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3 avril 2025
Opinions
LE CHEMIN DE RABAT…
Ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu le terme : rabat d’arrêt. Il a été d’ailleurs plus familier aux Sénégalais avec Karim Wade, puis Khalifa Sall en 2019. Que ce fut long ce voyage avant d’atterrir à la Cour suprême.
Ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu le terme : rabat d’arrêt. Il a été d’ailleurs plus familier aux Sénégalais avec Karim Wade, puis Khalifa Sall en 2019. Que ce fut long ce voyage avant d’atterrir à la Cour suprême. Les deux n’en ont pas été bien servis. Sonko a décidé, lui aussi, de prendre le chemin de rabat… d’arrêt. Après des escales au Tribunal de Ziguinchor, à la cassation, au Tribunal d’instance de Dakar… C’est un rabat et des arrêts.
par Francis Laloupo
BURKINA FASO, LE TOURNANT DESPOTIQUE
Les burkinabè assistent à l’irrésistible ascension d’un homme, bien plus soucieux de construire sa propre légende que de restaurer l’intégrité du territoire national largement investi par une kyrielle d’entités armées non étatiques
Alors que les résultats de la lutte contre leterrorisme se font attendre, le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition, met en scène sa propre personne et déploie un agenda de confiscation durable du pouvoir d’Etat. Entre répression méthodique des oppositions et tentation despotique, un système qui change le visage du Burkina Faso…
Début novembre, le capitaine Ibrahim Traoré, homme fort du coup d’Etat du 30 septembre 2022, a énoncédans un communiqué ce qui peut être considéré comme la ligne directrice de son régime. Selon le président de la junte dénommée « Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) », « les libertés individuelles ne priment pas sur celles de la nation, car une nation ne se construit pas dans l’indiscipline et le désordre ».Des propos qui interviennent dans un contexte marqué par une charge décomplexée du pouvoir militaire contre les droits humains dans un pays où la société civile avait, en 2014, engagé une fière reconquête des espaces de liberté et de démocratie. Le jeune capitaine âgé de 35 ans semble bien décidé à faire table rase de tout ce qui, il y a peu encore, participait de la construction d’un Etat de droit, garant de l’expression des libertés collectives et individuelles. Au fil des mois, depuis le coup d’Etatde septembre 2022 qui intervenait, tel un « putsch dans le putsch », après celui dirigé huit mois plus tôt par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, les burkinabè assistent à l’irrésistible ascension d’un homme, bien plus soucieux de construire sa propre légende que de restaurer l’intégrité du territoire national largement investi par une kyrielle d’entités armées non étatiques.
N’hésitant pas à convoquer grossièrement Thomas Sankara dans ses discours, le capitaine putschiste Ibrahim Traoré familièrement appelé « IB », stimule un véritable culte de sa personnalité. En cela, il peut compter sur des thuriféraires exaltés qui ont privatisé la rue pour exprimer leur fanatique adhésion à une suspecte promesse de « révolution ». Adepte d’un pouvoir autoritaire et exclusif, l’inénarrable « Che Guevara » de Ouaga déploie une politique de répression systématique à l’encontre de tout citoyen soupçonné de remettre en cause la volonté présidentielle. Et, considérant que tous les burkinabè sont devenus indistinctement et uniformément desindividus au service de son projet, il précise dans un communiqué que « celles et ceux qui ont des propositions peuvent les reverser à mon cabinet. »On notera qu’il s’agit de s’adresser, non pas au gouvernement ou toute autre autorité, mais à « son » cabinet. Et tout cela, au nom, dit-il, d’une « guerre imposée à notre génération ». Au nom d’une lutte contre le terrorisme dont les résultats semblent s’éloigner, à mesure que le nouveau Conducator de Ouaga s’extasie dans la contemplation de sa propre personne…
Un régime ayant vocation à durer
L’homme qui se veut providentiel s’est auto-investi d’une mission : celle de faire émerger un être nouveau, un burkinabé soumis au système qu’il dirige, exigeant « ordre et discipline ». On pourrait en conclure à la simple caricature, si cela ne mettait pas en danger les fondements d’un pays dramatiquement meurtri par l’insécurité et les offensives de groupes armés qui ont réussi à faire reculer l’autorité de l’Etat sur près de la moitié du territoire. On pourrait aussi en sourire si tout le théâtre auquel se livre le capitaine IB ne servait, ni plus ni moins qu’à créer les conditions d’une transition à durée indéterminée. Ce qui conduirait à imposer un pouvoir de fait, tirant un succédané de légitimité d’une indéfinissable « voix du peuple » qui se défie de la vertu des élections et des choix démocratiques. Fort de ses raisons populistes, un tel régime aurait vocation à durer. C’est en tout cas le projet du capitaine putschistedevenu un dispensateur de leçons de bonnes pratiques et de conduite citoyenne. Ibrahim Traoré s’était même fendu d’une leçon de « souveraineté » à l’adresse de ses homologues africains présents au Sommet Russie-Afrique qui s’est tenu à Saint Pétersbourg du 27 au 28 juillet 2023, sous le regard amusé de Vladimir Poutine. Plusieurs dirigeants africains s’étaient alors offusqués de cette incongruité et d’un « manque de respect » de la part de ce « jeuneputschiste » qui s’évertuait par ailleurs à jouer en ces lieux au favori zélé du maître du Kremlin.
Tout en usant sans modération du prêt-à-récitersouverainiste et anti-impérialiste propre aux néo-putschistes, le capitaine Traoré sème méthodiquement les graines d’une présidence sans opposition. Déjà, des groupes de soutien ont vu le jour, réclamant « IB pour toujours ». Les officines de propagande déversent les louanges sur les réseaux sociaux. L’homme s’en flatte et s’en délecte. Les trolls délégués activent au profit du pouvoir militaire une guerre informationnelle et des campagnes de désinformation qui ont trouvé depuis 2020, un terreau fertile au Burkina Faso, grâce notamment au concours des agents du groupe Wagner. Dans la mise en scène du spectacle IB, se mêlent indifféremment le narcissisme débonnaire, la ruse, une dose conséquente de mégalomanie, une défiance fébrile à l’égard des intellectuels, la tentation despotique et une évidente jouissance du pouvoir.
Une arme de destruction massive des oppositions
Dans ce contexte, les manifestations des organisations syndicales et de la société civile sont « suspendues », alors même que, dans le même temps, celles des partisans de la junte sont, sans vergogne, autorisées. La politique de « réquisition »consistant à envoyer au front « tout citoyen en âge de combattre » est en passe de devenir une arme de destruction massive des oppositions. Se référant à une rhétorique prétendument « révolutionnaire »,aussi archaïque que périmée selon laquelle « tout citoyen est un soldat au front », et sous le prétexte de combattre les groupes djihadistes, le pouvoir déporte littéralement des acteurs politiques et de la société civile, syndicalistes, et autres journalistes vers les théâtres du conflit. Une manière nouvelle d’envoyer les indésirables aux galères, et une instrumentalisation éhontée de la question sécuritaire, afin de consolider un régime autoritaire et de terreur.
En juillet dernier, Ablassé Ouédraodogo, ex-ministre des Affaires étrangères et président du parti Le Faso Autrement, qui n’a cessé de mettre en garde contre les dérives de ce régime, avait déclaré : « Ce qui est le plus grave, c’est la violation des droits de l’homme, la répression des libertés individuelles et collectives, la suspension des activités des partis politiques, les enlèvements et les rapts de citoyens (…) Les associations de défense des droits humains, les autorités religieuses et coutumières, tout le monde est muet. C’est vrai que tout le monde a peur. »Dénonçant « les tenants du pouvoir qui se fâchent lorsqu’on parle de l’organisation d’élections »,Ablassé Ouédraogo a été menacé de « réquisition » début novembre. Si cet ennemi désigné du régimepeut éviter la sentence du fait de son âge – soixante-dix ans -, son parti a tenu, en guise de précaution, à alerter l’opinion sur « toutes les réquisitions qui visent les hommes politiques, les syndicalistes, les journalistes, les acteurs de la société civile et autres,dans le but d’éteindre leurs voix »…
Autre nouvel outil de répression, « l’expatriation »des voix dissidentes. Ainsi a-t-on appris le 14 novembre dernier la décision prise par le pouvoir d’envoyer « en stage » en Russie une dizaine d’officiers – commandants, capitaines, lieutenants-colonels… - connus pour avoir exprimé leur désaccord avec certaines orientations du président Ibrahim Traoré. Ces officiers qui n’ont jamais sollicité le moindre stage de formation à l’étranger iront donc en Russie méditer sur la meilleure façonde marcher aujourd’hui au Burkina Faso. Cette disposition intervient au moment où le régime assume au grand jour le « resserrement » de ses liens avec la Russie, marqué par l’arrivée, à la mi-novembre, d’un premier groupe de soldats russes dans la capitale burkinabè.
Irrésistiblement, le visage du Burkina Faso se transforme, et nombre de celles et ceux qui incarnaient favorablement la réputation du pays sont contraints de se terrer ou se taire. Face aux assauts d’un autoritarisme que rien pour l’heure ne semble pouvoir infléchir, Ablassé Ouédraogo avait averti il y a quelques mois : « Si tout le monde baisse les bras, nous allons sombrer tous ensemble. Ce serait dommage pour un pays comme le Burkina Faso. Il n’y a pas de titre foncier du Burkina Faso qui appartient à un individu. Le Burkina Faso est un bien commun et nous devons le défendre ensemble. » A bon entendeur…
par Jacques Habib Sy
MULTIPLE PHOTOS
QUELQUES REPÈRES DANS LA PENSÉE POLITIQUE DE CHEIKH ANTA DIOP
EXCLUSIF SENEPLUS - Cheikh Anta a toujours observé un code de l'honneur rigide. Son enthousiasme vis-à-vis des masses et de l'accomplissement des tâches pour une révolution sénégalaise et africaine sont restées intactes jusqu'à son dernier souffle (5/5)
Le RND est finalement reconnu cinq ans après, au terme d'une bataille juridique devant la Cour Suprême sénégalaise alors dominée par les conseillers techniques français du président Senghor. En outre, l'énorme tension politique sur le plan national et l'organisation par le RND de la signature par plusieurs centaines de Sénégalais de toutes conditions d'une pétition "pour la reconnaissance de tous les partis qui en font la demande" contraignent Senghor à lâcher du lest. Les vannes d'un retour à la "démocratie multi partisane limitée" s'ouvrent et permettent le retour des partis politiques à la vie légale.
Dans le même temps, plusieurs partis politiques dont celui de Mamadou
Dia et du Parti pour l'Indépendance et le Travail notamment mettent sur pied la Coordination de l'Opposition Sénégalaise Unie à laquelle le R.N.D. refuse d'adhérer compte tenu de l'échec antérieur des pourparlers avec les mêmes partis en vue de créer un front de salut national moins complaisant sur la nature des engagements politiques qui seraient pris par les acteurs concernés.
Le programme du RND est salué par une grande majorité de Sénégalais comme un changement de cap historique dans la vie politique du pays. Cheikh Anta et ses camarades bénéficient d'un énorme capital de confiance. Fort de l'adhésion populaire au programme du parti, Cheikh Anta projette de réaliser la "jonction des idées, des masses et des cadres". Les langues nationales sont systématiquement et invariablement adoptées comme langues d'organisation et d'agitation culturelle. Les jeunes étudiants sont envoyés dans les campagnes vivre dans les mêmes conditions que les masses paysannes tout en veillant à développer l'emprise organisationnelle du parti. A l'initiative du RND un Syndicat de Paysans, Pasteurs et Pêcheurs est créé. C'est un repère historique d'une très grande portée dans l'arène politique. Car jusqu'ici, les partis de l'opposition ont tendance à négliger la "conscientisation" révolutionnaire du monde paysan par l'organisation d'une structure· permanente contrôlée par les paysans eux-mêmes et leur servant de tremplin dans la revendication de leurs droits et la lutte contre le grand capital. De février 1976 à février 1986, la vie du parti est ponctuée d'efforts organisationnels remarquables quoiqu'inégaux dans les différentes régions, de conférences de presse visant à préciser les progrès accomplis ou à mettre en garde les opinions intérieures et extérieures. Des contacts fraternels mais parfois difficiles sont maintenus avec la mosaïque de partis qui manifestent leur antiimpérialisme de façon presque antagonique parfois, notamment sur le plan tactique.
Durant cette décennie, Cheikh Anta a souvent été dénigré par d'autres partis politiques ou des intellectuels passés maîtres dans l'art de la diversion. On a essayé de saper les fondements moraux et politiques du R.N.D. en accusant Cheikh Anta tantôt de détourner d'hypothétiques fonds consentis par des pays étrangers (l'Algérie est souvent citée à tort), tantôt d'avoir conclu un accord secret avec le Président Abdou Diouf qui succède à Senghor contraint à la démission par les Français soucieux d'éviter que le verrou stratégique sénégalais ne bascule dans la révolution.
Ayant été un observateur privilégié de cette période, en ma double qualité de membre du R.N.D. et de journaliste, je peux témoigner qu'aucune de ces allégations n'est fondée. Cheikh Anta a toujours observé un code de l'honneur et de la droiture absolument rigide. Son enthousiasme vis-à-vis des masses et de l'accomplissement des tâches pour une authentique révolution sénégalaise et africaine sont restées intactes jusqu'à son dernier souffle.
Bien qu'il ait été profondément déçu par la scission politique intervenue au sein de son parti, il ne s'est jamais laissé aller au découragement et a toujours affiché une bonhommie sereine devant les revers momentanés.
En outre, Cheikh Anta a toujours observé une attitude de principe invariable devant la nécessité de savoir se passer de J'aide extérieure quelles que fussent les bonnes intentions des camarades d'autres pays qui l'offraient. Pour être pris au sérieux par ses alliés naturels du mouvement progressiste mondial, disait-il, il faut d'abord faire la preuve de son efficacité chez soi-même en aidant le peuple à bâtir l'avenir de ses propres forces et scion son propre génie culturel.
Cheikh Anta n'a jamais éprouvé aucune sorte d'attrait pour l'enrichissement, bien que la communauté scientifique internationale fût souvent prête à lui venir en aide. A sa mort, il n'a laissé derrière lui aucune fortune, pas de compte bancaire dans un pays étranger, rien. Il a toujours préféré se sacrifier avec son épouse sans le secours de l'État, en assurant à ses enfants une éducation qui leur permette de se rendre utile à l'Afrique au niveau le plus élevé. A sa mort, le cadre dépouillé dans lequel il a toujours vécu dans sa modeste résidence adossée aux flancs de l'Université qui porte aujourd'hui son nom, a forcé le respect
et l'admiration des rares personnes qui pouvaient encore douter de sa grande probité morale.
Les leaders de plusieurs partis marxistes sénégalais me confièrent le jour de son enterrement qu'ils étaient très sensibles au fait que Cheikh Anta n'a jamais fait profession de foi antimarxiste, même lorsqu'il s'efforçait avec la profondeur de vues qui le caractérise de critiquer certains aspects du matérialisme historique.
Les lignes qui précèdent ne doivent rien à la subjectivité ou si elles en sont imprégnées tant soit peu, c'est parce qu'elles reconnaissent sans détours la validité de rapproche politique et l'éblouissante personnalité morale et intellectuelle de ce pharaon de la politique africaine.
Il est grand temps de relire avec maturité et esprit de suite le message politique de Cheikh Anta Diop. La présente génération de patriotes africains et de la diaspora négro-africaine est pour ainsi dire condamnée à trouver sans délai les meilleures voies de dépassement de la catastrophe politique, économique et socio-culturelle dans laquelle de puissantes forces de domination tentent de précipiter l'Afrique. Encore une fois, Cheikh Anta avait raison de dire que les conditions d'exploitation accélérée de nos ressources naturelles non renouvelables, en particulier par l'impérialisme, rendent impérative et urgente la libération totale du continent.
Les dégâts sont si profonds, ils ont laminé la fibre culturelle, psychologique et sociale des sociétés africaines avec tant de brutalité efficace que les tâches colossales qui attendent les révolutionnaires africains ne sont pas celles que l'on croit généralement, c'est-àdire les moyens victorieux de la libération politique et militaire à proprement parler. Ces responsabilités sont peutêtre de même nature que celles auxquelles font actuellement face les révolutionnaires vietnamiens, avec une gravité sans doute décuplée par les ravages de plusieurs siècles de domination arabe, européenne et américaine.
Aucun continent, aucun groupe racial de l'histoire humaine n'a subi avec autant de permanence et de férocité, dans la solitude et la détresse, les plus totales parfois, tant d'assauts nés des différentes étapes de la marche des peuples vers de nouveaux espaces à conquérir, de nouvelles richesses à accumuler, de nouveaux empires à bâtir.
Nous devons tous savoir gré à Cheikh Anta Diop de nous avoir ouvert un champ théorique et pratique aux dimensions prométhéennes sur le rôle de l'intellectuel organique, pour reprendre une formule chère à Gramsci. Il est temps, il est grand temps que l'Afrique et tous ses enfants de la Diaspora se saisissent du projet afin d'être capable d'arpenter avec détermination et courage les sentiers si escarpés de la révolution. Il s'agit que, sans peur, l'Afrique puisse faire face aux nécessités si douloureuses des fractures telluriques, accoucheuses d'une société fondamentalement sevrée de l'aliénation sous toutes ses formes. Il est finalement temps que jaillissent de nos consciences endolories par le poison de l'aliénation, la détermination vraie, celle par laquelle nos ancêtres, les Chaaka, Samori Turé, Ndjadiaan NDiaay, les NDioya, Nzinga, Saïdu Umar Taal, NDaté Yalla, Kankan Musa, les Kocc Barma et tant d'autres héros anonymes de la grande nation africaine ont réussi à faire face à l'extermination tout en fondant leurs espoirs sur la génération à qui incombera la mission historique de repousser l'envahisseur hors du foyer ancestral.
Cette génération historique pourrait être la nôtre à condition qu'elle comprenne que l'Afrique est aujourd'hui en face des grandes entités fédérées asiatiques (Chine, Union Soviétique, Inde), Nord-américaines (Etats-Unis, Canada) et européenne et que son avenir dépend de sa capacité à se fédérer en un puissant État qui sera alors en mesure de faire face aux menaces qui viendraient des fédérations américaine et européenne. Face au monde, comme Cheikh Anta n'a inlassablement cessé de le répéter depuis quarante ans, l'Afrique ne saurait trouver le salut en dehors de la fédération. Par ses richesses, ses formidables potentialités humaines et culturelles, l'Afrique est un géant, un colosse dont le génie libéré peut contribuer de manière décisive à résoudre les problèmes auxquels l'Occident n'a pas su apporter de solutions adéquates.
Au risque de disparaître sous la pression des alternatives génocidaires, l'Afrique est condamnée, dans des délais « non prohibitifs », pour paraphraser Cheikh Anta, à libérer ses forces productives dans le sens du progrès. Il s'agit de faire pièce des tentatives à peine voilées de recolonisation, des projets ouverts et menaçants de réédition de l'aventurisme fasciste Blanc tels qu'ils se manifestent en Afrique australe. Il s'agit surtout de bâtir des économies fortes d'un puissant niveau de développement des forces productives africaines et fonctionnant sur la base d'un mode de production fondamentalement socialiste, un socialisme authentique que l'Afrique peut avoir le privilège d'inventer en l'enrichissant des fécondes expériences tentées ici et là par le monde.
Le problème le plus lourd de conséquences est celui des ingérences militaires et de la menace thermonucléaire sud-africaine. A peine rescapée de l'esclavage sous la férule européenne et nord-américaine qui l'a dépeuplée de 150 à 250 millions de personnes, après la longue nuit coloniale suivie des tragiques ratés de l'ère néocoloniale, I' Afrique est de nouveau au centre des batailles géostratégiques mondiales. Le partage de Berlin pèse plus que jamais dans le destin de l'Afrique. Les anciennes puissances coloniales rivalisent d'agressivité dans le contrôle d'une part qu'elles veulent toujours· plus importante du gâteau africain. La France, en particulier, mène tambour-battant une politique de la terre brûlée sous une forme moderne. Elle fomente un peu partout des coups d'État militaires à moins qu'elle ne décide d'intervenir militairement comme elle l'a fait au Cameroun de 1960 à 1962, à Brazzaville en 1963, à Libreville en 1964, à Bangui en 1967 et en 1979, au Tchad depuis 1968, au Sahara occidental et au Shaba plus récemment, pour ne citer que quelques exemples. C'est donc une guerre ouverte et des plus meurtrières qui est engagée contre l'Afrique, devenue pour la circonstance la terre d'élection de bases militaires et de points d'appui logistiques (Dakar, Abidjan, Monrovia, Kinshasa, etc.) pour le déploiement des troupes d'agression étrangères.
L'insécurité militaire qui prévaut en Afrique pétrifie et annihile toute tentative de recentrage des économies nationales. Devant une telle situation, suggère Cheikh Anta, « il faut comprendre que la sécurité précède le développement ». Seule une puissante armée observant la double intégration à l'échelle panafricaine et populaire est capable de garantir l'indépendance africaine. Il ne faut pas se bercer d'illusions la présence cubaine en Angola, l'impuissance des pays dits de la Ligne de Front face au formidable arsenal sud-africain de destruction construit par l'Europe et les Etats-Unis, la guerre civile tchadienne, l'invasion marocaine du Sahara et peut-être un jour du Sénégal, les génocides signalés au Burundi, au Libéria sont autant de manifestations de l'agressivité impérialiste et de l'impotence des régimes amarrés au projet de génocide de l'Occident.
Pendant ce temps, il se trouve des Africains pour parler d'Eurafrique et de "métissage culturel" !
Comment cette contradiction monumentale est-elle encore possible au moment où l'Afrique n'arrive même plus à compter les cadavres emportés par le tourbillon meurtrier du chantage économique, de l'agression armée et de l'assassinat culturel ?
Recentrer l'Afrique sur elle-même, lui permettre de construire l'unité de ses peuples sur la base d'un socle culturel et historique commun, faire accéder les langues au statut privilégié d'outils principaux de la recherche et du développement scientifique et technologique, bouter hors de notre espace économique le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et tous les organismes du même genre, barrer toutes les tendances à la spécialisation industrielle et agricole imposées par les centres de décision capitalistes, se passer de toute tutelle y compris celle ordonnancée par "assistants techniques" interposés, assurer la santé au peuple, éduquer ce dernier, l'instruire des échecs passés, lui redonner les armes du jugement critique, de l'exercice du véritable pouvoir populaire et les vertus de l'organisation : telles sont les espaces de liberté que Cheikh Anta a tenté d'explorer avec l'Afrique pendant quarante années d'une très longue marche.
Cheikh Anta voulait marcher avec l'homme africain, avec tous les hommes. Il voulait initier une marche forcée qui s'étirait dans le temps, des origines africaines de l'humanité au splendide classicisme négro-égyptien, de la saga des sages de San koré aux maquis de Chaaka et Samori. Il n'a jamais cessé de marcher de ce pas alerte et gaillard vers les maquis intellectuels les plus dangereux et les plus complexes, prêchant depuis 1952 au moins, "l'organisation, l'organisation, l'organisation, et toujours l'organisation, sous toutes ses formes". Jusque dans la mort, et par-delà celle-ci, Cheikh Anta continue sa marche victorieuse dans les consciences enfin déverrouillées de militants de plus en plus nombreux dans l'Afrique et ses diasporas.
Et ces paroles prononcées par ce tribun sublime de la cause africaine au cours d'une conférence de presse mémorable à la Chambre de Commerce de Dakar, le 10 août 1981, nous reviennent comme l'écho du testament politique de Cheikh Anta Diop, un testament peut-être impérissable, plus fort que le temps :
"Rappelez-vous que dès que je suis rentré au Sénégal, j'ai tout de suite participé à la création d'un parti politique qui s'appelait le B.M.S. Depuis que j'ai pris conscience, à tort ou à raison, je crois que je me suis engagé sans réserve pour la cause africaine. Je crois que cela est un fait évident, quels qu'en soient les résultats. A Paris, nous étions d'abord en plein climat d’apolitisme. Nous étions les premiers à dire qu'il fallait faire de la politique, être les meilleurs à l'université et aussi les plus actifs sur le terrain de la lutte politique. A l'époque, quand des Africains voulaient vous refuser quelque chose, il n'était pas rare de nous entendre répondre : "c'est de la politique". Nous disions il fallait en faire, précisément pour notre libération. Et cette action nous l'avons continuée tant bien que mal pendant dix ans. A Paris nous avons écrit, nous avons fait des conférences pour conscientiser tous les éléments de notre génération qui sont ici aujourd'hui ; certains sont dans le gouvernement, d'autres sont dans le pays, ils peuvent le dire.
"Et dès que nous sommes rentrés, j'ai d'abord commencé à faire le tour du Sénégal pour conscientiser précisément l'opinion sénégalaise en ce qui concerne les problèmes vitaux dont je parlais tout à l'heure. Dans toutes les grandes villes du Sénégal, j'ai traité du problème de l'énergie, de la maîtrise de l'eau et autres, et de la désertification .... Je ne peux pas dire ''si on nous avait écouté", parce que ça ne dépendait de personne. Mais enfin si ces idées avaient été mises en œuvre à temps, nous aurions gagné une génération et aujourd'hui il y aurait eu un rideau de verdure entre le désert et nous, et nous aurions conjuré la crise de l'énergie, etc.
"Voilà ce qui était à ma portée et que j'avais fait à cette époque. Et mieux que cela : j'ai voulu incarner ces idées-là dans le cadre d'un programme politique cohérent. Et c'est la raison pour laquelle nous avions créé le B.M.S. Reprenez le programme du B.M.S., vous verrez en toutes lettres toutes les idées que j'ai développées à l'époque. Quand vous prenez les "Fondements économiques et culturels d'un futur État fédéral d'Afrique noire" les quatorze points qui sont à la fin, ce sont les quatorze points qui constituaient le programme du B.M.S. Et précisément, c'était une sorte d'incarnation de toutes ces théories-là. Et donc nous avions essayé de mettre à l'œuvre toutes ces idées dans le cadre d'un parti politique.
"Mais vous le savez bien, le B.M.S. a eu une vie politique très brève. Et je ne crois pas que ce fut ma faute si la vie politique du B.M.S. fut brève.
"Ensuite, nous allons recréer un autre parti politique qui fut le F.N.S. et ce parti a été interdit à son tour. Vous connaissez toutes les alliances politiques que nous avons contractées pendant tout ce temps. Vous savez bien que l'honneur nous commandait à partir d'un certain moment de ne plus créer de parti politique parce qu’il y avait une condition sine qua non à laquelle je ne pouvais pas me soumettre. Je ne veux plus rappeler ces choses-là parce que ça aurait des relents de polémique et je ne veux pas faire de la polémique. Ce ne sont que des rappels historiques.
"Mais je crois que les résultats d’une action politique, on ne peut les voir qu’avec le recul du temps. Il y a une imprégnation qui se fait au niveau des masses et au niveau des intellectuels. C’est paradoxal, mais comme on dit, nul n’est prophète chez soi. Et aujourd'hui, mon influence est incomparablement plus grande en Amérique dans les trois Amériques et dans les colonies anglophones et aussi en dehors du Sénégal. Allez interroger toute la jeunesse universitaire africaine en dehors du Sénégal. Vous serez surpris. Combien de fois des Sénégalais sont venus des Etats-Unis et ils sont ahuris parce que vous savez bien que là-bas la flamme a pris et que toutes les idées que j'ai développées sont reprises dans toutes les universités américaines, en particulier, dans les universités américaines noires, et que chaque année les Américains forment justement des délégations pour venir ici et rester avec nous pendant une quinzaine de jours au moins pour aller ensuite continuer leur itinéraire en Afrique ou en Égypte, etc. Ce n'est pas ma faute si les idées ne sont pas développées dans le pays même où je suis né. Pour des raisons particulières, ce pays a pris du retard par rapport au reste de l'Afrique (applaudissements).
« Alors, militantisme progressiste !? Nous verrons qui est progressiste et qui ne l'est pas ! (Applaudissements répétés). Je crois, tout ce qu'on peut, c'est s'engager sans réserve. C'est tout ce qu’on peut faire et il faut le faire aussi honnêtement. Je crois que dans chaque situation, depuis que nous avons pris conscience, nous avons essayé de faire le maximum pour l'Afrique, et rien d’autre. Évidemment, avec toutes nos faiblesses humaines. Je ne prétends pas être un modèle de quoi que ce soit. Je suis l avec toutes mes imperfections. Mais il y a au moins cette tension en moi-même qui est une tension politique et morale qui existe et qui ne s’éteindra qu'avec ma vie : c’est de servir l’Afrique. Et cela, on ne peut pas nous l'enlever (applaudissements).
« Vous verrez avec le recul du temps comment on peut être progressiste et qu'est-ce qu'on peut appeler vraiment en Afrique le progressisme. Je crois en tous cas que le progressisme suppose beaucoup de courage moral, et, je crois que le courage moral nous a valu beaucoup de difficultés. Je ne veux rien quand je ne suis pas convaincu de ce que je fais, et c’est ce qui a expliqué souvent mes options qui sont des options très difficiles dans des situations très difficiles que vous connaissez très bien. Je crois que c’est cela le progressisme. C’était très facile d'avoir un autre comportement.
« Maintenant, si nous voulons aller au fond du problème, il faut éviter de rattacher l'individu à ses coordonnées familiales, et coûte que coûte. Il y a des gens dont l'horizon et le jugement est faussé parce qu'ils se disent que si on est d'une certaine extraction sociale, on ne peut pas être un progressiste. C'est comme si on était condamné, frappé d'une tare congénitale. Je crois que ce n’est pas vrai. Marx était un bourgeois. Lénine était un petit-bourgeois de famille. Engels était un grand bourgeois ; il nourrissait même Marx quand il était dans la disette. Donc le progressisme c'est une option. Toute l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm (à Paris), c'est toute la bourgeoisie intellectuelle française, mais ils étaient tous inscrits immédiatement après la guerre au Parti Communiste Français. C'était une option chez eux. Maintenant il y en a beaucoup moins. Par conséquent, il ne faut pas que vous disiez comme cela, a priori, que l'on est progressiste, que l'on est apte au progressisme que si on est né dans certaines couches sociales et que si on est né dans une autre couche sociale on ne peut pas être progressiste.
« Il y a des exemples vivants de ce suicide de classe. Ce suicide de classe, nous l'avons fait. Nous avons refusé tout ce qui aurait pu ressembler à une situation matérielle, à une situation confortable pour être plus libre sur le plan du choix intellectuel et moral
(Inaudible). Mais nous ne pouvons pas renier nos origines, nous n'y pouvons rien. Par contre, nous avons employé le plus clair de notre temps à relativiser cette notion dans nos écrits et à permettre même à la conscience sociale sénégalaise en particulier, qui, à bien des égards, est une conscience rétrograde, en tous cas conservatrice, de dépasser précisément cette situation. Je n'en veux pour preuve que mes derniers écrits. Lisez-le et méditez-le : j'ai écrit un ouvrage qui va sortir dans trois semaines, qui est intitulé "Civilisation ou Barbarie". Lisez attentivement la partie qui porte précisément sur les lois d'évolution des sociétés, et nous en reparlerons.
« Voilà comment je crois devoir agir en homme progressiste pour délier la société sénégalaise de ses entraves structurelles qui, quoi qu'on dise, existent encore en profondeur. Et chaque fois, c'est un va-et-vient, je ne suis pas seulement un homme de théorie. J'ai essayé à ma façon, qui est évidemment je vous le concède, une façon très gauche, très maladroite peut-être (brefs rires étouffés de l'orateur), parce que trop sincère, de faire prendre chair à toutes ces idées dans le cadre d'une action politique qui peut vous paraître souvent trop linéaire. Donc, du militantisme progressiste, nous en reparlerons encore.
« En tous cas, sachez que, et là aussi je m'adresse aux jeunes intellectuels africains qui sont ici ou aux intellectuels en herbe que sont les écoliers qui sont là, sachez que votre fonction intellectuelle principale est de rendre précisément aux faits sociologiques africains leur sens et que cela vous oblige à faire des analyses en profondeur et des analyses cohérentes. Et le jour où vous vous situerez sur ce terrain-là, vous nous rencontrerez ».
Grâce au pétrole, les Emirats Arabes Unis (EAU) accueillent le monde entier pour se pencher sur… l’après pétrole. Drôle de mission pour cet Etat fédéral de la péninsule arabique qui a forgé sa prospérité économique à l’aide de l’or noir !
Grâce au pétrole, les Emirats Arabes Unis (EAU) accueillent le monde entier pour se pencher sur… l’après pétrole. Drôle de mission pour cet Etat fédéral de la péninsule arabique qui a forgé sa prospérité économique à l’aide de l’or noir !
Idée désarçonnante, s’il en est ! L’énoncé de cette renversante option peut même faire perdre à des pays leur assurance tant les perspectives s’annonçaient heureuses… Demain, l’après pétrole va façonner les esprits et les habitudes, les conduites et les comportements en toile de fond d’une société travaillée par de nouveaux rapports.
Toutefois, l’affaire se corse quelque peu avec la récente sortie concertée des géants pétroliers qui se montrent prêts à renoncer graduellement aux énergies fossiles pour épouser la nouvelle tendance des énergies renouvelables.
Shell, ExxonnMobile et TotalÉnergies s’engagent résolument à « tourner la page » convaincus que l’actuel pic pétrolier traduit mieux que chiffres et arguments à l’appui, l’épuisement des ressources non renouvelables, de surcroît responsables de la pollution de la planète et du réchauffement du climat.
Nul ne prétend vivre des acquis du passé quand ceux-ci compromettent l’avenir. A l’aune des préoccupations mondiales, les gloires d’antan cessent de s’ériger en modèles de réussite. Mais pour ne pas subir des avatars ou des aléas, ces majors, après avoir tu leurs querelles de leadership, ont injecté d’énormes capitaux dans la recherche fondamentale afin de ne pas perdre l’initiative.
Le texte commun qu’ils ont signé et rendu publics reflète leur état d’esprit conquérant sur les enjeux de demain. Leur renonciation s’apparente aussi à une concession. Soit. Elle obéit néanmoins à une stratégie qui se dévoile peu à peu. A tout prix, les majors en question tentent, par ces démarches, de s’affranchir de la pression des tenants de la « ligne fossile ».
Une façon pour eux de s’impliquer dans le combat climatique que mène, sabre au clair, la Conférence des parties (COP) dont la 28ème édition, qui s’ouvre jeudi à Dubaï, va davantage insister sur les inflexions nécessaires pour sauver le monde. L’empreinte carbone va imprégner les travaux comme un rempart contre l’inquiétante gourmandise des hommes.
Davantage d’acteurs de premier plan privilégient désormais l’énergie responsable en se délestant des activités « hautement polluantes » au profit du gaz naturel, du solaire, de l’éolien, de la biomasse devenus comme par enchantement les leviers de substitution à l’imminence de la raréfaction du pétrole dont l’apogée de situation pâlit inexorablement. Dans de feutrées transactions entamées à l’abri des regards inquisiteurs, les majors ont posé des actes qui en disent long sur les intentions cachées.
Le Groupe Total, devenu TotalEnergies aère son portefeuille pour mieux refléter son ambition multi-énergies. Ce changement d’appellation lui a valu d’être bien en cours dans les cercles de haute décision pour avoir racheté un fabricant de batteries.
Shell a développé une approche similaire en acquérant à son tour un épais réseau de bornes de recharge pour véhicules électrique implantée en Europe. L’élan vers les énergies propres signifie-t-il un abandon implicite du pétrole ? Les spécialistes des hydrocarbures tablent sur vingt ou trente ans de survie de l’or noir. Les géants en seraient affectés certes, disent-ils.
Mais les mêmes s’empressent d’ajouter qu’à cette ultime échéance, qu’aucun parmi les plus grands ne serait pris de court, à l’image des compagnies américaines Exxon et de Chevron, qui misent sur les biocarburants.
Il en est de même de l’italien Eni devenu à son tour spécialiste d’électricité renouvelable et très orienté dans la diversification avec les énergies vertes comme ossature. Une fois posés les grands principes identitaires, les grands compagnies s’organisent pour « affronter » les nouvelles réalités tout en prêtant une oreille attentive aux humeurs des opinions et aux échos des adeptes de la sobriété écologique.
De ce fait, les énergies vertes ont le vent en poupe. Alors quid du pétrole, principalement en Afrique ? Quelle lecture de la conjoncture avoir avec ce virage ? Quel modèle économique s’offre à nous, futurs producteurs d’énergie fossile ? Quelle réponse formuler devant cette levée de bouclier au détriment de l’or noir ?
Tous les pays pétroliers de la façade atlantique s’inquiètent de la convergence des majors à plébisciter la transition énergétique sur laquelle ils n’ont pas prise. De la Mauritanie à Madagascar en passant par le Congo, le Gabon, le Sénégal, le Mozambique ou l’Angola, il n’y a pas de cohésion, pas même de cohérence pour unifier la position africaine et songer à défendre une cause commune.
Or cette absence de consensus fragilise l’Afrique en dépit des richesses qu’elle détient. Le piège risque de se refermer à nouveau sur les matières premières africaines si le continent rate l’occasion de « parler d’une voix » pour arracher des concessions à de grands groupes qui ne comprennent que le langage des rapports de forces.
En les frappant au portefeuille tout en misant sur les énergies de demain sans toutefois renoncer aux hydrocarbures, l’Afrique s’offre une chance rare de peser sur les négociations tout en envisageant le futur avec une certaine sérénité que ne permettrait la course irréfléchie aux gains faciles.
Les oscillations actuelles de l’Arabie Saoudite et les agitations observables dans le pourtour du golfe persique participent d’une stratégie de repositionnement devant des écosystèmes « sans héros pédagogues » pour les sauver de l’inéluctable fatalité.
Seule une façon nouvelle de vivre articulée à une exploitation « raisonnée » des ressources rétablirait les grands équilibres malmenés par l’appétit insatiable de gains entre géants des hydrocarbures. Trop d’alibis subsistent encore.
Certains producteurs évoquent le rôle éminent du pétrole dans la trajectoire industrielle des pays développés pour s’offusquer de ce tardif réveil à propos des énergies renouvelables.
D’autres en revanche pointent l’index sur l’égoïsme des nations prospères pour justifier leur empressement à tourner la page du pétrole dans l’ultime but de maintenir les écarts de progrès. En d’autres termes, le long terme ne s’apprécie par les mêmes termes et de la même façon sur notre planète terre.
Des régions entières se hâtent de domestiquer les évolutions surtout technologiques, d’autres apprivoisent lentement la Nature qui appartient, selon eux, à tous les vivants, donc pas exclusivement à l’homme, fut-il doué de raison. Ont-ils le droit de donner des leçons s’ils ne sont pas des modèles d’exemplarité ?
Le pillage des ressources ne s’oublie pas. A cela s’ajoute aujourd’hui la montée en puissance des « gardiens des temples », des vigies, des veilleurs, des opinions de plus en plus éclairées, des contrepouvoirs, des Parlements, des lanceurs d’alertes, des médias et des partenaires multilatéraux moins complaisants et de plus en plus regardants.
Après tout, les ressources appartiennent au… peuple, dixit la Constitution.
Par Hamidou ANNE
PAS UNE ELECTION, MAIS UN CARNAVAL
La courbe de progression des ambitions électives est en hausse constante. Ainsi, l’élection la plus importante de notre calendrier républicain est pour certains un vaudeville.
Bientôt la fin de la période de récolte des parrainages pour les candidats déclarés à la Présidentielle prochaine. Assurément, les plus de 200 impétrants ne vont pas se présenter devant le Conseil constitutionnel pour déposer fiches et clés USB. Quand on regarde de près la liste de celles et ceux qui se sont rendus au ministère de l’Intérieur pour retirer le fameux document, on est partagé entre surprise et sidération. Non qu’il existerait une quelconque raison d’empêcher l’un ou l’autre d’avoir une ambition, de surcroît pour son pays, mais il y a quelque chose qui relève de la raison et surtout du bon sens. La politique ne peut se départir de la tenue et de la décence. Et en politique comme en toutes choses d’ailleurs il faut, autant que faire se peut, éviter de verser dans le ridicule. Or, ce n’est pas le cas sous nos cieux. Notre démocratie, en construction mais loin de la dictature tropicale que certains politiques et commentateurs décrivent, a charrié environ 300 formations politiques, des millions de présidentiables sur leur canapé et, pour 2024, des centaines d’ambitions plus ou moins saugrenues. Le mal vient de loin et il progresse sous nos yeux. Pour les Législatives 2017, pour un pays d’environ 5 millions de votants, il y a eu une cinquantaine de listes concurrentes et on a dû recourir à un changement express de la loi électorale pour rendre le vote tout simplement possible.
La courbe de progression des ambitions électives est en hausse constante. Ainsi, l’élection la plus importante de notre calendrier républicain est pour certains un vaudeville. On dirait une foire aux curiosités où différentes personnes viennent pour d’aucuns exposer leur ambition, d’autres leur caractère vindicatif et d’autres encore leur penchant pour le ridicule. Un haut fonctionnaire d’une grande sobriété me donnait récemment une explication sur cette flopée de candidatures alors qu’elles n’étaient encore qu’une dizaine. Pour lui c’est l’ego qui est le moteur de ces désirs présidentiels. L’ego conduit souvent à perdre la lucidité ou la modération et pousse certains à se croire habités par un destin qui dépasse de loin leurs capacités. Ici en l’occurrence celui de présider aux destinées de millions de Sénégalais dans un contexte international trouble et plein d’incertitudes. «Une ambition dont on n’a pas le talent est un crime» professait Chateaubriand. Aussi, tout le monde veut être président avec moults promesses, de la plus généreuse à la farfelue, mais combien sont-ils à aimer le pays qu’ils veulent tant diriger ? Comment sont-ils habités par la fibre républicaine ou patriotique qui fait qu’on préfère le Sénégal à sa propre vie singulière ? Combien ont-ils été à souffrir et à agir quand des courants sauvages ont tenté de détruire l’Etat et de renverser un Président démocratiquement élu ? Ont-ils élevé la voix quand on a tenté de diviser les Sénégalais selon leur ethnie ? Quand on a demandé à l’Armée de prendre le pouvoir ? Quand on a incendié l’université et esquissé la danse du scalp autour des flammes ? Quand des mères ont ramassé les corps de leurs enfants dans la rue ? Où étaient ils quand un véhicule a foncé sur des gendarmes à Mbacké ? Qu’ont-ils dit quand un homme politique a accusé la police d’avoir voulu l’assassiner ? Quelles étaient leurs réactions face aux insultes aux magistrats, officiers, hommes de rang, avocats et simples citoyens ? Où étaient-ils quand les consciences gardiennes d’une morale républicaine ont été sommées de se taire pour laisser le discours fasciste le plus répugnant inonder les médias ?
Une revue sommaire des candidats laisse entrevoir plusieurs catégories. Il y a les complices d’un parti depuis dissous, qui ont toléré, salué, encouragé et béni toutes les atteintes à la légalité républicaine et au vivre-ensemble. Ils persistent à créer des cadres et à lancer des initiatives car sans vision ni programme, ils ne peuvent que verser dans du larbinisme politique aux fins de vivre sur la rente de leur «champion» mis ko.
Il y a ceux issus de la majorité. Pendant deux ans, les fascistes ont paradé et tout osé jusqu’à la violence la plus barbare et ces gens n’ont pas daigné prendre la parole pour s’indigner des agressions contre l’Etat du Sénégal et des menaces contre vivre-ensemble. Il se sont cachés, n’ont jamais défendu publiquement les choix et orientations de leur propre gouvernement. Certains ont prétexté des insultes sur les réseaux ou des représailles physiques tandis que d’autres ont gardé le silence et ont disparu, révélant leur loyauté qui n’est effective qu’en temps de «paix» et leur attachement aux privilèges liés à l’exercice du pouvoir plutôt qu’à la République. Ces gens ont choisi la défaite et ont aussi gagné le déshonneur. Or, ce sont des individus qu’on a vu déployer des moyens colossaux à partir du 3 juillet pour faire campagne en leur nom afin d’être choisis pour concourir au suffrage universel. Pour eux, l’Etat qu’ils sont censés servir ne vaut aucun sacrifice, mais leur carrière et leur ambition valent l’usage de moyens matériels et financiers colossaux. Etre républicain est un choix qui a ses risques en temps de trouble. Il s’agit d’un engagement à nouer les fils d’une histoire vieille et grande, belle dans ses victoires et triste dans ses tragédies. Il s’agit de sacraliser ce qui fait de nous un Peuple uni par son attachement à la démocratie sociale, à la liberté sans entrave, à la Nation souveraine et à la laïcité.
Enfin, dans ce carnaval burlesque, arrivent les plaisantins qui cherchent un quart d’heure de gloire sur le dos de la démocratie électorale. Nul besoin de leur offrir du buzz. Seulement dire à leur égard, que les meilleures blagues sont les plus courtes.
Tout ceci rend pertinente la loi sur le parrainage. Il faudra d’ailleurs améliorer le système pour les prochains rendez-vous électoraux, afin de davantage préserver notre démocratie des farceurs et des entrepreneurs du vote.
Enfin, parmi la pléthore de candidatures, il y en a une qui me choque et me révolte. C’est celle de Oumar Touré, plus connu sous le titre usurpé de «capitaine Touré» parce que désormais rétrogradé comme soldat. Pour rappel, l’individu a été radié des armées pour «faute contre l’honneur, la probité et les devoirs généraux du militaire» en juin 2021. C’est ce personnage qui crée un parti et se lance dans la course à la Présidentielle. Le désordre est devenu une norme au Sénégal. Sinon, comment un homme qui a trahi notre pays, violé son serment d’officier, souillé son uniforme de militaire, peut même se permettre d’apparaître en public jusqu’à être invité par les médias ? Un individu, qui a disparu des jours durant alors qu’il était chargé par sa hiérarchie d’une enquête en matière criminelle, avant de réapparaître sur une vidéo Youtube. La lâcheté et la duplicité, le souci d’une gloire personnelle sur le dos de la République et aux dépens du drapeau national, le manquement aux devoirs et au serment fait à ses frères d’armes peuvent-ils sous-tendre l’ambition de devenir chef suprême des armées ? Le pire réside dans ce que cela ne choque pas grand monde. Le problème relève de nous. La faute est collective.
par Bosse Ndoye
LÂCHER POUR MIEUX TENIR, UNE STRATÉGIE NÉOCOLONIALE BIEN FRANÇAISE
La France n’accepte presque jamais de perdre totalement les avantages qu’elle tire de la plupart de ses anciennes colonies africaines, qu’elle peut consentir à lâcher du lest, mais jamais à lâcher prise
"Je le répète: le colonialisme n'est pas mort. Il excelle, pour se survivre, à renouveler ses formes; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins néfastes, de la politique dite d'Association ou d'Union. Maintenant, nous assistons à la politique dite d'intégration (...) Mais de quelque masque que s'affuble le colonialisme, il reste nocif…[1]."
Dans les rapports de domination néocoloniale qu’elle a entretenus et qu’elle continue d’entretenir avec quelques-unes de ses anciennes colonies d’Afrique en général, et d’Afrique subsaharienne en particulier, la France a souvent adopté la stratégie dite du lâcher pour mieux tenir. Celle-ci consiste à faire certaines « concessions » et/ou à apporter des réformes mineures à sa politique mise en œuvre dans ces pays pour éviter de s’attaquer aux questions essentielles et souvent controversées, afin de garder intacts les avantages et privilèges qu’elle tire de leurs relations asymétriques. Cette manœuvre, aussi efficace que dilatoire, constitue en outre une façon de calmer les ardeurs des nombreux militants souverainistes qui, de plus en plus sur le continent, exigent des relations équilibrées, empreintes de respect et dénuées de toute arrogance, entre leurs pays et l’ancienne puissance coloniale. L’histoire regorge d’exemples de lâcher pour mieux tenir pouvant étayer ces propos.
Avec la Constitution de la IVe République, promulguée le 27 octobre 1946, l’Union française, qui remplaça l’empire colonial, peut être considérée comme l’une des premières sinon la première mise en œuvre de la stratégie du lâcher pour mieux tenir. Sentant des velléités d’indépendance naissantes chez les colonisés de retour de front de la Seconde Guerre mondiale, la France jugea nécessaire de procéder à quelques réformes pour anticiper d’éventuelles surprises désagréables pouvant survenir dans ses colonies, qu’elle tenait d’autant plus à préserver qu’elle traversait des moments de fragilité, et qu’elle avait surtout besoin de forces et de richesses pour se reconstruire. Aussi décida-t-elle d’entreprendre quelques grands changements: suppression de l’indigénat et du travail forcé; octroi de la citoyenneté française à tous les ressortissants d’outre-mer; accord de plus d’autonomie dans la gestion des affaires locales; garantie de liberté de presse, de syndicat, d’association, de réunion, etc.
Craignant que la lutte armée, qui faisait rage en Algérie, ne fît des émules dans ses colonies de l’Afrique noire par effet de contagion, la France - après avoir accordé l’indépendance aux voisins marocain et tunisien en mars 1956 -, prit les devants en y desserrant un peu l’étau par l’adoption, la même année, de la Loi-cadre Defferre. Celle-ci, avec la création de Conseils de gouvernement élus au suffrage universel, élargit les pouvoirs locaux. Paris avait vite compris qu’il valait mieux lâcher un peu de lest, en octroyant quelques libertés pour toujours tenir les colonies, que de faire face à de multiples soulèvements populaires déstabilisateurs pouvant être engendrés par les désirs d’autonomie, qui devenaient de plus en plus grands après la Seconde Guerre mondiale et aussi avec l’accession à l’indépendance d’autres pays africains.
Après son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle, avec la mise sur pied de la Communauté franco-africaine, abonda dans le sens des réformes de la Loi-cadre Deferre. Toutefois, bien que plus d’autonomie fût accordée aux colonies, les véritables manettes du pouvoir étaient restées entre les mains de la France, qui fit du mieux qu’elle put pour préserver les colonies tout en évitant d’aborder sincèrement la question d’indépendance. Ce qui expliqua la posture paradoxale qu’elle adopta en menaçant directement ou indirectement ceux qui seraient tentés de la réclamer tout en leur proposant de se prononcer sur la question par référendum. La Guinée de Sékou Touré en fit les frais à la suite de la victoire du Non en septembre 1958, même si le choix lui en avait été donné. Donc, l’Union française de 1946, la Loi-cadre de 1956 et la Communauté franco-africaine de 1958 ne constituaient pas une réelle volonté de rupture, mais elles étaient juste différentes formes de mise en application de la stratégie du lâcher pour mieux tenir, lesquelles avaient permis à la France de s’adapter aux réalités sociales, économiques et politiques des temps changeants.
Lorsque les indépendances devinrent inévitables au début des années 60, la France accepta enfin de les accorder à la plupart des territoires sous sa domination, mais non sans les avoir corsetées par différents accords politiques, monétaires, économiques et de défense… qui jetèrent les bases des relations néocoloniales entre elle et ses futures ex-colonies. Ces mots de Michel Debré, tirés de sa lettre adressée à Léon Mba, futur président du Gabon, constituent une parfaite illustration de la stratégie de Paris du lâcher pour mieux tenir : « On donne l'indépendance à condition que l'État s'engage une fois indépendant à respecter les accords de coopération signés antérieurement : il y a deux systèmes qui entrent en vigueur en même temps : l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre[2].» Le premier président gabonais, qui avait poussé sa francophilie jusqu’au ridicule, avait souhaité, à défaut de demeurer un département français, avoir le drapeau de l’Hexagone dans un angle de celui de son pays[3]. Dès lors, il ne fut guère étonnant de l’entendre dire que: « Le Gabon est indépendant, mais entre la France et le Gabon rien n’est changé, tout continue comme avant. »[4]. Ces accords avec le Gabon étaient presque les mêmes signés avec la plupart des anciennes colonies françaises nouvellement indépendantes. Ce qui a fait dire, à juste titre, à François-Xavier Verschave que : « Les pays francophones au sud du Sahara ont été, à leur indépendance, emmaillotés dans un ensemble d’accords de coopération politique, militaire et financière qui les ont placés sous tutelle[5].»
Dans l’Archipel des Comores – Anjouan, Grande Comores, Mohéli, Mayotte –, alors que le référendum d’autodétermination du 22 décembre 1974 a vu massivement triompher le oui en faveur de l’indépendance (94,5%), l’État français décida unilatéralement de prendre en compte les résultats île par île et non pour l’ensemble de l’archipel. Cette décision était en porte-à-faux avec la position de l’ONU, et était surtout en contradiction avec la loi française du 23 novembre 1974, qui énonce en son article 5 que : « Si le classement des résultats se fera île par île, la proclamation en sera globale[6].» C’est ainsi que l’île de Mayotte, où le non l’avait emporté à 63.22%, est restée dans l’escarcelle française à la suite d’une « élection à la Naegelen», qui y avait été organisée plus tard. C’est dire que la France n’accepte presque jamais de perdre totalement les avantages qu’elle tire de la plupart de ses anciennes colonies africaines, qu’elle peut consentir à lâcher du lest, mais jamais à lâcher prise.
Cette vieille recette du lâcher pour mieux tenir, qui pourrait être l’autre nom du refus viscéral de Paris de décoloniser, est en droite ligne avec l’adoption par la France du projet de loi entérinant la fin du franc CFA le 20 mai 2020. Lorsqu’on commença à dénoncer le franc CFA lors de manifestations dans plusieurs villes africaines comme étant une monnaie coloniale, la France, fidèle à son habitude, prit les devants et entreprit de faire quelques ravalements de façade : changement de l’appellation CFA par Eco, fermeture des comptes d’opérations et le retrait des représentants français du Conseil d’administration de la BCEAO. Mais elle reste garante de la monnaie, et la parité fixe avec l’Euro est maintenue. De plus, selon le Financial Times (01/01/2020), elle continuera à désigner un représentant « indépendant » auprès de la banque centrale régionale dont le rôle sera de surveiller quotidiennement les réserves ; et, cerise sur le gâteau, elle « se réserve le droit de revenir dans une instance de décision, en l’occurrence par le Conseil de politique monétaire[7].» Ce comité est l’organe central de décision concernant la politique monétaire, notamment à ce qui a trait à la création de monnaie et le niveau des crédits autorisés dans la zone monétaire[8]. Autant dire que beaucoup de bruit a été fait pour rien, que des changements ont été effectués pour que rien ne change. Donc, par un énième tour de passe-passe, la France est parvenue à retomber sur ses pattes après avoir été acculée par les pourfendeurs du franc CFA. La stratégie néocoloniale du lâcher pour mieux tenir est bien décrite par cet extrait du bien nommé L'Empire qui ne veut pas mourir: « (…) Le dispositif françafricain, qui a permis au colonialisme de survivre à la "décolonisation », a su s'adapter aux évolutions internationales des décennies suivantes et se réformer chaque fois que les failles mettaient son existence en péril. Il en va de la françafrique comme de l'informatique: le système d'exploitation, pour se prémunir contre les dysfonctionnements et les potentielles agressions, est régulièrement mis à jour[9]."
Lors des récents débats à l'Assemblée nationale et au Sénat sur la politique française en Afrique, il n'a jamais été question de vote pour s’attaquer sincèrement aux piliers les plus solides de la Françafrique, à savoir le franc CFA, les bases militaires, la Francophonie, mais juste de propositions de réformes cosmétiques. Pourtant, après les revers essuyés au Mali, au Burkina Faso, et tout dernièrement au Niger, l'occasion semblait être propice pour aborder profondément ces sujets qui fâchent et de proposer de véritables changements. Mais il est plus facile de pointer du doigt les puissances concurrentes, comme la Russie et la Chine, accusées de susciter et d'alimenter les sentiments dits antifrançais sur le continent et d'ignorer les demandes de changements de plus en plus réclamés par des Africains, que de faire une autocritique sans complaisance et d’affronter la réalité.
En définitive, la France est restée cohérente avec elle-même depuis l’aube de sa longue odyssée coloniale. Son refus obstiné de décoloniser ne fait que confirmer les propos de Frantz Fanon : « (…) Mais elle [la décolonisation] ne peut être le résultat d’une opération magique, d’une secousse naturelle ou d’une entente à l’amiable[10]. Par conséquent, il appartient aux populations sous domination néocoloniale de se battre, de trouver leurs propres moyens pour mettre fin à cette situation. D’autant que, comme les humains, les États ne renoncent jamais volontairement à certains privilèges qu’ils peuvent tirer d’autres sans y être contraints. Mais cela demande un véritable travail, qui doit passer tout d'abord par des élections transparentes et démocratiques, qui portent à la tête de ces pays des patriotes responsables, épris de justice et qui travaillent pour les intérêts de leurs populations. Car, il faut le reconnaître, si la Françafrique perdure, prospère et réussit à faire sa mue chaque fois qu'elle est acculée, c'est souvent grâce à la complicité d'une élite locale, animée par l’esprit de lucre, jalouse de ses intérêts particuliers, qui travaille de mèche avec une certaine élite française. De plus, l'initiative de rupture ou de réforme doit venir des pays africains eux-mêmes au lieu de laisser la France toujours prendre les devants et de réagir ensuite sous certaines pressions nationales. Les relations internationales devenant de plus en plus ouvertes, avec le monde multilatéral qui se dessine, il serait aussi bénéfique de miser sur des alliances opportunistes entre les différentes puissances concurrentes pour faire avancer certains projets. Mais, ce sera un travail de longue haleine. Le chemin peut être long et semé d’embûches. Donc, pour parler comme Amilcar Cabral, il ne faut pas faire croire à des victoires faciles[11]. Toutefois, l’émancipation, pour se défaire de toute domination, est à portée de main. Il faudra juste mener des combats solidaires et avoir de bonnes stratégies.
[1] Aimé Césaire, cité par Saïd Bouamama, "Planter du blanc" Chroniques du (néo)colonialisme français, p.7
[2] Michel Debré, lettre adressée à Léon Mba, datée du 15 juillet 1960… cité par Said Bouamama, Planter du blanc, Chronique du (néo)colonialisme français, p.14
[3][3] Foccart parle, entretiens avec Philippe Gaillard (1), p.194
[5]François-Xavier Verschave, cité par Saïd Bouamama, Planter du blanc, Chronique du (néo)colonialisme français, p.15
[6]André Oraison, Quelques réflexions critiques sur la conception française du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à la lumière du différent franco-comorien sur l’île de Mayotte, Cité par Saïd Bouamama, Ibid p.113
[11]Amilcar Cabral, Ne faites pas croires à des victoires faciles, p.25
par Cheikh Tidiane Sy
FIABILISER LES STATISTIQUES AGRICOLES
Au Sénégal, on conteste souvent les statistiques de production agricole que cela soit sur le riz ou sur l’arachide. En effet, les productions déclarées semblent souvent être en décalage avec la réalité des importations et des consommations nationales
Emédia |
Cheikh Tidiane Sy |
Publication 27/11/2023
Au Sénégal, on conteste souvent les statistiques de production agricole que cela soit sur le riz ou sur l’arachide. En effet, les productions déclarées semblent souvent être en décalage avec la réalité des importations et des consommations nationales.
1er biais
La production de riz paddy est de l’ordre de 1,3 millions de tonnes soit 780.000 tonnes de riz blanc (si on considère un rendement moyen de 66% après décorticage) alors que les rendements au décorticage peuvent descendre jusqu’à 55%.
Les impuretés du riz et son taux d’humidité constituent une seconde source d’erreur sur l’estimation des rendements à l’usinage.
2eme biais
Les méthodes d’évaluation des rendements à la parcelle surestiment souvent la production de paddy à l’hectare en irrigué comme en pluviale. Les rendements de plus de 5 tonnes par hectare avancés pour l’irrigué sont nettement moins importants.
Finalement, quand on vous dit que le Sénégal a produit 1,3 millions de tonnes de riz ou 1,8 millions d’arachides vous êtes en droit d’en douter scientifquement.
Solutions
1. Évaluer les productions de riz ou sur la base des quantités transformées dans les rizeries.
2. Revoir les méthodes d’évaluation des rendements à la parcelle
3. Tenir compte des niveaux d’importation et de consommation par tête d’habitants pour éviter l’excès de « Mafé »
par Moustapha Diakhaté
RÉPONSE À MARY TEUW NIANE
Notre laïcité est sénégalaise. Elle n’est pas une religion d’État. Elle ne signifie pas une négation du fait religieux. La proposition anticonstitutionnelle de Mary Teuw, en plus de son caractère populiste, est le résultat d’une inculture historique
De l’absence du fondement historique, culturel sénégalais de la laïcité et de la proposition de sa suppression : le professeur Mary Teuw Niane a tout faux
La laïcité sénégalaise n'est pas d’origine coloniale française. Il ne s’agit pas non plus du placage de la Loi française de 1905 sur les textes d’un nouvel État indépendant. Notre laïcité ne signifie pas la séparation des mosquées et églises de l'État mais une collaboration entre le religieux et le séculier. Le texte fondateur de la laïcité de la République, c’est la Constitution du Sénégal en son article 24 et non la Loi française de 1905. Notre laïcité assure la liberté de conscience. C’est une garantie constitutionnelle du libre exercice de culte, de tous les cultes. Notre laïcité n’est pas le fruit de l’assimilation encore moins de l’acculturation coloniale. La Constitution du Sénégal n’a pas aboli le régime des cultes et l'État continue à les appuyer et les soutenir.
A ce propos, le programme de modernisation des cités religieuses relève de ce régime de financement du culte par l’argent public. Toutefois, la religion demeure une affaire privée, voire intime au sens où elle n'est pas organisée par l'État et relève de la liberté personnelle à la foi et à la pratique. Faire de la religion une affaire privée, c'est garantir la liberté individuelle et permettre en même temps aux différents cultes de se constituer, dans la sphère de la société civile, comme force sociale pouvant exercer librement leur développement. Le Professeur Mary Teuw Niane fait preuve d’une curieuse ignorance pour un savant de son rang lorsqu’il remet en cause les fondements historiques et culturels de la laïcité au Sénégal.
Aux territoires historiques correspondant à l’actuel Sénégal, l’islam a connu un fulgurant développement depuis plus de 1000 ans. Toutefois, il est à noter que, contrairement aux pays de la péninsule arabique, en dépit de l’islamisation très avancée, la légitimité des régimes royaux sénégalais était fondée sur l’alliance des lignages régnants et non sur une quelconque religion. Ici l’autorité légitime n’appartenait qu’aux familles régnantes et non aux confessions religieuses.
Les rois et princes exerçaient le pouvoir au nom des familles régnantes. Leur légitimité ne découlait pas d’un droit divin comme ce fut le cas de l’Ancien-Régime en France, où les rois étaient sacrés dans les cathédrales. Les confréries sénégalaises, pour ce qui les concerne, n’ont jamais prôné le remplacement de l’ordre princier traditionnel régnant par une légitimité théocratique musulmane. Bien au contraire, elles ont toutes collaboré avec l’ordre royal. Ce faisant, contrairement aux affirmations gratuites du Professeur Niane, les royaumes qui constituent ce qu’il est convenu d’appeler l’actuel Sénégal, n’ont pas attendu la colonisation pour pratiquer la laïcité.
D’ailleurs, les rares tentatives de prise du pouvoir par des insurrections théocratiques s’étaient soldées par des échecs : qu’ils s’agissent des mouvements « Buur julitt », « Tuub nann» ou « la révolution Torodo ». Les royaumes du « Sénégal précolonial » étaient laïques. Et le Sénégal l’est resté depuis 1960. Ainsi, dès son accession à l’indépendance, le nouvel État, après avoir proclamé sa laïcité, assure et garantit « le respect de toutes les croyances, la liberté de conscience, les libertés et les pratiques religieuses ou cultuelles. »
Mieux, l’article 24 de la Constitution dispose que « Les institutions et les communautés religieuses ont le droit de se développer sans entrave. Elles sont dégagées de la tutelle de l’État. Elles règlent et administrent leurs affaires d’une manière autonome ». Cette disposition, en ladite forme, n’existe qu’au Sénégal. Elle est le fruit de notre propre génie politique, d’un art sénégalais de la synthèse et de la volonté de préservation de la nation plurielle et du vivre-ensemble. Notre laïcité est donc sénégalaise. Elle n’est pas une religion d’État. Elle ne signifie pas une négation du fait religieux. Elle ne combat non plus aucune religion. Bien au contraire !
La proposition anticonstitutionnelle, dangereuse et inopportune du Professeur Mary Teuw Niane, en plus de son caractère populiste, électoraliste et démagogique, est le résultat d’une inculture historique. Pour la présidentielle de 2024, il est attendu des candidats des propositions concrètes de transformations politique, économique et culturelle profondes visant à bâtir un nouveau Sénégal, à créer une nouvelle citoyenneté, une nouvelle identité nationale progressiste et non l’étalage de mesures dangereuses et rétrogrades qui flirtent de bas instincts obscurantistes. Il est incompréhensible que Monsieur Mary Teuw Niane, un éminent professeur de mathématiques des universités, ancien Recteur et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, puisse, pour des raisons politiciennes et électoralistes, ose affirmer une si grossière contre-vérité sur l’absence de fondement historique et culturel de la laïcité au Sénégal.
Le régime républicain libéral et démocratique du Sénégal doit continuer à tirer sa légitimité du seul suffrage universel, du seul principe de la souveraineté nationale et non d’une quelconque confession.
Vive la République !
Vive le Sénégal !
par Birane Diop
L’ABBÉ PIERRE, UN HOMME PLURIEL AU SERVICE DES PLUS PAUVRES
Le biopic « L’Abbé Pierre – Une vie des combats » m’a fait penser aux enfants talibés qui paradent dans les rues de Dakar, Saint-Louis ; aux millions de Sénégalais sans repas chaque jour ou qui dorment dans des taudis, sans que cela ne choque personne
Dimanche 19 novembre 2023. Au cœur du 13e arrondissement de Paris, j’ai passé un après-midi pas comme les autres, en ces temps déprimants. Le froid s’installe timidement, et commence à agir sur mon corps sahélien. Peut-être, c’est cela la rançon de l’exil. Alors pour me réparer et mettre un peu de soleil dans ma journée ; je suis allé me lover dans les bras chaleureux du cinéma. Cet art majeur, miroir de notre humanité commune dans une certaine mesure, accueille avec générosité tous les assoiffés de douceur, de nuance, de solidarité, d’altérité et d’espérance dans un monde qui s’efface. Heureusement, grâce au cinéma, il existe des films, qui peuvent retarder cette terrible échéance. Le film « L’Abbé Pierre - Une vie des combats » de Frédéric Tellier, nous offre cette possibilité.
Interprété par Benjamin Lavernhe, acteur talentueux et formé au grand scénario sans jamais tomber dans le pathos ou l’imitation ; ce magnifique film - d’une humanité rare retrace le parcours exceptionnel d’un homme pluriel et hors norme. L’Abbé Pierre, le fondateur d’Emmaüs, la voix des sans voix. Ou celui qui était au service des plus pauvres, des petites gens, des invisibles, des exclus.
Le bien-être de l’humain sans distinction de race, de langue, de religion ni de croyance, était sa seule obsession. Un homme de cœur tout simplement, devant l’Eternel.
Ce film nous raconte à travers le personnage de Benjamin Lavernhe et son acolyte et âme sœur, Lucie Coutaz, brillamment incarnée par Emmanuelle Bercot ; toutes les luttes menées par cet homme debout, généreux, mystique, défenseur des faibles et rempli de doutes. Son fameux appel à l’hiver 1954, quand le froid était en train de décimer des femmes, enfants, personnes âgées dans les rues de Paris, est bouleversant. Sa voix grave posée sur les ondes de la radio Luxembourg, devenue RTL, résonne encore en moi. Voici en substance, les mots qu’il avait prononcés : « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! » Ce message est d’une actualité criante, malgré le temps écoulé.
Soixante-neuf ans après « l’insurrection de la bonté », la misère, le mépris, l’injustice, continuent d’exister. Pourtant, les adeptes du néolibéralisme avaient promis le bonheur et la dignité sans fin, un ordre social dégoulinant de générosité. Quelle escroquerie !
Les inégalités ne cessent de s’accentuer dans nos bassins de vie. Voilà le message phare de « L’Abbé Pierre – Une vie des combats ». Mais il n’est pas que cela, c’est un film universel et intimiste, qui interpelle toutes les consciences éveillées, d’ici et d’ailleurs. J’ai été ému aux larmes par ce biopic émouvant, poignant et surtout inspirant. Car il m’a fait penser aux enfants talibés qui paradent dans les rues de Dakar, Thiès, Saint-Louis ; aux millions de Sénégalais qui se privent de repas chaque jour ou qui dorment dans des taudis, sans que cela ne choque réellement personne. En vérité, cette triste réalité qui nous interpelle sur notre humanité, voire notre rapport à l’autre ne nous pousse pas dans nos retranchements.
Celles et ceux qui conduisent les politiques publiques pour changer la vie des précaires, se targuent toutes les deux minutes des ponts et routes réalisés par le prince. Pendant ce temps, des millions de gens demeurent dans l’indignité absolue. La puissance publique ne donne pas de réponses à la hauteur des besoins. Elle ne fait pas grand-chose ; elle apporte juste des mesurettes qui ne changent rien au fond.
Le film de Frédéric Tellier sur cet humaniste total, ce tribun et tisseur d’avenir m’a bouleversé, m’a pris aux tripes. Il m’a rappelé ma condition d’homme nimbée de vulnérabilité. « L’Abbé Pierre – Une vie des combats » est un grand film, qu’il faut absolument voir pour terminer l’année sur une note d’espoir. Je le recommande sans réserve.
Par Amadou Lamine SALL
MEMORIAL DE GOREE : C’EST PARTI ! MACKY SALL LANCE LE CHANTIER EN JANVIER !
Vendredi 24 novembre 2023, Palais présidentiel ! Le Président est à la commande. Ce fut une solide réunion, claire, pointue, décisive. Touchante. Tous les ministres concernés étaient impliqués. Les DG. L’architecte du projet du Mémorial....
Bés Bi le Jour |
Amadou Lamine SALL |
Publication 27/11/2023
Vendredi 24 novembre 2023, Palais présidentiel ! Le Président est à la commande. Ce fut une solide réunion, claire, pointue, décisive. Touchante. Tous les ministres concernés étaient impliqués. Les DG. L’architecte du projet du Mémorial avait fait le déplacement. L’APIX maître d’ouvrage délégué était présente. Les deux entreprises choisies aussi : SUMMA et CSE. L’équipe au complet de l’architecte du Palais. Le Directeur de cabinet de Monsieur le président de la République. Amadou Lamine Sall, Commissaire du projet. Le professeur Aliou Sow, ministre de la Culture et du patrimoine, évidemment ! Précis, concentré, déterminé, aimable, taquin, Monsieur le président de la République a mené à la baguette des échanges approfondis, lucides, engagés, courageux. L’interview donnée à jeune Afrique par le Président et ses confessions sur le projet du Mémorial de Gorée avait donné le ton. Dans Jeune Afrique, il s’était confié à la question de savoir ce qu’il regrettait à la fin de ses mandats et au seuil de son départ du pouvoir : « Ma frustration est de partir sans réaliser le Meilleur de Gorée ». Éloquent et fort émouvant ! Rien n’autorisait le Président Macky Sall à faire cette touchante confession ! Pour dire, combien le projet du Mémorial lui tient à cœur ! Qu’il en soit profondément remercié !
Lors de la réunion, le Président écouta beaucoup. Tous les problèmes soulevés furent analysés et résolus sur place avec des décisions sans équivoque. Le site du projet du Mémorial sur la corniche ouest acquis depuis Abdou Diouf dans les années 90, fut retenu et maintenant définitivement au regard des très lourds investissements dont il a été l’objet depuis près de 25 ans, sans compter la très puissante symbolique du lieu ouvert sur l’océan et face aux Amériques d’où partaient depuis l’île de Gorée les millions d’esclaves noirs. Il est naturel, alors, que ce site, depuis Abdou Diouf, soit cruellement convoité. Nous pourrions consacrer un livre à tous ceux qui ont tenté avec leur argent ou leur proximité avec le pouvoir, de tenter de l’arracher au projet du Mémorial de Gorée. Un seul lien unissait tous ses prédateurs : le manque de culture. L’irrespect au savoir. La rage du seul profit.
Le Président Macky Sall fut admirable. Il n’a rien cédé sur ce site. Sa volonté de bâtir le Mémorial de Gorée sur ce site dédié fut inébranlable. Je voudrais ici lui dire et lui témoigner notre infinie gratitude. D’autres obstacles s’étaient dressés et qui ont failli emporter le projet. Le Président Sall fut indéboulonnable ! Sur le financement, depuis son arrivée au pouvoir déjà, il avait commencé, budget après budget, de combler le déficit et de faire avancer les travaux techniques indispensables et obligatoires pour réaliser le projet du Mémorial ! Lors de cette réunion décisive du vendredi 24 novembre 2023, au Palais, sous sa conduite, il trouva la solution à toutes les inquiétudes financières en s’adressant à son Gouvernement, à l’Apix et aux deux entreprises en charge du projet. Financièrement « cultivé », habile, ouvert, fin négociateur, apprécié de ses partenaires, le Président Sall avait convaincu tout son monde pour que le projet du Mémorial de Gorée sorte enfin de terre.
Je suis d’abord un poète, dit-on ! Croyezmoi, il est difficile à un poète de résister à une telle générosité, un tel amour, l’affirmation d’un tel combat portée par un homme politique, un président de la République ! Jamais il ne sera facile d’oublier ces propos du Président Sall : «Le Mémorial de Gorée ne pouvait pas se réaliser. Il m’attendait.» Oui, il l’attendait puisqu’il dira à toute l’assemblée présente en ce vendredi 24 novembre 2023 au Palais présidentiel : «Je vais lancer en janvier prochain, tôt, le démarrage du chantier du Mémorial. Ce sera le projet culturel auquel je tiens le plus que j’aurais laissé à mon pays, à l’Afrique, au monde.»!
En prenant la parole, voici ce que j’ai dit au Président Macky Sall : «Monsieur le Président, il existe deux sites du Mémorial de Gorée. Sur le 1er site, le Mémorial est déjà construit. Il est même inauguré par vous. Ce 1er site, c’est notre cœur. Le second site, c’est celui, physique, situé sur la corniche ouest de Dakar et que vous venez de confirmer. Ce sera là, que sera érigé aux yeux du monde, ce Mémorial, laboratoire international des droits de l’homme. Ce Mémorial sur la corniche sera pour vos frères et sœurs qui ne vous auront ni vu ni connu. Cela s’appelle d’un mot : l’histoire. Vous serez dans l’histoire.» M’adressant à l’assistance convoquée par Monsieur le président de la République Macky Sall : «Avec respect, merci à vous tous ici présents. Je ne vous demande qu’une seule chose : aidez, aidons Monsieur le Président à réaliser un rêve que depuis trente ans je couve. Ce rêve il en a fait une réalité. Soutenons-le. Prions pour lui.»
La réunion s’est achevée dans une belle ambiance. Reste maintenant à aller vite, très, très vite. Les décisions du Président ne doivent plus tarder. L’APIX, particulièrement, qui est nommée par décret maître d’ouvrage délégué doit se consacrer désormais totalement à la mise en œuvre effective du Mémorial en collaboration étroite avec le ministère de la Culture et celui, central, des Finances et du budget. Mamadou Moustapha Ba sera un veilleur de jour ! Le Président Sall a donné des instructions fermes à toute la famille du Mémorial pour que tout aille vite et qu’en début janvier, il vienne lancer le chantier.
Merci Monsieur le Président. Merci. Merci pour le don. Merci pour la noblesse de la promesse !
Quelque chose de beau et de grand est en marche ! Prenez-y part en priant pour nous !