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3 avril 2025
Opinions
par Cheikh Diallo
MAME LESS CAMARA, LA PRESSE PERD SA RAISON CRITIQUE
La presse sénégalaise te pleure, orpheline d'un de ses plus grands monuments. Ton héritage mérite qu'on lui rende hommage en attachant ton nom à un prix, une école ou un événement. Mame Less, tu nous manques déjà et nous te pleurerons
Je suis entré dans le monde merveilleux du journalisme par les propylées de la presse écrite, grâce au majestueux écrivain Boubacar Boris Diop, Directeur de publication du quotidien Le Matin et toi, le médiagénique, le célèbre chroniqueur et l'influent éditorialiste, il y a déjà 23 ans...
C’est donc le cœur lourd que je prends la plume pour te faire mes adieux, suite à ta disparition ce matin du 29 avril 2023 à l'Hôpital Principal de Dakar, après une longue maladie.
Tu viens de laisser un vide immense dans nos cœurs et dans le monde du journalisme sénégalais.
Tu as été un doyen de la presse, un mentor et une référence ultime pour moi et pour tant d’autres : Alassane Samba Diop, Mamoudou Ibra Kane, Souleymane Jules Diop, Souleymane Niang, Abdou Abel
Thiam, Yaya Sakho, Georges Nesta Diop, Charles Faye, Yakham Mbaye, Massamba Mbaye, Boubacar Seck, Ousseynou Nar Gueye,Thiéfolo Koné, Alioune Fall, Diaw Mbodj, Mademba Ramata Dia, Odia, Ibou Fall, entre autres.
Spécialiste de Nietzsche, de Hegel et Hugo, homme d’idées et doté de grandes qualités humaines, tu as été un véritable homme d’Etat dans les médias. Chroniqueur politique sous le pseudonyme d'Abdou Sow, journaliste à la RTS, éditorialiste, directeur de publication, directeur de radio, formateur et journaliste intégral, ton parcours professionnel est un témoignage de ta passion pour le journalisme.
Tu nous disais avec insistance : "Chaque jour j’en sais moins que la veille. C’est pourquoi je vérifie trois fois avant d’écrire". Une humilité de plus en plus rare dans cette profession en quête et perte de sens.
Je me souviens du jour où tu m'as accueilli au journal Le Matin en 2000, m'initiant à l'esprit critique, au doute professionnel et à la triple vérification de l’information : la fameuse triangulation.
Grand Less, tu as été un guide, un modèle et une source d'inspiration pour tous ceux qui ont eu la chance de croiser ton chemin. Tu as été un passant considérable sur terre.
Aujourd'hui, la presse sénégalaise te pleure, orpheline d'un de ses plus grands monuments. Ton héritage mérite qu'on lui rende hommage en attachant ton nom à un prix, une école ou un événement. Ton engagement pour le renforcement d'un journalisme noble restera gravé dans les mémoires.
Parmi tes qualités qui nous manqueront tant, il y a ton humeur égale, ton humour, ton écoute attentive, ton ironie mordante et ton humilité profonde et sincère.
Je garde précieusement en moi le souvenir de l'invitation que tu m'as faite pour intervenir sur la couverture médiatique en période de campagne électorale face à tes étudiants. Même si ce rendez-vous ne pourra être respecté, je continuerai à perpétuer les valeurs que tu m'as enseignées.
La plume féconde et la voix autorisée que tu incarnais se sont tues à jamais, mais ton esprit et ta sagesse continueront de résonner en nous.
Mame Less, tu nous manques déjà et nous te pleurerons.
Repose en paix, cher mentor. Tu resteras à jamais dans nos cœurs et nos pensées.
PAR Racine Assane Demba
ADIEU MAME LESS
EXCLUSIF SENEPLUS - C'était un verbe élégant, une générosité dans le partage du savoir, une intelligence supérieure. Il était une mémoire lumineuse traversée par un grand regret au soir de sa vie : celui de n'avoir pu rédiger ses mémoires
Les êtres qui nous sont proches, auxquels nous portons une admiration sans bornes, sont habituellement des parents et des amis d'abord. Ensuite seulement, en les pratiquant dans les cercles familiaux ou amicaux, nous leur découvrons suffisamment de qualités pour les placer sur un piédestal.
Avec Mame Less, ce fut l'inverse. Je l'ai aimé avant de le connaître. Le charme de l'intellectuel sur le gamin que j'étais a opéré bien avant la complicité au sein de la parentèle.
J'étais jeune, le monde était fou, l'agitation régnait, la télé se contentait le plus souvent de divertir. Et un jour, assis dans le salon familial, un œil négligemment posé sur l'écran, il y est apparu. Puits de sciences dans un océan d'incertitudes, voix de la raison dans le bruit ambiant d'une société dont les fractures étaient de plus en plus visibles.
Je buvais ses paroles. Je dévorais ses textes. Ses analyses dont je ne percevais pas encore toute la profondeur et les subtilités suffisaient à me donner l'agréable impression d’être moins condamné à la bêtise.
Plus tard, au moment de choisir le métier de journaliste, il fit partie de mes influences décisives. Personne ne m'avait encore dit que nous avions le même sang. Celui du patriarche des îles dont sont issus sa mère et mon père. Celui pour lequel il évoquait notre cousinage ; évocation que je laissais volontairement aller en sens unique. Car, en plus de la différence d'âge, le qualificatif cousin m'apparaissait réducteur pour désigner un homme que j'admirais tant. Je l'appelais "doyen", à la fois par respect et pour affectueusement le taquiner. Il s'en offusquait. Nous en riions ensemble.
Mame Less, c'était un verbe élégant, une générosité dans le partage du savoir, une intelligence supérieure dont l'humilité échouait à réduire le scintillement. La première fois que je lui ai parlé, il m'avait invité ou plutôt convoqué chez lui par l’intermédiaire d’un autre membre de la famille. Il m'avait grondé sans se départir de sa bienveillance, me reprochant de ne pas chercher à raffermir les liens familiaux. Je promis de passer le voir et de l'appeler souvent. Je m'y suis tenu, autant que j'ai pu, jusqu'à ce que la maladie l'empêche de répondre à mes appels et messages annonçant une visite.
Quand un coup de fil pour prendre des nouvelles durait finalement une heure ou plus, il s'en autoproclamait responsable. "Je parle trop boy comme tous les vieux", disait-il dans un rire affectueux sans se soucier de mes protestations. Moi qui ne me lassais jamais de son érudition, de son regard pénétrant mais plein d'humour sur les mutations de la société, de ses références culturelles, de ses souvenirs de la RTS, de BBC, des chroniques dans Walf et Le Matin sous pseudonyme, du Synpics, du Cesti etc.
Il était une mémoire vivante et lumineuse traversée par un grand regret au soir de sa vie : celui de n'avoir pu rédiger ses mémoires du fait d'une vue déclinante. Il avait accepté ma proposition de l'enregistrer et de retranscrire nos conversations mais la mort a eu le dernier mot. Comme pour sa promesse de m'accompagner à la découverte de mes racines insulaires qui lui tenait à cœur et que désormais je devrais concrétiser seul.
Je l'ai connu tard, il est parti tôt. Je l'ai aimé de loin, et de près comme tous ceux qui l'ont côtoyé. Car il était impossible de ne pas lui rendre l'amour et la bienveillance dont il enveloppait les autres.
Nous perdons un grand esprit témoin de son temps, un formateur de consciences éclairées qui restera une inspiration pour de nombreuses générations.
Mame Less Camara fut bon.
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BÉNIN : LA MARMITE DU PRÉSIDENT
Pris dans la dureté de la gouvernance de Patrice Talon, des Béninois devraient consentir à des sacrifices et chacun devrait patienter puisque la marmite mijotait patiemment. Des années après, on fait le point avec le journaliste Marcel Zoumenou
Élu pour la première fois en 2016, passant des affaires ou pouvoir alors qu’il n’était jusque-là que bailleur des aspirants au pouvoir, les Béninois ont été pris de court par le système Patrice Talon : des impôts par ci et par là, des changement parfois brusques et sans mesure d'accompagnement... Très clairement, les Béninois sont invités à se serrer la ceinture.
Pris dans la dureté, voire la violence de cette gouvernance, malgré des changements, des Béninois devraient subir violences et endosser la pression sociale. Mais. Chacun devrait patienter puisque la marmite mijotait patiemment. Des années après, on fait le point avec le journaliste Marcel Zoumenou dans la deuxième partue de cette entrevue.
Alors que les citoyens subissaient la brutalité de sa méthode de gestion et se plaignaient, le président avait laissé entendre au détour d’une audience, dans un propos imagé que la marmite est au feu. Lorsque le repas sera cuit, tout le monde sera servi. Le repas est au feu le meilleur est devant.
En d’autres termes, des mesures et des réformes qui font mal, qui appauvrissent les plus pauvres, seront d’un intérêt pour tous demain. Et donc de patience. Quelque huit ans, après où en sommes-nous ? Le repas, est-il prêt ou mijote-t-il encore au feu ? Est-ce que les Béninois à côté des infrastructures, le projet de relance du tourisme avec les différentes infastructures, les Béninois vivent mieux ? Nous avons posé la question au journaliste Marcel Zoumenou, observateur de la vie politique béninoise et directeur de publication du journal La Nouvelle Tribune, à Cotonou.
Pour notre invité, c’est sans aucun doute le changement est réel sur le plan des infrastructures sauf que l’humain est laissé en rade. La priorité étant donnée aux choses.
L’humain n’est pas au centre de l’action de Patrice Talon. Et pour répondre à la métaphore de la marmite qui est au feu Marcel estime que cette dernière ne contiendrait vraisemblablement pas de repas mais une tisane amer qu’on à faire boire de force aux Béninois. Dit autrement, les citoyens continuent de subir la dureté du régime.
par Idrissa Ndiongue
KHALIFA SALL, LA CONSTANCE DANS LA POSTURE RÉPUBLICAINE
La posture de Khalifa est propre aux grands hommes d’état : ils ne se laissent jamais emporter par l’emballement du moment, l’émotion partisane ou les jugements de valeur. Lucide à toute épreuve
« Les grands esprits discutent des idées, les esprits moyens des évènements, les petits esprits des gens », écrivait Eleanor Roosevelt. Khalifa Ababacar Sall prend toujours position au nom de la République.
Le 21 octobre 2019, trois semaines après sa libération, devant une foule massivement venue répondre à l’appel, Khalifa Ababcar Sall s’adresse aux sénégalaises et sénégalais. Les ambitions de l’ancien maire de Dakar sont restées intactes. La case prison « controversée » n’est pas venue à bout de sa détermination. Il réaffirme son ancrage dans l’opposition, « avec responsabilité mais sans compromission, avec fermeté mais sans excès ».
Khalifa A. Sall affiche sa volonté de reprendre son projet politique là où il l’avait laissé. « Une grande Nation comme la nôtre ne peut se construire qu’à travers de grandes dynamiques autour des femmes, des hommes et des valeurs. Nous devons être ces femmes et ces hommes et incarner ces valeurs pour tracer un chemin d’espoir pour les millions de Sénégalais qui s’impatientent et s’angoissent. » Ceux qui s’attendaient à une posture de va-t’en guerre ont vite fait de déchanter « nous ne devons avoir ni haine ni rancœur, même dans l’adversité. Nous ne devons pas céder aux excès de la politique, ni perdre notre temps à ressasser le passé », dira-t-il.
Il se projette dans le futur et décline son projet de société à travers trois viatiques : la résilience, l’attachement à son identité idéologique (le socialisme) et la centralité des conclusions des Assises nationales dans son programme politique.
Des positions qui transcendent les appartenances
L’installation du président de la XIVème Législature lors de la session d’ouverture de l’Assemblée nationale, tenue le 12 septembre 2022, a donné lieu, à une série d'incidents. Des invectives ont fusé, certains élus prêts à en venir aux mains. Il a fallu l’intervention de la Gendarmerie, formant un cercle autour de l'urne, pour permettre aux députés de la mouvance présidentielle de designer Dr Amadou Mame Diop, dans un scrutin boycotté par l'opposition. Le comportement des élus du peuple avait tristement ému une partie l’opinion publique. Les deux camps se renvoient la responsabilité. Quand l’opposition dénonce « une violation flagrante » du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, le pouvoir évoque « l’irresponsabilité » des parlementaires issus de l’opposition.
Dans ce méli-mélo, les politiques prennent position, en fonction, bien entendu, de leur appartenance. Selon qu’ils soient de l’opposition ou du pouvoir, chacun prêche sa propre chapelle, refusant d’endosser le tort.
Khalifa Ababacar Sall alors président de la conférence des leaders Yewi Askan-Wi, principale coalition de l’opposition, prend sa plume. Dans une posture républicaine, l’ancien maire de la capitale sénégalaise dénonce « le déploiement des forces de la Gendarmerie qui inspire à la fois de la répulsion et de la tristesse », relève-t-il. Le maire honoraire de la ville de Dakar dira « ce déploiement renvoie une hideuse image des institutions de la République. Il est déplorable que la mouvance présidentielle en arrive à user de la force dans un espace de débats contradictoires par essence et d’expression de la pluralité démocratique ».
Dans une démarche équitable, le leader de la plateforme Taxawu Sénégal rappelle à qui veut l’entendre « la compétition politique ni les valeurs républicaines ne sauraient admettre une telle démarche de panique. L’abus, dans une démocratie, est à la fois périlleux, pour notre aventure collective, et condamnable dans un pays jadis cité en exemple ».
M. Sall invitera alors les élus de tous bords confondus à privilégier, dans leur mission, la responsabilité sous-tendue par les principes démocratiques. « La confiance du peuple doit s’illustrer au sein de l’hémicycle, dans la prise de parole, le comportement, la conduite, le vote des lois et cela en conformité avec l’intérêt exclusif de la Nation et le respect strict des lois et règlements de l’Assemblée nationale ». Le socialiste se dira ému « des entorses au règlement et des conduites inconvenantes qui ont entaché ce moment qui se devait d'être solennel ». Il réaffirme au passage sa détermination à placer « l’éthique au cœur de toute action politique ».
Une démarche constante
Khalifa Ababacar Sall affiche le même élan de constance républicaine à la suite de la déchéance de l'élue du peuple, Aminata Touré de son mandat de député. Il dénonce une « balafre faite à la démocratie ». L’ancien député condamne « une énième violation de la loi qui sape les fondements de l'équilibre des pouvoirs ».
Dans une posture républicaine inébranlable, il rappelle que la démocratie c’est des règles et chaque pouvoir doit conformer son action à la Constitution et aux normes de droit afin de préserver le socle de la République. Au demeurant, il regrette vigoureusement une « forfaiture et apporte son soutien total à l’honorable député Aminata Touré ».
Pour rappel, en 2017, à peine ouverte, l’instruction visant Khalifa Sall était close. Il est alors immédiatement placé en détention provisoire et inculpé. Certaines voix avaient en son temps martelé leur étonnement, dans une procédure qui prenait des allures de « course contre la montre ». Les partisans de Khalifa Sall dénonçaient « une célérité » suspectant un projet d’écarter le maire de Dakar, des élections.
Interrogée, l’ancienne Première ministre Aminata Touré, alors envoyée spéciale du président Macky Sall, rejetait-elle, en bloc toute présomption d’instrumentalisation de la justice, dans ce dossier. « L’Afrique a suffisamment souffert du détournement des deniers publics et de la corruption », déclarait-elle, sans ambages, à Jeune Afrique. Cette posture de Khalifa est propre aux grands hommes d’état : ils ne se laissent jamais emporter par l’emballement du moment, l’émotion partisane ou les jugements de valeur. Lucide à toute épreuve.
BABACAR NDAW
NI OUI NI NON, DE WADE À MACKY
L’histoire est-elle encore entrain de se répéter? En Afrique les fins de mandat sont toujours problématiques. En 2011, vers la fin de son 2ème mandat, Maitre Abdoulaye Wade Président du Sénégal d’alors était englué dans un dilemme cornélien.
L’histoire est-elle encore entrain de se répéter ? En Afrique les fins de mandat sont toujours problématiques. En 2011, vers la fin de son 2ème mandat, Maitre Abdoulaye Wade Président de la République du Sénégal d’alors était englué dans un dilemme cornélien. Si sa volonté de briguer un 3ème mandat était clairement affirmée malgré qu’il ait déclaré s’en limiter à deux quelques années plus tôt, le flou persistait sur les intentions prêtées à lui de vouloir procéder à une dévolution monarchique du pouvoir.
Le refus de trancher cette question par une déclaration solennelle mettant fin aux rumeurs persistantes savamment entretenues par l’opposition de l’époque sur cette question, a balisé le chemin d’une deuxième alternance dès 2012. En effet, la conjonction de la perspective d’un 3ème mandat et d’une dévolution monarchique du pouvoir a amplifié la radicalisation, puis l’élargissement du front anti Wade qui a fini par avoir gain de cause.
Le Président Macky Sall semble prendre la même voie, mais en sens inverse. Car si sa volonté est très clairement exprimée de vouloir continuer à mener à bon port la barque Benno Bokk Yakaar (BBY), le doute persiste encore sur sa décision de postuler à un 3ème mandat.
Entretenir le suspense sur une question aussi cruciale peut être fatal… Me Wade l’a appris à ses dépens
Pour l’un comme pour l’autre, le fait d’entretenir abusivement le suspense sur une question aussi cruciale pour les populations peut être fatal. Une arme politique aussi vitale que "le doute" se manie avec beaucoup de précautions. Autant elle te permet d’avoir les cartes en mains, autant elle peut se révéler comme un piège. En tirant trop sur la ficelle, Maitre A. Wade l’a appris à ses dépens en 2012. En sera-t-il de même du Président Macky Sall ? Saura-t-il prendre la bonne décision à temps ? Rien n’est moins sûr ! Une chose est claire, une rumeur non élucidée finit toujours par se muer en certitude si rien n’est fait pour l’arrêter à temps.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un retard dans la clarification sur cette question pourrait beaucoup nuire à la candidature du président Macky Sall ou à celle de son dauphin éventuel. L’avantage d’être candidat de la mouvance présidentielle ou d’être Maître du jeu, ne garantit point une avance insurmontable. Les résultats issus des dernières élections législatives l’ont amplement démontré. Dans une démocratie qui a connu deux alternances consécutives, il faut toujours se méfier des humeurs du peuple. Gare à l’excès de confiance !
Pour être efficace, le Dialogue doit se focaliser sur les questions majeures
Le Sénégal traverse une crise politique majeure qu’il conviendrait de prendre à sa juste mesure. C’est peut-être la prise de conscience de cette situation complexe qui a motivé l’appel du Président de la République au dialogue ! Tant bien même qu’un gage de bonne foi aurait voulu qu’un acte fort de décrispation précéda cet appel, il semble que ce dialogue soit nécessaire pour aller à des élections apaisées. Ce dialogue pour être efficace, tenant compte du temps et du contexte, doit se focaliser sur les questions politiques et électorales majeures :
- L’amnistie ou la réforme de quelques articles du code électoral garantissant la participation de karim wade, khalifa Sall et Bougane en allégeant les critères de parrainage.
- La fiabilité du fichier et la sécurisation du vote.
- Un compromis politique fort sur les voies et moyens d’assainissement de la vie publique et la bonne gouvernance qui permet :
1- la libération des prisonniers arrêtés lors des manifestations politiques.
2- la trêve et/ou le sursis sur les manifestations d’hostilité ou de défiance aux institutions républicaines.
3- la nécessité de passer par les organes dédiés pour toute plainte ou récrimination contre les journalistes ou les organes de presse incriminés.
Pour ce faire, chaque entité doit y mettre du sien, pouvoir, opposition, comme société civile pour un compromis politique dynamique dans l’intérêt supérieur de la nation. Le Sénégal a su toujours trouver les ressorts nécessaires à travers ses dignes fils et filles et ses institutions fortes pour un consensus sur des questions cruciales engageant son avenir démocratique. Espérons que cette fois ci les subjectivités et les rancœurs ne l’emporteront pas sur la raison et le bon sens.
Vive le Sénégal !
Assane gueye
ALLERGIE AU LACTOSE
Dans un mariage heureux, on ne demande pas le divorce. Les collaborations bancales par contre finissent par se fracasser. Le séjour de Rewmi auprès de Benno n’a été utile ni pour l’un ni pour l’autre.
Dans un mariage heureux, on ne demande pas le divorce. Les collaborations bancales par contre finissent par se fracasser. Le séjour de Rewmi auprès de Benno n’a été utile ni pour l’un ni pour l’autre. À l’heure du compte, c’est plutôt chèrement payé. Dans l’affaire, Idy est précisément le plus grand perdant. Les soubassements de son dépaysement décidé en 2020 nous échappent encore. Mais un aller-retour est souvent le signe qu’on s’est perdu dans ses calculs et ses élucubrations. La déception arrive et embrouille les idées. Remettre au goût du jour l’histoire filandreuse du chef de l’opposition relève d’une déconnection totale. C’est un peu ouvrir un chapitre d’un livre mal refermé alors que les Sénégalais sont passés à autre chose. La finesse n’est pas à ce niveau. Elle est dans la faculté à se présenter en champion des propositions en évitant de donner le sentiment du funambule qui titube.
Les absents ont toujours tort. Les retardataires sont à terre après avoir de gaieté de cœur capitulé en rase campagne. La seule bonne nouvelle née de la séparation est venue de ses deux ministres et de son unique députée, d’ailleurs étrangement seule. Ils ont administré une preuve éloquente de fidélité, de loyauté et de dévouement en politique à l’égard du mentor, contrairement à d’autres que le pouvoir avait happés et devant lequel ils avaient faibli. L’étoffe du grand seigneur ne s’acquiert pas. Diattara, Ali Saleh et Mariètou Dieng ont eu le sens de l’honneur. Ils n’ont pas prêté le flanc en ne mangeant pas à tous les râteliers.
Une conférence de presse un jour de Korité
Ce qui était présenté avec emphase comme un potage pour lequel on se pourlèche les babines n’était qu’un gruyère frugal bourré de trous. « Dans un couple, quand vous entendez qu’on casse de la vaisselle à l’intérieur, il vaut mieux ne pas entrer. Il peut se liguer contre vous ». La phrase est d’un auteur dont on n’a pas souvenance du nom. C’est l’à-propos de l’image qui est ici le plus important. Voilà pourquoi il faut de la prudence et des pincettes suite au matraquage communicationnel simultané qui laisse pantois et perplexe. En effet, c’est rare de voir se tenir une conférence de presse un jour de Korité, moment propice pour les retrouvailles familiales où on met les petits plats dans les grands pour recharger les batteries après un mois de privation. La cure de silence nécessaire s’est transformée pourtant en bavardages inutiles. Que de fébrilités.
La crise de la citoyenneté
Dans un autre décorum, le président de la République a invité les confrères de Gfm pour délivrer son message. Fait rare pour le souligner et s’en féliciter. Quand un collègue marque un but, c’est toute la corporation qui doit être contente de tirer avec lui. Dans le jargon journalistique, l’exclusivité qu’on décroche est le plus souvent le fruit de l’entregent et du flair. Mais tout n’est pas parfait puisque quelque part, on a fait choux blanc. Les confrères n’ont pas obtenu grand-chose du chef de l’Etat, notamment sur son intention personnelle en matière de candidature. L’aspect le plus commenté a plutôt concerné les détenus ou otages politiques qui n’existeraient que dans l’imaginaire de ceux qui ont l’art de parler de ce qu’ils ne savent pas puisqu’une telle éventualité ferait tache sur la démocratie. Les prisons ont-elles été engorgées ? Si tel est le cas, ça serait le fait d’abord d’une société malade où l’école, la famille, l’expérience ne sont plus les valeurs de référence. Ouvrir les écoles et les conservatoires, ce sera au détriment des prisons. La crise de la citoyenneté débouche sur les situations les plus monstrueuses. Il n’y a pas de naïveté à avoir là-dessus. Dans un climat aussi délétère et un malaise social si grave, il n’est pas surprenant que la violence verbale, physique, gratuite et les troubles à l’ordre public supplantent les insurrections culturelles, scientifiques et citoyennes. Tout qui faisait l’exception sénégalaise dont la haine, l’immoralité ne sont pas conformes à son génie.
L’autre paramètre du débat a relevé du dialogue et les appels incessants dans ce sens. C’est le meilleur antidote aux conflits et fossés qui se creusent de plus en plus. Les préalables posés çà et là présagent toutefois d’un dialogue de sourds et du forceps à gogo. Au fond, il ne faut pas perdre de vue que la qualité d’une idée réside moins dans sa nature que dans les moyens qu’on se donne de la mettre en œuvre.
par Nioxor Tine
LE NOUVEL OPPOSANT EN CHEF, ENTRE DÉFIANCE ET OBSÉQUIOSITÉ
Toutes ces gesticulations de libéraux, membres de la vieille garde politicienne, y compris ce dialogue politique de dernière heure ne cherchent qu’à conforter les scénarios d’autocratie pétrolière pour s’accaparer de nos richesses nationales
Aux mois de février et mars, le peuple sénégalais avait eu droit au feuilleton judiciaire ayant trait à une prétendue diffamation d’un présumé criminel à col blanc, par ailleurs, éminent membre de la mafia politico-bureaucratique, qui préside aux destinées de notre infortunée Nation.
Cette triste affaire avait fini de dissiper nos dernières illusions sur le modèle démocratique sénégalais. Ses épisodes les plus (mélo)dramatiques, qui avaient d’ailleurs connu un retentissement mondial, avaient été ceux où les forces spéciales (BIP, GIGN) avaient, par deux fois, fracassé les vitres des véhicules du leader du Pastef.
Puis vint le mois d’avril marqué par des moments forts, dont la rituelle célébration annuelle, organisée par le pouvoir temporel, de notre vraie fausse indépendance, si justement qualifiée de dé-fête (défaite) par le FRAPP. Elle a connu un éclat particulier, en cette fin de second mandat, comme pour occulter l’atmosphère de fin de régime, avec ses sous-entendus répressifs et ses menaces à peine voilées (chars, drones lacrymogènes...).
Ensuite, nos compatriotes, adeptes, dans leur quasi-totalité, du christianisme et de l’Islam ont clôturé leurs périodes de jeûnes respectivement par la célébration pascale et la fête de l’Aïd-el-Fitr toutes deux fortement impactées par l’austérité économique.
C’est durant cette période empreinte de spiritualité et propice à la promotion de valeurs citoyennes et d’un esprit civique, marquée par la convivialité et la communion, que les deux filleuls du pape de Sopi, tels Laurel et Hardy, ont choisi de dérouler leur "soap opéra" politique insipide sur un air de "je t’aime, moi non plus".
À y regarder de près, les deux compères libéraux, qui s’ils n’ont pas gardé, en même temps, les vaches ont certainement dû boire abondamment de thé ensemble, ne comptent plus que sur les entourloupes et l’instrumentalisation des institutions pour garder le pouvoir au sein de la famille libérale. Et pour cause ! Leurs chances de se présenter à et/ou de remporter la prochaine élection présidentielle sont presque nulles.
Et ce n’est pas en utilisant les vieilles recettes de leur ancien parrain politique qu’ils y parviendront, car elles sont devenues ringardes, avec le temps, quand on pense au concept de parti de contribution et à la logique pendulaire oscillant entre entrisme gouvernemental et démission pré-électorale. Mais il faut reconnaître à Me Wade, que lui avait le génie de se métamorphoser, passant du statut d’homme d’État soucieux de la préservation de l’ordre public à un agitateur sans état d’âme, qui préconisait l’affrontement direct contre les forces de l’ordre..., qui n’est qu’une des nombreuses modalités du combat politique, qu’on doit se garder d’assimiler systématiquement au terrorisme.
Tout cela pour dire que le leader de Rewmi avec sa lettre de démission oscillant entre obséquiosité et servilité, contenant une offre de service comme chef accommodant d’une nouvelle "opposition de sa Majesté" n’a pas retenu toutes les leçons de son mentor et lui confère l’apparence d’un cheval de Troie dans le camp adverse.
En définitive, toutes ces gesticulations de libéraux, membres de la vieille garde politicienne, y compris ce dialogue politique de dernière heure ne cherchent qu’à conforter les scénarios d’autocratie pétrolière ou d’émirat gazier, pour s’accaparer de nos richesses nationales à leur profit et à celui de leurs maîtres impérialistes. Nous n’en voulons, pour preuve que ces tentatives maladroites de criminaliser les opposants politiques qu’on cherche, à l’aide d’une justice instrumentalisée, à caricaturer sous les traits des terroristes menaçant nos acquis républicains et démocratiques, dans un contexte de négationnisme de l’existence de détenus politiques et d’atteintes aux libertés. Le but du jeu est de justifier une prolongation du régime de Benno Bokk Yakaar par le biais du mal nécessaire que serait un "deuxième quinquennat" illégal et illégitime.
C’est précisément cette manière de faire la politique que la jeunesse rejette et qui explique le succès grandissant des nouvelles générations d’hommes politiques se battant pour un ordre social plus juste et la libération de l’Afrique.
L’ARMP n’existe plus. La naissance de ARCOP est officiellement actée. Le décret n°2023-832 fixant les règles d’organisation et de fonctionnement de la nouvelle Autorité a été signé par le président de la République le 5 avril
Signature du décret n°2023-832 portant organisation et fonctionnement de l’ARCOP
L’ARMP n’existe plus. La naissance de ARCOP est officiellement actée. Le décret n°2023-832 fixant les règles d’organisation et de fonctionnement de la nouvelle Autorité a été signé par le Président de la République le 5 avril. Il comprend quarante-deux (42) articles répartis en cinq (5) chapitres. Le chapitre premier est relatif aux dispositions générales ; le chapitre II traite des organes de l’ARCOP ; le chapitre III a trait au budget, à la comptabilité et au contrôle de l’ARCOP ; le chapitre IV précise le statut du personnel de l’ARCOP de l’ARCOP et le chapitre V porte sur les dispositions transitoires et finales.
Dans le Chapitre premier portant sur les dispositions générales, il est noté que l’ARCOP est une autorité administrative indépendante, rattachée à la Présidence de la République. Elle bénéficie d’une autonomie administrative et financière. Son siège est à Dakar. Mais des antennes régionales peuvent, en tant que de besoin, être créées, sur délibération du Conseil de Régulation.
La mission de l’Autorité de Régulation de la Commande Publique, à savoir assurer la régulation du système de passation et d’exécution des contrats de la commande publique, est fixée dans l’Article 2. Elle émet, selon le décret, des avis, propositions ou recommandations dans le cadre de la définition des politiques et de l’assistance à l’élaboration de la réglementation en matière de commande publique, notamment en veillant à la mise en œuvre d’une commande publique responsable et durable, de contribuer à l’information, et à la formation de l’ensemble des acteurs de la commande publique, au développement du cadre professionnel et à l’évaluation des performances des acteurs du système de passation, d’exécution et de contrôle de la commande publique, d’exécuter des enquêtes, de mettre en œuvre des procédures d’audits indépendants, de sanctionner les irrégularités constatées, de procéder au règlement non juridictionnel des litiges nés à l’occasion de la passation des marchés publics et des contrat de partenariat public-privé (PPP), de rendre des avis ou de proposer des solutions dans le cadre du règlement amiable des litiges nés à l’occasion de leur exécution.
Globalement, le décret n°2023-832 s’inscrit dans la cadre de la rationalisation des organes de la commande publique.
L’Etat du Sénégal a, en effet, déjà adopté la loi 2021-23 du 2 mars 2021 relative aux contrats de partenariat public-privé (PPP) et son décret d’application n°1443 du 27 octobre 2021, pour regrouper toutes les formes de PPP. Ce regroupement a induit une modification du Code des obligations de l’administration (COA) par la loi n°2022-07 du 2 mars 2021, pour, d’une part, mettre en exergue les dispositions relatives aux PPP, et d’autre part, procéder à la création de l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP).
Par la même occasion, cette loi a prévu deux (2) décrets d’application, à savoir celui portant Code des marchés publics et celui portant organisation et fonctionnement de l’ARCOP.
En application de cette loi, le Président de la République a d’abord signé, le 28 décembre 2022, le décret 2022-2295 portant Code des marchés publics. Ce texte a consacré des dispositions promotrices portant, entre autres, sur l’achat public durable, la prise en compte du budget-programme et le renforcement du secteur privé national.
Avec la signature du décret n°2023-832, l’ARCOP se voit désormais confié par l’Etat la régulation de toute la commande publique (marchés publics et PPP).
Ce texte apporte les innovations suivantes :
- l’unification du cadre juridique et institutionnel des partenariats public-privé ;
- l’élargissement du champ d’application à toutes les formes de partenariats public privé en consacrant des définitions qui les prennent en charge ;
- l’introduction de la notion d’accord-programme en vue de conclure un contrat établissant tout ou partie des règles relatives aux commandes à passer au cours d’une période donnée pour la mise en œuvre rapide de programmes d’investissements de contrats de partenariat public-privé portant sur des besoins sensiblement similaires ;
- la répartition des compétences entre les organes de gouvernance dans une logique de rationalisation et d’évitement des incompatibilités ;
- la dévolution à la Direction centrale des Marchés publics (DCMP), organe de contrôle a priori des délégations de service public, des mêmes fonctions qu’en matière de contrat de partenariat public privé ;
- la suppression du Conseil des infrastructures et la répartition de ses compétences, entre l’organe de contrôle a priori, l’organe de régulation et l’Unité nationale d’appui aux PPP ;
- la suppression du Comité national d’Appui aux partenariats public-privé et la création, en lieu et place d’une Unité nationale d’appui aux PPP assumant, entre autres, les missions de contrôle d’opportunité (évaluation préalable, juridique, financière, technique, environnementale, etc.) et d’assistance technique aux administrations ;
- la consécration de la notion d’offre d’initiative privée ;
- la révision des délais de certaines procédures ;
- la discrimination positive en faveur du secteur privé local pour les partenariats public-privé dont le montant n’atteint pas un certain seuil à fixer par décret.
Les changements majeurs
- Extension des compétences de l’ARCOP dans toutes les domaines de la commande publique ;
- Audits des marchés publics et des contrats PPP, y compris les marchés qui font l’objet de dérogation ;
- Création d’un Institut de la Commande publique pour accompagner la professionnalisation du système
-Le Comité de règlement des Différends (CRD) détient l’exclusivité de mener la conciliation en cas de contentieux dans les PPP
-Les missions de modernisation du système de la commande publique sont renforcées.
Par Mamadou Oumar NDIAYE
MALICK NDIAYE, OU LA MORT D’UN CHEVALIER «SANS PEUR ET SANS REPROCHE»
Courageux, anticonformiste, preux, Malick n’hésitait pas à ramer à contre-courant de l’opinion, à prendre des positions iconoclastes, à provoquer, à encourir l’impopularité.
Entre 1990 et 1991, alors que ce journal était encore un bébé, une signature politique récurrente a longtemps intrigué les membres de la rédaction. A chaque fois qu’une « déclaration », selon le terme militant de l’époque, sortait ou qu’une initiative était lancée par l’opposition, parmi les organisations signataires il y avait toujours un « Cercle des lecteurs de Soukhouba » à l’époque grandement inconnu au bataillon. Nous avons donc voulu savoir quel groupuscule se cachait derrière ce nom étrange.
Notre collaborateur Ibou Fall se proposa de mener l’enquête. Au terme de ses investigations, il nous a remis un succulent papier — du genre de ceux dont lui seul a le secret — que nous avions titré à la une : « Les mystérieux lecteurs de Soukhouba enfin dénichés! » En fait, il s’agissait d’un groupuscule de militants de l’extrême gauche qui avaient créé un cercle de réflexions, marxistes évidemment, autour d’une revue théorique intitulée « Soukhouba ». Un terme qui voulait dire, si mes souvenirs sont exacts, la « lance » en langue mandingue ou socé. Surtout, Ibou avait enfin donné un visage à ce mystérieux groupe et ce visage n’était autre que celui d’un jeune professeur de sociologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar nommé…Malick Ndiaye ! C’était la première apparition en pleine lumière de ce militant qui avait évolué jusque-là dans la clandestinité et que « Le Témoin » projetait sous les feux de la rampe.
En réalité, Malick Ndiaye n’était pas le directeur de publication de cette revue qui était plutôt dirigée par un certain Abdoulaye Nguette, un enseignant qui servait à Mbour. Puisqu’il ne vivait pas à Dakar, Ibou Fall avait donc été orienté vers notre Malick Ndiaye national dont le groupe fit partie des forces qui fusionnèrent avec And Jëf Mouvement révolutionnaire pour la démocratie nouvelle (AJ/MRDN) en 1991 pour donner naissance à And Jëf Parti africain pour la Démocratie et le Socialisme (AJ/PADS). Les « lecteurs de Soukhouba » faisaient partie à cette période-là de la nébuleuse de l’extrême gauche sénégalaise aux côtés d’autres groupuscules comme la LCT (Ligue communiste des travailleurs), l’OST (Organisation socialiste des travailleurs), toutes deux trotskystes, mais aussi Ferñent .
Certaines de ces organisations ont rejoint par la suite le MSD (Mouvement pourle socialisme et la démocratie) du président Mamadou Dia qui a donné naissance plus tard au MSU (Mouvement pour le Socialisme et l’Unité) tandis que d’autres se sont fondus dans AJ.
Pour en revenir à notre homme, le Pr Malick Ndiaye, depuis cette époque tumultueuse où des forces de gauche évoluant pour la plupart dans la clandestinité luttaient pour l’élargissement et l’approfondissement de la démocratie dans notre pays — une démocratie corsetée et bridée par la loi sur les trois puis quatre courants de pensée instaurée par le président Senghor avant le multipartisme intégral décrété par son successeur Abdou Diouf en 1981 —, depuis cette époque, donc, Pr Malick Ndiaye était à la pointe de tous les combats et sur tous les fronts dans notre pays. En première ligne qui plus est ! Qu’il s’agisse de luttes politiques, de revendications syndicales, de combats sociétaux, de batailles panafricaines — comme lorsque le régime français de Nicolas Sarkozy a fomenté le renversement de son ami Laurent Gbagbo alors président de la Côte d’Ivoire —Malick était toujours présent. On pourrait dire de lui qu’aucune lutte pour le salut du genre humain, aucun combat pour le progrès social et la dignité des peuples ne lui étaient étrangers. C’était un combattant qui s’est battu sa vie durant pour toutes les causes, y compris les plus improbables, les plus discutables souvent, mais la plupart du temps pour les bonnes causes. Union de la gauche sénégalaise, création de syndicats comme le Saes dont il était une des figures de proue, réintégration des travailleurs de l’Ipres affiliés à l’Unsas licenciés par le vieux Madia Diop, défense des libertés, contre la dévaluation de franc CFA, contre l’impérialisme français, contre les Accords de partenariat économiques, contre l’apartheid en Afrique du Sud, pour la Palestine, « touche pas à mon salaire », Mouvement du 23 juin…Malick Ndiaye n’a déserté aucun combat. Tous les prétextes étaient bons pour lui de descendre dans la rue, d’appeler à manifester, de battre le rappel des troupes. Pamphlétaire, pétitionnaire, engagé, c’était un intellectuel non pas — ou pas seulement ! — au sens gramscien du terme, mais plutôt à celui de ces hommes de courage qui s’étaient joints à Emile Zola dans son combat pour défendre le capitaine Dreyfus victime d’une cabale monstrueuse parce que Juif. Et qui avaient signé sa fameuse pétition après son retentissant « J’accuse ! » Comme Zola, il prenait sa plume à la moindre occasion pour dénoncer, accuser, défendre, témoigner.
Un « ceddo » et fier de l’être !
Courageux, anticonformiste, preux, Malick n’hésitait pas à ramer à contre-courant de l’opinion, à prendre des positions iconoclastes, à provoquer, à encourir l’impopularité. Il n’en avait cure car c’était un homme libre qui disait ce qu’il pensait quoi qu’il pouvait lui en coûter. Et il a souvent payé au prix fort cette liberté de pensée pour avoir craché dans la soupe et dit son fait au Prince. Surtout, dans un pays où le voile hypocrite de la religion sert à camoufler bien des turpitudes, bien des comportements immoraux, bien des choses pas du tout catholiques, pardon musulmanes, lui, s’était fait le chantre de l’éthique « ceddo ». Et se comportait aussi en « ceddo » même s’il avait une fibre religieuse prononcée. C’était aussi ça un des paradoxes qui faisaient le charme du Pr Malick Ndiaye. Lequel était un idéaliste comme on n’en fait plus et croyait à l’avènement d’un monde plus juste pour lequel il s’est battu sa vie durant. Il était comme le chevalier Bayard c’est-à-dire sans peur et sans reproche !
Sur le plan purement universitaire, l’homme qui vient de nous quitter nous lègue une abondante production intellectuelle dont je laisse le soin à d’autres compatriotes plus qualifiés que moi de la commenter. On retiendra également qu’il a travaillé dans les cabinets des présidents Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall. Il fut un collaborateur talentueux, certes, mais aussi incommode puisque n’hésitant pas à violer les convenances pour dire ce qu’il pensait à ces puissants.
S’agissant du « Témoin », il était devenu un ami de notre journal depuis que ce dernier avait sorti de l’ombre le « lecteur de Sokhouba » qu’il était et s’est toujours dressé à nos côtés à chaque fois que nous avons été agressés ou attaqués devant les tribunaux. En plus de 30 ans, son soutien ne nous a jamais fait défaut. La dernière fois qu’il a voulu nous le manifester, c’était il y a quelques mois, lorsque nous avions écrit que nous allions fermer boutique ou nous reconvertir dans une autre activité étant donné que la Commission nationale de la carte nationale de presse refusait de nous délivrer des cartes professionnelles. Nous blaguions, bien sûr, mais le Pr Malick Ndiaye avait pris cela au pied de la lettre et nous avait appelés pour nous faire part de sa décision d’organiser une marche pour « Le Témoin » !Nous avions eu du mal à le convaincre de renoncer mais tel était le Pr Malick Ndiaye, toujours prompt à combattre l’injustice, cet ami que nous pleurerons toujours!
par Mamadou Ndiaye
URGENCES, PRUDENCE
Une guerre sans nom, sans raison, sévit au Soudan. Dans la fantomatique capitale Khartoum, un indescriptible déluge de feu s’abat sur les populations cloitrées à domicile.
Une guerre sans nom, sans raison, sévit au Soudan. Dans la fantomatique capitale Khartoum, un indescriptible déluge de feu s’abat sur les populations cloitrées à domicile.
Les batailles de rues, par milice interposées, s’offrent comme seule activité quand tout est à l’arrêt. Deux officiers supérieurs, longtemps rivaux, mais complices pour « jouer le jeu » des civils, décident d’en découdre au prix d’un carnage abject, pour qu’un seul taureau règne autour de l’abreuvoir. Le pays brûle.
Stupéfait devant ces tueries « à huis clos », le monde entier assiste impuissant à l’escalade. Les deux généraux, Abdel Fattah al-Burhane et Mouhammed Hamdane Daglo, à la tête de réelles forces militaires, s’affrontent désormais. L’un dirige les blindés, l’autre pilote l’aviation.
Au « pays des Noirs », ainsi s’appelait le Soudan, devenu indépendant en 1956, jamais la paix n’a été au rendez-vous. Un chapelet de conflits en ont rythmé la vie, se démultipliant à l’infini pour faire accroire que cette instabilité permanente est de l’ordre de la normalité. Pays maudit des Dieux ? Pas vraiment.
Par son histoire et sa géographie, il symbolise le trait d’union entre peuples que tout différencie : ethnies, culture, culte, confession, origine, langue, stratification sociale, croyances et préjugés. Immense par sa superficie et riche en mine et en minerai puis axialement situé, le Soudan revêt une importance stratégique qui n’échappe pas aux superpuissances militaires.
Pour preuve, sa souveraineté, même incontestable, a toujours été exercée par condominium avec l’Egypte et l’Angleterre sur un même territoire. Ce paradoxe congénital s’est diffusé à une vaste échelle semant des divisions qui allaient s’accentuer pour devenir des « lignes Maginot » entre citoyens qui se regardaient avec méfiance.
Le découpage du Soudan aggravait la complexité de la situation dans un contexte de belligérance qui laissait libre cours aux influences extérieures. L’arabe et l’anglais menaient une sourde bataille en arrière-plan par élites interposées. Puis survient une longue et terrible dictature qui a pris fin grâce à l’union sacrée des forces démocratiques et des officiers militaires dit « clairvoyants ».
La suite est connue : les armes tonnent et hypothèquent toutes chances d’écourter le conflit pour amener les protagonistes à une table de négociation. Un moment pourtant l’espoir renaissait avec l’apport inestimable de Khalife de Médina Baye, Sérigne Mahi Niasse qui avait réussi la prouesse diplomatique de réunir les belligérants sous un même chapiteau pour s’engager devant lui à privilégier le dialogue politique en renonçant à l’usage des armes.
Mais les vanités orchestrées par des forces maléfiques n’avaient pas cessé de semer le trouble dans les esprits. Les frontières-gruyères du Soudan ne facilitaient guère le contrôle des armes en provenance de la Libye au lendemain de son implosion et de sa partition depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011.
Là-bas aussi le maréchal Khalifa Haftar, venu de l’est, s’attaque à Tripoli où trône Fayez al-Sarraj à la tête d’un Gouvernement d’Union nztionale (GNA). Les similitudes situations sont frappantes. La dissémination des armes libyennes a entraîné une rapide diffusion sur de vastes zones, allant du Tchad à la Centrafrique jusqu’à la zone des Trois-frontières dans le Sahel.
L’instabilité tchadienne suite au décès d’Idriss Déby Itno a encouragé les milices armées à croire en leur étoile avec la conviction chevillée au corps « qu’aucun régime »ne résiste à leurs assauts. Le chaos actuel au Soudan n’échappe pas à ce prisme.
Même lointaine, la guerre en Ukraine nourrit et entretient des fantasmes à Khartoum, méconnaissable capitale où est née l’Organisation de l’unité africaine (OUA). L’Union africaine, qui s’est substituée, ne pèse d’aucun poids dans la tragédie en cours au Soudan. Par un incessant ballet aérien, les forces étrangères évacuent les ressortissants de leurs pays vers Djibouti. Les Africains, eux, ne bougent pas.
Plus grave, l’organisation faîtière se tait. Son lourd silence frise la lâcheté ou la faiblesse ou les deux à la fois. L’opinion internationale, lassée par tant d’animosités, se montre distante voire indifférente au calamiteux sort des populations soudanaises victimes expiatoires des hommes en armes. Sous le chaud et brûlant soleil, les enfants meurent de déshydratation quand les adultes trépassent pour cause d’épuisement.
Craint-on un embrasement en l’absence de toute autorité reconnue ? Quelles sont les urgences ? Des analystes redoutent un exode massif des populations vers le Lac Tchad qui n’est plus d’ailleurs que l’ombre de lui-même ? De 250 000 hectares, l’étendue s’est réduite aujourd’hui à 25 000 ha, presque le dixième.
La catastrophe écologique, combinée à une catastrophe humanitaire, risque d’aggraver fortement le déséquilibre en jetant sur les routes des millions de gens en quête de cieux cléments. Bon nombre de couloirs sont à l’examen sous les pauvres abris provisoires où se raréfient l’aide et les soins. Les associations caritatives n’interviennent qu’avec parcimonie. La générosité, elle-même, se rétrécit puisque les donateurs se rebiffent.
Excédés par les enlisements, ils remettent en cause l’efficacité de leur soutien d’autant que dans leur environnement immédiat, la pauvreté et l’indigence se télescopent sous des yeux médusés d’Occidentaux qui exigent désormais de leurs dirigeants une rectification de trajectoire pour s’occuper de leur « tiers-monde » à eux. La Corrèze avant le Zambèze sonne le glas de l’assistanat.
En écho à ces phénomènes qui impactent les économies, les banques centrales d’Europe et d’Amérique, comme si elles s’étaient entendues, claironnent partout que les rigueurs budgétaires sont de retour. Un, il faut mobiliser plus de ressources. Deux, s’impose une utilisation plus rationnelle de ces ressources. Il n’y a pas de raison qu’eux s’astreignent à plus de discipline quand d’autres « dépensent sans compter » et vivent au-dessus de leurs moyens. L’époque change.
Un renforcement des politiques monétaires prudentielles et de couverture n’est pas à exclure. L’hypothèse est sérieusement envisagée. Sorte de Bâle IV en quelque sorte… Au lendemain des crises bancaires, les établissements financiers avaient été contraints de s’engager en cas de défaillance des débiteurs à assumer l’obligation ou à assurer les annuités des prêts consentis.
Les nouveaux dirigeants des grandes puissances sont moins attachés à l’histoire, à la repentance, aux regrets ou aux sentiments. Occulter cette lecture d’un monde en mutation c’est compromettre le futur des jeunes générations africaines. Les inégalités entre pays sont une chose.
Mais les inégalités à l’intérieur d’un pays sont si criantes qu’aucune politique audacieuse n’est en vue pour compenser les disparités. Français, Anglais, Américain crient à tue-tête les écarts qui se creusent, synonymes, selon eux d’inégalités, donc d’injustice.
Les populismes s’expliquent par ce ras-le-bol qui ne s’explique pas ! Ils dénoncent les politiques d’exclusion et militent pour plus d’inclusion sans clairement dire par quel bout prendre ces défis des temps nouveaux.