceux qui, dans une logique de nous conseiller, suggèrent que ce journal devrait être plus tendre avec les tenants des rênes.
A défaut d’être dans les rangs ou de vouloir trop libérer les voix, on peut payer le prix de sanctions économiques. Cette année aura été un exemple patent où toutes sortes d’attaques économiques auront été menées contre ce journal pour qu’il ne puisse plus paraître. La presse dans son ensemble aura souffert, mais les coups de bélier sur Le Quotidien laissent encore leurs séquelles.
Entre des croisades économiques et fiscales, une rupture de l’intégralité des six conventions publicitaires que nous détenions avec des entités étatiques, ainsi que le refus jusqu’à ce jour de nous rembourser toutes les commandes publicitaires exécutées cette dernière année, tout aura été fait pour fragiliser économiquement le journal et tuer notre modèle d’affaires. Certains partenaires et annonceurs du privé et de la coopération internationale, malgré cette conspiration pour asphyxier Le Quotidien, sont restés à nos côtés et n’auront pas hésité, comme toujours, de faire de nos espaces publicitaires la vitrine privilégiée de leur communication. En affaires, quand des personnes vous font confiance quand tout conspire à vous nuire et à vous isoler, on ne peut que leur devoir une infinie gratitude.
En célébrant l’anniversaire du Quotidien, je tiens également à célébrer un personnel fait de professionnels aguerris, rigoureux dans leur métier et surtout nourris du même idéal. Au Quotidien, il y a un esprit, et cet esprit crie tout haut les mots : liberté, démocratie, transparence et vérité. A force de baigner dans un tel environnement, tous les agents que nous sommes finissent par être d’un même moule qui consolide un esprit singulier dans le traitement de l’information et surtout dope un courage pour faire face contre vents et marées. Cette année aura été difficile sur plusieurs plans pour toutes les équipes du Quotidien, mais chacun aura pu être résilient, sacrifié une part de soi et surtout aura fait preuve de beaucoup de compréhension. Notre fondateur a l’habitude de nous dire «Boul raggal dara», nos équipes montrent chaque jour qu’elles sont à la hauteur de cette devise. En prenant date pour des jours meilleurs, je ne peux pas ne pas les remercier pour la compréhension et le dynamisme, malgré toute la morosité dans le secteur des médias.
Pour finir avec cet anniversaire du Quotidien, je vais rendre un hommage à Madiambal Diagne pour avoir eu l’audace de créer ce journal, le courage de le faire vivre de toute son énergie et la constance de l’appuyer de tous ses moyens pour qu’il continue d’être une tribune d’expression de voix plurielles et un lieu vivant contribuant à promouvoir la démocratie et renforcer le modèle républicain du Sénégal. Il n’aimera pas me l’entendre dire, mais il a toujours laissé au Quotidien une pleine liberté éditoriale. Tous ceux qui ont pu collaborer avec lui savent qu’il ne se sera jamais caché derrière un reporter, un chroniqueur ou un journaliste pour émettre une opinion. Il n’aura jamais commandé de Unes pour tenter de porter quelques agendas. Le Sénégal est un pays où par manque de sincérité d’un grand nombre, on cherche toujours à habiller ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord des pires défauts. Le temps est le juge qui, à mon humble avis, le rétablira dans toute sa vérité, pour l’homme de courage qu’il est et le chevalier tenant coûte que coûte à la préservation d’un code d’honneur. Je ne cesse de lui dire qu’il est trop démocrate, trop ouvert et trop libre. Le succès et la longévité du titre que vous tenez entre vos mains sont sûrement une part de réponse que communique son abnégation. Au Quotidien, un excellent anniversaire. En espérant que ce titre vive encore des décennies et des décennies.
Par Alioune BA
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET COMMUNICATION
Depuis quelques années, l’intelligence artificielle s’est immiscée dans le paysage de la communication, redéfinissant les interactions entre les individus, les entreprises et les médias, changeant ainsi, notre façon de communiquer
Depuis quelques années, l’intelligence artificielle (IA) s’est immiscée dans le paysage de la communication, redéfinissant les interactions entre les individus, les entreprises et les médias, changeant ainsi, notre façon de communiquer.
Des algorithmes conversationnels aux outils d’analyse prédictive, cette révolution technologique bouleverse les pratiques traditionnelles et soulève des enjeux cruciaux, tant sur le plan éthique qu’opérationnel. Aujourd’hui, l’Intelligence Artificielle (IA) joue un rôle central dans cette transition. En effet, les systèmes d’IA, dotés de capacités d’apprentissage automatique et de traitement du langage naturel, permettent une analyse rapide et précise des données textuelles, rendant la communication plus efficiente. Par exemple, les chatbots (agents conversationnels) et assistants vocaux, utilisés par de nombreuses entreprises, offrent un support instantané aux utilisateurs, tout en collectant des informations sur leurs préférences qui peuvent aider à personnaliser les interactions.
Toutefois, cette évolution soulève des questions éthiques et sociétales, telles que la protection de la vie privée et l’impact surl’emploi des professionnels de la communication. Ainsi, il est primordial de considérer comment l’intégration de l’IA dans les pratiques de communication peut transformer, non seulement les dynamiques d’échange, mais également, les normes sociales qui leur sont associées.
L’IA AU CŒUR DE LA TRANSFORMATION DES METIERS DE LA COMMUNICATION
L’intégration de l’IA dans les métiers de la communication n’est plus une projection futuriste, mais une réalité bien ancrée. Des rédacteurs aux spécialistes du marketing digital, en passant parles relations publiques, tous doivent composer avec des technologies de plus en plus performantes.
Les chatbots et assistants virtuels, comme ChatGPT d’OpenAI ou Bard de Google, permettent d’automatiser une partie des échanges avec le public. Ces outils sont aujourd’hui capables de générer des réponses en temps réel, d’adapter leur discours en fonction du contexte et même d’optimiser la gestion des relations clients. «Grâce à l’IA, nous pouvons offrir une assistance personnalisée 24h/24 et 7j/7», explique Sophie Martin, responsable d’une agence de communication digitale à Paris.
En journalisme, l’IA s’invite également dans la production de contenu. Les algorithmes développés par des entreprises comme Narrative Science ou Automated Insights permettent de générer des articles à partir de données brutes, notamment dans les domaines de la finance et du sport. Toutefois, cette évolution interroge : quelle place reste-t-il au journaliste humain dans ce nouvel écosystème ?
DES ENJEUX ETHIQUES ET INFORMATIONNELS MAJEURS
Si l’IA facilite la communication et accroît la rapidité de diffusion de l’information, elle soulève également des questions éthiques et informationnelles. L’une des principales préoccupations est la fiabilité des contenus générés. En 2023, une étude de l’université de Stanford a révélé que certains modèles de langage avaient tendance à produire des biais cognitifs ou des informations erronées, faute d’une validation humaine rigoureuse.
La prolifération des deepfakes, ces vidéos manipulées parIA, accentue le défi de la vérification des sources. Selon un rapport du MIT Technology Review, ces contenus falsifiés ont augmenté de 900 % entre 2019 et 2022, compromettant la confiance du public envers les médias traditionnels. «Nous devons repenser nos méthodes de fact-checking et d’éducation aux médias», souligne Pierre Dubois, expert en cybersécurité.
IMPACT DE L’IA SUR LES PRATIQUES D’ECHANGE D’INFORMATIONS
Aujourd’hui, l’IA révolutionne les pratiques d’échange d’informations, en redéfinissant non seulement, la manière dont les données sont partagées, mais aussi, la confiance que les utilisateurs accordent à ces systèmes. En facilitant l’analyse massive de données, l’IA permet une personnalisation accrue des échanges, où chaque utilisateur reçoit des informations adaptées à ses besoins spécifiques, augmentant ainsi, l’efficacité des communications (Briggs et al., 2007). Cependant, cette prospection de données soulève des préoccupations relatives à la vie privée et à la sécurité des informations personnelles, une dynamique que les entreprises doivent gérer avec soin pour maintenir la confiance de l’utilisateur.
D’autre part, des phénomènes, tels que l’émergence d’écosystèmes de communication intelligents, illustrent comment l’IA peut créer des chaînes de valeur interconnectées et réactives. Cependant, ces innovations nécessitent également une réflexion éthique approfondie, afin de garantir qu’elles ne compromettent pas les fondements mêmes d’une communication saine (Kasza et al., 2019).
L’IA modifie profondément la façon dont l’information est consommée et perçue. Grâce aux algorithmes de recommandation, les plateformes comme Facebook, YouTube et TikTok analysent les comportements des utilisateurs afin de leur proposer du contenu personnalisé. Si cette personnalisation améliore l’expérience utilisateur, elle enferme aussi les individus dans des « bulles de filtres », limitant leur exposition à des points de vue divergents.
Par ailleurs, la communication de crise est également impactée. En 2020, lors de la pandémie de Covid-19, des systèmes d’IA ont été utilisés pour détecter les fake news et orienter les citoyens vers des informations officielles. Toutefois, la capacité de ces systèmes à distinguer la désinformation d’une critique légitime reste sujette à débat.
VERS UNE REGULATION ET UNE MEILLEURE ETHIQUE DE L’IA
L’essor de l’IA dans la communication suscite des problématiques éthiques qui font appel à la responsabilité, à l’authenticité et à la transparence des échanges d’information. Les outils d’IA, en automatisant des processus de communication, peuvent conduire à des dérives telles que la désinformation ou la manipulation des contenus. Par exemple, les hackathons, qui favorisent la créativité et l’innovation dans le domaine technologique, démontrent comment l’intégration de l’IA peut transformer les dynamiques d’apprentissage (Demir et al., 2024). Cette transformation doit s’accompagner d’une réflexion éthique, car les utilisateurs d’IA doivent naviguer entre l’innovation et l’intégrité. En outre, comme le souligne (Hartle et al., 2009), une culture académique axée sur le développement et la compréhension des valeurs est essentielle pour éviter que les mécanismes de l’IA ne soient perçus comme des outils de transgression ; d’où la nécessité d’établir des cadres éthiques qui favorisent une communication responsable, tout en valorisant les avantages des technologies modernes
Face aux risques posés par l’IA, les instances internationales cherchent à établir des régulations adaptées. L’Union européenne, par exemple, travaille sur l’AI Act, un projet de législation visant à encadrer les usages de l’intelligence artificielle en fonction de leur niveau de risque. Des entreprises comme OpenAI et Google se sont également engagées à rendre leurs modèles plus transparents et à limiter les biais algorithmiques.
En parallèle, des initiatives émergent pour favoriser une approche plus éthique de l’IA. L’organisation Reporters sans frontières (RSF) milite pour une IA responsable dans le journalisme, tandis que des ONG développent des outils de détection des manipulations informationnelles.
ENTRE PROMESSES ET DEFIS, UNE MUTATION INEVITABLE
L’impact de l’IA sur la communication est indéniable. En influençant les pratiques et les dynamiques d’échange, cette technologie redéfinit la manière dont nous interagissons et partageons l’information. Aujourd’hui, les outils d’IA, tel que les chatbots et les systèmes de recommandation, ne se contentent plus d’automatiser des tâches ; ils transforment également notre conception de la communication.
En simplifiant l’accès à l’information et en personnalisant les échanges, ils élargissent notre capacité à dialoguer efficacement dans un environnement saturé d’informations. Toutefois, cette révolution pose des questions éthiques et pratiques essentielles, notamment concernant la désinformation et la dépendance technologique. Il devient crucial de formaliser des stratégies qui régulent l’intégration de l’IA dans nos pratiques communicationnelles tout en préservant l’authenticité des interactions humaines, garantissant ainsi une coexistence harmonieuse entre innovation technologique et valeurs humaines fondamentales. Ainsi, l’enjeu pour les professionnels sera donc de trouver un équilibre entre innovation et responsabilité, afin de garantir une information fiable et une communication respectueuse des valeurs démocratiques.
par Makhtar Diouf
CRÉATION D’EMPLOIS, PROMESSES, INVECTIVES ET RÉALITÉ
EXCLUSIF SENEPLUS - Sous le régime précédent, la manière dont certains emplois étaient créés est à proscrire. Le problème de l’emploi ne doit pas être du domaine de la politique politicienne
Toute fille de joie en séchant devient prude. Victor Hugo faisait tenir ce propos à un personnage de sa pièce de théâtre ‘’Ruy Blas’’. Un propos qui sied bien à la nouvelle opposition avec ses invectives, entre autres, sur les promesses de créations d’emplois non tenues par le nouveau régime en place depuis moins d’un an. Comme s’ils avaient été des modèles de pruderie, de vertu dans la gouvernance du pays. Comme s’ils l’avaient laissé en plein emploi. Comme si la création d’emplois allait tout de go.
Sous le régime précédent, la manière dont certains emplois étaient créés est à proscrire et n’est pas à reconduire. Par le clientélisme politique et parental étaient casées de façon pléthorique des personnes sans compétence dans l’Administration, dans les entreprises publiques et dans la multitude d’ambassades et de consulats. Sans égards pour la masse salariale dans le budget de l’Etat et son fonctionnement efficace.
Et, pour quels résultats au niveau de l’emploi ? Sous Macky Sall qui avait présenté l’emploi comme « une surpriorité », le taux de chômage est passé de 10,2% en 2012 à 25% en 2022, alors que ses promesses de création d’emplois étaient de 500 000 en 2012 et 1 000 000 en 2019.
A propos des statistiques de chômage
Le problème de l’emploi ne doit pas être du domaine de la politique politicienne. Il doit être examiné de façon sereine, avec retenue.
Il faut admettre que les taux de chômage publiés dans les pays africains sont surestimés. Beaucoup de personnes en Afrique sont en activité quotidienne dans un secteur informel imposant. Les agences de statistique quelle que soit leur ingéniosité ne sont pas en mesure de les saisir complètement. Les personnes qui y sont à l’œuvre ne sont pas des salariés, mais elles en tirent des revenus qui leur permettent de vivre, ou de survivre. Ce ne sont pas des chômeurs, même si en situation précaire.
Dans les pays industrialisés la catégorie ‘’chômeurs’’ est constituée par des inscrits demandeurs d’emploi salarié, pouvant bénéficier d’allocations chômage sur une durée limitée.
La création d’emplois est le casse-tête de tout régime au pouvoir. A qui incombe-t-il de créer des emplois ?
Le secteur privé face au chômage
Dans nos économies libérales actuelles, on compte beaucoup sur le secteur privé pour créer des emplois.
Mais un opérateur économique qui investit son argent dans une affaire ne le fait jamais avec l’objectif de créer des emplois. Il investit pour faire des bénéfices. La création d’emplois est une simple résultante de son activité, mais pas son objectif. Il embauche du personnel, donc crée des emplois, mais uniquement dans la limite de ses besoins, sans se soucier du niveau du chômage.
Quant à l’Etat libéral, il estime que son activité ne doit pas sortir du cadre de fourniture de biens collectifs (administration générale, sécurité, justice, éducation, santé …). A ce niveau, ses besoins en personnel sont limités (pas plus de 5 pour cent de la population active). Ce qui laisse entier le problème du chômage.
Economies libérales face au chômage
Il n’est pas superflu de rappeler comment des pays industrialisés sont confrontés au chômage.
Lorsqu’en 1976 le président français Giscard d’Estaing nomme le professeur d’Economie Raymond Barre Premier ministre et cumulativement ministre de l’Economie et des Finances, c’est parce qu’il voit en lui le premier économiste de France, capable de venir à bout du chômage. Acculé sur ce problème qu’il ne peut résoudre, Barre énervé s’exclame un jour face à des journalistes : Que voulez-vous que je fasse ? Que je recrée les ateliers nationaux ?
Dans la France du 19ème siècle, l’Etat au nom du principe du droit au travail, avait créé des ateliers nationaux pour donner du travail à des ouvriers et artisans chômeurs. Mais devant l’impossibilité de satisfaire les plus de 100 000 demandeurs d’emploi, l’Etat ferme les ateliers nationaux qui n’ont duré que quatre mois de l'année 1848.
Le 24 octobre 2012 le magazine français ''Le Point'' publie un article avec ce titre percutant : Le chômage un drame français. La conjoncture de l'époque est marquée par la présence de plus de 3 millions de demandeurs d'emploi.
François Hollande élu président en 2016 promet de faire baisser la courbe du chômage. Pour cela, en lieu d’exonérations d’impôts, il prend une mesure inédite : attribuer des subventions aux entreprises qui s’engagent à créer des emplois. Mais la mesure n’a aucun impact sur le chômage. Conscient de son impopularité, il renonce à se présenter pour un second mandat.
Le problème de l’emploi est tellement lancinant dans ce pays que des institutions sont créées et se suivent sans résultats : ‘’Agence nationale pour l’Emploi’’, ‘’Association pour l’Emploi dans le commerce et l’industrie’’, ‘’Pôle Emploi’’, et depuis 2024 ‘’France Emploi’’.
Le plein emploi n’a jusqu’ici été réalisé que dans les économies socialistes de type soviétique. Les entreprises étant publiques, l’Etat n’étant pas motivé par le profit, un travail pouvant être effectué par deux personnes était confié à quatre ou cinq personnes. Il en résultait une faible productivité par tête, mais tout le monde était au travail. Cette pratique était dénoncée dans les pays occidentaux comme du ‘’chômage déguisé’’.
A l’opposé sévit le ‘’burn out’’ (épuisement professionnel), phénomène physico-psychologique qui affecte le travailleur accablé de surcharge de travail, occupant seul un poste conçu pour trois travailleurs, avec son lot de dépressions allant jusqu’au suicide (cas de ‘’France Télécom’’). Cette pratique de certains employeurs soucieux de comprimer leur masse salariale ne contribue pas à la création d’emplois.
En prenant les données du taux de chômage dans des pays industrialisés, selon l’OCDE pour l’année 2023, la moyenne du taux de chômage est de l’ordre de 4%, d’un peu plus de 7% en France et en Italie.
Dans certains de ces pays, avec les millions de morts et de blessés graves de la seconde guerre mondiale qui étaient des travailleurs, dans la période 1950-1970 le chômage n’était pas à l’ordre du jour. La guerre avait réglé le problème.
L’émigration clandestine, une solution au chômage ?
Au Sénégal, comme dans d'autres pays africains, depuis plus d'une trentaine d’années, des jeunes se déclarant dans l’impossibilité de trouver du travail prennent l’aventure de l’émigration dans des embarcations de fortune avec les drames qui s’en suivent. Il est dit que des parents les y encouragent pour ne pas être la risée du voisinage avec des enfants sans avenir face à leurs amis qui ont réussi à l’extérieur. Une seule question qu’ils ne se posent pas est : Qu’est-ce qu’ils vont y faire ? Comme si, arrivés quelque part en Europe ou en Amérique, ces néo-émigrés seront reçus par des comités d’accueil avec des ahlan wa sahlan (Soyez les bienvenus !). Nonobstant le racisme, ces pays de destination, s’ils y arrivent, sont aussi affectés par le chômage.
Au Sénégal, ce dont on ne parle jamais, ce sont ces jeunes qui sont partis et qui ne sont pas revenus. Même s’ils trouvent là-bas du travail de fortune, leurs salaires de survie ne leur permettent pas de venir pour des vacances au pays, sans compter le risque de ne pouvoir retourner faute de visa. Ils sont dans l’impossibilité d’envoyer de l’argent à leurs parents ou de rentrer définitivement.
Il m’est arrivé d’en rencontrer quelques-uns à New York dans les années 1990, me racontant leur calvaire et leur regret d’avoir tenté cette aventure. Ils sont logés par des marchands de sommeil dans des sortes de dortoirs où le nombre de lits est limité. Un même lit est partagé par deux ; lorsque celui qui travaille de jour arrive, son compagnon qui lui travaille de nuit se lève pour lui céder la place. C’est cela l’Eldorado rêvé, le ‘’american dream’’ ? Le ‘’rêve américain’’ tant vanté en a laissé plus d’un sur la touche. Deux d’entre eux qui avaient effectué des études de sciences économiques à l’Ucad, mais sans succès, m’étant les plus familiers, me racontaient leur situation. C’est par pudeur que leurs parents disaient qu’ils allaient bien, alors qu’ils ne recevaient d’eux aucune nouvelle, surtout en cette période où la téléphonie mobile n’existait pas.
Ces jeunes sénégalais rencontrés aux Etats-Unis n’étaient sûrement pas plus mal lotis que les autres émigrés en Europe. Lorsque l’un d’eux réussit, combien sont-ils ceux qui sont partis et qui ne sont pas revenus, devenus clochards, envoyés dans des asiles de vieillards, morts enterrés comment ?
Un facteur non négligeable de l’émigration clandestine est le désir d’aventure, le rêve d’Eldorado. Tous ces candidats aux pirogues ne sont pas des chômeurs : comme ce tailleur refoulé qui déclare qu’il gagnait bien sa vie, cet étudiant en 3ème année de Droit à l’Ucad.
L’émigration clandestine n’est pas la solution au chômage. La réussite des Sénégalais de la Diaspora peut être un appel d’air pour les jeunes qui ne rêvent que de partir. C’est oublier que les Sénégalais de la Diaspora, en dehors des quelques ‘’self made’’(ceux qui se sont faits seuls) sont des cadres de haut niveau formés là- bas dans des universités et dans des écoles d’enseignement technique. Ils gagnent bien leur vie, les uns comme salariés dans de grandes entreprises, les autres comme gestionnaires de leurs propres affaires avec réussite.
Emigration dite circulaire ou concertée
Le Sénégal s’est investi très tôt dans l’émigration circulaire de concertation avec des gouvernements
étrangers. Dans les années 1960 des Sénégalais du Fouta et de Tambacounda étaient envoyés à Paris dans des travaux d’éboueurs. Le voyage par avion leur était offert. Des étudiants sénégalais leur donnaient des cours d’alphabétisation.
Le Sénégal était aussi en coopération avec des pays africains comme le Gabon et le Tchad pour y envoyer des travailleurs (enseignants du secondaire, ouvriers qualifiés du bâtiment …). Une expertise intellectuelle et ouvrière très appréciée. La pratique a été poursuivie sous le régime de Wade.
Lorsque l’actuel ministre du travail informe d’une coopération entre le Sénégal, le Qatar et l’Espagne pour envoyer dans ces pays des jeunes en quête d’emploi, c’est le tollé de critiques de la part de la nouvelle opposition et même d’intellectuels de bonne foi, y voyant une forme de servitude et même d’esclavage pratiquée par un régime qui se réclame du souverainisme. Pour ce qui est du Qatar, cela peut susciter des inquiétudes, compte tenu des informations sur les traitements inhumains infligés aux travailleurs étrangers qui y ont été pour construire les infrastructures sportives de la Coupe du monde de football et des Jeux olympiques. Les familles sénégalaises tentées d’y envoyer leurs filles ont intérêt à y réfléchir au moins deux fois.
Les jeunes sénégalais qui rêvent d’Espagne y sont attendus dans les plantations d’olive. Le Maroc, le pays africain le plus proche de l’Espagne y envoie depuis longtemps ses ressortissants pour le même travail. En France, les viticulteurs avaient recours aux étudiants pour les vendanges (cueillette des raisins) pendant les grandes vacances, logés, nourris et rémunérés. Un travail qui n’a rien de dégradant. D’autant plus que pour ces Sénégalais pour l’Espagne, il ne peut s’agir que de contrats à durée très déterminée. Ce n’est qu’un palliatif, un expédient qui ne peut résoudre le problème du chômage dans le moyen terme. Mais il peut décourager de la mortelle émigration clandestine, en attendant que ce nouveau régime mette en chantier des projets créateurs d’emplois à durée indéterminée. Sans perdre de vue que pour certains de ces candidats l’Espagne est la voie royale pour accéder à d’autres pays européens.
Le Sénégal, de la seconde moitié du 19ème siècle à 1958 a eu recours à des dizaines de milliers de migrants saisonniers venant de Guinée, Soudan (Mali), Haute Volta(Burkina) pour le travail de l’arachide, appelés navétanes. Le journaliste Philippe David leur avait consacré un ouvrage Les Navétanes. Histoire des migrants saisonniers de l'arachide en Sénégambie, des origines à nos jours, 1980, Neas, préfacé par le président Senghor.
Cela dit, la migration clandestine ou légale ne doit pas priver un pays de sa main-d’œuvre qui est son potentiel de développement. Le travail est le premier facteur de production, donc de développement. C’est le capital humain qui produit le capital-machine et non l’inverse. Le père de la science économique l’Ecossais Adam Smith dans ‘’La Richesse des nations’’,1776, disait que le travail est le fonds primitif qui constitue la richesse des nations.
De grands économistes face au chômage
Le chômage a été une préoccupation majeure pour tous les grands économistes.
L'ouvrage économique le plus célèbre depuis le 20ème siècle est celui de l'Anglais John M. Keynes Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie,1936. Tout l’ouvrage porte sur la manière de porter haut le niveau de l’emploi.
Un autre économiste anglais William Beveridge dans Le plein emploi dans une société de liberté, 1944, estime qu’on peut considérer l’économie en plein emploi lorsque le taux de chômage est de 3 pour cent de la population active.
C’est à l’ultralibéral économiste américain Milton Friedman que la littérature économique doit le terme « taux naturel de chômage » : un taux de chômage incompressible qui selon lui, accompagne l’évolution économique. Aucune mesure de politique monétaire ou budgétaire, dit-il, ne peut l’enrayer. C’est l’aveu qu’une économie de type libéral ne peut créer le plein emploi. Le chômage est considéré comme un phénomène naturel, structurel, avec en plus sa composante conjoncturelle.
L’emploi porté par la fabrication de matériel de guerre
A la Faculté de Droit de Paris, un ‘’visiting professor’’ américain Carl Shoup, dans son cours « Economie publique » disait que l’économie américaine a toujours été et est encore une économie de guerre : Entre 1947 et 1953, les dépenses de guerre ont constitué 80 pour cent des dépenses dans le budget fédéral.
Le professeur C. Shoup ne manquait pas de souligner le paradoxe de la libre entreprise dans une économie de guerre : le système de la libre entreprise du monde occidental n'a jamais été conçu pour fonctionner dans une économie de guerre et pourtant, tout bien considéré, il a remarquablement fonctionné dans un tel système.
Aux Etats-Unis comme dans beaucoup de pays occidentaux, l’emploi est soutenu par la fabrication d’armes. Seules quelques grandes firmes fabriquent le matériel de guerre, mais elles font travailler en sous-traitance des centaines de petites et moyennes entreprises qui sont de grandes niches d’emplois. Les armes à feu légères (fusils, pistolets, revolvers) sont utilisées par les chasseurs, les pêcheurs, les malfaiteurs, mais aussi pour l’autodéfense, comme aux Etats-Unis où la Constitution les autorise aux citoyens. La firme Boeing fabrique des avions, tout en étant une des plus grandes entreprises de matériel de guerre.
Il est établi que les usines d’armes dans ce pays sont au nombre de 602 en 2024, toutes grandes pourvoyeuses d’emplois.
Ce qui permet de comprendre que quand il ne fait pas la guerre (contre de petits pays), le gouvernement américain suscite des guerres ailleurs pour régler le problème de l’emploi (très sensible dans l’opinion) par des exportations massives de sa quincaillerie guerrière. L’argument est arms equals jobs (les armes sont comme les emplois). Selon ‘’ US Labor of Statistics’’, Jo Biden durant son mandat 2020-2024 pour embellir son bilan par la création d’emplois, avait misé sur les exportations d’armes vers l’Ukraine, Israël, l’Arabie Saoudite militairement engagée au Yémen.
La création d’emplois est ainsi devenu un problème de géopolitique.
Des niches d’emplois à exploiter au Sénégal
Au Sénégal comme dans d’autres pays d’Afrique, on n’en n’est pas dans la fabrication d’armes pour créer des emplois. Mais il existe des niches substantielles d’emplois non exploitées. L’accès à ces niches d’emplois est obstrué par les importations massives d’articles qui peuvent et devraient être fabriqués sur place. Ces importations sont des générateurs importants de chômage.
L’industrie est le secteur qui crée le plus grand nombre d’emplois. En attendant, sous peu, espérons- le, les grandes unités industrielles à partir de l’acier (la matière première et l’énergie sont là), on peut s’appuyer sur une combinaison de l’artisanat comme proto-industrie et de petites unités industrielles.
Les peaux de mouton (surtout après la tabaski), de chèvres, de bovidés peuvent être traitées sur place pour servir de matière première aux fabricants de meubles de salon, à des cordonniers pour fabriquer les chaussures des corps militaires et paramilitaires, des ballons de sport collectif (foot, basket, … etc.). Ces tenues militaires, les toges des magistrats, des avocats, des universitaires, les blouses du personnel médical peuvent être confectionnées sur place par des tailleurs locaux avec des tissus du pays et des tissus importés dans un premier temps comme matière première.
Les outils de travail des ouvriers du bâtiment tels que truelles, marteaux, pinces, tournevis, scies, rabots, interrupteurs, prises électriques, ampoules d’éclairage …etc. peuvent être fabriqués ici. Il suffit de faire le recensement des articles vendus dans les nombreuses quincailleries du pays pour se rendre compte de ce qui est à faire pour créer des milliers d’emplois. Le petit électroménager (ventilateurs, fers à repasser ...etc.) peut être lancé en attendant la fabrication de réfrigérateurs, de climatiseurs. Et bien entendu, rendre la mer à leurs ayants droit, les pêcheurs locaux, en écartant les bateaux étrangers tout en veillant à ce qu’ils ne reviennent sous pavillons sénégalais avec des complicités locales.
Les produits alimentaires importés en des montants exorbitants créent des emplois dans leurs pays d’origine, mais pas ici. L’Institut de Technologie Alimentaire créé en 1963 met au point des prototypes de produits alimentaires performants, mais la fabrication en séries ne suit pas, pendant que les importations continuent.
Une bonne promotion de l’élevage peut contribuer à satisfaire la demande de lait, un lait pur et sain, en lieu et place de ces laits en poudre à ingrédients douteux.
Dans beaucoup de secteurs industriels, l’Etat devrait se faire Etat-patron, c’est-à-dire y investir dans un premier temps, quitte à se désengager par la suite pour laisser l’exploitation à des opérateurs privés. Il faut se départir du slogan ‘’moins d’Etat, mieux d’Etat’’ de la Banque mondiale et du Fmi, pour maintenir nos gouvernements à l’écart de l’activité économique. Les entreprises publiques sont plus nombreuses dans les pays occidentaux que dans les pays africains.
Au Sénégal du temps de Wade, on s’était trouvé devant cette situation cocasse lors de son projet de privatiser la Senelec par l’entreprise canadienne Hydro-Québec, une des plus grandes entreprisses d’électricité au monde. Mais Hydro-Québec est à 100 pour cent de capitaux publics et fonctionne actuellement avec près de 20 000 employés permanents. Une entreprise publique appelée à ‘’privatiser’’ une entreprise publique ! On en avait ri.
La promotion de l’Etat-patron ne relève pas de l’idéologie, mais du pragmatisme. L’industrie est l’épine dorsale de toute économie. Sans oublier l’agriculture qui bien aménagée permettra de créer des milliers d’emplois tout en réduisant les importations alimentaires.
Bien entendu dans toutes ces branches d'activité, les travailleurs devront se bonifier avec une bonne formation technique et opérer avec des équipements adéquats.
A côté de l’Etat, les collectivités locales peuvent créer de nombreux emplois par la construction de pavés et le pavage des rues dans les villes et dans les zones rurales. Ce n’est pas seulement avec le goudron, cher, polluant et peut créateur d’emplois qu’on peut aménager des routes praticables. Des pays africains (Ghana, Guinée) sont en avance dans l’activité des pavés fabriqués avec les débris de bâtiments démolis et des matières plastiques.
Nos pays sont couchés sur des matelas d’emplois potentiels non exploités. Même si le chômage n’est pas éliminé, il peut être circonscrit. Parce que le chômage, tout comme l’inflation, ne peut être éliminé dans aucune économie de type libéral. Ce sont aussi les deux plus grands problèmes qui se posent à la science économique.
Par Ibou FALL
LE MISÉRABILISME, MODE D’EMPLOI
L’authentique Sénégalais, aux yeux du nouveau pouvoir, c’est celui qui vit plongé dans sa crasse jusqu’à la taille, vivote depuis douze ans, avale comme des édits célestes les régulières déclarations fracassantes du Pros devenu Pmos
Crime de lèse-majesté ? Ce dimanche, dans une Arène nationale en ébullition, Ama Baldé, l’héritier de Falaye Baldé et non moins enfant chéri de Pikine, ne vaudra pas un sou devant Emile François Gomis, alias «Franc». Lequel signe sa quatorzième victoire d’affilée sous les yeux du «Roc des Parcelles Assainies», Modou Lô, actuel empereur de l’arène, qui célèbrera la victoire de son poulain en le soulevant comme un sac de pommes de terre.
Il n’en suffit pas plus pour que dehors, ça se déchaîne : d’abord, ceux qui ne peuvent accéder à l’enceinte de l’Arène nationale pètent un câble, débordant les Forces de sécurité…
Et puis, qui rend si hardi «Franc» de ne faire qu’une bouchée de Ama Baldé en plein Pikine ? Résultat des casses : un mort, Babacar Diagne, agressé alors qu’il rentrait chez lui. Sur la route qui ramène chacun au bercail, les bris de verres sont comme une traînée de poudre…
Bref, ce cher Sénégal renoue avec ses démons qui, manifestement, sortent de leurs congés avec fracas. Les plus pessimistes d’entre nous, qui votent «Sonko môy Diomaye» le 24 mars 2024, pensent alors que la violence est derrière nous puisque le camp du «gatsa-gatsa» est enfin aux affaires…
D’ailleurs, dans l’euphorie, depuis la diaspora, quelques militants exaltés passent à confesse : que Dieu leur pardonne s’ils mentent sciemment sur les plateaux, les ondes et les réseaux sociaux, appellent à l’insurrection et financent des cocktails Molotov, et sans doute bien d’autres joyeusetés… Le « Projet », une œuvre de haute couture, le vaut bien !
Ben non, apparemment, la rage qui brûle les esprits et les cœurs est toujours là… Le ministre de l’Intérieur, Jean-Baptiste Tine, outré par cette déferlante dévastatrice, ne fait ni une ni deux : la lutte, c’est terminé ! En clair, les combats ne peuvent plus bénéficier du service d’ordre du ministère de l’Intérieur, jusqu’à nouvel ordre…
Ah, ces Sénégalais !
D’ailleurs, le nouveau régime, sous la conduite du tandem «Sonko môy Diomaye», qui semble les connaître comme ses poches, décide de les ramener à la raison… Ça fait déjà un bail que ça leur explique doctement que le régime de Macky Sall vit depuis toujours sur un bien trop grand train, et que nous, autres, citoyens ordinaires, sommes trop riches pour être honnêtes, trop heureux pour être innocents, il est temps de rétablir l’ordre des choses.
Sur les réseaux sociaux, sous le pseudo de Maestro, un compatriote ricane : «Après les socialistes et les libéraux, nous voilà avec les misérabilistes !» Et donc, après les chantiers fermés d’autorité, l’arrêt des distributions des terres du peuple à des vampires insatiables qui sucent son sang douze années durant, les passeports diplomatiques arrachés à l’aéroport, les interdictions de sortie du territoire, les comptes des médias clandestinement corrompus bloqués et le filtre pour séparer le bon grain de l’ivraie dans cette faune, voilà que les salaires doivent être rabotés, pendant que les fonctionnaires nostalgiques du précédent régime seront sans doute virés ou affectés dans des trous perdus.
En plus des institutions catholiques bourgeoises qui défient la République en encourageant la mixité et en interdisant le port du hijab et sans doute la burqa, rappelées à l’ordre, on a eu droit à l’affectation de quelque magistrat au verdict partial catapulté derrière Niokolo-Koba ; donc, l’envoi d’un Général au placard à New Dehli pour excès de zèle à défendre sa Patrie, c’est d’une logique imparable.
Faut-il l’ânonner sempiternellement ? L’authentique Sénégalais, aux yeux du nouveau pouvoir, c’est certain, est celui qui vit plongé dans sa crasse jusqu’à la taille, vivote depuis douze ans, avale comme des édits célestes les régulières déclarations fracassantes du Pros devenu Pmos, reste persuadé que Adji Raby Sarr est un affolant appât du régime sanguinaire déchu ; Mame Mbaye Niang, un cambrioleur ; Mamour Diallo, un braqueur de Trésor public ; Farba Ngom, un Rapetou ; et Macky Sall, un génocidaire.
Le loustic national est cette victime que l’Etat compte dédommager pour avoir résisté à l’oppresseur, comprenez Macky Sall, Marième Faye et leur gang de prédateurs, la France qui rechigne à dégager et lorgne nos pétrole et gaz, dont l’Armée occupe encore une partie de nos terres sous prétexte qu’elle emploie cent-soixante-deux autochtones comme sous la coloniale.
C’est clair, un vrai Sénégalais, version «Sonko môy Diomaye», pense que saborder la syntaxe et dynamiter l’orthographe françaises sont des actes de résistance souverainiste, des gestes d’émancipation nègre téméraires ; il peut jurer sur un coran que, depuis les indépendances, l’administration, globalement, et particulièrement le ministère des Finances, est un antre de faussaires, une fabrique à faux : de l’état-civil aux rapports d’audits, en passant par les billets de banque, les diplômes, les passeports, les CV…
Compter les nouveaux pauvres qui grossissent les rangs serrés des laissés-pour-compte est une drogue à laquelle ce Sénégalais brut dedécoffrage est accro. Son sport favori : insulter, diffamer et menacer tout ce qui arbore un visage épanoui, roule sa bosse et arpente les sentiers sinueux de ses ambitions légitimes. Aux prix de ses vie et liberté, depuis 2021, un patriote incomparable, ça vandalise, saccage, insulte et agresse tout cequi est trop heureux pour être irréprochable.
Heureusement qu’en dépit de son inaptitude au bonheur, il lui reste l’icône indémodable Youssou Ndour, qui traverse les époques et côtoie les régimes avec une égale félicité…