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3 avril 2025
Opinions
Par Ndao Badou
DU MAUVAIS USAGE DE LA DEMOCRATIE !
La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinctions dues la naissance, la richesse, la compétence... (principe d'égalité) nous dit – on
Bés Bi le Jour |
Ndao Badou |
Publication 23/10/2023
La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinctions dues la naissance, la richesse, la compétence... (principe d'égalité) nous dit – on dans une de ses multiples définitions. Retenons celle – ci pour ne pas verser dans de la sémantique d’intellectuels prêts à étaler leur savoir inutile. Donc, pour être effective, progressive, la Démocratie doit reposer sur un pilier principal qu’est la Justice. La Justice, ce n’est pas ce format réducteur du Palais de Justice, où, en principe, le Droit est supposé être dit pour ceux qui sont sortis du système, en ont enfreint les règles. La Justice, c’est l’ensemble des règles mises en place pour rendre saine la compétition, qui est ou doit être la garante de l’égalité des chances pour tous les citoyens. Ce n’est que dans la saine compétition que les compétences peuvent s’exprimer, que le mieux peut émerger au - dessus du bon, et que les moins- disant iront se bonifier sous peine de stagner. Ce qui veut dire qu’il doit avoir que de la Justice dans tous les segments de la Société. Que le premier venu soit servi. Que les accès aux services soient équitables. Que tout le monde fasse la queue pour prendre le bus. Que les cars rapides aient des arrêts. Bref, que toutes libertés soient encadrées et qu’on les fasse respecter. Au Sénégal, la Démocratie a été réduite à sa plus simple expression, du fait de son captage et de son envahissement presque total par la politique. Alors que celle – ci devait être la finalité de tout cet ensemble de droits et devoirs encadrés, elle est au début et à la fin de toutes les luttes pour le renforcement de celle-ci. La Politique doit être en aval du processus démocratique, elle ne peut jouer la vedette que si toutes les conditions de Justice et de Droit sont réunies à la base. Elle doit être la résultante et la vitrine de l’état de Justice dans lequel, doit baigner le peuple. C’est le peuple qui doit enfanter ses besoins politiques, mais, non le contraire. Malheureusement, c’est ce qui se passe dans nos contrées.
La politique n’est plus une vision de perfectionnement de la société, mais, juste un moyen d’accès au Pouvoir. C’est ce qui fait que les revendications socio – politiques des populations ne sont plus prises en compte, mais, ce sont des propositions de sociétés que les politiques livrent clés en mains. Cela fait que les droits les plus basiques ne sont plus pris en compte. La marche de la société ne les intéresse que quand, ils ont un intérêt direct à cela, ou si une certaine médiatisation est de mise. La politique ne se soucie que de sa place dans l’actualité. Cela fait qu’au moment où le citoyen se débat dans une injustice notoire face à l’empiétement de ses droits minimum ou inaliénables dans la plus grande indifférence, dans une société où la faiblesse est imposée, les dés pipés au départ. La compétition dévoyée. L’accès des citoyens à leurs droits les plus élémentaires fourvoyés, au même moment, des privilégiés réclament plus et encore des droits. Des droits que ne sont en rien prioritaires à ceux des milliers d’étudiants et d’élèves dont l’avenir est obstrué par les mauvaises orientations pédagogiques, les droits des malades à se soigner, et autres passes - droits qui faussent l’égalité des chances qui est le fondement de la Démocratie. A côté, au lieu du peuple qui marche pour exiger plus de Justice dans tous les domaines, c’est une caste de citoyens à part, qui revendique le droit de marcher pour leur propre ligne et leur agenda. La plupart des revendications politiques ou politiciennes n’ont pas d’impacts bénéfiques sur les populations et leur vécu. C’est là, justement où se trouve l’escroquerie. Il y a un détournement de destination de la Démocratie par une minorité au détriment des Libertés et des revendications légitimes du peuple.
Ils vous diront que la Constitution leur donne le droit de manifester ou de faire la grève. Soit, mais, ils oublient que la Constitution est là pour tout le monde, et que cette Constitution devrait hiérarchiser ces différents droits. Le droit des passagers des véhicules qui font des surcharges et des milliers de morts serait – elle en dessous du droit de certains à marcher pour des contrats qu’on peut dénoncer devant les tribunaux ? Ou, devrait on marcher pour exiger du Gouvernement, la protection des usagers des transports en commun qui tuent plus que ces contrats ? C’est réellement ça le problème de l’usage de la Démocratie dans ce pays. Les atteintes au Droit les plus récurrentes et les plus dommageables, que l’on peut vivre au quotidien, sont reléguées aux oubliettes, ignorées, parce que leurs luttes ne semblent pas apporter plus qu’une manifestation filmée et médiatisée à outrance. Pourquoi ne font-ils pas des pétitions ? Ce qui préserverait le travail ou les activités des millions de compatriotes qui vivent au jour le jour ? La vérité est que la Démocratie que nous impose la classe politique, n’en est pas une. Au contraire, ce sont eux qui nous imposent une dictature féroce de leurs ambitions au détriment de la lutte du peuple pour une Justice en, et dans toutes choses. Et pour cela, il faudrait que ces messieurs portent les attentes de ce peuple, mais, pas, que le peuple se mette à la disposition de leurs carrières. Les revendications et les demandes sociales des enfants de ce pays ne sont pas dans les avancées pseudo politiques que ces politiciens nous font croire que ce sont des gains démocratiques. Les gains démocratiques, ce ne sont pas des élections libres et transparentes ou le droit de marcher et de faire des grèves. Ce sont les combats sociaux qui font avancer la Démocratie. Le combat contre les injustices, les inégalités qui se sont installées dans nos mœurs tellement, on les a banalisées, et qui sont ce que vivent les gens au quotidien, sans que personne n’en parle ou porte ces combats.
Ces situations dans lesquelles on a installées à dessein les populations, qui leur feront croire qu’il n’y a qu’une caste d’individus, c’est-à-dire, les politiciens qui vous en sortiront. Ce qui est totalement faux, archi –faux. C’est d’ailleurs le fait de nous installer dans ces croyances que ces messieurs existent. Que le peuple crédule attend des messies depuis des décennies. Un seul exemple. La plupart de nos politiciens ont séjourné en prison. Même, si c’est en classe A, loin des chambres surpeuplées, ils ont au moins vécu à proximité de cette promiscuité, et entendu au moins un détenu se plaindre d’une injustice qu’il est en train de vivre. Les avez-vous jamais entendu ou vu proposer une solution d’amélioration des conditions de vies inhumaines dans ces sinistres endroits de non- droits. Jamais ! Sitôt sortis de là- bas, en dépit des promesses qu’ils font ou qu’ils se font, dès qu’ils sont libérés, ils vont directement se placer dans les rangs des postulants. C’est vous dire. La Démocratie, c’est donc l’accès du plus grand nombre aux outils démocratiques que sont l’Education, la Sécurité, la Santé et une saine compétition sociale pour un meilleur devenir. La Démocratie, c’est le respect de toutes ces règles par tous.
La Démocratie dans ce pays, est un vaste complot contre le peuple et les libertés.
Par Assane SAADA
QUEL PRESIDENT POUR 2024 ?
Gouverner c’est «l’art, à chaque instant, d’avoir l’âge et les désirs de la génération qui change et ne vieillit pas». Le chef des Diallobé nous l’enseigne dans L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane. Un livre qui pourrait servir de bréviaire....
Bés Bi le Jour |
Assane SAADA |
Publication 23/10/2023
Gouverner c’est «l’art, à chaque instant, d’avoir l’âge et les désirs de la génération qui change et ne vieillit pas». Le chef des Diallobé nous l’enseigne dans L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane. Un livre qui pourrait servir de bréviaire pour la présidentielle. Aussi le chef nous explique les mutations en cours qui ébranlent et qui inquiètent les populations. Personne ne connaît son pays mieux que lui. De ses concitoyens, il dit : «(Leurs) désirs naissaient en moi avant même qu’il les pressentît. J’étais l’éminence qui accueille et réfléchit les premiers rayons venus des profondeurs du monde. Toujours je précédais et n’en éprouvais ni inquiétude ni fatuité. En même temps, j’étais l’arrière-garde. Je n’étais jamais rassasié, que les désirs du dernier des Diallobé n’eussent été comblés. Les temps ont bien vécu, où je contenais ce pays, sans que nul de nous débordât l’autre.»
Ne sommes-nous pas face à ce tableau peint par le chef dans sa lettre à Samba Diallo : «Aujourd’hui, tout fuit et s’écroule autour de mon immobilité, comme la mer le long du récif. Je ne suis plus le repère, mais l’obstacle que les hommes contournent pour ne pas l’abattre. Si tu pouvais voir de quels regards ils m’épient ! Ils sont pleins de sollicitude et de pitié ; de brutale détermination aussi.» Alors, face aux nouvelles valeurs qui assaillent et qui inquiètent, quel homme pour accueillir un monde nouveau ? Quel président en 2024 et pourquoi ? Saura-t-il être téméraire, pour que les populations vivent dans cette quiétude où tout ne les remord sans cesse. Comme avec Samba Diallo.
Lisant la lettre du chef, Samba Diallo ne pensait-il pas : «(…) Il était le pays, et cette unité n’était fissurée d’aucune division... Ô mon pays, dans le cercle de tes frontières, l’un et le multiple s’accouplaient hier encore, (…). Le chef et la multitude, le pouvoir et l’obéissance étaient du même bord et cousins issus de germains. Le savoir et la foi coulaient de source commune et grossissaient la même mer. À l’intérieur de tes frontières, il était donné encore de pénétrer le monde par le grand portail. J’ai été le souverain qui, d’un pas de maître, pouvait franchir le seuil de toute unité, pénétrer au cœur intime de l’être, l’envahir et faire un avec lui, sans que nul de nous débordât l’autre…»
Obtenir son bonheur sans perdre sa conscience
De ces centaines de candidats à la candidature, qui aime le Sénégal et les Sénégalais ? Les populations sentent-elles lequel de ces futurs «présidentiables» les aiment ? Dans un contexte de menaces de déstabilisation et de désintégration, alors que les perceptions sont autres, n’importe-t-il pas de restaurer la confiance et de réconcilier des désirs ? Comme disait la Grande Royale, le pays a sans doute besoin d’un «cuistre». Quelqu’un qui sache contenir «le mouvement des (Sénégalais) sur la voie étroite qui serpente entre leur passé et… ces champs nouveaux, où ils veulent paître et s’ébattre et se perdre». En attendant que les exigences du moment coulent de source commune, un jeu se poursuit entre caprices et zigzags vers l’infini de la politique politicienne.
Que faire pour que ces mots du maître des Diallobé, décidant de remettre son turban à Demba, imprègnent et influencent des comportements ? «- Avez-vous perçu comme je suis bête ? s’enquit (le maître). J’ai, depuis longtemps, senti que j’étais le seul obstacle au bonheur de ce pays. J’ai feint de n’être pas cet obstacle. J’espérais - mais cela, je le sais maintenant seulement - que le pays me passerait dessus, de sorte qu’il obtînt son bonheur sans que je perdisse ma bonne conscience». Seulement, la réalité ne se serait-elle retirée de certaines consciences ? Shakespeare n’avait-il pas écrit que «le monde entier est un théâtre» ? Même si tous ne jouent pas bien la comédie. D’ailleurs, à l’ère du buzz, quel politicien ne chercherait il pas à faire éclat pour continuer à paraître, être et prétendre ?
Aujourd’hui, le bruit vaut mieux que le talent, selon François de Groiseilliez. Cet auteur d’essais politiques conseille-t-il, pour se faire élire, de «se construire un personnage, se fabriquer des postures, faire preuve d’ingéniosité…» Suggère-t-il d’opter pour ces choses qui «feront de vous une victime, un martyr politique, et vous mettront en évidence. Vous finiriez même par devenir un grand citoyen, si vous étiez assez heureux pour obtenir pendant quelques années les honneurs de l’ostracisme…». Au demeurant, faisant de la com’ la seule impulsion pour vaincre, des politiciens ne ressuscitent-ils pas l’humoriste Coluche nous disant : «Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge ! Il n’y a que deux sortes d’hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs : les autres pécheurs, qui se croient justes.»
par Abdoul Aziz Diouf, El Hadji Samba Ndiaye, Sidy Alpha Ndiaye
DE QUOI LE REFUS DE LA DGE EST-IL LE NOM
L’obstination de la DGE à exécuter une commande politique à l’encontre de Sonko renseigne sur l’insignifiance du Droit à fonder un narratif social au Sénégal. Le pays se construit sous le registre de la schizophrénie
Abdoul Aziz Diouf, El Hadji Samba Ndiaye, Sidy Alpha Ndiaye et Babacar Niang |
Publication 22/10/2023
La « République » du Sénégal, l’« État » du Sénégal, la « démocratie » sénégalaise, l’« exception » sénégalaise... ces expressions sont souvent mobilisées par les locuteurs comme des présupposés discursifs destinés à nommer ou à qualifier la nature du pacte républicain, de la chose politique, du récit national... En d’autres mots, il semble relever du déni de l’évidence institutionnelle, toute attitude tendant à se poser les questions de savoir si le Sénégal est une République ? S’il existe un État caractérisant le lien social au Sénégal ? Si les procédures de dévolution et d’exercice du pouvoir politique sont régies par des principes démocratiques ?
Les mots ne remplissent pas qu’une simple fonction nominale ; ils peuvent parfois aussi constituer les instruments d’un ordre symbolique et, ce faisant, s’imposer comme le Réel en lieu et place de la réalité elle-même. Une radiographie du stock lexical recouru pour traduire les montages politico-institutionnels au Sénégal fait observer aisément les propos ci-dessus relatifs à la nature fictionnelle des mots. Tant dans sa topographie issue du paradigme berlinois que dans ses structures institutionnelles et étatiques (École, magistrature, armée, police, gendarmerie, administration...), le Sénégal se construit et se constitue sous le registre de l’extraversion et de la schizophrénie.
Et la présidence de Macky Sall en est une parfaite incarnation ! De 2012 à ce jour, le point culminant d’une société humaine s’organisant en marge des préoccupations de l’État de droit a été atteint au Sénégal. Vassalisation de la magistrature, caporalisation de l’Administration (Recteurs d’Universités sénégalaises, Gouverneurs, Préfets, Agent judiciaire de l’État, administration pénitentiaire...), féodalisation des forces de défense et de sécurité (Police et Gendarmerie) ... sont devenues les nouvelles figures de la scène sociale.
L’actualité pré-électorale marquée par le refus de la Direction Générale des Élections de remettre des fiches de parrainage au mandataire de M. Ousmane Sonko est topique de la crétinisation de l’Administration sénégalaise. Démembrement de l’Exécutif, la Direction Générale des Élections exerce, en principe, de simples compétences techniques et matérielles requises pour la régularité du processus électoral. Une observation concrète des actes d’autorité pris par cette structure administrative renseigne qu’elle s’est attribuée indûment les prérogatives dévolues aux organes juridictionnels. Déjà en 2022, lors des élections législatives, la DGE s’était octroyée le pouvoir d’invalider la liste des titulaires de la coalition « Yewwi Askan Wi » au profit de celle des suppléants, et ce, avec la couverture illégale ultérieure du Conseil constitutionnel.
Aujourd’hui, en perspective des élections présidentielles de février 2024, la DGE reproduit, à foison, ses postures anti-républicaines à travers l’étape des parrainages. Prétextant la « radiation » de M. Ousmane Sonko des listes électorales, la DGE estime nécessaire de ne pas remettre au mandataire du leader du Pastef des fiches de parrainage. Par ce procédé, l’organe dirigé par M. Thiendella Fall confisque les prérogatives dévolues exclusivement au Conseil constitutionnel, seule instance (juridictionnelle) habilitée à entériner l’éligibilité d’une candidature aux élections présidentielles.
En s’agrippant à la « radiation » fondée sur la situation de contumace de m. sonko qui ne convainc aucun juriste sérieux prenant le savoir juridique comme un sacerdoce, la DGE défie en toute illégalité et le juge constitutionnel et la CENA. Cette voie de fait ne semble pas heurter les thuriféraires et autres laudateurs du camp présidentiel et de l’Administration qui, depuis 2021, ont fait de l’expression « force reste à la loi » la nouvelle trouvaille de l’État féodal sénégalais.
À la suite de l’ordonnance rendue par le Très-honorable juge du Tribunal d’instance de Ziguinchor imposant la réintégration de m. Sonko « par les services centraux du ministère de l’Intérieur sur la liste électorale de la Commune de Ziguinchor ainsi que sur le fichier général des électeurs », la DGE par un communiqué en date du 20 octobre 2023 va à contresens des règles de droit positif les plus banales, en maintenant sa commande politique destinée à ne pas remettre des fiches de parrainage au mandataire du « contumax » le plus localisable géographiquement de l’histoire du droit pénal.
Les auteurs de ces lignes laisseront le soin à un étudiant de première année de sciences juridiques expliquer à M. Thiendella Fall, sur le fondement des articles L. 47 al. 4 du Code électoral et autres articles 36 et 74-2 de la loi organique relative à la Cour suprême, la nature des décisions de justice non suspensives et celles suspensives. Le caractère manifestement illégal du communiqué de la DGE ne s’ouvre à aucune interprétation possible même si au Sénégal une certaine doctrine universitaire ignore la nature dogmatique des sciences juridiques. L’interprétation n’est qu’un accident de la vie juridique ! Le Sénégal est ce pays où nombre de juristes (universitaires, magistrats, avocats, notaires, énarques...) sont analphabètes en savoir juridique.
Eu égard à la clarté du droit positif sénégalais rendant exécutoire immédiatement l’ordonnance du Tribunal d’instance de Ziguinchor, l’obstination de la DGE à exécuter une commande politique à l’encontre de m. Sonko renseigne sur l’insignifiance du Droit à fonder un narratif social au Sénégal. Dans un ordre social faisant de la laïcité son modèle républicain, le Législateur prend la place du Dieu divin et les Lois assument la sacralité confiée traditionnellement aux Livres (Torah, Bible, Coran...). L’acte posé par l’administration électorale ce vendredi, sous un prisme symbolique, est blasphématoire, en ce qu’il remet en cause la sacralité du Droit comme instance principale de la fabrique du lien social.
Parce qu’elle est une mise en scène, la Loi dans sa nature théâtrale rend possible notre imaginaire. Dans une telle perspective, la ferme volonté de M. Thiendella Fall de dé-ritualiser la Loi constitue une menace à l’unité nationale. Le refus assumé avec défiance par un auxiliaire de l’Administration de ne pas se conformer à une norme juridique impérative (ordonnance du Tribunal d’instance de Ziguinchor) met à nu l’inexistence d’un État de droit au Sénégal.
Si les infamies de l’Administration ont longtemps profité de la couverture systématique d’une justice plus encline à consolider l’exorbitance du pouvoir exécutif sur tout ordre symbolique, le communiqué fallacieux et pleutre de la DGE reste l’ultime manifestation de la déraison et de la déviance de tous ces agents de l’État qui inlassablement résistent au temps et aux impostures du système qu’il conviendra au soir du 24 février 2024 de ranger dans les vestiges nauséabonds de notre récit national. Ces rentiers du système qui servent allègrement les desseins les plus funestes de ceux qui pérennisent leur félonie par décret atomisent ce qu’il y a de plus figuratif dans une nation en construction comme la nôtre : non seulement ils déstructurent l’État qui est censé l’impulser mais dénotent de façon plus perfide un mépris à tout sens de l’honneur.
S’ils ont renoncé à leur honneur, qu’ils daignent préserver dans leur sombre déréliction celui du Droit et de la justice. L’UMS plus encline à être au service d’un corporatisme qu’à participer à la consolidation de l’Etat de droit devrait également prémunir le Droit contre toute défaite surtout lorsque de simples agents d’exécution des décisions de justice s’érigent en ordres juridictionnels concurrents ou en créateurs de jurisprudences au service d’un Droit inexistant. Le communiqué de la DGE qui ne vise aucun texte juridique reste assurément un fait d’arme caractéristique de la défaite du Droit orchestré machinalement par le régime en place depuis l’amorce du second mandat du président sortant. L’UMS se devait ainsi de s’insurger contre cette usurpation inconsidérée de M. Thiendella Fall dans les fonctions d’un juge dont la conséquence majeure est de rendre inefficace une décision pourtant rendue par un de ses valeureux membres que l’UMS a pourtant défendu lorsqu’il a été voué à la vindicte populaire par le communiqué scabreux de l’Agent judiciaire de l’État. Elle se devait également de sortir de son mutisme cyclique quand cette même Administration, sans aucune base légale et en l’absence de décision judiciaire, avait barricadé le domicile du contumax-retrouvé de la même manière qu’elle aurait dû recadrer l’ancien garde des Sceaux dans ses errements répétés sur la radiation de m. ousmane sonko. Tous ces actes matérialisent le déclin du Droit de sa fabrique à son exécution en passant par son enseignement. Il n’épargnera aucune profession juridique. Il n’y a rien de pire qu’une société doit redouter lorsque le Droit qui est délibéré n’est plus appliqué et que la justice et l’éthique n’en constituent plus les idéaux.
A l’aube du cycle nouveau qui attend notre pays, la reddition des comptes tant promise avec une déclinaison essentiellement économique, ne devrait en aucun cas épargner ces agents de l’État, dont bon nombre en sont également les fossoyeurs et qui pour des raisons insondables pensent disposer d’une impunité voire d’une immunité au gré des régimes qui passent. Au même titre que leurs commettants, ils endossent la responsabilité directe et entière de la souffrance des Sénégalais et de l’agonie de notre peuple soif de liberté et d’alternative.
A l’heure de connaître un réenchantement démocratique, leurs noms devront par conséquent être invisibilisés en se gardant de leur assurer la postérité ténébreuse qu’ont encore dans les contrées sénégalaises certaines autorités coloniales auxquelles ils ont succédé dans l’organigramme républicain. Le directeur général des élections, M. Thiendella Fall, en fera assurément partie et ce ne sera que justice au regard de tous ses faits d’arme.
PAR Zohra B. Siagh
RÉPONSE À DEUX IMPOSTEURS
Kamel Daoud qui a écrit de bons livres, semble souffrir depuis qu'il fait le pigiste du journal de droite Le Point, du phénomène de «la haine de soi»
L'Expression |
Zohra B. Siagh |
Publication 22/10/2023
Rappelez-vous, Monsieur Daoud, que l'Algérie est née grâce aux «terroristes», aux dires des Bugeaud et des Bigeard! Et nous sommes si fiers d'être leurs enfants! Mais Kamel Daoud qui a écrit de bons livres, semble souffrir depuis qu'il fait le pigiste du journal de droite Le Point, du phénomène de «la haine de soi».
Il [Jean Genet] voulait que j'écrive un article sur l'horreur des camps palestiniens. Il revenait de la Jordanie. Il voulait témoigner, dénoncer. Je me suis proposé d'écrire un article pour Le Monde, journal auquel j'avais commencé à collaborer. Genet craignait qu'on ne passe pas l'article, car il était persuadé que les médias français étaient «sous la coupe des sionistes»?! On a travaillé ensemble pendant plusieurs jours pour que je puisse prendre en dictée ses propos. Il lui arrivait de me rappeler pour changer parfois un mot. «Tu comprends, il s'agit des Palestiniens, des hommes et femmes sans patrie, en plus si on les maltraite avec des mots laids ou impropres, ce n'est pas possible.»
Tahar Ben Jelloun, entretien avec Fouad Laroui, en 2010, pour Jeune Afrique.
Monsieur Ben Jelloun, le texte que vous venez de commettre contre ce peuple, sur les Palestiniens, est «laid et malpropre», infâme, inqualifiable! De là où il se trouve, le «saint» Jean Genet doit se retourner dans sa tombe!
Une chose amuserait vraiment Jean Genet de voir que la journée qui devait lui être consacrée, lui et son rapport à la Palestine, par l'Institut du Monde arabe à Paris, jeudi 13 octobre 2023, a été reportée. Vous deviez y intervenir, ainsi que Leïla Chahid et Elias Sanbar (entre autres). Comme avait été interdite en 1961, en pleine guerre d'Algérie, sa pièce de théâtre «Les Paravents» qui tournait en dérision les attributs de la France coloniale. Quelle rage, pour l'écrivain revenu des camps de Sabra et Chatila avec des témoignages sur l'innommable massacre perpétré sous les yeux de la soldatesque d'Israel; il visitait alors les camps palestiniens avec un passeport délivré par Yasser Arafat. Il serait vraiment surpris par votre volte-face de petit parvenu imposteur, qui est la vôtre depuis un certain nombre d'années en France! L'imposture consistant à décliner son identité pour parler en «spécialiste» averti et objectif de la situation en Palestine occupée! Vous faisant en quelque sorte, le sujet et l'objet de votre pseudo-analyse.
Dieu auquel vous croyez
Un ethnologue de commande pour tout dire. Les lecteurs auraient été intéressés par ce qu'il vous reste de principes concernant cette question éminemment politique: la décolonisation de la Palestine occupée, et non par le Dieu auquel vous croyez ou ne croyez pas! Vous osez publier un papier dans un baveux qui déshonore la presse, à la gloire de ceux qui vous rétribuent et vous portent aux nues: «Le 7 octobre, la cause palestinienne est morte, assassinée» écriviez-vous. C'est vous et vos semblables qui assassinez la CAUSE PALESTINENNE! Vous et vos semblables, traîtres à la cause des Justes, ainsi que tous ceux parmi les gouvernements arabes qui ont accepté de se compromettre et d'offrir à un État colonial, génocidaire, un blanc-seing sans aucune contrepartie pour le peuple palestinien expulsé de sa terre! Les assassins sont ceux qui ont jeté aux oubliettes le droit des peuples à vivre LIBRES (et sans guillemets comme vous le faites dans votre texte). Vos mots marchent sur le corps supplicié des enfants et des femmes de Gaza. Contournant l'expression déshonorante d'un ministre génocidaire traitant les Palestiniens d'animaux, vous écrivez: «L'horreur est humaine, je veux dire que les animaux n'auraient jamais fait ce que le Hamas a fait». Ce qu'a fait et que continue de faire le gouvernement d'extrême droite de Netanyahou, comment le nommer? Vous avez beau jeu de vous dissimuler derrière des considérations humanistes générales dans une avalanche de «je», «me», «moi», «ma», «mon», à la fin de votre article. Il ne s'agit pas de vous mais de la survie de tout un peuple! Gêné quelque peu aux entournures, vous rappelez hypocritement à «ne pas confondre le Hamas avec la population (2,5 millions d'habitants), qui vit sous occupation et embargo».
La CAUSE PALESTINIENNE nous l'écrivons en majuscules, comme toutes les causes où des peuples combattent pour la dignité et la liberté, quelles que soient par ailleurs leur couleur de peau et/ou leurs croyances!
Nous l'écrivons et l'écrirons en majuscules, n'en déplaise à l'autre «voix de son maître», Kamel Daoud, sonné/sommé de baver un texte fourmillant de néologismes imbéciles et utilisant les guillemets pour parler de la CAUSE PALESTINIENNE! BHL a dû l'appeler pour lui dire bravo pour sa promptitude à hurler avec les loups! Rappelez-vous, Monsieur Daoud, que l'Algérie est née grâce aux «terroristes», aux dires des Bugeaud et des Bigeard! Et nous sommes si fiers d'être leurs enfants!
Mais Kamel Daoud qui a écrit de bons livres, semble souffrir depuis qu'il fait le pigiste du journal de droite Le Point, du phénomène de «la haine de soi» tel que décrit par Theodor Lessing.
Les Juifs allemands
Dans un livre intitulé «Der jüdische Selbsthass» publié en 1930 (publié en 1990 en traduction française sous le titre: La haine de soi, le refus d'être juif) l'auteur lui-même juif, tente d'expliquer le désir de s'effacer et d'effacer leur origine et leur culture, des Juifs allemands devant la montée du nazisme dans les années 1930. Comme ces Juifs «malades de leur origine», à qui on avait laissé le choix (apparent) de s'effacer ou de s'intégrer, c'est-à-dire d'accepter sans s'en distancer les modèles et les injonctions de la société bourgeoise chrétienne dominante, certains rejettent aujourd'hui, à force de contorsions intellectuelles, la faute de la tragédie sur le peuple palestinien, alors que la Nakba de l'occupation de son territoire a été imposée et orchestrée depuis des décennies par l'Occident malade de la «solution finale». Comme les Juifs allemands décrits par Lessing, Tahar Ben Jelloun et Kamel Daoud oublient que dans la société où ils ont choisi de vivre aujourd'hui, ils sont et seront toujours des minoritaires. Se draper dans les oripeaux de la culture dominante et joindre leur voix à la sienne est pathétique!
Quant à l'Europe et ses prétendues valeurs, je citerai le grand René Maran, Prix Goncourt 1921, qui perdit sa place d'administrateur pour avoir publié «Batouala», où il dénonçait les atrocités de la colonisation française, en Afrique centrale: «Civilisation, civilisation, orgueil des Européens et leur charnier d'innocents, Rabindranath Tagore, le poète hindou [...] a dit ce que tu étais! Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. Quoi que tu veuilles, quoi que tu fasses, tu te meus dans le mensonge. [...] Tu es la force qui prime le droit. Tu n'es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce à quoi tu touches, tu le consumes...» («Batouala». Véritable roman nègre, p.11)
Le petit peuple palestinien, petit par le nombre, mais si grand de détermination et de dignité, dit non à l'oppression barbare et refuse de mourir, provoquant la mise en branle des armadas de tout l'Occident, ses porte-avions monstrueux et ses non moins monstrueuses levées de boucliers des médias aux ordres du système néolibéral-colonialiste-bourgeois-décadent. Ce système décadent, hypocrite, amoral, foulant aux pieds ses propres principes lorsqu'il s'agit d'écraser ceux qui refusent d'obéir à ses ordres, ce système inique a-t-il donc besoin de vos plumes?
Il faut rêver au jour où, figurant l'un et l'autre dans quelque manuel de littérature générale, vous serez classés aux côtés de Louis-Ferdinand Céline ou Drieu La Rochelle (répondant en 1941 à l'invitation de Goebbels, ministre nazi de la culture et de la propagande), condamnés par les tribunaux à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour avoir soutenu l'idéologie nazie. Et Netanyahou en chemise noire, présidant son conseil de guerre, ne peut pas ne pas rappeler les phalanges de Mussolini, bombardant et gazant les peuples éthiopien et libyen, pendant la Seconde Guerre mondiale! Vos écrits confortent sa politique génocidaire.
À défaut de rappeler le droit à la liberté de tous les peuples de la planète, il vous reste à écrire un autre «Bagatelle pour un massacre». Peut-être pourrons-nous y lire, comme dans l'un des romans de votre confrère baveur raciste Houellebecq, les propos d'un de ses personnages disant se pâmer de plaisir chaque fois qu'une femme palestinienne enceinte se fait exploser par un tireur? Vous n'êtes pas encore au bout de l'infâmie!
VIDEO
REBELLION ET DÉFIANCE À L'ÉGARD DE LA CEDEAO
Résolus à s'affranchir de la tutelle française, le Burkina, le Mali et le Niger ont créé le 16 septembre l'Alliance des Etats du Sahel, signant de facto la mort du G5 Sahel, au sein duquel la France avait une place de choix. Décryptage du Dr Gaye
L'Alliance des Etats du Sahel (AES), composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, et née le 16 septembre 2023, a enterré de facto le G5 Sahel.
Pour Serigne-Bamba Gaye, l'avènement de cette Alliance géostratégique sonne comme une forme de rébellion et de défiance du Burkina, du Mali et du Niger à l'égard de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
Dans cet entretien, ce spécialiste des Relations internationales analyse nous donne son analyse et se prononce sur l'idée selon laquelle une intervention au Niger pourrait créer un troisième conflit mondial.
par Ousseynou Nar Guèye
AMADOU BA, MIMI, IDY, KHALIFA... ET PLUS DE 200 PRÉTENDANTS
Que signifie cette explosion d’ambitions présidentielles ? Est-ce le signe d’une réelle ouverture du jeu politique ? D’un dynamisme démocratique où tout semble possible ?
Anciens chefs de gouvernement, ex-ministres, femmes et hommes d’affaires, patrons de presse. Ils sont plus de 200 à vouloir se présenter à la présidentielle de février 2024. Un record.
« Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus », dit la parabole biblique. Une phrase que l’on peut aisément adapter à la campagne en cours pour la présidentielle du 25 février 2024 au Sénégal : « Il y a beaucoup de candidats à la candidature, mais peu seront éligibles. »
Plus que pour le scrutin de 2019, à l’issue duquel Macky Sall fut élu pour ce que l’on sait désormais être son dernier mandat, se présenter à la magistrature suprême au Sénégal passe aujourd’hui par un sacré parcours du combattant : la collecte – et la validation – d’au moins 44 559 « parrainages citoyens », soit l’équivalent de 0,6 % du corps électoral.
Le dialogue politique national organisé par Macky Sall en juin 2023 a abouti, entre autres, à la possibilité, pour les candidats à la candidature, de se faire également parrainer par au moins 13 députés ou 120 élus locaux (maires et présidents de conseil départemental). Mais peu pourront bénéficier de ces parrainages de « grands électeurs » et le gros des troupes sera donc obligé de recourir aux parrainages citoyens.
En l’occurrence, depuis le 27 septembre et pour deux mois, la chasse aux parrainages est ouverte. La Direction générale des élections a fourni les fiches de collecte de parrainages (formats papier et numérique), qui doivent être remplies par les parrains citoyens, chacun ne pouvant accorder son parrainage qu’à un seul prétendant... Et c’est dans les probables doublons de parrainages à des candidatures concurrentes que le Conseil constitutionnel, qui examinera les dossiers entre le 23 décembre et le 12 janvier 2024, trouvera motif à invalider bon nombre de candidatures.
Malgré ce filtrage par le parrainage, auquel s’ajoute celui de la caution de 30 millions de F CFA (45 735 euros), plus de 200 candidats à la candidature avaient déjà fait leur « coming-out » à la mi-octobre. Et le délai de dépôt des dossiers au greffe du Conseil constitutionnel devant se faire « 75 jours au plus et 60 jours au moins avant le scrutin » – soit entre le 11 et le 26 décembre prochain –, le nombre de prétendants battra sans aucun doute tous les records.
Pourquoi autant de « pourquoi pas moi ? »
Anciens chefs de gouvernement, ex-ministres, femmes et hommes d’affaires, patrons de presse, universitaires... Les horizons politiques et profils socioprofessionnels sont très divers, et c’est une bonne chose. Toutefois, hormis quelques leaders investis par leur parti, pourquoi sont-ils aussi nombreux – plus de 200 !... – à se sentir à la hauteur au point de se dire « pourquoi pas moi » ? Que signifie cette explosion d’ambitions présidentielles ? Est-ce le signe d’une réelle ouverture du jeu politique ? D’un dynamisme démocratique où tout semble possible ?
Parmi les « poids lourds » de la politique, l’actuel Premier ministre, Amadou Ba, 62 ans, désigné par Macky Sall, le 9 septembre, pour porter les couleurs de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY), ainsi qu’Idrissa Seck, président de Rewmi, allié de Macky Sall jusqu’à ce qu’il officialise sa candidature, en avril – quelques semaines après celle de son ex-bras droit, Déthié Fall, coordonnateur de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi (YAW) et chef du Parti républicain pour le progrès-Disso ak Askan Wi.
Ousmane Sonko, le leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), étant inéligible, les plus emblématiques figures de l’opposition dans la course restent Karim Wade, le fils prodigue du Parti démocratique sénégalais (PDS), pour le moment « candidat épistolaire », et Khalifa Sall, ex-maire de Dakar (Taxawu Sénégal) qui, bien qu’exclu du Parti socialiste, pourrait rallier les suffrages des militants du PS.
Nombreux « ex- » du gouvernement
Vient ensuite un lot d’anciens Premiers ministres de Macky Sall – Abdoul Mbaye, Mahammed Boun Abdallah Dionne, Aminata « Mimi » Touré – et d’Abdoulaye Wade – Souleymane Ndéné Ndiaye. Suivis d’un déjà long cortège d’ex-membres du gouvernement : le Saint-Louisien Mary Teuw Niane, ancien emblématique ministre de l’Enseignement supérieur ; Alioune Sarr, qui a défié son mentor Moustapha Niasse au sein de l’Alliance des forces de progrès (AFP) en faisant acte de candidature malgré le veto de ce dernier ; Malick Gackou, ex-ministre du Commerce et ancien numéro deux de l’AFP, dont la formation, Le Grand Parti, a sa base politique à Guédiawaye ; Birima Mangara, ex-ministre du Budget qui a démissionné de l’Inspection générale d’État en août pour se lancer dans la course, ainsi qu’Aly Ngouille Ndiaye, qui vient tout juste de quitter l’Agriculture ; Thierno Alassane Sall (TAS), qui a détenu le portefeuille de l’Énergie jusqu’à son limogeage, en mai 2017 ; ou encore Cheikh Tidiane Gadio, qui a battu un record de longévité à la tête du ministère des Affaires étrangères sous Wade.
Côté société civile, se sont positionnés, entre autres, les patrons de presse Mamoudou Ibra Kane (E-Media Invest) et Bougane GuèyeDani (Dak’Cor, Sen TV, La Tribune), Anta Babacar Ngom, directrice du groupe Sedima, le tonitruant avocat El Hadji Diouf, ou encore la professeure de droit Amsatou Sow Sidibé, déjà candidate en 2012.
La démocratie, une idée toujours jeune
A priori, la grande majorité des dossiers ne seront pas menés jusqu’au bout ni retenus par le Conseil constitutionnel, ce qui permettra le désordre assez ridicule d’un trop grand nombre de concurrents. Toutefois, la liste des candidatures validées – qui sera rendue publique à la mi-janvier 2024 –, devrait être plus longue que celle de la présidentielle de février 2019, à laquelle seuls cinq candidats avaient été admis à se présenter, sur la vingtaine qui avaient maintenu leur dossier devant le Conseil.
Si, en janvier prochain, les sages valident dix ou quinze candidatures (ce qui est mon vœu), ce sera le top départ d’une bataille « de bonne guerre » pour la magistrature suprême. Ce sera surtout un nouveau temps fort de la démocratie, qui restera toujours une idée jeune, et un défi à relever pour les électeurs.
Par Pr Andrée-Marie DIAGNE-BONANE
AU NOM DE TOUS LES SEINS !
La contribution holistique de Pr AndréeMarie Diagne : «Presque partout dans l’Afrique traditionnelle, les seins nus ne choquent pas»
Bés Bi le Jour |
Pr Andrée-Marie DIAGNE-BONANE |
Publication 21/10/2023
Deux, comme les yeux, les narines, les oreillettes du cœur… Gémellité et féminité. Cependant, nous sommes loin d’être de vrais jumeaux, pour la simple raison que l’apparition et la croissance de l’un a pris une petite avance sur celles de l’autre. Et c’est là que commence notre histoire. Mais il ne faut pas perdre de vue notre originalité dans le corps humain : nous sommes un organe très complexe, voire composite. En nous, vous trouverez des nerfs, des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Notre fonction principale est nutritive. Au-delà de la diversité de l’apparence physique (forme poire, citron, papaye ou pastèque), nous avons une durée de vie aussi aléatoire que celle des êtres vivants. Nous vieillissons, rétrécissons, et finissons, parfois flasques, aplaties comme des sachets d’eau vides. Ah ! Les seins… L’approche de notre naissance crée chez la toute jeune fille émois et frémissements, mais terreur chez la mère… Une surprise, tant attendue. C’est par nous que se marque la différence de genre : la petite ado connaît des modifications physiologiques qui l’éloignent de ses compagnons de jeu : les garçons. Ce changement de statut, ritualisé, est vécu comme une entrée solennelle dans la vie de la Femme. En Afrique par exemple, la naissance des seins ouvre la période de la pleine adolescence. La petite Maïmouna d’Abdoulaye Sadji éprouve un réel plaisir à prendre son bain, en regardant l’eau ruisseler sur sa jeune poitrine. Elle est enfin autorisée à laisser pousser ses cheveux, à les tresser... C’est donc par nous que la gent féminine accède à la féminité, c’est par nous, au plus infime de nos ébranlements que Cupidon montre son petit visage coquin :
«Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées.»
«Même cet hypocrite de Tartuffe avoue qu’il succombe (rait) à nos charmes, je ne dis pas à ‘’nos provocations’’ ! En d’autres circonstances, des Femmes- les Amazones du Bénin- n’ont pas hésité à se passer de l’une de nous, pour accroître leur chance de remporter la guerre en se rendant plus efficaces, au tir à l’Arc. Presque partout dans l’Afrique traditionnelle, les seins nus ne choquent pas. Ce ne fut pas le cas, lorsque Sophie Marceau, la célèbre actrice de La Boum, ahurit le public du Festival de Cannes par «un mamelon dénudé»… L’on sait que les Suffragettes qui ont quasiment ébranlé le Royaume Uni en 1903, ont été suivies des Femmes ouvrières qui combattirent pour imposer la Journée internationale des femmes. Elles ne sont pas étrangères à la nouvelle fonction qui nous est attribuée : la nudité des seins brandie comme arme révolutionnaire par «La Liberté guidant le Peuple» dans le magnifique tableau d’Eugène Delacroix... Vous voyez donc que nous n’avons pas qu’une seule fonction : fournir le lait nourricier aux nouveau-nés, assurer l’allaitement maternel durant des mois, et même servir de nourrice à des orphelins, à des princes dont les mères tiennent à préserver le galbe de leur poitrine. Alors que dans certaines régions d’Afrique, la coutume était d’empêcher le développement harmonieux des seins, pour «mater les velléités sexuelles des jeunes filles, aujourd’hui, dans le monde entier, la mode est à «La Bomba» ! La chirurgie esthétique met à la portée de toute jeune femme frustrée de sa poitrine trop plate, la possibilité de «gonfler» ses atouts et de ne plus passer inaperçue.»
Par Moustapha CAMARA
CE QUE LES SENEGALAIS ATTENDENT DU PROCHAIN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
En 2012, peu de temps après l’accession de Macky Sall à la tête de l’Etat du Sénégal, le journaliste - politologue , Babacar Justin Ndiaye, disait dans une télévision de la place que «les Sénégalais ont davantage chassé Wade qu’élu Macky».
En 2012, peu de temps après l’accession de Macky Sall à la tête de l’Etat du Sénégal, le journaliste - politologue , Babacar Justin Ndiaye, disait dans une télévision de la place que «les Sénégalais ont davantage chassé Wade qu’élu Macky». Il avait tout à fait tort, car c’était en toute lucidité que le Peuple sénégalais avait porté son choix sur le candidat Macky Sall en raison, précisément, de sa proximité des basses couches de la société, mais surtout à cause de son parcours politique exceptionnel lui conférant des aptitudes techniques et des connaissances politiques capables de changer l’orientation du pays sur les plans politique, institutionnel, économique et social.
A cela, venait s’ajouter la pertinence de son programme de campagne, le fameux «yoonu yokkuté», une propédeutique à l’émergence économique dont l’objectif primordial n’était point les réalisations tous azimuts d’infrastructures non prioritaires, mais plutôt de donner au Sénégal une «santé politique et sociale» qui puisse le rendre apte à la marche sur le chemin ô combien difficile qui mène au développement. L’engagement de Macky Sall en faveur d’une gouvernance sobre et vertueuse et sa ferme volonté de restaurer l’Etat de Droit, en mettant fin à l’impunité et en combattant l’injustice sous toutes ses formes, s’inscrivait dans cette perspective. Il s’agissait, comme disait Abdoul Mbaye, «de mettre fin à l’arrogance et à la gabegie pour que règnent en maître l’éthique, l’humilité et le sens des responsabilités dans la gestion publique».
Toutefois, une fois installé, le Président Sall lance la Plan Sénégal émergent (Pse) qui abandonne l’esprit «yoonu yokkuté» et définit de nouvelles stratégies qui, à terme, devraient permettre de faire du Sénégal un pays émergent. Et aujourd’hui, malgré ses réalisations jugées importantes, tant sur le plan matériel qu’immatériel, les Sénégalais se plaignent toujours et font à Bby les mêmes reproches au régime libéral du Président Wade dont on sait que le magistère avait été pourtant un déclic par rapport à l’«état stationnaire» économique et social de la période socialiste de Abdou Diouf. En effet, le Peuple reproche au régime actuel son incurie face à la situation socioéconomique délétère dans laquelle baigne le pays et au désespoir de la jeunesse. Il considère que le nonrespect par le Président Sall du compromis susmentionné qui le liait aux Sénégalais est à l’origine de toutes les difficultés que le pays traverse aujourd’hui.
Ce Peuple, aujourd’hui très fatigué et désappointé, voudrait, après 2024, que rien ne soit plus comme avant sur les plans, notamment, politique et social. Le prochain président de la République aura l’obligation de trouver des solutions idoines et durables aux maux qui gangrènent la société sénégalaise, empêchant le pays de décoller. Il s’agit des «maladies de la société» comme le manque d’éducation de qualité et ses corollaires d’incivisme et d’indiscipline caractérisée, la dépravation des mœurs, le recul de la religiosité, la corruption, l’insécurité totale, le mensonge partout érigé en règle, la mollesse chez les jeunes et le culte de la facilité auxquels il faut ajouter le grand banditisme d’Etat et le pillage systématique et implacable des ressources publiques par les élites au pouvoir.
Les Sénégalais attendent du prochain président de la République qu’il mette fin à la «dictature politicienne» en démolissant l’Etat-politicien et en faisant disparaître cette race d’hommes politiques arrogants, incompétents et prédateurs. Ils attendent qu’il mette un terme à la transhumance vers le pouvoir, qui maintient le pays dans un éternel recommencement. Les pratiques mafieuses, scélérates et perfides auxquelles ces politiciens avaient recours pour réaliser leurs desseins et satisfaire leur clientèle politique, ont systématiquement dévalorisé le mérite dans ce pays, encouragé la facilité et répandu la médiocrité dans tous les domaines.
Les Sénégalais attendent du prochain Président de la République qu’il fasse en sorte qu’il ne soit possible à n’importe qui de devenir multimilliardaire, sans travailler, mais rien qu’en étant politicien. Le prochain Président doit mettre fin à cette situation et veiller à ce que personne ne puisse profiter de sa position de pouvoir pour s’enrichir et enrichir des proches. La politique ne doit plus être un moyen de promotion sociale, encore moins d’enrichissement personnel, mais plutôt une activité sacrificielle, un don de soi à la Patrie pour laquelle l’on se «tue» pour son développement et pour tout le bonheur de ses habitants
Le Peuple ne veut plus entendre parler de «lijënti» (terme wolof auquel on peut donner le sens de «bras long», magouilles, tricherie, etc. pour obtenir des faveurs.) : une pratique fortement ancrée dans les mentalités sénégalaises. Le Sénégalais d’aujourd’hui n’accorde plus assez d’importance aux études et ne trouve plus d’opportunité à travailler dur pour réussir. Il pense qu’il est possible de tout obtenir par le «lijёnti», soit en faisant de la politique soit en s’approchant des courtiers-politiciens «meune lëp» («omnipotent»). Le prochain Président aura l’obligation de faire comprendre aux jeunes que seul le travail paie, et qu’au bout de tout effort, il y a le succès.
Les Sénégalais ne veulent plus entendre parler de «quota» de tel ou tel politicien, ministre, Dg ou autres responsables dans les concours nationaux et recrutements «spéciaux». Dans un pays qui veut émerger, une telle pratique est inadmissible, car elle ne favorise pas l’émulation. C’est de la dévalorisation systématique du mérite et du travail au profit de la facilité et une promotion de la médiocrité.
Les Sénégalais veulent une police aseptisée de toute corruption et une Justice indépendante et impartiale. Les nombreuses bavures policières et les problèmes de Justice provoquent une psychose d’insécurité chez les populations. Ces deux institutions, capitales pour la stabilité nationale, malgré la qualité incontestable de ses ressources humaines, n’inspirent plus confiance. Le Sénégal est devenu le pays où un honnête citoyen peut être accusé à tort, arrêté et emprisonné pour une faute qu’il n’a pas commise. «Dès qu’on est livré au Parquet, on a de fortes chances de gagner son ticket pour la prison», se désole un ex-détenu, qui dit avoir été choqué par le cas d’un détenu qui a passé quatre années en prison avant d’être acquitté, car les faits qui lui étaient reprochés n’étaient pas fondés.
Le Peuple sénégalais attend du prochain Président qu’il apporte des solutions à la léthargie dans le système éducatif sénégalais. Il y a une école au Sénégal, mais la société sénégalaise est sans école. Et une chose est sûre, tant que les problèmes d’éducation ne trouveront pas de remèdes, aucune politique, quoique pertinente soit-elle, ne pourrait donner des résultats escomptés, car l’éducation est un facteur incontestable de changement social, de stabilité politique, de progrès économique et de rayonnement culturel. Un pays qui veut se développer, même regorgeant de ressources précieuses comme l’or, le pétrole et le gaz, s’il n’a pas un système éducatif de qualité, restera bloqué et exposé aux crises liées à ce qu’on appelle communément la «malédiction des ressources naturelles».
Un autre problème majeur auquel le prochain Président du Sénégal doit s’attaquer est le trop-plein démographique. La population sénégalaise s’accroît à un taux vertigineux de 2, 7% par an, alors que la production agricole ne cesse de diminuer. Ce déséquilibre pose de sérieux problèmes de développement : difficultés économiques, jeunesse exorbitante, problème d’éducation, de formation et d’emploi, pauvreté, insécurité et délinquance juvénile, misère sociale et désespoir. Des solutions doivent être trouvées, car la «bombe démographique», si elle n’est pas désamorcée, est une catastrophe en vue.
Depuis l’Antiquité, les hommes avaient conscience des dangers du nombre. Au IVème siècle av. J-C, le philosophe grec, Aristote (384-322 av. JC), dans Politique VII, 4, disait qu’«il est difficile pour un Etat dont la population est trop nombreuse d’être régi par de bonnes lois». A la suite de Malthus (1766-1834), les «néomalthusiens» insistent toujours sur la nécessité de limiter le nombre de naissances pour éviter les catastrophes liées au «boom démographique». Le Commandant Jacques-Yves Cousteau (1910-1997), dans une interview à Paris Match, s’écriait : «La population est le danger le plus grave ! » (in Le Point n°1030 du 13 juin 1992).
Donc si le prochain Président veut faire émerger le Sénégal, il doit y trouver des solutions. En quoi faisant ? De toute évidence, en lançant des politiques de limitation des naissances pour infléchir le taux de croissance. La baisse de la fécondité pourrait favoriser la croissance économique et permettre le mieux-être des populations. Le cas des pays d’Asie de l’Est peut, parfaitement, servir d’illustration à cette assertion. Pour la méthode, un marabout du nom de Cheikh M. M. Ségnane avait fait une proposition certes rigolote, mais que nous avions trouvée pertinente. Il invitait l’Etat du Sénégal à «être strict en imposant une autorisation de procréation à chaque couple suivant les moyens des deux partenaires. Ainsi, selon les capacités des conjoints, il sera défini le nombre d’enfants à mettre au monde pour chaque homme et femme en règle avec les conditions établies», poursuivait-il.
La paix en Casamance constitue également une surpriorité à laquelle le prochain Président de la République doit accorder une importance inégalée. La crise casamançaise est comme une épine vénéneuse dans le pied du Sénégal dont elle gêne la marche sur le chemin caillouteux qui mène au développement. C’est comme une tumeur cancéreuse qui ronge à petit feu le pays, dégradant sa santé économique, sociale et culturelle. La paix en Casamance doit être une préoccupation majeure pour le prochain Président car, de la résolution définitive de ce conflit et la pacification totale de la région, dépendra le succès de sa politique de développement national dans tous les domaines.
Il est vrai, ce conflit est atypique et assez complexe, mais il prendra fin tôt ou tard. Pour y parvenir le plus vite, il faudra véritablement négocier. Négocier certes, mais aussi privilégier des actions concrètes, sur le terrain, en termes de réalisations d’infrastructures de développement (ponts, routes, chemins de fer, pistes, universités et instituts de recherches, etc.). En plus, la région doit bénéficier d’un «Programme spécial» de développement, une sorte de «Plan Marshall spécial» pour la mise en valeur des énormes richesses matérielles et immatérielles dont elle regorge. De toute évidence, un tel programme «discriminatoire positif» pourraient, inéluctablement, contribuer à effacer carrément les motifs socioculturels, économiques, géographiques et psychologiques de la rébellion.
Bref, le Peuple sénégalais attend du prochain président de la République qu’il s’engage dans la voie des réformes, très profondes sur les plans politique, institutionnel, économique et social, pour stabiliser davantage le pays afin de le mettre à l’abri des «révoltes populaires» contre les élites au pouvoir qu’on voit partout en Afrique et contre la vague de coups d’Etat militaires qui sévit actuellement dans la sousrégion, déstabilisant les Etats et plongeant les populations dans la misère et le désarroi. Il doit comprendre que la fonction de chef d’Etat n’est pas une jouissance, encore moins une sinécure, destinée à faire «le bonheur des hommes». La présidence de la République dépasse la simple responsabilité étatique, c’est une «mission divine» de lutte permanente contre les malheurs.
Dans les croyances traditionnelles de plusieurs peuples d’Afrique et d’Asie, le roi (ou le chef) est garant de l’ordre social. C’est lui qui accordait la prospérité du pays et le bonheur des populations en prévenant, de par sa pureté spirituelle et ses vertus intrinsèques, les malheurs en exerçant une influence favorable sur les réalités. Par conséquent, les calamités naturelles et humaines l’incombent de fond en comble. Détenteur du «mandat céleste», la misère sociale et les événements malheureux peuvent, en effet, le rendre illégitime aux yeux de ses sujets.
Le prochain Président du Sénégal doit accéder à ce niveau de «spiritualité» en se donnant le devoir sacro-saint de mettre son Peuple à l’abri des malheurs. Il aura l’obligation «divine» d’instaurer la justice sociale, la transparence dans la gestion des affaires de l’Etat et d’instituer une gouvernance vertueuse en vue de mettre tout le monde dans un état psychologique et mental favorable au travail et à la production pour la construction d’un Sénégal réconcilié avec son Peuple dont chaque membre accepte de donner ce qu’il a de meilleur en lui pour son développement intégral.
Moustapha CAMARA
Professeur d’histoire et de géographie
Email : mcamara57@yahoo.fr
Par Serigne Saliou DIAGNE
L’ENFANT GATE DE LA REPUBLIQUE ET SON UNIVERS DYSTOPIQUE
Le Sénégal est un pays bien spécial où l’on pourrait, par moments, se croire plongé dans un univers dystopique, tellement les scénarios qui animent la vie publique peuvent laisser sans voix.
Le Sénégal est un pays bien spécial où l’on pourrait, par moments, se croire plongé dans un univers dystopique, tellement les scénarios qui animent la vie publique peuvent laisser sans voix. Les récits dystopiques surfent entre la sciencefiction et des interprétations de la réalité. C’est un genre littéraire d’anticipation où le plus souvent, c’est une société imaginaire qui est régie par des forces et pouvoirs totalitaires, ayant un contrôle poussé voire total sur les individus. Depuis mars 2021, consécration par la violence aveugle de notre glissement en tant que société dans une séquence folle qui est le fruit d’un activisme sans limite d’entrepreneurs politiques, d’une passivité coupable et criminelle des services d’Etat et d’une abdication de la pensée critique chez les faiseurs d’opinions (intellectuels et médias) pour laisser place à la partisanerie primaire, l’absurde a pris le dessus sur tout. Le Sénégal ressemble au bout du compte à un univers dystopique où tout marche à l’envers. Rien de ce qui devrait se passer dans un pays normal, ne s’effectue maintenant dans les règles de l’art. Les agressions contre la Justice dont certains magistrats «encartés» s’accommodent ou les flagrants partis-pris dans la presse à la cause d’un homme qui devrait être poursuivi pour trahison et désigné ennemi domestique, après tous les actes qu’il a posés pour fragiliser la République, ont de quoi nous pousser à nous pincer pour nous sortir de ce fichu cauchemar. J’irai plus loin en disant que nous nous trouvons tous prisonniers d’une dystopie dont Ousmane Sonko est le metteur en scène. Il aura voulu par tous les moyens se faire roi, en usant de tous les stratagèmes, pour finir par se rendre omniprésent dans le débat public. Et cela, dans toutes les postures incongrues possibles. Il se sera imposé comme un Léviathan des consciences, une sorte de Big Brother boulimique quémandant sympathie et attention partout, en faisant de l’opinion le relais privilégié de toutes ses viles ruses. Beaucoup de monde, par mimétisme et effet d’entraînement, s’accommodent de tous ses caprices, pardonnent tous les abus à sa meute, se courbent face au poids de l’insolence de ses soutiens. Des juges qui se dégonflent, des intellectuels émasculés, des guides religieux conspués au moindre mot contre le Saint Patron des réelles alternatives au Sénégal dont on oublie qu’il se réfugiait dans les jupes de ses épouses pour fuir la case prison.
Une idéologie politique a voulu dans le sillage de la furie Sonko, faussement embarquer toute une jeunesse et diverses franges de la population dans le rêve d’une société parfaite avec tout ce qu’il faut en termes d’égalité, d’opportunités, de justice sociale, de respect des normes et de transparence. Face aux insuffisances des hommes qui ont voulu porter un tel projet et sous le poids de leurs nombreux errements, la machine aura fini par se gripper. Le porte-étendard du projet se révèle être un fieffé menteur qui, depuis son incursion dans le champ politique sénégalais, ne cesse de se contredire, de se dédire et de faire dans une surenchère dont seuls les lâches se voulant par la force de leur gueule des guerriers ont la clé. Tout dans le projet Pastef se révèle être d’une utopie malsaine qui arrive à bout de souffle. Il est donc très regrettable que, de tout ce que nous connaissons d’une telle machine et de ses acteurs, que l’Etat sénégalais s’entête à s’accommoder de gens qui font tout pour détruire le Sénégal et son idéal républicain. Le saut du récit dystopique vers un roman absurde risque d’être inévitable, si la complaisance criminelle et irresponsable que les dépositaires des pouvoirs publics font montre à l’égard de Ousmane Sonko se poursuit de plus belle, en le laissant mettre en œuvre tous les scénarios farfelus qu’il aura en tête avec ses sbires. C’est la première fois qu’on voit une personne en réanimation avoir le temps de s’agripper à une télécommande de télé pour imposer le choix des programmes à regarder à la télévision entre malades, tel un enfant gâté avec ses caprices. N’est-il pas aussi surprenant qu’un chantre du nationalisme qu’on voudrait vendre comme une réincarnation hybride d’un Thomas Sankara avec la poigne de Mamadou Dia déteste regarder les chaînes de télévision sénégalaises ? L’absurde est au contrôle, car dans aucun pays sérieux, un politicien comme Ousmane Sonko, après tous les forfaits qui lui sont reprochés, n’aurait trouvé de matière ou de soutien pour se rendre intéressant dans le débat public, même dans les liens de la détention. Ce qui s’offre à nos yeux a de quoi révulser et irriter. Un prisonnier bénéficie d’un traitement privilégié qu’aucun autre détenu sur le sol sénégalais ne saurait s’imaginer. De la simulation de fausses maladies à la mise en scène de fausses grèves de la faim, une suite royale aura été installée au détenu Sonko dans le Pavillon spécial de l’hôpital Principal de Dakar. Il y a toutes ses aises et toutes ses habitudes, peut recevoir comme bon lui semble, ne se gêne pas de communiquer avec tout le pays, tout en se permettant le luxe de doux intermèdes que sont des visites conjugales. Le plus grave dans tout cela est que le contribuable sénégalais est le payeur des notes salées de Sonko sur son lit de malade imaginaire. Il a fallu que des révélations du journal Le Quotidien mettent à nu cela, pour que les officines de manipulation qui encadrent l’ex-président autoproclamé de la rue se trouvent l’altruisme d’un Sangoku pour entamer une nouvelle grève de la faim, en guise de solidarité à ses frères de parti dans les mains de la Justice pour différents forfaits et crimes. Ce pays est-il devenu un royaume où carte blanche est donnée à Ousmane Sonko de tout faire ?
Insulter et menacer des magistrats, chahuter des officiers, appeler au meurtre d’anciens dirigeants, faire des appels à l’insurrection et maintenant s’assurer une détention hors de prison, on ne peut qu’être dans un univers dystopique où Sonko tient le contrôle de la trame narrative pour que tout lui obéisse ainsi. Quel mal la détention de ce vulgaire délinquant sexuel tel que reconnu par la Justice sénégalaise après l’avoir condamné et cet instigateur de troubles graves qui a fini par se casser les dents peut-il encore représenter ? Il est compréhensible qu’il puisse avoir des soutiens bruyants, mais il est irresponsable pour un quelconque Etat de faire le jeu de cet entrepreneur politique en s’accordant au rythme de son tango populiste. Tous les actes subversifs qu’il pose doivent être matés avec une force lucide, qui ne ploie pas et sans compromission. Il a pour le moment la télécommande de sa réalité, tel un enfant gâté que cette République a malheureusement enfanté, il la manipule sans vergogne. Orwell a offert au monde le récit dystopique par excellence avec 1984. Philippe Dick proposera avec Le maître du haut-château un imaginaire d’un monde où l’Allemagne aurait gagné la Deuxième guerre mondiale. Ray Bradbury esquissera dans Fahrenheit 451, un monde sans livre et où la pensée individuelle serait anéantie. Les matinées de détention de Ousmane Sonko, où il s’amuse à jouer au malade imaginaire lui seraient bénéfiques, s’il lui venait d’écrire une dystopie à succès. Il a de la sacrée matière entre ses mains. Le seul regret est qu’en tant que pays, nous soyons bloqués avec lui dans son univers dystopique.
par Alioune Tine
LE RÈGNE DE LA VOLONTÉ DU PRINCE
On est dans un régime où l’administration fait plus allégeance au parti ou à la coalition au pouvoir qu’à la Constitution ou qu’aux valeurs de la République et de la démocratie. Le DGE s’est discrédité et devrait être limogé
Le parti pris et l’imposition du rapport de force sont en train d’empoisonner le processus électoral d’une présidentielle, la plus problématique de l’histoire politique du Sénégal. Parce que le régime actuel est en train de mettre un terme à un cycle démocratique démarré difficilement avec le code consensuel de 1991 et qui n’a cessé d’être renforcé avec la création de l’Onel en 97 dirigé par un général de l’armée et le ministère de l’Intérieur.
Ce cycle nous a permis de réaliser l’alternance de 2000. Wade a poursuivi cette tradition en nommant à la tête du ministère de l’intérieur une personne non partisane, indépendante et compétente. La raison est simple, rassurer l’opposition sur un processus électoral libre, équitable, apaisé et susciter la confiance des acteurs. Cette tradition démocratique fondée sur le respect des droits de la minorité, la concession consistant à nommer une personne indépendante, répondent à cette préoccupation.
Aujourd’hui, on a un régime qui ne fait aucune concession à l’opposition, on est dans un régime où l’administration fait plus allégeance au parti ou à la coalition au pouvoir qu’à la Constitution ou qu’aux valeurs de la République et de la démocratie. C’est tout le sens des interdictions des manifestations de l’opposition et le refus du Directeur général des élections (DGE) de respecter la décision de justice.
Manifestement, c’est la volonté du prince qui prévaut sur la loi. Toutes les conditions d’un changement sont subjectivement réunies, jamais l’opposition n’ayant été aussi affaiblie par le rapport de force et le parti pris de l’administration électorale.
Si nous voulons un processus électoral apaisé et équitable, il faut dialoguer pour trouver un minimum d’accord pour le retour de la confiance et de la sérénité. C’est la responsabilité du president Macky Sall qui, justement, a été élu grâce à la tradition démocratique et électorale établie par ses prédécesseurs.
Il faut nommer une personne indépendante chargée de l’organisation des élections. Car en refusant d’appliquer une décision de justice, le DGE s’est discrédité et devrait être limogé.