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5 avril 2025
Opinions
par Cheikh Tidiane Coly
L'IMMEUBLE NAL : VOYAGE AU COEUR DE DOUALA DES ANNÉES POST-INDÉPENDANCE
Le deuxième roman d'Ousseynou Nar Gueye, "Immeuble Nal, Douala" narre le périple d’un jeune garçon, lequel nous fait entrevoir une fresque de l’Afrique des années 70 – 80, et également toute la musicalité de cette époque faite d’humour
Le deuxième roman d'Ousseynou Nar Gueye est paru ce mercredi 20 décembre 2023 et est désormais en librairie au Sénégal. Ce second roman a pour co-éditeurs Les Éditions Presqu'île Lettrée (Sénégal) et Youscribe (France). "Immeuble Nal, Douala" est le fruit de la plume qui narre le périple d’un jeune garçon, lequel nous fait entrevoir une fresque de l’Afrique des années 70 – 80, et également toute la musicalité de cette époque faite d’humour et d’humeur parfois gracieuses, quelques fois hilarantes, rarement crasses et occasionnellement fauves…
Cet enfant – Fara est son nom – a ici décidé de narrer, que dis-je, a eu une envie impérieuse et précieuse de parler. Il n'a pas voulu rester seul dans son coin-souvenir, avec ses pensées, ses allégories fourmillantes de vies et de vivres, depuis l’école Saint Jean-Bosco – avec ses maîtres tous « aussi fieffés chicotteurs » abonnés à la bastonnade, surtout au fameux supplice du « tendre par quatre » - en passant par les Cours Sainte-Marie de Hann où le pater venait le prendre dans sa Renault 12 pour rentrer à Pikine Icotaf.
Il veut partager, mais généreusement, souvent sans prendre de gants ou encore refusant d’enfiler des chaussettes, et faire resurgir le royaume qui a construit son enfance - fait d’êtres qu’il a aimés et d’autres qu’il ne (re)verra jamais avec un rictus de requiem – où celle qu’on appelle affectueusement la Mamma tient le rôle de reine qui régit les affaires de la résidence, le pater, lui, tenant les rênes de l’envergure-chef de famille africaine élargie à tous les parents venus d’ici et d’ailleurs.
Et… d’ailleurs, entre les notes captivantes de kora ou de khalam que diffusait splendidement Radio Sénégal en ondes courtes, et les aubades d’André Marie Tala du Kamerun, la vitalité du récit a fait ressurgir, par endroit, le longiligne homme d’Etat Abdou Diouf, successeur du président Léopold Sédar Senghor qui nomma le père du narrateur Consul honoraire à Douala, chez le président Ahidjo qui, après services rendus à la nation et ou plutôt après sa retraite (pour cause de maladie ?), a élu domicile et «dernière demeure» au pays de la Teranga.
De ce pays que le pater a quitté - « perché sur des sacs de charbons », comme aime à chahuter la grand-mère maternelle -, mais en bon et éternel mouride pour le Kamerun, au point de donner le nom de sa bijouterie « Khadimou Rassoul » (surnom donné au vénéré Cheikh Ahmadou Bamba), la culture et les bonnes senteurs du thiouraye s’entêtent pour flatter, dans la complicité, l’humus verdoyant et vif du pays hôte.
Et dans la chaleur de cet immeuble Nal où toute la famille se retrouve dans un appartement, l’enfant-narrateur – lecteur-né qui adore dévorer les livres jusqu’aux romans qui sont au programme des classes de ses sœurs aînées - a tenté d’ériger son empire pour forger son emprise sur la vie, dans un déluge de chroniques fait de mots et maux, après s’être régalé, quelque soir, de «‘soya’, la viande grillée au feu de bois sur des fûts ouverts aux deux extrémités ».
Cet ouvrage est surtout une véritable immersion dans le royaume d’enfance de trois bonnes années durant lesquelles, Fara, ce jeune garçon à l’intelligence précoce, s’est aménagé une galerie de souvenirs vécus et/ou reconstitués dans une atmosphère familiale, entre le Sénégal et le Kamerun (plus particulièrement à Douala), avec ses frères Bada et Allou, ses sœurs Xuradia, Sagar et Soukeyna.
Il apprend à vivre dans un monde, en perpétuel mobilité, sans perdre les pédales. Même si, après que le pater s’imposa polygame en prenant une seconde épouse, Thioumbé, son nom, – presque de l’âge de son aînée – et qu’ensuite il se vit « expulser » de cette ‘monarchie infantile’ pour se retrouver – la Mamma, lui et les autres - encore au Sénégal, Fara a toujours gardé vivant la nostalgie et la magie du bon vieux temps. Qui font le don et formulent la pointure de ce roman aux allures autobiographiques.
"Immeuble Nal, Douala" fera l'objet d'une séance de présentation où l'auteur sera interviewé par la Docteure ès lettres Véronique Petetin, session suivie d'une séance de dédicace avec vente d'exemplaires du roman, le vendredi 29 décembre 2023 à Dakar.
Cheikh Tidiane Coly est Directeur de Publication du site d'info "Tract" et du tabloïd pdf "Tract Hebdo"; Directeur du label "Éditions Presqu'île Lettrée" chez Axes & Cibles Com.
PAR Khandiou
POUPONNIÈRE DE L'HORREUR : DÉFAILLANCE DE L'ÉTAT, REGARD MALVAILLANT DE LA SOCIÉTÉ
EXCLUSIF SENEPLUS - L'initiative de Ndela devait être encadrée par les autorités qui s’intéressent plus à la prochaine élection qu'à la prochaine génération. Le poids de la société est très lourd à porter au Sénégal et les femmes en sont les victimes
La désormais ex-nounou de la tristement célèbre pouponnière Keur Yeurmande a fait ce que nous appelons dans notre jargon le journalisme citoyen, un nouveau concept apparu avec le développement des réseaux sociaux et qui bouscule les médias traditionnels, souvent limités aux comptes rendus. Ce concept range aux calandres grecs les genre nobles du journalisme, comme la grande enquête, sur des faits de société.
Les réseaux sociaux, plus personne ne peut les occulter. Ils font beaucoup de mal, s’incrustent dans la vie privée des gens, desinforment, mais aussi alertent sur des situations qui pourraient être fâcheuses.
Personne, y compris les médias, n'avait ignoré les agissements de Dr Ndela (cinquième année de médecine confirmé par ses anciens camarades de promotion). En début d'année, elle exhibait fièrement les premiers pensionnaires de sa pouponnière de Sacré Cœur, innocents, fragiles, qui n'ont pas demandé à naître. Elles les baptisait sous le nom de personnes célèbres. Personnellement, j'avais trouvé l’idée géniale.
Combien de femmes a-t-elle épargné des critiques acerbes et méchantes, des sarcasmes d'une société qui passe son temps à juger les autres, parceque ces femmes ont commis le mignon péché, le sacrilège d’avoir enfreint les codes établis, normés et imposés par notre société.
Elle voit toujours d’un mauvais oeil une célibataire ou une femme dont le mari est absent du territoire depuis plusieurs années, porter une grossesse. La grossesse de la honte aux yeux des membres de la cellule familiale, celle de la communauté et de la société.
Combien de jeunes filles et femmes croupissent actuellement dans les maisons d’arrêts et de correction du pays, condamnées pour infanticide, commise certainement la mort dans l’âme, pour préserver l’honneur de la famille, pour ne pas être couvertes par la honte, parce que selon les normes, une grossesse hors des liens du mariage reviendrait à jeter l’opprobre sur toute la famille, sur la famille de la fille.
La grossesse se fait à deux
Combien de lycéennes, collégiennes, certaines promises à un bel avenir, ont dû écourter leur parcours académique à cause d’une grossesse ou simplement renvoyées de l' école, du lycée, du collège ou de la maison familiale. L'auteur de la grossesse n'est presque jamais inquiété sauf s'il s'agit d'un cas impliquant une mineure ou un viol.
De ce point de vue, la législation répressive devrait mettre l’homme et la femme sur un même pied. Il y a lieu aussi de s’interroger sur des pratiques et consciences encore très ancrées dans notre société qui sur certains aspects ne sont pas progressistes alors que le monde évolue rapidement.
Pourquoi diantre des célibataires, majeurs et vaccinés ne pourraient pas se permettre d’avoir un enfant, en dehors des liens du mariage, sans être jugés, sans être obligés de supporter le lourd fardeau du regard réprobateur de l'entourage, des quolibets. Sans exposer l’enfant à naître, toute sa vie, au sobriquet de « zdoom jou amoul baay". C'est simplement abominable et abject. Une attitude pro active des pouvoirs publics pourrait éviter certains drames.
Disons-le franchement, comme dans d'autres parties du monde, la sexualité de plus en plus libérée, est une réalité au Sénégal. Il faut rendre accessibles les moyens contraceptifs pour protéger contre une grossesse non désirée et certaines maladies sexuellement transmissibles. L'Association sénégalaise pour le bien-être ffamiliale (Asbef) avait un programme dans ce sens, mis en œuvre dans des lycées et collèges pilotes. Une initiative à mon avis salutaire mais qui n'a malheureusement pas prospéré.
En cause, une levée de boucliers d’organisations qui sous le manteau de la religion, se sont autoproclamées gardiens de nos mœurs, valeurs et traditions. L'éducation, les valeurs, la vertue sont d’abord forgées dans la cellule familiale qui est elle même en crise.
L'initiative de Ndela à mon humble avis, devait être encadrée par les pouvoirs publics qui s’intéressent malheureusement plus à la prochaine élection qu'à la prochaine génération. Ndela a été laissée à elle-même. De huit nourrissons au départ, elle se retrouve selon la presse, avec une quarantaine à prendre à charge. Une illustration du désespoir profond des femmes célibataires qui attendent un enfant.
Je pense sincèrement que l’idée, au départ, n'était pas mauvaise. Soutenir des parturientes désespérées. Combien de femmes dépensent énormément d'argent dans des traitements médicaux ou se tournent vers la médecine traditionnelle dans l'espoir de porter un jour leur propre bébé ? Combien de mariages détruits parceque le bout de chou tant attendu tarde à pointer le nez apres plusieurs années de mariage ? Combien de femmes dépressives subissant le mépris du conjoint qui s’empressera de convoler en seconde noce avec une nouvelle épouse pour espérer avoir un enfant ? Comme si le fait d'avoir un enfant était une clause dans un contrat de mariage ? Tout comme l’épanouissement de la femme était consubstantiel au mariage et à une grossesse aboutie. Que fais-t-on du destin ? Ou du choix de la femme de rester célibataire ou de ne pas vouloir d’un enfant ? Le poids de la société est très lourd à porter au Sénégal et les femmes en sont les principales victimes.
On pourrait reprocher à Ndela, jusqu'à ce que les résultats d’une enquête minutieuse des services concernés établissent le contraire, une certaine cupidité si l’on s'en tient aux révélations de la presse. Elle a flairé un bon créneau pour se faire du pognon. Elle n'a pas hésité à l'exploiter.
Me concernant, je préfère de loin la tragédie de Keur Yeurmande à celles consistant à étrangler son nouveau-né, à le jeter dans les cuvettes d’un WC, à le mettre dans un sachet à ordures, à l'abandonner dans un coin de rue à la merci des chiens errants. Les pouponnières des soeurs catholiques sans subvention de l'État, en tout cas à ma connaissance, voilà à mon avis, le modèle que Ndela souhaitait reproduire dans un pays à plus de 95% de musulmans.
PS. Contrôlons de façon plus stricte et rigoureuse ce qui se passe dans les daaras. Pas un mois ne passe sans qu’un scandale de viol sur mineur(e) ou de pédophilie ne soit révélé dans les journaux. Que le chef de l'État les institutionnalise de fait en participant personnellement à une journée des daaras, est une grosse erreur. C'est mon point de vue.
PAR AMADOU FALL
BONUS ET MALUS INTÉRESSÉS
L’opinion publique en démocratie est toujours menacée par la pensée totalitaire. Quand ses remparts comme la Justice et la Presse sont chahutés, les vannes de la pensée unique sont ouvertes. Cette dernière s’est maintenant installée dans le pays
L’opinion publique en démocratie est toujours menacée par la pensée totalitaire. Quand ses remparts comme la Justice et la Presse sont chahutés, les vannes de la pensée unique sont ouvertes. Cette dernière s’est maintenant installée dans le pays. Du moins, il y a un préjugé négatif qui pèse sur les voix contraires au discours portant le « projet » de l’ex-Pastef dont la participation de son leader à l’élection présidentielle est actuellement fantasmée comme le jugement dernier pour les croyants. Une sorte de culpabilité inoculée à la « vox populi » veut que ne sont de bons Sénégalais que ceux qui soutiennent Ousmane Sonko ; le reste peut dire sa dernière prière, en attendant le peloton d’exécution des « vrais patriotes », les sicaires des réseaux sociaux, qui comme de nouveaux Croisés de la démocratie, distribuent des bonus et des malus. Une preuve éclatante en a été donnée suite à la clameur qui a accompagné, mardi dernier, l’ordonnance du juge Ousmane Racine Thione, président du tribunal d’instance hors-classe de Dakar, déclarant « nulle la radiation de Monsieur Ousmane Sonko (…) de la liste électorale » et ordonnant « sa réintégration sur ladite liste ». Le même avis que celui juge Sabassy Faye du tribunal de Ziguinchor qui avait précédemment estimé lui aussi que l’opposant doit recouvrer ses droits électoraux.
Ils ont été célébrés comme il se doit, eux les preux juges qui ont dit « la vérité » au nom du peuple Sénégalais. Gérants d’associations de défense des droits de l’Homme, journalistes, influenceurs numériques, jusqu’au parti au pouvoir, dans un bel élan, la décision du juge Thione a été saluée. C’est incontestablement une nouvelle preuve de l’indépendance de certains magistrats. Il ne s’agit point ici de commenter la portée de sa décision. Il est évident que plus le scrutin sera inclusif, plus le futur Président de la République sera bien élu ; il refléterait parfaitement alors les aspirations profondes des Sénégalais. Mais la course vers le pouvoir n’est pas une promenade de santé. Entre faiblesses personnelles (condamnation pour « corruption de la jeunesse ») conflits pour cause de paroles non maîtrisées (plainte pour diffamation du ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang ; menaces contre le Président de la République en exercice), le Maire de Ziguinchor a rempli lui-même les actes d’accusation qui l’ont conduit dans cette impasse judiciaire. Ce que ne veulent pas entendre ses (nombreux) soutiens. Mao Tsé-Toung a dit un jour que « la politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre une politique avec effusion de sang ». Espoir de larges franges de la population, Ousmane Sonko incarne l’opposition radicale au Président Macky Sall, mais sa démarche a débordé le cadre de classiques joutes électorales pour ouvrir des fronts contre d’autres pouvoirs, dans une démarche assumée de désacralisation des institutions, pas seulement étatiques, enrobée de menaces contre des gens encore au pouvoir...
Non, ici le propos n’est pas de juger l’état de notre processus démocratique à l’aune des déboires d’une figure majeure de notre scène politique. Pas plus que la décision du juge Thione ne devrait être prise comme une volonté de sa part de se singulariser. Dans ce pays, il y a encore des gens éloignés des coteries et qui ne rendant compte qu’à la loi et à leur conscience. Bien des juges ont adopté cette posture. Il s’agit plutôt de s’interroger sur l’état de l’opinion publique. On ne reconnait plus le Sénégal des débats, des contradictions enflammées, de la dialectique de la conversation. L’un des principaux termes de cette dernière est l’écoute, savoir ce que pense l’autre, envisager une alternative à une situation qu’on pensait favorable, ou, à tout le moins, penser qu’une opinion peut évoluer. Les mêmes qui portent au pinacle le magistrat sont les mêmes qui vouaient aux gémonies ses collègues qui ont rendu des décisions défavorables à Ousmane Sonko. Le doyen des juges de Dakar, Maham Diallo, est régulièrement pris à partie –pour rester poli- dans les réseaux sociaux. Que dire du Conseil constitutionnel caricaturé à l’extrême, présenté comme aux ordre de Macky Sall ? Comment oublier le juge Pape Mohamed Diop, le président de la première Chambre correctionnelle de Dakar, qui a dû au mois de mars dernier se désister devant la bronca que sa désignation comme juge de l’affaire « Prodac » (Ousmane Sonko contre Mame Mbaye Niang) avait soulevée. Des « propos injurieux » à son encontre et les déclarations des avocats de la défense accusant la Justice d'être « le bras armé de l'Etat » l’avaient poussé à jeter l’éponge. Ces incidents avaient d’ailleurs conduit à la suspension de Me Ousseynou Fall, conseil d’Ousmane Sonko, par l’ordre des avocats.
Il y a sans conteste une dégradation de la qualité du débat public. La tendance est à l’autocensure. Résignés ou satisfaits, c’est selon, les Sénégalais s’engagent dans l’improbable voie de l’observation non participante. Les rapports du monde, notre vécu politique, les perspectives de la présidentielle sont ramenés à une simple opposition du bien et du mal, des « patriotes » et des « traîtres à la patrie ». Ça fleure bon les années 60-70 et « les indépendances cha-cha », comme l’écrivait Thierry Perret, l’ancien correspondant de Rfi à Dakar, pour parler de la naïve douceur de la déconstruction coloniale ; ça rappelle aussi le sinistre discours de certains « libérateurs » qui se sont révélés par la suite de funestes dictateurs…
PAR Amadou Sarr Diop
REVISITER L’ŒUVRE DE CHEIKH ANTA DIOP AU PRISME DE LA REFONDATION DES ÉTUDES AFRICAINES
EXCLUSIF SENEPLUS - Diop pourrait contribuer à l’émergence de foyers épistémologiques africanistes qui investissent la question du devenir de l’Afrique dans un contexte de globalisation où notre continent continue à occuper l’échelle des marges
S’il est impossible de refonder la production des savoirs en Afrique, sans faire référence à l’historique des conditions de naissance des études africaines, revisiter la pensée de Cheikh Anta Diop s’avère être un impératif majeur.
En effet, Cheikh Anta Diop a écrit une des plus belles pages de l’historiographie africaine, dans le sens de redonner à l’Afrique et les Africains une place centrale dans l’évolution historique de l’humanité. Cependant, en fonction des nouveaux enjeux liés au renouvellement des études africaines, la pensée de Cheikh Anta Diop doit être revisitée dans la perspective d’un dépassement épistémologique pour donner un souffle nouveau aux discours sur l’Afrique. L’explication proviendrait de l’apport de la pensée Cheikh antéenne dont les travaux ont imprimé aux études africaines une orientation qui a véritablement pu asseoir les bases de la production des savoirs sur l’Afrique à partir de nos propres épistémès. Mon propos se veut une invite à faire de l'œuvre de Cheikh Anta Diop une source d’inspiration, en l’inscrivant dans le débat de notre époque marqué par le surgissement de modèles d’intelligibilité qui défient les grandes théorisations issues des philosophies de l’histoire.
L’œuvre de Diop pourrait indiscutablement contribuer, à cet effet, à l’émergence de foyers épistémologiques africanistes qui investissent théoriquement la question du devenir de l’Afrique en termes d’émancipation dans un contexte de globalisation où notre continent continue à occuper l’échelle des marges.
La centralité de la théorie de Cheikh Anta Diop peut être située dans la démarche déconstructiviste de « la grande destinée historico-transcendantale de l’Occident ». Tout au long de son itinéraire de chercheur, il a procédé à une sorte d’exploration, au sens de Balandier, des univers de vie des peuples africains afin de contribuer par « le détour » à la découverte de nouvelles lignes de sens des réalités historiques d’un continent mis en marge par l’historiographie occidentale dans la longue destinée de l’humanité. Pour cette raison, l’apport de Cheikh Anta Diop à la naissance d'un ordre épistémique africaniste est sans équivoque. Par ce Bowoa appelle « l’herméneutique des fondements », Cheikh Anta Diop s'est investi à procéder à la coupure historiographique qui inscrit son œuvre dans la négation de l'ordre épistémologique occidental au filtre duquel se sont diffusés les savoirs sur l’Afrique et les Africains. Par le défi de ce que Mafèje désigne comme une épistémologie de l’altérité, il a fait émerger dans le domaine des sciences sociales un champ africaniste qui soit l’émanation de chercheurs africains. En effet, la rupture avec l’ordre normatif de production du savoir imposé par les canons de pensée des théories issues du monde occidental a été la principale préoccupation de Cheikh Anta Diop. Dans cette optique, il prône la désaffiliation de l’historiographie africaniste de l’eurocentrisme du discours, afin que les africains parlent pour eux, sur eux-mêmes, pour faire entendre au monde la voix authentique de l’Afrique. L’objectif étant de libérer les penseurs africanistes de l’extraversion théorique où les sociétés africaines sont étudiées à partir de canons méthodologiques et théoriques conçus et construits pour d’autres univers de vie. L’originalité théorique de Diop a consisté à revisiter les civilisations égypto-nubiennes pour déconstruire les discours sur l’Afrique et ouvrir un immense champ d’investigation dans l’étude des sociétés africaines. L’auteur de Nations nègres et cultures n’a cessé de dénoncer, à cet effet, dans une démarche sans complaisance, la construction de l’universalisme ambiant par la négation et par l’effacement des autres cultures au profit de la culture occidentale. Il y a un danger, selon Cheikh Anta Diop, « à s'instruire de notre passé, de notre société, de notre pensée, sans esprit critique, à travers les ouvrages occidentaux ». L’auteur de Civilisation et barbarie est d’avis que le principe de la restauration historique et culturelle de l’Afrique, par la référence sans équivoque aux antiquités égypto-nubiennes, est la seule voie de salut pour les peuples africains. Ce rattachement de l’Afrique noire, par Cheikh Anta Diop, à son foyer ancestral égyptien a un effet épistémologique sur l’historiographie africaniste. La démarche de Cheikh Anta Diop a consisté, par conséquent, à réinventer le discours sur l’Afrique par un éclairage scientifique des codes symboliques par lesquels se construisent et se reconstruisent les représentations et les formes de sociabilité propres aux univers vie des sociétés africaines. Dans le contexte de la guerre « des régimes de vérités », pour reprendre une expression de Michel Foucault, et de la confrontation des rationalités occidentale et négro africaine, Cheikh Anta Diop a impulsé aux études africaines le sens de l’indépendance et de l’innovation théorique.
En lisant l'œuvre de Cheikh Anta Diop dans le sens de l’histoire, on peut constater aussi bien pour ses détracteurs que pour ses propres partisans le travers d’une certaine forme d’historicisme. D’une part, ceux qui ont porté la critique à l'égyptologue sénégalais lui reproche d'être un penseur qui se délecte au passé, à l’histoire de l’Egypte pharaonique et d’autre part, ceux qui ont accordé une pertinence scientifique aux thèses de Cheikh Anta Diop ont failli pour ne pas repenser son œuvre au-delà des débats d’époque qui ont généré l'égyptologie cheikh antéenne.
Accusé à tort, par ses détracteurs, d’être un penseur du passé qui s’est trop focalisé sur les civilisations antiques de l’Egypte pharaonique, Cheikh Anta Diop se révèle, pour autant, un penseur littéralement tourné vers le futur. Le regard sur l’Afrique des origines n’est nullement un oubli au présent et au futur de l’Afrique. Sa référence aux antiquités africaines a pour but d’enraciner les sociétés africaines dans leur terreau civilisationnel pour mieux envisager leur devenir. Dans l’approche de Cheikh Anta Diop, la restitution de la civilisation égyptienne pharaonique n’est pas une posture qui clôt toute perspective à interroger le présent pour penser le futur de l’Afrique. Elle n’est pas une posture passéiste, mais le sens d’une introspection qui éclaire sur la praxis qui serait une sorte de balise des voies et moyens pour la réinvention du futur de l’Afrique face aux enjeux toniques de la domination séculaire à laquelle le continent africain est confronté. Le retour aux civilisations égypto-nubiennes est un détour, une meilleure prise en charge des réalités du présent, pour envisager l’avenir comme un champ de possibles. Reprenant le professeur Djibri Samb, le recours à l’Egypte des origines chez Cheikh Anta Diop est une forme de réhabilitation de la conscience historique africaine qui, « s’ouvrant à l’avenir et reliée à l’origine, devient une conscience historiale, au sens heideggerien ». C’est dans cette perspective que se situe le caractère engagé du discours historique cheikh antanéen qui relie le passé à son avenir où le présent se définit comme temps de réflexivité critique et d’engagement pour une épistémologie au service de l’Afrique. L’engagement épistémique n’est que scientifique, il est aussi dans l’œuvre de Cheikh Anta Diop un engagement dans le sens de la réécriture de l’histoire africaine, pour le meilleur devenir du continent noir pensé termes d’intégration des États postcoloniaux.
Dans cette dialectique du dépassement, il s’agit d’établir le lien entre l’éclairage des mutations actuelles du monde et les enjeux historiques auxquels les sociétés africaines sont confrontées. L’emboîtement de cette triple temporalité, à savoir le passé historique, le présent et l’avenir, est devenu un espace de questionnement dont le regard rétrospectif de Cheikh Anta Diop peut contribuer à établir ce qu’il est convenu d’appeler la réinvention de l’Afrique par le génie de l’esprit africain. Il nous faut donc repenser et refaire, au prisme du paradigme de Cheikh Anta Diop, l’Afrique dans la mondialisation. Notre assertion dérive du constat que le basculement du monde de l’ordre bipolaire à celui de la globalisation s’est accompagné de changement de registres analytiques dans le domaine de la pensée, en particulier dans celui des sciences humaines. Alors, les anciennes catégories de pensée sont de plus en plus remises en question par un nouvel ordre du savoir qui obéit à la variation des niveaux de détermination épistémique. Dans cette ambition de repenser les Afriques et les Africains dans le contexte de la globalisation, il s’agit d’inscrire l'œuvre de Cheikh Anta Diop aux débats de notre époque. Si les théoriciens les plus en vue dans le champ de l’africanisme sont partisans de l’afro mondialisme, la pensée de Cheikh Anta Diop nous offre des outils pour faire face à ce nouveau courant, béni et labellisé dans les milieux intellectuels occidentaux. Le tort du courant afro mondialiste c’est l’adoption d’une posture de capitulation face à l’entreprise de construction de foyers épistémologiques africanistes dont la pensée de Cheikh Anta Diop constitue une œuvre pionnière. En effet, les penseurs de l’afro mondialisme sont d’avis qu’il faut penser l’avenir de l’Afrique par le Temps du monde, celui de la globalisation porteuse du déclin des différences au nom de l’uniformisation des modes d’être et de penser. Les sociétés africaines sont alors appelées à insérer leurs temporalités au Temps de la mondialisation, en se conformant au nouvel ethos civilisationnel qui encadre le devenir des sociétés postmodernes.
Il est évident que la mondialisation ne coupe pas le monde en deux entités opposées, mais elle en fait deux univers de vie aux réalités et préoccupations différentes dont chacun vit, selon ses spécificités propres, les effets de cette unité systémique du monde. Si la mondialisation est synonyme d’extension des réseaux commerciaux et informationnels dans les pays développés, elle affecte plutôt les pays du Sud sous l’angle de leur dépendance au nouvel ordre économique et politique mondial né au début des années 90. La globalisation est porteuse, dit-on, de dissolution des différences. Mais en réalité, elle n’a pas que des effets univoques ; elle est loin d’araser toutes les singularités. Il nous faut donc avoir notre propre regard d’africanistes sur le Temps du monde où se diluent nos univers existentiels. En définitive, la mondialisation ne peut pas servir de prétexte pour mettre une croix sur l’africanisme, au nom d’un afro mondialisme qui se résume à un simple arrimage des études africanistes aux nouveaux paradigmes dominants des épistémès occidentales.
Avec l’héritage cheikh antéen, s’ouvre un horizon des possibles, celui du défi à la refondation des discours sur l’Afrique adossée à des de foyers épistémologiques africanistes dont le principe de base sera l’engagement pour une démarche afro centrée. Il s’agit ici de faire face au défi de l’innovation théorique et méthodologique dans l’étude des réalités historiques et sociologiques des sociétés africaines en devenir. Le message légué aux générations futures par Cheikh Anta est le refus de la capitulation : il s’agit ne pas de se rendre. Il nous exhorte à se démarquer de cette catégorie d’intellectuels africains qui, tout en exhortant les élites politiques à inventer leurs propres modèles de gouvernance économique et politique, refusent de s’appliquer ce principe d’autonomie, d'indépendance, dans le domaine de la production des savoirs. La décolonisation de l’Afrique n’est pas seulement politique et économique dont la responsabilité incomberait aux élites politiques, elle est aussi, avant tout, une exigence épistémique et paradigmatique qui interpelle les universitaires, les chercheurs et intellectuels que nous sommes. C’est la belle leçon à retenir de l’apport monumental de l’œuvre de Cheikh Anta Diop dans la construction d’un ordre épistémologique africaniste qui participerait à l’émancipation de notre continent. C’est en sens que le projet de Diop est incontestablement une contribution pour faire éclore, comme le soutient Jean Marc Ela, « ces voies capables de réinstaller l’Afrique au cœur des débats scientifiques de notre époque ».
Amadou Sarr Diop est sociologue, enseignant-chercheur, professeur assimilé à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
LA CRÉOLISATION, AU-DELÀ DU MÉTISSAGE
La créolisation est un métissage qui jamais ne s’arrête, et qui très vite dépasse la simple synthèse, ou la seule hybridation de deux absolus, pour rapidement évoluer dans les formes et des figures protéiformes, imprédictibles. (…)
« La créolisation est un métissage qui jamais ne s’arrête, et qui très vite dépasse la simple synthèse, ou la seule hybridation de deux absolus, pour rapidement évoluer dans les formes et des figures protéiformes, imprédictibles. (…)
« La « diaspora », par exemple (que l’on peut définir par l’élargissement d’un centre qui reste déterminant) allait s’augmenter des complexités de la « métaspora », surgissement adaptatif humain loin de son origine, au devenir imprévisible. (…)
« Une « créolité » est une de ces figures collectives inattendues qui surgissent d’un processus de créolisation. (…)
« Les créolités sont chaque fois singulières, même si elles proviennent du même processus de créolisation. (…)
« Mais que l’on se situe dans le processus (la créolisation) ou dans les émergences (les créolités), il demeure un principe actif, essentiel pour comprendre le monde d’après la phase violente des colonisations : la Relation. (…)
« Interviennent aussi les « traces » (…) de tout ce qui constituait le « récit d’origine » (des Amérindiens génocidés, des petits engagés blancs, des Africains laminés par l’esclavage). (…)
« (Édouard) Glissant aura, dès les années 1950, l’intuition que le vieux monde compartimenté d’avant la colonisation allait devenir une entité mobile, ouverte, changeante, essentiellement relationnelle. Il l’appellera : Tout-monde. (…)
« Le fait relationnel est désormais incontournable. On peut y être « sous relation » (ce qu’a provoqué la colonisation) ; on peut y vivre « en relation », c’est-à-dire en construisant nos agentivités dans la matière vivante du monde.
Cet autre monde - qui est déjà là mais que nous devons aussi nous efforcer de concevoir - s’appelle : mondialité. Comprendre la mondialité, la vivre et la construire, demande non pas un « grand récit » terrifiant, non pas une simple militance « décoloniale » mais une gerbe d’histoires inextricables que seul peut animer un imaginaire effervescent de la Relation. »
Extraits de Patrick Chamoiseau, "Créolisation, créolité, relation" in Colonisations. Notre histoire, dir. Pierre Singaravélou, Seuil, 2023
MULTIPLE PHOTOS
HALO SUR…ROOM 221
En recueillement face à la mémoire de nos martyrs, nous avons le devoir de nous prémunir, voire d'arracher notre place dans un monde qui semble se perdre dans l'infinie abîme du chaos
Un petit garçon dans une pièce où l'obscurité se dilue dans la lumière Diurne, contemple le monde extérieur. Une perle d'image qui entre dans une parfaite résonance avec le choix de titre Room 221, le premier album du collectif Galsen Jazzpera. À travers son regard pur, tout est plus beau. Cette beauté est amplifiée à l'infinie par la magie combinée des rayons solaires et de la puissance de son imagination. Il ne regarde pas, il observe. Il ne prend pas, il recueille. Il n'obéit pas, il imite.
Cette image est d'autant plus puissante qu'elle est une parfaite illustration de l'insouciance qui frappe bon nombre d'entre nous. L'enfant qui figure sur le cover art de room 221, semble plus observateur, plus alerte, plus imprégné de son environnement que ses aînés que nous sommes. Révoltés nous faisons le parallèle ; tous les maux qui affligent le monde sont une forme d’obscurité, nous dira-t-on. Par contre avant de penser ou d’avancer qu'un lieu est obscur, encore faut-il ouvrir les yeux, ne serait-ce que pour constater la plausible absence de la lumière.
Pour bon nombre d'entre nous, nous sommes tout sauf observateurs. Nos problèmes sont décortiqués par d'autres que nous. Les solutions proposées proviennent très rarement de nous. Trop d’actions sont pensées, agencées et exécutées par d'autres que nous. De grâce, marquons un temps d'arrêt. Trouvons la force de nous extirper du tumulte du quotidien et acceptons qu'il y a un peu plus de soixante ans en arrière, nous avons très mal réagi. Nous avons mal répondu face à de chimériques vents d'indépendance. Sourds aux injonctions de l'histoire, grande férue de la répétition, nous nous étions lancés à corps perdu dans la célébration. Hélas, nous ne venions pas d'être libérés. Non, loin de là. Dans les prisons à ciel ouvert de lors, nous changions juste de geôles. Nous sombrions ensuite dans les profondeurs d'abîmes connues aujourd'hui sous les vocables de néocolonialisme et de néo-impérialisme.
Vous nous voyez venir. Le décor est bien campé pour évoquer la quasi-totalité de Room 221. Avez-vous la tracklist sous les yeux ? Le dernier opus de Galsen Jazzpera administre la nécessaire piqûre de rappel à ceux qui oublient, naturellement ou par amnésie sélective, que ces cancers qui se terminent en “isme” sont toujours d'actualité. Ces fléaux, à combattre à tout prix, ont coûté la vie à Thomas Sankara, à Sylvanius Olympio, à Amilcar Cabral, à Titina Silà (résistante), à M'Balia Camara (résistante) et à tant d'autres. En recueillement face à la mémoire de nos martyrs, nous avons le devoir de nous prémunir, voire d'arracher notre place dans un monde qui semble se perdre dans l'infinie abîme du chaos.
Qu'en est-il des chansons d'amour sur le projet ? Là où l'énergie va, la chose grandit. En plein cœur du tumulte, permettez-nous de voir la sublime lumière lacérer sans répit les ombres scélérates. Dans un contexte international où les pâles copies se suivent “comme du pain chaud”, Room 221 se veut une œuvre authentique magnifiée par les résonances harmonieuses d'une mosaïque habilement pensée et savamment travaillée. Du moment que nous pouvons établir une interconnexion entre tous les sons qui composent le projet et qu'on est alignés avec les idées qui sous-tendent “Room 221” comme choix de titre d'album, nous sommes forcément sur de bons rails.
Sinon, en dehors du premier album du collectif Galsen Jazzpera, l’amour est partout présent en Afrique. Et gardez à l'esprit que dans notre approche, nous nous adressons au Sénégalais, à l’africain, à tout citoyen du monde. Ceci étant dit, nous nous réjouissons que l'obscurité de la misère crasse soit régulièrement mise à mal par les poignants éclats de rires d'enfants dénués de tout, au summum de la pureté, ignorants de leur enfer, se contentant de peu et surtout, point le plus important, nous pouvons les aider, voire les sauver, avec presque rien. Nous le leur devons absolument: le monde leur appartient.
BILAN DU BENNO-APR : DE L’ESPOIR A LA CONSTERNATION
Il appartient à l’opposition de ne pas se laisser enfermer dans le piège des procédures judiciaires tronquées et des pseudo-normes républicaines et de faire bloc autour d’une plateforme programmatique inspirée des idéaux des Assises nationales.
L’accession du président Macky Sall au pouvoir fut placée, un peu trop vite, sous le signe de l’espoir (Yakaar), dans le sillage d’une mobilisation exceptionnelle de diverses couches de la Nation autour des idéaux des Assises nationales, prônant essentiellement les principes de refondation institutionnelle, d’émergence citoyenne et de restauration pleine et entière de nos souverainetés politique, économique et monétaire. Douze ans après, on ne peut que constater les dégâts : nous assistons à la mise en coupe réglée des principales institutions de notre pays, dans le but d’assouvir les desseins d’une maffia politico-bureaucratique au service de puissances étrangères, de piller impunément les ressources nationales et de se maintenir, ad vitam aeternam au pouvoir.
La hantise de l’unanimisme
Ayant accédé au pouvoir à la tête d’un parti embryonnaire, non structuré, se définissant lui-même comme une alliance pour sauver la République, le président Macky Sall, qui n’avait obtenu que 26,58% des voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, était obsédé par l’idée de faire l’unanimité autour de sa gestion. C’est ainsi qu’il réussira à enrôler tous les autres candidats opposés au président sortant, dans sa méga-coalition Benno Bokk Yakaar, ce qui lui permettra de remporter, haut la main, le second tour.
Ensuite, pour maintenir la cohésion de cet attelage hétéroclite, il ne misera point sur des convergences programmatiques mais sur la philosophie du «gagner ensemble et gouverner ensemble», qui au fil du temps s’est révélée être un classique gouvernement de partage du gâteau. Mais pour imposante que soit sa coalition, elle ne semblait pas du tout séduire l’électorat sénégalais. Pour preuve, 3 mois après la deuxième alternance, dès les élections législatives du 1er juillet 2012, on allait noter un fléchissement significatif du score électoral du nouveau régime (de 65,80%% à 53,06%), traduisant son incapacité à transformer la défiance contre Me Wade et son parti en adhésion populaire à son profit.
Des performances électorales médiocres
On finira par comprendre que c’est à cause de son manque cruel de culture démocratique, que le président Macky Sall abhorrait la compétition politique, loyale respectant un minimum de standards établis. Cela le différencie de ses devanciers immédiats, qui sans être des modèles en la matière, ont eu des parcours plus riches et ont tenu compte des revendications populaires portées par l’Opposition politique et la société civile, pour améliorer graduellement notre héritage démocratique. Le président Abdou Diouf a instauré le multipartisme intégral qu’il a su gérer pendant près de deux décennies jusqu’à la première alternance de 2000, tandis que Me Wade a été un opposant opiniâtre, ayant mené, avec ses alliés de gauche, plusieurs batailles décisives, pendant près de 26 ans, avant d’accéder au pouvoir. Mais le facteur le plus décisif va être la médiocrité de ses scores électoraux, d’autant que l’histoire des performances électorales du président Macky Sall et de sa coalition Benno Bokk Yakaar est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Après les premières législatives décevantes, la situation n’allait pas s’améliorer aux élections locales de juin 2014, au cours desquelles, la coalition présidentielle allait perdre dans les grandes villes, avec en prime, un désaveu cinglant, sous forme d’un nombre record de bulletins blancs, dans la ville sainte de Touba, où il n’y avait pourtant qu’une seule liste bénie par l’establishment local. Il était clair que le contexte politique était défavorable au pouvoir, ce qui sera confirmé par le pourcentage de 49,47% engrangé par la coalition Benno Bokk Yakaar aux législatives de 2017, malgré l’obtention d’une majorité parlementaire de 125 députés grâce au scrutin majoritaire à un tour (le fameux raw gaddu).
On a aussi observé une désaffection notoire des sénégalais pour les compétitions électorales, avec des taux de participation de moins de 40%, qui allaient se prolonger jusqu’au référendum du 20 mars 2016, où le OUI n’obtiendra que 62,54%, donnant finalement un taux d’approbation du projet de réforme constitutionnelle, d’environ un quart du corps électoral.
Taux de participation aux différentes consultations électorales
Le raidissement autoritaire du régime de Benno
Le président Sall, dont le deuxième mandat devenait de plus en plus incertain, allait passer à une nouvelle étape dans son ambition de réduire l’Opposition à sa plus simple expression. Cela se traduira par plusieurs décisions antidémocratiques :
L’institution de la nouvelle carte CEDEAO, qui fut l’occasion de manipuler le fichier électoral (inscription effrénée de militants de la majorité) et de saboter la distribution des cartes électorales (rétention des cartes des jeunes primovotants et des habitants de zones favorables aux partis d’opposition),
Le harcèlement judiciaire contre le parti démocratique sénégalais couronné par l’exil forcé de «l’ex-prince héritier», Karim Wade, après sa libération dans des conditions aussi nébuleuses que rocambolesques
La répression pré-électorale avec la traque des «socialistes mal-pensants», c’est-àdire l’inculpation de militants de Taxawu Dakar suite aux évènements du 05 mars 2016 à la maison du Parti socialiste, la réouverture du dossier de Ndiaga Diouf et enfin l’arrestation de Khalifa Sall en mars 2017
L’adoption de la loi constitutionnelle n°2018-14 du 11 mai 2018, portant révision de la constitution et instaurant le parrainage, malgré les protestations véhémentes de l’Opposition.
Toutes ces mesures, relevant du banditisme politique et institutionnel, permettront un passage en force du président Macky Sall au premier tour de l’élection présidentielle, tenu le 24 février 2019, avec 58,26% des voix, au prix de mutations profondes du système politique sénégalais.
Il va en résulter la détérioration de l’indice de démocratie de notre pays (selon the Economist Group), passant du statut de «démocratie imparfaite» à celui de «régime hybride», presque dans l’antichambre des «régimes autoritaires» comme le Pakistan, le Qatar, le Koweït, le Gabon d’avant putsch…
Après sa réélection frauduleuse pour un second mandat, le président Macky Sall s’est mis à rêver à la mise en place d’un projet autocratique de type congolais (Brazzaville), qui se matérialiserait par l’obtention de mandats supplémentaires (3ième, 4ième …, jusque vers l’horizon 2035).
Cela allait se traduire par le renforcement de la nature autoritaire du régime et l’organisation d’un simulacre de dialogue, le 28 mai 2019. On assista au refus de plusieurs partis, en premier lieu, le PASTEF, de servir de caution aux manœuvres du président Macky Sall, visant la violation de la règle des deux mandats et qu’illustre la malheureuse formule du « ni oui ni non » du 31 décembre 2019
A la faveur de la COVID-19, les menaces morbides liées à la pandémie sont venues renforcer le bon vieil alibi terroriste pour exacerber la psychose sécuritaire et justifier toutes les atteintes aux libertés.
Le pouvoir a voulu en profiter pour neutraliser les nouvelles forces, qui étaient apparues sur la scène politique, et surtout le PASTEF, parti ayant connu une ascension fulgurante, que le régime du Benno-APR pensait pouvoir évincer (par une cabale mal ficelée), aussi aisément qu’il l’avait fait pour Karim Wade et Khalifa Sall.
Mais il va se heurter à un puissant mouvement de résistance constitutionnelle admirablement conduit par Mr Ousmane Sonko, qui ambitionne de libérer notre pays de la terreur marron-beige.
Cette hantise du troisième mandat va tenir le peuple sénégalais en haleine pendant trois ans et demi et ce n’est qu’en désespoir de cause et devant la désapprobation de ses mentors de la Françafrique, que le président Macky Sall dut y renoncer
Néanmoins, il reste plus déterminé que jamais à anéantir toutes les forces politiques militant pour une véritable alternative sociopolitique.
Une «sélection présidentielle» pour sauver le système
Comment comprendre, sinon, l’arrestation arbitraire et le maintien illégal de centaines de militants du PASTEF (injustement dissous par décret présidentiel), dans les geôles d’une nouvelle dictature tropicale ?
Le peuple sénégalais assiste, médusé, à une série de procès kafkaïens, de la part d’un pouvoir bureaucratique, inquisiteur et tyrannique, contre le leader de l’Opposition. L’avenir de notre «vieille démocratie» est entre les mains d’héroïques jeunes magistrats, rares survivants du déluge qui a décimé le milieu judiciaire.
A un peu plus de 2 mois de l’élection présidentielle de février prochain, l’inquiétude et l’incertitude sont les sentiments les mieux partagés au sein du peuple sénégalais. Notre pays, réputé être un havre de tolérance et de paix, donne, depuis une dizaine d’années, donne l’image d’un véhicule sans frein, conduit par un chauffeur inconscient et inexpérimenté, dont les passagers se demandent s’ils sortiront indemnes de leur voyage.
Plusieurs facteurs contribuent à faire des prochaines joutes électorales – les présidentielles de l’année prochaine - un tournant historique dans la vie politique de notre Nation. Alors qu’habituellement, la période électorale rime avec apaisement et recherche de larges consensus, on observe une démarche belliqueuse, agressive du pouvoir en place, qui semble être dans une quête désespérée d’alibi pour interrompre brutalement le processus électoral et reporter sine die des élections, dont l’issue lui semble des plus défavorables.
Bénéficiant du bouclier constitué de quelques haut gradés des forces de défense et de sécurité, eux-mêmes, de plus en plus compromis dans le système de prédation national, le régime du Benno-APR instrumentalise ouvertement certains secteurs de la magistrature et de l’administration électorale en vue d’atteindre ses objectifs politiciens mesquins et étroits.
Tant et si bien que nous sommes dans une situation où un Etat hors-la-loi, use et abuse, avec la complicité de magistrats aux ordres, du Droit pour commettre des forfaitures plus ignobles les unes que les autres, allant jusqu’à s’arroger le droit de choisir les candidats admis à participer à la présidentielle, par le biais de la loi inique sur le parrainage citoyen. C’est parce que le hiatus entre gouvernants et gouvernés semble avoir atteint un point de non-retour, qu’une simple alternance ne suffit plus pour trouver les véritables solutions aux maux qui gangrènent notre pays. Ce qu’il faudrait, lors des prochaines présidentielles de 2024, c’est une véritable alternative sociopolitique, qui permettra le dépassement du système néocolonial actuel.
Il appartient à l’opposition de ne pas se laisser enfermer dans le piège des procédures judiciaires tronquées et des pseudo-normes républicaines et de faire bloc autour d’une plateforme programmatique inspirée des idéaux des Assises nationales. Bilan du Benno-Apr : de l’espoir à la consternation
PAR Amadou Tidiane Wone
1700 MILLIARDS DE RESPECTS
Nous ne devons plus accepter que les politiciens des pays d’accueil passent leur temps à insulter les immigrés. Nos immigrés travaillent. Ils se privent de tout pour contribuer à 9,8% du PIB de leur pays… Respect
Notre astre national, le quotidien gouvernemental, « Le Soleil » a barré sa Une du Mercredi 20 décembre 2023 par une annonce du Ministre de l’économie et des finances de la République du Sénégal selon laquelle, la Diaspora sénégalaise aurait contribué à la hauteur de 9,8 % du produit intérieur brut (PIB) de notre pays, soit 1700 milliards de francs cfa pour l’année 2022.
Cette performance mériterait que l’on s’y arrête. D’abord pour saluer la résilience et le sens du partage des Sénégalais, de toutes conditions, qui sillonnent le monde et gagnent, à la sueur de leur front, de l’argent qu’ils destinent à leur pays. Rappeler, en passant, que cette performance post Covid 19 est notable, encourageante et méritoire.
Ensuite et ayant dit cela, plusieurs questions sont à poser aux pouvoirs publics : Existe-t-il des études approfondies sur les pays d’origine de ces fonds ? Sur le profil des envoyeurs ? Y’aurait-il une bonne compréhension de la destination finale de ces flux financiers : Consommation des ménages ? Immobilier ? Investissement dans des entreprises créatrices d’emploi ? La part la plus importante de ces sommes vient-elle des immigrés sur le Continent africain ? Sinon quelle est la destination la plus lucrative pour l’immigration sénégalaise ? Europe ? Amérique ? Asie ? Dans quelles conditions y vivent ceux qui, en dépit de tout, sont des véritables soldats de notre économie ? Quelle assistance, encadrement et soutien l’État pourrait-il leur apporter autre que le rapatriement des malades et décédés ?
J’espère que ces questions, et celles qui vont jaillir des réponses qui leurs seront apportées, vont aboutir à la définition d’une véritable politique migratoire ! Car, il semble bien que cette manne financière pourrait être démultipliée si nos compatriotes bénéficiaient d’assistances consulaires agressives, pour l’obtention de titres et conditions de séjour qui les mettent à l’abri de la précarité et des vexations inutiles.
Oui ! 1700 milliards d’apport à notre économie forcent le respect ! Et il serait temps d’en faire le levain d’une nouvelle vision de l’émigration. Nous ne devons plus nous contenter d’ergoter sur l’émigration, dite clandestine, alors que ces chiffres sont la preuve que ceux qui parviennent au bout du voyage ne sont pas des tire-aux-flancs. Ils se rendent utiles aux économies de leurs pays d’accueil ainsi qu’à celle de leur pays d’origine. Respect !
Nous ne devons plus accepter que, pour des raisons de politique intérieure, les politiciens des pays d’accueil passent leur temps à insulter les immigrés à l’occasion de leurs débats télévisés, pour titiller les bas instincts des électeurs. Nos immigrés travaillent ! En majorité. Ils occupent, bien souvent, des emplois qu’aucun citoyen du pays d’accueil n’accepterait de faire dans les mêmes conditions. Nos immigrés se privent de tout pour contribuer à 9,8% du PIB de leur pays… Respect !
En vérité, les immigrés font partie des pièces essentielles de la machinerie capitalistique qui maintient plusieurs entreprises du nord en fonction, grâce à une main d’œuvre « taillable et corvéable à merci ! » comme disait l’autre. Ce simple fait devrait être un levier de négociations pour une diplomatie migratoire agressive : Notre jeunesse est un intrant essentiel à l’économie mondiale. Le monde a besoin de bras vigoureux. Mais elle a aussi besoin de têtes bien faites. Le défi que nous devons relever est celui de l’éducation et de la formation d’armées de travailleurs à l’assaut du monde pour irriguer nos économies de revenus certes, mais surtout de retours gagnants au pays, après une expérience professionnelle acquise ailleurs. Une vraie politique de migrations concertées devrait être définie et articulée autour des besoins exprimés par les pays récepteurs d’une part, et de l’autre par les pays pourvoyeurs de main-d’œuvre. Des formations adéquates pour conjuguer les intérêts des uns et des autres seraient à la base d’un nouveau modèle éducatif, adapté aux défis du monde contemporain. Des partenariats gagnants-gagnants sont possibles ! Il faut faire preuve d’imagination, mais surtout de bienveillance et de respect mutuel, pour inventer un nouveau monde plus fraternel. Une coopération plus humaniste. Le vieillissement des populations de plusieurs pays du nord nous y invite. La désespérance de nos jeunesses, ardentes au labeur, nous y oblige ! Car, comment ne pas comprendre que cette manne de 1700 milliards et son potentiel de développement expliqueraient, en partie, la rage de ceux qui affrontent les océans et le désert en quête d’un avenir meilleur ? La vue des retombées de ces flux financiers, sur leurs familles ou celles des voisins, est un appel pressant au large. Qui peut le contenir sans alternative crédible à offrir ?
Alors, faisons les efforts nécessaires d’imagination, de conception et de mise en œuvre d’une véritable politique migratoire. Ne nous contentons pas de subir les politiques restrictives qui se font jour dans les pays d’accueil. Toujours être sur la défensive alors que la raison nous oblige à favoriser les échanges, les rencontres et le partage du travail n’est plus de mise.
Alors, 1700 milliards de respects à tous les migrants sénégalais, 1700 milliard de raisons, pour eux, d’être fiers de se lever les jours et les nuits d’hiver pour économiser sou après sou pour le pays, les longues journées l’été debout sur les chantiers routiers et ferroviaires,
Pour tout cela, 1700 milliards de mercis et de prières afin que le pays se montre digne de tant de sacrifices !
PS : Ceux qui souhaitent partager une réflexion sur une véritable politique migratoire, envoyez moi un mail… Nous allons créer un Group WhatsApp. Les réseaux sociaux servent aussi à mutualiser les énergies.
LE RÊVE AMÉRICAIN !
Trump déclaré inéligible au Colorado. Démocratie paaka niaari boor leu. Et les juges motivent leur décision par l’appel à l’insurrection au Capitole. En attendant son recours devant la Cour suprême.
Trump déclaré inéligible au Colorado. Démocratie paaka niaari boor leu. Et les juges motivent leur décision par l’appel à l’insurrection au Capitole. En attendant son recours devant la Cour suprême. Celui-là est suspensif nak. Je connais un pays où ça risque de se passer pour un autre opposant, Sonko. Regardez qui sourient là, espérant que ce rêve américain se réalise. Dieul leen kourouss yi te niaan ! Parce que tchin sou nare neekh sou bakhé kheegne. Et ici, ça sent plus le roussi.
Par Ibou FALL
SENGHOR, OÙ ÊTES-VOUS ?
Cela fait vingt-deux p’tites années, plus exactement depuis le 20 décembre 2001, que, dans notre fraîche saga, Léopold Sédar Senghor, le premier président de notre jeune République, ne répond plus de rien…
Cela fait vingt-deux p’tites années, plus exactement depuis le 20 décembre 2001, que, dans notre fraîche saga, Léopold Sédar Senghor, le premier président de notre jeune République, ne répond plus de rien…
Paix à son âme
Déjà, le 31 décembre 1980, le président Senghor, qui préfère être «Sédar, fils de Gnilane», ne rate pas son rendez-vous avec l’Histoire en se déchargeant de ses fonctions. Le poète-Président laisse au Sénégal, pour la postérité et l’Universel, la marque des grandes Nations que de simples mortels ont guidées, en s’élevant à la hauteur de son Histoire
Soit dit en passant, faire de Abdou Diouf son successeur n’est pas sa meilleure idée…
La perfection n’est-elle pas inhumaine ?
Lorsque Senghor s’en va, après une vingtaine d’années de magistère que des tempêtes infernales secouent régulièrement, on en retient surtout son sens de la pédagogie, sa culture, sa rigueur, sa méthode, sa ponctualité, sa mesure : le savoir-faire, le savoir-vivre et le savoir-être sont encore des valeurs absolues dans notre imaginaire.
En partant pour une raison plus que suffisante, la limite d’âge, sans se l’imaginer, le président Senghor abandonne de fait le sort de notre Ecole, et donc de notre futur quasi immédiat, au diktat des obsédés de la finance nichés à Bretton Woods, à l’indolence de Abdou Diouf, que l’on surnomme clandestinement dans les couloirs du Palais, «le roi fainéant» et aux lubies d’un énergumène que les nouvelles générations vénèrent au point d’en faire le parrain d’une université : Iba Der Thiam.
La totale !
C’est ainsi que la presse du pays d’Obèye Diop, usée par le mauvais temps qu’il fait depuis si longtemps par-dessus son parapluie, devient le capharnaüm où se côtoient le pire, le moins mauvais et l’incompréhensible. Elle est, à présent, le royaume invivable du gagne-petit, de la misère intellectuelle, de la faillite morale et du déchet social. Dans les colonnes des journaux, les ondes des radios, les plateaux de télé et les sites web à tous crins, les attentats terroristes se multiplient à l’encontre de l’orthographe et la grammaire, l’exactitude et même la simple vérité. Si ce n’était que ça…
Sur la scène politique, le désastre est complet !
Que laisse donc Senghor derrière lui ?
Quelques partis canalisés par des «courants politiques» : Laye Wade, avocat, professeur agrégé de droit et d’économie, dirige le principal parti concurrent. Surnommé «Ndiombor», face à Senghor, il joue les utilités comme parti de contribution, histoire de camper à l’international la vitrine démocratique du Sénégal ; ça épate la galerie avec pour ultime ambition d’entrer dans un gouvernement, aux Finances de préférence. Il y a aussi sur le podium, Majmouth Diop, exilé de retour, insurgé repenti. La révolution marxiste qui tente le diable à coups de feu, s’assagit après son exil forcé : ça lui vaut une pharmacie pépère financée par une banque nationale qui prend ses instructions au Palais. Et vive la révolution… On compte également dans le lot un avocat, Maître Boubacar Guèye, cousin de Maître Lamine Guèye, qui complète le tableau sous la bannière des conservateurs. Allez savoir ce qu’il tient à conserver !
Bref, la maison Sénégal jusqu’ici semble bien tenue, sauf qu’avec Abdou Diouf, qui obéit au doigt et à l’œil à Jean Collin, n’importe qui peut être chef de parti, présidentiable. Dorénavant, autorisée à décider du sort de la République, la racaille locale se trouve un fonds de commerce inépuisable. Erreur meurtrière…
Certes, dans ce joyeux bordel, le Parti socialiste garde une large majorité à chaque scrutin, même s’il perd de sa superbe au fil des ans. Le bourrage des urnes, qui fait gagner les élections depuis si longtemps, ne fait plus recette, et ses héritiers manquent d’esprit, de classe et de compassion à l’endroit des gens de peu. Ces gens-là s’enrichissent sans scrupule, n’ont singulièrement ni éducation, ni tenue, ni culture…
Pire, encore moins de patriotisme.
A force, la caste des privilégiés si boulimiques d’honneurs et de plaisirs, se met tout le monde à dos. Pendant que la populace crève la dalle, du haut de leur suffisance, Abdou Diouf et sa smala se partagent les quotas de riz, les sites imprenables avec vue sur la mer et siègent au conseil d’administration des sociétés opportunément prospères. Une bamboula de Nègres insatiables… L’arrivée de Tanor aux affaires, après la retraite de Jean Collin, n’arrange rien : pensez-vous, un polygame…
Qui retrouve-t-on en face ? Abdoulaye Wade, que ses appétits et scrupules n’étouffent pas ; Landing Savané qui ne pétille pas de malice ; Abdoulaye Bathily que sa rigidité d’esprit finit par nous ennuyer ; Amath Dansokho dont les déclarations fracassantes cachent difficilement l’oisiveté chronique…
Viennent s’y greffer vers la fin de règne socialiste, Djibo Kâ et Moustapha Niasse, les apparatchiks frustrés du régime qui prend fin en 2000.
Lorsque Macky Sall tombe Wade, le père spirituel, en 2012, son accession au pouvoir est la traduction d’un Peuple agacé qui met un terme au rêve suranné de changement, après douze années d’excès, d’outrances et de désillusions. Le clan Wade, que dis-je, la tribu du «sopi», doit traverser son désert sous les accusations infâmantes de gabegie, détournements de deniers publics, corruption, concussion, et j’en passe.
Il y en a qui auraient transigé, rendu des biens, euh, mal acquis, avant de transhumer avec armes, bagages et électeurs. On ne s’en doute pas encore, mais le pire est à venir.
C’est un banal fait divers en 2021, qui nous ouvre les yeux sur la dégringolade du débat public, du désastre de l’éducation et de la faillite de la citoyenneté. Le massage peu orthodoxe d’un agent du fisc mal mouché devenu député et présidentiable, nous affranchit.
Là, on découvre des sans-culottes par milliers, enclins aux pillages, allergiques au travail, qui n’ont plus le sens du discernement depuis bien longtemps, à la merci de leurs gourous : des aventuriers politiques, des bonimenteurs religieux et des escrocs affairistes.
Il est bien triste, ce cirque, dont les clowns ont si peu de talent !