Après la victoire du peuple contre l’État néocolonial libéral hors la loi APR/BBY/PDS, la bonne gouvernance du jub, jubal, jubanti est en marche.
Le budget 2025 a été voté par les 130 députés que le peuple a élu pour soutenir, contrôler et faire prendre en compte les besoins populaires. Prolongeant les rapports accablants des corps de contrôle de l’État (IGE, IGF, OFNAC, Cour des Comptes), les audits sectoriels et centraux en cours révèlent l’insatiable prédation de la mal gouvernance criminelle des libéraux. La haute Cour de justice a été mise en place pour la reddition des comptes financiers et répressifs meurtriers de l’État hors la loi APR/BBY. A été voté le projet de loi rapportant la loi d’amnistie couvrant d’impunité les malversations et crimes de l’autocratie libérale APR/BBY. La remise en cause des occupations opaques illégales du Domaine public maritime (DPM), des lotissements de zones foncières, Mbour 4, du Patrimoine foncier et bâti de l’État. Le non renouvellement à l’expiration de son délai des accords léonins de pêche qui liaient le Sénégal à l’Union Européenne.
A été annoncée la décision souveraine du démantèlement des bases militaires françaises, étape vers l’abrogation des « accords de défense », partie prenante des « accords de coopération » qui furent signés pour avoir l’indépendance politique de 1960. L’engagement a été pris que le Sénégal souverain rejette toute entreprise de déstabilisation des États souverains anti-françafricain, anti-eurafricain, anti-usafricain de l’AES.
Bref, la dépollution de l’emprise néocoloniale sur l’appareil d’État est en marche.
Le seul couac à noter est la fronde récente saine des militants de Pastef et sympathisants du camp souverainiste contre certaines nominations d’ex-opposants sur les centaines déjà opérées non contestées. Les bouches souverainistes qui se sont ouvertes pour dire non à ces nominations signalent en fait, à y réfléchir, l’erreur d’une conception qui confond « expertise » et « politique ». Le syndrome du gouvernement des experts est à la base de l’erreur commise mais pas irréparable.
En effet, la politique annoncée des « appels aux CV » révèle ici toutes ses limites. Les « experts », les « CV », les « diplômés » sont certes nécessaires, mais insuffisants pour assurer une gouvernance dont la centralité doit être « politique » souverainiste.
Les dirigeants qui ont gouverné nos États d’Afrique pré-coloniaux avaient des « experts », donc des connaisseurs disciplinaires dont « l’expertise » contribue à la décision politique des gouvernants sans se substituer aux responsables stratèges décideurs politiques. Diriger, c’est faire la synthèse et organiser le lien dialectique entre plusieurs domaines disciplinaires dans le cadre d’une stratégie et d’une tactique mettant en corrélation le mouvement et le but du pouvoir souverain.
Il y a là, ne serait-ce qu’inconsciemment, un stigmate de l’aliénation coloniale qui a érigé un rapport de subordination, donc de dé-citoyennisation, des populations colonisées face à l’administration coloniale en différenciant les « évolués experts » qui devenaient des administrateurs subalternes et les « indigènes ». C’est cela qui est le soubassement de cette maladie mentale coloniale qui fait que certaines « élites » colonisées adorent les titres pompeux de « professeurs », « docteurs », « experts » dont la fonction est de faire taire le peuple.
Il faut dire que ce mal provient de la culture de l’individualisme forcené propagée par le système capitaliste lui-même. Il suffit d’observer comment les médias, notamment dans les pays impérialistes, mais aussi dans les néo-colonies, utilisent les « experts » pour dire au peuple ce qu’il doit ingurgiter dans le but de fabriquer le consentement voulu par les puissances d’argent et leur système d’oppression.
Ils veulent ainsi « tromper une partie du peuple ou le peuple une partie du temps, mais ne pourront jamais tromper tout le peuple tout le temps ». N’est-ce pas ce qu’a montré l’exemplaire résistance militante populaire de 2021 jusqu’à la victoire présidentielle et législative 2024 de notre parti Pastef et du camp souverainiste ?
En effet, C’est l’action militante résolue, le lien du Parti avec le peuple, la détermination du peuple, par accumulation d’expériences en arrive au point qu’il n’accepte plus le pouvoir d’en haut, qui a permis de vaincre l’autocratie libérale néocoloniale en payant le prix fort mortifère comme on l’a vu chez nous. L’offre politique souverainiste de Pastef a rencontré le raz le bol du peuple des deux alternances libérales qui ont changé les hommes au pouvoir sans rien changer à leurs conditions de vie néocoloniale.
Cette offre politique de la rébellion d’une jeunesse souverainiste est venue remplir le vide de la trahison des renégats ex-leaders de la gauche historique dont plusieurs militants ont sacrifié leur vie pour qu’advienne cette révolution démocratique souverainiste dans les urnes que nous avons obtenu en mars puis novembre 2024.
La jeunesse cherche à travers l’espoir suscité par le Parti et le leadership de ses dirigeants en vue à sortir de l’ornière assassine des émigrations piroguières et désertiques et le peuple à sortir du sous développement imposé par le néocolonialisme. Tout comme la jeunesse et les peuples des pays de l’AES qui sont en plus confrontés à la guerre de l’OTAN par le biais des djihado-terroristes interposés.
Lénine enseignait que « les erreurs sont inévitables, sauf qu’il faut éviter qu’elles soient vitales pour la cause » et le seul antidote à cela est à la fois l’attitude autocritique des dirigeants qui les grandit face à leurs erreurs et la démocratie interne au sein de l’avant-garde organisé pour associer du sommet à la base du Parti les militants à la décision stratégique et tactique fondement de l’engagement continu de tous vers le but fixé, à savoir la libération nationale du Sénégal dans une optique panafricaine révolutionnaire.
Le congrès de Pastef a été empêché par l’agression fascisante de l’État hors-la-loi APR/BBY de 2021, date du protocole de fusion de 14 organisations, jusqu’à notre victoire dans l’adversité en 2024.
Alors, le temps est venu de tenir le 1er congrès de notre parti Pastef pour préparer collectivement la suite de la marche vers la solution démocratique dans une option panafricaine de la question Casamançaise, la souveraineté panafricaine anti-impérialiste, la coopération multilatérale souveraine, la rupture avec les diktats libéraux du FMI/BM, la lutte pas à pas pour l’industrialisation, la nationalisation des secteurs économiques stratégiques, étapes indispensables vers la sortie du sous développement imposé par la domination impérialiste.
Par Hamidou ANNE
LES DIPLOMATES DE PETIT CALIBRE
Traiter le sujet sensible de la présence militaire française en Afrique sans beaucoup de délicatesse a provoqué l’ire au sein des opinions publiques de nombreuses capitales africaines.
Lors de son allocution à la Conférence des Ambassadeurs français, Emmanuel Macron a évoqué le sujet des relations avec les Etats africains sur un ton désinvolte et méprisant. Traiter le sujet sensible de la présence militaire française en Afrique sans beaucoup de délicatesse a provoqué l’ire au sein des opinions publiques de nombreuses capitales africaines.
Pour rappel, tout ceci nous vient de l’instrumentalisation de la relation à la France des élites africaines, de la défiance croissante des citoyens, ainsi que des revendications de souveraineté et de relations équilibrées.
La coupe est pleine si l’on y ajoute les campagnes de désinformation des relais locaux de Moscou, histoire de renforcer la fibre de l’anti-France qui a germé au cœur de nos sociétés.
Précision utile : si le ton est condamnable, le propos en lui-même n’est pas totalement dénué de sens. N’eut été l’intervention de l’Armée française dans le cadre de l’opération Serval en janvier 2013, les groupes armés terroristes auraient sans doute pris Bamako et imposé la Charia comme ils l’avaient réussi dans le Nord du Mali.
Je renvoie aux articles de presse de l’époque et même au cinéma et à la littérature avec l’excellent film de Abderrahmane Sissako, Timbuktu, et le brillant roman de Mbougar Sarr, Terre Ceinte. Je me souviens de la liesse qui a accueilli François Hollande à Bamako, en février 2013 ; lui-même, ému ou juste feignant l’émotion, avait déclaré vivre le plus beau jour de sa carrière politique. Je ne reviens pas sur les bébés nés cette année-là et prénommés François Hollande...
Sur ce point et uniquement sur ce point précis, Macron a raison. En revanche, il nuance la vérité : l’ambition de la France n’était pas une fermeture totale des bases et un départ définitif de ses troupes, mais une reconfiguration de la présence militaire française en Afrique à travers un schéma plus ou moins précis.
Le 24 octobre 2024, le quotidien Le Dakarois révélait que l’Armée française se préparait redimensionner ses effectifs dans ses différentes bases africaines dont celles du Sénégal, dans la foulée des retraits progressifs entamés en 2007 sous Wade
Etaient concernées les bases d’Abidjan, de Libreville, Ndjamena et Dakar. Djibouti, au regard de l’enjeu stratégique qu’est l’IndoPacifique, n’était pas concerné. Il était question, selon des informations rapportées par Le Monde, de «conserver une centaine de militaires au Gabon (contre 350 alors), autant au Sénégal (contre 350) et en Côte d’Ivoire (600 auparavant) ainsi que quelque 300 au Tchad (contre 1000)».
Autres points saillants du rapport : le passage sous commandement commun de la France et du pays concerné de la base et la transformation des emprises, accompagné d’une éventuelle mutualisation avec les Américains ou d’autres membres de l’Otan pour des missions de formation avec les armées locales. Toutes ces informations sont contenues dans le rapport Jean-Marie Bockel, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy, à qui le gouvernement français a confié une étude concernant les bases militaires. Pour la petite histoire, le fils de l’ancien sénateur, Pierre-Emmanuel Bockel, officier au sein du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat de Pau, est mort en opération en novembre 2019 au Mali.
Dans la mise en œuvre de sa mission, Jean-Marie Bockel a rencontré les autorités des pays concernés sauf celles du Sénégal dont l’agenda politique et électoral a abouti à un changement de gouvernement. Ses différentes requêtes pour rencontrer les nouveaux dirigeants sénégalais ont toutes reçu une fin de non-recevoir dont les justifications ne sont pas nécessaires de rappeler ici.
En France, les diplomates poussent depuis longtemps pour une fermeture des bases, contrairement aux militaires qui, eux, sont partisans de leur maintien. Il faut dire que, traditionnellement, les priorités des deux mamelles de la capacité de projection française à l’international que sont le Quai d’Orsay et l’Hôtel de Brienne sont souvent en dissonance.
L’un dans l’autre, la présence militaire française telle qu’elle se configure actuellement, s’achève.
La base d’Abidjan a été rétrocédée aux autorités ivoiriennes dans le cadre de négociations saines et apaisées. Alassane Ouattara, en homme d’Etat sérieux, expérimenté et pragmatique, en a fait l’annonce lors de son discours de la Saint-Sylvestre. Il n’a pas fait recours aux arguments populistes et aux propos outranciers.
Auparavant, le Tchad, fin novembre, a publié un communiqué pour dénoncer les accords de Défense qui le liaient à la France. Depuis, le retrait se déroule sereinement.
Au Sénégal, l’annonce a été plusieurs fois réitérée par les dirigeants du parti populiste autoritaire au pouvoir, d’une fin de la présence militaire «étrangère» sur le territoire national.
Dans son discours cité plus haut, Macron annonce la couleur de la nouvelle diplomatie française en Afrique, qui, hélas, est passée inaperçue à cause de la polémique. Il y évoque la volonté de changer les «lunettes» de la France sur l’Afrique. En français facile, il s’agit moins de se consacrer à l’exportation de la culture, de la langue et des valeurs que de se réorienter dans le business pour remporter des parts de marchés ; ceci dans un contexte où le premier investisseur en Afrique est la Chine.
Preuve peut-être d’un renversement progressif d’alliance, Paris a accueilli récemment le Président nigérian Tinubu, le prochain sommet France-Afrique se tiendra cette année pour la première fois dans un pays anglophone, au Kenya.
La France perd ses positions partout en Afrique. Les critiques des opinions publiques fusent autour des questions mémorielles, du Cfa, des bases militaires et de l’arrogance française sur le continent ; la France a jusque-là regardé l’Afrique francophone avec les yeux du passé, se contentant d’un certain statu quo. Désormais, en plus d’une résurgence du discours souverainiste, la manipulation sponsorisée par le Kremlin a provoqué une perception négative de Paris auprès notamment des jeunesses africaines.
Ma conviction est que la relation entre la France et ses partenaires africains peut être réinventée autour de nouveaux paradigmes de respect mutuel et d’équilibre concerté. Nous sommes liés par une histoire douloureuse mais avons un futur en commun à bâtir.
Les dirigeants africains ont un devoir de vérité vis-à-vis de leurs opinions publiques. Taper sur la France au quotidien ne saurait être une politique digne des attentes nombreuses en matière d’éducation, de santé ou d’emploi.
Des dirigeants médiocres trahissent un complexe d’infériorité visà-vis de la France et jouent sur la rente de l’anticolonialisme, aidés en cela par des intellectuels dont la vie des idées se résume à critiquer Paris en tous lieux et toutes circonstances.
Aller sur les réseaux et rédiger de longues phrases creuses aux allures pamphlétaires et brandir la rengaine victimaire tiers-mondiste ne peuvent justifier les 840 milliards de francs Cfa de déficit en huit mois d’exercice. La démagogie et le ridicule consacrent cette manière de bander les muscles sur Facebook en vue de s’attirer les vivats de la foule, pour ensuite compter sur les sapeurs pompiers français quand une passerelle tombe en pleine capitale. La diplomatie est une affaire trop sérieuse pour être résumée à des fanfaronnades sur les réseaux sociaux ou à des gesticulations de gens de très petit calibre.
par Aziz Fall
L’HISTOIRE EST D’ABORD LE PRÉSENT
Le pays de Macron n'a pas le choix que de procéder à une lecture actualisée de l'Histoire qui n'a jamais été une proposition statique mais plutôt le maelstrom de l'évolution des êtres, des peuples, des Nations...
Je suis toujours à la recherche de la formule la plus conforme à notre identité culturelle, à notre héritage de peuple soucieux du respect et de la considération à l’égard des autres. Cette sensibilité aigue à ces valeurs se manifeste aussi bien dans l’interaction que dans l’évocation.
C’est pour cette raison et cette raison seulement que je ne dirais rien de la sottise historique du président français qui, lors d’une récente sortie sur les relations entre la France et certains pays du continent africain, est entré dans le trou noir réservé aux bannis de l’Histoire.
Parfois, cette dernière nous offre des scénarii qui nous enseignent plus que toute autre œuvre ou entreprise humaine sur nous-mêmes et sur les autres pour nous laisser entrevoir la relation dialectique et rarement magnifiée entre le présent le passé et le futur. C’est sous cette lumière qu’il est difficile de trouver meilleure coïncidence dans ce moment précis de l’Histoire que le couple France Macron en marche cadencée vers l’abîme ; car tout laisse à croire qu’il y a comme le glas qui sonne dans ce pays après les présidences de Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et maintenant le marcheur en panne. Évidemment, il s’accroche autant qu’il peut pour sauver sa peau affectée. Il le fait sur la corde pourrie de l’histoire d’un pays qui se délite et se déshabille pour dévoiler un visage meurtri par la réalisation de l’imposture de sa soi-disant grandeur. Une grandeur qui reposait sur une construction de l’esprit, certes sophistiquée, mais vouée à la fermentation comme son emblématique fromage
La belle France ; qui est belle parce que la nature y est belle et cette portion de notre planète habitée des Français a aussi une belle culture parce qu'elle s'est auréolée de trophées à la dérobée, tirant profit des offrandes de l'histoire où le vide de ces temps lui donnait une occasion de s'imposer, priant que les choses ne changeassent jamais.
Mais dans leur subconscient, les dirigeants soupçonnaient que la position de la France comme puissance ne perdure que parce que les autres étaient dans un sommeil anesthésique. Seulement, l’on se réveille toujours d’un sommeil même s’il peut durer ou paraître interminable.
Dans son ouvrage, « Saara et les vagues de l’Atlantique », l’auteur partage avec nous son point de vue sur les sentiments d’un nombre grandissant de jeunes Africains dont l’histoire était pendant longtemps liée à la France jusque dans la quête identitaire, dans ce passage où le narrateur donne l’estocade : « La France, en rétrospective, a juste été une escale plus dans l’espace que dans le temps, car j’y ai passé mon séjour à me projeter en dehors d’elle. Elle n’a jamais représenté une station référentielle pour moi, ni constitué un élément organisateur de ma vision du monde. Je savais que je pouvais me faire, me former ; apprendre à lier le bois au bois pour faire des édifices de bois sans m’en remettre à la France. D’ailleurs, c’est durant mes jours dans l’Hexagone que j’ai commencé à parler anglais ».
Ce sentiment révélateur d’un profond changement mental à l’égard de la France va continuer de prévaloir en Afrique. Il est désormais question dans ce continent d’une jeunesse qui assume fièrement sa volonté de reprendre possession de sa destinée d’affranchissement par rapport à un héritage qu’elle travaille à déconstruire à travers l’affirmation sans compromis de soi.
Pour ma fille, qui suit l’actualité, ce gars est déraisonnable. Comment ose-t-il proférer ces énormités devant l’Histoire, devant les témoins, devant les héritiers enfin devant ceux qui, désormais, refusent de se taire et de se terrer, s’interroge-t-elle ?
Elle parle, bien entendu, du président français à moins, ajoute-t-elle que ce soit une vidéo fake générée par les plateformes intelligentes qui pullulent maintenant dans le monde virtuel. Non, lui rétorquai-je, il s’agit bel et bien de l’élève de Brigitte, président de la France qui parle ; c’est bien lui sur scène, comme à l’accoutumée, résolu à vouloir impressionner ses professeurs de ses capacités performatives et sa conviction qu’avec des contorsions discursives, il serait à nouveau colinéaire avec le reste du monde. Que nenni ; il est désaxé depuis un long moment sans s'en rendre compte ; ses fausses notes récentes sur la gamme de l'histoire l'illustrent à suffisance. Nul besoin d’aller loin pour réaliser l’ampleur de ses dérapages à l’autel de la nation française, à commencer par la déconvenue de l'élection Européenne suivie du yoyo institutionnel qui donne le tournis aux populations de France, celles d’Outre-mer désemparées et aux partenaires. On ne sait plus où va la France, en dépit de son leader qui persiste à croire qu’il peut indiquer aux autres ce qu’il faut faire ou la direction à prendre dans la marche de leur existence ; qu’il s’agisse d’Etats ou de communautés. En définitive, l’on est témoin en temps réel d’un être dans le besoin d’une prise en charge clinique ou plus précisément psychiatrique ; car il souffrirait dans ce cas d'espèce du complexe de Gribouille.
Il donne l'impression d'être conscient de l'inéluctable et dans sa précipitation ontologique, démontrée à souhait par son parcours d'homme pressé, il s'attèle à accélérer l'échéance de sa déchéance et celle de ce qui reste de son pays face à l'Histoire et devant les hommes. Il a perdu la maitrise. Il n'est plus calme, il est aux abois ; face à ce constat, nous avons presque une obligation morale de le comprendre et de lui proposer de l'eau fraiche.
Oui, dans une perspective de relations internationales la France reste un partenaire privilégié du Sénégal, eu égard au volume de nos échanges commerciaux, de la diversité et la pluralité de nos accords et Conventions supposés apporter des avantages appréciés de part et d’autre. Elle contribue, en outre, de manière décisive dans le financement d'un grand nombre de programmes et de projets prioritaires de notre pays. Il faut, cependant, rappeler que cette situation est loin d'être motivée par une inclinaison naturelle de la France à être généreuse avec notre pays ; les enjeux stratégiques le justifient autant que la longévité des relations entre nos pays.
Seulement, les pays africains n’ont rien à craindre de la France, ni ses menaces enveloppées ni ses pressions voilées. Les pays de l’AES, pour leur part, ont déjà tourné le dos à ce qu’ils considèrent comme un facteur bloquant à leur aspiration légitime de souveraineté inconditionnelle.
Aujourd'hui, le pays de Macron n'a pas le choix que de procéder à une lecture actualisée de l'Histoire qui n'a jamais été une proposition statique mais plutôt le maelstrom de l'évolution des êtres, des peuples, des Nations avec son corollaire d'ajustements et de réajustements perpétuels. Dans son ouvrage " People count", James Rosenau fait état du caractère inévitable du réveil des peuples, qui relève d'un impératif épistémologique autant qu'historique. La France de Macron vient de comprendre qu'on ne peut s'asseoir sur le dos d'un homme debout.
Car l’homme debout ne se couche que pour mourir.
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PARFOIS LE PEUPLE FAIT DES BÊTISES
On le dit souverain, capable de congédier, par les urnes ou la rue, ceux qui président à ses destinées. Mais le peuple fait-il toujours les bons choix ? Le Pr Buuba Diop n’en est pas convaincu.
Tout souverain que soit le peuple en démocratie, il n’est pas à l’abri de commettre parfois des bêtises, allant à l’encontre de ses propres intérêts. C’est l’avis du professeur Buuba Diop, spécialistes de l’histoire ancienne et directeur de la Chaire sur la résistance de l’Afrique à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Buuba Diop répondait à nos questions, à bâtons rompus, en marge du panel qu’il a co-animé fin décembre, dans le cadre de la première édition d’Africa diaspora festival, initié par le journaliste et critique d’art Alassane Cissé.
Invité de la première édition d’Africa Diaspora Festival, initiée par le journaliste Alassane Cissé, le Pr Buuba Diop a co-animé un panel avec d’autres universitaires à la Maison de la culture Douta Seck le 29 décembre 2024. Pour lui, l’unité de l’Afrique est un impératif si le continent veut être écouté sur la scène internationale. Sans se préalable personne ne risque de prendre la voix de l’Afrique au sérieux.
Que ce soit l’union africaine ou des organisation régionale comme la CEDEAO, unité doit être une urgence. Le chercheur s’est désolé de la dislocation de la CEDEAO avec le départ consommé du Burikna, du Niger et du Mali qui ont créée l’alliance des États du Sahel, après avoir été égratigné par la CEDEAO suite au coups d’États intervenus dans ces trois pays.
Pour autant Buuba Dio marque son total désaccord vis-à-vis des coups de force à la tête des États quelle que soit la raison et quelle que puisse être la nature du putsch : « Les coups d’État, je n’y crois pas. Je crois au processus démocratique », a-t-il soutenu sans ambages.
Quand on lui rappelle que dans le cas du mali, tout est parti du peuple, il rétorque que parfois « le peuple fait des bêtises ».
Professeur d’histoire ancienne et militant de longue date de la société civile africaine, en particulier sénégalaise, le professeur Buuba Diop est directeur de la Chaire ICESCO de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar sur la Résistance africaine.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
ANNETTE MBAYE D’ERNEVILLE, UNE PHARAONNE BÂTISSEUSE
EXCLUSIF SENEPLUS - Enseignante, journaliste et écrivaine, elle incarne l’engagement artistique de manière universelle, tout en déployant l’univers africain comme la source de son inspiration
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La tonalité poétique d’Annette Mbaye d’Erneville est absolue, vivante et vibrante. Elle va puiser aux sources des rites africains pour en faire une bandoulière perlée d’intensité poétique et pour transmettre tout un legs initiatique.
Comme j’aime à le dire souvent, la poésie est un art esthétique fondateur dans la littérature. Elle est à l’origine de notre parole et de notre imaginaire sacré. Avec elle, nous transcendons tout notre héritage culturel fécond et nous sculptons des joyaux pour la postérité. La poésie est un son, elle est une image, elle est un rythme, elle est synonyme d’histoire et de savoirs et elle s’inscrit dans le langage.
Sans hésitation, on peut dire que la création littéraire d’Annette Mbaye d’Erneville appartient à cette catégorie, celle d’une passion poétique qui devient ici une représentation de notre narration symbolique et métaphorique.
Car la tonalité poétique d’Annette Mbaye d’Erneville est absolue, vivante et vibrante. Elle va puiser aux sources des rites africains pour en faire une bandoulière perlée d’intensité poétique et pour transmettre tout un legs initiatique. La sincérité avec laquelle l’auteur poétise nous emporte avec elle de manière immédiate, tout en caractérisant la continuité du langage poétique.
Avant-gardiste de la scène littéraire sénégalaise, Annette Mbaye d’Erneville possède un talent singulier, fait de justesse, de classicisme et d’audace. Sa poésie est l’expression de la vie, de ses déceptions, de ses joies, du souvenir qui surgit douloureusement, de la beauté des rituels, comme une ronde cosmique qui se reforme à chaque étape.
Le style est structuré par une langue imaginative et puisée dans la symbolique africaine. C’est aussi le langage de l’espoir qui prend source dans la figure de la liberté et qui tambourine que « l’Afrique est debout et va vers la lumière. »
Mais c’est aussi une poésie du combat contre l’oppression de l’homme à l’homme, ou encore de l’homme à la femme, qui fouille la mémoire pour dire des « mots de feu » pour éteindre à jamais les flammes de l’injustice et faire revivre une « aïeule guinéenne que tu ne connais pas ».
Elle traduit encore la tendresse pour les femmes qui ont acquis la liberté de « la solitude des nuits d’hiver ». Elle partage son émotion quand « l’exil [est] trop lourd au cœur gourmand de nos vingt ans ».
La poésie d’Annette Mbaye d’Erneville est rare car elle rassemble émotion et combativité, féminisme et union des cœurs, valeurs sacrées et modernité. C’est ce cheminement de rupture transcendante qui fait la puissance et la beauté du chant poétique d’Annette Mbaye d’Erneville.
« Gawlo ! … chante cet homme nouveau
Jeunes filles aux seins debout
Clamez son nom au vent.
Selbé N’Diaye, fais danser ce petit homme.
Tu es un homme, mon fils.
Tu es un homme ce soir.
Ils sont tous là :
Ceux de ta lune première
Ceux que tu nommes pères.
Regarde, regarde-les bien :
Eux seuls sont gardiens de la terre
De la terre qui a bu ton sang
Extrait de « Kassak », Kaddu, Nouvelles éditions Africaines, 1966
Annette Mbaye d’Erneville, née en 1926 à Sokone au Sénégal, est une figure exceptionnelle de longévité dans la poésie négro-africaine. Enseignante, journaliste et écrivaine, elle incarne l’engagement artistique de manière universelle, tout en déployant l’univers africain comme la source de son inspiration. Sa résidence à Dakar représente un lieu littéraire majeur pour tous les écrivains de passage dans le pays. Ses combats en faveur des femmes font d’elle une personnalité très moderne au sein de la communauté littéraire. Son verbe poétique allié à son éloquence investie de justice humaine est une combinaison remarquable qui marque l’histoire littéraire africaine comme un éclat qui continue de briller dans le flambeau de notre civilisation et de notre renaissance.
Cet esprit de primauté du parti sur la patrie rend le Premier ministre otage de ses affidés et par la même occasion, fragilise le président de la République
Le dimanche 5 janvier 2025, dans la nuit, Ousmane Sonko, Premier ministre et président du parti Pastef, s’est senti obligé de se présenter devant ses militants pour s’expliquer sur les nominations des nouveaux membres Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). Notamment la très controversée nomination d'Aoua Bocar Ly-Tall. Lors d’un live sur Facebook, pour éclairer sur les motivations de cette décision et apaiser les tensions, il a rejeté toute interprétation politisée de cette nomination : «Le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie. Si certains pensent que nous identifions tous nos détracteurs, ils se trompent. Le président de la République n’a jamais pris la défense de ceux qui étaient là pour insulter Ousmane Sonko.» Pour lui, l’intérêt général doit primer sur les rivalités personnelles. «Les Sénégalais doivent comprendre que le président de la République est au service de tous les citoyens, sans distinction. Il est impératif que les menaces cessent. Etre patriote ne donne pas le droit de dire tout et n’importe quoi», a estimé le leader de Pastef, non sans souligner qu’il n’y a pas «plus patriote que Bassirou Diomaye Faye qui a fait la prison pour (le) défendre».
Pour faire simple, ce sont des «Pastéfiens» qui attaquent Pastef et c’est le leader, en vrai gourou, qui apaise ses partisans. C’est du «eux dans eux». Normalement, cela ne devrait nullement valoir une ligne, mais dès l’instant que cela touche à la République, cela devient une affaire sérieuse qui mérite qu’on y prête attention. En effet, nous voici dans une nouvelle manifestation de ce que Alioune Tine appelle «l’Etat pastéfien», cette démarche qui voudrait que les intérêts d’une association privée soient au-dessus de République et de l’intérêt général. «De mon point de vue, après avoir assisté à ce qu’on peut appeler un Etat agressif, nous n’avons pas l’impression d’avoir tourné la page de l’Etat-partisan. On a l’impression qu’il se met en place petit à petit un Etat «pastéfien»», avertissait Tine le 7 juin 2024.
Cet esprit de primauté du parti sur la Patrie rend Ousmane Sonko otage de ses affidés et par la même occasion fragilise le président de la République. Que des militants ou même des citoyens trouvent quelque chose à dire sur des nominations, c’est normal et même acceptable en démocratie. Mais que le chef du gouvernement se sente obligé de s’expliquer, ne met pas celui-ci à la hauteur de la fonction qu’il occupe. Car il n’a pas le recul nécessaire pour apprécier les situations. Il a la chance d’avoir une meute qui ne jure que par lui et pour lui au point de voir certains parmi eux s’en prendre violemment au chef de l’Etat sans que cela ne déclenche chez le ministre de la Justice et le procureur de la République, les mécanismes habituels de protection de la clé de voûte des institutions.
Mieux, en disant : «le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie», Sonko confirme à nouveau Aliou Tine qui prévenait aussi sur «l’inversion qu’il y a au niveau de la hiérarchie du parti au pouvoir (Pastef)…», mais fait arracher les cheveux aux juristes quant au sens à donner à l’article 44 de la Constitution («Le président de la République nomme aux emplois civils»). En effet, le président de la République peut consulter ses collaborateurs, notamment le Premier ministre, sur les nominations qu’il veut faire. Sonko aurait dû dire «le Président m’a consulté …».
Ce lapsus (ou propos fait à dessein) ne fait que confirmer là où se trouve le centre de décisions actuellement au Sénégal en dépit des dénégations. Diomaye règne, Sonko gouverne.
Et il gouverne en s’arrogeant des pouvoirs du président de la République, et même ceux de ses ministres. Et le communiqué du Conseil des ministres du 8 janvier dernier indique que le chef du gouvernement veut se donner le pouvoir de valider désormais toutes les dépenses d’investissement. A ce jour, c’est une mission qui revenait au ministre des Finances, Ordonnateur principal des dépenses et des recettes de l’Etat. Or, ce dernier est sous l’autorité directe du chef de l’Etat, tout comme les ministres des Affaires étrangères ou de la Justice. Tout ce monde a vu le Premier ministre empiéter sur leurs prérogatives.
«Le Premier ministre a décidé que toutes les dépenses d’investissement seront validées à son niveau. Un tableau prévisionnel des opérations financières de l’Etat sera soumis par quinzaine», lit-on dans ledit communiqué qui ajoute que Sonko est «soucieux d’une exécution efficace des politiques publiques», surtout concernant le suivi et l’évaluation des projets «découlant des 26 objectifs stratégiques et des réformes du plan quinquennal 2025-2029». Il s’agit de ne pas oublier que «la rationalisation, la priorisation et l’efficience dans l’utilisation des ressources publiques restent un enjeu majeur pour le gouvernement». Qui trop embrasse mal étreint, dit l’adage.
L’on se rappelle la chanson de Talla Sylla au début des années 2000 sur le président Abdoulaye Wade, caricaturé comme un chauffeur de «Car rapide» qui conduit, encaisse les passagers et même change des écrous. Nous n’en sommes pas loin en tout cas.
Alioune Sall, symbole de l’inaptocratie
Pouvait-il en être autrement ? Nous nageons en plein dans l’inaptocratie, ou ineptocratie. C’est ce système de gouvernement dans lequel les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire. Les électeurs sont les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir. Les inaptes sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. Et le ministre de la Communication semble en être la parfaite illustration. Le ministre de la Communication, c’est une calamité pour tous les secteurs dont il a la charge. La démarche classique, c’est que ce sont les acteurs qui amènent des problèmes et le ministre trouve des solutions. L’autorité publique règle les problèmes du secteur. Mais nous voici en face d’un ministre qui créée des problèmes sur du faux.
Sur l’aide à la presse, il a sciemment présenté les choses de façon à donner aux médias une image de suceurs des deniers publics. Lors de sa conférence de presse en août dernier, il avait présenté la rubrique «Autres » dans l’aide à la presse de façon très manipulatrice pour laisser entendre que c’est une nébuleuse, en oubliant de dire que dans celle-ci il y a le financement des formations des journalistes, le budget des associations telles que le Cored, ou les subventions aux 200 radios communautaires qui foisonnent dans tout le pays.
Quelques jours plus tard, le voici qui ouvre un nouveau front avec les médias, avec cette histoire de reconnaissance des organes de presse. Laquelle reconnaissance s’est faite en violation du Code de la presse sur lequel il a pourtant voulu s’appuyer pour effectuer ce travail digne de Goebbels. Le parallèle entre Goebbels et Pastef est troublant, non pas en raison d’une similitude absolue des contextes ou des idéologies, mais par des méthodes communes de manipulation et de contrôle de l’information.
En contrôlant les médias, en limitant la liberté de la presse et en renforçant une rhétorique divisive, le régime actuel risque de fragiliser encore davantage une société déjà marquée par des tensions profondes. L’histoire enseigne que la manipulation de l’information et la marginalisation des voix discordantes sont les premiers signes d’une démocratie en péril. Les médias, lorsqu’ils deviennent des instruments de propagande, perdent leur rôle fondamental de contre-pouvoir. Ce fut le cas en Allemagne nazie, où la propagande de Goebbels a permis de justifier les pires abus. Ce risque guette aujourd’hui le Sénégal.
Vient ensuite la nomination des membres du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) pendant que les professionnels de l’information attendaient la mise en place de la Haute Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle (Harca), conformément aux textes pertinents du nouveau Code de la presse, tout en respectant les critères objectifs de nomination. Le «jub, jubal, jubanti» commence par le respect des lois en vigueur, sinon il reste un slogan creux.
Et Alioune Sall semble s’inscrire dans du «maa tey» dans toute sa démarche. Pour preuve, le Cdeps a dénoncé son exclusion de «l’avant-projet de la loi sur la publicité (…), tant dans sa phase d’élaboration que dans l’identification des acteurs du secteur». A l’instar du Cdeps, la Fédération des acteurs de la communication et de l’information du Sénégal (Facs) s’en est aussi prise aux façons de la tutelle, en commençant par son attitude «cavalière et non inclusive». Selon le Ben de la Facs, le ministre de la Communication traîne une autre faiblesse, à savoir «sa méconnaissance manifeste de la structuration du tissu des entreprises de presse du Sénégal majoritairement composé d’entreprises de type informel à l’image du reste du tissu économique sénégalais et l’absence de mesures d’accompagnement de ces entreprises vers la formalisation». On fait mieux quand on sait pourquoi on fait, mais Alioune Sall ne semble pas savoir où aller.
Outre le secteur des médias, les autres pans du ministère (Poste, télécommunications, Economie numérique,…) souffrent de la démarche cavalière d’un ministre sous l’emprise de son Conseiller Vieux Aïdara, sorte de Raspoutine à la sauce tropicale. D’ailleurs, l’on se demande, comme le journal L’Obs, comment se fait-il que ce contumax soit encore en liberté ? En 2015, dans le dossier concernant Karim Wade relativement à l’enrichissement illicite, Vieux Aïdara, exilé depuis 2012, avait été condamné par défaut à 10 ans de prison pour complicité d’enrichissement illicite.
Sûrement que le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, qui se veut chantre de l’application rigoureuse de la loi, « sans état d’âme », ne sait que Aïdara « mâchouille » l’oreille de son collègue. Mais ce qui est certain c’est qu’aucun régime qui veut opérer une rupture systémique ne devrait couvrir dans ses basques pareille personne. Quelles que soient ses idées et ses relations, un repris de justice reste un justiciable comme tout le monde et doit expier sa sentence dans sa globalité avant de prétendre à toute réhabilitation.
PAR CHERIF DIOP
PASTEF, LE DILEMME DES MILITANTS BIGOTS
Dans un contexte où le Sénégal expérimente une nouvelle alternance politique, le Pastef se retrouve face à un dilemme inédit : composer avec une frange de militants aux positions radicales, devenus un contre-pouvoir informel
Dans un contexte où le Sénégal expérimente une nouvelle alternance politique, le Pastef se retrouve face à un dilemme inédit : composer avec une frange de militants aux positions radicales, devenus un contre-pouvoir informel. Entre loyauté envers ces cerbères du Projet et protection des institutions républicaines, Ousmane Sonko et son gouvernement naviguent en eaux troubles. Dans cet article incisif, cherif Diop explore les enjeux de cette contestation interne, l'impact des réseaux sociaux entre autres.
Au Sénégal, la troisième alternance fait face à un contre-pouvoir d’un nouveau genre.
Si la détention du pouvoir procède de l’élection, son exercice se lie à d’autres mécanismes de gestion.
À ce propos, le lancement prochain de la plateforme Ligeeyal sa reew, « qui permettra à chaque Sénégalais de déposer sa candidature aux postes publics en compétition » est à rebours de la levée de boucliers contre la nomination de citoyens non membres de Pastef ou qui auraient critiqué le Projet. Chaque Sénégalais, quelle que soit son origine ou ses opinions a sa place au sein de la République, sauf celles et ceux qui affichent des penchants, ethnicistes, séparatistes. Les autorités ont la responsabilité de contourner les marches du communautarisme qui mènent tout droit vers un gouffre bien sombre. Les sympathisants bigots de Pastef disent exprimer leur désaccord au nom de la démocratie. Cependant, cette contestation « démocratique » interne peut paraître cocasse à bien des égards, mais révèle une nouvelle donne pas si inintéressante, si elle est utilisée à bon escient.
Un contre-pouvoir d'un nouveau genre
Ousmane Sonko n’est pas Périclès le père de la démocratie radicale, et on est encore très loin de la démocratie athénienne mais, Pastef a promis une révolution copernicienne de la gestion des affaires de la cité « Li nieup book, nieup jotsi ». Sous ce prisme, la « rébellion » née de la nomination de Aoua Bokar Ly, la deuxième du genre après l’épisode Samba Ndiaye, est de bon augure, si de tels agissements peuvent servir l’intérêt général et non le desiderata « pastéfien ». Au Sénégal, le bon vouloir de l’autorité a très souvent prévalu. Or, « Il faut que le pouvoir arrête le pouvoir », formule célèbre de l’une des figures clés des lumières. À la lumière de cette vive polémique, les militants bigots ont montré qu’ils peuvent jouer le rôle d’un puissant contrepouvoir certes informel, mais tout aussi redoutable, au point de faire réagir nuitamment leur président de parti. Le maharaja de pastef s’est érigé en bouclier du chef de l’État contre les patriotards à l’insulte abondante à l’endroit du président de la République.
La constitution sénégalaise a fait de son gardien « un monarque élu » qui s’arroge presque tous les pouvoirs.
Le changement « systémique » tant chanté ferait un pas de géant, si les cerbères du PROJET se muent en défenseurs du temple républicain. Contrôlant l’action de l’ État, de la même manière qu’ils ont réussi, un temps, à imposer un récit dominant au sein de l’opinion, par le canal révolutionnaire des réseaux sociaux. Et si cette même volonté guidait leur jugement objectif de l’action publique ? Ce tournant historique permettrait une surveillance constante du mode de gestion de nos autorités. De telle manière que, tout poste convoité ne soit plus un privilège encore moins une sinécure. À cette condition, l’avènement de Bassirou Diomaye Faye se révélera une véritable respiration démocratique. En attendant l’effectivité de la transformation socio-économique du Sénégal, une autre paire de manches.
Par CheIkh NIANG
LE THÉÂTRE D’UN PRÉSIDENT SANS VISION
Lors de la conférence des ambassadeurs de France, tenue le 6 janvier 2024, Emmanuel Macron s’est livré à un exercice qui lui est désormais familier : celui d’un sophiste capable de faire passer un recul stratégique pour une avancée maîtrisée.
Lors de la conférence des ambassadeurs de France, tenue le 6 janvier 2024, le président Emmanuel Macron s’est livré à un exercice qui lui est désormais familier : celui d’un sophiste capable de faire passer un recul stratégique pour une avancée maîtrisée. Dans un discours marqué par l’autosatisfaction, il a assuré que la France n’était pas en déclin en Afrique mais en pleine « réorganisation ».
Pourtant, sous ce vernis de confiance feinte, se dessine le portrait d’un président sans vision, plus préoccupé par les effets de manche que par l’introspection profonde qu’exige le rôle d’un homme d’État.
Présenter le départ des troupes françaises d’Afrique comme une décision souveraine du pouvoir français relève de l’illusion. En réalité, la France n’a pas choisi de partir : elle a été poussée vers la sortie par des peuples lassés d’un partenaire perçu comme arrogant et déconnecté. Les appels au retrait des bases militaires, exigés par les peuples africains concernés, traduisent un rejet de décennies de paternalisme déguisé en coopération. Face à cette vérité qui crève les yeux, Macron préfère s’enfermer dans une rhétorique de reproche, se plaignant de l’« ingratitude » africaine.
« Je crois qu’on a oublié de nous dire merci », a-t-il lancé avec une ironie qui trahit une profonde incompréhension des dynamiques historiques et politiques. Merci pour quoi ? Pour des interventions militaires souvent perçues comme des ingérences ? Pour des partenariats déséquilibrés qui ont maintenu le continent dans une dépendance chronique ? En prétendant que les États africains doivent leur souveraineté à l’armée française, Macron insulte l’histoire de peuples qui, depuis des décennies, luttent pour une véritable indépendance.
Cette posture révèle un péché débilitant : une absence totale de vision stratégique pour la France. Un homme d’État véritablement lucide aurait compris que le monde change, que l’Afrique se transforme et qu’il est urgent de redéfinir les bases d’un partenariat respectueux et équitable. Au lieu de cela, le Président Macron persiste à croire que des effets de discours suffiront à masquer l’érosion de l’influence française. Sa conception de la diplomatie repose davantage sur des phrases choc et des postures théâtrales que sur une réflexion profonde sur le rôle de la France dans un monde multipolaire.
Le recul de la France dépasse largement les frontières de l’Afrique. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la France s’est progressivement isolée sur la scène internationale, incapable de renforcer ses alliances et de s’imposer comme une puissance crédible face aux défis globaux contemporains. Un exemple frappant a été le camouflet infligé à la France en septembre 2021, lorsque l’Australie a annulé un contrat de 56 milliards d’euros signé en 2016 pour des sous-marins conventionnels, se tournant plutôt vers une alliance stratégique (AUKUS) avec les États-Unis et le Royaume-Uni pour des sousmarins à propulsion nucléaire. En outre, l’absence de ligne directrice claire de la France sur la situation en Palestine, notamment la tragédie qui se déroule à Gaza, obéit au même syndrome de perte de repères mais aussi d’abandon des principes de vérité et de justice. Les grands hommes d’État se distinguent par leur capacité à anticiper, à réinventer, à bâtir des ponts là où d’autres voient des obstacles. Le Président Macron, lui, préfère consolider son image, confondant la lucidité avec une justification du statu quo.
En Afrique, cette absence de vision est encore plus criante. Là où la France aurait pu se positionner comme un partenaire de choix pour accompagner l’émergence de nouvelles puissances africaines, elle est devenue un poids stagnant, une présence encombrante. Tandis que les autres partenaires misent sur des relations économiques et stratégiques, Macron reste englué dans une rhétorique néocoloniale qui ne fait que solidifier le rejet de la France. Le partenariat vanté par le président français n’a d’égal que son incapacité à écouter et à respecter les aspirations des peuples africains.
La France ne se « réorganise » pas en Afrique. Elle recule, et cette régression est le résultat direct de l’absence de vision d’un président qui confond arrogance et leadership. Les grands hommes d’État savent reconnaître leurs erreurs, comprendre les mutations du monde et s’adapter avec humilité et intelligence. Macron, lui, se réfugie dans une autosatisfaction déconcertante, espérant que les jeux d’ombres et de lumière suffiront à masquer les fissures d’une politique étrangère en ruines.
Cependant, le redressement n’est pas irrévocablement compromis, car la France possède encore des atouts qu’elle peut exploiter pour nouer des relations saines avec l’Afrique. Mais cela ne sera possible que si elle fait preuve d’une véritable lucidité, non de celle que décrit Emmanuel Macron, mais bien de celle qui repose sur le bon sens et une compréhension éclairée des réalités contemporaines
Par Sidy DIOP
UN ORACLE ABSOLU ?
Le sondage occupe une place prépondérante dans les sociétés démocratiques contemporaines. Outil de mesure de l’opinion publique, il se présente comme un baromètre permettant de saisir les aspirations et les préoccupations des citoyens.
Le sondage occupe une place prépondérante dans les sociétés démocratiques contemporaines. Outil de mesure de l’opinion publique, il se présente comme un baromètre permettant de saisir les aspirations et les préoccupations des citoyens. Cependant, son utilisation soulève autant d’enthousiasme que de réserves.
D’un côté, le sondage offre une photographie instantanée de l’état d’esprit des populations. Il permet aux décideurs politiques, aux médias et aux acteurs de la société civile de mieux comprendre les attentes de leurs concitoyens. Par exemple, en période électorale, les sondages aident à identifier les priorités des électeurs et à ajuster les discours pour répondre à ces attentes. De même, ils sont un outil précieux pour vérifier si une réforme ou une politique publique bénéficie d’un soutien populaire.
Mais cette « démocratie des sondages » n’est pas sans risques. D’abord, les sondages influencent parfois l’opinion qu’ils prétendent mesurer. Lorsqu’une majorité d’individus est donnée gagnante ou qu’un sujet est présenté comme dominant, il peut générer un effet de conformisme ou au contraire de rejet, modifiant ainsi le débat public. Ensuite, le sondage simplifie souvent des enjeux complexes, les réduisant à des questions binaires ou à des pourcentages, au détriment de la nuance et du dialogue approfondi.
Par ailleurs, le biais méthodologique des sondages – échantillons parfois non représentatifs, questions orientées ou interprétation des résultats – peut fausser leur crédibilité. L’exemple des prévisions électorales erronées dans certaines démocraties en témoigne. De plus, les sondages risquent de renforcer la logique du court terme, les gouvernants étant tentés de privilégier des décisions populaires plutôt que de s’engager dans des réformes impopulaires mais nécessaires.
En démocratie, l’opinion publique doit être écoutée, mais elle ne saurait dicter chaque étape du processus décisionnel. Les sondages, bien que précieux, doivent rester des instruments parmi d’autres pour éclairer le débat public. Ils ne peuvent remplacer le dialogue, la délibération et le rôle fondamental des institutions dans l’arbitrage des choix collectifs.
Ainsi, l’enjeu réside dans l’usage responsable du sondage : le considérer comme un outil d’information, non comme un oracle absolu. Une démocratie mature se distingue par sa capacité à équilibrer l’écoute de l’opinion et la prise de décisions éclairées, fondées sur l’intérêt général à long terme.
par Fary Ndao
BIRAME SOULEYE DIOP, PROTÉGEZ VOS COLLABORATEURS
Il est inacceptable qu'un journal proche de Pastef se permette de catégoriser les DG entre fréquentables et infréquentables selon leur date de nomination avant ou après avril 2024, sans réaction ferme de votre part
M. le ministre, protégez vos collaborateurs et Directeurs
M. Le ministre,
Permettez-moi de rompre la chaîne hiérarchique pour m’adresser directement à vous afin de vous inviter, respectueusement, à marquer votre désaccord ferme face aux attaques ad hominem et nauséabondes du journal « Yoor-Yoor » envers les dirigeants administratifs et techniques du secteur énergétique sénégalais.
En effet, dans sa Une du jeudi 9 janvier 2025, ce quotidien cite 7 dirigeants dont votre Directeur de Cabinet et votre Secrétaire Général, comme étant des « figures du système Macky Sall qui contrôlent encore le secteur énergétique ».
Ma conviction est que nous ne pouvons pas nous permettre, dans cette aube pétrolière et gazière pour notre pays, où nous devons poursuivre la consolidation de nos rapports avec nos frères mauritaniens dans le cadre du gisement GTA, faire face à des multinationales rompues à la tâche, accélérer la venue du gaz domestique pour baisser le prix de l’électricité et faciliter l’industrialisation, de désigner des bons et des mauvais fonctionnaires. Il est inacceptable qu’un journal, réputé proche de votre parti PASTEF-Les patriotes, se permette de désigner des Directeurs généraux fréquentables parce qu’ils seraient nommés depuis avril 2024 et d’autres infréquentables parce qu’ils auraient été nommés avant, sans que cela n’entraine une réaction ferme de notre Ministère de tutelle. L’administration sénégalaise a toujours servi, malgré ses insuffisances, avec loyauté, voire même avec du zèle, les différents régimes qui se sont succédé. Elle ne saurait être scindée entre fonctionnaires et directeurs du « Projet » et d’autres qui ne le sont pas. Nous servons tous la seule et même République.
Le secteur énergétique sénégalais, sans être parfait, a connu des progrès notables ces dernières années. Notre capacité électrique installée a triplé entre 2012 et 2023, pas moins de quatre nouvelles lois et plus d’une dizaine de décrets associés ont vu le jour pour encadrer le fonctionnement de l’industrie pétrolière (Code pétrolier, Code gazier, Loi sur le Contenu local, Loi encadrant les revenus issus de l’exploitation du pétrole et du gaz), la Commission de régulation du secteur de l’énergie a été réformée, près d’une centaine d’ingénieurs, sur la base d’un concours au mérite, ont été formés par l’Institut National du Pétrole et du Gaz (INPG) depuis 2018. Ces résultats sont le fait, pour partie, de ces fonctionnaires aujourd’hui livrés à la vindicte des radicaux et des journaux qui leur fournissent des cibles à abattre. Nous savons tous que travailler pour l’Etat est ingrat mais il est inacceptable que la moralité, la réputation professionnelle et le patriotisme au service des Sénégalais de hauts fonctionnaires dont l’extrême majorité est non encartée politiquement soient continuellement attaqués par des individus dont la maîtrise des enjeux de ce secteur plus que crucial, comme l’a rappelé le Premier ministre lors de sa Déclaration de politique générale, est au mieux limitée, voire inexistante.
La nécessaire reddition des comptes, exercice indispensable dans une démocratie où des alternances surviennent, ne saurait être un prétexte pour procéder à une « chasse aux sorciers » - car on ne parle ici que d’hommes - au sein de notre administration. Vous le savez bien mieux que quiconque, ministre est un poste politique, et pour vous avoir entendu le dire lors d’un atelier public, vous êtes conscients de la qualité des ressources humaines de ce secteur où la réserve est de mise au vu des enjeux de confidentialité et la dimension stratégique du travail effectué. Je m’autorise donc à sortir de la mienne pour vous inviter à exercer cette prérogative politique qui est la vôtre et à défendre ceux qui vous épaulent au quotidien dans votre travail. Ces hauts fonctionnaires, tous compétents, et cela je peux en témoigner sur l’honneur, permettent aux Sénégalais de ne plus vivre sous le joug des coupures d’électricité, mais aussi de bénéficier d’un approvisionnement continu en produits pétroliers pour leur transport et, contribueront, à n’en pas douter, à faire sentir les bénéfices de l’exploitation de leurs ressources naturelles aux Sénégalais.
Avec respect et considération,
Fary Ndao est Responsable Projets et Prospective
PETROSEN Trading & Services.