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5 avril 2025
Opinions
Par Dr Emile Victor Coly
POUR UNE RESOLUTION APAISEE DE LA SUPPOSEE CRISE INSTITUTIONNELLE
L’idée d’un dialogue national prônée par le président de la république me paraît être une issue plausible. Cependant, il faudrait agir vite et sans calcul politicien. Mode d’emploi...
Pour rappel, le chef de l’État avait signé le décret n°2023-2283 du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral pour le 25 février 2024, date de l’élection présidentielle. Cela a permis aux parties prenantes du processus électoral (le ministère de l’Intérieur avec ses démembrements, le Conseil constitutionnel, la CENA, l’Administration territoriale, les partis politiques, la Société civile, entres autres) de démarrer les opérations devant aboutir à une élection régulière, libre, ouverte, inclusive et transparente.
Au cours du déroulement du processus électoral, divers dysfonctionnements ont été relevés par les parties prenantes et les observateurs : la non mise à disposition du fichier électoral aux concernés sur la base duquel la quête de parrains devait être faite, la « non fiabilité » de ce fichier décriée par les candidats lors de la vérification des fiches de parrainage, les interdictions systématiques de manifestations servies aux partis politiques de l’opposition et à la société civile, une restriction des données mobiles, foulant au pied la liberté des populations à s’informer. Aucun contrôle, aucune vérification des faits rapportés n’a semble-t-il été fait pour confirmer ou infirmer les dysfonctionnements constatés et dénoncés tout haut.
Pendant que les états-majors des partis politiques se préparaient à démarrer la campagne électorale le samedi 03 février 2024 à minuit, coup de tonnerre ! Monsieur le Président de la République, dans une allocution non planifiée et inhabituelle, quant à l’heure de sa diffusion en date du samedi 03 février 2024, annoncée à 12H00 et tenue à 14H00, informe ses concitoyens qu’il a signé le décret n°2024-106 du 3 février 2024 portant abrogation du décret n°2023-2283 du 29 novembre 2023. Le motif déclaré en sourdine lors de l’allocution est la saisine de l’Assemblée nationale par les membres de la coalition Wallu sur des « faits supposés de corruption » de membres du Conseil constitutionnel pour l’invalidation de la candidature de monsieur Karim Wade. Le peuple dans l’expectative, devra avaler la « pilule amère » qui lui a été servie. En effet, comment comprendre que l’Exécutif n’ait pu s’autosaisir suite aux errements constatés par tous dans le processus électoral afin de les corriger à temps et permettre une libre expression du vote le 25 février 2024. On ne peut qualifier ce comportement, car pouvant ouvrir les portes à une instabilité politique pouvant réveiller tous les démons.
Maintenant que la chose indicible a été commise, comment préserver la paix et la stabilité dans notre pays ? Que faut-il faire alors? Cette interrogation d’un homme politique célèbre prend ici tout son sens.
Profitant de la baisse de tension observée depuis le mardi 6 février 2024 dans les rues de nos différentes capitales régionales et départementales, malgré quelques soubresauts notés en fin de semaine dernière, l’idée d’un dialogue national prônée par Monsieur le Président de la république me paraît être une issue plausible. Cependant, il faudrait agir vite et sans calcul politicien. Mode d’emploi :
1. Le Président de la République doit convoquer rapidement les partis politiques, la société civile et l’ensemble des forces vives de la nation, pour s’entendre sur le choix d’une personnalité neutre et pouvant être acceptée par tous pour conduire à son terme le dialogue national prôné et dans un délai raisonnable.
2. Le dialogue devra cependant être sincère et républicain pour le bien de notre pays et de nos enfants à qui nous devrons léguer un pays stable, démocratique où il fait bon vivre, sans distinction d’appartenance politique, religieuse, d’idéologie et de couche sociale.
3. Le dialogue national devra revisiter tous les points liés au processus électoral, de la déclaration de candidature à la vérification des listes au niveau du Conseil constitutionnel jusqu’à la proclamation de la liste définitive des candidats. En effet, l’acte posé par le Chef de l’Etat le 03 février dernier nous renseigne qu’il s’agit bien d’une annulation de l’élection présidentielle et non d’un report. Tout le processus électoral devant être repris depuis le début.
4. Les limites du nouvel agenda électoral devront être fixées, en se référant au Conseil constitutionnel afin de tenir au plus vite le scrutin, sans tirer en longueur.
5. Les conclusions de ce dialogue, prises sur la base de décisions consensuelles et respectant à la lettre notre Constitution, devront être parafées et signées par les parties prenantes et applicables immédiatement par l’Exécutif.
Ainsi, seront certainement trouvées des solutions consensuelles aux dysfonctionnements constatés cette année. Vive le Sénégal ! Vive la République !
PAR Bassirou Sakho
POUR QUE LE SÉNÉGAL NE DEVIENNE PAS UN MAQUIS SALE
EXCLUSIF SENEPLUS - Naviguer hors de cette crise demande un engagement fort en faveur de la démocratie, du respect des droits de l'homme et de la primauté du dialogue
Dans une atmosphère tendue, marquée par des manifestations et des répressions, la décision du gouvernement de différer le scrutin prévu initialement le 25 février 2024 a ravivé les flammes d'un débat national sur l'état de la démocratie et la liberté d'expression au Sénégal.
Depuis son accession au pouvoir en 2012, le président Macky Sall fait face à des critiques croissantes concernant sa gestion des opposants politiques. Des figures emblématiques de l'opposition, telles que Khalifa Sall et Karim Wade, ont été écartées par des moyens judiciaires controversés, alimentant les accusations d'un système judiciaire instrumentalisé.
Dans ce contexte tumultueux, Ousmane Sonko, avec son discours vibrant et son engagement pour une gouvernance transparente, est apparu comme le porte-étendard d'une jeunesse sénégalaise désireuse de changement. Sa récente condamnation, pour le même motif que le célèbre athénien Socrate de corrompre la jeunesse, perçue par beaucoup de Sénégalais comme politiquement motivée, a exacerbé les tensions, entraînant le pays dans une série de manifestations. La décision soudaine de reporter les élections, officiellement justifiée par une "crise institutionnelle", a été interprétée par une partie de la population et des observateurs internationaux comme une tentative de maintenir le statu quo. Les affrontements qui ont suivi entre les forces de l'ordre et les manifestants ont mis en lumière les défis profonds auxquels est confrontée la démocratie sénégalaise.
Le Sénégal, à la croisée des chemins, est aujourd'hui l'épicentre d'une lutte pour l'avenir démocratique, un combat qui dépasse les frontières du pays pour interroger la solidité des institutions démocratiques dans l'ensemble de l'Afrique. Elle porte en elle le risque d'une escalade de la violence, pouvant entraîner le pays dans un cercle vicieux de répression et de résistance.
Au-delà des frontières, cette instabilité menace d'isoler le Sénégal sur la scène internationale, les partenaires étrangers étant généralement réticents à s'engager dans des relations avec des pays en proie à des tensions politiques. Sur le plan économique, l'incertitude politique freine les investissements et peut conduire à un ralentissement économique, affectant le développement du pays et le bien-être de sa population.
J’appelle ici à une réflexion sur l’importance cruciale de préserver les principes démocratiques et d’assurer une transition pacifique du pouvoir, essentielle à la stabilité et au développement du continent.
Face à cette situation complexe, des solutions envisageables se dessinent pour sortir le pays de l'impasse. Une médiation nationale, réunissant l'ensemble des acteurs politiques, la société civile, et des observateurs internationaux, se présente comme une première étape vers la réconciliation. Ce processus de dialogue constructif vise à rétablir la confiance entre les différentes parties, favorisant ainsi un climat apaisé. La présence d'observateurs internationaux pourrait garantir la transparence et l'équité du processus, tout en offrant une reconnaissance internationale des efforts entrepris.
La clarification et le respect d'un calendrier électoral sont également cruciaux. Le rétablissement d'un calendrier clair, défini de manière consensuelle, permettrait d'assurer le retour à un fonctionnement constitutionnel normal et de restaurer la confiance dans le processus démocratique. Cette étape est fondamentale pour garantir que toutes les parties se sentent engagées dans un processus électoral juste et transparent. Enfin, la mise en oeuvre de réformes profondes pour renforcer l'indépendance judiciaire et garantir la liberté de presse est essentielle. Une justice indépendante est le pilier d'une démocratie saine, capable de protéger les droits de tous les citoyens et de maintenir un équilibre des pouvoirs. De même, une presse libre est indispensable pour assurer une information objective et diversifiée, permettant aux citoyens de prendre des décisions éclairées. Ces réformes sont des étapes clés pour reconstruire la confiance dans les institutions et promouvoir un dialogue ouvert et constructif.
Naviguer hors de cette crise demande un engagement fort en faveur de la démocratie, du respect des droits de l'homme et de la primauté du dialogue. Le Sénégal, avec l'appui de la communauté internationale, a l'opportunité de prendre un nouveau départ vers une stabilité durable et un développement inclusif.
PAR Makhtar Diouf
MACKY SALL TEL QU’EN LUI-MÊME
EXCLUSIF SENEPLUS - Il considère qu’il peut faire ce qu’il veut, qu’il est une sorte de dieu, que les Sénégalais ne sont que ses sujets. Le temps n’est plus au dialogue, il est à la tenue de l’élection ce 25 février
Lorsque Macky Sall (MS) annonce le report de la présidentielle au mépris du Droit, de la Constitution, je suis comme tous les démocrates d’ici et d’ailleurs consterné, abasourdi. Puis, ressaisi, je pense à ce verset du Coran (2 : 216) : « Vous pouvez détester une chose qui pourtant est meilleure pour vous… Dieu sait mais vous ne savez pas ».
C’est effectivement le cas, car MS s’est tiré une balle dans les pieds. Il aurait été injuste qu’il s’en tire honorablement, auréolé par sa décision ‘’historique’’ de ne pas briguer un troisième mandat, alors que sept présidents africains de la sous-région l’avaient fait avant lui, sans tambours et trompettes.
En dépit de toutes les exactions qu’il a commises dans le pays au cours de ces dix dernières années, il était adoubé dans les pays occidentaux, allez savoir pourquoi. Pourtant les autorités de ces pays n’ignoraient rien de ce qui se passait au Sénégal car leurs représentations diplomatiques qui sont sur place leur rendent compte.
Mais cette fois, avec sa déclaration de report de l’élection à quelques jours de la date officielle retenue, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et il en remet une couche : entrée musclée de gendarmes à l’Assemblée nationale pour expulser les députés de l’opposition, une image qui a fait le tour de la planète, du jamais vu dans aucun pays africain ; coupure de l’Internet ; coupure du signal de la télévision ‘’WalFadjri’’.
Inimaginable. MS est alors lâché partout. C’en est trop.
Dans le pays, aucun régime n’a jamais eu à faire face à une telle levée de boucliers de la part de ses meilleurs intellectuels (artistes, enseignants, journalistes, hauts fonctionnaires retraités, religieux de toutes confessions …), de ses meilleurs juristes, de sportifs (pour la première fois).
En cette occasion, l’archevêque Mgr Benjamin Ndiaye a eu le mot juste : Quand il y a règlement, c’est pour qu’il soit suivi. Ce que MS ne sait pas faire. MS est un ennemi de la démocratie. On peut lui prêter ces paroles de Herman Goering, un des lieutenants de Hitler : « Chaque fois que j’entends parler de démocratie je sors mon revolver ».
MS nous en avait pourtant donné un aperçu en mai 2002, lorsque maire de Fatick, premier magistrat de la ville, devant donner l’exemple lors d’une élection locale, il avait refusé de se plier à l’obligation républicaine de présenter sa carte d’identité. Alors que son patron Wade, président de la République entrait dans le bureau de vote sa carte d’identité à la main.
Le 14 février 2022, dans un article ‘’L’affaire Mali’’, j’écrivais :
« Après avoir été très actif dans les sanctions contre les putschistes du Mali acclamés par le peuple malien, MS est allé en visite officielle en Egypte. Ce pays est dirigé depuis juillet 2013 par le sinistre ‘’ maréchal’’ Abdel Fattah Al-Sissi, à la suite d’un coup d’Etat perpétré contre Muhammad Morsi des Frères musulmans, le premier président démocratiquement élu de l’Egypte. Le parti des Frères musulmans est dissous. Morsi après 6 années de détention dans des conditions inhumaines, est mort au tribunal à l’occasion de son ‘’procès’’ ».
Le régime répressif de Sissi est condamné par toutes les organisations de défense droits humains qui considèrent l’Egypte comme une prison à ciel ouvert.
Peut-être que Sissi fin connaisseur en répression de manifestants a refilé quelques tuyaux à Macky ».
Toujours est-il que le 31 juillet 2023, le gouvernement de MS annonce la dissolution de Pastef, le parti d’Ousmane Sonko en prison, le rival le plus sérieux du parti au pouvoir en vue de la présidentielle de 2024.
Après avoir semé le chaos dans le pays depuis sa déclaration de report de la présidentielle, MS nous revient avec sa sempiternelle proposition de dialogue. Dialogue sur quoi ? Le temps n’est plus au dialogue, il est à la tenue de l’élection ce 25 février. Peu importe le raccourcissement de la campagne électorale qui n’est au fond qu’un folklore. Les électeurs ont déjà fait leurs choix. MS sait pour qui il votera. Les Sénégalais savent pour qui ils ne voteront pas.
MS pour se maintenir au pouvoir manœuvre en se servant du calendrier avec la venue prochaine du Carême chrétien et du jeûne du Ramadan qui couvriront le 2 avril, le jour où il doit transmettre le pouvoir au nouveau président. Il pense qu’en ces périodes, les Sénégalais occupés à leurs actes de dévotion (religieuse) vont faire mi-temps sur la politique. Ce qui lui permettrait de prolonger son mandat et de passer encore outre la Constitution.
Son dernier tour de passe-passe est l’annonce d’une amnistie générale des prisonniers politiques. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant les parrainages ? Il prend vraiment les Sénégalais pour des demeurés. C’est au nouveau président élu le 25 février qu’il incombe de le faire.
MS n’a aucune envie de quitter le pouvoir. Au niveau terre à terre, il ne veut pas lâcher l’avion de commandement qui lui permet de faire du tourisme aux quatre coins du monde, aux frais des contribuables. Ce sont des millions de francs en carburant que nous coûte chacun de ses déplacements avec ce palais volant. Sa toute dernière virée a été dans les Caraïbes à Barbade, un pays dont la population est à peine supérieure à celle de Kédougou, inconnu des Sénégalais et où il est le premier dirigeant africain en visite. Un déplacement coûteux, comme d’autres, et sans intérêt pour le pays. Il considère qu’il peut faire ce qu’il veut, qu’il est une sorte de dieu, que les Sénégalais ne sont que ses sujets.
Le tragique est que, plus il reste au pouvoir, plus les morts et les blessés graves vont s’accumuler du fait de la répression sauvage des ‘’forces de défense et de sécurité’’ qui tirent à balles réelles. Déjà trois adolescents tués. Sans compter les dégâts de santé causés aux populations riveraines par les grenades lacrymogènes. Mais il n’en a cure car c’est un homme intrinsèquement méchant. A la différence de Wade que je connais depuis 1965 alors qu’il n’était pas encore entré en politique. A la différence aussi d’Abdou Diouf.
Le Sénégal ne sera en ordre serein, les écoles ne fonctionneront normalement, les affaires ne marcheront, l’économie ne sera débloquée que si MS s’en va.
Sa position actuelle n’est pas sans rappeler celle de Yahya Jammeh qui en 2016 en Gambie, battu à l’élection présidentielle, avait refusé de quitter le pouvoir. Avec la différence que la réaction musclée de la CEDEAO soutenue par le même MS, n’est pas celle que l’on voit aujourd’hui contre le même MS.
Pour faire passer à l’extérieur sa répression contre le parti Pastef, MS brandit toujours le spectre de menace d’on ne sait quel régime islamiste salafiste au Sénégal. Il en parle surtout devant des journalistes français, pour faire du ‘’boolé’’(comme on dit en wolof) parce que c’est une corde sensible dans leur pays capitale mondiale de l’islamophobie. Il leur suggère qu’il ne faut pas que les islamistes arrivent au pouvoir. Il n’en parle jamais au Sénégal, sachant que cela n’y fait pas recette. Les Sénégalais toutes confessions confondues ne savent même pas ce qu’est le salafisme. Le terme ‘’islamiste’’ est utilisé en France par les ennemis de l’Islam qui taxent leurs compatriotes non islamophobes de ‘’islamo-gauchistes’’. Les véritables musulmans n’utilisent pas ce terme ‘’islamiste’’ qui leur fait offense.
La raison de fond de ce désir de maintien forcené au pouvoir pourrait se trouver ailleurs. En 2017, Ousmane Sonko a publié un livre brûlot ‘’Pétrole et gaz au Sénégal. Chronique d’une spoliation’’ dans lequel il accuse Macky Sall, son frère Alioune Sall et Aly N’Gouille Ndiaye d’avoir trempé dans des opérations de maquignonnage de fonds du pétrole. Curieusement, le procureur de l’époque n’a pas réagi, et aucun des mis en cause n’a porté plainte contre cet homme qui par la suite va crouler sous le poids de plaintes des plus fantaisistes. Les Sénégalais veulent savoir de quoi il retourne, car il s’agit de l’argent public.
Ce que MS redoute, c’est ce qui est arrivé ce dimanche 11 février au Pakistan avec les élections générales. C’est le parti d’Imran Khan en prison depuis 6 mois qui remporte le plus de sièges au parlement, ce qui lui donne la possibilité de devenir Premier ministre (chef d’Etat). Nous avons notre ‘’Imran Khan’’ au Sénégal.
Dans cette affaire de report de l’élection présidentielle, on ne peut passer sous silence Karim Wade. J’ai du mal à comprendre que de vieux militants du PDS qui ont vaillamment combattu avec le doyen A. Wade durant des années, subissant toutes sortes de sévices, se mettent à défendre le fils Wade qui pendant ce temps se la coulait douce en Europe. Ce garçon n’a jamais été d’aucune lutte, n’a jamais respiré la fumée d’une grenade lacrymogène. Faute d’avoir été là à la saison des semailles, il s’est présenté à la saison des récoltes avec un ministère aux attributions jamais vues au Sénégal. Personnellement, je déplore qu’il ait été écarté de la présidentielle, car avec son résultat, il n’aurait pas été remboursé de sa caution. Ceux qui le défendent doivent aussi savoir que le nombre de députés qu’ils ont actuellement n’est dû qu’à leur compagnonnage avec la bande à Sonko lors de la dernière législative.
Ce garçon qu’on cherche à nous présenter comme un Einstein a été notre étudiant au département d’Economie de l’UCAD qu’il a quitté avant le cycle complet de quatre ans, sans aucune attestation de réussite. Je doute d’ailleurs qu’il ait envie de vivre au Sénégal, ne parlant aucune des langues nationales. Sa venue a été annoncée combien de fois ?
Quant au Conseil constitutionnel, avec sa fâcheuse ingérence politique dans la dernière élection législative qui a permis à l’APR d’obtenir une majorité microscopique, il doit se rebiffer face à MS, se réconcilier avec le peuple pour, conjointement avec la Cour suprême, maintenir la présidentielle à la date impérative du 25 février 2024. Si ces magistrats ne le font pas, ils auront dans la conscience tout ce qui arrivera encore de désastres dans le pays.
par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade
LA VOIX DES ANCIENS PRÉSIDENTS
Nous appelons notre jeunesse, dont nous comprenons les frustrations et le désarroi, à arrêter immédiatement les violences et la destruction de biens, et surtout à prendre du recul pour ne pas être manipulée par des forces extérieures aux desseins obscurs
Abdou Diouf et Abdoulaye Wade |
Publication 12/02/2024
C'est avec beaucoup de tristesse que nous vivons les récents événements qui secouent notre cher Sénégal et qui viennent d'emporter trois de nos jeunes compatriotes. Nous présentons nos plus sincères condoléances à leurs familles et à leurs proches.
Nous nous adressons à vous en tant qu'anciens présidents de la République du Sénégal, pères, avec Léopold Sédar Senghor, de la démocratie sénégalaise obtenue de haute lutte, mais aussi anciens irréductibles adversaires politiques qui nous sommes vigoureusement opposés par le passé. Nous avons su discuter et dialoguer dans l'intérêt du Sénégal pour mettre un terme à nos différends et aux crises politiques, et cela dans le seul but de préserver la paix et les vies. Vous n'avez pas le droit de faire moins que nous.
Nous appelons notre jeunesse, dont nous comprenons les frustrations et le désarroi, à arrêter immédiatement les violences et la destruction de biens, et surtout à prendre du recul pour ne pas être manipulée par des forces extérieures aux desseins obscurs.
Nous venons de nous entretenir longuement au téléphone avec le président de la République, monsieur Macky Sall, qui nous a réaffirmé son engagement, pris devant la nation le 3 juillet dernier, de ne pas briguer un troisième mandat et de quitter le pouvoir aussitôt après l'élection présidentielle. Il a pris l'engagement de ne ménager aucun effort pour préserver la stabilité du Sénégal, nous lui avons demandé d'organiser dans les plus brefs délais le dialogue national qu'il a annoncé et qui, comme nous le souhaitons ardemment, devra déboucher sur une large réconciliation nationale dans le respect de la Constitution et de l'État de droit.
Nous appelons l'ensemble des dirigeants politiques, du pouvoir et de l'opposition, ainsi que les responsables de la société civile, à participer à des discussions franches et loyales, afin que la prochaine élection présidentielle du 15 décembre 2024 soit tenue dans des conditions parfaitement transparentes, inclusives et incontestables. Ils ont le devoir de garantir que notre
Sénégal restera un modèle de démocratie pour 'lAfrique. L'Histoire les jugera.
par Amadou Tidiane Wone
AVEZ-VOUS LU ET RELU LE DISCOURS DU 3 FEVRIER DE MACKY SALL ?
La parole du président, s’adressant à la Nation dans les circonstances graves évoquées, ne devrait pas être susceptible de commentaires soupçonneux. Pourquoi ceux qui se disent ses alliés sont-ils les premiers à décrédibiliser son propos ?
La parole d’un chef d’Etat qui s’adresse solennellement à la nation dans des moments cruciaux de son Histoire, mérite d’être écoutée. Respectueusement. Puis, lorsque le texte est rendu disponible, donc gravé dans le marbre du temps, une lecture à tête reposée s’impose. Surtout lorsque les conséquences de cette parole se traduisent par des manifestations, des heurts et des morts…
J’ai donc pris le temps de l’écoute attentive. Puis celui de la lecture minutieuse du discours présidentiel qui commence ainsi :
« Mes chers compatriotes, alors que s’annonce l’élection présidentielle du 25 février 2024, notre pays est confronté ; depuis quelques jours, à un différend entre l’Assemblée Nationale et le Conseil Constitutionnel, en conflit ouvert sur fond d’une supposée affaire de corruption de juges » Ainsi commence le Président Macky SALL
La première observation qui s’impose est que si « différend » il y a eu, il s’agirait d’un différend entre le Groupe parlementaire du PDS et le Conseil constitutionnel, sur fond d’une accusation de corruption de deux juges par le Premier ministre – candidat à la succession du président sortant, Macky Sall. Ce fait expliquerait, selon le PDS, l’éviction de son Candidat Karim Wade de la liste des prétendants à la Magistrature suprême de notre pays et donc, justifierait le dépôt, dans des délais traités en mode fast track, d’une demande de mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire pour éclairer les zones d’ombre « d’une supposée affaire de corruption… »
La question à se poser serait donc celle-ci : En quoi un différend, entre un seul candidat et deux membres du Conseil constitutionnel, concerne-t-il les 20 autres candidats ayant satisfait à toutes les exigences dudit Conseil pour se présenter à l’élection présidentielle du 25 février 2024 ?
Au point de convoquer la parole présidentielle ?
Au point d’annuler, purement et simplement, une élection fixée par la Constitution de la République ?
Tout cela pour une « supposée affaire de corruption ? »
Le chef de l’Etat poursuit :
« Dans son communiqué du 29 janvier 2024 signé par tous ses membres ; le Conseil Constitutionnel a réfuté les allégations portées contre lui, tout en prenant la mesure de la gravité des accusations, et en tenant à ce que toute la lumière soit faite dans le respect des procédures constitutionnelles et légalesrégissant les relations entre les Institutions, notamment la séparation des pouvoirs et le statut de ses membres. »
Donc « le Conseil Constitutionnel a réfuté les allégations portées contre lui » L’incident aurait pu être clos. Sauf rebondissement extraordinaire ! La parole des membres, assermentés, du Conseil constitutionnel, ainsi que leur statut élevé dans l’ordonnancement de nos Institutions, devraient suffire à ne pas les ravaler au rang de dénégateurs qui doivent se laver à grande eau. Au demeurant, la qualité de l’accusé, Premier Ministre en fonction à qui, d’ailleurs, le président de la République vient de renouveler sa confiance, aurait dû nous éviter le spectacle navrant d’une Assemblée nationale qui persifle et insinue sans le nommer… Une Assemblée vidée, manu militari, de représentants élus par des millions de sénégalais. Quelle dignité reste-t-il désormais à ces représentants de la Nation ? Susceptibles d’être poussés vers la sortie de la Maison du Peuple ? Surréaliste !
Le chef de l’Etat poursuit :
« A cette situation suffisamment grave et confuse, est venue s’ajouter la polémique sur une candidate dont la binationalité a été découverte après la publication de la liste définitive des candidats par le Conseil Constitutionnel, ce qui constitue une violation de l‘article 28 de la Constitution qui dispose que » tout candidat à la présidence de la République doit être exclusivement de nationalité sénégalaise. »
Le président de la République dispose, très certainement des éléments d’information lui permettant de juger d’une situation qui serait « suffisamment grave et confuse » au moment de s’adresser à la Nation ce 3 février 2024 à 14h. A quelques heures du démarrage de la campagne électorale prévue le jour même à 20h… Pour le commun des mortels, parmi lesquels je me compte, rien de grave a cette heure-là ne s’était encore produit sur notre sol : C’est plutôt après ce discours que des évènements malheureux et graves vont se produire. Hélas !
Pour ce qui de la binationalité invoquée :
Ne suffisait-il pas, tout simplement de retirer de la liste des candidats la personne concernée ? Avec éventuellement des poursuites judiciaires subséquentes ?
Au demeurant, les agents du Conseil Constitutionnel ne pouvaient-ils pas se livrer à l’exercice de vérifier la nationalité de cette candidate comme l’on fait tous ceux qui se sont rendus tout simplement sur le fichier de électeurs français ? Ce que nous ne pouvons faire à ce jour sur le fichier des élécteurs du Sénégal ! Si près, si loin…
Au final, le chef de l’Etat estime que « Ces conditions troubles pourraient gravement nuire à la crédibilité du scrutin en installant les germes d’un contentieux pré et post électoral »
Cette préoccupation est louable dans son principe. Mais, dans les faits, des évènements autrement plus graves se sont succédés dans notre pays, ces trois dernières années, sans pousser à envisager l’annulation de l’élection présidentielle prévue par la Constitution le troisième dimanche du mois de février de l’année en cours… Des centaines de personnes sont en prison pour des raisons politiques, des candidats significatifs de l’opposition aussi. Et au mépris de tout cela, on invoque une binationalité découverte tardivement, ainsi que des allégations de corruption réfutés par les intéressés ? On ne nous dit pas tout…
Mais poursuivons notre relecture !
Le président Macky Sall de poursuivre :
« Alors qu’il porte les stigmates des violentes manifestations de mars 2021 et de juin 2023, notre pays ne peut pas se permettre une nouvelle crise. J’ajoute qu’en ma qualité de président de la République, garant du fonctionnement régulier des institutions et respectueux de la séparation des pouvoirs, je ne saurais intervenir dans le conflit opposant le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire »
En résumé : le président de la République, quoiqu’intervenant dans un « différend » selon ses propres mots entre un Groupe parlementaire et deux juges mis en cause par des « allégations » impliquant son Premier ministre, s’en défend. Mais il prend en plus, et sur ces entrefaites, la décision grave d’annuler une élection présidentielle… Il y a vraiment quelque chose qui cloche !
Poursuivons la relecture :
« Devant cette situation, l’Assemblée Nationale, agissant en vertu de ses prérogatives, m’a saisi, pour avis conformément à son règlement intérieur ; d’une proposition de loi constitutionnelle en procédure d’urgence portant dérogation aux dispositions de l’article 31 de la Constitution. »
Je saute un paragraphe et termine part :
« En conséquence, compte tenu des délibérations en cours à l’Assemblée nationale réunie en procédure d’urgence, et sans préjuger du vote des députés, j’ai signé le décret 2024-106 du 03 février 2024 abrogeant le décret 2023 du 29 novembre 2023 portant convocation du corps électoral. »
Si je comprends bien, le Groupe parlementaire PDS, préoccupé de bon droit par le sort de son candidat Karim Wade, a pu mobiliser la majorité présidentielle, contourner son propre candidat Amadou BA, pour solliciter l’avis du président de la République en vue d’aboutir à une annulation de l’élection présidentielle… Chapeau !
Car en effet des audios en langue nationale wolof et qui circulent abondamment diffusent les propos de l’Honorable Woré Sarr, député du PDS qui expliquent avec force détails succulents, la stratégie mise au point pour reculer, d’au moins 6 mois, l’élection présidentielle !
Il y aussi des audios de M. Madiambal Diagne, greffier et journaliste dans le civil, qui explique pourquoi Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ne devraient, absolument pas, participer au scrutin de février 2024.Qu’est ce qui autorise Ce Monsieur, intime dit-il du chef de de l’Etat à sortir ce genre de fatwas ? « Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es » nous apprend la sagesse populaire…
Tous ces éléments, mis bout à bout, entachent le discours présidentiel de suspicions partisanes et de non-dits coupables. La parole du président de la République, s’adressant à la Nation dans les circonstances graves évoquées, ne devrait pas être susceptible de commentaires soupçonneux. Pourquoi ceux qui se disent ses alliés sont-ils les premiers à décrédibiliser son propos ? A quelles fins ?
En vérité, la décision d’annuler le scrutin du 25 février 2024 est illégitime. En attendant que des voix plus autorisées en établissent l’illégalité. Le discours du président de la République n’a pas donné des arguments d’une gravité telle que tous les efforts fournis par les 20 candidats retenus pour participer à l’élection présidentielle soient annihilés par la simple signature de celui qu’ils aspirent à remplacer. Au demeurant et en renouvelant sa confiance au Premier ministre Amadou Ba, le président de la République annihile les accusations de corruption portées sur lui. En reculant les élections, avec pour conséquence de permettre à Karim Wade de se présenter, le président Macky Sall chercherait-il à se faire pardonner les 5 années de prison auxquelles il l’avait fait condamner ? Quid de l’amende de 138 milliards qui lui avait été infligée ?
En un mot, comme en mille, nous sommes entrés dans une zone de turbulences. Aucun individu ne mérite la mise en péril d’une nation. Que chacun prenne ses responsabilités devant Dieu et devant les hommes. Se taire, c’est se rendre complice de tout ce qui pourrait advenir de fâcheux.
Le Tourisme, occupe la deuxième place sur l’économie du Sénégal après la pêche avec plus de cent mille emplois directs. Un secteur très important mais vulnérable aujourd’hui avec les crises successives.
Le Tourisme, occupe la deuxième place sur l’économie du Sénégal après la pêche avec plus de cent mille emplois directs. Un secteur très important mais vulnérable aujourd’hui avec les crises successives. Il mérite donc plus d’attention et de considération de la part des pouvoirs publics.
Il faut savoir que les acteurs du tourisme travaillent essentiellement en N+1, les dossiers se confirment souvent un an à l’avance. Pour l’année 2025 les agences réceptives ont déjà enregistré des confirmations de voyages de touristes.
Le Tourisme étant un secteur pluridisciplinaire, une fois qu’un dossier est confirmé c’est toute la chaine de valeur qui est mise en marche à savoir les hôtels, les transporteurs touristiques, les restaurants, les guides touristiques, les sites et édifices touristiques, les acteurs de l’artisanat et la culture ; et tout obstacle est à effet immédiat et impacte au minimum sur les deux années d’exercices.
Alors que le tourisme se relève de la COVID et reprend son envol, de nouvelles difficultés se présentent devant les acteurs. Après les dommages subis lors des événements de mars 2021 et de juin 2023, la saison touristique 2025 est déjà hypothéquée. Le report des élections et les périodes d’incertitude risquent de plonger ce secteur dans une profonde crise car la stabilité est un facteur déterminant.
Aujourd’hui, la date du 15 décembre 2025 a été fixée pour l’élection présidentielle, sans même se soucier du secteur du tourisme. Cette période coïncide avec la haute saison touristique qui commence du 15 octobre et finit en fin mars. Cela impactera la saison de manière considérable car actuellement les touristes et les Tours opérateurs sont dans l’hésitation car. inquiets du déroulement des prochaines joutes électorales. Une situation qui compromet les emplois ainsi que la compétitivité et la survie de toute la chaine de valeur.
Je voudrais ainsi tirer la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des autorités étatiques afin qu’ils tiennent compte de la sensibilité du secteur, avant de prendre des décisions importantes. Initier des consultations ou consulter le calendrier touristique permettrait de sauver ce secteur vital et l’économie du pays.
Mon profil d’entrepreneure et professionnelle active, avec une maitrise en tourisme depuis 2005, une expérience d’une vingtaine d’années dans l’essentiel des formes de tourisme en commençant par le tourisme classique, tourisme de loisirs, tourisme d’affaires, gestion des groupes et de l’Évènementiel à travers le MICE (meetings, Incentive, Conférences, Exhibitions) et un petit tour de trois ans dans l’hôtellerie, me permet aisément de constater et d’analyser que le secteur tourisme est toujours oublié dans la prise de décisions importantes.
Collectif d'universitaires sénégalais
APPEL AU PRÉSIDENT MACKY SALL
Nous disons non au bafouement de nos idéaux démocratiques, au piétinement de nos valeurs de liberté, de dignité, non à l'avalissement de nos institutions. Nous exigeons le respect scrupuleux de la Constitution
Monsieur le président, le samedi 3 février, vous avez décidé d'abroger le décret portant convocation du corps électoral pour l'élection présidentielle.
Le lundi 5 février, les députés de la majorité ont reporté la date de cette élection de 10 mois.
Ces actions illégales, illégitimes, injustifiables et inacceptables sont le dernier acte d'une longue série de manquements graves portés à notre démocratie.
Manifestations interdites, emprisonnements massifs et arbitraires, régimes de terreur, coupures d'Internet, suspensions de médias.
Ces actes constituent une atteinte extrêmement grave aux droits et libertés des citoyens et des citoyennes et par conséquent à la stabilité politique et sociale du Sénégal qui a pourtant toujours été un exemple de démocratie en Afrique.
Ces actes portent les germes d'une crise institutionnelle sans précédent, d'une profonde érosion de la confiance dans notre personnel politique et d'une dangereuse récréation du Sénégal dans sa trajectoire démocratique.
C'est la raison pour laquelle nous enseignants et chercheurs de toutes les universités publiques du Sénégal exigeons la cessation de toutes les formes de violations de notre loi fondamentale, des normes communautaires et des droits et libertés.
Nous disons non au bafouement de nos idéaux démocratiques, au piétinement de nos valeurs de liberté, de dignité, non à l'avalissement de nos institutions politiques et sociales.
Nous exigeons le respect scrupuleux de la Constitution, de la démocratie et de la République.
Nous exigeons le respect du peuple.
Monsieur le président, nous exigeons le rétablissement immédiat du calendrier électoral, la garantie du bon fonctionnement des institutions, l'équilibre des pouvoirs et le respect des droits humains, car ces éléments constituent une nécessité absolue et une urgence nationale.
Jean-Louis Corréa, Agrégé des Facultés de Droit, UNCHK (ex-UVS)
El Hadj Samba Ndiaye, Agrégé des Facultés de Droit, UCAD
Mame Penda Ba, Professeure de Sciences politiques, UGB
Abdou Sène, Professeure en Mathématiques appliquées, UNCHK (ex-UVS)
Abdoul Aziz Diouf, Agrégé de Facultés de Droit, UCAD
Idrissa Ba, Professeur d'Histoire, UCAD
Maryama Khadim Mbacké, Enseignant-chercheur en Génie des procédés, UAM
Par Mohamed GASSAMA
MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, VEUILLEZ VALIDER VOTRE DEPART, LE 2 AVRIL 2024
Monsieur le président, permettez-moi, ainsi, de vous révéler que les germes d’une situation conflictogène sont désormais bien visibles à l’œil nu
Monsieur le président, permettez-moi, tout d’abord et très respectueusement, par-devant l’opinion nationale et internationale, de vous rapporter les faits, rien que les faits, afin d’attirer votre très haute attention : la fièvre monte de partout, et aucun segment du tissu social et économique n’est épargné à ce jour par l’élévation de la température.
Monsieur le président, permettez-moi, ainsi, de vous révéler que les germes d’une situation conflictogène sont désormais bien visibles à l’œil nu.
Monsieur le président, permettez-moi, enfin, de signifier que les Sénégalais, de tout bord, attachés à l’Etat de Droit, se sont déjà mobilisés pour vous réserver un «Ticket d’or» en vue d’un départ mémorable et admirable, le 2 avril 2024. Sous ce rapport, que rien ni personne ne vous fasse rater votre train. C’est le train de l’histoire, il est unique et n’arrive qu’une fois dans la vie des hommes. En outre, l’objectivité commande d’avertir que le couvercle pourrait sauter à tout moment tant la crise, qui ne fut qu’une vision de l’esprit, est désormais une réalité manifeste, voire palpable. Monsieur le président de la République, écoutez votre Peuple, écoutez l’Afrique, écoutez le monde, mais surtout entendez les dits et non-dits. Le report de la Présidentielle ne semble pas dégager des senteurs attrayantes. De ce fait, sur l’ordonnance à prescrire pour embaumer le pays, le légiste conseillerait :
Respect du calendrier électoral
Si dans notre mémento collectif, nul ne peut oblitérer les hauts faits qui ont garni le Sénégal de béatitude et de jubilation, il n’en demeure pas moins que depuis votre adresse, exceptionnelle à plus d’un titre, le 3 février 2024, nous, femmes, hommes, jeunes et vieux, ne cessons de frémir. Monsieur le président de la République, le battement de nos cœurs n’est plus normal.
Il peut être prématuré de déclarer que nous sommes guettés par la tachycardie, certes, mais il ne peut être tôt de constater que le cœur de chacune et de chacun de vos compatriotes, du Sénégal comme de la diaspora, bat à un rythme accéléré du fait de la fièvre du report de l’élection présidentielle, initialement fixée au 25 février 2024.
Le temps n’est pas au jugement. Loin s’en faut. Il ne nous appartient pas non plus de porter la toge du préteur de la Rome antique. Nous n’en avons pas la prétention et notre «Cursus honorum» ne nous le permet pas. Juste que, très humblement et en tant que citoyens, nous pensons ipso facto avoir droit au chapitre, d’autant plus que notre place dans l’agora ne fait pas l’objet d’un doute. Avouons-le, tout de go, si rien n’est fait hic et nunc, les signes avant-coureurs de l’imbroglio politico-judiciaire pourraient s’agréger et se transformer en soubresauts regrettables. En effet, tout porte à croire que ce quiproquo va inexorablement sonner le glas de la cohésion sociale et de l’unité nationale et, à terme, il est à craindre que le pays sombre dans une fosse visiblement très béante. Nous ne le souhaitons pas, mais la conjonction des événements risque fort d’engloutir et de consumer à jamais la quintessence des acquis démocratiques qui ornent avec fierté notre si cher pays. Si l’on n’y prend garde, notre joyau, hélas, nous échappera indubitablement pour s’engouffrer dans un trou d’une profondeur inimaginable et pour une durée indéterminable. Grosso modo, notre «Res publica», à savoir notre bien commun, n’offre plus le visage et l’image d’une chose publique. C’est comme si tout est en train de péricliter et de s’étioler.
Tenir l’élection présidentielle à date échue et jouir d’une sortie honorable et vénérable, le 2 avril 2024, reste la conclusion d’un diagnostic national et international.
Y prêter une attention sera une valeur ajoutée à l’intérêt général. En clair, il est à noter qu’en choisissant de participer au débat public, nous ne faisons qu’accomplir un devoir, celui d’un Républicain.
Dans la vie d’une Nation, il est des moments où aucun citoyen ne saurait rester sourd à l’appel de la République. A ce titre, nous tenons juste à joindre notre modeste voix à celle de nos concitoyens pour partager les différents sanglots, amplifier les sons de l’inquiétude et diffuser les échos de la peur de lendemains incertains pour le Sénégal. Nous ne le soutenons pas ex nihilo. En effet, les dizaines années d’expériences capitalisées dans l’exercice de nos différentes fonctions constituent le socle de nos invocations quotidiennes. Donc, il ne s’agit ni plus ni moins que de préserver la splendeur de notre histoire et de nos traditions politiques, de maintenir la qualité légendaire de notre commun vouloir de vie commune, d’améliorer la joliesse de nos valeurs de paix, la somptuosité de nos ressources humaines et surtout d’ancrer dans les consciences la magnificence tant chantée de notre culture du dépassement. Qu’Allah (Swt) facilite tout et veille sur le Sénégal
Par Madiambal DIAGNE
LES INDÉCENTES INJONCTIONS AUX JUGES DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
Il faudrait bien que ceux qui voudraient renverser la table des négociations, sachent que leur jusqu’au-boutisme pourrait mener à une situation extrême d’un putsch militaire
Un groupe de cinq professeurs de Droit, émérites, des références, des sommités universitaires, Serigne Diop, Abdel Kader Boye, Babacar Guèye, Alioune Badara Fall et Alioune Sall, ont publié une sorte de lettre ouverte aux membres du Conseil constitutionnel. Ils leur font la leçon de Droit, leur expliquant comment juger le recours introduit au niveau de cette haute juridiction par des députés de l’Assemblée nationale, attaquant la loi constitutionnelle qui fixe le report de l’élection présidentielle au 15 décembre 2024. Cette élection présidentielle était initialement prévue pour le 25 février 2024. Ces enseignants de Droit public, qui signent leur texte avec laeurs prestigieux titres et qualités académiques, considèrent «la justiciabilité incontestable de la loi constitutionnelle n°04/2024 devant le Conseil constitutionnel». En langage moins ésotérique, ils expliquent que le Conseil constitutionnel est compétent pour juger de cette loi constitutionnelle. C’est dire que le Conseil constitutionnel devrait réviser sa jurisprudence constante selon laquelle il ne saurait juger d’une loi constitutionnelle, d’autant que ses missions sont strictement encadrées par la loi organique qui fixe ses attributions et compétences.
«Cent fois le Conseil constitutionnel sera saisi pour examiner une loi constitutionnelle, cent fois il se déclarera incompétent» - Serigne Diop
Cette haute juridiction ne saurait être appelée à se prononcer dans d’autres cas que ceux limitativement prévus par les textes. Le Conseil constitutionnel ne tient, ni de la Constitution ni d’aucune disposition de la loi organique, le pouvoir de statuer sur une révision constitutionnelle. On voit clairement le premier biais de l’injonction contenue dans la note de cours des éminents universitaires. En effet, ils admettent, par l’intitulé-même de leur texte, le caractère et l’impérium d’une «loi constitutionnelle». Il ne saurait d’ailleurs en être autrement car le texte en cause a été adopté, par le Constituant, selon les formes d’une loi constitutionnelle, c’est-à-dire à la majorité requise de plus des 3/5 des membres de l’Assemblée nationale. Aussi, dans le fond, le texte change des dispositions de la Constitution et toutes choses égales par ailleurs, une disposition légale qui en change une autre, revêt naturellement la même autorité ou le même caractère. Il apparaît alors étonnant de demander au Conseil constitutionnel de s’arroger le droit ou le pouvoir d’examiner une loi constitutionnelle. Autres temps, autres mœurs car dans les mêmes circonstances, Serigne Diop enseignait que «cent fois on saisira le Conseil constitutionnel au motif d’apprécier une loi constitutionnelle, cent fois le Conseil constitutionnel se déclarera incompétent !».
On peut rappeler les grands débats durant le règne du président Abdoulaye Wade, en l’occurrence lors de l’adoption de la loi constitutionnelle instaurant un viceprésident de la République au Sénégal ou de la loi constitutionnelle instituant le Sénat, ou encore de la loi constitutionnelle sur l’intérim du président de la République par le président du Sénat, ou encore de la loi constitutionnelle modifiant la durée du mandat du président de la République. Le contrôle des lois constitutionnelles s’est systématiquement heurté au refus du juge de l’exercer ! Comme par hasard et pour on ne sait quelle raison, il faudrait que le Conseil constitutionnel se transforme ou se renie pour l’exercer dans le cas d’espèce ! Inciterait-on à une sorte de rébellion des juges, mais une rébellion qui ne serait certainement pas fondée sur une posture de légalité ou d’orthodoxie républicaine ? Le Conseil constitutionnel a pu être atteint dans son honorabilité avec les folles accusations de corruption portées par une partie de la classe politique contre certains de ses membres. Pour autant, il ne saurait se mettre dans une logique de « gouvernement des juges ».
On retiendra que c’est cette situation de récurrence des décisions d’incompétence du Conseil constitutionnel qui avait poussé des voix à s’élever pour demander l’accroissement des compétences du Conseil constitutionnel ou de l’interprétation qu’il en fait, et donc préconisaient de le transformer en Cour constitutionnelle comme au Bénin. Ainsi aurait-il la plénitude de ses compétences et statuerait en toutes circonstances. Depuis sa décision du 26 mars 2003, le Conseil constitutionnel français se déclare systématiquement incompétent pour statuer sur la conformité à la Constitution d’une révision constitutionnelle.
L’autre argument qui rend dubitatif est que les cinq éminents professeurs arguent que la loi constitutionnelle ne saurait modifier des dispositions intangibles ou immuables consacrées par la Constitution. En langage plus simple, il existerait dans la Constitution des dispositions qu’aucun Constituant souverain ne devrait plus pouvoir changer. Le Constituant qui a élaboré la Constitution de 2016 aurait-il plus de légitimité ou d’autorité pour ne plus permettre à un autre futur lointain Constituant de l’année 3016 par exemple, de fixer de nouvelles dispositions selon les mêmes règles ou procédures ? Ce Constituant de 2016 s’était pourtant permis de modifier des dispositions fixées antérieurement par d’autres aussi légitimes constituants !
En France, ils tomberaient sous le coup de la loi pénale
Il faut dire que c’est le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, un autre professeur de Droit public, Ismaïla Madior Fall, qui a été le premier à chercher à faire revenir les juges constitutionnels sur les bancs de la Faculté des sciences juridiques. Il a fait une note explicative intitulée «comprendre le report de l’élection présidentielle du 24 février 2024», et dans laquelle il s’est permis de répondre à sa propre question : « Est-ce que le Conseil constitutionnel peut censurer la loi constitutionnelle ?» Ainsi, explique-t-il, dans l’esprit d’une justice « prédictive », que la haute juridiction ne saurait faire autrement que d’avaliser la loi constitutionnelle. Il s’est également évertué à leur montrer que le décret pris par le président de la République, le 3 février 2024, suspendant le processus électoral, relève de la catégorie des actes de gouvernement qui bénéficient de l’injusticiabilité constitutionnelle. On peut dire qu’il a bien tort d’engager le débat pour provoquer les réactions examinées ci-dessus. Si le Conseil constitutionnel le suit dans «sa plaidoirie», on pourra toujours dire que les juges ont subi une influence, une pression de la part des autorités gouvernementales. Au demeurant, toutes ces prises de position participent de certaines formes d’influence, du reste inacceptables, sur les juges. On peut en outre interroger la question de la rationalité affective qui peut peser sur le délibéré des juges.
En effet, quand votre ancien professeur de Droit, que vous respectez, que vous pouvez vénérer, vous indique la « bonne » voie à suivre pour trancher un contentieux, assurément, toute personne peut avoir tendance à être sensible à cette injonction. On a bien vu que cela devient une habitude au Sénégal, que les différents professeurs de Droit s’autorisent à écrire publiquement, dans les journaux, le factum à la place du Conseil constitutionnel ou de tout autre juge. De telles prises de position peuvent constituer de véritables déterminants qui peuvent fortement conditionner un juge. Aussi, la suspicion qui va entourer la décision que prendront les juges sera renforcée. Est-il besoin de rappeler que les juges ne sont que des êtres humains avec des sentiments.
Aux Etats-Unis d’Amérique, une caricature voudrait que « la Justice reflète ce que le juge a mangé au petit-déjeuner ». Dans l’esprit de protéger davantage les juges de ces formes de pression, le législateur sénégalais devrait songer à adopter une loi comme celle existant en France. L’article 434-16 du Code pénal français dispose : «La publication, avant l’intervention de la décision juridictionnelle définitive, de commentaires tendant à exercer des pressions en vue d’influencer les déclarations des témoins ou la décision des juridictions d’instruction ou de jugement, est punie de six mois d’emprisonnement et de 7500 € d’amende. Lorsque l’infraction est commise par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables.»
Au Sénégal, cette interdiction n’est faite qu’à l’endroit des magistrats. Il n’est nullement question d’une remise en cause d’un quelconque droit de critique d’une décision de Justice. La doctrine enrichit l’œuvre de Justice par cet exercice. Ce droit de critique, et parfois de contestation, demeure aussi une faculté encadrée par la loi, encore qu’elle ne saurait être exercée qu’après le prononcé du verdict. Le faire avant procède indubitablement d’une forme de discrédit de la Justice.
L’heure de choisir entre la peste et le choléra
On ne le dira jamais assez, la décision de Justice, quelle que soit sa portée, ne permettra pas de régler définitivement la question éminemment politique du report de l’élection présidentielle. Il apparaît que le rendez-vous initial du 25 février 2024 sera fatalement manqué. La question est moins de savoir si Macky Sall est un démocrate ou est le pire des dictateurs que la terre n’ait jamais connus. Il s’agit de sortir le Sénégal d’une impasse. Les acteurs publics ne pourront alors qu’essayer de s’y faire avec un nouveau calendrier électoral. Il faudra forcément accepter une autre date pour l’élection du président de la République. Le refus obstiné de discuter pour s’accorder sur la date du 15 décembre 2024 ou sur une autre date, présente assurément de graves risques pour la paix civile et la stabilité institutionnelle et le système démocratique. Il faudrait bien que ceux qui voudraient renverser la table des négociations, sachent que leur jusqu’au-boutisme pourrait mener à une situation extrême d’un putsch militaire (Que Dieu nous en préserve !). Mais si par malheur cela arrivait, au lieu du 15 décembre 2024, l’élection se tiendrait au meilleur des cas en 2027. Il suffit en effet d’observer autour du Sénégal, que tous les régimes putschistes qui avaient promis de courtes transitions sont restés au pouvoir depuis plusieurs années et ne songent pas encore à organiser des élections.
Par Ndiaga SYLLA
POURQUOI PRONER LE DIALOGUE MAINTENANT ?
L’unique dialogue qui se justifie, dans le contexte actuel, consiste à respecter le droit du peuple sénégalais à choisir, de manière libre et démocratique, son président de la République
Pourtant le dialogue ne fut nullement instauré en des moments cruciaux : Lorsqu’en 2017, jusqu’à la veille des élections législatives, près de 2 millions d’électeurs n'avaient pas encore reçu leur carte d’identité/électeur biométrique CEDEAO mise en place lors de la refonte du fichier électoral, au point que le Président de la République décida, au dernier moment (à une semaine du scrutin), de saisir le Conseil constitutionnel pour avis...
Le Conseil constitutionnel avait invalidé 22/27 candidatures à l’élection présidentielle de février 2019 dont 20 l’avaient été pour défaut de parrainage. La liste proportionnelle de la principale coalition de l’opposition, lors des élections législatives de juillet 2022, a été annulée par le Conseil constitutionnel, écartant ainsi de la course des ténors de l’Opposition...
Or, l’approche dans le cycle électoral favorise la réforme électorale entre l’évaluation des élections précédentes et le démarrage de la période préélectorale. Dès lors, le dialogue avait bel et bien eu lieu conformément à la tradition sénégalaise. En outre, le fichier électoral avait été audité une énième fois par des experts internationaux. Il s’y ajoute que l’administration avait quasiment fini de remplir tous les actes préparatoires et avait mis en place le dispositif matériel pour un bon déroulement du scrutin. Ainsi, même les bulletins de vote avaient été édités. C’est dire que le Sénégal est actuellement prêt à organiser l’élection présidentielle !
Par conséquent, le crime que l’on tente de commettre en présence de plusieurs témoins, notamment la communauté internationale à travers ses Observateurs, ne saurait prospérer ! Il est de la responsabilité des 7 Sages du Conseil de rendre leur verdict en application de la Constitution et des lois, afin que la République ne soit assassinée par des calculateurs et comploteurs au moyen fallacieux d’un dialogue qui ne vise qu'à redistribuer les cartes.
La Cour constitutionnelle tant réclamée et actée dans la Charte des Assises Nationales sera instituée par le futur régime issu de l’élection présidentielle du 10 mars 2024 probablement : une nouvelle date à fixer par le Conseil constitutionnel en respectant la période de campagne électorale (20 jours). L’unique dialogue qui se justifie, dans le contexte actuel, consiste à respecter le droit du Peuple sénégalais à choisir, de manière libre et démocratique, son Président de la République.