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4 avril 2025
Opinions
Par Djibril GUEYE
LE FONCIER AU SÉNÉGAL
Le foncier est un pilier fondamental du développement économique et social du Sénégal. Il devrait être un facteur d’autonomisation pour les populations locales et un moteur de croissance nationale
Le foncier est un pilier fondamental du développement économique et social du Sénégal. Il devrait être un facteur d’autonomisation pour les populations locales et un moteur de croissance nationale. Pourtant, les politiques foncières menées au fil des décennies ont souvent favorisé une concentration des terres entre les mains d’une minorité privilégiée, au détriment des agriculteurs et des communautés locales. Sous couvert de modernisation et de développement agricole, les régimes successifs ont mis en place des mécanismes facilitant l’accès aux terres pour des investisseurs aux intérêts parfois éloignés des besoins du pays.
Cette gestion controversée a contribué à la spéculation foncière, à la marginalisation des exploitants locaux et à une fragilisation de la souveraineté alimentaire. Pendant des années, l’Etat a été le principal acteur de l’attribution des terres, distribuant de vastes superficies à des groupes disposant d’un pouvoir économique et politique considérable. L’absence d’un cadastre fonctionnel et d’une transparence effective dans ces transactions a favorisé des acquisitions douteuses, souvent opérées sans concertation avec les populations locales. Des milliers d’hectares ont été attribués sans exploitation effective, parfois revendus à des prix dérisoires ou hypothéqués dans des opérations financières opaques.
Cette situation a accentué la précarisation des petits exploitants, réduisant leur accès aux ressources agricoles essentielles et les poussant progressivement vers un exode rural forcé. Les conséquences de cette politique foncière sont alarmantes. Sur le plan social, des familles entières se retrouvent expropriées, livrées à elles-mêmes sans alternative viable. L’absence de recours adéquat renforce les inégalités et crée un climat de frustration et d’instabilité. Sur le plan économique, l’orientation de nombreuses terres vers des cultures d’exportation, comme les agrocarburants ou l’horticulture industrielle, a réduit les surfaces disponibles pour les cultures vivrières locales. Le Sénégal, qui autrefois tendait vers l’autosuffisance alimentaire, est aujourd’hui devenu fortement dépendant des importations pour nourrir sa population.
L’accaparement des terres n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans une dynamique globale où des intérêts étrangers et nationaux exploitent les failles du système foncier pour sécuriser des ressources stratégiques. Certaines transactions foncières impliquent des cessions de milliers d’hectares à des investisseurs extérieurs, souvent dans des conditions opaques, sans garantie pour la préservation des intérêts nationaux. Cette situation menace la souveraineté économique du Sénégal et compromet les perspectives d’un développement agricole inclusif et durable. Une réforme foncière devient alors une nécessité absolue. Plusieurs axes d’action doivent être privilégiés : la mise en place d’un cadastre national accessible et fiable pour garantir la traçabilité des transactions, le renforcement des droits fonciers des agriculteurs pour sécuriser leurs exploitations et un cadre réglementaire strict pour encadrer les investissements et éviter toute dérive spéculative. Il est également crucial d’inclure les populations locales dans les processus décisionnels, afin d’assurer une gestion plus juste et participative des ressources foncières.
L’enjeu foncier ne se limite pas à une question de propriété, il touche à des aspects essentiels tels que la souveraineté alimentaire, la stabilité sociale et la justice économique. Si aucune mesure sérieuse n’est adoptée, le Sénégal risque d’être confronté à une montée des tensions autour de l’accès à la terre, avec des répercussions profondes sur l’équilibre du pays. La réforme foncière ne doit plus être perçue comme une contrainte, mais comme une opportunité stratégique pour bâtir un modèle de gestion plus équitable et durable, garantissant que le foncier serve enfin l’intérêt général plutôt que l’enrichissement de quelques-uns.
Par Dr Zeinab KANE
FEMMES, DROITS ET AUTONOMISATION
Ce thème constitue un appel à une approche globale et inclusive pour que toutes les femmes et filles, sans distinction, puissent jouir pleinement de leurs droits. Il met en avant trois dimensions essentielles : les droits, l’égalité et l’autonomisation.
Chaque 8 mars, la Communauté internationale célèbre la Journée de la femme, un moment privilégié pour mettre en lumière les avancées réalisées tout en soulignant les défis persistants. Cette année, la thématique retenue, «Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation», trouve une résonance particulière dans le contexte sénégalais. En effet, ces dernières décennies, le cadre juridique et politique relatif aux droits des femmes au Sénégal a connu des avancées notables. Cette évolution a influencé le statut de la femme à travers leur participation à la vie sociale, économique et politique.
Ce thème constitue un appel à une approche globale et inclusive pour que toutes les femmes et filles, sans distinction, puissent jouir pleinement de leurs droits. Il met en avant trois dimensions essentielles : les droits, l’égalité et l’autonomisation. Plutôt que de dresser un bilan, cette réflexion se penche sur trois axes majeurs : l’état actuel des droits des femmes et des filles ainsi que les défis à relever, le rôle fondamental de l’autonomisation dans la transformation sociale et, enfin, le lien entre l’effectivité des droits, l’autonomisation et l’égalité des chances.
Les droits des femmes et des filles : défis et perspectives
Les droits des femmes et des filles sont aujourd’hui garantis par un cadre juridique structuré et soutenus par des mécanismes institutionnels mis en place par l’Etat. L’adoption de textes tels que la loi n°2010-11 du 28 mai 2010 instituant la parité absolue homme-femme, la modification du Code de la nationalité en juillet 2013 et d’autres instruments législatifs constituent des avancées significatives.
Cependant, l’effectivité de ces avancées législatives demeure un enjeu majeur. La réalisation des droits est entravée par les inégalités structurelles persistantes, les résistances socioculturelles qui limitent l’accès réel des femmes et des filles à leurs droits fondamentaux.
Ces facteurs constituent des obstacles majeurs si l’on sait que les questions de pratiques et de normes sociales ne changent pas du jour au lendemain. Elles connaissent des processus de transformation plus lents qui se négocient entre les différents acteurs. A ce registre des obstacles à la réalisation des droits des femmes, il faut ajouter les textes, les politiques et les pratiques discriminatoires qui défavorisent les femmes.
Dès lors, une approche holistique est nécessaire pour assurer une prise en charge adéquate des besoins spécifiques des femmes, tenant compte de leur diversité sociale, économique et culturelle. Il serait redondant de rappeler que les femmes n’ont pas les mêmes besoins. Il importe ainsi de distinguer les besoins pratiques et les intérêts stratégiques qui concernent l’accès aux services essentiels comme l’éducation de qualité -qui garantit en même temps la réussite dans les filières scientifiques, ainsi que la formation des filles et jeunes femmes déscolarisées-, l’accès aux soins de santé, l’accès équitable aux financements et moyens de l’Etat, la formalisation des activités génératrices de revenus (qui doit changer d’étape partant des actions des groupements de promotion féminine aux petites et moyennes entreprises), la prise en compte des vulnérabilités en milieu rural, entre autres questions. Par ailleurs, il serait aussi utile, dans une démarche constructive, d’interroger les intérêts stratégiques qui visent l’émancipation durable à travers une participation accrue dans les sphères économique et politique. Cette distinction est cruciale pour l’élaboration de politiques publiques adaptées, garantissant des interventions ciblées et inclusives, répondant aux réalités du terrain.
A ce titre, la valorisation du potentiel des femmes dans le tissu social et économique est une nécessité. Au-delà des questions conjoncturelles, les femmes constituent une véritable force pouvant considérablement accélérer les transformations sociales attendues. L’étude prospective «Femmes sénégalaises à l’horizon 2015», réalisée par le ministère de la Femme, de l’enfant et de la famille en 1994, avait fait des femmes une force du changement. Un défi bien possible. Il faut en plus des actions ciblant les femmes dans le secteur informel, mettre en place des mesures spécifiques pour soutenir et accompagner les femmes cadres et les élites qui ont des besoins différenciés pas toujours pris en charge dans les réponses.
Plusieurs perspectives sont à envisager. D’abord, l’amélioration du cadre juridique, la révision des textes discriminatoires, la diversification des thématiques à adresser (sécurité, changement climatique, ressources naturelles) sont importantes pour faire face aux exigences de l’heure. Ensuite, la vulgarisation et l’appropriation des textes, l’accès au droit et à la justice, l’éradication de la violence sous toutes ses formes, la formulation de réponses programmatiques durables et pérennes qui répondent aux besoins différenciés des femmes sont à inscrire dans le registre des challenges. Enfin, la compréhension et l’appropriation des enjeux prioritaires par les pouvoirs publics, le positionnement du travail des organisations de défense des droits des femmes, le travail en synergie entre les parties prenantes sont aussi des gaps à combler.
Au chapitre de ces révisions législatives figurent celle du Code de la famille qui soulève ces derniers temps des controverses, divergences et souvent des polémiques entre différents groupes. Dès lors, dans un processus large et participatif, l’identification des problèmes majeurs et la préconisation des solutions durables seront des portes de sortie heureuses. Voilà autant de défis souvent complexes à relever. Mais avec un leadership concerté et partagé par toutes et tous, les changements attendus sont possibles. Il serait intéressant, au nom de la cohésion sociale et de l’unité nationale, de trouver des convergences dans les dynamiques de changement enclenchées.
L’autonomisation des femmes : un levier de transformation sociale
L’autonomisation des femmes est aujourd’hui un enjeu central pour garantir l’effectivité de leurs droits. Elle ne se limite pas à l’indépendance économique ou financière, mais s’inscrit dans un processus plus large, leur permettant d’acquérir les ressources et les compétences nécessaires pour exercer un contrôle sur leur vie et leur environnement. Loin d’être une simple traduction du concept anglais empowerment, l’autonomisation désigne dans le vocabulaire des politiques publiques sur les femmes, une dynamique structurelle qui favorise l’égalité et la justice sociale, ou encore un processus par lequel les femmes accroissent leur capacité de modeler leur propre vie et leur environnement.
Les recherches menées dans le cadre des approches de développement soulignent que l’autonomisation repose sur trois piliers fondamentaux. Le premier est le savoir, qui passe par un accès à la formation et à l’acquisition de compétences adaptées aux besoins contemporains. Le deuxième est l’avoir, qui garantit aux femmes un accès effectif aux ressources économiques telles que la terre, les intrants agricoles, l’emploi et le crédit. Le dernier est le pouvoir, qui renvoie à leur capacité à participer aux instances de décision et à influencer les politiques publiques, tant au niveau électif qu’administratif.
Toutefois, l’autonomisation des femmes ne peut être effective sans un environnement social propice. Les institutions doivent non seulement promulguer des lois, mais aussi adopter des politiques publiques favorisant la justice sociale.
Par ailleurs, les familles et les communautés ont un rôle déterminant à jouer dans cette dynamique, notamment en encourageant l’éducation des filles, en soutenant le leadership des femmes et en déconstruisant les normes qui perpétuent les inégalités. Cette question s’inscrit également dans un contexte de mutations sociétales, où les femmes doivent composer avec un double impératif : concilier vie professionnelle et responsabilités familiales dans un monde en constante évolution.
L’effectivité des droits et l’autonomisation : vers une égalité des chances
L’égalité des chances passe par l’effectivité des droits et l’autonomisation des femmes. Garantir une véritable égalité des chances implique de dépasser le cadre formel des lois et de s’assurer de leur application effective. L’enjeu ne réside pas uniquement dans l’adoption de textes protecteurs et la formulation de politiques publiques, mais également dans l’existence de mécanismes permettant aux femmes de faire valoir leurs droits et d’obtenir réparation en cas de violation. Ainsi, l’autonomisation ne saurait être perçue comme un simple objectif final, mais comme un processus dynamique et continu nécessitant un engagement fort des pouvoirs publics, des institutions et de la Société civile.
Cette démarche exige une vision à long terme et une réflexion approfondie sur les structures sociales et économiques. L’effectivité des droits économiques, sociaux et culturels, souvent qualifiés de droits humains de seconde génération, doit être accompagnée d’une volonté politique affirmée et d’un suivi rigoureux de leur mise en application.
Il s’agit de doter chaque femme et chaque fille des outils nécessaires pour construire leur avenir et contribuer ainsi, de manière significative, à l’édification d’une société plus juste, inclusive et équitable.
Nos pensées se tournent vers toutes les femmes, surtout celles qui se battent en silence et qui transforment les obstacles en opportunités, et les hommes épris de justice sociale qui les appuient au quotidien. Pour toutes les femmes et les filles du Sénégal et de l’Afrique, respectons et protégeons leurs droits.
Dr Zeinab KANE Enseignante-chercheure en Droit Public Militante des droits des femmes
Par B. Khalifa NDIAYE
LE CREPUSCULE DES « SORCIERS BLANCS »
L’Afrique tend donc de plus en plus à faire confiance à ses fils qui, eux, justifient parfaitement ce choix qui n’est pas que du cœur.
Le Sénégalais Aliou Cissé à la tête des « Chevaliers de la Méditerranée » de Libye… Le Camerounais Rigobert Song comme coach des « Fauves » de la République centrafricaine… Le Sud-Africain Benni McCarthy, entraîneur des « Harambee Stars » du Kenya… L’Algérien Adel Amrouche pour diriger les « Amavubi » du Rwanda…
Ces derniers jours, cela a beaucoup bougé sur les bancs des sélections africaines de football. On a rarement noté autant de mouvements en si peu de temps. C’est qu’il commence à se faire tard pour certaines équipes. Alors que les 5e et 6e journées des éliminatoires de la Coupe du monde « États-Unis – Canada – Mexique » sont pour ce mois de mars, on cherche çà et là à se donner les moyens de ses ambitions d’être du rendez-vous outre-Atlantique de 2026. Et même de lorgner plus loin, vers la Can 2027 qui, pour la première fois de l’histoire, se déroulera dans trois pays différents : Kenya, Ouganda et Tanzanie, vu que les jeux sont faits pour la toute prochaine, en décembre et janvier au Maroc. Cependant, peut-être plus que la fréquence des mouvements, c’est la personnalité – ou plutôt la nationalité – des techniciens qui impressionne. Aucun « sorcier blanc » ! Rien que des Africains ! L’Afrique tend donc de plus en plus à faire confiance à ses fils qui, eux, justifient parfaitement ce choix qui n’est pas que du cœur.
Les trois dernières éditions de la Can n’ont-elles pas souri à des sélections ayant à leur tête des nationaux : l’Algérie avec Djamel Belmadi en 2019, le Sénégal en 2022 avec Aliou Cissé et la Côte d’Ivoire en 2024 avec Emerse Fae ? En plus, le Maroc n’a-t-il pas atteint une historique place de demi-finaliste du Mondial 2022 au Qatar avec à sa tête un technicien marocain, Walid Regragui ? Et lors de la Can « Côte d’Ivoire 2023 », quatorze des vingt-quatre équipes qualifiées n’étaient-elles pas dirigées par des sélectionneurs africains ? Certains pays ont donc a priori raison d’aller chercher ailleurs, mais sur le continent, ce qu’ils n’ont pas chez eux. Le Sud-Africain Morena Ramoreboli n’a-t-il pas qualifié les « Zèbres » du Botswana à la prochaine Can ? La compétence n’a pas de frontière, pas plus qu’elle n’a de couleur. Cissé, Song et McCarthy, voire même le Malien Eric Chelle qui a atterri chez les « Super Eagles » du Nigeria, sont plus que jamais les ambassadeurs d’une expertise africaine longtemps snobée au profit de « sorciers blancs », pas forcément plus futés et compétents.
Mais juste mieux « vendus » sur des chaines de télévision et par d’habiles officines de com capables de fourguer au prix fort du sable à un prince du désert. À ces techniciens africains donc de relever le challenge et de faire en sorte que cette tendance à recourir à leurs services se renforce au fil des années. Ce n’est cependant pas un cadeau qui leur est ainsi fait. Le Sénégalais Cissé, sacré en 2022 et libéré deux ans après sans état d’âme, est d’ailleurs bien placé pour le savoir. Il pourrait même, au besoin, faire à ses collègues un topo sur la question. Au plus haut niveau, on ne fait pas du nationalisme juste pour en faire.
Des résultats, c’est tout ce que l’on attend. L’Algérien Djamel Belmadi, encensé pour avoir offert à son pays sa 2e Can en 2019 en Egypte (après la première remportée par un autre Algérien, Abdelhamid Kermali, en 1990 à domicile), l’a appris à ses dépens. Le technicien suisse d’origine bosniaque Vladimir Petkovic lui a succédé après la Bérézina de la dernière Can. Idem pour le Malien Chelle, lâché au profit du Belge Tom Saintfiet, malgré une place de quart-de-finaliste avec les « Aigles », l’année dernière en Côte d’Ivoire. La morale de l’histoire : bien que leur crépuscule semble avoir sonné sur le continent, les « sorciers blancs » font encore de la résistance et sont toujours en embuscade. Et certaines fédérations africaines n’hésitent pas à opérer un « retour en zone » pour recourir à leur science. Raison de plus pour les techniciens du cru de ne pas leur en donner l’opportunité. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire…
Par Fatou Warkha SAMBE
L’ILLUSION D’UN PRIVILÈGE
Ces aménagements d’horaires ne sont pas des faveurs, mais des confirmations institutionnalisées du rôle que la société assigne aux femmes. Elles rappellent que peu importe leur fonction ou leurs ambitions, le foyer doit toujours primer sur leur travail
Au début de chaque Ramadan, nos pratiques basées sur nos réalités socioculturelles mettent en lumière les dynamiques de genre profondément ancrées dans notre société. Si cette période est un moment de recueillement, de partage et de solidarité, elle révèle aussi une répartition inégale des responsabilités domestiques, qui ne cesse d’être renforcée par des décisions institutionnelles. Derrière les discours de bienveillance qui justifient certaines mesures, la réalité est bien plus pernicieuse : ces aménagements d’horaires ne sont pas des faveurs, mais des confirmations institutionnalisées du rôle que la société assigne aux femmes. Elles rappellent, avec insistance, que peu importe leur fonction, leur statut ou leurs ambitions, le foyer doit toujours primer sur leur travail.
Le choix de réorganiser les horaires de travail dans certaines entreprises, publiques comme privées, telles que le Port autonome de Dakar et La Poste, pour ne citer que ceux-là, autorisant les femmes à quitter le travail plus tôt que les hommes pour préparer le «ndogou», illustrent à quel point ces inégalités sont institutionnalisées.
Peu importe depuis quand ces mesures sont reconduites ou si elles ont été formulées à la demande des femmes, elles ne font que réaffirmer une perception genrée du rôle des femmes dans la société : celle du foyer, de la cuisine et du travail invisible.
Ces mesures posent problème car elles supposent que la charge domestique revient naturellement aux femmes, comme si leur travail professionnel devait toujours s’adapter à cette responsabilité. En libérant uniquement les femmes, ces institutions valident une répartition inégale des tâches et renforcent l’idée que leur rôle premier est de nourrir et de servir. Peu importe leur grade ou leurs responsabilités : aux yeux de ces décisions, préparer le «ndogou» est plus essentiel que tout autre travail.
Certaines personnes disent que ces décisions ne sont que la réponse à une demande des femmes elles-mêmes. Mais cette demande n’est elle pas le reflet d’un problème plus profond ? Si les femmes demandent à partir plus tôt, c’est parce qu’elles sont enfermées dans un schéma où la gestion du foyer repose exclusivement sur elles. Ce n’est pas un choix, mais une contrainte sociale normalisée. Elles savent que si elles ne préparent pas le «ndogou», personne d’autre ne le fera à leur place. Cette demande ne témoigne donc pas d’un besoin d’aménagement, mais d’une répartition inégalitaire du travail domestique qui reste un fardeau invisible.
Celles qui rient aujourd’hui, pensant profiter d’un «privilège», oublient que chaque concession faite au nom du «rôle naturel de la femme» renforce une assignation à des tâches qu’elles n’ont jamais choisies. Elles confondent soumission et confort, acceptant que leur disponibilité pour le foyer soit un critère de respectabilité sociale. Ce sont ces mêmes normes qui, demain, leur reprocheront d’avoir sacrifié leur carrière, qui les rendront coupables de ne pas «assez» se consacrer à leur famille, ou qui feront d’elles des employées moins considérées parce qu’on leur suppose des «obligations domestiques prioritaires».
Le problème n’est pas de descendre plus tôt, mais ce que cela signifie : un système qui ne laisse pas d’autres choix aux femmes que d’endosser des responsabilités que les hommes, eux, peuvent se permettre d’ignorer. Ces mesures contribuent à renforcer une inégalité professionnelle structurelle. A long terme, elles alimentent la perception selon laquelle les femmes sont moins disponibles pour des postes à responsabilités, ce qui justifie leur exclusion progressive des espaces de décision. Cette discrimination indirecte s’ajoute aux nombreux obstacles qui freinent déjà leur progression dans le monde du travail, notamment les écarts salariaux, les préjugés sur leur capacité à gérer des charges élevées et la surcharge des tâches domestiques.
Plutôt que d’interroger les déséquilibres dans la gestion des tâches au sein des foyers, ces institutions préfèrent renforcer la norme patriarcale selon laquelle les femmes doivent jongler entre emploi et responsabilités domestiques, pendant que les hommes restent entièrement déchargés de ces obligations.
Cette normalisation ne remet jamais en question l’absence des hommes dans ces responsabilités. Pourquoi ces mesures ne concernentelles pas aussi les hommes ? Pourquoi ne pas envisager une flexibilité qui permette à tous les travailleurs, sans distinction de sexe, de s’organiser en fonction de leurs responsabilités familiales ? En limitant cette mesure aux femmes, ces institutions entérinent l’idée que les hommes ne sont pas concernés par le travail domestique et que le seul rôle des femmes, audelà de leur fonction professionnelle, est d’assurer le bien-être du foyer. Pire encore, en institutionnalisant cette norme sexiste, elles rendent toute remise en question de la répartition des tâches encore plus difficile.
Comparer cette mesure au congé de maternité est une tentative absurde de détourner le débat. Le congé de maternité est une mesure de protection médicale et physiologique nécessaire après un accouchement, qui vise à assurer la santé de la mère et du nouveau-né. Il ne repose pas sur un rôle socialement imposé, mais sur un besoin biologique indiscutable. A l’inverse, descendre plus tôt pour cuisiner ne répond à aucun impératif biologique, mais découle d’une norme sociale imposée par le patriarcat, qui assigne les femmes au travail domestique et au soin des autres.
Assimiler ces deux réalités revient à confondre une nécessité médicale avec une injonction sexiste. Le congé de maternité n’est pas un privilège, mais une protection. En revanche, libérer les femmes plus tôt pour préparer le «ndogou» revient à officialiser leur rôle de cheffes de la cuisine, perpétuant ainsi une inégalité structurelle. De plus, cette comparaison masque un problème fondamental : si le congé de maternité existe pour protéger les femmes, où sont les mesures équivalentes pour alléger la charge domestique qu’elles portent en permanence, y compris au travail ?
Dans un pays où l’égalité des sexes est un principe constitutionnel, ces mesures sont une contradiction flagrante. L’article 1er de la Constitution sénégalaise affirme que «la République du Sénégal garantit l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe ou de religion». De plus, l’article 25-1 précisait que «les hommes et les femmes ont les mêmes droits en matière d’emploi et de travail». Dès lors, toute mesure qui assigne un rôle spécifique aux femmes dans la sphère domestique, en les différenciant des hommes dans l’organisation du travail, constitue une violation directe de ces principes fondamentaux. Le milieu du travail doit être neutre, équitable et inclusif, et non renforcer les stéréotypes en dictant des pratiques basées sur des rôles genrés archaïques. En instaurant des horaires de travail différenciés selon le sexe, ces décisions institutionnalisaient une inégalité structurelle qui allait à l’encontre des engagements du Sénégal en matière de droits humains et d’égalité des sexes.
Ces décisions ne passaient pas seulement inaperçues aux yeux de certains, elles étaient même défendues par ceux et celles qui voyaient dans ces mesures une faveur à apprécier plutôt qu’une inégalité à dénoncer. Pourtant, revendiquer une égalité réelle ne signifie pas vouloir effacer les spécificités individuelles ou les besoins réels des travailleurs et travailleuses, mais bien remettre en question les injustices systémiques qui perpétuent l’oppression des femmes. Les féministes ne demandaient pas que le Ramadan soit plus difficile pour elles, mais que les responsabilités du foyer soient équitablement partagées.
Par Baba DIOP
LE KHEUD DU 8 MARS
Le quartier de Ton’s est le paradis des mosquées. La densité de ces lieux de dévotion, comparée à celle de la population n’a pas d’égale. Il y a le diaka wolof, le diaka sérère, le diaka diola, le diaka mandiack, le diaka balante, le diaka naar,...
Le quartier de Ton’s est le paradis des mosquées. La densité de ces lieux de dévotion, comparée à celle de la population n’a pas d’égale. Il y a le diaka wolof, le diaka sérère, le diaka diola, le diaka mandiack, le diaka balante, le diaka naar, le diaka mandingues. A les citer tous, on attraperait un mal de gorge. Les anciens douaniers, policiers, pénitenciers, braconniers s’y sont mis pour ériger leur propre mosquée. Les origines de cette dispersion se perdent dans la nuit des temps.
Aujourd’hui à chacun sa chapelle, au grand bonheur des hirondelles de ndogou et de kheud qui parcourent les mosquées, les yeux rivés sur les différents menus proposés. Après tout c’est le restaurant du Bon Dieu. Une table ouverte à toutes et à tous.
Le malheur et le bonheur de Ton’s sont que toutes ces mosquées ceinturent sa maison et n’affichent pas la même heure de l’appel à la prière.
Samedi dernier, fête de la femme, Ton’s avait à cœur de décorer Tata, pour lui montrer que « tiofél dafa baré doolé ». Il avait pour le kheud du 8 mars, dressé une jolie table sur laquelle se croisaient toutes sortes de fromages : fromage à pâte molle et croûte fleurie, à pâte molle et croûte lavée, à pâte persillée, formage de brebis, de chèvre, sans oublier le fromage blanc. Pain, croissant, tacos et petits fours, le palais de Tata sera aux anges. Rien que du bon. Les premiers rayons du soleil apparurent laissant derrière eux le salaatou. Et Tata, malgré l’heure tardive de dire : « ku kheudoul, mane kheudena, teyla 8 mars » et Ton’s d’affirmer : kheudou 8 mars lu dagan la. Sargal djiguen ci diamou Yalla la bok ».
BABA DIOP
Par Henriette Niang KANDE
DES VACHES LAITIÈRES POUR HONORER LES DAMES
Réceptionner des vaches laitières le 8 mars, n’est-ce pas aussi rappeler que la femme, dans les mentalités officielles, reste avant tout celle qui nourrit, qui veille au bien-être du foyer. Une vision que l'on pourrait qualifier d'ancestrale
Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est d'ordinaire l'occasion de discours inspirants, avec plus ou moins de sincérité, voire de quelques mesures politiques en faveur de la cause féminine. Mais cette année, le ministère de l'Agriculture et de l'Élevage a frappé fort, en célébrant les femmes à sa manière : en réceptionnant... des vaches laitières.
« Heureux » hasard du calendrier ? Métaphore imprudente ? Révélation involontaire d’une pensée d’un autre âge ? Démonstration inconsciente de l'imaginaire collectif qui réduit encore trop souvent la femme à une figure maternelle et nourricière ? Le symbole peut prêter à sourire, ou à grincer des dents.
Si la symbolique de l'événement fait hausser quelques sourcils, elle s'inscrit dans un contexte gouvernemental qui ne brille pas par sa parité, ni par un souci croissant pour la cause féminine. Le président de la République et le Premier ministre, chacun, heureux époux de deux épouses, dirigent un gouvernement où les femmes tiennent sur les doigts d'une main, pouce non compris. Elles sont quatre sur trente deux dépositaires de maroquins ministériels. Ce qui fait dire à certains que la parité, c'est bien joli, mais ça ne nourrit pas son homme. Ni ses vaches, d'ailleurs.
On se souvient qu’au début du Ramadan, le directeur général du Port Autonome de Dakar, avait signé un communiqué pour attribuer aux employées de la société, des horaires spécifiques, en ayant l’amabilité de penser à la fameuse tâche féminine du « togg ndogu », cette manie, même au sommet de l’Etat, d’encore et toujours réduire les femmes aux besognes ménagères.
Réceptionner des vaches laitières le 8 mars, n’est-ce pas aussi rappeler que la femme, dans les mentalités officielles, reste avant tout celle qui nourrit, qui veille au bien-être du foyer et qui assure la subsistance des siens. Une vision que l'on pourrait qualifier d'ancestrale, voire d'archaïque, mais qui trouve manifestement encore sa place dans les hautes sphères du pouvoir.
Pendant qu’ailleurs des femmes et des hommes prenaient la parole pour dénoncer les inégalités, notre bon ministre, lui, ne manquait pas d’éloges sur ces braves bêtes, symboles de prospérité et de productivité. Dans le communiqué publié, il n'a pas manqué de saluer dans une démonstration d’éloquence rustique, "le projet [qui] vise à améliorer la productivité du cheptel, développer les cultures fourragères, moderniser les élevages ». Pas un mot pour les femmes éleveuses. Les plus beaux qualificatifs ont été adressés aux vaches et leur coût mis en avant : « depuis 2017, grâce à un partenariat public-privé, le Sénégal a importé 6732 génisses de race laitières performantes (Holstein, Montbéliarde, Normande, Jersiaise, Brune) pour un investissement de 13 milliards F FCA, dont 5,4 milliards F CFA de subvention étatique ». Source : le ministre (sic).
Pourtant, ce sont les femmes éleveuses, au même titre que les hommes, qui représentent l’épine dorsale de l'économie rurale domestique. Elles se lèvent à l'aube, bien avant que les coqs n’aient l'idée de chanter. Elles sèment, bêchent, récoltent et commercialisent ce que la terre, (cette année très capricieuse, soit dit en passant), veut bien offrir. Elles nourrissent le petit bétail, veillent sur la santé des bêtes, et entre deux traites, gèrent aussi leur foyer. On les félicite toujours pour leur courage, mais on oubliera sûrement de leur donner quelques génisses. Pendant ce temps, ses bêtes, elles, bénéficient de plus d'attention de la part des institutions publiques. Peut-être parce qu'elles, au moins, produisent du lait sans réclamer l'égalité de droits fonciers, la lutte contre les violences dont elles sont victimes, ou l’autonomisation économique. Devrait-on s’attendre à une cérémonie de réception de poules pondeuses de race, le jour de la fête des Mères ?
Au final, ce 8 mars aurait pu être l'occasion pour le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, d'annonces fortes en faveur des femmes qui s’activent dans le domaine couvert par son département pour mieux résorber le gap persistant encore dans les mentalités sénégalaises. Monsieur Diagne n’a même pas compris l’ironie de la situation. Une chose est cependant sûre : l’histoire retiendra qu’en 2025, en pleine journée internationale des droits des femmes, un ministre de la République a préféré glorifier des vaches laitières plutôt que de parler des droits des femmes. Peut-être pour confirmer que dans son esprit et dans ce pays, ces droits-là, avancent au rythme d'une vache laitière qui rumine. À chacun sa vision du progrès.
Par Fadel DIA
DIEU, QUE C’EST DUR D’ÊTRE LE PLUS FAIBLE !
Se doutaient-ils que de nombreux chefs d’Etat ou hommes politiques africains ont vécu, face à leurs homologues occidentaux, un sort aussi humiliant que celui du président ukrainien, sans que jamais la « communauté internationale » ne s’en émeuve ?
Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Européens ont pris une leçon. Une dure leçon sur les rapports des forces entre les Nations. Ils ont appris combien il était pénible d’être en face d’un interlocuteur qui vous martèle sans ménagement que « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Se doutaient-ils que de nombreux chefs d’Etat ou hommes politiques africains ont vécu, face à leurs homologues occidentaux, un sort aussi humiliant que celui du président ukrainien, sans que jamais la « communauté internationale » ne s’en émeuve ?
L’image de Zelenski assis surle rebord de son fauteuil dans une salle remplie de journalistes complaisants, loin de ses conseillers et comme pris en tenaille entre le président et le vice-président américains, en appelle d’autres moins médiatisées, car les affres qu’il a subies ont toutes leurs pendants, notamment dans les cahoteuses relations franco-africaines.
On remarquera que c’est d’abord la tenue même du président ukrainien qui a fait débat. Cela peut paraitre dérisoire si l’on considère l’enjeu de sa visite, mais on a jugé que son accoutrement était une offense à la solennité des lieux et même au peuple américain. Il avait pourtant fait de gros efforts en troquant son éternel teeshirt kaki contre un pull noir. Il était « sur son trente et un », ironisera Trump. Mais l’important c’était de le déstabiliser.
La tenue a toujours été un éternel sujet de préoccupation pour les dirigeants africains en visite en France, même si leurs efforts sont souvent mal récompensés puisque le costume newlook imaginé par le couturier de Diomaye Faye n’est aux yeux des médias français qu’une sorte de « robe ». C’était sans doute pour ne pas subir un affront qui blesserait sa masculinité de Peulh que le président Umaro Sissoco Mballo s’était mis en frais pour recevoir son homologue français en portant son plus beau costume européen. Mais, manque de chance, Macron dont le sans-gêne est bien connu et qui voulait « faire peuple », à moins que ce ne soit pour se mettre à son aise, avait tombé la veste et invité son hôte à en faire autant. A Bissau et contrairement à ce qui s’est passé à Washington c’est le visiteur qui avait trouvé à redire sur l’accoutrement de celui qui le recevait, et c’est encore plus humiliant !
Après l’estocade vestimentaire, le président ukrainien avait subi une attaque classique et récurrente dans nos relations avec les pays occidentaux, celle de l’ingratitude. Les mots du porteflingue de Trump, le vice-président Vance, lui reprochant de ne pas avoir dit merci aux Etats-Unis qui avaient sauvé son pays de la débâcle militaire et sociale sont, presque mot pour mot, ceux que le président français avait adressés aux chefs d’Etat africains qui avaient osé décliner le maintien de ses soldats sur leur sol. Il y a cependant une différence de poids entre les deux cas, puisqu’ à ma connaissance, l’Ukraine n’a jamais fait l’objet d’une exploitation coloniale de la part des Etats-Unis ni versé le sang de ses fils pour la défense de leur territoire.
Le coup de grâce a été ensuite donné par Donald Trump, à sa manière. Brutale et sans nuances. C’est alors que la scène est devenue « amazing », pour reprendre un des termes de son pauvre langage, et digne d’une série télévisée. Mais sa colère n’est que la répétition, le bling- bling en moins et la morgue en plus, de celle qui avait saisi de Gaulle, le 26 septembre 1958, après le discours prononcé par Sékou Touré devant l’Assemblée territoriale guinéenne.
Les grandes puissances ont en effet l’égo délicat. Leurs chefs usent de la même argumentation et ne laissent passer aucun affront. Face à Trump, Zelenski avait eu le tort, non seulement de refuser de signer des accords pouvant compromettre le patrimoine et l’intégrité territoriale de son pays, mais aussi de plaider pour la défense des valeurs démocratiques. Devant de Gaulle, Sékou Touré avait osé dire que « le premier et indispensable besoin de son pays était celui de sa dignité », qu’il n’y a pas de dignité sans liberté et que les Guinéens préféraient « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ».
Les deux impertinents avaient droit aux mêmes sanctions et la première qui leur fut appliquée c’est l’annulation pure et simple des rencontres et des diners initialement prévus. Le Général de Gaulle, qui sous le coup de la fureur avait oublié son képi à l’Assemblée, ira plus loin dans la mesquinerie, puisqu’il refusera de laisser Sékou Touré s’embarquer dans l’avion qui devait les conduire ensemble dans la capitale fédérale de l’AOF, Dakar !
Au moins Zelenski n’a été humilié que devant une poignée de collaborateurs, alors que c’est dans un amphithéâtre bondé d’étudiants de son pays que le président du Burkina s’était vu traiter par Macron, encore lui, de vulgaire frigoriste contraint d’aller réparer le fonctionnement, toujours aléatoire en Afrique, de la climatisation.
Si nous devions tirer une morale des déboires de Zelenski c’est que, bien plus que nous, ce sont probablement les Européens qui sont les dindons de la farce de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et que l’Occident est au bord de la fracture. A la conférence de Munich, dont le seul thème était la crise ukrainienne, le vice-président et idéologue de Trump, avait fait volontairement hors sujet en tançant vertement les Européens qu’il avait accusés d’avoir abandonné la liberté d’expression ! C’était le thème où le bât les blesse le plus, car s’ ils ont beau répéter qu’être démocrate, c’est laisser s’exprimer ceux qui ne sont pas de votre avis , ou s’ils se plaisent à nous admonester sur l’imperfection de notre pratique démocratique, ils ne supportent pas qu’on leur fasse des remontrances dans un domaine dont ils prétendent assurer seuls l’état civil.
Mais ce qui a le plus surpris les Béotiens que nous sommes, c’est de réaliser qu’ils étaient totalement perdus et désemparés à l’idée que les Etats Unis allaient restreindre leur contribution à la défense de leurs états, ce qui pourrait expliquer qu’ils aient été surpris que nous voulions assurer seuls notre propre sécurité. Quel Africain pouvait imaginer que ces pays qui se proposaient de les protéger, même malgré eux, étaient en réalité des assistés et que les Etats-Unis, premiers contributeurs du budget de l’OTAN, assuraient à eux seuls, 70% des dépenses militaires de l’organisation !
Après les menaces de Trump, qu’ils semblaient découvrir, les Européens ont fini par sonner le branlebas et appelé à la mobilisation générale, celle des hommes et celle des moyens, non pour préserver la paix mais pour se préparer à la guerre. Ils se sont livrés à quelques fanfaronnades sur leur « force tranquille », proféré des menaces, avec quelques dissonances. Si Emmanuel Macron a préfèré, prudemment, tirer à boulets rouges sur Poutine, comme si Trump était sous son influence ou victime de son chantage, son prédécesseur, François Hollande, affirme péremptoirement que le dernier « n’est plus l’allié des Européens puisqu’il a pactisé avec leurs adversaires », et qu’avec lui, il faut désormais renoncer à la « séduction et à l’argumentation » et user de la « force ». L’ancien président du pays dit « des Droits de l’Homme » pardonne donc plus facilement à l’actuel président des Etats-Unis d’avoir promis « la mort au peuple de Gaza » que d’avoir humilié Zelenski, et même s’il ne parle pas des Etats-Unis mais du seul Trump, sans dire expressément si celui-ci est devenu un « adversaire », sa prise de position à l’emporte-pièce contre un homme qui n’exerce le pouvoir que depuis une quarantaine de jours et qui est connu pour sa versatilité , sonne bizarrement dans la bouche d’un homme dont le pays se vante d’avoir été le premier allié des Etats-Unis et auxquels il doit sa libération et sa renaissance économique. Mais Hollande n’exerce aucun pouvoir, c’est ce qui lui donne cette audace, son chantage à l’amitié exclusive n’est plus de mode, depuis que Nelson Mandela a répliqué à Bill Clinton, qui lui reprochait ses relations avec la Libye de Kadhafi, que les ennemis des EtatsUnis ne sont pas forcément ceux de l’Afrique du Sud. Hollande devrait pourtant savoir que Trump, ce n’est ni Kadhafi, ni Tiani, que Zelenski ne partage pas son avis et a même reconnu, si l’on en croit Trump, qu’il est prêt à retourner à la chambre des tortures. Mais, pour commencer, il devrait nous expliquer quelle est la nature de la « force » à laquelle les Européens pourraient recourir pour faire plier l’homme que la grande majorité des Américains a porté au pouvoir !
par Youssoupha Mbargane Guissé
ETHNICISME NEEDO KO BANDAM, VIOLENCES ET PRÉDATION SOUS MACKY SALL
EXCLUSIF SENEPLUS - En instrumentalisant les liens ethniques et communautaires traditionnellement facteurs de cohésion, le précédent pouvoir a établi un réseau clientéliste permettant le contrôle total de l'appareil d'État
Toute analyse faite, la particularité du système Macky Sall a été une gouvernance mue par l’ignorance, la cupidité et la peur. L’ignorance a développé l’esprit de soumission à l’impérialisme et le mépris des siens, le peuple sénégalais. La cupidité a nourri la prédation inouïe des biens et des ressources et aussi entretenu la peur de tout perdre. Cet état de fragilité psychologique a imprégné toute sa gouvernance orientée vers un seul but, celui de perpétuer cette prédation par le moyen déclaré de « réduire l’opposition à sa plus simple expression » ! Cette conception de la « réduction » est celle de la « négation », de « l’élimination » de l’adversaire politique perçu comme une menace. Une telle conception animée par la crainte de l’adversité se traduit nécessairement sur le terrain politique par le recours à la violence répressive et aux pratiques corruptrices. C’est dans cette direction que le président Macky Sall a cherché sa légitimé et sa cohérence en référence au Needo Ko Bandam, un trait culturel du Bien vivre ensemble, commun aux sociétés apparentées de cette partie de l’Afrique de l’Ouest appelée Sénégambie. Cette valeur d’appartenance identitaire est ici travestie dans un nouveau contexte comme facteur culturel de structuration de son groupe politique. L’objectif est dès le départ pour cette minorité d’accaparer l’appareil d’Etat et d’exercer son contrôle total sur le pays.
Le Needo ko Bandum. Une tradition de Téranga
Le Needo ko Bandum signifie en Pular, « l’homme, c’est sa parenté ». Autrement dit, seule l’appartenance à la même communauté ethnique, parlant la même langue définit l’individu. Cette parenté communautaire est primordiale car elle établit un lien sacré de solidarité entre tous ses membres. Ce lien de dépendance personnelle de l’individu à l’égard des membres de sa famille, de son ethnie et de sa communauté est tout à fait naturel et a constitué la base sociale et affective de la cohésion sociale des communautés africaines dans la longue histoire. La préservation des liens sacrés de cette parenté s’est faite par la gestion des inégalités à travers de puissants et subtils mécanismes de domestication de la violence. La culture de la paix (jàmm) s’est ainsi maintenue depuis des siècles à travers les générations dans la vie des différentes communautés en présence. Ainsi la Téranga (l’hospitalité) et le (Kal) le cousinage à plaisanterie, sont devenus à travers les âges, un patrimoine collectif précieux, un trait essentiel commun de civilisation à ces communautés diverses et apparentées. La sociabilité musulmane sufi des confréries a fortement renforcé cette culture traditionnelle d’unité, de cohésion sociale et de culture de la paix, lorsque à partir du 19é siècle, les confréries ont assuré la réorganisation des sociétés défaites militairement et ont porté l’élan puissant de leur renouveau.
Un montage dans l’imaginaire
La volonté de contrôle total sur le pouvoir d’Etat s’est appuyée sur l’appartenance du groupe dirigeant à la même communauté de langue et de culture qui dans le passé, aurait une suprématie sur les autres. Naturellement, il faut pour cela une terre d’origine ancestrale fondatrice de la légitimation de ce pouvoir, un territoire, un village de naissance. Cet ancrage dans l’espace et le temps conjugués donne un caractère sacré au pouvoir en place. Celui-ci est alors frappé du sceau de l’intemporel et devient par nature un pouvoir fort, non contestable, celui du Roi, Buur Guede ! On assiste ainsi à un reclassement politique des rapports de forces par leur transfert à un niveau purement symbolique, mais avantageux. Il s’effectue un effet de surimposition à la suite duquel le pouvoir d’Etat républicain porte en même temps la figure du royaume imaginaire construit par le Griot. Deux périodes historiques forts éloignées dans le temps et complètement différentes, sont recomposées en une même séquence présente, assurant au clan du président Sall, noyau dirigeant de l’APR, la légitimité historique de sa domination politique sur le pays.
L’instrument politique d’un groupe
Ce mélange implicite et diffus d’émotions et de croyances rétrogrades repose sur une perception floue de l’histoire, un fantasme sur sa propre identité de groupe. Une telle falsification a pour fonction de renforcer l’unité d’appartenance du groupe dirigeant et la légitimité de sa position hégémonique au sein de l’Etat. Cette opération mystificatrice est en même temps une dangereuse auto-aliénation du groupe lui-même et a sa propre décadence inévitable. Elle a en effet enfoncé davantage le pouvoir dans l’aveuglement politique et dans une logique implacable de répression massive des mouvements de contestation. Ainsi une gouvernance prise dans les flux des émotions, pulsions et des présupposés idéologiques, a entrainé la détérioration des fondements institutionnels, juridiques et moraux de la République. Elle a rejeté alors la transparence et les dispositifs consensuels et démocratiques garantis par la Constitution du Sénégal. Pour rester au pouvoir coûte que coûte, le président Macky Sall a encouragé les pratiques de manipulation dont l’ethnicisme Al Pular, au risque de la dislocation du pays. L’ethnicisme Needo Ko Bandam est donc ce lien d’appartenance culturel et linguistique utilisé sciemment pour assoir un clientélisme politique de privilèges et de corruption multiforme. En l’introduisant de manière diffuse et confuse dans la sphère dirigeante de l’Etat, le président Macky Sall et son clan l’on utilisé comme instrument d’efficacité politique, d’organisation et de déploiement opérationnel de l’APR.
Le binôme Macky-Farba
Cette démarche ethniciste dans les rapports politiques a permis de justifier la concentration extrême du pouvoir aux mains d’un groupe restreint. Ce dernier s’est donné la légitimité d’occuper la haute direction politique du pays afin de s’enrichir et de jouir abondamment des biens et privilèges. Le cas du griot Farba Ngom est très illustratif de cette fabrique de parvenus dont l’APR a été le foyer.
En effet, Farba Ngom a été au cœur de la stratégie, de l’organisation du modèle ethniciste qu’il incarnait lui-même de manière ouverte. Parti de rien de son village natal pour immigrer à Dakar où il a exercé plusieurs petits métiers, il est parvenu à être l’ami et le griot attitré du président Macky Sall et un des principaux animateurs de son parti, l’APR. Personnage très influent, il est devenu très rapidement un puissant homme d’affaires multimilliardaire et ne s’en cachait pas. Ami écouté, griot et bras droit du président, il jouait un rôle clé dans la configuration de la gestion politique ethniciste et politico-affairiste de l'Etat. Une des particularités de ce mode de gouvernance est le binôme formé par le président Macky Sall à la tête de l’Etat, gérant la haute politique et son griot animateur, gérant sur le terrain les réseaux affairistes. Autour de ce binôme tournaient en connexion différents cercles de soutien et de service : les alliés complices de Benno Bok Yakaar, certains responsables de la haute administration, des finances et du contrôle territorial, des marabouts et des griots influents, des commerçants importateurs, des quotataires, des gens du business privé, de nombreux courtisans, des journalistes et hommes de main à solde. Une telle structuration de gouvernance politique et de compromission affairiste et clientéliste a permis leur hégémonie chaotique sur le pays pendant douze ans. En effet, le président Macky Sall s’est appuyé sur les moyens de l’Etat pour exercer un acharnement sur le Pastef, son leader, ses cadres, sur la jeunesse et les populations, exerçant violences psychologique et morale, manipulations judiciaires, procès arbitraires, emprisonnements, tortures et tueries de manifestants. Tout cela dans une ambiance d’arrogance de certains membres du « cercle Al Pular » envers les opposants.
Le cercle Al Pular
En effet, pour assurer l’hégémonie politique du groupe dirigeant, le président Macky Sall a mis en place un dispositif institutionnel de nominations aux postes stratégiques de l’Etat. Ce maillage administratif assurait un contrôle politique stratégique à caractère ethnique Al Pular au cœur même de la gouvernance de l’Etat. C’est ainsi que de nombreux postes de décision, de contrôle et de sécurité au plus haut niveau de l’Etat ont été confiés à des responsables de l’APR originaires du Fuuta ou d’appartenance Al Pular. Ce mode d’organisation clanique reposait au plan économique sur la cooptation et la promotion d’éléments incompétents, mais rusés et efficaces dans le fonctionnement des réseaux affairistes d’enrichissement facile et rapide. L’économie du pays était ainsi sous l’emprise de trois catégories constituées par : - l’attelage d’hommes d’affaires milliardaires, industriels, chefs d’entreprises, banquiers, en particulier du régime libéral précédant, - des hauts fonctionnaires corrompus de l’administration bureaucratique classique en place depuis le président Senghor, et - des gens de la débrouillardise, issus des milieux précaires et des trafics illicites de tout genre qui ont prospéré à la faveur d’une économie mondiale de réseaux financiers et de trafics de tout genre. De cet ensemble composite, certains ont été promus et se sont retrouvés en connexion dans les instantes influentes de l’APR, sous la Direction du président Sall et de son griot Farba Ngom.
L’appareil APR
L’Alliance pour la République, APR garantissait - l’efficacité des pratiques de contrôle absolu du chef sur les membres du clan, -l’enrichissement scandaleux de ces derniers et la garantie de leur impunité, - la corruption organisée de tous les segments des élites du pays, - l’encadrement de la violence répressive sur l’opposition et les manifestants. Une telle structure renforce le pouvoir redoutable du Maitre sur les membres du clan, en contrepartie d’avantages de protection, de promotion et de possibilités ouvertes d’enrichissement personnel. Le Needo ko Bandam est somme toute un dérivé local du mode d’organisation caractéristique de la mafia, sans le code d’honneur de celle-ci.
Autour du président et du cercle Al Pular ont gravité des personnages troubles, souvent issus de nul part, courtisans, démarcheurs, nervis, prostituées, passeurs et aventuriers de tout bord. Ces arrivistes ignorants et arrogants promus au sein de l’APR se sont très vite immensément enrichis et ont renforcé la culture de la violence pour préserver leurs privilèges et le système lui-même. En effet, tous n’avaient qu’une seule patrie : le monde glauque de l’argent, celui des milliards, de milliers de milliards amassés, détournés, blanchis ! Il leur fallait avoir le contrôle de tous les leviers institutionnels de l’Etat pour s’accaparer impunément des biens et brader les ressources du pays. Ce réseau sélectif ethniciste et mafieux en connexion à de puissants intérêts étrangers, opérait dans tous les secteurs de l’Etat, de l’économie et du commerce par des pratiques de corruption, falsification et dissimulation.
Le favoritisme prévalait selon les proximités avec le cercle, s’agissant des recrutements et des promotions, de l’octroi des avantages et prébendes, des deals sur les marchés publics, le foncier, les patrimoines de l’Etat, les ressources minières, etc. Tout cela servait à consolider au détriment de la République, le pouvoir affairiste d’un clan, d’une famille et de nombreux lobbies. Ainsi, l’ethnicisme ambiant sous le régime du président Macky Sall a renforcé la cupidité avec laquelle un petit nombre a dépossédé le pays de ses biens, spolié ses richesses et marché sur des corps juvéniles fauchés par les balles, inertes, avec le drapeau du Sénégal entre les mains.
Ostracisme et pulsions de mort
Le gouvernement du président Macky Sall a même pratiqué un ostracisme ethniciste à l’égard de la région de la Casamance en bloquant délibérément les activités économiques et le commerce avec le reste du pays, cela pendant de longs mois. Ce fut une manière de punir les communautés et la jeunesse acquises au projet de Ousmane Sonko et conquises par son leadership. Cette répression contre la région fut un acte véritable de trahison de la Nation ! Le Neddo Ko Bandam imprégnait les rapports politiques, mais par sa nature fluide-obscure, son caractère ethno-raciste implicite ne pouvait s’exprimer au grand jour. Il n’avait pas la dignité d’une idéologie, n’en avait ni les capacités, ni les arguments, ni la raison morale, ni même le courage. C’est peut-être pour cela, qu’elle s’est rétractée, confinée à l’intérieur d’elle-même, nourrie de ses propres démons : l’ignorance, la cupidité et la haine. Mais l’intensification du conflit politique et les confrontations sur le terrain ont poussé le président Macky Sall à recourir pour se maintenir, à son fort penchant psychique, la « réduction » : procéder à des emprisonnements massifs, aux tortures et tueries. Les pulsions de mort ont donc explosé dans les maillons extrémistes du cercle dirigeant, les poussant à organiser la répression contre le peuple, recrutant des nervis mêlés aux Forces de Défense et de Sécurité, FDS. Certains cadres et militants, députés, journalistes, « insulteurs » du camp de l’APR, ont même publiquement appelé au meurtre des dirigeants de l’opposition patriotique, sans jamais être inquiétés. Le régime du président Macky Sall a laissé ainsi librement se développer une culture de la haine et de la criminalité politique dans le pays. Certains ont appelé cela « un gangstérisme d’Etat » !
Le Bloc de résistance
Cependant face à cela et aux manœuvres de division ethniciste, régionaliste et aux manipulations d’accusation de terrorisme, les dirigeants du Pastef et le peuple dans son ensemble, ont fait preuve de grande responsabilité et d’esprit citoyen, en restant focus sur les objectifs de la victoire électorale démocratique, préservant ainsi l’unité du pays et la cohésion sociale. Les communautés elles, dans leur diversité culturelle, religieuse confessionnelle, s’en sont toujours tenues au respect du pacte ancestral de paix et de solidarité entre elles. Dans tous les cas, les armatures communautaires, lignagères, familiales et les héritages spirituels du bien vivre ensemble ont constitué et restent des remparts à toute tentative de division et de séparatisme au Sénégal. L’échec de l’expérience du MFDC est à cet égard édifiant, de même celui du projet ethniciste Needo Ko Bandam qui s’est effondré. Aujourd’hui l’engagement citoyen et panafricaniste de la jeunesse sénégalaise constitue une puissante force contre tout mouvement ou idéologie prônant l’obscurantisme séparatiste. Désormais la réunification politique du continent pour l’abondance, la puissance et le rayonnement est le vaste horizon de ses rêves et de son engagement.
La transition révolutionnaire
Le cauchemar semble fini à présent, bien que se prolongent encore des attaques répétées dangereuses contre le nouveau pouvoir et les institutions. C’est une logique propre à toute situation de transition. Les forces centrifuges du régime déchu appuyées sur des réseaux de soutien extérieurs, s’organisent pour saper les ruptures salutaires mises en œuvre. Le peuple et ses dirigeants doivent faire face aux actes sabotage, de désinformation et de déstabilisation à tous les niveaux. La transition politique est complexe avec ses défis et ses promesses de grands succès. Elle exige des taches théoriques, celles de renforcer les nouveaux paradigmes de rupture conceptuelle et éthique, conditions de la reprise de l’initiative historique. Elle exige particulièrement à la direction politique et stratégique du Pastef de mener à bien les taches suivantes :
- une révolution culturelle, linguistique et pédagogique qui puise dans le génie culturel du peuple et potentiel subversif de ses traditions,
- une intelligence collective dans la direction politique stratégique du pays,
- une sécurisation de la révolution et de ses dirigeants,
- une mobilisation politique des masses,
- une économie productive moderne d’abondance,
- une politique des égalités sociales et territoriales,
- une stratégie de souveraineté politique régionale et panafricaine.
Ces conditions parmi d’autres, exigent chacune des politiques adaptées dont :
- la formation politique et idéologique des cadres et militants dans les pures traditions des résistances africaines, et des expériences révolutionnaires dans le monde,- la communication permanente avec les masses pour leur éveil de conscience élevé,
- la montée en puissance de la jeunesse sur les lignes de front de l’expertise scientifique et de l’innovation technologique de pointe,
- une refonte profonde de l’Administration et des Académies scientifiques, enfin et surtout
- la mobilisation des intellectuels et savants, des artistes, architectes, ingénieurs et créateurs dans la préfiguration du nouveau monde à naitre.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
AMINATA SOW FALL, LA VOLONTÉ ET L’ESPOIR
EXCLUSIF SENEPLUS - Elle est une médiatrice qui, par sa belle plume, fait passer une autre image de l’Afrique, celle des traditions, de l’intelligence, de la dignité, de la beauté, de l’énergie à combattre les injustices
Amadou Elimane Kane de SenePlus |
Publication 09/03/2025
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La problématique du roman d'Aminata Sow Fall pourrait a priori s’expliquer simplement. Pourtant il n’en est rien. Les paradigmes qui structurent le récit sont complexes et jamais unilatéraux.
Asta, une femme sénégalaise, la quarantaine diplômée et autonome, est victime d’une injustice alors qu’elle se rend en Europe pour une conférence sur l’Ordre Economique Mondial. A travers le récit d’Asta, arrêtée par la police des frontières et transférée au « dépôt » pour être reconduite chez elle, on assiste aux interrogations du peuple africain sur les sujets majeurs qui agitent le continent noir : la mésestime de soi, l’immigration comme seule chance de survie, chargée d’illusions d’un Eldorado impossible, la corruption des dirigeants africains et l’immobilisme qui en résulte, l’incompréhension et le mépris des autorités des pays occidentaux, la dépendance des Etats africains liée aux aides internationales, au pouvoir dévastateur du Fond Monétaire International, l’inégalité monétaire, politique, économique, sociale, la dureté des conditions de l’immigration, le passé colonial qui hante les esprits et produit les pires injustices.
A travers ces questionnements, Aminata Sow Fall ne donne aucune leçon de morale mais elle propose la voie intellectuelle, celle de l’écriture, la voie humaine, l’élan de dignité nécessaire à la construction, une voix de la renaissance africaine.
La construction littéraire de l’auteure est particulièrement intéressante car les personnages prisonniers du « dépôt » sont les témoins du chaos migratoire et racontent « l’enfer » de la déshumanisation. Le récit est haletant, comme une tragédie antique, au plus près des réalités contemporaines et utilisant un langage poétique qui émerge quand renaît l’espoir.
A l’extérieur du cachot, Anne, une amie française de Asta, se bat pour démêler l’imbroglio teinté de racisme primaire et l’injustice faite à sa « camarade ». Militante et convaincue de l’innocence de Asta, elle se heurte à la rigidité administrative, aux mensonges des diplomates, aux fausses promesses. Pendant ce temps, le drame continue de se jouer dans l’enceinte du « dépôt ».
Anne aussi rêve d’un monde meilleur pour former une ronde humaine et solidaire. C’est ce désir très fort qui unit les deux femmes si différentes et si semblables à la fois. C’est dans cette tentative d’harmonie féminine, de combat et de partage que prend toute sa dimension le récit de l’auteure.
Car Aminata Sow Fall est une médiatrice qui, par sa belle plume, fait passer une autre image de l’Afrique, celle des traditions, de l’intelligence, de la dignité, de la beauté, de l’énergie à combattre les injustices.
Dans l’épilogue du récit où Asta retrouve enfin la liberté, la blessure est vive mais elle n’est pas brisée. Et comme cadeau, elle reçoit une terre africaine qu’elle va aménager et cultiver pour la postérité. C’est le retour à la terre des ancêtres, loin de la cruauté de la ville, loin de l’illusion destructrice des côtes européennes.
Les Douceurs du bercail sont les richesses qui émergent de la terre de l’Afrique si l’on se bat, si l’on y croit, si le rêve est intact et que l’on transforme le savoir en abondance et que l’expérience devient sagesse.
Le roman de Aminata Sow Fall est l’expression de la force, de la confiance sereine, de la beauté, de la vérité, de la lumière de l’Afrique, éléments essentiels de la Renaissance Africaine et de la conscience historique du peuple africain.
L’EUROPE CLOUEE AU PILORI, L’UKRAINE ET ZELINSKI VOUÉS AUX GÉMONIES ?
EXCLUSIF SENEPLUS - Le Vieux Continent vient de se rendre compte d’une erreur capitale : celle de ne s’être concentrée que sur l’Europe économique et de n’avoir pas initié plus tôt, l’Europe de la défense
Le monde est sûrement dans une phase transitoire. Il vit des moments aussi difficiles qu’incertains, qui vont aboutir à un nouvel organigramme dans les relations internationales. Rien ne sera plus jamais comme avant.
Ce processus commencé depuis longtemps, est aujourd’hui bousculé par les conséquences d’un mal profond et planétaire, porté par une seule force obscure, réincarnée en l’homme le plus puissant du monde. Il vient accélérer la recomposition géopolitique, géostratégique et économique du monde.
À lui seul, cet homme représente la pire des choses qui soit arrivée à l’humanité depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Vous avez bien lu « deuxième » et pas « seconde », parce que la troisième guerre mondiale a déjà commencé.
Trump: Malum ex machina
Vous pouvez parfaitement vous fier à ce néologisme barbare de mon cru, il dépeint le caractère de la bête politique (au sens péjoratif de l’expression) qu’est Donald Trump. Il est comme qui dirait, un mal, une calamité sortie de la machine pour déstabiliser le monde. Tout l’opposé du « deus ex machina ».
À la chute des valeurs morales, constatée dans toutes les sociétés contemporaines, correspond l’émergence d’une classe politique décomplexée qui promeut et accompagne la consécration des idéaux autrefois indéfendables, parce que considérés comme immoraux, amoraux, violents et injustes.
L’avènement de Trump, et les multiples mesures contestables et contestées à travers le monde, qu’il s’empresse de mettre en place en sont les exemples les plus frappants.
Lui qui a accès au renseignement le plus pointu, est certainement au courant de cette décrépitude des valeurs sur lesquelles il a d’ailleurs surfé pour accéder une seconde fois à la tête de la première puissance mondiale. Le monde et les relations internationales n’en sortiront pas indemnes.
Populiste à souhait, il est maître dans l’art de « vaincre sans avoir raison ». Pour cela, il n’hésite pas à dire des contre-vérités, donner de faux chiffres, mener une politique débridée et « épileptique » , en abusant de la naïveté et de l’inculture d’une grande partie de son électorat.
Il sait que les grandes civilisations sont menacés dans leur suprématie et leur existence pour certaines. Il fait tout pour sauver la peau de l’Amérique, quelqu’injustes que puissent être ses décisions. Il n’a pas de scrupule et s’est entouré de jeunes loups de sa trempe, avec un seul objectif assumé : L’Amérique d’abord par tous les moyens.
C’est un businessman sans affect qui déroule en fast-track et de façon désordonnée (du moins en apparence) des décrets et décisions divers pour sanctionner, interrompre, autoriser ou encourager.
La malchance ou la chance est que Donald est intelligent et, parait-il, « logique » selon Macron. Ayant réussi dans les affaires, il est convaincu d’être doté d’une intelligence supérieure et d’un flair politique sans égal.
Sa réélection presque facile, en battant tous les records a conforté ses certitudes.
A vrai dire, il n’est pas le seul coupable. Mais il arrive à point pour exacerber les hostilités et accélérer les événements car il sait qu’il n’a pas beaucoup de temps. Toutes ses violentes saillies, d’apparence anarchiques et décousues, sont en réalité les maillons d’une chaîne de décisions bien planifiées, qui doivent conduire à une plus grande suprématie américaine au crépuscule de son second mandat.
Avec la « pause » sur l’aide militaire à l’Ukraine, les USA viennent de faire un grand bond dans l’ignominie, l’abjection et la lâcheté, pour rappeler au monde entier qu’il est capable, après sa co-responsabilité dans les dizaines de milliers de morts palestiniens, de danser également, sur des cadavres ukrainiens, après les avoir livrés sans défense, à l’armée russe.
Rien ne l’arrêtera. Il est décidé à continuer son hold-up des terres rares de l’ukraine pour s’accaparer indûment des minerais critiques et autres ressources naturelles dont il a besoin pour approvisionner les industries de pointe de son pays, dans la production des technologies nouvelles comme l’intelligence artificielle et s’affranchir de la dépendance vis à vis de la Chine, devenue son challenger direct.
Donald Trump est pragmatique et cela lui suffit. Il n’a pas besoin De s’encombrer d’empathie ou de sentiments humains. Il est un robot-président qui s’est auto-programmé un logiciel d’optimisation de richesses à tout prix. Il n’a ni amis, ni alliés. Tout au plus, il peut avoir des partenaires conjoncturels, sur une ou des questions factuelles. Et c’est tout ! L’Europe, comme l’Afrique, est en train de l’apprendre à ses dépens. Elle organise sa riposte.
L’Europe poussée, à son corps défendant, a assumer son propre destin militaire
Le comportement arrogant et égocentrique de Trump et le violent clash avec Zelinski ont eu, au moins un avantage. C’est de faire se resserrer les rangs des Européens en leur apprenant, à leur dépens, qu’on ne délégue pas sa sécurité, de surcroît à un allié impérialiste et capitaliste. Ces derniers termes, qui résonnaient désuets, tellement on ne les rencontrait plus que dans les manuels d’histoire, ont été remis au goût du jour par les deux plus grandes puissances militaires.
Pour Trump, les choses peuvent ne pas se dérouler comme lui et ses équipes l’ont prévu. car si on souhaite garder quelqu’un sous sa domination, on ne doit pas le pousser a rechercher les moyens de s’en affranchir.
Un pouvoir n’existe que dans sa reconnaissance et l’Amérique risque de perdre celle de l’Europe et incidemment sa position de « god-father », de parrain.
En méprisant ses alliés historiques européens, Trump a commis un crime de lèse majesté. En se réunissant à Bruxelles ce 6 mars, l’Europe manœuvre pour continuer à exister et garantir elle-même sa propre sécurité. Elle se prépare un avenir d’affranchie.
La prémonition de De Gaulle vient de se réaliser, les États-Unis ne sont pas les alliés fidèles que l’on pense : « un jour, les Etats-Unis quitteront le Vieux Continent. Celui-ci doit devenir adulte, sauf à céder sur ce qui lui est cher – inviolabilité des frontières, non-recours à la force, appui aux démocraties libérales naissantes ».
Ils viennent de se rendre compte que ni les Nations Unies, ni l’organisation mondiale du commerce, ni la Cour internationale de justice, ni le comité des droits de l’homme, ni les conclusions des conférences d’après guerre, ni les règles strictes de l’OTAN ne seront un paravent à la soif d’hégémonie économique de Donald Trump, qui ne cesse de les piétiner.
Il vient de les jeter en pâture au très vindicatif et ambitieux Poutine qui rêve du retour sur la scène internationale et surtout de la grande Russie. Or la grande Russie s’arrête aux portes de l’Europe unifiée, qui craint désormais pour sa sécurité. Celle-ci est devenue tellement hypothétique avec le désengagement tous azimuts des USA, mais aussi et surtout son intention de sacrifier le destin de l’Ukraine sur l’autel de ses ambitions économiques et politiques, que c’est l’urgence absolue pour l’Europe de trouver un parapluie nucléaire. «On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ».
La décision de l’Europe, sous l’égide du président français, d’ouvrir la discussion sur la nécessité d’une défense par et pour l’Europe, en dit long sur les états d’âme des Européens et leur désillusion vis-à-vis des États-Unis, leur allié majeur dans l’OTAN, qui n’en est plus un.
En fait, l’Europe vient de se rendre compte d’une erreur capitale : celle de ne s’être concentrée que sur l’Europe économique et de n’avoir pas initié plus tôt, l’Europe de la défense.
La France incarne la fierté européenne. Il pousse au sursaut, mais tous les protagonistes ne sont pas réceptifs. Certains, comme Victor Orban de la Hongrie, font la sourde oreille pour cause d’intérêts économiques trop imbriqués, pour ne pas dire dépendants des USA et de la Russie. Pendant ce temps, l’Ukraine perd chaque jour des centaines d’hommes et du terrain et risque de perdre la guerre, si la situation perdure .
Zelinski et l’Ukraine voués aux gémonies ?
Zelinski a fini par se coucher par terre finalement, en présentant ses plates excuses à ceux qui ont essayé de l’humilier dans le bureau ovale, plus pour sauver son peuple et son armée d’une déconfiture certaine et sans précédent que par faiblesse.
Sacrifier un peu de sa dignité et de sa fierté, pour que survive ses intérêts vitaux, sa population ou sa patrie est parfois un exercice auquel pourrait être contraint un chef d’Etat d’un pays faible ou pauvre.
Avec le retrait de l’aide américaine, l’Ukraine risque de perdre les moyens de se défendre aussi bien dans les tranchées que dans les airs et en mer, sans le précieux et très nécessaire renseignement militaire américain.
En effet, sans l’aide américaine, l’Ukraine est condamné à court, terme à négocier en position de faiblesse et à très moyen terme, à une défaite certaine. En attendant, il enterre ses enfants, de plus en plus nombreux à mourir sur le front et des civils dans les bombardements plus récurrents des villes.
Mais l’Ukraine peut, certainement compter sur l’aide et le soutien de l’Europe.
Les Européens n’interviennent cependant pas seulement pour des raisons humanitaires ou religieuses ou pour sauver les pauvres âmes ukrainiennes en souffrance. Elle intervient surtout pour un souci réaliste et géostratégique: la peur qu’a l’avenir, la Russie, puissance impérialiste, ne continue son expansion vers la Pologne, la moldavie et d’autres pays membres de l’OTAN. Ce qui rapprocherait les batteries de missiles russes à portée immédiate des pays européens.
On se rend compte que le monde est entré dans une phase où la force militaire est redevenue le langage économique le plus parlé par les grandes puissances pour « négocier » les questions économiques. Elles ont décidé de piétiner le droit et les codes diplomatiques pour coloniser, de gré ou de force, les ressources et les territoires de leurs voisins et au delà.
La loi de la jungle remplace celle des hommes pour la survie économique.
On assiste à une sorte de débandade des grandes puissances qui n’hésitent plus à se lancer dans des campagnes d’annexion des terres riches ou utiles à leur sécurité ou à leur développement économique, au mépris des règles de droit international et des codes diplomatiques qui assuraient jusqu’ici la justice et la paix entre les peuples.
Tous ces bouleversements augurent d’une redistribution des cartes et d’un avenir difficile auquel est promis l’humanité et surtout les États les plus faibles.