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6 avril 2025
Opinions
Par Salla GUEYE
ÉCHARPES ENVOLEES !
En moins de dix jours, Barthélémy Dias a réussi un exploit rarissime dans le monde politique sénégalais : perdre deux écharpes, et pas n’importe lesquelles !
En moins de dix jours, Barthélémy Dias a réussi un exploit rarissime dans le monde politique sénégalais : perdre deux écharpes, et pas n’importe lesquelles ! Non, il ne s’agit pas d’une collection de soie de haute couture, mais de l’écharpe de député et de celle de maire de Dakar. Un véritable tour de montagnes russes pour l’élu, qui, après avoir battu campagne avec un enthousiasme contagieux, se retrouve… sans rien autour du cou.
Son premier accroc ? Un petit détail juridique, une condamnation définitive dans l’affaire Ndiaga Diouf, un incident tragique datant de 2011. Bon, ce n’est pas si « petit » que ça. Mais le pire dans cette histoire, c’est que son « prix de consolation » n’a pas été un poste, mais un chèque de 26 millions F Cfa versé à la famille du défunt. Un joli geste… mais pas suffisant pour conserver son précieux statut.
Le résultat ? En un clin d’œil, Barth’ est désormais un Sénégalais comme un autre. Non, pas un simple citoyen lambda, mais un citoyen qui ne peut plus se vanter de participer aux élections. Du moins pour un bon moment ! Une sorte de téléspectateur de luxe, avec l’exclusivité de regarder la politique à la télévision ?
Que c’est cruel. Dans un passé très récent, l’avenir de Barthélémy Dias était en constante ascension. C’était avant. Aujourd’hui, il fait la queue comme tout le monde pour un café, mais avec une pointe de nostalgie pour ses écharpes disparues. Reste à savoir s’il faudra attendre qu’il « remonte » ou si cette chute est tout simplement la fin de la route pour lui.
En attendant la suite judiciaire, il va sûrement avoir beaucoup de temps pour réfléchir, ou mieux, pour tenter une reconversion. Qui sait, un rôle dans une série télé ? « Barthélémy Dias : maire et député, mais pas pour longtemps ».
Par Salla GUEYE
ÉCHARPES ENVOLEES !
En moins de dix jours, Barthélémy Dias a réussi un exploit rarissime dans le monde politique sénégalais : perdre deux écharpes, et pas n’importe lesquelles !
En moins de dix jours, Barthélémy Dias a réussi un exploit rarissime dans le monde politique sénégalais : perdre deux écharpes, et pas n’importe lesquelles ! Non, il ne s’agit pas d’une collection de soie de haute couture, mais de l’écharpe de député et de celle de maire de Dakar. Un véritable tour de montagnes russes pour l’élu, qui, après avoir battu campagne avec un enthousiasme contagieux, se retrouve… sans rien autour du cou.
Son premier accroc ? Un petit détail juridique, une condamnation définitive dans l’affaire Ndiaga Diouf, un incident tragique datant de 2011. Bon, ce n’est pas si « petit » que ça. Mais le pire dans cette histoire, c’est que son « prix de consolation » n’a pas été un poste, mais un chèque de 26 millions F Cfa versé à la famille du défunt. Un joli geste… mais pas suffisant pour conserver son précieux statut.
Le résultat ? En un clin d’œil, Barth’ est désormais un Sénégalais comme un autre. Non, pas un simple citoyen lambda, mais un citoyen qui ne peut plus se vanter de participer aux élections. Du moins pour un bon moment ! Une sorte de téléspectateur de luxe, avec l’exclusivité de regarder la politique à la télévision ?
Que c’est cruel. Dans un passé très récent, l’avenir de Barthélémy Dias était en constante ascension. C’était avant. Aujourd’hui, il fait la queue comme tout le monde pour un café, mais avec une pointe de nostalgie pour ses écharpes disparues. Reste à savoir s’il faudra attendre qu’il « remonte » ou si cette chute est tout simplement la fin de la route pour lui.
En attendant la suite judiciaire, il va sûrement avoir beaucoup de temps pour réfléchir, ou mieux, pour tenter une reconversion. Qui sait, un rôle dans une série télé ? « Barthélémy Dias : maire et député, mais pas pour longtemps ».
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
UN DÉTOURNEMENT LITTÉRAIRE EN FAVEUR DES LETTRES AFRICAINES
EXCLUSIF SENEPLUS - On perçoit à travers La plus secrète mémoire des hommes, l’habileté de Mbougar Sarr à se moquer du monde impitoyable des lettres françaises qui catégorise et enferme dans des ghettos identitaires
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Le roman à clé est placé au carrefour des genres littéraires derrière lequel se cachent des vérités souvent étouffées et parfumées à l’odeur du scandale. Celui-ci représente, de manière plus ou moins explicite, un espace romanesque où des personnages réels renaissent à travers le tissu de la fiction. Le réel s’imbrique à l’illusion tel un fantôme qui revient pour nous interroger. L’histoire ainsi racontée s’autorise toute liberté pour mettre à jour une énigme en tordant tous les codes littéraires.
C'est bien sur cette nature littéraire que repose le roman de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, dont le titre s’inspire d’un extrait du livre de Roberto Bolaño Les détectives sauvages, œuvre littéraire libre sur la littérature latino-américaine. Avec le roman de Mohamed Mbougar Sarr, ce processus littéraire est à son apogée car le roman nous captive autant qu’il nous surprend par sa construction habile qui contient des enjeux politiques et historiques, tout en bâtissant un vrai roman aux ressorts fictifs en embrassant la poésie, le fantastique et l’exaltation.
C'est l'histoire d’un jeune écrivain sénégalais, Diégane Latyr Faye, auteur d’un livre intitulé Anatomie du vide, qui vit en exil en France, très lettré et en quête de reconnaissance. Dès les premières pages, le cadre est posé par le truchement de son journal intime et littéraire. Celui-ci devient son alter-ego et le narrateur lui livre toutes ses pensées, en même temps qu’au lecteur que nous sommes. Et là commence la quête d’un mystère autour de la disparition d’un livre ou plus exactement celle de sa malédiction.
De manière fortuite, le jeune écrivain tombe sur un livre impénétrable, voire ésotérique, et surtout oublié, Le labyrinthe de l’inhumain, publié en 1938 par un auteur à l’apparence de squelette T.C. Elimane. La plongée dans la lecture de ce roman sulfureux tourne à l'obsession pour le narrateur. Ainsi commence la chasse à la vérité romanesque et littéraire. Cette énigme va entraîner Diégane Latyr Faye sur les chemins de la mémoire coloniale, de l’exil et de l’identité africaine.
Ainsi, les référents littéraires sont habilement transposés, chacun comprend ce qu’ils recouvrent, tout en créant un véritable univers littéraire. L’écrivain T.C. Elimane, qui a pourtant disparu, est véritablement incarné. Il est l’auteur d’un livre qui a fait scandale et qui figure dans le Précis des littératures nègres et qui a fait l’objet des pages littéraires avant-guerre. En 1948, un critique littéraire se pose la question Qui était vraiment le Rimbaud Nègre ?
On perçoit ici l’habileté de Mohamed Mbougar Sarr à se moquer du monde impitoyable des lettres françaises qui catégorise et qui enferme dans des ghettos identitaires.
Même si l’on sait que le personnage de T.C. Elimane est le double de Yambo Ouologuem, écrivain malien né en 1940, il est son incarnation sans l’être car tout est mouvant et devient fiction. La construction astucieuse de l’auteur tient à cela : qu’est-ce qui relève du réel ? Est-ce que la fiction est proche de la vérité ? La question que semble poser l’auteur : Qu’est-ce que la littérature ? À l’instar de Jean-Paul Sartre qui exposait les affres de l’écriture et de ses gouffres. Ainsi, le narrateur habite sa focalisation intérieure, celle de retrouver les traces de T.C. Elimane qui se dérobe à toutes ses recherches. C’est aussi ce qui fait l’attrait du roman, ce labyrinthe littéraire et humain qui se joue de l’histoire, avec malice, pour mieux dénoncer.
Le roman s’écrit lui-même avec la mise en abîme d’une réalité supposée qu’il détourne pour mieux s’en détacher. Il use de tous les artifices littéraires : épopée historique, récit fantastique et roman noir se côtoient dans une valse de mots, des mots qui n’ont pas peur de choquer ! Ce sont des tableaux imagés aux allures étranges et rocambolesques tout en conservant une langue réaliste, crue qui parfois s’échappe pour des envolées lyriques inattendues.
Dans le même temps, Mohamed Mbougar Sarr raconte, avec subtilité et brio, le destin tragique de Yambo Ouologuem, auteur du livre Le devoir de violence, publié en 1968 et récompensé par le Prix Renaudot, accusé alors de plagiat et effacé des pages littéraires. Ce qui va conduire Yambo Ouologuem à quitter le monde des lettres pour regagner son Mali natal, loin des caricatures du monde néocolonial.
Le talent de Mohamed Mbougar Sarr tient en cette capacité à bâtir un univers littéraire solide, référencé et documenté, tout en s’autorisant une grande liberté d’énonciation pour mieux dire la réalité de la littérature africaine.
Avec ce roman, Mohamed Mbougar Sarr fait un coup d’éclat en inscrivant la littérature africaine contemporaine au panthéon mémoriel, en révélant l'ostracisme dans lequel elle est encore maintenue par le regard néocolonial, tout en remportant la victoire du Prix Goncourt, le plus prestigieux des lettres françaises.
La profondeur de son arcane textuelle et intertextuelle et de sa stylistique polyphonique font assurément de Mohamed Mbougar Sarr un auteur majeur de notre paysage littéraire contemporain.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey, Paris, 2021.
EXCLUSIF SENEPLUS - La finesse de la plume de Fary Ndao, son humour et sa capacité à mêler introspection et critique sociale sont à saluer. Sa narration, riche et sensible, éclaire des facettes souvent ignorées de l’art de la politique
Sokhna Maguette Sidibé et Amadou Demba Baldé |
Publication 15/12/2024
“Le Dernier des arts” de Fary Ndao est un roman captivant dans lequel le narrateur nous promène dans les rouages d’une rude campagne électorale.
Dès les premières lignes, le lecteur est saisi et entraîné dans une scène in media res, au cœur de l’action sans préambule ni préparation préalable. Le narrateur nous tient la main pour faire de nous un spectateur clé de la proclamation des résultats du premier tour. Le récit se passe dans un pays fictif au cœur d’une élection présidentielle opposant un novice Sibilumbaye Fall, personnage principal du récit et la présidente Aminata Sophie Cissé (ASC).
Le narrateur occupe habilement l’espace et aborde tant de thèmes d’actualité comme le Djihadisme, l’immigration, la corruption etc. Dotés de nuances et de paradoxes, les personnages révèlent une complexité intérieure qui reflète la profondeur de la condition humaine si chère à un certain Balzac.
Spoiler Alert !
À la découverte de quelques personnages dans leurs complexités
Tout d’abord, il serait opportun de se pencher sur le personnage de Sibi l’ambitieux qui aspire à diriger son pays. Au début, il scintille par son calme et sa sérénité, un homme politique qui se démarque, droit dans ses bottes et en phase avec lui-même. Sa casquette de politicien n’est pas dévoilée en premier mais plutôt celle d’un citoyen qui rêve de révolutionner son pays.
Nous avons affaire à un idéaliste. L’homme et le politicien se conjuguent ensemble sans tiraillement intérieur. Il est sensible aux maux du peuple, à sa famille qui souffre de son absence, il porte en lui l’espoir de « faire changer les choses ».
Au fil du récit, une dualité s’installe : Sibi le politicien est confiant, sûr de lui, compatissant, et charismatique. Sibi l’homme est mélancolique, romantique, et traîne des séquelles psychologiques d’une enfance difficile. Plus on avance dans le récit, plus ces deux « personnalités » s’entrecroisent à travers plusieurs dilemmes. Le personnage évolue et s’accepte pleinement en passant de l’innocence à une sorte de résilience. Cette “acceptation de soi" fait suite à un déclic matérialisé par deux scènes : la dispute conjugale très houleuse avec Zeynab et la retraite “spirituelle“ de Sibi dans son village natal. La nouvelle version est prête à se mouiller et à faire des compromis si nécessaire pour parvenir à ses fins. Le rideau est désormais levé. On assiste à son engouffrement dans la part sombre de la politique. A la question « La politique doit-elle forcément contenir une part sombre ? », le narrateur répond par l’affirmative. Ce parti-pris relève-t-elle du pessimisme ? Du fatalisme ? Ou encore du réalisme ? Il y a certainement un peu des trois.
Toujours est-il que c’est dans ce tiraillement entre la politique comme cause noble et la politique comme terrain sale, miné de compromis où les bassesses se concurrencent, que les contradictions de Sibi se dévoilent. Il sera amené à faire des choix où l’une de ses personnalités prendra le dessus, il ne peut y avoir d’équilibre dans les moments cruciaux.
Avec le recul, l’auteur redonne de l’humanité à la politique, qui finalement n’est rien d’autre que le reflet de l'être humain dans toute sa complexité, éternellement pris entre l’intransigeance des nobles idéaux et la part d’ombre que semble réclamer le pragmatisme politique. Il nous tend un miroir nous intimant ainsi de nous demander qu’allions nous faire à la place des hommes politiques dans de pareilles circonstances. La critique est aisée, l’art difficile.
Tout au long du récit on découvre que Sibi est aussi un père de famille à l’écoute, qui malgré son absence n’oublie pas sa femme Zeynab, sa fille Sarah (personnage solaire et central dans la vie du couple), et son fils Sidi (moins présent dans le récit). Contre toute attente, une confrontation avec sa femme nous montre aussi qu’il reste un homme qui n’a pensé qu’à sa carrière politique.
Attardons-nous sur le personnage de Zeynab et leur couple. Elle est décrite comme la force pivotante de la famille, assurant seule l'éducation de leurs enfants en l'absence fréquente de Sibi. Ce rôle maternel démontre son engagement silencieux, contrastant avec la visibilité de l’engagement politique de son mari. Sibi la présente aussi comme « la plume ». Ce qui renvoie à son rôle d’intellectuelle et de conseillère morale pour lui. Son personnage complexe et critique représente le dilemme entre l'amour et le devoir. Bien qu’elle soutienne son mari, elle n'hésite pas à critiquer les choix de vie de ce dernier ainsi que les impacts sur leur famille et son bien être personnel. Son personnage met en lumière la charge émotionnelle, assignée silencieusement, qu’assument les partenaires des figures publiques, souvent dans l’ombre mais essentielles à leur équilibre. Son intelligence et son indépendance intellectuelle proposent une autre approche du pouvoir. Sibi a l’air de redécouvrir sa femme durant ces présidentielles. Elle lui fait comprendre qu’il n’a pas le droit à l’échec, elle a sacrifié sa carrière pour lui, sa réussite est donc liée à la sienne.
Sibi se trouva surpris par cette déclaration de Zeynab : il était conscient de son absence au sein de sa famille mais ne mesurait pas le poids et les conséquences de celle-ci. Il a priorisé son projet et sa campagne au détriment de son rôle de mari, de père mais également des rêves de sa femme. Les mots de Zeynab ont constitué un réveil brutal qui engendrera une fuite vers le royaume de l’enfance. Au-delà de ce comportement égoïste, Sibi s’est présenté comme un prototype de la société patriarcale pour qui le rôle de la femme se résume à la gestion des enfants et à la satisfaction des desiderata de son mari. Dans ce cas de figure, Sibi tirera profit également des capacités intellectuelles de Zeynab pour réaliser ses ambitions.
À côté des tiraillements intérieurs de Sibi, l’auteur nous dresse un autre portrait, un politicien qui d’apparence ne vit pas de conflits intérieurs comme notre personnage principal : Diassé. Diassé se démarque par son idéalisme marxiste et son vécu jalonné par de nombreuses années de luttes politiques. C’est une figure qui interroge le sens de la politique et son prolongement sur le peuple. Sibi et Diassé ont une différence marquée dans l’approche politique. Le premier est plus nuancé et pragmatique que le second qui est perché dans ses idéaux.
Le contraste entre les deux personnages met aussi en lumière une question centrale du roman : les compromis nécessaires pour atteindre des objectifs collectifs. La politique est un art où se mêlent passion, talent et coups bas. L’idéalisme ne suffit pas, il faut se mouiller, c’est-à-dire embrasser la part d’ombre comme nous le suggère implicitement Diassé qui regrette que sa génération n’ait franchi le pas. Le personnage de Diassé explore aussi le dilemme de l’intellectuel engagé et le pragmatisme des luttes quotidiennes.
Bien qu’attaché à la quête d’un idéal plus équitable, il ajoute une dimension critique au discours politique du roman. Cette dualité permet d’enrichir les débats sur l’engagement et l’efficacité dans un cadre souvent marqué de désenchantement.
Sibi est entouré d’une équipe de campagne dévouée et rompue à la tâche avec chaque personnage son rôle et son tempérament. Entre autres personnages il y a l’infatigable et téméraire Pape prêt à tout pour faire gagner son leader, Philomène brillante stratège dont on pourrait déplorer l’absence progressive vers la fin du récit. Sans oublier son grand concurrent et rival de toujours Coulibaly dont le personnage est sans doute l’un des plus réussis du roman.
Si l’on peut être certain d’une chose c’est que la fin du dernier dialogue entre les deux rivaux ouvrira une palette d’interprétations chez les lecteurs et sera objet de débats nocturnes sur ce qui s’est passé réellement dans cette scène.
Au milieu de ce capharnaüm et de cette compétition électorale sans merci, une scène marquante et solennelle mérite l’attention : la rencontre entre les deux candidats. Elle est l’illustration parfaite qu’en politique, il y a quelque chose au-dessus de toutes les querelles : la République dont la sacralité est tant invoquée et évoquée. Cet échange franc et direct entre l'opposant et la présidente sortante témoigne d'une élégance remarquable, s'inscrivant dans la plus pure tradition de la realpolitik. Encore une fois, comme pour dire que la politique est tout un art.
Place aux odes…
L'auteur nous offre des odes inspirées, explorant des thèmes et des objets qui ont certainement marqué son parcours intellectuel. À travers le personnage de Diassé, se dessine une vision de la lecture et de la littérature rappelant celle d'Antoine Compagnon. Ce dernier soutient que la littérature nous confronte aux complexités de la condition humaine, elle ne donne pas de réponses simples mais soulève des questions essentielles. Notre vieux marxiste Diassé rejoint cette idée et à travers lui, l’auteur nous offre une tirade qui constitue un des meilleurs passages du roman. Pour lui, la lecture aide l’homme à mieux se comprendre. En nous confrontant à notre ignorance, elle nous pousse à questionner davantage et à accepter la diversité des croyances. Ainsi à la question “pourquoi lit-on” de son interlocuteur, le vieux Diassé termine par cette belle chute : « la lecture n'est pas la vie, elle ne lui est même pas nécessaire mais elle en est le plus beau et le plus grand des agréments »
Dans la même lignée des odes, une part belle est réservée à la Kora, une description digne d’une envolée lyrique qui emporte le lecteur dans le rythme de cet instrument de musique, si cher à l’Afrique de l’Ouest. Cette ode à la Kora apporte une grande dimension poétique à la narration. La profondeur et la subtilité de la plume se font sentir tout au long des scènes. En attestent la page 138 et suivantes dans lesquelles le personnage principal Sibi parle de la pauvreté. Il y fait un réquisitoire et l’état des lieux de tout un système qui a failli. Le narrateur ne décrit pas seulement la pauvreté, il la décortique à l’aune de ses ramifications et la personnifie en ces termes « Là est le génie de la pauvreté : elle s'adjoint toujours de décence pour nous faire croire qu'elle est supportable. Elle se présente à nous avec un voile de simplicité et d'authenticité alors que ceux qui la vivent au quotidien sont broyés par sa brutalité ». Il enchaîne observations et analyses fines de son environnement.
Sibi est un personnage conscient du milieu qui l’entoure et s’oblige à jouer le jeu. Autant il fréquente le milieu du lobbying financier et médiatique utile à sa campagne, autant il sait vivre avec les siens et fréquenter les commerçants d’un marché précaire ; il vacille entre sincérité dans ses dialogues et nécessité de dialoguer pour gagner des voix. Des dialogues qui laissent transparaître le sens humoristique de l’auteur présent dans beaucoup de passages comme celui hilarant sur les « kheut » que le vieux Diassé se plaît à distribuer.
Un titre à interprétations…
Par extension, si nous en revenons au titre après la lecture du récit, deux interprétations sont plausibles :
La politique comme un art en voie de disparition :
Le titre inspire une réflexion plus sombre sur la politique moderne. « Le dernier des arts » nous montre que la politique authentique, faite d'idéaux et de véritables convictions, si toutefois elle a existé, est en train de disparaître dans un monde cynique.
La politique comme l’art ultime :
Parmi les arts, la politique pourrait être considérée comme "le dernier des arts" en ce sens qu’elle englobe et dépasse tous les autres. Il s’agit d'un art complexe qui nécessite autant de stratégie que d’irrationnel. La conquête du pouvoir est tout un art qui convoque l'être humain dans son entièreté, ses qualités, ses défauts, sa grandeur d'âme, ses bassesses et ses émotions. La politique demande énormément de compromis qui peuvent exiger de sortir des sentiers battus de l’éthique et de la morale. Et l’auteur l’exprime encore mieux : “ La politique n'est pas et n'a jamais été une question rationnelle. Elle n'est, en définitive, qu'une affaire de tripes et de cœur. Et c'est peut-être mieux ainsi.”
S’il suscite autant d'interprétations et de questions sur la politique, ce roman démontre aussi et surtout l’essence de la politique. D’ailleurs l’essence d’un roman ne résiderait-il pas dans sa capacité à faire apparaître d’autres questions ? comme nous le fait remarquer Mbougar Sarr.
Fary Ndao fait une excellente entrée dans l’univers du roman avec « Le Dernier des arts ». La finesse de sa plume, son humour et sa capacité à mêler introspection et critique sociale sont à saluer. Sa narration riche et sensible éclaire des facettes souvent ignorées de la politique. Il est certain qu’il nous réserve de bonnes surprises à l’avenir.
Crédit Photo : jade_vision
Par Bachir FOFANA
L’ECONOMIE AGONISE PENDANT QUE SONKO SE VENGE
Ce pouvoir n’est pas prêt pour travailler pour le bien des Sénégalais et l’avancement de ce pays. Mais il est juste concentré à régler des comptes politiques avec Barthélemy Dias, Madiambal Diagne, Adama Gaye...
Mon ami Thierno Diop a posé une question sur sa page Facebook : «Plus sérieusement, en neuf mois y a quoi de neuf ?» Chacun a sa réponse, mais la mienne est que la statue de Lat Dior, que le président de la République est allé inaugurer à Thiès, est la première réalisation du «Porozet» en 9 mois. Ça peut faire sourire, mais c’est la triste réalité, et le pays est économiquement morose.
Pour preuve, le Sénégal est rentré bredouille de sa quête de 25 milliards de francs Cfa, pour une échéance de 39 jours, sur le marché financier de l’Uemoa (Cf : Une du Quotidien du 5 décembre). «La somme, soumise le vendredi 29 novembre, sous forme de Bons assimilés du Trésor (Bat), avait pour date de valeur le lundi 2 décembre. Or, à cette date, le Sénégal a reçu… zéro soumission ; personne n’a voulu de l’émission de la seconde économie de l’Uemoa», écrivait le journal. Suffisant pour que Cheikh Diba, ministre des Finances et du budget, monte sur ses grands chevaux pour démentir «formellement cette information infondée et dénoncer vigoureusement une tentative malveillante visant à porter atteinte à l’image du pays». Il ajoute aussitôt après que «l’émission de titres publics sur le marché régional de l’Uemoa répond à des règles et procédures strictes et transparentes que le Sénégal respecte scrupuleusement dans la mise en œuvre de sa stratégie d’endettement». Il reconnaît toutefois un peu plus loin : «Il est vrai que dans le calendrier indicatif communiqué en février 2024, une émission était prévue pour le 29 novembre 2024. Cependant, en raison de la mobilisation réussie, le 15 novembre 2024, d’un montant de près de 92 milliards F Cfa couvrant les prévisions initiales de 25 milliards F Cfa, cette émission n’a pas été finalement confirmée. Cette mobilisation significative, combinée à d’autres financements externes, a permis de renforcer la situation de trésorerie et d’annuler l’émission initialement envisagée pour le 29 novembre 2024.» Diba a cherché à démentir une information et l’a finalement confirmée ! L’info est simple pourtant : une émission est faite et a été finalement retirée. Et au moment de son retrait, il y avait zéro souscription ! Voilà les faits. Par ailleurs, le ministère nous informe qu’il y a eu 92 milliards dans une émission précédente. Sauf que l’information n’est pas complète. Ce que le ministère ne dit pas aux Sénégalais, c’est qu’il cherchait 130 milliards et n’en a obtenu que 92 ! D’habitude, le Sénégal obtenait souvent plus que ce qu’il cherchait. D’ailleurs, transparence pour transparence, nous attendons le «Rapport d’exécution budgétaire» du dernier trimestre et les services de Cheikh Diba tardent à se bouger.
La morosité économique selon la Dpee
Après Cheikh Diba, c’est au tour de Abdourahmane Sarr, ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, de nous décrire la morosité ambiante de l’économie sénégalaise à travers deux documents produits par ses services. En effet, le «Point mensuel de conjoncture» d’octobre 2024 et la «Note de conjoncture» (troisième trimestre) montrent une cartographie pas très reluisante. Des documents produits par la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee), logée à la Direction générale de la planification et des politiques économiques (Dgppe).
«Au troisième trimestre de 2024, le climat des affaires s’est dégradé, en variation trimestrielle. L’indicateur synthétique a diminué de 4, 6 points et est resté au-dessous de sa moyenne de long terme. Cette situation reflète les opinions défavorables des entrepreneurs de «Bâtiments des travaux publics», des prestataires de services et des commerçants. Sur un an, l’indicateur du climat des affaires a diminué de 3, 0 points au troisième trimestre de 2024», dit la note. Et l’on comprend pourquoi beaucoup d’hommes d’affaires préfèrent d’autres pays de la zone Uemoa, s’ils n’ont pas tout simplement mis la clé sous le paillasson.
Dans l’industrie par exemple, les contraintes à l’activité relevées par les industriels sont la demande (36%), la concurrence (33%), le recouvrement difficile des créances (28%), l’approvisionnement difficile en matières premières (19%) et la fiscalité (8%). C’est dire que les nouvelles autorités sont responsables à 72% de la situation de morosité dans le secteur industriel.
«Deuk bi dafa Diomy»
Même situation dans le secteur du Btp. Selon le «Point mensuel», dans le sous-secteur des bâtiments et travaux publics, «les obstacles soulevés par la majorité des entrepreneurs sont le recouvrement difficile des créances (83%), la fiscalité (67%), l’insuffisance de la demande (50%), l’accès difficile au foncier (33%), la concurrence supposée déloyale (33%), le coût des intrants (33%) et la vétusté des équipements (17%)». On ne peut tout de même pas bloquer les constructions, ne pas payer les fournisseurs (raison du courroux des étudiants de l’Université de Ziguinchor) et espérer que ça marche ! Ce pouvoir n’a pas compris que «quand le bâtiment va, tout va». Car le bâtiment est l’illustration parfaite d’un pays qui avance. En effet, la construction est le principal moteur de la croissance, capable d’entraîner et de faire prospérer le reste de l’économie. Mais quand on a une démarche de répression fiscale, de dénigrement de son secteur privé et d’emprisonnement de ses champions nationaux, il ne faut pas espérer une embellie économique. Le «Point mensuel» conclut à un «pessimisme des entrepreneurs par rapport à l’évolution des commandes publiques et privées reçues».
Les services de Sarr disent également que l’argent ne circule plus. En plus simple : «Deuk bi dafa Diomy.» D’après la «Note de conjoncture», «l’évolution de la situation monétaire, basée sur les estimations à fin septembre 2024, a fait ressortir une contraction de la masse monétaire de 157, 2 milliards de francs Cfa». Le document ajoute : «La masse monétaire a reculé de 157, 2 milliards de francs Cfa entre fin juin et fin septembre 2024, pour s’établir à 9584, 5 milliards de francs Cfa. Cette dégradation de la liquidité globale est notable à travers la circulation fiduciaire (billets et pièces hors banques) qui a diminué de 201, 4 milliards de francs Cfa pour atteindre 2384, 6 milliards de francs Cfa.»
Ce qui a naturellement une incidence sur les prix à la consommation qui «ont augmenté d’1, 0%, en variation trimestrielle». La viande de bœuf (+1, 6%), les poissons frais (+15, 3%) et les «légumes frais en fruits ou racine» (+18, 3%) ont pris l’ascenseur. De même que le riz local (1, 8%). «Sur un an, les brisures parfumée ordinaire, non parfumée et locale ont affiché des hausses de prix respectives de 5, 3%, 19, 1% et 10, 1% en moyenne sur le troisième trimestre 2024. Sur les neuf premiers mois de l’année 2024, des hausses respectives des prix du non parfumé (+18, 8%), du parfumé ordinaire (+4, 6%) et de la brisure locale (+9, 9%) sont notées». Pourtant, le gouvernement se vantait d’avoir baissé les prix des denrées.
La masse monétaire en circulation a baissé de 117 milliards en un mois
Les Sénégalais sont dans le dur. En témoigne la «masse monétaire (qui) a diminué de 117 milliards» entre août et septembre 2024, selon le «Point mensuel de la conjoncture». La masse monétaire a atteint 9584, 5 milliards à fin septembre 2024. «Cette contraction est principalement imputable à la circulation fiduciaire (billets et pièces hors banques) et aux dépôts transférables, qui ont respectivement reculé de 63, 8 milliards et 60, 5 milliards, pour s’établir à 2384, 6 milliards et 4657, 5 milliards».
Au plan des finances publiques, la morosité de l’activité économique a consacré une gestion budgétaire avec «une progression modérée de la mobilisation des ressources, associée à une exécution soutenue des dépenses». La «Note trimestrielle de conjoncture» comme le «Point mensuel de conjoncture» sont unanimes sur une information capitale : «Aucun don budgétaire n’a été mobilisé à fin octobre 2024.» Ceci est la preuve que le retrait du Fmi entraîne une conséquence terrible sur nos relations avec les partenaires techniques et financiers. De plus, comment voulez-vous que des partenaires fassent confiance à un pays dont le chef du gouvernement accuse ses fonctionnaires d’avoir maquillé ses chiffres sur la dette et sur le déficit budgétaire ?
Pendant ce temps, Sonko règle ses comptes politiques
Par ailleurs, pour un pays qui s’attendait à une croissance de 7 à 8%, les documents du ministère de l’Economie projettent une évolution de 3, 7%, et 2, 8% pour le cumul des 9 mois d’activités.
Pendant ce temps, ce pouvoir n’est pas prêt pour travailler pour le bien des Sénégalais et l’avancement de ce pays. Mais il est juste concentré à régler des comptes politiques avec Barthélemy Dias, Madiambal Diagne, Adama Gaye... Ce pouvoir a pour priorité de régler des comptes, pendant que le Sénégal coule. Vengeance et maintien des clivages sont les urgences de Pastef, une formation politique qui est née et s’est entretenue par la haine jusqu’à accéder au sommet. L’histoire bégaie en effet. Après tout ce qu’on a vécu avec Macky Sall, le duo Diomaye-Sonko se débrouille encore pour ramener les mêmes mauvaises pratiques avec les mêmes armes ! Quelle est la valeur ajoutée de cette destitution du maire de Dakar pour nous le Peuple sénégalais ? En quoi cette destitution est-elle si urgente, si importante à nos yeux ? Que gagne Pastef en se rabaissant de la sorte ? La question à poser est celleci : si Dias était toujours du côté de Sonko, aurait-il le même sort ?
C’est Pastef, le parti hors la loi, qui brandit la loi aujourd’hui. Ceux qui nous parlent d’application de la loi ont en effet la mémoire courte. Ousmane Sonko et ses militants n’ont jamais accepté ni toléré les lois et règlements qui leur étaient appliqués, quitte à détruire ce pays. Donc qu’est-ce qui a changé ? C’est Pastef, qui avait hier parlé du «Préfet de Macky Sall», qui a aujourd’hui utilisé le même Préfet pour de basses besognes. En effet, la personne qui a saisi le Préfet pour destituer Barth’ est un membre de Pastef. Donc, c’est bel et bien Pastef qui est à l’origine de cette destitution, sur commande de Ousmane Sonko. Car derrière l’application de la loi, il s’agit ici de règlement de comptes et de revanche, rien d’autre. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, et c’est une trahison de la promesse de rupture. Pastef est attendu ailleurs, sa mission sera dure et longue peut-être. Alors, il serait bien que le pouvoir se concentre sur l’essentiel et arrête ces conflits de bas étage.
Par Fadel DIA
CHANGER (ENCORE)… ET BALAYER LES TABOUS !
Faire différemment et mieux : c'est la promesse du changement. Pourtant, la RTS continue de sacraliser le pouvoir, les délégations officielles restent pléthoriques, le parti présidentiel fait main-basse sur le bureau de l'Assemblée sans majorité totale
Changer, c’est ce que promettent tous les opposants qui accèdent au pouvoir, même si tous ne promettent pas des «changements systémiques» et Abdoulaye Wade était allé assez loin puisque, selon un exégète de sa parole, «Sopi» signifie plus «Changeons» que «Changer».
Changer, selon le dictionnaire, c’est faire ou devenir autre, faire que quelque chose ou quelqu’un soit autre, mettre en place quelque chose de différent. Dans le domaine qui nous occupe ici, la gouvernance, changer ce n’est pas ne pas marcher sur les pas du gouvernement précédent, ne pas commettre les mêmes erreurs, faire différemment et mieux. C’est mener des actions à la fois d’ordre interne, dans la manière de faire, et externe, en agissant sur les objectifs recherchés, avec pour but ultime de rendre le pays plus prospère, ses habitants plus heureux, ses lois plus justes et plus humaines. « La Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur » avait écrit un des héros de 1789 et les révolutions naissent souvent du fait que ceux qui promettent le bonheur ne tiennent pas leurs engagements.
Huit mois sont passés depuis l’avènement d’un nouveau pouvoir, le président élu a déjà effectué plus du huitième de son mandat, des élections législatives anticipées ont confirmé les engagements qui l’ont porté au pouvoir, il a désormais la haute main sur les pouvoirs exécutif, législatif et même judiciaire, et il est donc légitime de lui demander de s’attaquer à des réformes dans des secteurs symboliques de notre vie politique sur lesquels ni lui ni ses opposants ne se sont guère prononcés jusqu’ici. Il s’agit de réformes dont on peut dire, en reprenant un slogan célèbre, qu’en argent au moins, elles ne coûtent rien et rapportent gros, mais qui en revanche exigent un grand courage politique, y compris celui de se rendre impopulaire.
Faire la politique de ses moyens !
Quid, par exemple, du train de vie de l’Etat ? Abdou Diouf nous avait promis un état modeste, mais la promesse n’a pas été tenue et ses successeurs ne se sont pas pressés à s’engager dans cette voie. Il ne s’agissait pourtant pas de contraindre les gouvernants à vivre chichement ni même, à proprement parler, de prôner un Etat modeste, mais tout simplement de tenir compte des moyens d’un pays qui occupe le 165e rang mondial dans le classement des nations les plus riches et dont le PIB représente moins du dixième (1/10) de la fortune personnelle d’Elon Musk. Il s’agit de réduire le nombre de démembrements des services administratifs, de rogner sur les titres, les privilèges et les avantages de toutes natures, les dimensions des cabinets, les voyages à l’étranger, les effectifs des délégations ou la durée de leurs séjours à l’étranger et les conditions de leur prise en charge et de rappeler aux élites publiques que leur fonction est un sacerdoce et non une source d’enrichissement.
En Suède - (deux fois moins peuplée que le Sénégal avec un PIB 20 fois plus élevé !) - le Premier ministre est le seul membre du gouvernement à disposer d’une voiture de fonction à temps plein, le parc automobile du Parlement se réduit à trois (3) véhicules et le seul privilège des députés est de pouvoir voyager gratuitement sur le réseau de transport public. La Suède est, il est vrai un cas particulier et il est illusoire de demander à nos élus d’imiter les siens car nous avons le complexe du paraître et ce n’est donc pas demain la veille qu’ils emprunteront les lignes du BRT ou de DDD pour se rendre à l’Assemblée Nationale. Mais rien ne nous empêche de rêver et si eux, et nos ministres, faisaient un pas pour s’aligner sur leurs collègues suédois, ce serait pour le cas un vrai « changement systémique » !
Encore faudrait-il que l’exemple vienne d’en haut puisqu’en moins de huit mois l’avion présidentiel a parcouru, en kilomètres, l’équivalent de plus de trois fois le tour de la terre et que le chef de l’Etat, qui n’a encore eu aucun contact apaisé avec les Sénégalais des profondeurs qui l’ont élu, a effectué une vingtaine de déplacements hors du territoire national, sur les quatre continents, dont trois dans un court intervalle dans une région distante de près de 8000 km du Sénégal, avec un aéropage de collaborateurs et de journalistes. Sans préjuger des retombées de ces déplacements on peut dire que leur coût, en argent et en carbone, est peu compatible avec les ressources d’un pays qu’on nous dit au bord de la faillite et notre ambition d’être un modèle en matière de sauvegarde de la nature. La perpétuation de cette frénésie des voyages est par ailleurs accompagnée d’un autre héritage de l’ancien monde : un très médiatisé pèlerinage à La Mecque.
C’est une confusion des genres car il s’agit là d’un exercice d’ordre privé qui ne devrait pas être à la charge de l’Etat et qui, au plan religieux, n’a de sens que s’il est personnellement assumé. On peut dire que nos présidents, ainsi que les centaines de personnes qui depuis plus d’un quart de siècle ont fait le tour de la Kaaba dans leur sillage et aux frais de la princesse, ont fait leur umra pour rien ! L’explication selon laquelle il ne s’agirait en fait que d’un petit détour ne tient pas puisque la distance entre la capitale saoudienne et La Mecque équivaut, approximativement, à deux fois celle qui sépare Dakar de Nouakchott !
République et religion : un tabou !
Des réformes s’imposent aussi dans la nature des relations entre les pouvoirs publics et les autorités religieuses, et pour être plus clair, avec les chefs des confréries musulmanes, sujet tabou par excellence. Mais ici il s’agit tout simplement de revenir aux fondamentaux des premières années de notre indépendance, quand il s’agissait de poser les bases de notre « commun vouloir de vie commune ».Il y a une différence de nature entre le pouvoir politique issu du vote de l’ensemble de la population et symbole de la nation dans sa globalité et les confréries religieuses qui sont l’émanation d’une portion plus ou moins importante de la communauté nationale et le modus vivendi qui gouvernait leurs rapports a perdu son équilibre quand, pour la première fois, un Président de la République s’est accroupi aux pieds d’un chef religieux. Ce n’est pas qu’il l’ait fait qui est en cause, c’est qu’il l’ait fait non pas en disciple dévoué et en toute intimité, mais ès qualité, en public et en présence des corps constitués. Un autre pas a été franchi quand l’Etat s’est érigé en maître d’œuvre et bailleur d’appoint du patrimoine immobilier des confréries qui ne manquent pourtant ni de ressources ni de disciples généreux. Nous ne prêchons pas pour une laïcité à la française, nos chefs religieux, toutes confessions confondues, méritent respect et considération, les lieux de culte et les manifestations religieuses ont droit à un soutien logistique et sécuritaire de l’Etat, mais nos dirigeants ,et surtout ceux qui prônent des changements significatifs, doivent marquer la différence entre leur engagement personnel et les symboles qu’ils représentent, demander aux dignitaires religieux des prières pour la nation et non des voix pour leur parti.
La majorité, ce n’est pas la totalité !
Changer c’est aussi cesser de croire que la persuasion n’a pas sa place dans la politique dont les seules armes seraient la carotte et le bâton. Choisir la carotte c’est laisser proliférer une plante vénéneuse, la « transhumance » dont sont devenus accros nos hommes et femmes politiques qui ne découvrent les tares de leurs amis que lorsque ceux-ci ne sont plus au pouvoir. Mais il est difficile de faire du neuf avec du vieux et les dépouilles laissées par l’ancien pouvoir s’avéreront vite plus encombrantes qu’utiles. User du bâton c’est faire mal à la démocratie, c’est ignorer que la majorité ce n’est pas la totalité, et pas seulement en politique, qu’être minoritaire ne signifie pas perdre ses droits, surtout quand on vit dans un pays aux frontières artificielles dont les habitants n’ont pas tous les mêmes convictions religieuses, ne partagent pas la même langue, appartiennent à des milieux sociaux différents et vivent dans des environnements qui varient d’un point à l’autre. C’est enfin confondre deux réalités qui ne sont pas superposables, la majorité électorale et majorité nationale et si le nouveau Président de la République a été brillamment élu, dès le premier tour, il n’a rassemblé sur son nom qu’à peine plus de 2.400.000 voix. Même en ne tenant compte que des Sénégalais qui ont l’âge et le droit de voter, on peut dire que c’est une minorité de ses compatriotes qui l’a porté au pouvoir. Cela ne met pas en cause sa légitimité, mais cela nous rappelle que la majorité, mode privilégié de la gestion démocratique, est une convention commode mais arbitraire. Quels que soient les arguments, voire les arguties, invoqués, il y a cette réalité simple et mathématique : le parti au pouvoir n’a pas 100% des députés élus à l’Assemblée Nationale, il n’est pas logique qu’il ait 100 % des postes de son bureau. La majorité ne donne pas le droit de n’en faire qu’à sa tête et en démocratie le pouvoir n’a de sens que s’il y a un contrepouvoir pour limiter ses dérives !
« Buur », c’est fini, nous sommes en République !
On attend enfin de nos jeunes dirigeants qu’ils dépoussièrent le protocole et mettent fin à la sacralisation et à la peopolisation de la fonction de président de la République comme se plaisent à le cultiver les médias d’Etat. Notre télévision nationale a changé de chef mais pas d’antienne puisqu’elle continue à penser que les activités du chef de l’Etat sont toujours l’évènement le plus important de la journée et nous sert chaque semaine, comme un refrain publicitaire, le condensé de ses faits et gestes. Celui qui occupe la maison qu’habite le Sénégal est certes le premier d’entre nous, mais il le doit à la volonté populaire, ses revenus proviennent de nos impôts, sa fonction est éminemment temporaire, le contrat que nous avons signé avec lui est un CDD et il est appelé, un jour ou l’autre, à redevenir un citoyen devant lequel on ne lèvera plus le drapeau. Cessons aussi d’affubler son épouse, ou ses épouses, du titre glamour de « Première Dame » qui est une pâle copie du protocole américain et n’a aucune existence légale chez nous, qui ouvre la porte à des charges qui échappent à tout contrôle au point que celles qui l’ont porté jusqu’ici ont laissé comme héritage des fondations éphémères qui ont sombré avec corps et biens, sans qu’on ne sache jamais d’où venaient leurs moyens. Notre tradition est en avance sur les modes occidentales et chez nous une femme mariée ne perd pas son nom, alors évitons de tomber dans le ridicule en désignant les épouses de l’actuel chef de l’Etat, puisqu’il faut bien les distinguer l’une de l’autre, par les appellations de « Première- Première Dame » et de « Deuxième Première Dame » !
PAR EL HADJI IBRAHIMA THIAM
LAT DIOR, UNE ÉPOPÉE QUI MÉRITE BIEN UNE STATUE
"138 ans après sa mort, cette statue en son honneur aura le mérite de revivifier sa mémoire, afin que ses faits d’armes et les valeurs qu’il défendait continuent d’inspirer la jeunesse et d’irradier la marche du pays."
Déjà érigé en Héros national par le président Léopold Sédar Senghor, ensuite célébré à l’occasion de l’anniversaire du centenaire de sa mort en 1986 par le chef de l’État Abdou Diouf, puis un musée créé à Dékheulé en son honneur en 2018 par le président Macky Sall, le plus illustre des Damel du Cayor voit sa mémoire honorée et ses faits d’armes portés au pinacle pour l’éternité à travers cette statue inaugurée par le président Bassirou Diomaye Faye à Thiès.
En moins d’un mois donc, le chef de l’État a posé deux actes à caractère mémoriel. Dans tous les pays, le devoir de mémoire revêt un caractère sacré, parce que le récit national a besoin de célébrer les gestes des héros ou des faits historiques qui ont contribué à bâtir une nation, à libérer un peuple. Nourrir cet imaginaire historique participe à renforcer l’appartenance à la même communauté de destin. Voir cette représentation de Lat Dior trônant au cœur de la ville de Thiès, quoi de plus normal. Le lieu est doublement symbolique. D’abord, parce que Thiès est aujourd’hui la circonscription administrative régionale qui abrite l’ancien royaume du Cayor. Ensuite, on l’appelle la capitale du rail or, comme on le sait, la question du ferroviaire a été un casus belli entre Lat Dior et le colonisateur. En effet, en 1879, le résistant à la pénétration française avait refusé de signer la convention du chemin de fer Dakar–Saint-Louis, qui impliquait une cession gratuite des terrains et la fourniture de la main-d’œuvre. Le Damel s’était opposé aux travaux et avait interdit à ses sujets de cultiver de l’arachide pour contraindre les Français à partir. De cet épisode est parti le mythe de son cheval « Malaw » qui refuse de traverser le rail.Sur le plan historique, ériger cette statue n’est pas saugrenu. Lat Dior fut un roi dont l’histoire est transversale.
De son Cayor natal en passant par le Sine, jusque dans le Rip, il a toujours défendu le sens du patriotisme, élevant au rang le plus haut possible l’esprit du sacrifice, du courage, mais aussi le commun vouloir de vivre ensemble qui est le fondement d’un royaume, d’un État. Chef de guerre « Thieddo » intrépide qui accéda au trône à l’âge de 16 ans seulement, Lat Dior a prouvé aux troupes coloniales qu’il ne céderait pas si facilement sa patrie, son territoire. Question d’honneur. Ainsi, pendant une vingtaine d’années, il leur livra des batailles mémorables comme celle de NgolNgol – où il a défait les troupes coloniales françaises – de Loro ou encore de Mékhé. Ensuite, durant son exil, il a continué à combattre les Français aux côtés notamment de l’Almamy du Rip, Maba Diakhou Bâ. Lat Dior a notamment pris part à la mythique bataille de PaosKoto au cours de laquelle l’armée coloniale française a été battue à plate couture.
Bien qu’il soit « Thieddo », le Damel du Cayor a toujours su nouer des alliances stratégiques avec les marabouts. Outre Maba Diakhou Bâ, il a tissé des liens étroits avec le père de Serigne Touba, Mame Mor Anta Salli. 138 ans après sa mort, cette statue en son honneur aura le mérite de revivifier sa mémoire, afin que ses faits d’armes et les valeurs qu’il défendait continuent d’inspirer la jeunesse et d’irradier la marche du pays.
PAR OUMAR NDIAYE
CHANCE ET CIRCONSTANCE
"L’un des continents ayant le plus une population jeune, l’Afrique est portée par un dynamisme économique avec des découvertes récurrentes de ressources naturelles, malgré les fréquentes crises politico-sociales."
Dans une interview qu’il nous avait accordée, en octobre 2016, lors de l’élection d’António Guterres comme Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), Francis Kpatindé, journaliste et enseignant à Sciences Pô Paris, parlait d’un homme « cultivé, passionné autant par l’Afrique des grands empires que de ses entités actuelles ». C’est, peut-être, sous le magistère du Portugais que l’Afrique aura une place au Conseil de sécurité, instance la plus importante dans le fonctionnement des Nations unies. Dans la gouvernance mondiale, le combat de l’Afrique depuis plusieurs décennies, c’était d’avoir une place de choix reflétant le poids du continent tant sur le plan démographique qu’économique et politique. L’un des continents ayant le plus une population jeune, l’Afrique est portée par un dynamisme économique avec des découvertes récurrentes de ressources naturelles, malgré les fréquentes crises politico-sociales.
D’ailleurs, beaucoup de décisions qui sont votées au Conseil de sécurité ou bloquées par les vétos d’un État membre permanent concernent l’Afrique. Sur les 11 Opérations de maintien de la paix des Nations unies, les cinq se trouvent en Afrique : la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso); la Mission des Nations unies au Soudan du Sud ; la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abiyé (Fisnua) ; la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco), et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca). Cette dernière est d’ailleurs la plus grande Opération de maintien de la paix des Nations unies, en termes d’effectifs, dans le monde avec un total de personnels civils et militaires de 18 782. La moitié des questions de paix et de sécurité que traite le Conseil de sécurité des Nations a ainsi trait à l’Afrique. Il est donc normal et naturel que le continent soit au centre de la table et non au menu des discussions à chacune des séances du Conseil de sécurité.
Avoir des voix qui comptent dans cette instance onusienne peut être une voie indiquée à l’Afrique pour promouvoir ses solutions endogènes à ses multiples crises qui, chaque jour, dans les médias internationaux, donnent l’image d’un continent où ne règnent que chaos, fiascos ou imbroglios politico-militaires. Sur l’octroi de ces deux places au Conseil de sécurité, l’Afrique devra bien tirer profit de la compétition et de la course que mènent, dans le continent, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne. Le 12 septembre dernier, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfie, avait défendu, au nom de son pays, l’idée de deux sièges permanents du Conseil de sécurité pour l’Afrique. Sans nul doute que la Chine et la Russie, qui ont des intérêts économiques ou militaires en Afrique, soutiendront cette dynamique.
Forcément, le choix des deux membres africains posera problème dans un continent traversé par des divergences linguistiques et des contingences géographiques. Il restera pour les pays africains à harmoniser leurs positions afin de profiter de cette nouvelle posture. Tant les chances et les circonstances du moment lui sont favorables. Il faudra aussi que l’Union africaine et les organisations régionales adaptent aussi leurs architectures de paix et de sécurité pour profiter de la présence de l’Afrique dans la plus grande et importante instance des Nations unies.
Par Mamoudou Ibra Kane
DIPLOMATIE SOUS DIOMAYE : PARIS OU MOSCOU ?
L’option du non-alignement adoptée par Senghor après la célèbre Conférence de Bandung en Indonésie en 1955, option poursuivie par Abdou Diouf, est bien la preuve que le Sénégal a toujours rechigné à faire dans l’exclusivité dans le Concert des Nations
L’option du non-alignement adoptée par Senghor après la célèbre Conférence de Bandung en Indonésie en 1955, option poursuivie par son successeur Diouf, est bien la preuve que le Sénégal a toujours rechigné à faire dans l’exclusivité dans le Concert des Nations. Une posture diplomatique faite d’ouverture quand bien même nos relations avec la France, les États-Unis, le Maroc ou l’Arabie Saoudite, revêtiraient une particularité sans verser dans l’exclusion des autres. C’est la raison pour laquelle le Sénégal n’a jamais hésité à commercer avec des pays comme la Chine, la Russie, l’Inde ou même Israël tout en présidant, depuis 1975, le comité des Nations unies pour l’exercice des Droits inaliénables du Peuple palestinien. Il faut le reconnaître. C’est surtout au cours du dernier quart de siècle, coïncidant avec les magistères des présidents Wade et Sall, que la diplomatie sénégalaise a pris un virage économique plus prononcé.
Cette diplomatie économique s’est accompagnée d’une diversification accrue des partenariats aussi bien avec les Etats qu’avec les multinationales. Par le biais de l’Agence nationale pour la Promotion de l’Investissement et des Grands Travaux, APIX, le Sénégal a pu obtenir d’importants financements auprès d’Etats, d’institutions financières et autres fonds souverains.
C’est grâce à cette orientation que de grandes infrastructures routières, aéroportuaires et portuaires ont pu être réalisées. Trivialement, l’Etat sénégalais s’est évertué à faire plus dans la « diplomatie-business » que dans la diplomatie classique.
Du doing business pur et dur ! Un business d’Etat qui n’est pas sans conséquences au plan de la bonne gouvernance. Le respect des procédures de passation des marchés publics est souvent sacrifié sur l’autel du pragmatisme, et ce d’autant plus que certains des partenaires comme la Chine et les pays du Golfe, pour ne citer que ceux-là, sont très peu enclins à s’engluer dans les lourdeurs procédurales. Toutefois la politique des grands travaux, inspirée de la théorie keynésienne, a ses aspérités. Au Sénégal, le plus célèbre de ces dérapages financiers est relaté dans un livre intitulé « Contes et mécomptes de l’Anoci » du journaliste Abdou Latif Coulibaly. C’était sous la présidence de Me Abdoulaye Wade qui avait confié à son fils Karim, l’organisation du sommet de l’OCI avec toutes les infrastructures routières, hôtelières et autres commodités requises pour un tel événement.
Le Président Bassirou Diomaye Faye et l’ancien ministre d’Etat, alors surnommé « ministre du ciel et de la terre »,se sont entretenus à Doha il y a quelques jours. Que se sont-ils dits ? Ont-ils définitivement soldé les comptes ? Les 138 milliards d’amende due par Karim Wade à l’Etat du Sénégal sont-ils oubliés au nom d’un réalisme économique qui animerait les nouveaux dirigeants sénégalais ? Il se susurre que Karim Wade, qui a quitté Dakar en 2016 à bord d’un jet privé du procureur général du Qatar, est aujourd’hui l’homme par qui il faut passer pour accéder aux importants financements qatariens. Agent d’influence quand tu nous tiens ! Dans un contexte de rareté d’argent à Ndoumbélane, cela fait réfléchir. Comprenne qui pourra.
Autre aspérité et non des moindres dans les choix économico-diplomatiques ou diplomatico-économiques durant les 20 dernières années, c’est l’endettement colossal du Sénégal. La santé financière du pays en pâtit gravement. En outre, la pertinence des dépenses, somme toute somptuaires, pour construire certaines infrastructures notamment routières, laisse à désirer. A titre illustratif, quelle est la pertinence d’investir 14 milliards de fcfa dans un autopont quand un hôpital manque de soluté pour faire des opérations ? Plus grave, l’autopont qui a englouti à lui seul autant d’argent ne règle pas les problèmes de circulation qu’il est pourtant censé solutionner.
Au passif d’une certaine orientation diplomatique, il faut aussi relever le déséquilibre manifeste, à notre détriment, dans nos relations commerciales avec certains pays alors que le partenariat était présumé être du « gagnant-gagnant ». Finalement un « gagnant perdant » dans lequel le secteur privé sénégalais est traité en parent pauvre. Nos supposés champions économiques en sont souvent réduits à un rôle subalterne de champions de la sous-traitance. La rupture tant souhaitée dans ce domaine ne pourrait être que salutaire. Elle doitse faire à travers un Etat stratège, à l’instar de pays émergents comme le Maroc ou la Turquie. Vivement l’avènement d’un Etat-Vrp ! Le tandem à la tête du Sénégal y est très attendu, ce qui n’est pas encore le cas au regard du profil des délégations et des premières retombées ou non-retombées économiques des périples présidentiels.
Il y a une volonté souverainiste indéniable dans le propos cité plus haut du chef de l’Etat quant à la politique étrangère qu’il compte décliner avec son binôme, le Premier ministre Ousmane Sonko. Il appert néanmoins que cette rupture sans complexe a une forte connotation de continuité. Quand on parle de la diplomatie sénégalaise, ce qui relève en apparence du Nouveau plonge en réalité ses racines… dans l’Ancien. Une rupture dans une relative continuité en la matière, c’est déjà pas mal. Tout est dans « l’enracinement et l’ouverture », diptyque cher au poète Senghor, le père de la diplomatie sénégalaise de l’après-indépendance.
Autres temps, autres mœurs. La politique étrangère d’un Etat, plus spécifiquement sa diplomatie est fille de son temps. De surcroît lorsqu’elle se veut souveraine et/ou souverainiste. Question de contexte, la vieille relation avec l’Europe anciennement colonisatrice en général et avec la France en particulier, ne peut plus prospérer. Les ressentiments sont toujours là et ils sont têtus. Ne l’oublions pas, même si le pardon peut être accordé en contrepartie des excuses présentées : la rencontre entre les colonisateurs et les colonisés ne relèvent pas d’un commun vouloir. Elle s’est faite dans le mépris, la violence et la violation des sanctuaires.
La nouvelle génération de dirigeants africains à laquelle fait partie le président sénégalais, aspire à une coopération dépouillée des vieux réflexes et complexes, d’infériorité tout comme de supériorité, et des oripeaux démodés. Cette génération de décideurs du continent est quand même née bien après les indépendances ! Rien d’étonnant qu’elle demande à sa façon à la France, jacobine et pesante, de s’en aller au plus vite avec armes et bagages. Tel est le fatal sort des bases militaires comme au Tchad ou des Eléments français au Sénégal bien que drastiquement réduits depuis quelques années. Tant mieux pour la France, si elle comprend cette naturelle incompatibilité d’humeur. Tant pis pour elle en revanche, si elle reste encore prisonnière de son passé colonial. Dès lors, le risque serait grand qu’elle soit totalement dépassée et déphasée.
A charge pour les adeptes de la diversification à 360° des partenaires au développement, de ne pas se méprendre sur les enjeux géopolitiques et géostratégiques dans le monde. Le dénouement de la crise en Syrie avec la fuite en Russie du maître déchu de Damas, Bachar Al-Assad ; la fin annoncée pour bientôt de la guerre russo-ukrainienne et la situation au Proche et Moyen-Orient ; le tout dans un contexte de come-back de l’iconoclaste Donald Trump aux Etats-Unis, sont autant de paramètres à intégrer et à démêler avant toute prise de décision diplomatique majeure. L’enjeu sécuritaire peut ainsi constituer une limite objective au souverainisme. La diplomatie militaire, si vous nous passez le concept, doit être explorée pour éviter tout jugement approximatif et hâtif. Mieux ou pire, toute erreur stratégique pourrait être fatale.
Dans cette optique, le militaire tient le politique.
Pour reparler plus précisément du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, il imprime sa marque et prend des initiatives sur une scène internationale de plus en plus glissante. S’entretenir au téléphone (distanciel) avec Vladimir Poutine, c’est bien. Se rendre prochainement à Moscou (présentiel), c’est très bien. Mais tenir compte du contexte géopolitique mondial, c’est encore mieux. Pour rappel, son prédécesseur Macky Sall s’était aussi rendu à la fois en Russie et en Ukraine pour « libérer le blé et l’urée ».
La qualité de la ressource humaine dont regorge la diplomatie sénégalaise et l’expérience théorique et pratique des hommes et des femmes qui la servent ou qui l’ont servie, constituent un atout. C’est un capital qui ne demande qu’à être fructifié. Les relations internationales ont leurs codes, leurs réalités et leurs complexités qui ne doivent pas échapper à la vigilance du leadership politique. Avec l’âge les diplomates se bonifient. Ils acquièrent plus d’expérience, d’expertise et de sagesse. Le redéploiement de certains d’entre eux en pleine possession de leurs facultés peut s’avérer judicieux d’autant qu’ils jouissent d’un immense prestige dans les grandes organisations multilatérales. Le Sénégal a donc tout intérêt à mettre en avant l’esprit de co-construction qui, à coup sûr, sera un avantage comparatif pour sa diplomatie qui jouit déjà d’une bonne réputation.
En cette époque de « souverainisme » clamé, proclamé et déclamé, il ne paraît ni opportun ni pertinent de devoir choisir entre la France et la Russie. Certes, la tentation est facile de substituer ou préférer, c’est selon, le « bleu, blanc, rouge » au « blanc, bleu, rouge ». Mais, si c’est pour déshabiller Pierre pour habiller Paul, Macron pour Poutine, le jeu diplomatique n’en vaut sûrement pas la chandelle !
On se gardera jusqu’à preuve du contraire, de prêter au duo Diomaye-Sonko une telle « Vision » du Sénégal à l’horizon 2050 en matière de politique internationale. Leur option volontaire et volontariste est à encourager. Sauf si elle n’est pas synonyme d’échappée solitaire. En diplomatie, le jeu en solo peut être suicidaire. L’Intégration africaine, choix résolu du pouvoir en place et la Diaspora, toujours pas assez valorisée, peuvent constituer des soupapes de sécurité. La bonne diplomatie commence toujours par les voisins et le bon voisinage.
Par Mamoudou Ibra Kane
Journaliste et Leader de Demain C’est Maintenant
Post-scriptum : je soutiens fortement la décision du gouvernement sénégalais de promouvoir la candidature de notre compatriote Amadou Hott à la présidence de la Banque africaine de développement. Le mal que je souhaite à l’ancien ministre de l’Economie est qu’il occupe à la BAD le fauteuil qu’avait occupé un autre Sénégalais, nommé Babacar Ndiaye (paix à son âme).
Par Serigne Saliou DIAGNE
BARTH’ ET MADIAMBAL SERONT TOUJOURS DEBOUT
Toujours dans les œuvres basses allant dans le champ de la politique politicienne et des mesquins comptes, le Premier ministre pense ainsi faire taire toute voix discordante.
Dans le cirque tragique qu’est devenu notre pays, avec des autorités goûtant sans limite à toutes les tasses de l’ivresse du pouvoir, en moins d’un an de règne, le tout-puissant Premier ministre continue avec sa valse d’intimidations et d’actions ciblées pour chercher à abattre des ennemis et à les fragiliser davantage. Ses dernières manœuvres en date sont les convocations du maire de Dakar, Barthélemy Dias, et celle du journaliste Madiambal Diagne, fondateur de ce canard que vous avez en main. Toujours dans les œuvres basses allant dans le champ de la politique politicienne et des mesquins comptes, le Premier ministre pense ainsi faire taire toute voix discordante.
La Justice peut lui permettre d’avoir un pays où toutes les voix contraires et les discours sérieux face à sa gestion des affaires de tous seront écartés du débat public. Il pense régner en maître sans opposition et en seigneur d’une bonne conscience, qui envoie ses sbires pour mater toute velléité contraire. Ses manœuvres sont tellement maladroites, mal inspirées et belliqueuses, qu’on voit de loin le sceau d’amateurisme et la logique aveugle d’une main de fer qui voudrait faire du mal jusqu’à taper sur de l’acier. C’est sur le temps long que notre tout-puissant Premier ministre comprendra et qu’il se lassera de vouloir dicter des consciences, et ne pourra jamais dompter les esprits libres qui pullulent dans ce pays.
Pour avoir été un opposant qui a fait de l’irrévérence, l’impertinence et l’outrage ses marques de fabrique, Ousmane Sonko se montre hostile à toute critique et toute adversité. Il peut être chagriné par l’adversité qu’il peut avoir en face, mais qu’il se mue en autocrate pour imposer des conduites ne passera pas. Au bout du compte, certaines de nos institutions en deviennent ridicules à vouloir mener pour lui des combats par procuration. Sa meute d’obligés et de défenseurs téméraires peut occuper les premiers rangs dans le dessein de lui cirer une statue luisante, mais impliquer dans ce rodéo la Justice, l’Administration et certains corps régaliens ne fait que fragiliser le modèle démocratique sénégalais et transformer davantage notre Etat en république bananière où tout bouge aux caprices d’un prince. Encore que ce prince qui se sent tout puissant n’a pas été consacré chef suprême et commandeur de toutes nos destinées, comme s’il était président de la République.
Des élus légalement et légitimement portés au Parlement se voient du jour au lendemain frappés par la sanction de la déchéance de leurs titres et mandats. Un maire d’une ville cosmopolite comme Dakar en vient à perdre un temps fou dans des auditions sans queue ni tête qui semblent avoir pour objectif d’exercer sur lui une pression psychologique dans l’optique de lui arracher à terme son mandat de premier magistrat de notre capitale. Logique pour logique, les procédures qui ont été menées pour tenter d’arracher à Barthélemy Dias son mandat de député doivent également s’appliquer pour Ousmane Sonko qui a dit suspendre son mandat d’élu. Les condamnations contre sa personne par la Justice du pays restent définitives et il aura épuisé toutes les voies légales de recours qui lui étaient ouvertes. Aller chercher donc la logique de vouloir dépouiller Barthélemy Dias… La même sanction ne doit pas laisser le tout-puissant manitou indemne.
Pour Madiambal Diagne, le dispositif est le même, avec un cercle d’avocats qui s’attaque à lui sur les mêmes dossiers. Convocations, procédures judiciaires à n’en plus finir, avec une trentaine d’avocats ou plus, le maître a désormais les moyens de faire perdre du temps à tous. Le manuel de procédure est assez connu et le disque finit par être rayé à force d’être joué. Il a conscience d’aller prendre sa part du supplice fatalement réservé dans ce pays à tout citoyen honnête et démocrate.
Une chose dont je suis certain concernant Barthélemy Dias et Madiambal Diagne, est qu’ils sont et resteront des hommes courageux et debout. Ils ne sont aucunement gênés par l’adversité et sont conséquents dans leur posture. Ils savent faire face, recevoir des coups et surtout en donner. Ils ont le courage de leurs idées et n’ont pas froid aux yeux, surtout que le manitou qui leur veut une déchéance sociale, politique et morale n’aura jamais eu dans tous ses démêlés avec la Justice de ce pays, la force de se tenir droit et d’affronter ses adversaires, sans chercher de faux-fuyants. L’histoire récente est là pour parler, nul besoin de chercher loin. A ces deux grands hommes, tout mon soutien. Heureux qu’ils aient le courage de rester debout.