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5 avril 2025
Opinions
par Madieye Mbodj
POUR QUI ILS SE PRENNENT ET POUR QUI ILS NOUS PRENNENT, CES GENS QUI GOUVERNENT LE SÉNÉGAL
Paniqués et angoissés à l’idée d’une fin de règne prochaine, il ne leur reste plus qu’à se réfugier derrière une logorrhée désarticulée, telles ces personnes atteintes de jaafur, ce délire de démon coupable d’avoir mangé de la chair interdite
Ousmane Sonko aurait reçu 12 milliards de FCFA du Qatar, dans la perspective d’une dénonciation-renégociation au profit de cet émirat, des accords d‘exploitation pétrolière déjà signés par l’Etat du Sénégal ! Le Qatar, proche allié de la France et ami du Sénégal ! Ces affabulations sans queue ni tête ont tout de même le mérite d’attester de la crédibilité, au- delà de nos frontières, d’une victoire du candidat Ousmane Sonko à la présidentielle de février 2024 ! Les voilà encore une fois ces gens-là, pris la main dans le sac de leur « entreprise de désinformation, de manipulation et de diabolisation », menée en ‘’flagrant délit continu’’ à l’encontre d’un seul et même adversaire politique, le président Ousmane Sonko. Se dévoilant cette fois-ci derrière le paravent d’un article anonyme du faussement et péremptoirement
Proclamé « journal le mieux informé de France » (sic !), Le Canard Enchainé. Simple répétition sordide d’une machination ourdie, il y a bientôt cinq ans, sur le dos d’un site web ghanéen, à la veille de la présidentielle de 2019, avec les mêmes masques, les mêmes personnages et les mêmes méthodes ! Cette fois-ci, un article publié depuis six mois, remis au goût du jour par nos maquisards, avec des déformations et des insinuations bassement politiciennes qui font honte à tout journaliste un tant soit peu sérieux. Un papier d’ailleurs destiné davantage à une consommation occidentale, mettant en cause de façon insidieuse et insultante les chefs religieux de la communauté mouride, ces adeptes d’un ‘’islam local’’ ‘’inondés de milliards’’ déversés par ‘’le Qatar et les Frères musulmans’’ dans le but, suprême infamie, de les convaincre d’appeler à voter Sonko - ils ne perdent rien certainement pour attendre les réponses appropriées de qui de droit ! Mais pouvait-on attendre un autre comportement d’un député tout juste fier-à-bras ignare, réputé grand détourneur de semences et de matériels agricoles, jamais porteur d’idées, ni de propositions ni d’initiatives parlementaires ? Ou de journalistes véreux, revêtus d’une épaisse couche noire de mensonges retentissants, mercenaires de la plume, de l’audiovisuel et des web- médias ? Ou encore d’intellectuels veules, ayant choisi depuis pas mal de temps de se boucher les oreilles, de fermer les yeux et la bouche devant les injustices, l’hypocrisie, l’ignominie et l’indignité, ou même pire, de les cautionner et de les justifier pour mieux s’en réjouir ?!
Mais qui sont-ils ces gens-là, pour prendre les Sénégalais-e-s pour des demeuré-e-s malléables à souhait, au seul nom des calculs et intérêts du Prince ? Peuvent-ils nous faire oublier que Pastef est une des rares organisations politiques de notre pays à avoir déposé régulièrement, chaque année, auprès des services compétents du Ministère de l’Intérieur, un rapport financier en bonne et due forme, conformément à une obligation légale applicable à tous les partis politiques constitués ? Feignent-ils d’oublier que d’une part, le financement public des partis politiques, codifié et attribué sur des bases légales officielles, contrairement aux pratiques en cours de distribution de fonds selon la simple volonté du Prince et la tête du client, ainsi que d’autre part, le plafonnement et le contrôle strict des dépenses de campagne électorale, constituent deux revendications de longue date des différentes oppositions sous Diouf, Wade et Sall, mais auxquelles ces pouvoirs successifs, une fois installés, ont royalement et systématiquement tourné le dos, en parfaite connaissance de cause?
Pour qui au demeurant se prennent ces gens-là pour se permettre des séjours, dans des hôtels princiers, aux frais du pauvre contribuable de goor-goorlu sénégalais, à coups de suite présidentielle à 9 000 euros (près de 6 000 000 FCFA !) la nuitée, ou autres suites junior et chambres de luxe, pour l’éclat non pas tant d’un séminaire intergouvernemental mais plutôt d’un cérémonial d’allégeance renouvelée à l’endroit du petit Jupiter Macron, avec en prime une bamboula politicienne servie à notre Premier ministre-candidat de la continuité françafricaine, à sa cohorte de ministres, de militant-e-s alimentaires du parti au pouvoir et de griots maitres renards louangeurs, sans oublier ces dignitaires religieux préposés aux prêches sur les supposées vertus, ici-bas et dans l’au-delà, d’un vote en faveur du candidat de leur cher bienfaiteur de président sortant ! Et tout ce branle-bas si cher payé pour pouvoir s’adresser aux migrants sénégalais à l’occasion d’un « grand meeting » dans la banlieue parisienne !
Pour qui véritablement ils se prennent ? Repus mais plus voraces que jamais, paniqués et angoissés à l’idée d’une fin de règne prochaine, il ne leur reste plus qu’à se réfugier derrière une logorrhée désarticulée, telles ces personnes atteintes de jaafur, ce délire de démon coupable sous nos tropiques d’avoir mangé de la chair interdite! Chaque jour que Dieu fait, ils découvrent à leur grand désarroi qu’Ousmane Sonko est décidément un OS dur à avaler ! Sitôt radié, sitôt irradié pour rayonner plus vivement encore, selon la belle formule du chroniqueur Momar Diongue ! Autrement dit, puisqu’il est vain de chercher à arrêter la mer avec ses bras, il vaut mieux s’en remettre à la sagesse du proverbe wolof : taal bu Yàlla taal, sànni cak matt a gën fey ko (Si Dieu le Tout Puissant allume un feu, il vaut mieux y jeter un morceau de bois mort que tenter de l’éteindre).
Vivement un leadership de type nouveau fondé sur la pertinence d’une vision et d’un projet porteurs de ruptures salvatrices ; sur la crédibilité, c’est-à-dire la confiance et l’espoir ; sur la proximité avec les masses populaires, l’éthique de respect du citoyen, de la parole donnée, du bien public et de l’intérêt général.
En ces moments de célébration du 75ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations-Unies sous le thème « Dignité, Liberté et Justice pour Tous », il est loisible à toute personne honnête de constater le recul flagrant de la démocratie et de l’Etat de droit au Sénégal. C’est le lieu de se convaincre définitivement que la démocratie, l’État de droit, la transparence, la gouvernance sobre et vertueuse ne sauraient se réduire à une inflation de textes de lois et d’organismes ronflants, mais sans substance ni moyens d’actions réels, se traduisant pour le Sénégal par des dégringolades avérées dans les classements mondiaux en matière de libertés, de transparence et de lutte contre la corruption.
Vivement alors la refondation incontournable de la société, de l’Etat et des Institutions, sur la voie tracée par les Conclusions des Assises Nationales et les Recommandations de la CNRI, pour le triomphe d’un Projet de Souveraineté Intégrale, articulant Développement Endogène, Fédéralisme Africain, République démocratique et sociale, au service d’abord des enfants d’Afrique.
Le spectre du Projet Pastef, dont le porte étendard est le président Ousmane Sonko, continue à coup sûr de troubler le sommeil des brigands du Maquis. Car un tel projet est invincible et plus que jamais, sa réalisation est à notre portée.
Madieye Mbodj est Professeur de Lettres à la retraite.
par Amadou Sarr Diop
LA MENACE SALAFISTE D’UN ISLAM ANTI-CONFRÉRIQUE
EXCLUSIF SENEPLUS - Face à la remise en question des fondamentaux de la société sénégalaise, incarnée par les défenseurs d’un islam mondialisé, le pays est menacé par le surgissement d’une crise aux conséquences imprévisibles
L’alerte sur la menace salafiste est l’objectif de ce papier. La stratégie de ce courant fondamentaliste prospère dans un contexte de vulnérabilité des jeunes, vivant une temporalité charnière, marquée par le flux des réseaux sociaux où les champs d’activité se déploient dans des univers de sociabilité au sein desquels le penchant à l’extrémisme violent est fortement valorisé.
Confinée dans la clôture réductrice des dyptiques stéréotypés ahluu sunna versus ahluu bidaa, la vision des maîtres du salafisme, version sénégalaise, est dans la géopolitique et non dans la lignée des débats fondateurs sur les principes du dogme religieux musulman. Les salafistes sont dans le projet de refondation sociale et politique de la société sénégalaise, en s’attaquant à ses fondements religieux, par la négation de l’islam confrérique soufi et le modèle étatique laïque.
Face à la remise en question des fondamentaux de la société sénégalaise, incarnée par les défenseurs d’un islam mondialisé, le Sénégal est menacé par le surgissement d’une crise aux conséquences imprévisibles. Le projet politico-religieux des partisans d’un islam radical prend de plus forme dans un contexte de marasme social, frappé par l’anomie, avec la fragilisation des régulations traditionnelles où la précarité sociale est synonyme de désenchantement chez les jeunes. La stratégie des partisans de l’islam politique conjugue avec la morosité sociale en atteinte à des acteurs jeunes, privés de sens et de repères. Notre analyse porte sur deux aspects de la question concernant la stratégie salafiste. D’une part, il s’agit de jeter un regard critique sur la lecture étriquée des salafistes sénégalais au prisme de leur connivence avec une certaine conception de la sunna inspirée de l’islam wahhabite et à des fins d’objectifs politiques inavoués. D’autre part, établir un lien entre les courants de l’islamisme radical avec une certaine opposition dans le champ politique sénégalais.
Le rêve du retour de la tradition des origines du dogme religieux
Le coran et la sunna, légués par le prophète (PSL), ne se réduisent nullement à l’archaïsme de la référence à la stricte manière dont les compagnons du prophète ont procédé, dans leurs démarches, la mise en pratique des recommandations divines. C’est plutôt la conformité aux principes de la sunna qui doit être la seule référence pour accepter ou prohiber une pratique dans la religion. D’ailleurs, c’est au nom de ce principe sur la prééminence de l’esprit du dogme et non sur la lettre que se sont établies les différences mineures entre les différentes écoles de l’islam dans l’application des fondements de la charia. La présence de ces écoles, à l’instar de celles des quatre imams Malick inb Anaas, Chafii, Hanbal, Hanifa, renseigne sur les différences d’interprétation qui induisent des modes opératoires variés, selon les obédiences.
Par le Daa wa, inspiré des Frères musulmans dont la figure fondatrice fut Hassan al-Bannâ, les nouveaux prophètes de l’interprétation close des textes fondateurs de l’islam prônent ce qu’ils appellent, dans leurs jargons étriqués, « la conduite prophétique ». C’est sous le prétexte de la lutte contre « l’islam des tombeau », par la négation du culte des saints vécu dans la tradition soufie, que s’affirme la profonde ligne de fracture qui divise les salafistes et les soufis. C’est précisément par cette tension, cette bipolarité que Thierry Zarcone, historien et anthropologue de l’islam résume la césure entre soufisme et salafisme dans un islam déchiré par des conflits d’ordre politique et d’ordre stratégique.
L’islam soufi au Sénégal déploie une série de rituels qui marquent l’originalité de la pratique religieuse dans notre pays, au nombre desquels le magaal de Touba, les gamous à Tivaouane, à Kaolack, à Ndiassane ou le pèlerinage de Nimjat par les disciples de kadrya. Ces cérémonies religieuses relèvent, selon les salafistes, d’une pratique idolâtrique à plusieurs titres : d’une part, le culte aux saints est vu comme une sacralité d’ordre préislamique ou syncrétique et d’autre part, la focalisation sur la figure des saints se fait aux dépens de la foi en Dieu. L’islam confrérique, selon la lecture salafiste, relève des pratiques « impies » (kuffâr), de « l’associannisme » L’autre pratique rituelle que les salafistes, qu’ils soient wahhabites ou adeptes des frères musulmans, qualifient de bidaa, et dont la confrérie tidjane est l’incarnation, est la pratique quotidienne du zikr. Voilà en substance ce qui justifie toute cette haine des salafistes contre les confréries au Sénégal.
Le combat anti-confrérique : une partition du projet politico-religieux de forces occultes
La lutte contre les confréries, assimilées à une communauté de déviants du dogme musulman, s’inscrit dans l’instrumentalisation du religieux à des fins politiques. Si les Ibadou rahmane se focalisent sur l’éthique religieuse et déploient leurs stratégies dans la lutte contre les déviances religieuses par l’éducation et la sensibilisation, les salafistes se situent, par contre, dans la temporalité de la refondation de la société par la mise à mort des confréries à tout prix. Leur projet dépasse le cadre de la défense de l’orthodoxie sunna (fikh) et de la sphère des bonnes mœurs ; ils sont dans le sens de la réalisation stricto sensu d’un projet politique islamiste qui s’inscrit dans la géopolitique du vaste projet d’un islam mondialisé. Dans cette logique, le Daa wa est la poursuite, par la violence si nécessaire, des rapports de forces politiques et religieuses pour une refondation de l’État laïque et démocratique et pour la fin de l’islam confrérique.
En inscrivant leurs démarches dans le projet d’un retour à la tradition chimérique des origines, les salafistes ont induit dans leur errance une lecture volontairement politique et radicale de l’islam. Ils prônent dans leurs prêches une conception étriquée de la religion, insensible à la complexité, à la richesse, à la pluralité de l’islam dont la philosophie ne saurait se réduire aux diatribes islamistes d’une lecture close des textes fondateurs de l’islam et de la sunna du prophète (PSL) de l’islam. Ce qui est établi comme une réalité dans le contexte de l’islam, c’est l’existence de trois grands courants théologiques que sont le sunnisme, le shiisme et le kharijisme.
Ces trois courants sont, en partie, caractérisés par la distinction entre un islam radical salafiste et un islam d’obédience soufi. Cette pluralité des obédiences tire d’une part, leur source des différences contextuelles au plan culturel et historique et d’autre part, elle prend sens et forme dans des sociabilités différentes, déterminantes des trajectoires des individus et de leurs visions et pratiques de la religion. L’islamisme ne se réduit pas à l’arabisme, aux interprétations fallacieuses du wahhâbisme. Il y a ce qu’Abderahim Lamchichi appelle « les différentes sédimentations symboliques de l’identité culturelle des musulmans » qui renvoient aux imaginaires, aux mémoires collectives, à l’ethos social, aux communautés des différentes sociétés dans leur globalité intrinsèque. Il faut donc se départir de toute approche essentialiste et globalisante de l’islam, en reconnaissant aux autres leurs différences, leurs identités structurantes de leur conception de l’islam. Il n’y a jamais eu une religiosité abstraite dans le vécu de la foi religieuse, mais un islam des cultures et des traditions de vie qui justifie la pluralité et une certaine différence dans la pratique des dogmes religieux.
Quant à la confrérie tidjanya, injustement attaquée par Oumar Sall, un prêcheur sans élégance, sans culture, sans pédagogie dans ses prêches, a été déjà traité par Ahmed Lô comme une confrérie hérétique. La réponse à ce maître penseur des salafistes, dans un ouvrage de référence sénégalais, écrit par feu Cheikh Tidjane Gaye, a édifié que la tidjniya tire sa filiation spirituelle de la spiritualité de l’islam soufi, en conformité avec la sunna du prophète et aux dogmes de l’islam. Elle se ressource dans le verset coranique qui enseigne que c’est par la pratique du zikr que les cœurs se tranquillisent. Et au-delà de la recherche de la sérénité, le zikr est considéré par le fondateur de la confrérie tidjane comme la seule voie obligée, dans un monde corrompu, pour l’atteinte d’une spiritualité qui réconcilie le croyant à son Créateur. En réalité, la confrérie de Cheikh Ahmed Tidjaani prend racine dans la tradition soufie qui remonte d’Hassan al Basri dont le maître spirituel Alioune ibn Abi talib fut un cousin du prophète. Elle se ressource des principes directeurs de la pratique soufie des grands maîtres dont Junayd al-Bagdadi fut une des figures consensuelles. Le grand soufi Junayd al-Bagdadi se plaisait à rappeler que la voie soufie s’appuie principalement sur le Coran et sur la sunna
Ce qu’il faut retenir, et l’État sénégalais doit en être conscient, c’est qu’au-delà des critiques infondées sur les confréries, les salafistes sont dans le temps politique d’un projet qu’ils partagent avec des opposants, dans un jeu d’agendas variés selon les acteurs impliqués. Tout se joue dans une stratégie murie où chacun assure sa partition. Voilà ce qui explique pourquoi les salafistes sénégalais sont dans la géopolitique. Ils déclinent leur ambition au cœur du projet de l’islamisme radical dont l’objectif fondamental est la conquête du pouvoir étatique pour mettre fin à la fois à l’État laïque et démocratique et à l’hégémonie directionnelle des confréries dans la société sénégalaise. Comme on peut le constater, la conception des salafistes ne se réfère pas forcément du coran et de la sunna prophétique ou l’exégèse théologico-juridique, elle se situe dans la géopolitique, dans ce vaste projet d’un islam mondialisé qui a déstabilisé le Mali, le Burkina Faso, une partie du Nigéria.
Dans un article publié, je mettais en évidence la crise profonde que traverse le Sahel où je faisais allusion à l’intensification de la violence dans la sous-région de l’Ouest africaine, en particulier dans les pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Nigéria. La conflictualité ambiante dans ces différents pays se dépolie dans la conjugaison des forces du mal que sont le salafisme, la criminalité organisée et les crises politiques de type identitariste.
Le Sénégal n’est pas à l’abri d’une potentielle éclosion de ce terrible triangle interactif entre l’extrémisme violent (salafisme), la criminalité organisée (narcotrafiquants) et les crises politiques de type identitariste, autour des enjeux liés d’une part, aux ressources pétrolières et gazières nouvellement découvertes et d’autre part, à sa façade maritime propice à l’établissement d’un corridor pour le commerce illicite des acteurs hors souveraineté de la géopolitique mondiale actuelle. Voilà les défis à prendre en compte, par une pleine connaissance de la stratégie salafiste qui a pour seul objectif la prise de l’État par le haut, en passant par l’instrumentalisation du levier politique et la fragilité des confréries assimilées au « système » qu’ils projettent de détruire.
Amadou Sarr Diop est sociologue, enseignant-chercheur, professeur assimilé à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Par Madiambal DIAGNE
TARIQ RAMADAN, PLUS VOUS PARLEZ, PLUS VOUS ENFONCEZ OUSMANE SONKO !
Le lièvre sur le financement des activités politiques de Ousmane Sonko au Sénégal, par des milieux islamistes radicaux, est si gros que ses bailleurs s’agitent avec frénésie.
Le lièvre sur le financement des activités politiques de Ousmane Sonko au Sénégal, par des milieux islamistes radicaux, est si gros que ses bailleurs s’agitent avec frénésie. Tariq Ramadan, figure de proue de l’organisation des «Frères musulmans», ne peut s’empêcher, une fois de plus, de monter au créneau pour voler au secours de son poulain. Dans une vidéo de 8 minutes 21 secondes, qui a largement circulé les dernières heures, il s’échine à répondre aux accusations, cherchant à noyer le poisson. Visiblement embarrassé ou gêné, il ne répond pas aux accusations, mais essaie plutôt de remettre en cause les supposés financements qataris des activités politiques de Ousmane Sonko, en voulant accréditer l’idée que ce serait une simple vue de l’esprit d’autant que la France que Ousmane Sonko combattrait a parfois avec le Qatar, des intérêts économiques, financiers et géostratégiques convergents. Tariq Ramadan, pour étayer son argumentaire, réfute aussi toute idée d’avoir pu convoyer de l’argent du Qatar au profit de Ousmane Sonko. Personne ne l’a encore accusé de cela à ce qu’on sache ! N’est-il pas alors curieux de se défendre d’un crime dont on n’est pas accusé ? Le faire, procède simplement de l’enfumage.
De quoi je me mêle Monsieur Ramadan ?
Dans le livre Ousmane Sonko-Adji Sarr : l’histoire, publié en juillet 2023, j’indique déjà que «Ousmane Sonko est le cheval de Troie des islamistes radicaux qui ont appelé à voter pour lui aux Législatives de 2017 et à la Présidentielle de février 2019 comme aux deux rendez-vous électoraux de janvier et juillet 2022». J’ajoute aux pages 79 et 80 de ce livre que Ousmane Sonko «agrège autour de lui tous les groupuscules islamistes qui prônent l’usage de la Charia et le rétrécissement de toutes les libertés, au motif qu’elles seraient anti-islamiques et d’inspiration occidentale. On a vu Ousmane Sonko prendre ses références auprès du Guide-fondateur de la confrérie des «Frères musulmans», Ibn Taymiyya, par exemple, dans un tweet du 22 août 2022. Il est soutenu par cette organisation des «Frères musulmans» dont un éminent membre, le youtubeur islamiste, de nationalité égyptienne, Saber Mashhour, fait son éloge dans une vidéo en 2021.
En juin 2023, le théologien, Tariq Ramadan, célèbre membre des «Frères musulmans», multiplie les prises de position sur les réseaux sociaux pour apporter son soutien à Ousmane Sonko. Le 3 juin 2023, Tariq Ramadan qui, à ce qu’on sache, ne détient pas la nationalité sénégalaise, demande aux Forces de défense et de sécurité «de désobéir» aux ordres des autorités légales. Le 5 juin 2023, il fustige les guides religieux, mourides et tidianes, autorités respectées dans le pays, les enjoignant d’agir au risque de renier «les principes de l’islam» et de perdre leur «crédibilité». Tariq Ramadan finit sa diatribe en leur laissant le «choix entre leur honneur, et -à terme- leur perte». Le 14 juin 2023, il réitère sur le réseau social Twitter ses saillies, traitant les Sénégalais qui ne soutiennent pas Ousmane Sonko de «vendus» et arguant que leur «silence» est «complice» et qu’il «tue». Le grand intérêt subit de Tariq Ramadan pour le Sénégal, un pays qui a priori lui serait totalement étranger, intrigue à juste titre !
L’infiltration des «Frères musulmans» a donné naissance à l’ex-parti Pastef
En vérité, l’offensive des «Frères musulmans», avec comme l’agent avancé ou leur ambassadeur Tariq Ramadan, remonte à plus loin. En effet, du 23 au 26 août 2013, Tariq Ramadan a dirigé le Colloque international des musulmans francophones, une rencontre à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, sous l’égide du Centre international pour la législation et l’éthique (Cile), un organisme basé au Qatar et bénéficiant de larges subsides de cet émirat pétrolier et gazier. Tariq Ramadan en est, dites-vous bien le directeur ! Sur les vidéos disponibles sur YouTube, on reconnait des visages bien connus du parti de Ousmane Sonko. Allez savoir comment le parti Pastef est né un peu plus de trois mois après cette conférence internationale et porté sur les Fonts baptismaux à l’Ucad-même, dans le même amphithéâtre !
Les liens entre l’ex- parti Pastef et les «Frères musulmans» apparaissent au grand jour
De nombreux observateurs avertis ont noté la résurgence du symbolisme «Frères musulmans» dans la communication politique du parti de Ousmane Sonko. Dans le cadre de la préparation d’actions éventuelles en vue du verdict de la Cour Suprême, le 17 novembre 2023, portant sur le différend de sa radiation des listes électorales, une affiche a circulé, dans les milieux salafistes ou de sensibilité islamiste proche du parti Pastef dissous. Cette affiche porte plusieurs slogans en langue arabe qu’on a pu traduire : En haut en blanc : «Vendredi de la victoire et du Tamkîn. En bas, deux lignes : En blanc : Sonko «compétira» et vaincra par la volonté de Dieu. En rouge : Etape ultime de la résistance pour la libération de la Patrie.»
Une analyse du terme Tamkîn qui fait irruption de manière explicite, officielle et assumée (pour la première fois) dans la communication de l’ex-parti Pastef, pour saisir l’état d’esprit actuel et les éventuels risques sur l’ordre public et la situation sécuritaire nationale s’impose. Qu’est-ce que le Tamkîn ? Etymologiquement, ce terme arabe désigne «l’autonomisation», l’étape à laquelle les militants islamistes appartenant aux «Frères Musulmans» sont suffisamment «capacités», ont atteint un degré satisfaisant d’infiltration de l’appareil d’Etat afin d’exécuter la doctrine.
Il faut expliquer que dans l’idéologie des «Frères Musulmans», il y a trois étapes dans le Tamkîn. C’est d’abord le Nashru Rijâl : (déploiement efficace des hommes au sein de la société et de l’appareil d’Etat). Les militants de la cause doivent être présents dans toutes les structures de l’Etat, et les composantes sociales sont loyaux à la cause et jurent obéissance totale à ceux qui la portent. Ils doivent essaimer et se multiplier jusqu’à constituer une masse critique capable de déstabiliser l’appareil étatique. Ce travail se fait déjà au Sénégal à travers le contrôle des espaces et du milieu universitaires comme l’Association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal (Aeems), dans le milieu professionnel avec le Réseau des islamistes du Sénégal (Ris) pour les fonctionnaires des Impôts, du Trésor, de la Douane, de la Justice et des agents dans le secteur de la microfinance
Le deuxième pilier de cette stratégie est le Nashrul Afkâr : (Dissémination des idées et de l’idéologie par tous les moyens). Les militants de la cause s’associent à des forces diverses (religieuses, sociales ou politiques), s’attaquant à des principes tels que la laïcité, la liberté religieuse. Le mouvement sape, ainsi, la cohésion sociale en accusant certains acteurs d’être contre l’islam, de prôner des valeurs anti-islamiques, etc., en menant une féroce bataille d’opinion, s’accaparant des moyens de communication et des médias qui lui deviennent favorables. C’est dans cette étape qu’il y a la préparation et la mise en place des conditions de possibilité de l’insurrection en s’appuyant même sur des leviers non forcément islamiques (mouvements populaires, syndicats, associations, etc.) dans le cadre d’alliances objectives.
L’étape ultime de cette stratégie est le Tanfizul Afkâr : (Mise en application des idées ou exécution du Projet). Cela commence par ce qu’ils appellent «la violence reportée» ou «violence symbolique», «assassinat moral», par défaut d’un rapport de force permettant la «violence physique». C’est l’exercice d’une violence verbale, médiatique, à travers tous les moyens de sorte à apeurer les porteurs d’idées contraires à leur idéologie avec des «katiba électroniques» sur les réseaux sociaux comme en Egypte post-révolutionnaire jusqu’à la conquête du pouvoir par Mohamed Morsi. Cette étape concomitante de dissémination/mise en exécution des idées est aussi accompagnée de violences éparses sur des personnes, des installations étatiques, des intérêts économiques sans que cela soit revendiqué ou assumé par le parti ou l’organisation dont le développement est accompagné de l’émergence de cellules ou de factions occultes. Les «Frères Musulmans» appellent cela Tanzîmul Khâs (unité spéciale) ou Jihâz Sirrî (unité secrète). C’est ainsi que du reste, avec des opérations de désinformation, le doute est semé au sein de la population, de sorte que toute attribution de l’exercice de la violence à l’organisation incriminée est battue en brèche par une armée médiatique et des relayeurs devenus crédibles dans le cadre d’une stratégie très élaborée de victimisation et même de martyrologie.
Cette étape du Tanfîzul afkâr devra s’achever par la conquête du pouvoir politique et le dévoilement final du Projet. Ngagne Demba Touré, fugitif, avait vendu la mèche plus tôt que prévu ! Il est encore nécessaire de rappeler que le père de Saber Mashour était le responsable du Tanzimul khâs, l’aile armée et secrète des «Frères musulmans» avant d’en devenir le Murshid, guide suprême.
Plus d’une fois, nous avons attiré l’attention sur le danger que représente, pour la paix civile au Sénégal, le groupe de Ousmane Sonko. Il y a lieu cependant de relever qu’on pourrait encore trouver en son sein des membres simples islamistes, de bonne foi, qui sont dans des leviers essentiels de l’Etat comme les régies financières, la Justice et le secteur de la Santé. La stratégie de conquête du pouvoir s’accommode d’alliance conjoncturelle avec des groupes et mouvements politiques de gauche. Ces militants de gauche, qui rêveraient d’un chimérique «Grand soir», saisissent tout mouvement des masses comme une bouée de sauvetage, une opportunité ou une barque à laquelle s’accrocher. On lit la situation comme la pastèque, ce fruit dont le dessus est vert et l’intérieur rouge. Dans une chronique en date du 7 novembre 2022, nous regrettions : «Il est triste de voir des rêveurs d’un «Grand soir», qui au crépuscule de leur vie, s’assoient sur tout scrupule, toute dignité et toute morale politique pour utiliser le leader de Pastef comme le bélier qui leur défoncera les portes du pouvoir.» Assurément, leur désillusion risquerait d’être grande car Ousmane Sonko cherche à conquérir le pouvoir pour le compte d’autres forces que des formes politiques conventionnelles. Hamidou Anne a raison de dire qu’au Sénégal «nous avons la gauche la plus bête du monde !».
par l'éditorialiste de seneplus, pierre sané
MACKY SALL ET LA RHÉTORIQUE DU CHAOS
EXCLUSIF SENEPLUS - Le président est désormais perçu comme le principal artisan des forces déstabilisatrices au sein de son administration. Son obsession pour sa fortune politique après le pouvoir représente un handicap
J-100. Macky Sall comprend-il tout ce qu'il voit ?
De la part d’un “cadre casamançais”.
Ce n'est pas la première fois que le président de la République du Sénégal s'en prend à la Casamance et à ses fils. Il n'est décidément pas un président rassembleur de toute la République.
À plusieurs reprises, il réaffirme sa détermination à lutter contre le "chaos" qui s'annonce, citant à nouveau la Casamance sous l'identification des "Cadres casamançais".
Le mot "chaos" qu'il a à la bouche fait référence à des phénomènes sociaux semblant inorganisés, désordonnés ou confus. En clair, il n'y a pas d'organisateur. Donc, laissez le Pastef tranquille.
Pour comprendre véritablement la stratégie de Macky Sall, il faut recourir à la théorie du chaos dont il semble adepte. Loin de sentir un désarroi devant le chaos, il le provoque. Il l'utilise comme un outil efficace (pense-t-il) pour négocier, diriger et ultimement atteindre ses objectifs. Le chaos lui permet de déstabiliser ses adversaires et de rendre nerveux ses alliés.
Mais est-ce bien prudent ? A-t-il atteint un tel niveau d'intelligence ? On peut en douter...
Monsieur le président, comme vous, nous ne voulons pas de chaos. À quoi bon ? À trois mois de votre départ, quel intérêt ? Les Sénégalais se préparent plutôt à fêter votre départ dans la joie.
En lançant chaque jour de nouvelles controverses, Macky Sall est désormais perçu comme le principal artisan des forces déstabilisatrices au sein de son administration. Son obsession pour sa fortune politique après le pouvoir représente un handicap. Ce qui nous importe, ce sont des élections libres et inclusives dont il sera exclu.
Arrêtez ce narratif du chaos, cela n'impressionne et n'intéresse personne. Si vous avez besoin d'aide pour déménager, nous enverrons des volontaires dégager le palais sans chaos !
Bon vent.
Texte Collectif
APPEL À LA RÉOUVERTURE IMMÉDIATE DE L’UCAD
Nous appelons les établissements autonomes à défier l’unilatéralisme de l’autorité et de sa majorité mécanique au Conseil académique et à décider souverainement de la reprise immédiate des cours en présentiel au sein du campus pédagogique
La presse a rendu publique le 9 décembre 2023 des propos qu’auraient tenus le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation lors d’un récent point de presse sur « la situation des universités publiques ».
D’après ces comptes-rendus, le professeur Moussa Baldé s’est livré à un plaidoyer pour un enseignement « bi-modal » et, s’exprimant sur la situation de l’UCAD, il a brandi les résolutions du Conseil académique qui auraient estimé que les « conditions nécessaires pour une reprise » ne seraient pas encore réunies. Pour rappel, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), fleuron de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de notre pays et de l’Afrique francophone, est restée fermée depuis les émeutes du 01 juin 2023 qui avaient embrasé plusieurs parties du pays. Les conséquences académiques et scientifiques de cette fermeture sont catastrophiques : réduction drastique du quantum horaire, baisse de niveau des étudiant.e.s, diplômé.e.s insuffisamment qualifié.e.s, chevauchement aggravé entre les différentes années universitaires, etc. Et pour tenter d’atténuer les conséquences pédagogiques et scientifiques de cette fermeture, l’autorité et sa majorité mécanique au Conseil académique ont décidé de remplacer l’enseignement en présentiel par un simulacre d’enseignement à distance.
Réduit - surtout dans les premiers cycles des grandes facultés - à une simple insertion de supports de cours sur des plateformes virtuelles, l’enseignement à distance, décrété de façon unilatérale et totalement improvisée par l’autorité, est au fond et en la forme très éloigné de ce qu’est réellement ce type d’enseignement. Malgré toutes ses limites et son inadaptation avérée à des étudiants de premier cycle universitaire qui doivent d’abord acquérir les compétences de base des techniques d’apprentissage, le véritable enseignement à distance est qualitativement un cran au-dessus de celui qui est en train de se mettre en place à l’UCAD et qui, faut-il le souligner, est loin d’avoir la qualité d’un très mauvais MOOC.
En outre, au-delà de ce problème de fond, la décision de remplacer de façon improvisée un enseignement en présentiel qui présentait certes des limites conjoncturelles dues essentiellement à la massification, au déficit d’infrastructures et de personnel enseignant par un faux-semblant d’enseignement à distance n’est pas sans poser de sérieux problèmes logistiques. Non seulement près de la moitié des enseignants de l’UCAD ne disposent pas de bureaux mais le pays est également insuffisamment électrifié et connecté à Internet. Cette situation a ainsi entravé l’essentiel du travail du Personnel d’enseignement et de Recherche (PER) et elle a mis de fait des dizaines de milliers d’étudiants de l’UCAD dans des situations d’impossibilité d’accès au simulacre d’enseignement à distance.
Si malgré les images insoutenables d’exil forcé des étudiant.e.s qui avaient été brutalement déguerpi.e.s, mis.e.s à la rue et exposé.e.s à d’énormes difficultés de transport et de nourriture, la communauté s’était résolue - la mort dans l’âme - à accepter la décision de fermeture de l’UCAD présentée à l’époque comme « provisoire » par les autorités académiques, c’est qu’elle avait cru en toute bonne foi que les dégâts occasionnés par les émeutes étaient assez importants pour nécessiter une telle mesure et que de toute façon les enseignements en présentiel reprendraient au plus tard en octobre 2023. Mais aujourd’hui, la fermeture prolongée, injustifiée et injustifiable de l’UCAD, ajoutée au précédent de juillet 2022 qui avait vu les autorités académiques prendre brutalement et sans concertation une mesure de même nature alors qu’aucune tension n’était notée en son sein, amènent à se poser légitimement la question des véritables motivations qui font régulièrement prendre à l’autorité et à sa majorité mécanique au Conseil académique, la décision contraire à toute logique académique et scientifique de vider l’institution de ses apprenants. Faut-il le rappeler, l’université sénégalaise est une institution dont le fonctionnement est fondé sur les principes d’autonomie, de gestion démocratique et de collégialité. Ces règles de fonctionnement, consacrées par les articles 10 et 11 de la loi 94-79 sur les franchises et libertés universitaires et par la Déclaration de 1997 sur la condition du personnel d’enseignement et de recherche (PER) de l’UNESCO, sont régulièrement bafouées par les décisions à forte teneur politicienne de l’autorité de l’UCAD dont cette tendance à maintenir les apprenants hors de leur lieu naturel d’apprentissage.
Pour toutes ces raisons, les signataires de cette tribune appellent :
Les établissements autonomes à entrer en défiance contre l’unilatéralisme de l’autorité et de sa majorité mécanique au Conseil académique, à recouvrer la plénitude de leurs prérogatives pédagogiques et scientifiques et à décider souverainement de la reprise immédiate des cours en présentiel au sein du campus pédagogique de l’UCAD ;
Les collègues à reprendre leurs emplois du temps et à se présenter aux heures et jours indiqués dans les salles et Amphithéâtres où leurs enseignements sont programmés ;
Les étudiants à regagner l’UCAD et à y recevoir en présentiel les enseignements qui leur sont destinés ;
La communauté à faire constater toute entrave au travail des PER et à porter éventuellement plainte contre l’autorité et l’Etat du Sénégal.
PAR Alymana Bathily, Rama Salla Dieng et René Lake
VERS UNE NOUVELLE ÈRE DE GOUVERNANCE
ÉDITORIAL SENEPLUS – Le rôle vital des Assises Nationales et de la CNRI – Exiger de tous les candidats présidentiels un engagement formel, écrit et public pour la mise en œuvre de ce pacte national
Alymana Bathily, Rama Salla Dieng et René Lake |
Publication 10/12/2023
« Dix ans, et pas une ride pour les Assises nationales toujours actuelles dans leur quête de démocratie participative et de gouvernance transparente », écrivait Mame Less Camara en 2018 au moment de la célébration du dixième anniversaire de l’événement.
Et d’évoquer « cette méthodologie inédite de consultations citoyennes dont devraient s’inspirer bien des parlements » qui a permis de formuler des recommandations audacieuses, notamment à travers la Charte de Gouvernance Démocratique, et de sortir ainsi de ce « fixisme institutionnel installé par le modèle colonial qui bouche encore l’horizon de tous les pays qui l’ont enduré, y compris ceux qui ont subi la médication énergique des Conférences nationales ».
Concernant la Commission Nationale de Réformes des Institutions (CNRI), Mame Less Camara souligne qu'elle est née en 2013 à la suite d’un malentendu : le président Macky Sall l’a commanditée pour « adoucir » en quelque sorte les recommandations des Assises qui ne sont à ses yeux « ni le Coran ni la Bible, ni la Thora » alors que le président Amadou Mahtar Mbow et l’équipe chargée de la rédiger, en ont fait l’armature et le socle de la Charte de la Gouvernance Démocratique des Assises Nationales.
- De la pertinence actuelle des recommandations citoyennes -
L'objectif principal des recommandations issues des Assises Nationales et de la Commission Nationale de Réformes des Institutions (CNRI) était de préserver et de promouvoir l’État de droit, ce qui englobe la séparation et l'équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que le renforcement de l'indépendance de la justice. Ces recommandations visaient également à consolider et protéger les libertés publiques, à instaurer une démocratie participative et une gouvernance de qualité, fondées sur des principes de transparence, de dialogue avec les citoyens, d'équité et d'obligation pour les autorités de rendre des comptes.
Des restrictions variées sont imposées aux partis politiques d'opposition et aux organisations de la société civile, entravant l'exercice de leurs droits légaux. La presse indépendante fait face à des attaques injustifiées. De plus, l'exécutif néglige d'exécuter les décisions de justice qui visent à rectifier ces abus et manipule le système électoral, menaçant ainsi l'équité, la transparence et la régularité des élections présidentielles prévues en février 2024.
L'approche autoritaire du gouvernement a aggravé les tensions, engendrant un climat de peur et de défiance. Cette atmosphère oppressante a malheureusement poussé certains manifestants à recourir à des actions extrêmes et répréhensibles en réaction aux injustices perçues et à la restriction de leurs droits.
Dans un contexte marqué par la mauvaise gouvernance, la corruption, l'augmentation du coût de la vie et les pénuries de services et de biens essentiels, l'importance et la nécessité des conclusions des Assises Nationales et des recommandations de la CNRI n'ont jamais été aussi évidentes.
- De la dynamique du débat citoyen -
Il est essentiel que chacun, à son niveau et selon ses engagements, continue à lutter dès maintenant contre les atteintes à l’État de droit, les agressions contre les libertés publiques et individuelles et pour une élection présidentielle inclusive, transparente et équitable, mais nous devons aussi chercher à bâtir ensemble un nouveau pacte national capable d’assurer à terme la mise en œuvre des recommandations des AN et de la CNRI.
Comment ? D’abord par le débat citoyen. Puis par l’interpellation des candidats à l’élection présidentielle.
SenePlus, Sursaut Citoyen et Demain Sénégal ainsi que de nombreux mouvements citoyens associés ont d’ores et déjà investi le débat citoyen.
Le mouvement citoyen assurera le suivi du débat public ainsi lancé pour l’étendre aux différentes localités du pays ainsi qu’aux divers secteurs de la population.
Dans l’objectif d’alimenter et d’amplifier ce débat, SenePlus et plusieurs publications associées diffuseront les documents suivants dans les tous prochains jours :
L’intégralité de la Charte de Gouvernance Démocratique des Assises nationales.
L’intégralité des conclusions et recommandations de la CNRI.
Une série de tribunes sur les questions clés posées par les AN et la CNRI commissionnées pour alimenter le débat public pendant la période de décembre 2023 et janvier 2024.
De plus, un rapport mensuel SenePlus.com concernant la situation politique et sociale du pays sera publié en décembre 2023, ainsi qu'en janvier et février 2024.
Toutes ces publications seront largement diffusées en ligne, dans les réseaux sociaux, dans plusieurs journaux de la presse écrite mais également sur les radios et télévisions et cela dans plusieurs de nos langues nationales.
- Interpeller les candidats pour bâtir un Pacte national consensuel -
Il est également crucial de demander à chaque candidat présidentiel un engagement formel, écrit et public pour la mise en œuvre du pacte national dès le début de leur mandat, ainsi qu'à organiser un référendum dans les 200 premiers jours du mandat sur le projet de Constitution proposé par la CNRI.
par Amadou Tidiane Wone
RÉPONSE, RAPPELS ET QUESTIONS À HAMIDOU ANNE
Se réclamer de “Gauche” dans des pays où personne, quasiment, ne se réclame de la “Droite” est, pour le moins, un abus de langage, caractéristique de la paresse intellectuelle de nos élites… francisées. Il est temps de crever l’abcès
J’ai lu avec intérêt, et je l’avoue un certain amusement, un article de M. Hamidou Anne, chroniqueur à la plume facile, agréable à lire et dont ma foi, les idées sont généralement bien ordonnées et les convictions clairement assumées.
Cela dit, sa dernière livraison, parue dans le journal dénommé «le Quotidien» et intitulée “La Gauche la plus bête du monde”, appelle de ma part quelques observations.
Parce qu’Hamidou Anne s’adresse en fait, et nommément, à un homme que je connais bien, le Docteur Dialo Blondin Diop. Un homme dont je sais les énormes sacrifices que lui et toute sa famille ont consentis, au prix de la vie de leur frère ainé Omar Blondin Diop, mort en détention politique le 11 mai 1973 à la prison de l’ile de Gorée, dans des conditions non encore élucidées. Sans parler du décès de son autre frère Pape Ndiaye Blondin Diop, des suites, on peut le croire, des conditions carcérales dramatiques subies aux côtés de son frère Omar. Il en parle, d’ailleurs douloureusement, dans un documentaire que le grand public gagnerait à visionner.
Est-il besoin de rappeler que la famille Blondin Diop, leurs amis et tous les patriotes sincères, restent en attente de la réouverture de ce dossier suite à des éléments nouveaux portés à la connaissance des autorités ?
Sans parler des emprisonnements dont Dialo, ses frères et leurs camarades ont fait les frais plusieurs fois, sur le chemin ardu des conquêtes démocratiques acquises dans notre pays. Il faut quand-même se souvenir, qu’au fil du temps et de la ronde des générations, des hommes et des femmes ont payé un lourd tribut à la construction du Sénégal de 2023 où l’accès à la parole est devenu bien plus facile que du temps du Parti unique … Du temps où, ce que Monsieur Anne appelle «la gauche », était confinée dans la clandestinité. Si … si !
Au titre des rappels concernant le Docteur Dialo Diop, il faut se souvenir qu’il a purgé plusieurs années de peine de prison pour les accusations “d’atteinte à la sûreté de l’Etat.” Au motif que lui et certains de ses camarades, avaient voulu lancer des «cocktails Molotov» sur le véhicule du Président de la République Française d’alors, Georges Pompidou en visite officielle au Sénégal… C’était en 1974 ( !) Souvenirs, souvenirs… Il faut aussi rappeler que c’est après avoir purgé plusieurs années de prison qu’il a repris et terminé ses études de médecine, interrompues violemment par son incarcération. Le traiter de manière si cavalière au détour d’une tentative de règlement de comptes politiciens avec la dynamique de Pastef est, pour le moins, irrespectueux pour sa trajectoire qui force le … respect !
Cela dit, pour mettre en contexte sa critique du Docteur Dialo Dop Blondin, les souvenirs de Hamidou Anne remontent à … 2008 au moment où, écrit-il, celui-ci “reprochait à Madior Diouf une allégeance au chef d’un autre parti en l’occurrence Moustapha Niasse”. En fait ce “souvenir” sert à légitimer l’affirmation de Monsieur Anne selon laquelle “depuis 2017, Dialo Diop et ses amis se sont mis à la disposition d’un autre chef de parti, validant tous ses choix trempés dans l’encre de l’intégrisme et du populisme”. Passons sur les qualifications “intégrisme et populisme” souvent collés au Parti Pastef-les-patriotes par un narratif courant dans les dîners mondains où l’on jase ! Entre la poire et le fromage … Ces concepts, à usage exclusif de … terrorisme intellectuel et moral (!) sont commodes pour justifier l’injustifiable. Ils servent, sous d’autres tropiques, à restreindre des libertés et à réprimer dans le sang avec bonne conscience. Mais c’est là un autre débat !
Revenons à nos rappels !
Arrêtons-nous un peu sur la consistance, pour nos pays africains, pauvres et dit-on très endettés, de la réminiscence dans les éléments de langage de notre action politique de concepts comme «la gauche » ou la «droite ». Ce détour, juste pour prendre la pleine mesure de la “bêtise” annoncée dans le titre de Hamidou Anne et dont il va falloir sonder les profondeurs pour en sortir enfin ! Se réclamer de “Gauche” dans des pays où personne, quasiment, ne se réclame de la “Droite” est, pour le moins, un abus de langage, caractéristique de la paresse intellectuelle de nos élites… francisées. Il est temps de crever l’abcès.
La droite et la gauche sont des concepts strictement, et exclusivement, rattachés à l’Histoire de France lorsqu’en 1789 un “coup d’état … constitutionnel” (déjà ?) a dépossédé le Roi Louis XVI des attributs de la royauté au profit d’une Assemblée constituante, embryon de ce qui deviendra l’Assemblée Nationale Française. Pour faciliter la visibilité des forces politiques en présence, ceux qui partageaient les mêmes valeurs s’asseyaient à la droite ou à la gauche du président de l’Assemblée nationale… Cet arrangement spatial finira par codifier, en France, une nomenclature du rapport entre les forces dites de progrès, à gauche, et les forces dites conservatrices, à droite. En quoi cette nomenclature concerne-t-elle encore des pays réputés indépendants et sensés écrire leur propre Histoire ? Cette digression, interroge le titre de Hamidou Anne et le tréfonds idéologique de la pensée qui le sous-tend. On en reparlera. Je l’espère !
Ayant dit cela, que reste-t-il de la diatribe de Monsieur Anne contre toutes les formes de gauche qu’il énumère «Totalitaire, liberticide, hémiplégique … »? Que de gros mots pour apeurer, stigmatiser et pour ne rien dire quant au fond ! Le mal de la gauche n’est pas dans ces jugements à l’emporte-pièce qui passent par pertes et profits le bilan devenu incontournable des trahisons à … gauche !
Quelques questions :
Dans notre pays que reste-t-il de la «gauche» héritière du Parti Africain pour l’Indépendance (PAI) ? Que sont devenus les fondateurs des courants … révolutionnaires de notre pays ? Que reste-t-il des combats pour la Révolution Nationale Démocratique et Populaire ? Que reste-t-il de nos rêves et aspirations à l’avènement d’un socialisme, première étape vers une société sans classes, égalitaire, démocratique tendant vers le communisme ? Ces questions sont au cœur de la nécessaire revue des troupes à «gauche»…
En attendant, force est de constater, pour le regretter, que le cœur ne bat plus à «gauche» en matière de prise en charge des revendications populaires dans plusieurs pays du monde. En Europe, notamment, l’extrême droite recrute au sein du … prolétariat ses soutiens les plus déterminés. Les forces les plus rétrogrades prospèrent au sein du prolétariat et mobilisent, au cœur des couches populaires, les ennemis de l’immigration et les racistes les plus virulents.
La «gauche» a pourtant accédé au pouvoir en France en 1981, quel est son bilan africain ?
Le temps de réfléchir sérieusement à des paradigmes refondateurs de l’engagement politique et citoyen dans notre pays doit revenir au cœur du débat public. Non pas sous la forme de fatwas, relativement simplistes, mais au prix d’une remise à plat des courants de pensées prétendument universels mais qui charrient des éléments de mépris culturel dont il va falloir se débarrasser.
Au fond, la sortie de Hamidou Anne sur un patriote remarquable de constance dans son engagement, le Docteur Dialo Diop Blondin, souligne l’impérieuse nécessité d’un débat de fond sur le véritable sens de notre histoire. Quelles sont aujourd’hui les forces politiques de progrès qui sont dans le bon sens pour reconquérir notre indépendance largement hypothéquée ? Quels sont les aspirations de la jeunesse sénégalaise et quelles forces sociales les prennent-elles en charge ? Sur les enjeux cruciaux du monde, quelles sont les voix qui portent les intérêts supérieurs du Continent africain … Et tant d’autres questions à soulever pour aller dans le sens de l’Histoire avec un grand H …
Ni à « gauche », ni à « droite », mais… tout droit !
Tout le reste nous distrait !
NON, L’UCAD N’EST PAS LA 21E MEILLEURE UNIVERSITE AFRICAINE !
Je voudrais m’adresser, non pas au respectable ministre que vous incarnez, mais au Professeur, au Docteur en mathématiques appliquées et au Directeur de recherche que vous êtes. Dans votre allocution devant l’Assemblée nationale, lors du vote de votre budget ministériel, vous mentionnez que l’Université Cheikh Anta Diop est la 1ère Université francophone d’Afrique, mais aussi qu’elle trône fièrement à la 21e place africaine. Professeur, vous faites référence ici au dernier classement UniRank qui est un classement, tenez-vous bien, basé sur le web et non académique. UniRank a la même crédibilité que la maman qui dirait à son fils qu’il est le plus beau de tous. En effet, c’est le classement le moins objectif et le moins crédible de toute la galaxie des organisations de «ranking». Il utilise un algorithme basique basé sur la présence des Universités dans le Web, leur popularité en termes de trafic «estimé», sans jamais s’intéresser à la qualité de l’enseignement et des infrastructures, encore moins à la production de savoirs (recherche et publications). Sa méthodologie repose essentiellement (55%) sur le MDC (Majestic Domains Checker), un outil de référencement qui indique le nombre de domaines ayant des liens vers un site web X ou Y.
Professeur, pour un classement d’influenceurs ou de célébrités, ça peut faire l’affaire, mais en aucun cas on ne peut se baser sur UniRank pour justifier de la crédibilité de ses institutions académiques. Par ailleurs, UniRank précise de façon salutaire sur sa plateforme que la nécessité de transparence de sa méthodologie et la capacité de tester et de reproduire ses résultats ne sont pas garanties comme le suggèrent les principes de Berlin du fait justement du caractère «non-académique» de leurs classements. Mis en place par le Centre européen de l’UNESCO pour l’Enseignement supérieur et l’Institute for Higher Education Policy, ces «principes» de Berlin constituent le code d’honneur sacré de toute organisation désirant faire du «classement». Professeur, si vous souhaitez évaluer les performances de l’UCAD ou de l’UGB ou tout autre établissement public d’enseignement supérieur sénégalais, il faudra vous fier au Quacquarelli Symonds (abrégé «QS»), au Times Higher Education (abrégé «THE») ou Shanghai Ranking Consultancy (communément appelé le «classement de Shanghai»). Ils demeurent les principaux organismes «indépendants» qui livrent chaque année un «vrai» classement mondial des universités. Du fait de leur respect des principes de Berlin et la combinaison de performances en matière de recherche et de réputation académique pour produire des classements, ces organismes, sans être exempt de critiques, font autorité.
Leurs critères sont guidés par la productivité scientifique et couvrent des paramètres comme les effectifs du personnel universitaire, le nombre total d’articles indexés dans le SCI-E (Science Citation Index-Expanded), le nombre d’articles publiés dans les fameux journaux Nature et Science, le nombre de chercheurs hautement cités sélectionnés par Clarivate, entre autres. Pour figurer dans ces classements, c’est simple : fédérer les Universités sénégalaises dans un régime de production de savoirs et se départir de l’approche «coloniale» de la formation. Entendez par approche coloniale, la vision africaine de l’Université (léguée par le colon) comme «simple» continuité de la formation après le baccalauréat de l’enseignement secondaire pour créer des hiérarchies bidons entre futurs commis-robot de l’État ; alors qu’au fond, elle est à voir comme un haut lieu par excellence de production de savoirs qui se matérialise par les publications scientifiques et les brevets, qui, par la suite, se concrétisent en retombées économiques et sociales lorsque ces savoirs sont valorisés puis transférés à la communauté. Au-delà de cette limitation «idéologique», cette grande absence de l’Afrique et du Sénégal en particulier pourrait s’expliquer par la limitation des ressources investies dans la recherche, les obstacles liés à la visibilité internationale et à la diffusion des connaissances, mais aussi de façon plus globale par les défis structurels et économiques que vos gouvernements attaquent au marteau en lieu et place d’user du bulldozer.
Cher Professeur, au moment même où le Président de la République remettait les prix MACKY SALL du CAMES pour la recherche (fonds porté à 2 milliards en 2023, bravo !), il y’a de nombreux enseignants vacataires de la faculté de médecine de l’UCAD qui ont des arriérés de salaires de plus de 11 mois, soit bientôt une bonne année. Par ailleurs, en ce même moment, le Sénégal est passé de 11409 doctorants en 2018 à seulement 6329, soit une baisse effroyable et triste de 55%. Dans tous les pays du monde, ce taux progresse et fracasse des records, car vous n’êtes pas sans savoir que la croissance et l’innovation sont «fonction» du capital humain hautement qualifié. Sachez par ailleurs qu’en plus des données bibliométriques, c’est dans une moindre mesure l’obtention de prix jouissant d’une forte reconnaissance internationale comme un prix Nobel, ou une médaille Fields qui vient renforcer la position des universités candidates dans ces classements. Ce n’est pas en asphyxiant la relève scientifique du pays que l’on y arrivera. Cependant, il n’y a pas de fatalité inéluctable, car l’Afrique du Sud et plus globalement les nations anglophones d’Afrique se sont frayées un chemin pour être dans ces classements en raison de l’excellence de leur enseignement, de leur recherche et de l’impact sur leurs sociétés. Il n’y a pas alors de raison pour nous de ne pas y figurer ou de nous enorgueillir de classements bidons non académiques.
Entendons-nous bien, Professeur, je ne vous contesterai jamais la popularité de l’UCAD en Afrique. C’est une université mythique. Mais ça, c’est pour les émotifs. L’UCAD arrive effectivement à la 26e place d’un autre classement récent produit par un organisme dont le nom est assez proche de UniRank et qui s’appelle EduRank. Cet organisme, un peu plus fiable que UniRank, se base à hauteur de (seulement) 45% sur la performance de la recherche. Son talon d’Achille est qu’il pondère à 55% (donc plus de la moitié) des paramètres non académiques (comme la présence sur le web). S’agissant de la 1ère francophone, le doute est permis devant les Universités tunisiennes (telles que Tunis, El Manar, Sfax, Sousse), les Universités marocaines (telles que Mohammed V de Rabat), les Universités algériennes (telles que Djillali Liabès de Sidi-BelAbbès, Houari Boumediene). En effet, ces universités maghrébines ont, à la différence des Universités sénégalaises, déjà été introduites au moins dans l’un des trois classements QS, THE ou Shanghai. Professeur, pour finir, il existe désormais un marché mondial de l’enseignement supérieur ou les Universités séduisent à coup de bourses et d’avantages incroyables les talents du monde en exhibant leur prestige et leur cadre exceptionnel d’enseignement et de recherche. Si vous ambitionnez réellement de positionner l’UCAD et les Universités sénégalaises dans le top 100 mondial et le top 5 africain, n’ayez qu’une seule boussole : «la production de savoirs». Que ces mots soient votre leitmotiv dans tous vos projets à l’endroit des Professeurs et des étudiants.
Idriss MAHAM
Par Ibrahima Khalil MENDY
L’AMBITION SEULE PEUT-ELLE FAIRE LE RESTE ?
Il faut considérer [remarquablement], qu’un aveugle ne peut diriger une population borgne… toute la problématique est là !
Bés Bi le Jour |
Ibrahima Khalil MENDY |
Publication 09/12/2023
Dans les colonnes du journal «Liberation Quotidien» - n°3394 – samedi 18 & dimanche 19 novembre 2023, la dame W. Coura Ndiaye (cadre BBY) interpelle sur la question de savoir : «A quel jeu s’adonnent certains intellectuels et cadres sénégalais ?». Sous cet angle et de mon point de vue, il n’y a pas d’émotion à se faire, tant la chanson desdits intellectuels et cadres est devenue discordante, ennuyeuse et dans un parfait élan de solidarité. En tout état de cause, le Sénégal reste égal à lui-même, depuis de nombreuses années : stable, ouvert et dans un confort de démocratie incomparable en Afrique sub-saharienne. Et donc, ce ne sera pas sous le magistère du Président Macky Sall, que le ministère de l’Intérieur comme les Commissions chargées d’organiser et de superviser les élections [présidentielles et autres], que le contraire se produira. Autrement, de quoi est-il question, dans la surface de vérité, où certains leaders politiques de l’opposition comme au sein de la coalition BBY, les langues se délient, et les contradictions s’exposent au grand jour ? Et que reproche-t-on à une certaine presse, à certains citoyens indépendants, à une certaine société civile et à l’endroit de certains partis politiques ? Tout simplement, parce qu’ils ferment les yeux, sur les nombreuses et importantes réalisations de l’actuel Président au pouvoir, en étant tout de même, contre sa vision et sa personne. Ainsi, les critiques illusoires et mal fondées fusent de partout, de manière intentionnelle et ostentatoire, pour des raisons [uniquement] de positionnement… au détriment des aspirations de tout un peuple [enfants, jeunes, adultes & seniors], qui aspire en une construction du pays, en route pour son développement harmonieux, organisé avec talent et pour le progrès.
Cependant, tous ces gens où la plupart, ne peuvent guère traduire de manière concrète [dans leurs propres mouvements, dans leurs propres organisations, dans leurs propres partis], les techniques d’une bonne communication, d’une bonne gestion administrative, démocratique, politique, économique et sociale. Du moins, ils sèment du vent pour récolter finalement… la tempête qu’ils méritent ! Parce que, les moyens financiers et les ressources humaines [la pédagogie nécessaire pour asseoir une école] envers cette populace qui a grandement besoin de comprendre la réalité d’une gestion d’Etat, n’existent pas à leur niveau. Cela ne les intéresse point. D’ailleurs, ils se focalisent beaucoup plus [et déraisonnablement], sur leur seule ambition démesurée. Que fondamentalement donc, il est absurde que plus de 300 personnes, prises individuellement, se déclarent toutes, comme des candidats aux élections présidentielles, sans passer par un examen [parrainage obligatoire et obligé !]. Cela signifie objectivement, que ces acteurs là, ne sont pas animés de bonne foi, à l’égard de tout un peuple qu’ils ne prennent pas au sérieux. Ils n’ont aucune culture, aucune envergure [l’exemple de l’hémicycle est là pour nous édifier sur leurs comportements désastreux de leurs députés du peuple], aux fins d’une transmission de savoir, de savoir-être, de savoir-vivre, de haute réflexion, de patience, de loyauté et de faculté de discernement à enseigner. Incapable d’outiller la jeunesse dans le bon sens, ils leur apprennent principalement : la violence, la brutalité, l’irrespect des valeurs fondamentales et le rapport de force... sans prévoir leur lendemain à la tête du pouvoir.
Que dès lors, il y a bien lieu de considérer les conséquences multiples, pour toute une jeunesse à cloche-pied, tenant un pied en l’air et en sautant sur l’autre : une incohérence notoire et une désharmonie troublante. Que dans ce contexte-ci, une certaine opposition alliée à une certaine société civile et à une certaine presse s’arcboute dans un esprit moumoute [mutilé, détérioré et endommagé]. Parce qu’il ne s’agit guère que de critiques envers un Etat debout, de métaphores et de verser dans le panneau. Il y a lieu de constater [visiblement], comme le nez sur le visage, durant les deux mandatures du Président sortant, d’énormes chantiers et des projets à dimension sociale, profitables [largement] aux populations. Malheureusement, cette frange d’intellectuels et de cadres nouvelles formules, atteints par le virus d’une maladie incurable, sèment à tout vent la rancœur, tuant le véritable exercice politique, contraire à une Constitution lue et approuvée. Il ne s’agit pas de casser, de brûler, de brimer et d’inciter aux viols. Il ne s’agit pas de turbulences et de malices. Surtout, il ne s’agit pas d’asseoir une situation pénible, déplaisante et inextricable, dans un pays en paix et stable.
Sous cet aperçu enfin, en termes de connexion : «Les manquements de l’agent judiciaires de l’Etat qui avait profité au leader de l’ex-Pastef à Ziguinchor» se sont métamorphosés en cendre, par une annulation de l’ordonnance du juge Sabassy Faye. Une telle situation laisse place aujourd’hui, à la capitulation et à la déception totale. Celles-ci, après la décision irrévocable du Tribunal de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Et de manière autre : «Les avocats de l’opposant avait attaqué le décret portant dissolution de son parti politique [exPastef], le 31 juillet 2023, manquements à ses obligations». [Que] «Son parti a été dissout conformément au droit sénégalais… sur la base du rapport du ministre de l’Intérieur». Que résolument : «Les procédures suivies par l’Etat sont conformes aux droits de l’Homme, car les voies de droit ont été exercés et des décisions de justice ont été rendues». [Que substantiellement donc] : «L’ensemble des moyens soulevées par les avocats de SONKO ne sont pas fondés», fin de citation.
Ainsi, le président de la République n’a-t-il pas raison d’affirmer en toute grandeur : «J’ai toujours élevé en principes de gouvernance, la proximité, l’écoute, le dialogue, l’inclusion et le pragmatisme pour une action de l’Etat à fort impacts économiques et sociaux sur les territoires et leurs populations». L’ambition seule peutelle faire le reste, en tentant de combattre avec simplisme l’Etat de droit ? Ces gens-là, ne sont-ils pas dans le nihilisme [négation des valeurs intellectuelles et morales communes ou le refus de l’idéal collectif] ? Certainement, parce qu’ils ne lorgnent que d’un côté. Cependant, il faut considérer [remarquablement], qu’un aveugle ne peut diriger une population borgne… toute la problématique est là !
Ibrahima Khalil MENDY
SG DES PERMANENTS CNTS
Par Abdoul Aly KANE
LE «PRE CARRE»FRANÇAIS A L’EPREUVE DU SOUVERAINISME EN AFRIQUE
Plus d’un ½ siècle après les indépendances réclamées à cor et à cri par les élites africaines et octroyées par l’ancien colonisateur à l’aube des années 60, l’heure est à la quête d’une vraie souveraineté partout en Afrique.
Plus d’un ½ siècle après les indépendances réclamées à cor et à cri par les élites africaines et octroyées par l’ancien colonisateur à l’aube des années 60, l’heure est à la quête d’une vraie souveraineté partout en Afrique. Comme pour dire que les indépendances supra, purement formelles, n’avaient rien changé au modèle d’exploitation coloniale mis en place à la fin du 19ème siècle.
C’est un euphémisme de dire que la France connait, depuis les évènements du Mali, de fortes turbulences dans son « jardin » africain. Cela avait déjà commencé avec la République Centrafricaine puis s’est étendu Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Togo dont on dit qu’il se rapproche du trio des pays partageant la zone dite des trois frontières. La France a pu récupérer le Gabon par la grâce d’un coup d’Etat de « salon » des mains d’un Ali Bongo qui avait commencé à montrer des signes de dissidence avec son adhésion au Commonwealth britannique. Elle a aussi gardé in extremis le Tchad où un Idriss DEBY ITNO, recevant Marine Le Pen, avait clairement affiché sa récusation du Fcfa comme monnaie pouvant favoriser le développement économique.
D’ailleurs dans une interview accordée au Figaro publiée le 22 mars 2017, la présidente du groupe parlementaire Rassemblement national à l’Assemblée nationale française répondait ainsi à la question suivante :
« Q : Comment le président Déby perçoit-il votre vision?
Marine Le Pen : « Concernant la souveraineté, nous parlons le même langage. Y compris sur la monnaie car j’estime que le franc CFA est un inconvénient économique pour les pays d’Afrique. On ne peut pas être souverain à moitié ».
S’ajoute à la situation décrite ci-dessus le fait que d’autres pays « non militarisés » sont source de préoccupation pour la France du fait du discours souverainiste qu’y tiennent des leaders d’opposition très populaires rejetant la forme de la coopération avec l’ancien colonisateur de même que le franc CFA. C’est le cas du Sénégal avec Ousmane Sonko et du Tchad avec Succès Mara entre autres
Les raisons de ces turbulences sont claires. Les pays anciennement sous domination coloniale française sont enfermés dans un modèle économique qui ne leur assure pas le progrès économique susceptible de couvrir les besoins essentiels d’une population en croissance exponentielle
Ces pays ont d’énormes ressources de leur sol et de leur sous-sol qu’elles n’ont pas les moyens de transformer pour recueillir l’essentiel de la valeur ajoutée et encore moins créer des emplois. Ils doivent donc se contenter de la rente que procure l’exportation brute de ces ressources. Une rente qui fluctue selon les oscillations des cours boursiers de Londres, New York ou Amsterdam.
Malgré les développements de la mondialisation, les rapports entre la France et l’Afrique — et même entre l’Europe et l’Afrique — sont restés identiques.
La France a adhéré à l’Europe et à la zone euro, subit la concurrence des pays asiatiques où ses propres capitaines d’industries ont délocalisé leurs activités. Ce alors que le compagnonnage historique aurait voulu qu’ils se tournent vers l’Afrique. Le commerce entre l’Europe et notre continent est ainsi resté marginal.
L’essentiel des exportations du Sénégal se fait avec le Mali, ce qui pose d’ailleurs la question de leur pérennité avec la nouvelle configuration créée par l’Alliance des Etats du Sahel (AES) unissant le Mali, le Burkina et le Niger et dont on dit qu’elle va aboutir à la création d’une nouvelle monnaie (le Sahel) en remplacement du Fcfa.
Que la main de l’« ours russe », avec son bras armé « Wagner », ait participé à cette grande secousse fait peu de doute, si l’on s’en tient aux accords de défenses liant la Russie à ces pays en proie au terrorisme.
Dans ce nouveau contexte, la France est aujourd’hui en face de ses propres erreurs. Elles sont multiples et tiennent essentiellement au non renouvellement d’une politique datant de l’époque du général De Gaulle entraînant une certaine rigidité d’approche face aux défis africains, en particulier sur l’indispensable nécessité de l’industrialisation et de la création d’emplois pour l’Afrique.
La France doit changer de logiciel dans ses rapports avec l’Afrique !
La persistance à conserver le même logiciel d’exploitation que celui mis en place dès le début de la colonisation a sapé progressivement les bases d’une collaboration pérenne qu’autorisait le partage de la langue, des programmes scolaires et universitaires, et une histoire politique impliquant nos dirigeants historiques (Senghor, Lamine Guèye, Blaise Diagne etc..) dans la vie politique française.
Les acteurs politiques français comme d’ailleurs les spécialistes des relations franco-africaines comme le journaliste et écrivain Antoine Glaser ont leurs explications quant à cet éloignement de la France du continent africain. Ou vice versa.
Glaser explique : « Paris a manqué de vision stratégique et a échoué à s’adapter aux évolutions du continent. La politique africaine française manque d’une vision claire et d’une doctrine adaptée à un environnement géopolitique en constante évolution. N’ayant pas su anticiper l’émergence de nouvelles puissances concurrentes en Afrique telles que la Chine, la Turquie et la Russie, ces pays ont réussi à consolider leur présence sur le continent, remettant en question la position dominante de la France ».
Contrairement à ce que semble dire Antoine Glaser, Il ne s’agit point d’un « dépit amoureux » mais, plutôt, d’une impasse à laquelle a abouti la politique française.
La France, dont la politique de coopération économique était basée sur le « rattrapage » à la Rostow, aura échoué à sortir ses ex-colonies de leur état d’arriération économique.
Durant les décennies perdues à compter des indépendances, elle aura spécialisé ses ex-colonies dans l’exploitation des ressources minières, favorisé ses propres entreprises dans l’octroi des marchés publics, cantonné ses banques dans l’octroi parcimonieux de crédits en faveur des PME/PMI, capté l’essentiel des marchés relatifs aux services publics et aux BTP etc.
Les financements des infrastructures ont été laissés à la charge des institutions financières internationales, lesquelles ont privilégié le BTP au détriment de l’agriculture et de l’industrie.
Sur les 240 000 hectares de terres agricoles irrigables depuis la mise en service du barrage de Diama, laquelle est intervenue depuis près de 40 ans, l’agriculture est restée dans le même état que durant la colonisation, et même avant, c’est-à-dire dépendante de trois mois de pluies dans l’année.
La création d’un marché régional couvrant l’espace des ex-colonies aurait pu générer les complémentarités économiques dont nous déplorions le faible niveau d— car s’établissant à 15% seulement — dans la zone CEDEAO.
Le comble est qu’aujourd’hui, l’essentiel du commerce des pays membres de cet espace se fait avec l’Europe (60%), faute de disponibilité de produits alimentaires ou industriels fabriqués localement.
Pour cela il aurait fallu au préalable mettre en place des infrastructures de désenclavement routier et ferroviaire, harmoniser l’espace monétaire de sorte à moduler une politique monétaire en fonction des spécificités locales respectives dans la perspective d’une compétitivité d’ensemble
Le Nigéria importe des chaudières, des machines et appareils, des produits minéraux, des carburants, des matériels de transports qui constituent 60% des importations globales, des produits alimentaires et de l’engrais.
Ces produits proviennent de la Chine, de l’Inde, des Pays-Bas de l’Allemagne, du Brésil, de la Russie, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni et de l’Italie. Pour réorienter le commerce dans un sens intra régional, il faudrait que les entreprises sous-régionales considèrent le marché comme accessible et qu’elles soient accompagnées par les Etats et les institutions financières de développement.
Avec le maintien de la parité fixe avec l’euro, monnaie conçue dès le départ comme devant être une devise forte destinée à « intermédier » les échanges intra européens, l’ouverture des marchés africains prônée par le tandem FMI/Banque mondiale a ouvert la porte aux marchandises asiatiques, acculant les PME locales (françaises y compris comme dans la bonneterie par exemple) à la faillite
Une stratégie de co-développement de la France avec l’Afrique aurait dû se traduire par une politique volontariste de délocalisation industrielle, accompagnée d’un développement de l’éducation, de la formation et d’un transfert réel et conséquent de technologies.
Or les multinationales françaises ont choisi l’Asie comme destination de leurs investissements, du fait d’une meilleure compétitivité de ces pays. Ce faisant, elles ont, de leur propre chef, défini ce qui devait être la politique de la France en matière d’investissements stratégiques.
D’ailleurs, quand on parle de désindustrialisation de la France, notre conviction est qu’elle résulte d’un « laisser-faire » propre au libéralisme qui fait de l’entreprise et du marché, les décideurs en matière économique.
L’Amérique a eu une stratégie différente par rapport aux pays qu’elle a eu à dominer. En 1972, le Vietnam était engagé dans une guerre contre l’Amérique, ce qui n’a pas empêché qu’aujourd’hui, grâce aux Investissements directs américains et aux transferts de technologies, il dispose d’une base industrielle solide. Ce n’est pas la France qui serait capable d’un tel dépassement dont a fait montre la grande Amérique !
En dépit de toutes les critiques et propositions formulées, les autorités françaises campent sur leur position de maintenir une parité fixe du CFA vis-à-vis de l’euro.
La position de la France dans le débat actuel sur la transition climatique, est un autre sujet d’inquiétude. Au Sénégal les découvertes de gaz et de pétrole avaient suscité de l’espoir, et l’exploitation de ces hydrocarbures était attendue en 2023.
Sortie des énergies fossiles : le nouveau coup de poignard de Paris dans le dos du continent
Les nombreux différés de date et l’insistance des alertes sur le climat et la nécessité d’une transition énergétique viennent à nouveau doucher les espoirs des Sénégalais
La France a choisi de défendre la « sortie des énergies fossiles » dans le droit fil du nouveau pacte financier de Paris, conçu comme « un dispositif de protection de la planète ».
La priorité pour Emmanuel Macron est de sortir les pays riches des énergies fossiles. Il plaide pour la fin du charbon d’ici 2030, du pétrole d’ici 2045 et du gaz d’ici 2050, tout en demandant aux pays émergents de faire à leur tour des efforts. « En effet, s’il y avait une priorité absolue, c’est que les émergents sortent du charbon. On doit permettre aux émergents le rattrapage économique, c’est un élément de justice, mais ce rattrapage ne doit se faire sur la base d’énergies carbonées », a affirmé le président français.
Car le charbon est à ce jour la source d’énergie la plus émettrice de CO2. « Les pays du G7 doivent montrer l’exemple et s’engager à mettre fin au charbon chez eux avant les autres, c’est-à-dire avant 2023», poursuit-il
En nommant le Président Macky Sall Envoyé Spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète, il met en avant l’Afrique pour défendre une problématique qui ne cadre pas forcément avec les intérêts de notre continent en matière d’énergies.
Macky Sall, préposé à la défense de la planète dans le cadre du nouveau pacte financier de Paris, aura fort à faire pour évoluer dans un cadre qui ressemble plus à un poker menteur et où les principaux acteurs misent toujours sur le pétrole et le gaz. Des énergies fossiles s’il en est !
D’où la nécessité pour les Africains de dénoncer avec la dernière énergie l’hypocrisie qui prévaut en la matière, carles principaux pays pollueurs de la planète ne subissent aucune contrainte en matière de transition énergétique.
D’ailleurs, à la COP28, qui se poursuit actuellement à Dubaï, le ministre saoudien de l’Énergie s’est dit «absolument» opposé à un accord portant sur la sortie des énergies fossiles. La Chine, la Russie, le Brésil et les pays producteurs du Golfe seraient également opposés à toute mention dans le texte final d’une éventuelle sortie de ces énergies.
La position du Sénégal, quant à elle, n’est pas clairement tranchée.
Après l’Afrique du Sud et l’Indonésie fortement dépendants du charbon, et le Vietnam, le Sénégal vient de signer un nouveau partenariat de transition énergétique pour « l’aider à se débarrasser du fioul lourd ». L’objectif qui lui est assigné est de 40 % d’énergies renouvelables dans son mix d’ici à 2030. En contrepartie, ses partenaires que sont l’Allemagne, la France, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada ainsi que les banques multilatérales de développement s’engagent à mobiliser dès 2023 2,5 milliards d’euros de financements nouveaux et additionnels pour l’aider à décarboner son énergie
Ainsi, ne devrait-on pas craindre que le Sénégal en arrive à surseoir à moyen terme à l’exploitation de son pétrole et de son gaz, d’autant que les bailleurs multilatéraux comme le FMI, la BAD, la BEI, s’engagent dans la voie de tripler les financements en faveur de l’action climatique (d’ici 2025 pour la BEI), ce qui bien entendu crée un effet d’éviction pour les crédits liés aux énergies fossiles ?
Ce nouvel engagement du Sénégal aurait-il un rapport avec la récente décision de BP de se retirer du gisement de gaz naturel de Yakaar-Teranga après de lourds investissements et à quelques mois seulement des premières productions ?
Dans un futur proche, nous serons édifiés sur les effets consécutifs à ce réajustement. Pour être complet dans l’information, après avoir signé le nouveau partenariat de transition énergétique, le Président Macky Sall n’en a pas moins déclaré : « Le Sénégal reste préoccupé par les mesures unilatérales visant à interdire le financement à l’étranger de sources d’énergies fossiles y compris le gaz pendant que les principaux pollueurs continuent de faire usage de sources d’énergies plus polluantes comme le charbon ».
Dans tout ce méli-mélo, serions-nous les dindons de la farce ? Notre réaction somme toute timorée serait-elle due à notre situation de faiblesse financière amenuisant notre pouvoir de négociation ?
Encore une fois, et sous la pression de la France, le Sénégal est parti pour se priver d’une exploitation optimale de ses ressources énergétiques fossiles dont le bouclage du financement a été onéreux.
Dans cette nouvelle phase de transition énergétique nous privant à terme de ressources qui ont fait la fortune des pays du Golfe et assuré le bonheur de leurs populations, voilà que l’on nous promet encore de développer le « renouvelable », sans engagement autre que celui de banquiers et de pays qui, eux-mêmes, restent encore dépendants du gaz et du pétrole pour le bon fonctionnement de leurs économies !
Les dirigeants africains doivent penser aux générations futures auxquelles il faudra léguer des pays industrialisés créant des emplois.
Pour garder ce qui reste encore de ses relations avec l’Afrique, la France devrait urgemment changer de logiciel en privilégiant le partenariat avec les peuples avec en perspective la bombe démographique africaine de 2050.
La variable non intégrée par les décideurs et spécialistes dans l’analyse de l’évolution de l’Afrique, aura été l’évolution rapide de la démographie et la prépondérance de la jeunesse dans la structure de la population. Autrement dit, le jeune âge de la population.
Les développements supra n’ont nullement vocation à dédouaner des chefs d’Etat à la vision limitée, jaloux de leurs prérogatives et de leurs pouvoirs et prompts à dire oui même lorsqu’on attend d’eux qu’ils disent non.
Assurément, et dans l’intérêt de tous, il faut absolument se convaincre que l’époque actuelle n’est plus à soutenir ce type de dirigeants qui mènent tout droit le monde et leurs peuples à la catastrophe.