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3 avril 2025
Opinions
par Nioxor Tine
BENNO VA-T-IL DÉCLARER FORFAIT ?
L’apathie du dauphin désigné ne cesse d’inquiéter la majorité, qui depuis les dernières législatives, est d’ailleurs devenue une minorité. Le pouvoir BBY-APR ne survivra pas à l’échéance fatidique à l’horizon, avant, pendant ou après le 25 février
A l’instar de pays ayant connu des révolutions victorieuses, on a comme l’impression que la grande escroquerie politique que constitue l’émergence "Benno" est en train de dévorer ses propres enfants. De fait, c’est la grande zizanie, après les rébellions de grands pontes APR, qui ont choisi de présenter leur candidature à la prochaine présidentielle séparément, de sévères reproches sont faits au Premier ministre Amadou Bâ par de hauts responsables apéristes, qui le trouvent peu rassurant voire amorphe.
Cela n’est pas du tout surprenant, quand on sait que le choix du candidat de Benno, en plus d’avoir été long et laborieux, avait déjà suscité des vagues de colère au sein de la galaxie présidentielle et des médiations avaient même été nécessaires pour sauver les meubles.
Aux désertions spectaculaires d’anciens dirigeants de premier plan de Benno, assimilées, un peu trop vite à des manœuvres politiques occultes par des analystes en herbe et même des hommes politiques sérieux, vient s’ajouter une autre menace, qu’un des cadres du parti au pouvoir, caractérise de « bataillons dormants » de responsables locaux frustrés. Toujours est-il que l’apathie du dauphin officiel ne cesse d’inquiéter la majorité de la majorité, qui depuis les dernières législatives du 31 juillet 2022, est d’ailleurs devenue une minorité !
Un autre sujet de préoccupation pour nos gouvernants en fin de règne est la difficulté à gérer cette situation inédite, où l’ancien mentor hyperpuissant fait de l’ombre à son héritier politique, sans se rendre compte qu’il est entretemps devenu un canard boiteux, c’est-à-dire qu’il a beaucoup perdu de son autorité. De fait, l’option du Grand Timonier, imposant une stratégie électorale basée sur une continuité désastreuse, ne semble pas être la meilleure, en ces moments de misère sociale illustrée de manière caricaturale, par les drames de l’émigration clandestine et les échos de disette partout dans le pays.
Tant et si bien que le malheureux candidat de Benno, un haut fonctionnaire, bien trop riche, traine un triple handicap :
- Déficit de légitimité, car en plus d’être un militant de la 25ième heure de la mouvance présidentielle, c’est un transhumant hors pair, ayant tour à tour adhéré au P « S », puis au PDS enfin à l’APR, bien après le 25 mars 2012…
- Manque de représentativité, car considéré comme choix de raison, (une sorte de bouée de sauvetage du Benno, après le naufrage du troisième mandat) et non de cœur, voire même rejeté par ses propres camarades, dans leur écrasante majorité,
- Symbole de continuité néocoloniale, au moment où une lame de fond souverainiste voire anti-impérialiste, balaie le continent avec une connotation, non pas anti-française, mais anti-françafricaine, qui a fini de faire imploser le pré-carré de l’ancienne métropole en ex-AOF.
A tel point, que le candidat de Benno semble devoir être le bouc émissaire de tous les maux qui gangrènent, depuis 1960, notre système politique, qui traîne de lourdes tares liées au refus de nos élites politiques de rompre d’avec une servitude néocoloniale volontaire.
Toutes ces péripéties pourraient relever, sinon de l’anecdote, tout au moins des affaires intérieures de Benno, si le président Macky Sall ne persistait pas dans son projet funeste de déglinguer notre système politique, en détruisant nos fondamentaux démocratiques.
D’abord, il persiste dans son projet déraisonnable de vouloir arbitrairement écarter le candidat de l’opposition le mieux placé pour la prochaine élection présidentielles et qui a, en plus, le mérite de s’inscrire dans la rupture avec la logique néocoloniale. Pour preuve, son administration électorale, qui s’était déjà tristement fait remarquer lors des consultations électorales de l’année dernière, par sa partialité scandaleuse, ayant conduit à l’élimination, sur des bases fallacieuses, de plusieurs listes de YAW, dont celle des titulaires aux législatives, refuse délibérément de remettre au candidat Ousmane Sonko, ses fiches de parrainage.
Et pourtant, une décision de justice en date du 12 octobre dernier avait ordonné sa réintégration dans les listes électorales, d’où son nom avait été abusivement radié, ce qui aurait dû permettre à la Direction Générale des Elections (D.G.E.) de mettre les fiches de parrainage à la disposition du mandataire du président Ousmane Sonko. Mais ce fut un nouveau refus ne reposant sur aucune disposition légale.
Pire, on a observé une nouvelle escalade de la part des autorités politiques, contraintes de se dévoiler et qui n’hésiteront même pas à remplacer la totalité des membres de la CENA, dont le seul tort aura été de demander à la DGE, d’appliquer la décision de justice.
Tout est devenu clair maintenant avec l’immixtion intempestive de l’Exécutif dans le processus électoral, avec des décisions que des organisations de la société civile qualifient d’illégales pour diverses raisons.
C’est ce qui justifie la mise sur pied du Front pour l’Inclusivité et la Transparence des Elections (F.I.T.E.), ayant pour but d’assurer et de garantir une élection présidentielle du 25 février 2024 transparente, sincère, régulière, démocratique et inclusive.
Hasard du calendrier, c’est au moment où les forces vives de notre pays s’indignaient de l’attitude cavalière, dont notre processus électoral est géré, que le Manitou de la Françafrique moribonde lui donne des garanties d’embauche après le hold-up électoral programmé mais voué à l’échec. Le peuple sénégalais saura s’en souvenir !
Toutes les données politiquement objectives, qui seraient étayées par des sondages occultes, indiquent clairement la chute inéluctable du camp de Benno, qui serait bien inspiré de se démarquer d’une continuité néfaste ou de déclarer forfait.
Le pouvoir du Benno-APR ne tient plus que grâce à une « junte civile », ayant l’onction de l’ancienne métropole et portée à bout de bras par certains secteurs des FDS, de la magistrature, de la haute administration, de l’administration territoriale, du clergé maraboutique conservateur qui souhaitent voir perdurer le système actuel de prédation.
Il ne survivra pas à l’échéance fatidique, qui se profile à l’horizon, avant, pendant ou après le 25 février prochain.
L’opposition, celle de l’autre position, n’entend pas se laisser faire. Elle lutte pour l’inclusivité avec bien sûr la remise de Sonko dans le jeu. Puisqu’il est écarté -provisoirement- par la radiation et le refus de fiche de parrainage.
L’opposition, celle de l’autre position, n’entend pas se laisser faire. Elle lutte pour l’inclusivité avec bien sûr la remise de Sonko dans le jeu. Puisqu’il est écarté -provisoirement- par la radiation et le refus de fiche de parrainage. Et pour cette même opposition on joue l’exclusion d’autres forces. C’est Yewwi moins certains. Ou Yewwi plus d’autres. Tous contre ceux qui avaient participé au dialogue ! Bref, il y en a qui en pro-FITE(nt). Mais surtout pas les néo-FITE(s) de l’opposition qui ont été recalés par Macky Sall pour la candidature de Benno.
PAR Madieye Mbodj
DE LA DEMOCRATIE ET DE L’ETAT DE DROIT
Désormais en fin ce cycle, ‘’l’exception démocratique sénégalaise’’ opère brutalement, sans foi ni loi : on s’en fout royalement de la démocratie, de l’État de droit, de la bonne gouvernance, du respect de la Constitution et des institutions
Disons-le d’emblée : la démocratie bourgeoise ne constitue pas notre modèle rêvé de gouvernance de la cité, même si elle représente un progrès historique par rapport aux systèmes esclavagiste et féodal. Toutefois, l’actualisation et l’application honnête de certains principes de base résumés dans le concept d’« Etat de droit », peuvent régir convenablement jusqu’à un certain point, un commun vouloir de vie commune, un vivre-ensemble vigilant dans le respect réciproque au sein d’une société aux contradictions multiples : la justice égale pour tous ou l’égalité de tous devant la loi, l’intangibilité de la hiérarchie des normes juridiques, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, la primauté de l’intérêt général, l’inclusion, la participation et la citoyenneté active, le principe de responsabilité et l’obligation de rendre compte (accountability ou redevabilité) comme une des figures essentielles du contrôle citoyen et du respect dû au citoyen, constituent autant de valeurs et de vecteurs d’une gestion volontiers ‘’sobre et vertueuse’’- tout le contraire, dans les faits, de nos régimes d’autocrates et de prédateurs, dont la Révolution et la Charte de Thierno Souleymane Baal (1776) auraient sans aucun doute préconisé la destitution pure et simple.
Comme dit l’adage, au pays des aveugles, les borgnes sont rois. La démocratie de façade longtemps brandie par les régimes en place au Sénégal comme une exception de stabilité et de paix dans une Afrique de guerres et de coups d’Etat, a visiblement aujourd’hui épuisé ses ficelles. Désormais en fin ce cycle, ‘’l’exception démocratique sénégalaise’’ opère brutalement, sans fard, sans foi ni loi, telle une bête féroce affolée : on s’en fout royalement de la démocratie, de l’État de droit, de la bonne gouvernance et des droits humains, du respect de la Constitution et des institutions ! Et pourtant le président de la République, dans son serment de prise de fonction, ne jure-t-il pas solennellement et publiquement « devant Dieu et devant la Nation sénégalaise, d’observer comme de faire observer scrupuleusement les dispositions de la Constitution et des lois, de consacrer toutes [ses] forces à défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale, de ne ménager enfin aucun effort pour la réalisation de l’unité africaine » (Article 37 de la Constitution) ?
Une justice piétinée et humiliée
En l’espace de quelque cinq (5) semaines, entre le 29 septembre, démarrage du parrainage en direction de la présidentielle de février 2024, et le 2 novembre 2023, date du décret de recomposition intégrale de la CENA, le fameux slogan : « force restera à la loi », n’aura jamais été autant piétiné et malmené, pour un seul et unique objectif : éliminer à tout prix le candidat Ousmane Sonko de la course. Inutile de revenir ici sur le complot d’État de l’affaire Adji Sarr, passée de ‘’viol et menaces avec armes à feu’’ à ‘’corruption de la jeunesse’’ ; non plus sur le film tronqué du feuilleton ‘’Mbaye Prodac’’, ni sur la minable trouvaille de ‘’vol de téléphone portable’’ sortie du bonnet d’un Procureur après 55 jours de séquestration administrative arbitraire du citoyen Sonko, ni même sur l’anéantissement de sa condamnation par contumace, attesté par tous les honnêtes spécialistes de droit reconnus dignes de ce nom! Que de forfaitures et de turpitudes, avec re refus péremptoire et persistant de la DGE du ministère de l’Intérieur en charge de l’organisation des élections, de remettre au député Ayib Daffé, mandataire du candidat Ousmane Sonko, ses modèles de fiches de parrainage, passant outre la décision de justice, honnête et courageuse, du président du Tribunal d‘instance de Ziguinchor, rétablissant le citoyen Sonko dans ses droits, et malgré l’injonction que lui a signifiée la CENA, organisme autonome de supervision de l’ensemble du processus électoral, investie de pouvoirs d’injonction, de dessaisissement et de substitution. Autre triste illustration, le moment et les dispositions du décret rendu public dès le lendemain de la notification à la DGE de l’injonction de la CENA évoquée ci-dessus, et portant reconfiguration totale de la CENA. Décret comportant tant d’anomalies que d’éminents experts électoraux indépendants, divers acteurs de la société civile et membres de l’opposition politique, ont décidé de l’attaquer devant les juridictions compétentes.
Dans quel gouffre viennent donc de sombrer des pans entiers de l’administration, de la justice et des institutions de notre pays, le Sénégal ? Même la ministre de la Justice nouvellement nommée, répondant à des interpellations de députés examinant en commission le projet de loi de Finances de l’année 2024, aurait déclaré sans sourciller que le Sénégal n’appliquerait aucune décision de la Cour de Justice de la CEDEAO non copie certifiée conforme de ses propres décisions nationales ! La CEDEAO est pourtant une institution communautaire supranationale, dont le Sénégal a librement ratifié le Traité et les Protocoles. Cette position de la ministre ne serait cependant pas une première pour notre pays, car le gouvernement du Sénégal sous l’ère Macky Sall, s’est déjà illustré dans la non application de décisions émanant des instances de la CEDEAO, relatives par exemple aux déboires judiciaires des Karim Wade et Khalifa Sall ainsi qu’aux modalités du parrainage citoyen, entre autres. Toutes ces forfaitures et turpitudes ont amené le mandataire du candidat Ousmane Sonko, à dénoncer ce qu’il a taxé de « crimes contre la Constitution commis en bande organisée » !
Le régime hyper-présidentialiste Sall-APR-BBY a pris le soin de disposer ses hommes et femmes de confiance sur toute la chaine de prise de décisions de nos institutions judiciaires. Il reste vrai cependant qu’aucun crime n’est jamais parfait, vu qu’il se trouvera toujours quelque part un petit imprévu, une exception ou un minuscule grain de sable pour faire dérailler toute la machine ! Mais bon Dieu pourquoi tant de haine, ou plus exactement tant de ‘’haine-méchanceté’’ (pour reprendre le tout nouveau concept de notre compatriote Madi Wack Touré, conseiller en travail social), tant de persécutions et d’acharnement contre un parti politique légalement constitué, Pastef-Les Patriotes, et son leader, le président Ousmane Sonko ?
La réponse est certainement du côté de la hargne des tenants, intérieurs et extérieurs, du système néocolonial de domination, de spoliation et de prédation à ne pas lâcher leurs énormes privilèges indus et à faire férocement barrage à toute volonté conséquente de leur remise en cause par les masses opprimées. Au moment où, vers l’Europe, les furies des vagues et les sables du désert ensevelissent les corps des milliers de jeunes Africains, dont pour le moment au titre de l’année 2023, une majorité de Sénégalais, sans espoir de vie digne dans leurs propres pays, sur leur propre continent, et plus récemment vers l’Amérique du Nord à bord de vols aventureux, tous et toutes victimes des mirages des migrations dites irrégulières, la France de Monsieur Macron qui a opté pour ‘’la migration choisie’’, ciblant les cadres et les VIP de nos pays appauvris, offre sur un tapis rouge et en mode fast tract, un emploi de reconversion à Son Excellence Monsieur Macky Sall, vanté à grand renfort d’éloges et promu par Son « cher Emmanuel » au poste prochain d’Envoyé Spécial du Pacte de Paris pour la Planète et les Peuples (4P) !
Hé oui, dans certains milieux, on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Toutefois, si pour les « 4 P » il s’agit de semer la paix et d’éradiquer la pauvreté, l’on peut valablement se demander si le promu a bien le profil de l’emploi ! Aux Sénégalais de juger ! Les empereurs de la Rome antique, pour tenir leurs concitoyens en laisse, s’évertuaient à leur garantir panem et circenses (du pain et des jeux de cirque). Que sont capables d’offrir aujourd’hui les gouvernants sénégalais à notre jeunesse, « espoir de la Nation » ? Certainement pas un emploi décent ni le pain, de plus en plus inaccessible, mais tout au plus des combats de lutte pour les divertir dans des arènes surexcitées ou alors pire, la perspective meurtrière de Barsa ou Barsaq à bord de pirogues de fortune voguant vers un illusoire Eldorado ?
Force restera au peuple
Devant le piétinement manifeste des décisions de justice, devant l’humiliation de la justice et des juges, l’Union des Magistrats du Sénégal/UMS, si elle a un sens et une crédibilité à défendre, ne devrait-elle pas dans ces circonstances élever plus que jamais une voix juste, forte et audible ? Le 17 novembre prochain constituera à n’en pas douter un double test crucial grandeur nature : d’un côté, test de cohérence, de sérieux et de crédibilité de la Cour Suprême du Sénégal saisie d’un pourvoi en cassation par l’agent judiciaire de l’Etat aux fins d’annulation de la décision du Tribunal d’instance de Ziguinchor rétablissant le candidat Ousmane Sonko dans ses droits, idem pour la Cour de Justice de la CEDEAO appelée à donner son verdict sur la dissolution du parti Pastef, la radiation d’Ousmane Sonko des listes électorales et la violation arbitraire de ses droits ; d’un autre côté, test de la détermination et de la capacité de tout un peuple, la jeunesse et les femmes en tête, à faire respecter la justice, la vérité et la volonté populaire.
A cet effet, il est impératif de voir le F24 et le tout récent FITE œuvrer main dans la main, au seul nom de l’intérêt de notre peuple et de notre pays, de tous les patriotes, démocrates et progressistes d’Afrique, pour la vérité, la justice, la paix et la prospérité partagée. S’il est vrai que la justice est rendue au nom du peuple, qui des juges ou du peuple devrait avoir le dernier mot ? Force restera au peuple, telle est notre intime conviction. Ou le respect des conditions d’une élection inclusive, transparente régulière et démocratique permet l’expression pacifique de la volonté populaire, ou la confiscation et le piétinement du suffrage universel libre, égal et direct, stimule la résistance populaire légitime pour le triomphe de la vérité des urnes et de la justice, de la volonté du peuple debout.
Madieye Mbodj est Professeur de Lettres à la retraite.
par Madiambal Diagne
MACKY SALL, NEUF VIES APRÈS LE PALAIS
On a de bonnes raisons d’être content et même fier pour le président, qui se voit offrir la future position d’Envoyé spécial pour la toute nouvelle organisation, portée sur les fonts baptismaux, le Paris Pact for Peace and Climate (4P)
On a de bonnes raisons d’être content et même fier pour le Président Macky Sall, qui se voit offrir la future position d’Envoyé spécial pour la toute nouvelle organisation, portée sur les fonts baptismaux, le Paris Pact for Peace and Climate (4P). Cette organisation qui préconise un nouveau pacte financier mondial, travaillera à changer les paradigmes de la coopération internationale, avec notamment la redéfinition des actions de développement. Elle s’annonce si importante, pour ne pas dire essentielle, que déjà plus de cent pays, des organisations internationales, des partenaires du secteur privé et autres philanthropes et des coalitions d’Ong, la soutiennent. L’Organisation de Coopération et de développement économiques (Ocde) qui en assure le secrétariat, a annoncé l’accueil en son sein du comité de mise en œuvre du 4 P. Le chef de l’État sénégalais qui prendra ses fonctions au terme de son magistère dans son pays en avril 2024, est attendu pour «la mobilisation de tous les acteurs de bonne volonté et des signataires du 4 P», indique un communiqué conjoint de la Présidence de la République française et de l’Ocde.
Cette offre d’emploi, acceptée de bon gré par Macky Sall, constitue non seulement une véritable consécration personnelle mais aussi lui donne une belle et bonne opportunité de pouvoir continuer à être utile à son pays, à l’Afrique et au monde. Combien d’anciens chefs d’États ou de personnalités du monde auraient aimé être sollicités pour le «job» ? Nombre d’entre eux ne sont plus mêlés à rien dans la marche du monde ! Il n’y a aucune raison pour faire une faveur ou une fleur à Macky Sall. Il est simplement méritant. C’est dire qu’on ne peut que sourire devant une certaine inanité de réactions qui se sont voulues réductrices, pour cette importante mission concernant le devenir de la planète. On a voulu croire que Macky Sall est ainsi l’employé de son homologue Emmanuel Macron. Sans doute, mais il sera tout aussi celui du Sénégal, de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Afrique du Sud, de l’Inde, de la Côte d’Ivoire, de l’Irlande, du Kenya, du Ghana, du Nigeria, de la Jordanie, de la Roumanie, de l’Égypte, de la Croatie, de la Guinée, du Fmi, de l’Union européenne, de la Banque Mondiale, de l’Ocde, entre autres pays et organismes internationaux. Il est à noter que la communauté internationale salue à l’unanimité ce choix porté sur la personne de Macky Sall. Les honneurs lui sont encore faits cette semaine en Arabie Saoudite, à l’occasion d’un Sommet de l’Organisation de la Coopération islamique (Oci). Le meilleur reste à venir assurément ! Les avis négatifs ne sont exprimés que par certains de ses compatriotes qui n’arrivent, sans doute toujours pas, à distinguer l’essentiel de l’anecdotique ! C’est ainsi qu’on a entendu certains s’offusquer du titre d’Envoyé spécial qui ne serait pas assez pompeux à leur goût ! C’est d’abord méconnaître que Macky Sall est très détaché du faste et du snobisme. Aussi, quel autre titre plus prestigieux, plus valorisant ou même équivalant pourrait-on donner à un ancien chef d’État ? A moins qu’on ne décide qu’un ancien chef d’État devrait rester à se tourner les pouces ! A-t-on besoin de rappeler que l’ancien président Abdou Diouf a occupé avec fierté et dévouement les fonctions de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) pour passer la main à Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada ? Mary Robinson, ancienne Présidente de l’Irlande, a été nommée par Koffi Annan, au poste de Haut-commissaire des Nations unies pour les Droits de l’Homme. Michelle Bachelet, ancienne présidente de la République du Chili n’a-t-elle pas été Secrétaire générale adjointe de l’Onu, chargée de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes, entre autres fonctions internationales ? Les exemples ne se comptent plus. Alpha Oumar Konaré du Mali, après ses fonctions de Chef d’État n’a-t-il pas dirigé la Commission de l’Union africaine ? L’ancien président français, Jacques Chirac, n’avait-il pas lancé une initiative mondiale pour lutter contre le trafic des faux médicaments ? Quelles fonctions «subalternes» les anciens présidents Valéry Giscard d’Estaing ou Barack Obama n’ont-ils pas remplies après celles de chefs d’États ? La Brésilienne Dilma Roussef, parrainée par son mentor Lula Inacio Da Silva, s’est casée à la nouvelle banque des Brics. Dites-moi si ces anciens chefs d’États ont éprouvé de la honte pour leurs nouvelles occupations ? Ou bien serait-il plus valorisant de tourner des documentaires pour Netflix comme le fait Barack Obama ou de devenir comédienne comme l’ancienne Présidente croate Kolinda Grabar Kitarovic, ou de diriger des missions d’observation d’élections comme Olusegun Obasanjo (Nigeria), Pedro Pires ou Jorge Carlos Fonseca (Cap vert ?) Peut-être que si Mahamadou Issoufou (Niger) était moins oisif, il ne finirait pas par passer pour le parrain de putschistes contre son successeur Mohamed Bazoum?
Par contre, on est passé du sourire aux rires aux éclats jusqu’à applaudir à tout rompre, quand on voit Alioune Tine revendiquer qu’Emmanuel Macron ne saurait aimer Macky Sall plus que les Sénégalais, dont lui-même. On peut bien croire Alioune Tine qui met en garde Macky Sall contre ses proches car le zèle excessif des nouveaux convertis est une caractéristique évidente. «Rien n’égale le zèle d’un converti. On dirait qu’il ne peut pas accepter que vous résistiez là où il a succombé», (Albert Brie). Quels procès d’intention n’a-t-il pas fait à Macky Sall ? Ne l’a-t-il pas vilipendé ? Ne lui a-t-il pas prêté les plus lugubres intentions et ne l’a-t-il pas voué aux gémonies et lui avoir promis la pire des fins ? Macky Sall peut toujours le croire car «les esprits faux changent toujours de maxime» (Vauvenargues).
PILOTER LE COS-PETROGAZ, LA MISSION PREDESTINEE DE MACKY SALL
La vie a ses parts de malices, de facéties mais aussi de destinée immuable. La vie de Macky Sall est liée au pétrole et au gaz dont regorge le sous-sol sénégalais. Lui-même a pu être ému de recevoir, de la part d’un de ses anciens collaborateurs, une vieille coupure de presse, une page de l’édition du journal Le Soleil, du numéro 8705 du 10 mai 1999. On voit sur la photo, le Premier ministre Mamadou Lamine Loum, en compagnie du ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Industrie, Magued Diouf, écoutant attentivement des explications d’un technicien de Petrosen. Ce technicien en question, qui était chef de la division des données de la Société nationale Petrosen, se nomme Macky Sall. Avec la foi du charbonnier, ce jeune technicien tenait à expliquer à ses interlocuteurs, le fabuleux potentiel en hydrocarbures que devraient renfermer les entrailles du Sénégal. Il considérait que le bassin sédimentaire est sous-exploré et préconisait déjà des investissements adéquats pour trouver le sésame. En effet, «des secteurs entiers de ce bassin n’en sont qu’au stade de la reconnaissance de base, par exemple le bassin paléozoïque on shore et l’off-shore profond, nouvel espoir de l’exploration». Macky Sall était persuadé des prochaines découvertes. Le hasard lui a souri, car devenu président de la République du Sénégal, en 2012, il aura la main heureuse avec de fabuleuses découvertes en hydrocarbures au Sénégal. Il a sans doute davantage réfléchi sur la gestion de la manne pétrolière et gazière que sur la gestion d’un État. C’est ainsi qu’il n’a pas tardé à mettre en place des outils et autres mécanismes pour permettre à son pays de tirer le meilleur profit de ses ressources en hydrocarbures. Ainsi, on retiendra que suite à la découverte d’importants gisements de pétrole et de gaz au large de nos côtes, le président Macky Sall a entrepris une série de réformes dont l’adhésion à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives (Itie) en 2013, mais surtout la création du Comité d’Orientation Stratégique du Pétrole et du Gaz (CosPetrogaz) à travers le décret 2016-1542 du 03 octobre 2016. Le rôle principal de cet organe est d’assister le chef de l’État et son Gouvernement dans la définition et la mise en œuvre de la politique en matière de gestion de nos ressources pétrolières et gazières. Les missions fondamentales du Cos-Petrogaz sont donc : «Assister le Président de la République dans la définition, la supervision, l’évaluation et le contrôle de la mise en œuvre de la politique nationale en matière de développement de projets pétroliers et gaziers ; assister le Gouvernement dans la mise en œuvre des stratégies, programmes et projets pour la promotion et le développement de projets pétroliers et gaziers ; Valider, en dernier ressort, toutes les études relatives aux réserves de gaz et de pétrole, ainsi que des gisements à développer ; valider, en relation avec les opérateurs publics et privés du secteur, tous les documents stratégiques, programmes et plans d’action pour la création de structures de formation professionnelle et de recherche afin d’assurer la promotion de l’emploi à travers les projets pétroliers et gaziers en réalisation ;assurer le suivi et l’évaluation des réserves stratégiques et de la commercialisation des hydrocarbures ; impulser, en rapport avec les ministères et structures publiques impliqués, ainsi que les partenaires techniques et financiers nationaux, bilatéraux, multilatéraux et privés, la mobilisation de l’assistance technique et des financements des programmes et projets de promotion des sous-secteurs pétroliers et gaziers ; assurer le suivi de la bonne gestion du sous-secteur des hydrocarbures».
Qui, mieux que Macky Sall qui a conçu cet outil, pourrait traduire et mettre en œuvre sa vision au grand bénéficie du Sénégal ? Il est nanti de compétences, d’une expertise et d’une légitimité incontestables dans ce domaine. Il pourrait ainsi travailler bénévolement pour impulser ce secteur et rester encore utile à son pays. Une telle occupation ne devrait certainement pas l’empêcher de faire des «piges» à l’international. D’aucuns lui suggéreraient de mettre en place une fondation pour contribuer au développement économique et social de son pays mais je reste à croire que faire profiter le Sénégal de son expérience et de sa baraka dans le secteur des hydrocarbures devrait être la meilleure chose à faire. Le temps a fait son œuvre de vérité. Ceux qui l’accusaient de faire main basse sur les ressources en pétrole et en gaz ont fini par réaliser la stupidité de leurs affirmations.
Par Pape Touty Makhtar SOW
PALESTINE : HALTE AU GENOCIDE DE L’ETAT COLONIAL !
A ciel ouvert, au mépris de notre commune humanité et défiant toute la communauté internationale, l’Etat colonial d’Israël se livre en direct au génocide du vaillant peuple palestinien.
A ciel ouvert, au mépris de notre commune humanité et défiant toute la communauté internationale, l’Etat colonial d’Israël se livre en direct au génocide du vaillant peuple palestinien. A Gaza, des pluies de bombes tombent intensément sur les populations civiles, jeunes, femmes et personnes âgées, sur les hôpitaux et sur les ambulances transportant des malades : « une barbarie extrême qui constitue un défi humanitaire » selon Martin Griffiths, Secrétaire Général adjoint des Nations unies.
Israel n’a cure des cris d’alerte et de détresse des agences des Nations-Unies comme l’OMS ou HCR et des ONGs internationales comme Amnistie Internationale ou Médecins sans frontières !
Plus de 10.000 morts en un mois, un cimetière de 4 000 enfants et 2 600 femmes, une véritable hécatombe provoquée par l’Etat d’Israël pour se débarrasser des « animaux palestiniens », selon le langage abject de Netanyahou, premier ministre du gouvernement israélien. Un mouroir pour 25 000 blessés palestiniens côtoie ce cimetière, sans compter les centaines de morts en Cisjordanie et les milliers de prisonniers dans les geôles de l’armée de l’État hébreu. Plus d’un million de réfugiés sans abri, ni nourriture, ni eau, ni soins sont déplacés du Nord de Gaza, une zone que l’Etat d’Israël convoite conformément à sa vieille politique expansionniste, s’autoproclamant administrateur de ce territoire, sans aucun mandat des Nations unies.
Ces massacres auxquels s’ajoutent le vol des terres palestiniennes, l’accaparement des réseaux de distribution d’eau, le rationnement de l’électricité, et les multiples humiliations imposées aux réfugiés dans les camps de concentration constituent un nouvel épisode de la tragédie subie par le peuple palestinien depuis l’instauration de l’Etat d’Israël. C’est ce que résume fort bien Madieye Mbodj, Responsable de l’Alliance nationale pour la cause palestinienne : « l’Etat d’Israël symbolise un État criminel. Israël est le champion en crime. L’État sioniste compte, à son actif, crimes de guerre, crimes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes d’apartheid… etc. ». ‘
Non ! Ces atrocités ne peuvent pas avoir été perpétrées au nom d’une religion. Nous ne vivons pas une guerre religieuse. Le récit religieux, en l’occurrence celui du Judaïsme1, est piégé et manipulé comme justification idéologique d’un véritable projet colonial ; un projet d’occupation et de domination d’un peuple initié et soutenu par des puissances impérialistes dans la continuité des politiques impériales européennes qui avaient abouti à l’assujettissement des pays africains et au quasi anéantissement des peuples autochtones (les indiens) d’Amérique. Il ne s’agit pas non plus d’une guerre israélo-palestinienne, encore moins d’un conflit entre le Hamas et Israël2, mais bel et bien d’une guerre asymétrique opposant un Etat colonial (Israël) et un peuple spolié (de la Palestine) de ses terres qui résiste à l’occupation et lutte pour sa libération.
La particularité du projet colonial israélien consiste effectivement à transformer la Palestine en une terre sans peuple par l’extermination de ses populations. En effet, sous le masque religieux, l’idéologie sioniste vise fondamentalement à implanter dans le Proche Orient un point d’ancrage pour garantir les intérêts des puissances impérialistes occidentales, USA et Grande-Bretagne, au premier chef. Cet objectif d’un Grand Israël sans les Arabes suppose selon Ben Gourion (1948) que « nous nous installons de manière ferme dans le désert, pour être ferme à Tel-Aviv », voire à Jérusalem ! C’est cette stratégie politico-militaire du vide que relève avec pertinence Gilles Deleuze : « faire le vide dans le territoire palestinien, par l’évacuation géographique et l’extermination physique » et que confirme l’éminent sociolinguiste américain Noam Chomsky lorsqu’il fait remarquer : « pire que l’Etat sud-africain sous l’Apartheid, l’Etat sioniste d’Israël pratique un génocide progressif en se débarrassant des populations autochtones non seulement par la ségrégation contre les arabes mais surtout par l’extermination et le déguerpissement».
Récemment le Directeur des droits de l’homme aux NationsUnies, Craig Mokhiber a démissionné de son poste en pointant justement le curseur sur l’enjeu du : « projet colonial européen, ethonationaliste, de colonisation en Palestine ». Une politique israélienne qui, à ses yeux, est entrée dans sa phase finale, de destruction accélérée des derniers vestiges de la vie palestinienne indigène.
Cette politique de colonisation agressive de l’Etat d’Israël est pleinement soutenue par les pays occidentaux à savoir les États-Unis et l’Union européenne. L’assistance inconditionnelle des USA est assurée par le financement et le surarmement de l’armée d’Israël et aussi, au plan diplomatique, par l’exercice du droit de veto aux Nations Unies. Ainsi, les USA, oubliant leurs propres engagements humanitaires et les principes démocratiques proclamés, favorisent l’impunité totale du terrorisme d’Etat du Gouvernement israélien malgré les nombreuses résolutions condamnant ses atrocités et lui enjoignant de se retirer des territoires occupés de la Palestine. Depuis 2015, l’Assemblée générale des Nations-Unies a adopté pas moins de 140 résolutions condamnant Israël, en particulier pour les traitements inhumains qu’il fait subir aux Palestiniens. L’Etat d’Israël est dans l’Illégalité totale, au regard des règles internationales ; il devrait être au banc des instances internationales.
Que dire des dirigeants des pays du Proche et du Moyen Orient plongés dans un silence complice alors même que leurs peuples manifestent leur solidarité sans réserves à la libération de la Palestine occupée et à l’arrêt des massacres. L’hypocrisie des émirs, tenants du pouvoir dans ces pays, consiste soit à clamer une indignation de galerie soit à jouer les intercesseurs naïfs, tout en pactisant réellement avec les USA et avec Israël sous prétexte de normalisation. Pour leur part, les pays de l’Union Africaine, hormis l’Afrique du Sud, demeurent étrangement discrets sur une question relative au combat de libération du joug colonial qui les concerne au plus haut point, conformément à la Charte de l’Institution. Le Gouvernement du Sénégal, en ce qui le concerne, est resté terriblement aphone, marquant ainsi une bonne distance avec la longue et solide tradition de notre pays dans la défense de la cause palestinienne, laissant libre cours à la fraternité religieuse comme expression de la solidarité du Sénégal. Cette attitude du Sénégal est en déphasage avec son statut depuis 45 ans de Président du Comité de soutien à l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien créé en novembre 1975 par les Nations unies
En revanche, ces mêmes pays ne se privent pas de condamner à la hâte ce qu’ils nomment terrorisme palestinien. Un terrorisme de résistance comme l’ont fait hier les partisans français sous l’occupation hitlérienne ou les fedaayin du FLN pour la libération de l’Algérie. Sous prétexte de se défendre du terrorisme, une contre-attaque palestinienne légitime avec les armes à sa portée, l’Etat voyou d’Israël leur impose : « un blocus hermétique et des attaques meurtrières qui sont toujours ponctuées d’épisodes où l’armée israélienne « tond le gazon », une sympathique expression israélienne qui désigne ces séances périodiques où l’on tire sur les Palestiniens comme des lapins en prétendant mener une « guerre d’autodéfense ».
Une réponse internationale urgente s’impose pour conjurer les gros risques d’embrasement aux conséquences incalculables que provoquerait l’entêtement irresponsable de l’Etat d’Israël à poursuivre son projet funeste de génocide et en continuant d’occuper illégalement des territoires du peuple palestinien.
Une paix juste et durable suppose que soit mis immédiatement un terme au génocide en cours à Gaza et la restitution de leurs droits fondamentaux, y compris le droit au retour, à tous les Palestiniens. C’est cette trajectoire de paix que le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien des Nations unies indique en appelant : « Israël à mettre fin à la colonisation du territoire palestinien, laquelle sape la continuité territoriale et la perspective d’un État palestinien contigu », position conforme avec les différentes résolutions de l’Assemblée Générale des Nations-Unies qui exigent d’Israël que soit mis fin à son occupation et le retour aux frontières reconnues d’avant 1967.
1 L’affichage de l’antisémitisme n’est qu’un alibi, une forme de victimisation honteuse pour Israël et un moyen pour certains européens abusés d’expier leur mauvaise conscience.
2 Éléments de langage qu’une certaine presse nationale reprend mécaniquement sans prendre garde de ce qu’ils charrient politiquement.
par Jacques Habib Sy
QUELQUES REPÈRES DANS LA PENSÉE POLITIQUE DE CHEIKH ANTA DIOP
EXCLUSIF SENEPLUS - Pendant 40 ans, cette figure du terroir bawol bawol a ramé seul à contre-courant de la machine de destruction de l'impérialisme culturel occidental. Sa pensée-action reste encore un continent largement en friche (1/5)
Cheikh Anta Diop peut être considéré comme l'anti-héros du monde politique de l'Afrique contemporaine. Pendant quarante ans cette forte figure du terroir bawol bawol a ramé parfois seul à contre-courant de la formidable machine de destruction de l'impérialisme culturel occidental.
Malgré la grande classe qui caractérise sa pensée et son action politiques et l'impact qu'ils ont eu sur la scène politique africaine et africaine-américaine des trente dernières années, l'héritage politique considérable légué par ce grand homme d'État à la postérité reste largement méconnu d'une grande partie du public. C'est à lui restituer le formidable potentiel qu'il présente pour l'action immédiate et la bataille stratégique pour la construction des États Unis d'Afrique en un ensemble fédéré, réellement indépendant, démocratique, prospère et non-aligné que s'emploient modestement les pages qui suivent.
On peut dire sans peur d'être démenti que l'œuvre de Cheikh Anta Diop comme ses idées charnières ont exercé sur le développement de la pensée politico-culturelle africaine l'impact le plus considérable qu'il ait été donné à un théoricien et un praticien du changement social d’avoir sur l’Afrique contemporaine.
C'est en reconnaissance de ce fait qu'il a été honoré en même temps que le Négro-Américain Du Bois par les leaders culturels et politiques Africains et de la diaspora noire durant le Premier Festival Mondial des Arts Nègres tenu à Dakar en 1967. Les Africains-Américains réunis en une conférence mémorable sur les Civilisations de la Vallée du Nil à Atlanta, en Géorgie lui ont décerné en 1986 les plus hautes distinctions honorifiques tout en le reconnaissant comme le géant des études égypto-nubiennes.
* Communication copubliée et coproduite la première fois en 1989 par le Centre National de Lettres, le Conseil Régional de la Martinique et Carbet, Revue Martiniquaise de Sciences Humaines et de Littérature dans une livraison spéciale intitulée « Sciences et Civilisations Africaines, Hommage à Cheikh Anta Diop » in Carbet, N° 8, 1989, Fort-de-France. Cette livraison coordonnée par Alain Anselin a enregistré la participation de nombreux auteurs de renom comme Théophile Obenga, James Spady, Charles S. Finch, Ivan Van Sertima, Oscar Pfouma, Frédéric Okassa, Maurice Caveing, Bruce Williams et Clyde Ahmad Winters.
** Ce texte a été rédigé en 1989, au moment où l’auteur enseignait les sciences de la communication à Howard University (Washington, D.C.) et collaborait activement aux initiatives africaines-américaines et africaines sur l’Afrique.
Je me rappelle encore combien, en me montrant les titres qu'il avait ramené des Etats-Unis, il paraissait ému de tant d'attention vigilante et militante de la part des frères Africains des Etats-Unis. Il dit alors : "Le flambeau a pris ailleurs que sur le continent africain. Nos cousins d'Amérique ont désormais pris une avance sur leurs frères du continent dans le domaine de la prise de conscience culturelle !". Dans le langage dépouillé de Cheikh Anta cela signifie que les voies les plus sûres de la libération nationale africaine sont en train d’être balisées par les différentes composantes de la diaspora nègre tout en prenant une efficacité décisive encore inédite sur le continent africain.
Ferments du Panafricanisme
Vilipendée par certains idéologues dogmatiques ou immatures, ignorée de manière feinte par la plupart des gouvernements et chefs d'État de la période post-coloniale, taxée de raciste par libéraux et radicaux occidentaux et même des Africains noirs dont la naïveté est exploitée par des projets politiques savamment camouflés en vue de détruire l'Afrique, la pensée-action de Cheikh Anta reste encore un continent largement en friche. Seule une cécité criminelle a pu tenir éloigné de ce rivage théorique si vaste et fertile des patriotes africains disponibles pour la lutte anti-impérialiste mais encore trop confus sur leur identité et la contribution attendue d’eux par les masses africaines pour la construction d’une Afrique solidement plantée sur ses deux jambes et centrée sur elle-même. C’est que l’enjeu d’un tel objectif auquel Cheikh Anta Diop a si intimement mêlé sa vie est colossal. C'est en reconnaissance de ce fait qu'il a été honoré en même temps que le Négro-Américain Du Bois par les leaders culturels et politiques Africains et de la diaspora noire durant le Premier Festival Mondial des Arts Nègres tenu à Dakar en 1967. Les Africains-Américains réunis en une conférence mémorable sur les Civilisations de la Vallée du Nil à Atlanta, en Géorgie lui ont décerné en 1986 les plus hautes distinctions honorifiques tout en le reconnaissant comme le géant des études égypto-nubiennes.
Après la Seconde Guerre mondiale, les pays africains sont sous la férule européenne et américaine. Leur situation confine presque à l'esclavage. Elle en est le prolongement à peine maquillé. L'aventure coloniale est proprement inhumaine, ses ravages économiques foudroyants. Les masses africaines désemparées mais toujours prêtes à prendre d'assaut la citadelle coloniale voient leur élan saboté par les stratèges des officines impérialistes. C'est le temps de la promotion d'élites artificiellement créées à la mesure des ambitions des métropoles coloniales.
Et partout, cette monstrueuse tricherie contre l’histoire : les Négro-africains sont sans histoire, n'ont rien inventé, pas même l'écriture et surtout pas la moindre trace d’une civilisation digne de ce nom.
L'impérialisme est à pied d'œuvre. A l'image de son action barbare il lui faut créer le mythe du nègre inhumain, ahistorique, au stade évolutif gelé dans la nuit des temps. Et voici le nègre maudit, descendant de Cham, figure biblique vouée à la souffrance éternelle : une brute à l'état pur qu'il faut "civiliser". Le mythe est créé. Son énormité en renforce la prise sur les consciences vacillantes d'une intelligentsia africaine désemparée devant la brutalité de l'assaut. L'acculturation fait son chemin et l'impérialisme culturel en renforce les modalités d'intervention de Dakar à Khartoum et d'Alger au Cap. Aux Etats-Unis, dans les Caraïbes et aux confins du Pacifique, en Amérique du Sud et dans le Finistère malgache il atteint des proportions gigantesques.
C'est donc dire que l'Afrique et le nègre en général évoluent dans une posture de défaite presque totale bien que les résistances à l’esclavage et à la colonisation n’aient jamais été absentes de l’histoire mouvementée des peuples africains. L'espoir de survivre à la dérision coloniale représente un mince filet d’air par lequel l'Afrique évite la noyade. Une petite poignée de nationalistes africains tentent de mobiliser en vain une opinion occidentale repue de sa bonne conscience. Lamine Senghor, Garang et Kouyaté, nationalistes et internationalistes avant l'heure s'agitent à Paris autour de l'Association pour la Défense de la Race Nègre. A Londres, le Congrès de Manchester consacre les débuts foudroyants du Panafricanisme en tant qu’idéologie et programme d’action de la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste.
Des géants de leur temps comme Padmore le Guyanais, Du Bois l'Africain-Américain, Nkrumah le Ghanéen, etc. cisèlent à partir de l’appareil conceptuel nationaliste les mots d'ordre pour le salut national et pan-régional africain. La prise de conscience s’amplifie à travers l'échappée politique splendide de Marcus Garvey aux Etats-Unis. Mais le mouvement est éparpillé. Il ne s'appuie pas encore sur une ligne de masse portée à son point d'incandescence maximale. La coordination panafricaine de la lutte anticoloniale manque de moyens à la mesure des taches colossales· à entreprendre. Les élites sont encore trop amarrées au char du maître colonial. La prise de conscience culturelle, assise quintessentielle de toute lutte de libération nationale, en est encore au stade du balbutiement.
Malgré tout, le Rassemblement Démocratique Africain, regroupement des élites et des masses africaines dans les pays essentiellement sous domination française, se mobilise avec succès au départ autour de la nécessité de l'indépendance à travers un ensemble fédéré.
Dans l'Afrique sous domination anglaise la stratégie de l’Indirect Rule porte ses fruits au sein de la petite poignée d'intellectuels friands de formules creuses sur l'African Personnality mais très peu enclins à aller jusqu'au sacrifice suprême pour se libérer de la botte britannique. Dans les colonies assiégées par le colonialisme portugais, la politique de la table rase est si bestiale que le mouvement de résistance populaire panse encore ses plaies et a besoin de plusieurs décennies avant de se radicaliser dans la guérilla militaire.
Malgré la somme déconcertante des insuffisances structurelles du mouvement de résistance nationale, les masses africaines intensifient la pression politique sur l'envahisseur européen. Les "tirailleurs" envoyés comme chair à canon dans les tranchées avancées de guerres mondiales engendrées par l'impérialisme rentrent dans leurs foyers nationaux le cœur rempli de frustrations. Ils ont vite compris au contact de leurs compagnons d'armes des autres colonies et devant l'arrogance de leurs encadreurs européens que la colonisation ne repose sur rien de tangible, qu'elle est la barbarie à l'état pur et que ses initiateurs sont de simples créatures dont ils connaissent dorénavant la mesquinerie, la peur et les faiblesses intimes, particulièrement durant les périodes d'accrochage armé, dans l'enfer des avant-postes militaires. C'est sans doute ici que le colonisateur cesse d'être perçu par le colonisé comme une sorte de surhomme, de sorcier omniscient dominant l'univers tout entier. Le colonisé sait désormais que l'inhumanité et l'arrogance du colon européen ne sont que la forme ultime de la peur. Peur d'être englouti par la marée irrépressible du nationalisme Noir. C'est alors le choc de Thiaroye où les tirailleurs sénégalais fraichement rentrés et revendiquant leurs droits sociaux sont massacrés par la soldatesque coloniale. C'est encore la fronde populaire malgache dans laquelle périssent plus de 100 000 insurgés. A Grand Bassam, en Côte d'Ivoire, les femmes descendent directement dans l'arène politique en une marche frontale contre l'appareil colonial.
Partout s'élève la clameur anticoloniale. Chez le colonisé, le besoin sacré de liberté transcende l'esprit de soumission enfoncé par le glaive sanglant de l'oppresseur dans ses réflexes défensifs et offensifs. Désormais les jeux sont faits. La chute du bastion colonial n'est plus que question de temps. Mais par instinct, le colonisé sait que les incertitudes de l'histoire pourraient prolonger longtemps encore la mainmise étrangère sur l'ensemble de son patrimoine. Ils pressent donc qu'il lui faut redoubler de vigilance, travailler d'arrachepied, obstinément à l'organisation de la riposte. Il lui faut apprendre à rationaliser sa colère et à la canaliser dans des rouages organisationnels capables de contrecarrer l'infiltration ennemie au sein de ses rangs, l'hésitation et le manque de détermination absolue propre à la petite-bourgeoisie intellectuelle.
Le binôme AE-RDA/FEANF
C'est au cours de ces années turbulentes de l'après-guerre que se développent l'Association des Étudiants du Rassemblement Démocratique Africain (AE-RDA) et la Fédération des Étudiants d'Afrique Noire en France (FEANF). C'est parmi ces deux mouvements que s'élaborent les projets de radicalisation du mouvement d'indépendance de l'Afrique sous domination française. Les militants de ces mouvements juvéniles explorent avec passion et fougue les bienfaits stratégiques et tactiques de l'arme marxiste et du nationalisme tiersmondiste puissamment secrété par les succès foudroyants du Mahatma Gandhi, le chantre de la non-violence positive et par les réparties enflammées de Nasser, Ho Chi Minh, Jomo Kenyatta. Déjà, de redoutables débateurs comme Abdoulaye Guèye de la branche sénégalaise du Rassemblement Démocratique Africain, Sékou Touré du Parti Démocratique de Guinée, Félix Moumié et Ruben Um Nyobé de l’Union des Populations du Cameroun embrasent le mouvement démocratique et révolutionnaire africain d'analyses pertinentes nourries par l'humus si fécond du nationalisme unitaire.
Vers la fin des années 1950, le mot d'ordre d'indépendance immédiate agite les lames de fonds du mouvement pour l'émancipation totale de l’Afrique. La fracture est complète entre les intellectuels aux perspectives timides sinon d'un autre âge sur le destin des peuples africains et les activistes de l'indépendance totale, immédiate et contre la "balkanisation africaine". Il est vrai qu'alors le mouvement de la négritude, formule choc due au génie d'Aimé Césaire, ce démiurge de la poésie nationaliste négro-africaine, finit de se décomposer sous la houlette de leaders comme Léopold Sédar Senghor pour qui l'indépendance en dehors de la Communauté franco-africaine est impensable. Le Général De Gaulle sait déjà alors qu'il peut compter sur des figures de proue comme Senghor pour amorcer en douceur la phase néocoloniale de la domination française en Afrique. Car en stratège avisé, en prise avec les données immédiates d'une histoire prête à basculer en faveur des insurgés vietnamiens victorieux de Dien Bien Phu, des maquisards du Front de Libération Nationale Algérien qui déclenchent la lutte armée à Sétif, des manœuvres efficaces du Parti Africain de l’Indépendance au Sénégal et de l'Union des Populations du Cameroun en faveur de l'indépendance immédiate, De Gaulle sait qu'il n'a plus le choix.
La frange progressiste du mouvement anticolonialiste africain, à l'instar des mouvements politiques dans la plupart des colonies est alors séduite par le pôle extrême du bagage idéologique qu'il trouve dans les métropoles coloniales. Le marxisme est alors considéré comme l’arme suprême, la parade infaillible contre l’impérialisme occidental. Les Africains le découvrent souvent à travers des années d'activisme dans les rangs du parti communiste de la métropole coloniale. Face au capitalisme décadent, l'idéologie marxiste offre une alternative d'autant plus fiable qu'elle vient de faire ses preuves dans la Russie tsariste et à travers les prises de position de Lénine, puis Staline sur la question nationale et coloniale et la solidarité du camp socialiste face au capitalisme décadent.
Phagocytés par les mécanismes de parrainage des partis communistes métropolitains, des étudiants négro-africains en France arborent le discours stalinien dont ils tentent d'appliquer sans discernement les inconsistances théoriques aux sociétés et à l'histoire africaines. L'héritage hégélien tenant que l'Afrique est hors de l’Histoire, qu'elle est plongée dans la barbarie depuis toujours et donc incapable de tout progrès notable est omniprésent dans la pensée marxiste. De Marx et Engels à Lénine et Staline, le marxisme occidental et les partis communistes qu'il crée sous la bannière d'un internationalisme prolétarien dirigé par la classe ouvrière du monde capitaliste avancé, c'est-à-dire l'ensemble occidental judéo-chrétien, a nié avec l'assurance la plus crâne que l'Afrique ait jamais puissamment participé à la marche forcée du monde vers le progrès.
Malgré le "dés-apparentement" entre le Parti Communiste Français et le RDA qui intervient en 1950-1951, il est difficile à la plupart des étudiants organisés à travers la FEANF et l'AE-RDA de débusquer les trébuchements conceptuels du marxisme et du Parti Communiste Français devant l'histoire africaine et le poids de l'acculturation dans la conscience anticolonialiste.
La formation que reçoivent les premiers communistes africains à Dakar d'abord dans les Groupes d'Études Communistes puis à Paris dans les mini-structures du PCF, ne tient absolument pas compte des spécificités africaines. Le marxisme ainsi enseigné est ossifié. La dialectique et le matérialisme historique, ne sont utilisés qu'à travers les trivialités du catéchisme dogmatique récité sans discernement. Dans ce corset idéologique, les Africains se perçoivent encore comme l'émanation de peuples "arriérés", à l'histoire engloutie dans les "siècles obscurs". A telle enseigne, qu'on peut encore lire en 1978, dans une tentative africaine de critique de l'expérience marxiste en Afrique Noire que "la majeure partie des lois scientifiques a été découverte dans les pays européens pour des raisons qui tiennent à des circonstances particulières qu'il serait très long d'expliquer" (cf. A. A. Dieng). Or les faits relatifs à l'histoire mondiale du progrès et scientifique et technologique sont en conflit avec cette description linéaire et européocentriste de l'innovation scientifique. Tout en reconnaissant le rôle capital joué par l'Occident dans le développement des sciences modernes, il faut ramener les choses à une juste mesure. L'Europe a puisé dans le patrimoine scientifique universel que lui ont fait redécouvrir les Arabes entre les 7ème et 8ème siècles de notre ère. Grâce à la révolution industrielle qui n'est vieille que de deux siècles, le progrès technologique et le développement sans précédent des forces productives (grace à l’esclavage notamment) font basculer l'initiative scientifique et le bénéfice politique et culturel qui s'ensuit du côté du monde occidental dont le niveau technologique, politique, scientifique et culturel au Moyen Age est comparable sinon inférieur dans bien des domaines à celui de l'Afrique Noire (cf. Ivan Van Sertima, Blacks in Science)
C'est contre cette vision timide de l'histoire et ce versant caché de l'aliénation culturelle que va s'insurger Amilcar Cabral en Guinée Bissau et aux Iles du Cap-Vert. C'est contre ceux-ci que Cheikh Anta Diop décide, bien avant Cabral, de partir en guerre dans ses années de fronde militante au sein de l'AE-RDA.
Bawol des origines
Parti de son terroir natal, un repli chargé d'histoire et enfoncé en plein cœur de la savane bawoloise, Cheikh Anta Diop reste à l'écoute du monde noir. La ville de Dakar où il prépare ses études secondaires et son baccalauréat est alors un carrefour privilégié de rencontres et de choc des idées. Cette particularité est intensifiée par le statut de capitale qui est conféré à la ville dans l'ensemble aoefien. Ici, Cheikh Anta est témoin de la lutte pour le pouvoir entre la SFIO, le B.D.S., les partisans de Galandou Diouf et ceux de Blaise Diagne, ce docile exécutant des manœuvres françaises en terre africaine. Dans le même temps, Cheikh Anta prend acte de l'impasse dans laquelle se trouve plongée la classe maraboutique parfois prise au piège de la manipulation coloniale.
Nourri par ses instincts de fils du terroir éduqué dans la tradition de l'islam mouridique, une idéologie religieuse au dynamisme socio-politique indéniable, Cheikh Anta Diop mesure les potentialités de l'islam africain en tant que composante majeure de la libération nationale. Bien qu'il en prenne conscience relativement tôt, il apprendra plus tard à son corps défendant que les centres de décision islamiques sénégalais ne sauraient tolérer, encore moins favoriser la promotion d'une idéologie libératrice et délibérément progressiste. Cette tendance générale des religions révélées au conservatisme dans le cadre africain est tout aussi vraie du clergé catholique sénégalais bien que Cheikh Anta Diop n'ait pas eu à en souffrir directement dans son action politique et compte tenu du niveau marginal de l'archevêché sénégalais sur le plan social, économique et politique.
Déjà, avec ses camarades de classe du Lycée Van Vollhenhoven de Dakar et du Collège Blanchot de Saint-Louis et ses amis de l'École Normale William Ponty de Sébikhotane, il se forge une personnalité qui, tout en s'incrustant dans la mouvance anticoloniale de la jeunesse estudiantine du moment, se pose dès l'origine en un refus systématique de la domination culturelle et donc politique de son peuple.
C'est que Cheikh Anta passe ses onze premières années en plein cœur du système intellectuel et religieux du Bawol et du Kadioor. Au centre d'enseignement coranique de Kokki où il est envoyé par ses parents dès sa plus tendre enfance, il passe une année à étudier l'alphabet arabe et le Coran. Kokki est un sanctuaire important de la résistance nationale. C'est ici, dans ce Kadioor laminé par le harcèlement militaire colonial, que tombe, le 11 février 1875 Ahmadou Cheikhou, en un combat sanglant contre l'envahisseur français. Une année après Kokki, Cheikh Anta Diop est admis dans la cour privée du fondateur du mouridisme, Cheikh Ahmadou Bamba. C'est dans ce bastion de la résistance anticoloniale où s'élabore pour la première fois peut-être en Afrique noire une doctrine islamique essentiellement nègre que Cheikh Anta passe cinq années, de l'âge de cinq ans à onze ans, à forger ses premières armes intellectuelles, morales et religieuses. L'enseignement est d'une rigueur à la mesure des ambitions du mouvement mouride aux prises directes avec l'envahisseur colonial, ce qui valut plus tard à son saint patron d’être emprisonné puis embastillé en exil dans les rigueurs de l'humidité équatoriale du bagne de Mayombe, au Gabon, en même temps que l'Almami Samori Touré, ce stratège politique et militaire le plus considérable de son temps. Ces années studieuses sont entrecoupées de rares séjours auprès, du foyer familial de Céytu où il retrouve les siens parmi lesquels figure son père adoptif, le second le plus estimé d’Ahmadou Bamba, Seex Ibra Fall, autre figure historique du mouridisme.
Issu du monde paysan sénégalais où il a passé une adolescence partagée entre la discipline des daaras coraniques, les rigueurs de la culture vivrière et le vitalisme culturel mouride, Cheikh Anta Diop exerce son jugement critique sur les problèmes de l'heure à partir de paramètres qui recentrent la place du monde paysan et des masses déshéritées dans le jeu politique africain. Pour avoir vécu parmi la masse paysanne de l'entre-deux-guerres, il porte en lui les cicatrices encore fraîches des rigueurs économiques du bassin arachidier, de la férocité de l'exploitation coloniale, du dénuement de paysans à la vie monotonement cadencée par le dur labeur, un labeur sans fin qui vieillit prématurément les bras actifs, de l'obscurantisme favorisé par la politique coloniale de la table rase dans les domaines de l'instruction et l'éducation.
Pour mesurer la contribution de Cheikh Anta à l'essor du mouvement anticolonial en Afrique noire sous domination française, il n'est pas inutile d'esquisser la toile de fond sociale et politique à partir de laquelle évolue le mouvement étudiant africain en France.
À suivre, mercredi 15 novembre 2023.
PRESQUE MACKYRON
Un temps, les nerfs étaient tendus entre Macron et Macky. Parce que le Français, en plus de s’opposer à un 3e mandat, s’était rapproché de Sonko en lui envoyant des émissaires.
Un temps, les nerfs étaient tendus entre Macron et Macky. Parce que le Français, en plus de s’opposer à un 3e mandat, s’était rapproché de Sonko en lui envoyant des émissaires. Et le Sénégalais avait trouvé «inappropriée» cette ingérence. C’était un peu chaud avec ce froid diplomatique. En proposant Macky Sall Envoyé spécial du 4P, Macron lui ouvre une vie internationale après le pouvoir. Désormais, les relations sont devenues si étroites que Macky et Macron sont comme Mackyron. Walla Mackyronie. Qui a dit macaroni ?
Par Moussa S. DIALLO
LA REPRESSION N’EST PAS LA SOLUTION AU DEPART DES JEUNES
«Ce sont des hommes et des femmes courageux qui essaient de gagner leur vie et ils ne devraient pas être traités comme des délinquants ou des fauteurs de trouble». Koffi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies
Bés Bi le Jour |
Moussa S. DIALLO |
Publication 11/11/2023
«Ce sont des hommes et des femmes courageux qui essaient de gagner leur vie et ils ne devraient pas être traités comme des délinquants ou des fauteurs de trouble». Koffi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies
De prime abord, je voudrais, à l’entame de ces lignes, m’incliner devant la mémoire des personnes disparues en mer et marquer ma compassion aux familles des disparus. Dans la même veine, m’acquitter d’un sentiment de gratitude et de reconnaissance à la suite des réalisations enregistrées par l’Etat du Sénégal en matière de financements de projets, d’emploi et d’insertion des jeunes et des femmes. Il y’a des efforts qui ont été consentis. Des réalisations ont été faites. Il ne faudrait pas le nier. Il faut l’admettre et le reconnaitre. Autrement, ce serait faire preuve de déni et d’abstraction des tous les efforts, énergies et moyens (humains, matériels et financiers) qui ont été mobilisés. Quand bien même, cela n’empêche de mettre le curseur sur les insuffisances et manquements notés et qui empêchent d’engendrer des résultats à la hauteur des investissements. Cela ne pourrait être utilisé pour légitimer les départs «irréguliers» des jeunes, défiant froid et vague pour rejoindre l’Europe. Cela dit, Excellence, Monsieur le Président de la République, en dépit de tous les efforts, il serait regrettable de vous entendre promouvoir la «répression» comme alternative au départ des jeunes à partir du Sénégal. Engager plutôt les forces de défense et de sécurité, les ministères cibles, le gouvernement à «encadrer» la migration et non de la «neutraliser». Ce n’est pas possible et vous n’êtes pas sans savoir non plus que personne ne peut arrêter la mer avec ses bras. D’ailleurs, vous l’avez bien compris. Si bien que par décret présidentiel du N°2020-2393 du 30 décembre 2020 vous avez institué le Comité interministériel de lutte contre la migration clandestine (CILEC). Quoiqu’on ne soit pas d’accord sur l’utilisation inappropriée du terme péjoratif «clandestin». Rattaché au cabinet du ministre de l’Intérieur et composé de plus d’une vingtaine d’entités, le Cilec a pour mission : l’élaboration de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI) et son plan d’action opérationnel et le suivi de sa mise en œuvre en rapport avec toutes les entités concernées. A cet effet, il convient de rappeler, pour cette première mission, que le travail a été fait et la stratégie nationale, ainsi que son plan d’action ont été validés politiquement depuis le 27 juillet dernier. Elle est articulée autour de 5 axes stratégiques dont la prévention, la gestion des frontières, les mesures de répression, l’aide, l’assistance et la protection, le retour et la réinsertion des migrants.
Bien qu’ayant pris service effectivement le 18 Novembre 2021, le Cilec a compris dans l’élaboration de la stratégie nationale que la répression ne pouvait être mise en avant. Excellence, Monsieur le Président de la République, vous vous rendrez compte que la prévention est le premier axe stratégique de cette stratégie. Mais pour prévenir un phénomène dit «irrégulier», à la fois complexe et contingent, il faut bien se baser sur un document stratégique de gouvernance à l’image de ce que le PSE est pour le Sénégal. C’est ce qu’un document de politique nationale de migration devrait être pour mieux aider à la gouvernance et à la gestion de la migration de manière inclusive et participative. Hélas ! Le Sénégal n’en dispose toujours pas. Et, pourtant Monsieur le Président, ceci est une urgence au regard de l’importance que vous portez à cette question. Le 23 Août dernier, sous l’égide de la primature, le document que les acteurs jusque-là s’accordaient à dire qu’il était obsolète a été revu et mis à jour avant d’être validé une deuxième fois techniquement. Depuis lors, on n’attend que les choses. Mais, ça cloche toujours quelque part. Au regard de la propension des jeunes à partir, l’adoption d’un tel document ne devrait pas trainer sinon devant passer en urgence et enchainé avec sa mise en œuvre concrète. On se félicite déjà de la disposition d’une SNLMI. Néanmoins, depuis son adoption, le 27 juillet 2023. Qu’est-ce qui a été fait dans la mise en œuvre ? Monsieur le Président, c’est la question à se poser, ensuite demander un bilan d’étape avec tous les acteurs impliqués pour avoir une situation.
Aussi faudrait-il songer à convoquer en urgence des concertations régionales, nationales, ensuite interministérielles pour faire un état et savoir par quel bout tenir afin de minimiser les départs irréguliers des Sénégalais vers l’Europe. Monsieur le Président de la République, vous n’êtes pas sans savoir que le Sénégal est champion du pacte mondial. Pourtant, c’est ce même pacte mondial qui milite en faveur de la migration, sûre, ordonnée et régulière. Dans la même veine, l’objectif de développement durable 10.7 promeut la facilitation de «la migration et la mobilité de façon ordonnée, sans danger, régulière et responsable, notamment par la mise en œuvre de politiques de migration planifiées et bien gérées». De même, suivant l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique préconise entre autres actions stratégiques de «fournir l’accès à des informations précises sur la migration de main-d’œuvre avant le départ et après l’arrivée, y compris les conditions d’emploi, les recours et l’accès aux conseils juridiques en cas de violation». Par conséquent, Excellence Monsieur le Président, la priorité doit être plus l’encadrement et la gouvernance de la migration et non la répression par la neutralisation des départs irréguliers. Osons et acceptons de parler de la migration régulière. C’est ce qu’il faut. Parler de la migration régulière suggère d’aider et d’accompagner ceux qui veulent voyager à le faire dans les conditions légales, de revoir la coopération qui nous lie avec certains Etats de l’Union européen, de travailler sur l’effectivité de la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace CEDEAO. C’est aussi de mettre en avant les projets et programmes mis en place par l’Etat et le gouvernement, promouvoir la fluidification des processus pour éviter les lenteurs et lourdeurs administratives. Accepter de parler de la migration régulière, c’est accepté d’engager le débat, d’aller vers des consultations et de mettre les parents devant leurs responsabilités. On doit en parler Excellence Monsieur le Président.
Tout comme en Europe et partout ailleurs, la question de la migration occupe les débats malgré qu’elle ait une politique depuis plusieurs années restrictives, de choix et l’externalisation de ses frontières qu’elle sous-traite à des Etats africains. Au Sénégal, la migration ne doit pas être un tabou. Elle doit se discuter. Elle n’est pas mauvaise aussi bien pour les pays de départ, d’accueil en passant par les pays de transit. Seulement, elle doit être bien gérée pour qu’elle puisse être rentable et profitable à tous. Avant vous, le ministre de la Jeunesse avait annoncé une grande offensive de l’Etat pour, dit-il, «stopper» les vagues de départs. Il n’est pas possible de stopper les départs. Il faut en être conscient et agir en conséquence. Comment vouloir travailler à stopper un phénomène qui date depuis la nuit des temps si on peut aider les gens à voyager régulièrement ? En attendant, les autorités espagnoles indiquent plus de 8 500 arrivées sur leur sol. Tout en qualifiant de «record». Plus de 23 000 personnes auraient débarqué au niveau de l’archipel espagnol, depuis janvier d’après les sources espagnoles. Soit une hausse de près de 80% par rapport à la même période de l’an dernier.
Par ailleurs, Excellence Monsieur le Président de la République, vous n’êtes pas sans savoir que la migration est au centre du discours politique en Afrique comme dans une grande partie du reste du monde (Europe), en témoigne l’adoption de deux pactes mondiaux : le Pacte mondial pour les réfugiés et le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (Pacte mondial sur les migrations), qui cherchent à aborder la mobilité humaine de manière plus globale. Toutefois, il faut noter et retenir qu’il y’a une multitude d’idées fausses, de mythes et de craintes qui persistent autour de la migration, notamment de l’Afrique vers l’Europe. Quelques raisons pourraient être relevées pour expliquer les déformations qui caractérisent le récit sur la migration en Afrique. Le Rapport sur la migration en Afrique de remettre en question le récit renseigne : «La plupart des migrants africains ne traversent pas les océans, mais plutôt les frontières terrestres de l’Afrique ; 94 % de la migration africaine à travers les océans prend une forme régulière ; et la plupart des migrants dans le monde ne sont pas africains. L’Afrique représente 14 % de la population migrante mondiale, contre, par exemple, 41 % en provenance d’Asie et 24 % d’Europe». Ces chiffres renforcent la nécessité de raconter à nouveau l’histoire qui concerne en grande partie les migrations intra-africaines, contrairement à la terrible impression sensationnaliste de la migration irrégulière de l’Afrique via la Méditerranée. Qu’ils soient pays de départ, de transit ou encore d’accueil, aucun pays n’échappe à la migration et des enjeux qu’elle pose. Avec l’extrême médiatisation du phénomène, elle est considérée comme un des principaux défis du XXIe siècle.
A la lumière de tout ce qui précède, Excellence, Monsieur le Président de la République, je ne doute point que vous comprenez aisément la complexité et les enjeux que pose la migration à la fois pour les dirigeants européens, mais aussi africains. Par ailleurs, conscient qu’il faut accompagner les gouvernements à mieux adresser la question, l’organisation internationale pour les migrations (Oim) a mis au point un outil de gouvernance : «Les Indicateurs de Gouvernance de la Migration (IGM)». Cet outil aide les gouvernements, sur demande, à faire le point sur leurs politiques et stratégies migratoires afin d’identifier les bonnes pratiques et les aspects qui pourraient être renforcés. En mettant l’accent sur l’appropriation gouvernementale du processus, les IGM aident les gouvernements aux niveaux national et local à améliorer progressivement leurs structures de gestion des migrations. Je vous recommande plus cela en lieu et place de donner injonction pour une neutralisation des «départs». «La migration, un phénomène positif et irrépressible» Kofi Annan ; 2004 ; Mexique.
Moussa S. DIALLO
Journaliste, Spécialiste en Migration Auteur Ancien Président de l’AJMS hp3verseau@yahoo.fr
par Bassirou Dieng
MONTREZ-MOI QUI A UN PROFIL MEILLEUR QUE CELUI DE MIMI ET JE VOTERAI POUR LUI
Si c’était en footbal, je dirais qu’elle a fait mieux que Messi et Christiano Ronaldo réunis en matière de performance. Sa distinction par l’institution Champlain College en était une preuve parfaite
En 2024, on n’a pas le droit de se tromper de choix. Nous devons choisir le meilleur profil parmi ceux qui veulent nous diriger. En effet, il nous serait fatal de choisir des vendeurs d’illusions, des candidats télécommandés, des repris de justice et des candidats milliardaires qui ont sucé le sang du peuple et provoqué ses nombreux décès sur le chemin de l’émigration.
En 2024, le seul et unique choix qui nous est imposé est celui sur Aminata Touré Mimi. Nous ne le disons pas pour ses beaux yeux ou parce que nous sommes avec elle. Mais parce que son riche parcours, son expérience, son ouverture sur le monde, son patriotisme, son « africanité » et son leadership la placent au devant de tous.
Lauréate au concours général en économie en 1981, Aminata Touré a décroché son Bac D la même année avant de filer étudier en France et obtenir une maîtrise en Economie à Dijon, un DESS de gestion des entreprises à Aix-en-Provence et un PhD en Management financier international de l’École internationale de management de Paris. En 1988, Aminata Touré entre dans le monde du travail et devient Chef de division Marketing et Communication de Sotrac (actuel Dakar Dem Dikk). Elle sera licenciée abusivement pour avoir intégré le syndicat des travailleurs qu’elle voulait aider à mieux défendre leur droit.
Première femme directrice de campagne dans une élection présidentielle en 1993, Aminata Touré a dirigé la campagne de Landing Savané sur proposition du Président Mamadou DIA. En 2000, quand Me Abdoulaye Wade a accédé au pouvoir grâce à la dynamique unitaire de l’opposition, Landing Savané propose à Mimi d’accepter d’entrer dans le gouvernement de Me Wade avec un portefeuille ministériel mais Aminata Touré déclina poliment l’offre.
À son départ de la Sotrac, Mimi intègre ASBEF en 1995 comme directrice des programmes. Sa mission accomplie à ASBEF, elle intègre l’ONU. Aux Nations Unies où elle a fait 24 ans, elle a occupé le poste de directrice des Droits Humains jusqu’en 2011. Année à laquelle elle a décidé de laisser tous ses privilèges et son salaire, qui pouvait payer une dizaine de ministres par mois, pour venir aider son pays à dire non à un forcing de Me Abdoulaye Wade. Elle choisit ainsi Macky Sall par conviction et principe.
Connaissant son expérience et ses compétences, Macky fait d’elle sa directrice de campagne en 2012. Maîtrisant bien ce poste politique qu’elle a occupé en 1993, Mimi participe à sa manière à porter Macky Sall au pouvoir.
De 2012 à 2013, elle devient ministre de la Justice. 2013-2014, Première ministre. En 2019, elle a été respectivement responsable national du parrainage et directrice de campagne du candidat Macky Sall à l’élection présidentielle. De mai 2019 à novembre 2020, elle occupe la Présidence du Conseil Économique, Social et Environnemental.
Qui d’autres a un profil pareil et un aussi prestigieux parcours parmi les candidats si ce n’est Mimi. Son expérience et ses compétences sont partout reconnues. Récemment, Aminata Touré Mimi a élevé au plus haut niveau le drapeau du Sénégal. Si c’était en footbal, j’allais dire qu’elle a fait mieux que Messi et Christiano Ronaldo réunis en matière de performance. Sa distinction par l’institution Champlain College en était une preuve parfaite. En reconnaissance de sa contribution à la lutte pour les droits humains et droits des femmes, notre Mimi Nationale avait reçu, le 13 mai 2023, la distinction honoraire de Doctor Honoris Causa de Champlain College, institution universitaire vieille de 145 ans dans l’Etat de Vermont aux Usa. Une des plus hautes distinctions mondiales. Une distinction qui s’ajoute à d’autres sacres déjà inscrits sur son curriculum vitae (CV).
En juillet 2021, en effet, la candidate du Mouvement pour l’Intégrité, le Mérite et l’Indépendance (Mimi2024) a été choisie comme un des 24 experts sélectionnés à travers le monde pour donner des avis aux États membres des Nations Unies sur les grandes questions de Gouvernance et d’Administration publique pour la période 2021-2025. Cela sur proposition du Secrétaire Général des Nations Unies. Le Comité des Experts Indépendants sur l’Administration Publique-CEPA se réunit périodiquement à New York pour une période de 4 ans.
Cerise sur le gâteau, en 2022, Mme Aminata Touré Touré Mimi a été également choisie dans le comité des 16 experts qui conseillent le Conseil économique et social des Nations Unies sur les Administrations publiques.
Du 3 au 5 novembre 2023, Mimi a été parmi les panélistes de la 16ème édition de la World Policy Conférence qui se tenait à Abou Dabi. Avec les Grands du monde, Mimi parlait de l’ordre économique mondial. Sans oublier qu’en avril 2022, elle a été élevée au grade de Commandeur dans l’Ordre national du Lion par l’Etat du Sénégal.
Si on n’est pas un jaloux ou amnésique, on reconnaîtra que Mme Aminata Touré est, de par son parcours et son expérience administrative, internationale et étatique, la femme qu’il nous faut en 2024 pour restaurer la démocratie et l’Etat de droit mais également pour faire du Sénégal un pays économiquement industrialisé.
Bassirou Dieng est coordonnateur de Mimi2024 du département de Pikine et délégué adjoint au parrainage de Mimi2024 de la région de Dakar
Par Fadel DIA
IMMIGRÉS ? VOUS AVEZ DIT IMMIGRÉS ?
Les immigrés européens avaient d’autres méthodes que ceux qui arrivent aujourd’hui par la Méditerranée. Ces derniers débarquent sans armes et sans bibles, sans aucune intention d’exterminer les autochtones, d’exploiter leur pétrole
Le désespoir qui pousse des africains, souvent jeunes, à prendre le risque de traverser le Sahara ou à se serrer dans des embarcations de fortune pour aller vers des terres où ils sont jugés indésirables est une tragédie qui, à défaut de soulever la compassion des Européens, aurait dû, pour le moins, leur rappeler quelques pages peu glorieuses de leur histoire.
Car enfin, pour ne nous en tenir qu’à l’époque moderne, qu’ont-ils fait, pendant des siècles, depuis ce jour, le 12 octobre 1492, où l’un d’entre eux, Christophe Colomb, a posé le pied sur une ile située à des milliers de kilomètres de son pays et qu’il croyait faire partie de l’archipel japonais, sinon tenter de chercher un meilleur avenir sur d’autres terres, c’est-à-dire émigrer ?
La mobilité en général et l’émigration en particulier, font partie des gènes de leur personnalité et ce sont eux qui ont inventé ce « Grand Remplacement » qui est la hantise de certains d’entre eux. Dans les Amériques, en Océanie et même en Afrique, et peu après une phase des pillages et d’exploitation des ressources, ils se sont livrés à un véritable déménagement humain, lequel est à l’origine de la création de « nations européennes » jusqu’aux antipodes, bâties sur les décombres de peuples autochtones. L’opération se poursuit d’ailleurs sous nos yeux mais, contrairement à ce que pense Eric Zemmour, elle se passe à 17000 km de la France, en Nouvelle Calédonie, où des « immigrés » cherchent à imposer leur culture et leur langue à la population autochtone qui ne représente plus que 40% des habitants. A ma connaissance il n’y a pas eu de référendum pour savoir si les Kanaks voulaient autoriser les Français à s’installer chez eux, pas plus qu’il n’y en a eu, quelques siècles plus tôt, auprès des Aborigènes d’Australie pour légitimer l’installation de bagnards à Botany Bay ou de colons anglais dans ce qui sera rebaptisée Nouvelle Galle du Sud ! Mais Zemmour est trop outrecuidant pour reconnaitre ces faits historiques ou admettre que les immigrés européens avaient d’autres méthodes et d’autres objectifs que ceux qui arrivent aujourd’hui par la Méditerranée et qui débarquent sans armes et sans bibles, sans aucune intention d’exterminer ou de repousser les autochtones vers les terres les plus hostiles, de s’emparer de leurs mines, d’exploiter leur pétrole, d’emporter leurs monuments ou leurs œuvres d’art pour décorer leurs places et leurs maisons !
On peut pardonner à Zemmour son ignorance, mais on ne peut pas comprendre que Giorgia Meloni, Première Ministre d’un grand pays, si prompte à stigmatiser les immigrés africains, ait oublié que 3 millions d’Italiens ont débarqué aux Etats-Unis entre 1900 et 1914, ou que plus de la moitié de la population de l’Argentine et 15 % de celle du Brésil sont d’ascendance italienne! Dans la tragédie de l’émigration, qui a atteint cette année son paroxysme au Sénégal, les Européens ne voient que les arrivants, ils ne voient pas les partants. Ceux qui partent de chez nous sont pourtant des êtres de chair et de sang, des hommes, des femmes certaines enceintes ou accompagnées d’enfants, tous désireux d’échapper à la misère et aux guerres, aux intolérances en tous genres et à la confiscation des libertés auxquelles s’ajoute l’insoutenable inégalité des échanges entre le Nord et le Sud. Tous imaginent qu’ils ne peuvent pas manquer de trouver du travail dans une communauté de pays qui est la deuxième plus riche du monde, avec 16,5 du PIB de l’ensemble du globe. Tous ont cru aux discours de ses dirigeants qui se sont attribués le monopole de la défense du respect des droits humain, mais tous ignorent, parce qu’ils ne savent pas lire ou que la presse de leurs pays n’en parle pas, que ceux-ci passent le plus clair de leur temps à ériger des murs et des barrières légales pour leur fermer l’accès à leurs territoires (30 lois sur l’immigration en France en 40 ans !),ou que certains parmi eux prônent la nonassistance aux embarcations en perdition dans la Méditerranée (laquelle a déjà englouti dans ses eaux 24.000 victimes en dix ans ! ), ou qu’ on condamné des gens chez eux pour « délit de solidarité » ! Paradoxe, à moins que ce ne soit cela qu’on appelle le zèle du nouveau converti, quelques-uns des plus virulents pourfendeurs de l’immigration sont eux-mêmes issus de l’immigration, comme l’attestent souvent leurs noms, tels les actuels ou anciens ministres de l’Intérieur Suella Fernandes, « Moussa » Darmanin, Manuel Vals ou Sarkozy de Nagy Bocsa, ou encore Eric Ciotti, qui pour cacher son origine italienne prêchait pour qu’on fasse « repartir » daredare les 11.000 rescapés de Lampedusa au lieu de les « répartir » entre les pays européens !
Les africains candidats à l’émigration croient que les Européens, qui ont si souvent frappé aux portes des autres, ne peuvent pas être réfractaires à l’hospitalité. Surtout lorsqu’ il s’agit d’eux, parce que, pensent-ils, les Européens ont des dettes à leur endroit, parce que leurs pères et grands-pères ont participé à la défense de leurs pays, parce qu’ils avaient répondu à leur appel, pendant les « Trente Glorieuses » en venant occuper les emplois dont ne voulaient pas leurs citoyens ! Parce qu’enfin certains d’entre eux viennent de contrées déstabilisées par l’interventionnisme intempestif des puissances occidentales et qu’ils sont donc éligibles au droit d’asile, au même titre que les 5 millions d’Ukrainiens accueillis à bras ouverts en deux ans.
Mais il n’y a pas que de l’amnésie dans les propos des dirigeants européens, il y a aussi de la mauvaise foi, du populisme à outrance, une récupération politique honteuse de la misère humaine, lorsque ,tous partis confondus, ils font de l’immigration le principal thème de leurs campagnes électorales, avant la qualité de la vie et la préservation des acquis sociaux, lorsqu’ils la comparent à un nouveau Péril Jaune, avec à la place de troupes sino-japonaises, des « cohortes étrangères (qui menacent) de faire la loi dans (leurs) foyers …et de devenir les maitres de (leurs) destinées » (1),lorsqu’ils laissent prospérer des discours souvent racistes qui parasitent les médias, s’accompagnent de dérapages verbaux, charrient des fantasmes et des contrevérités, ignorant superbement que la principale terre d’accueil des Africains en détresse c’est l’Afrique elle-même (450.000 Soudanais entrés au Tchad en six mois).
Mais ce n’est pas seulement sur l’immigration que la mémoire des Européens flanche. Voilà que leurs dirigeants, si prompts à boycotter les voix discordantes, acceptent en leur sein, sans état d’âme, la présence du Premier Ministre hongrois Viktor Orban qui clame urbi et orbi qu’il va proscrire dans son pays « tout mélange avec des non Européens » et y rétablir une « race hongroise non mixte ! »
Vous avez dit « race pure » ? Cela avait commencé ainsi, il y a moins d’un siècle, et cela s’était achevé par plus de 60 millions de morts, majoritairement européens, dont plus de la moitié étaient des civils…
(1) extrait des paroles de… La Marseillaise ! Karim Benzema avait été traité de « français de papier » pour avoir dénoncé le ton guerrier de l’hymne de la France. On n’a jamais fini d’être enfant d’immigré en France quand on est arabe ou noir !