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6 avril 2025
Opinions
Par Momar Dieng
L’IMMENSE DEFI DE LA COMMUNICATION SCIENTIFIQUE DANS LES MEDIAS
Le 16 août 2024, le Sénégal a inauguré le lancement de son premier satellite dans l’espace, Gaïndé Sat-1. Le petit appareil qui pèse à peine 1 kg a été projeté à 500 km de la Terre par la fusée SpaceX à partir de son site de Californie.
Le 16 août 2024, le Sénégal a inauguré le lancement de son premier satellite dans l’espace, Gaïndé Sat-1. Le petit appareil qui pèse à peine 1 kg a été projeté à 500 km de la Terre par la fusée SpaceX à partir de son site de Californie. Une première scientifique que la presse locale a salué avec déférence en multipliant les interviews avec des responsables du programme. La communication scientifique, définie ici comme le traitement de l’information à caractère scientifique par les journalistes, a été à l’honneur dans les médias durant plusieurs jours.
De nombreux sénégalais ont sans doute entendu et lu beaucoup de choses nouvelles concernant le satellite, sa conception et sa fabrication, son lancement, son utilité pour les chercheurs et ce que les gens peuvent en espérer pour améliorer leur vie quotidienne. Des beaux jours vécus avec la science au plus près ! Mais depuis, la norme a repris sa place: la communication de type scientifique est un parent pauvre de la presse sénégalaise.
Avec 50 journaux existants dont une majorité de quotidiens (un bon nombre d’entre eux ont une existence minimale que sur les réseaux sociaux), le Sénégal connait un vrai dynamisme médiatique en phase avec la culture démocratique qui s’est installée depuis plusieurs décennies. Il compte également 150 sites d’informations enregistrés, 300 radios privées et commerciales et des 35 chaînes de télévision. Ces statistiques ont été publiées par le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique le 16 août 2024.
Le maillage du territoire national est donc une réalité du point de vue de l’accès du public à l’information. La couverture de l’actualité politique prédomine devant les autres centres d’intérêt : faits divers, crimes, affaires judiciaires, sports, économie, culture, etc. La science ? Cette rubrique est quasi absente des préoccupations des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sénégalais. Ce qui fait de la communication scientifique une sorte de passager clandestin dans les médias. Mais pour certains observateurs, l’espoir subsiste.
« Au Sénégal, le terrain du journalisme scientifique est loin d’être vierge. L’on observe un certain nombre d’initiatives prises par des journalistes qui sont parvenus à asseoir les bases de cette spécialité dans leurs rédactions respectives. Mais il semble que le public pour ce genre de production se fait désirer ou, plus simplement, n’est pas forcément disponible », souligne Khady Gadiaga.
Cette trilingue diplômée en Marketing stratégique et Communication organisationnelle de Liverpool Polytechnic Business School (United Kingdom) connait parfaitement la presse sénégalaise. Elle est également titulaire d’un Master 2 en Gestion de projet obtenu à Kassel Hochschule (Germany) et d’une Licence en langues étrangères appliquée (anglais-allemand). Pour elle, c’est la structuration des maisons de presse qui est en cause.
« La plupart des entreprises de presse au Sénégal ont un caractère événementiel. Elles ont choisi de rester généralistes car elles pensent avoir plus de marge en termes de vente, contrairement aux organes spécialisés qui semblent s’adressent à un public spécifique et ciblé », explique Mme Gadiaga.
Elle déplore ainsi l’absence quasi généralisée de rédactions « disposant de rubriques spécialisées avec des journalistes ayant reçu une formation spécifique mais solide sur des sujets touchant à l’économie, à la science ou la recherche et l’éducation ». Dans cette dynamique, elle regrette que les productions des centres de recherche, structures universitaires et laboratoires de recherche scientifique ne soient pas mieux exploitées et mises en valeur par les médias sénégalais.
Yacine Ndiaye est la responsable de la communication de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Cet organisme public français présent au Sénégal depuis un demi siècle travaille en partenariat avec des institutions locales pour developper des activités de recherche, de formation et d’innovation dans le domaine scientifique. Pour elle, également, le problème reste d’ordre structurel.
« Au sein des rédactions sénégalaises, le journalisme scientifique n’occupe pas une position prépondérante. La primeur est souvent accordée à l’actualité politique. Le desk « sciences » s’exprime rarement en premier lors des réunions de rédaction », souligne Mme Ndiaye.
En outre, « les exigences des rédactions en termes de contenu en rapport avec l’actualité chaude, en plus du turnover des journalistes qui changent souvent de desk, ne vont pas spécialement vers l’épanouissement d’un journalisme spécialisé », ajoute celle qui est aussi en charge de la valorisation de la recherche de l’IRD.
Après les constats implacables de ces deux observatrices de la scène médiatique sénégalaise, comment sortir de cette ornière qui brime la circulation normale de l’information scientifique ?
« Il y a une corrélation entre la spécialisation en journalisme scientifique et le cursus scolaire et universitaire des journalistes. La plupart des journalistes scientifiques ont préalablement fait quelques années dans une faculté de sciences et techniques : d’autres ont poursuivi leurs études dans des domaines comme l’environnement, la biologie, etc. », indique Khady Gadiaga. Ce sont là des facteurs « qui justifient l’orientation des professionnels des médias vers la presse scientifique ».
Plus que jamais, Khady Gadiaga est persuadée que « les missions du journaliste scientifique ne peuvent être menées à bien que suite à une formation de haut niveau académique et pratique spécialisée. »
Dans cet environnement peu propice à une vulgarisation efficace des événements et découvertes scientifiques, elle suggère un soutien réel aux initiatives entreprises par certains professionnels ayant pris l’option et le risque de se spécialiser sur les questions scientifiques. Dans ce cadre, « il serait intéressant de réfléchir à une sorte de Recherche collaborative basée sur la co-construction, la production de connaissances, le rapprochement entre communautés de recherche et médias ».
A coté de la formation continue des journalistes dans leurs propres médias ou ailleurs, Yacine Ndiaye de l’IRD prône un co-développement de cursus ‘’science’’ au sein des écoles de formation au journalisme et la mise en place dans les instituts de recherche partenaires des médias « d’un volet ‘’culture scientifique’’ ». Ce volet serait exécuté « sous forme de bourses aux médias pour financer des sujets de recherche scientifique ».
Ce serait peut-être un début de commencement pour que la couverture de l’actualité scientifique ne soit plus tributaire d’un événement exceptionnel comme le lancement d’un satellite.
PAR KHADY GADIAGA
L'HUMOUR, LA DERNIERE DES TRISTESSES..
J'entends souvent que les femmes ont moins d’humour que les hommes. Si cela est vrai, c’est qu’elles seraient moins portées à se consoler de ce qu’elles sont, d’autant qu’elles peuvent sortir d’elles-mêmes plus facilement.
J'entends souvent que les femmes ont moins d’humour que les hommes. Si cela est vrai, c’est qu’elles seraient moins portées à se consoler de ce qu’elles sont, d’autant qu’elles peuvent sortir d’elles-mêmes plus facilement.
L’humour, c’est mon pouvoir de me consoler, d’en être là où j’en suis, et ce, avec une feinte particulière (mais quel rire est sans feinte ?), une feinte qui consiste à valoriser ma misère pour éviter qu’on me plaigne, peut-être aussi pour détourner le mauvais sort, pour le dissuader. Me prendre en dérision me permet de me reprendre, de rebondir encore et toujours. On dit précisément d’un rire qu’il est «communicatif », et comme le dit fort justement Pagnol, « rire exige une société, du moins un dialogue ».
Rire de soi permet de faire taire les meurtrissures de l'ego et d'amorcer le dialogue avec soi, de l’empêcher d’agir et de neutraliser ses effets en nous, en particulier son insatiable avidité aussi mauvaise pour nous que pour les autres et son impatience à posséder ou à rejeter. Elle nous fait prendre conscience que nous ne sommes pas l’ego, mais que nous le produisons, et que nous pouvons donc nous libérer de son emprise.
Et le fait de savoir rire de tout, de soi et des autres permet, que l'on soit dans une posture assez ambiguë ou dédoublée du fait qu'on est dans la misère, de se consoler (comme on console un autre), on se hisse à la place de celui qui s’en est sorti et qui en parle supérieurement. On est les deux. Ça fait sourire comme si l’on jouait un petit tour au destin.
Alors, l'humour est vital. Il nous permet, comme tout sourire le fait, d'exprimer nos humeurs. Il y a un lien profond entre l'humain, l'humeur et l'humour. L'expression de l'humeur se traduit sur nos visages par des sourires, mais ce sourire peut être cruel lui aussi comme rire. L'humour est plutôt la manière de jouer avec le négatif, d'une manière délibérément positive et tendre. Il n'y a pas d'humour sans tendresse et il n'y a pas de tendresse sans humour.
Il n'y a pas de tendresse sans sourire, la tendresse qui nous a constitué au début de nos vies, qui continue à nous accompagner pour le meilleur, et toujours contre le pire. Cette tendresse se manifeste toujours par la face positive du sourire et de l'humour que l'on dit à juste titre partagé.
Pour essayer néanmoins quelques angles d’attaque de l’humour, soumettons-le au pianocktail de Boris Vian (1963). En fond de base, il y a l’humour comme construit inhérent aux sociétés humaines, ajoutons-y un rapport particulier au réel (décalé, supérieur, analytique), des formes multiples (théâtral ou ordinaire, comique ou grinçant, résigné ou conquérant), puis des effets (affectifs, cognitifs, motivationnels ou comportementaux), et l’on obtient le précipité d’un élément constitutif des rapports sociaux, une dimension des communications plutôt positive dans son ensemble. Dans ses contours collectifs, lorsqu’il est partagé ou reconnu de tous, l’humour est institution ou profession, thérapie et catharsis.
A consommer donc sans modération. Une cuillerée le matin, une cuillerée le soir… En s'arrogeant le droit de se moquer de soi même et en arrachant à l’autre l’initiative de se moquer de vous et même de vous consoler, l'humour ne peut que rejoindre votre propre consolation, celle que vous esquissez.
Par Mohamed GUEYE
ENDETTEMENT ET OPACITÉ
La vraie question est de savoir ce qui peut justifier cette boulimie de ressources extérieures, pour un régime qui n’a jamais lésiné sur les critiques envers ses prédécesseurs, qu’il accusait de manque d’ambitions et d’inféodation à l’argent de l’étranger
La semaine dernière, les services du ministère des Finances et du budget ont voulu nourrir une certaine polémique à propos d’une levée des fonds sur le marché de l’Uemoa. Ladite levée des fonds, d’un montant de 25 milliards, a été infructueuse. Le débat avec le personnel du ministère a failli sortir de la sémantique, pour savoir si l’appel du gouvernement a été rejeté, ou si les autorités ont jugé bon, pour des raisons qui leur étaient propres, de retirer la soumission. Si les services de M. Diba ont arrêté les frais, c’est qu’ils ont compris sans doute qu’ils ne pouvaient avoir raison face à l’évidence. Le Sénégal a l’habitude de recourir au marché financier sous-régional pour lever des montants plus ou moins importants, à des maturités assez courtes. D’ailleurs, le pays a déjà programmé avant la fin de l’année, un certain nombre de sollicitations des acteurs du marché de l’Uemoa, pour obtenir de l’argent remboursable à des échéances plus ou moins courtes. Le Quotidien avait d’ailleurs annoncé que les prochaines sollicitations pour des Bons assimilés au Trésor (Boa), de la part du Sénégal, sont prévus les 13 et 27 décembre prochains. C’est-à-dire quasiment demain et après-demain.
La vraie question est de savoir ce qui peut justifier cette boulimie de ressources extérieures, pour un régime qui n’a jamais lésiné sur les critiques envers ses prédécesseurs, qu’il accusait de manque d’ambitions et d’inféodation à l’argent de l’étranger. Cela, au point de faire du recours aux ressources intérieures l’un des piliers les plus importants du financement de l’ambitieuse «Vision 2050», qui a été initiée par le Président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, pour remplacer le Pse de Macky Sall. Même s’il a déclaré avoir trouvé le pays «au 3ème sous-sol de la déchéance» économique, le Premier ministre Sonko ne semble pas trop souffrir de manque de finances, contrairement à ses déclarations du mois de septembre dernier.
Il avait affirmé à l’époque s’être rendu compte que tous les comptes de l’Etat étaient falsifiés et le niveau d’endettement du pays largement sous-évalué, tandis que le taux du déficit serait du double de celui préalablement annoncé. Cela nous a valu la suspension de nos accords de coopération avec le Fonds monétaire international dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit et de la Facilité élargie de crédit (Mec/Fec), ainsi que la suspension d’un financement de plus de 350 milliards de Cfa que le Conseil d’administration du Fonds devait nous avancer sur un montant total de 1150 milliards. Les autorités politiques avaient semblé dire que cette décision provenait plus de leur «volonté de transparence» que des déclarations jugées quelque peu intempestives des autorités, aux dires de certains observateurs.
Mais on s’est rendu compte que les choses n’allaient pas en s’améliorant, quand le 30 octobre dernier, le Sénégal est allé lever un Eurobond de 181 milliards de francs Cfa, à un taux de 6, 33%. Les services du ministre Cheikh Diba l’ont ainsi présenté : «Cette opération répond à une nécessité de consolidation du financement en raison du report des décaissements initialement prévus du Fonds monétaire international (Fmi) à la suite de l’audit. Le gouvernement envisage d’entamer des discussions avec le Fmi pour établir un nouveau programme aligné sur les objectifs d’assainissement du cadre macroéconomique et la mise en œuvre de la vision de développement des nouvelles autorités.
(…)Cette opération démontre une adhésion aux nouvelles orientations du gouvernement du Sénégal en matière de gestion transparente des finances publiques et à la vision «Sénégal 2050» du nouveau référentiel des politiques publiques.
La baisse de la liquidité dans le marché domestique en fin d’année et le volume des ressources recherchées ont justifié le choix de recourir au marché financier international».
Cette levée de fonds d’eurobonds est intervenue après une opération similaire de 450 milliards de francs Cfa, de 7,75% pour une maturité de 7 ans. Cette opération de juin 2024 avait servi, aux dires des spécialistes, à refinancer des dettes qui arrivaient à terme. Le second aussi, si l’on comprend le communiqué du ministère, semblait poursuivre les mêmes objectifs. Mais l’opération pourrait-elle être fructueuse, quand elle manque de transparence ?
L’Eurobond d’octobre dernier, prétendument réalisé à 6, 33%, serait revenu beaucoup plus cher. Ainsi, Redd Intelligence, un magazine anglo-saxon d’information économique à la réputation bien établie dans les milieux financiers, déclare que «le Sénégal s’est endetté à un taux de 9, 7%». Ce serait ainsi le taux le plus élevé auquel le pays se serait jamais endetté sur le marché international. La faute en serait aux conditions dans lesquelles le gestionnaire JP Morgan a négocié cette levée. Ces conditions seraient, à en croire des Sénégalais spécialistes des questions de finances internationales, aussi opaques que lors de l’Eurobond de juin dernier dont tout le monde a noté qu’il n’a pas été levé aux taux auxquels le Sénégal est soumis d’habitude. Du moins, était soumis durant les gouvernances passées. Il faudrait aux autorités beaucoup de travail pour retrouver un niveau de confiance qui leur permette de faire baisser les taux d’emprunts ultérieurs. Cela demanderait de clarifier les relations du Sénégal avec JP Morgan. Pourquoi avoir choisi de traiter exclusivement avec ce seul gestionnaire, au lieu de faire comme ce qui se fait habituellement, en recourant à un pool de sociétés de gestion, pour obtenir les meilleurs taux ? Qu’est-ce que JP Morgan pourrait apporter de plus au pays, que les autres n’auraient jamais fait ? Pour le moment en tout cas, son intervention ne rend pas les choses plus claires, et le Sénégal n’en devient pas moins pauvre et moins endetté. Et par conséquent, il n’obtient pas plus d’argent qu’il en avait l’habitude. Témoin, les malheureuses péripéties que nos levées de fonds commencent à connaître sur le marché de l’Uemoa. L’échec de la levée des 25 milliards a été un gros camouflet. Mais il a caché les petits revers enregistrés avec certaines autres opérations sur le même marché.
Si la signature du Sénégal n’emporte plus la même crédibilité qu’il y a quelque temps, il faudrait sans doute que nos autorités politiques interrogent leurs comportements. Est-il normal, depuis l’acquisition de ces différents crédits extérieurs, que l’opinion ne sache pas à quoi sont destinées ces finances, et comment elles seront réparties ? Si le dernier Conseil des ministres nous a enfin informés de l’adoption d’une Loi de finances rectificative (Lfr), un journal local a déclaré dans son édition d’hier, que ladite Lfr n’est pas encore arrivée sur la table des députés. Or, plus l’incertitude demeure, moins il y a des chances que les finances du Sénégal se stabilisent. Le Sénégal semble parti pendant un certain temps, pour contracter des dettes à court terme afin de régler ses problèmes immédiats d’argent. Et la mise en œuvre de la Vision 2050, qui est censée en finir avec le tâtonnement dans nos projets de développement, n’en sera que retardée. Même si les relations avec le Fmi sont suspendues à l’heure actuelle, le gouvernement pourrait s’inspirer de certaines lignes du dernier rapport de mission de cette institution lors de son passage en octobre dernier au Sénégal. Edward Gemayel et ses collaborateurs avaient écrit : «Le Sénégal continue de faire face à un environnement difficile, avec des signes de tensions accrues dans l’exécution du budget. Le manque à gagner en termes de recettes, identifié lors de la dernière visite des services, a été confirmé à fin septembre. Parallèlement, les dépenses sont restées élevées, principalement en raison d’une augmentation substantielle des dépenses d’investissement.»
Ils ont ajouté plus loin : «A l’avenir, il est essentiel que les autorités mettent en œuvre des mesures audacieuses et rapides pour assurer la viabilité des finances publiques et placer la dette publique sur une trajectoire décroissante. La Loi de finances 2025 représente une occasion cruciale pour le gouvernement de réaffirmer son engagement en faveur des réformes essentielles et de répondre aux défis structurels de longue date. Des actions stratégiques pour renforcer la mobilisation des recettes domestiques (…) seront déterminantes pour favoriser la discipline budgétaire et renforcer la confiance dans la gouvernance publique.»
Par Babacar FALL
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DU CDEPS
Pourquoi on n’entend que vous et Maimouna Faye ? Est-ce que les autres patrons ne s’intéressent plus au CDEPS ou est-ce qu’ils ne partagent pas vos sorties qui sont en déphasage avec la règlementation ?
Depuis quelques temps, je vous entends affirmer que la constitution pose le principe de la liberté d’entreprendre. C’est vrai mais une liberté absolue n’existe pas. Sinon nous serions dans une société invivable. La liberté est toujours encadrée par les lois et règlements. La constitution sénégalaise permet à chaque citoyen qui remplit les conditions de se présenter à l’élection présidentielle. Le parrainage, la caution limitent cette liberté.
Vous parlez de liberté d’entreprendre et pourtant pour créer une boulangerie, il faut une autorisation délivrée par l’autorité administrative. Il en est de même pour mettre en place une école, une université privée, une clinique privée, une agence de voyage, un hôtel, une auberge, une entreprise de presse etc.
Je constate qu’en tant que président d’une organisation patronale, vous ignorez les règles les plus élémentaires du code qui régit votre profession « le code de la presse ».
En effet vous avez affirmé plusieurs sfois et je vous cite «la création d’un média au Sénégal n’est soumise à aucune autorisation administrative». Avez- vous lu l’article 94 du code de la presse ? je le cite « Article 94.- L’exercice de toute activité d’édition, de distribution et de diffusion de services de communication audiovisuelle quelle que soit la technologie utilisée, est subordonné à une autorisation délivrée par le Ministre chargé de la Communication, après avis conforme de l’organe de régulation, dans les conditions définies par le présent Code. L’autorisation accordée est personnelle. Elle ne peut être cédée ni transférée à un tiers. La jouissance des droits découlant de cette autorisation est subordonnée au paiement d’une redevance annuelle dont le montant, les modalités de recouvrement et de répartition sont fixées par arrêté conjoint du Ministre chargé de la Communication et du Ministre en charge des Finances, après avis consultatif de l’organe de régulation ». Il n’ y a pas d’équivoque et d’interprétation possible. L’article 68 précise « Article 68.- L’entreprise de presse écrite doit être enregistrée auprès du Ministère en charge de la Communication dès sa création ». Le code de la presse va plus loin pour les entreprises de distribution et les imprimeurs.
« L’entreprise de distribution de presse est tenue de communiquer périodiquement au Ministère en charge de la Communication les résultats des ventes de l’ensemble des organes de presse écrite qui lui sont confiés selon des modalités fixées par arrêté ministériel ». Il en est de même pour l’imprimeur qui est tenu également de « communiquer périodiquement au Ministère en charge de la Communication les tirages qui lui sont confiés selon des modalités fixées par arrêté ministériel » (Article 93). Ces dispositions vous interpellent d’ailleurs en tant qu’imprimeur.
Un Président d’une organisation ne devrait pas ignorer les règles qui gouvernent sa profession. Si vous relisez le code de la presse qui a été adopté avec l’aval des patrons de presse, vous comprendrez pourquoi certaines entreprises de presse sont recalées dans le cadre du recensement en cours et qui entre dans la normalité des choses.
Pour terminer Monsieur le président, pourquoi on n’entend que vous et Maimouna Faye est ce que les autres patrons ne s’intéressent plus au CDEPS ou est ce qu’ils ne partagent pas vos sorties qui sont en déphasage avec la règlementation ?
Par Hamidou ANNE
DEUX OU TROIS CHOSES A MEDITER SUR LA CHUTE DE ASSAD
C’était inéluctable depuis le déclenchement de la guerre civile en Syrie en 2011, dans la foulée des printemps arabes : la chute de Bachar Al-Assad est actée, dans la nuit du 7 au 8 décembre.
C’était inéluctable depuis le déclenchement de la guerre civile en Syrie en 2011, dans la foulée des printemps arabes : la chute de Bachar Al-Assad est actée, dans la nuit du 7 au 8 décembre. Les populations syriennes avaient, comme d’autres, de ce qui a été convenu d’appeler la «rue arabe», appelé à la démocratie, la liberté et l’Etat de Droit. Les régimes jadis puissants de Hosni Moubarak et Zine El-Abidine Ben Ali ont chuté après des manifestations monstres et malgré une répression qui n’a pas altéré l’énergie des foules et rafraîchi leur ardeur. Ne soyons guère naïfs, dans les deux cas, les armées ont basculé pour asséner le coup fatal et obliger les autocrates à partir. L’état des pays en matière de liberté et de démocratie s’est depuis amélioré ? Pas vraiment, au regard de la situation actuelle, mais peu pouvaient prédire en amont l’issue de ces soulèvements et la nature des régimes qui leur succéderaient.
Dans la foulée donc du printemps arabe, le régime syrien avait lui tenu, par une répression terrible mais aussi par un soutien fort de puissances comme l’Iran et la Russie. Bachar Al-Assad a fait usage d’une brutalité hors du commun pour soumettre les Syriens depuis 2011, aidés en cela par les miliciens du Hezbollah, les Gardiens de la révolution iraniens et les soldats russes. Mais ce qui est arrivé ce 8 décembre en Syrie est d’une logique implacable : on ne confie pas la sécurité, voire l’intégrité d’un pays, à un Etat étranger, fut-ce une puissance. Damas avait joué la carte du sauveur face aux islamistes avant de maintenir un régime impopulaire et sanguinaire par le jeu des alliances au plan géopolitique. Opter pour le parapluie russe a permis de tenir près d’une dizaine d’années. Moscou obtenait ainsi une carte non négligeable pour peser dans la géopolitique internationale. Poutine utilisait la Base navale de Tartous pour sa flotte et permettait en retour la survie du régime Assad par des bombardements qui n’épargnaient guère les civils.
Mais les Russes, fortement touchés par les sanctions internationales et dont les troupes sont embourbées sur le front ukrainien, sont désormais fragiles. Ceci explique certainement la fulgurance de l’offensive des miliciens du Hts (de Hayat Tahrir Al-Cham), démarrée le 27 novembre pour s’achever à Damas le 8 décembre. Les rebelles ont ainsi obtenu la tête de Bachar Al-Assad, Président syrien depuis 24 ans et héritier de Hafez Al-Assad, qui a tenu le pays d’une main de fer pendant 29 ans. C’est donc une autocratie familiale de cinq décennies qui vient de prendre fin brutalement, en dix jours, devant l’incapacité de l’appareil sécuritaire syrien et de ses alliés russes, libanais et iraniens.
Dans un article fouillé de Benjamin Barthes, grand spécialiste de la région pour Le Monde, le bilan de la guerre civile syrienne est conséquent. Selon lui : «On recense entre 300 000 et 500 000 morts, 1, 5 million d’invalides, 5, 6 millions de réfugiés et 6, 2 millions de déplacés. Un tiers du parc immobilier a été détruit ou endommagé.»
Après cette chute fulgurante du «Docteur» -surnom de Bachar Al-Assad, car diplômé en médecine, spécialité ophtalmologie-, seuls des esprits imprudents peuvent élaborer des plans sur le futur de la Syrie, avec à sa tête des miliciens aux myriades d’influences, de soutiens et de promesses. Si leur objectif premier annoncé est atteint : mettre un terme au régime de terreur des Assad, la suite est encore floue. Le pays ouvre-t-il une nouvelle ère de démocratie et de liberté ? Des doutes sont permis au regard de la configuration actuelle, avec des hommes en armes qui délogent un Président, fut-il un dictateur sanguinaire. Il convient en outre d’observer et d’attendre, car la Tunisie et l’Egypte sont là pour nous rappeler que les effusions de joie après la chute d’un autocrate peuvent déboucher sur des larmes d’une nouvelle vie sous l’autocratie. Mais d’ores et déjà, qu’il me soit permis de rappeler ici deux convictions. La première est qu’on peut tenir les deux bouts : haïr fortement le régime despotique de Bachar Al-Assad sans tomber dans une admiration béate devant ces miliciens aux belles promesses mais dont la configuration de l’appareil idéologique est fortement imprégnée d’islamisme ; car à la base, Hts est une excroissance du tristement célèbre groupe Al-Qaïda. La deuxième est qu’on ne sous-traite pas sa sécurité. Erreur que commettent nos voisins maliens et burkinabè, qui fondent leur espoir sur les mercenaires de l’Africa Corps (nouvelle appellation du groupe Wagner) pour vaincre les groupes armés exerçant dans leurs pays. En vérité, Africa Corps prend davantage les allures d’une garde prétorienne à la solde de régimes illégitimes. Wagner a-t-il annihilé l’attaque de l’aéroport de Bamako du 17 septembre dernier ? Nos voisins devraient méditer plus que nul autre sur la chute de Assad.
par Abdoul Aziz Diop
IL Y A 13 ANS, LE RÉVEIL DE L’HISTOIRE EN SYRIE
EXCLUSIF SENEPLUS - Pendant qu’un garçon de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieux de 74 ans s’emparait de l’État au Sénégal avec l’idée qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses en forteresses
La télévision publique syrienne a annoncé ce week-end la prise du pouvoir par les rebelles en Syrie et la chute de Bachar Al Assad…
Il y a 13 ans, le réveil de l’Histoire en Syrie coïncida avec la révolution citoyenne au Sénégal dont l’épilogue fut la défaite du Sopi et le départ de son pape du pouvoir.
Très nombreux sont les objets d’art qui ont été volés, détruits ou censurés. Pourtant, l’art – « expression d’un idéal de beauté correspondant à un type de civilisation déterminé » - ne s’est jamais affaissé, faisant ainsi preuve d’une extraordinaire capacité de résistance aux assauts les plus ignobles. On peut comprendre cette capacité de l’art à se renouveler continument en dépit de la fragilité des œuvres en distinguant la forteresse – « lieu fortifié » - à la fortification qui est « l’art de fortifier » un lieu, une place, un pays, une nation... La distinction est d’autant plus importante qu’elle permet de scinder l’Histoire – « sale et entremêlée » - en deux séquences successives : le moment où les tyrans s’emparent des forteresses au terme d’une débauche inouïe de violence et le moment (inattendu) où ils trébuchent au contact d’une ou de plusieurs fortifications.
S’assurant le contrôle du Parti Baas syrien à la suite d’un coup d’État, le général Hafez-el-Assad fut l’un des chefs d’État du Proche-Orient qui resta le plus longtemps au pouvoir (1970-2000). A sa mort en juin 2000, son fils Bachar el-Assad hérita de la forteresse (bien gardée) dont il devint le président. Depuis plus de quatre mois maintenant, Bachar el-Assad fait face à une vague de protestations qui ne faiblit pas malgré la répression sauvage des populations insurgées par l’armée syrienne et les réformes en trompe-l’œil du système. En Syrie, la fortification contre laquelle bute le régime syrien contesté se déclame en peu de mots : « Nous ne nous soumettrons qu’à Dieu ! ». Bachar el-Assad n’est pas Dieu. Une évidence déconcertante annonce donc une vérité implacable : dans très peu de temps, la Syrie ne sera plus ce qu’elle est sans doute depuis la création en 1947 à Damas du Parti socialiste arabe Baas, longtemps balloté entre néo-marxisme et nationalisme jusqu’à l’abandon du projet originel d’unification de tous les États arabes face à l’influence occidentale et à Israël.
Pendant qu’un garçon syrien de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieil opposant de 74 ans s’emparait des leviers de l’État au Sénégal avec l’idée – jamais dissimulée - qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses – véritables œuvres d’art abritant les institutions - en forteresses imprenables. La présidence de la République, l’Assemblée nationale, les assemblées locales et le Temple de Thémis sont aux mains d’un seul dès le mois de mai 2002. C’est peut-être à ce moment précis que remonte le projet d’une succession arrangée pouvant profiter à n’importe quel heureux élu. C’est peut-être aussi à ce moment précis qu’une dépréciation de l’œuvre du législateur préfigura les vives tensions politiques constatées depuis le 16 juin 2011, date à laquelle le Conseil des ministres adopta en catimini le projet de loi instituant l’élection d’un président et de son colistier au suffrage universel. Mais en érigeant des forteresses, le législateur n’oublia pas les fortifications. Cette précaution explique à elle seule le rapport du citoyen aux bâtisses de la République et aux hommes légitimés à les occuper le temps d’un mandat. En apercevant de loin la façade de chacune des forteresses, le passant se remémore deux choses au moins : le coût de leur entretien par l’effort de tous et la façon dont le budget de la nation est grevé par le traitement de leurs animateurs principaux et subalternes. Ce double abus est supportable aussi longtemps que les fortifications ne cèdent pas sous la pression d’un seul ou de quelques-uns. La plus importante d’entre elles est sans doute aussi celle (péremptoire) qui ne se prête presque jamais aux spéculations des profanes et des savants. « La forme républicaine de l’État ne peut faire l’objet d’une révision ». Ainsi pétrie par le législateur, la fortification édicte une conduite à laquelle un mortel ne déroge sans que le commun des mortels ne lui inflige une correction au moins égale au préjudice subi. C’est ce qui se produisit le jeudi 23 juin 2011, jour de réminiscence des fortifications saccagées. Depuis cette date, deux peuples – le syrien et le sénégalais – dont les destins se sont longtemps croisés au Sinaï sous l’égide des Nations unies hurlent le même refrain tout aussi audible dans les rues des villes syriennes de Lattaquié et de Homs que dans les agglomérations sénégalaises de Saint-Louis, Thiès et Mbour : « Nous ne nous soumettrons pas ! »
A Damas et à Dakar, les forteresses, toutes prenables, sont aux mêmes endroits. Depuis le 23 juin 2011, les fortifications sénégalaises sont passées, elles, des mains sales à celles (propres), des gens du peuple insurgé. Sous peu, chacune des bastilles sera prise et vidée de ses occupants malpropres. Ce moment – le meilleur depuis plus d’un demi- siècle – préfigure le pays nouveau sur lequel anticipèrent les trente-cinq propositions de la Charte de gouvernance démocratique issue des Assises nationales. Pour la première fois, l’expression d’un idéal politique coïncide avec celle d’un idéal social annonciateur d’une nouvelle séquence historique. Aucune débauche de violence ne sera assez grande pour enlever à l’idéal sous-jacent de beauté (artistique) son éclat éblouissant. Ni même celle de légions étrangères à la rescousse de l’apprenti autocrate et de son dernier carré de fidèles.
Abdoul Aziz Diop est ancien porte-parole du Mouvement du 23 juin (M23) et artisan de la République du 23 juin.
Par Vieux SAVANÉ
LA SUBVERSION DU POSSIBLE
Piloha : Ablaye Sissoko en scène - Qui mieux que Ablaye Cissoko, musicien de renommée internationale, pour en dérouler la magie par une nuit qui s'était invitée à travers une obscurité trouée par des faisceaux de lumière ?
Vendredi dernier, c’était jour de finissage de l’exposition « PILOHA ! » pour clôturer la quinzième édition de la Biennale de l’Art africain contemporain. L’évènement avait pour cadre le quartier huppé du Point E, dans un espace qui, une décennie durant était à la merci de quelques herbes folles et arbres improbables qui y avaient élus domicile. Dans son immensité embrumée par un temps nuageux et quelque peu frisquet, le ciel avait enveloppé avec délicatesse cet espace, témoin de l'ingéniosité humaine pour peu qu'elle soit mue par l'idée de taquiner le possible. Aussi l’avait-elle réconciliée avec la vie à travers un projet conçu pour initier à la beauté artistique et au partage, dans le souci assumé de renforcer le vivre ensemble.
Qui mieux que Ablaye Cissoko, musicien de renommée internationale, pour en dérouler la magie par une nuit qui s'était invitée à travers une obscurité trouée par des faisceaux de lumière ? Seul sur scène, habillé d’un lumineux boubou marron assorti à des boots en cuir, sa kora délicatement tenue, debout pour toiser l'adversité, avec ses doigts d’orfèvre, il a gratifié le public de notes envoûtantes.
Peu importe qui vous êtes, d'où vous provenez, elles vous transpercent, vous transportent, vous parlent par le biais de cette langue universelle qui gît et jaillit dans/et par l'émotion. A travers précisément ce « Ha des choses » qui surgit dans l’immédiateté de son ressenti avant d'être perverti et domestiqué par ce « quoi des choses » qui distancie, interroge, et renvoie aux vécus singuliers. Qu’importe du reste, puisqu’on a tous vibré, bercé par une voix toute en douceur qui a su se poser pour magnifier la fraternité et l’amour. Dans cette ambiance, sollicité pour faire partie de l’aventure, Ablaye Cissokho avait décidé de participer à titre gracieux au projet artistique qui avait à coeur de défier le possible. Avec en arrière fond, à côté des tableaux de peintres, sculpteurs, photographes, des travaux d’étudiants du Collège d’Architecture de Dakar, des performances et autres installations, des débats autour des films de Djibril Diop Mambéty, William Mbaye, Laurence Attali, Bara Diokhané, les odeurs de mets concoctés par l'ingéniosité de la débrouillardise établissaient un pont entre les arts. « Street food » : « dibi haoussa », « forox tiaya and co ». Ces petites choses qui font le lit des gens de peu.
Toutes ces activités se sont déployées dans l’espace de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts qui avait été rasée sans ménagement en 2004, après avoir assuré la formation d’étudiants qui sont ensuite devenus des célébrités dont les noms résonnent dans le monde culturel. Entre autres Kan-Sy, Soly Cissé, Aïcha Aïdara, Louise Yandé Faye, Henry Sagna, Ibrahima Niang Piniang. Parmi eux, un hommage particulier à feu Mamadou Ndoye Dout’s, talentueux artiste du quartier de la Médina, décédé prématurément en 2023, à 50 ans, à l’âge de la consolidation des promesses. Le possible s’y est en tout cas invité, exhibant avec une insolence tranquille l'absence de vision et de générosité des décideurs, sous la houlette de l’artiste plasticien ivoirien Pascal Traoré Nampémanla et de son équipe constituée d’une vingtaine d’artistes venus du Bénin, de France, du Gabon, de Côte d’Ivoire, du Sénégal. Comme une fervente ode au métissage. Aussi était-il heureux, en ce jour de finissage de voir s’y agglutiner un public de toutes les couleurs, de tous les horizons, de tous les âges. La preuve que « Peace. Love. And Harmonie », de son acronyme « Piloha ! », était en voie de se positionner comme un coup de gueule face à l’assaut de la dysharmonie qui travaille notre environnement avec ses guerres, ses exclusions, ses tentations totalitaires. Etait-ce d’ailleurs un finissage ou bien au contraire un début de quelque chose d’autre à laquelle Dakar mercantilisée sous la coupe réglée de promoteurs immobiliers allait s'ouvrir ? Dans les échanges et les discussions qui se sont exprimés s’incrustaient en effet les inquiétudes de savoir si ce nouvel espace allait se perpétuer comme l'expression d'un besoin vital de créativité, de paix, d’amour et d’harmonie ? Ou tout simplement disparaître le temps d’une Biennale. En attendant la suite qui en sera donnée, merci aux initiateurs de cette initiative qui s‘est révélée une enrichissante et enivrante bouffée d’oxygène. Merci à Pascal Traoré, à Raïssa Hachem , à l’équipe pluriculturelle, à Ablaye Cissoko, pour avoir refusé d'être ensevelis sous les ordures de la médiocrité et avoir montré la charge subversive du possible quand l'ambition et la générosité sont au rendez-vous.
« Peace. Love. And Harmonie ». « PILOHA! …HA... »
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteur produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Un penseur et un écrivain talentueux, humaniste et universel
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Dans l’arrière-pays mental d’Elgas, on peut reconnaître toutes les traces d’un penseur et d’un écrivain talentueux, humaniste et universel.
L’essai littéraire est un terrain fertile pour explorer des idées complexes et qui nécessitent souvent plusieurs tentatives. L’essai, à l’appui d'arguments précis, repose sur la réflexion et l’analyse de faits convoqués pour la circonstance. C’est le genre par excellence qui remet en cause la pensée et oblige le lecteur à reconsidérer son arsenal subjectif. L’essai est un court traité d’idées qui se focalise sur un sujet éclairé à travers un prisme choisi. Cet espace très important de l’expression critique est un élément fondamental de la pensée et de ses contradictions.
Dans son ouvrage, Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, passe en revue, à travers la littérature, la pensée intellectuelle et les sciences humaines de ces dernières décennies, les causes de l’inconfort africain, pour celui qui, par ses connaissances, son talent, son sens artistique, tente de déjouer tous les pièges de l'œuvre post-coloniale. L’auteur, par des chapitres progressifs, passe au crible tous les méfaits intellectuels et humains qu’a engendrés la colonisation.
Ainsi, il évoque plusieurs thématiques qui s’inscrivent dans cette démarche réflexionnelle. Sans tabou, il décrit les ravages de l’aliénation définie par Cheikh Anta Diop ou Franz Fanon entre autres, et comment une nouvelle ère s’est ouverte pour combattre toute allégeance au centrisme européen. Il dresse le portrait de ceux qu’on a accusés d’être des traîtres à l’identité africaine, des accusations parfois maladroites, car elles peuvent être perçues comme stériles.
De même, Elgas convoque le principe des nouveaux rebelles, défendant le panafricanisme et la renaissance, comme armure contre l’aliénation. Mais cette posture contient des nuances qu’il convient toujours de questionner. Car selon lui, il y aurait d’un côté les Africains du continent et les Africains de la diaspora, déjà façonnés par la culture de l’ailleurs ou plutôt de l’exil et qui n’auraient pas les mêmes perceptions de la tension permanente qui existe entre être africain et se penser en tant que tel et être africain déraciné au contact d’un espace qui fait tout pour enfermer. Car il faut le dire, l’accueil social réservé aux nouveaux immigrés est toujours stigmatisant. Il en va de même pour la jeunesse née en Europe, issue d’Afrique, qui est encore et toujours reléguée au second plan de l’organisation occidentale. Pour résister à l’aliénation identitaire, la littérature a souvent proposé deux visions : l’afro-pessimisme versus l’afro-optimisme. Mais cela ne semble pas suffire, nous dit Elgas. Car il y a notamment la question des langues nationales qui ne sont pas devenues les langues d’écriture. Dans la production scientifique ou littéraire, celles-ci combinent parfois à la langue française une forme de « tropicalisme » qui peut encore s’apparenter à une forme de soumission culturelle.
Ainsi, Elgas fait ici un portrait objectif de la situation de l’ère post-coloniale en Afrique et à travers sa diaspora qui n’en a pas encore terminé avec la justification identitaire. Alors quelle proposition fait Elgas pour remédier à ce trouble encore à l'œuvre ? Une bonne nouvelle, c’est de poursuivre la résistance en tout temps et en tout lieu car il existe toujours une faille dans laquelle toute entreprise de colonisation ne prend pas forme. Le simple refus à toute compromission est absout de toute aliénation et de toute corruption de l’esprit. Accepter le terme de “décolonisation” induit la réussite de l’empire colonial, défend Elgas. Force est d’admettre que nous avons conservé une grande partie de notre civilisation et de notre profondeur culturelle. L’avenir et la modernité sont également des affaires africaines, sans être assujetties à un ordre décolonisé. Il ne s’agit plus pour le continent africain d’entrer ou de sortir de l’espace colonial mais bien d’exister par lui-même et pour lui-même. Le risque étant de perdre trop de temps à discourir sur le désordre post-colonial alors que les Africains sont en mesure de créer un espace qui leur ressemble. Et l’urgence demeure de refuser la pensée unique pour conquérir une forme de liberté qui ne connaîtra aucune contestation.
Elgas produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Les contradictions permanentes, les rancœurs, la maltraitance de soi-même, les haines diverses sont les seuls profits à chercher les causes d’un immobilisme lié à l’histoire coloniale. La frise historique du continent africain est très grande, profondément multiple et plurielle. Le continent africain n’a pas pour seul horizon l’occupation européenne et ses méfaits. Elle a existé et a modifié la trajectoire africaine mais sans la déshabiller de ses fondements originels qui sont toujours actifs dans le monde contemporain. La démarche de la renaissance africaine est nécessaire pour recouvrer une pleine confiance mais le continent n’a pas besoin de sortir de la nuit, comme certains le prétendent, il n’a pas à ressusciter, les lumières sont suffisamment nombreuses. Il s’agit plus certainement d’éduquer à la justice cognitive, de porter les flambeaux d’une civilisation qui doit se saisir d’elle-même, de ses atouts pour contribuer, comme toute culture influente, à la modernisation et à l’avenir de l’Humanité.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, Elgas, éditions Riveneuve, Paris, 2023
Le premier coup fourré de cette nouvelle majorité mécanique de Pastef est de déchoir Barthélemy Toye Dias de son mandat de député. Pendant que les Sénégalais attendent les premières mesures en faveur de l’amélioration de leurs conditions (Loi de finances rectificative, Loi de finance 2025, Déclaration de politique générale), l’Assemblée nationale, qui promettait la rupture, vient d’enclencher le cycle de la tyrannie de la majorité écrasante de Pastef.
Le dossier Ndiaga Diouf impliquant l’actuel maire de Dakar (jusqu’à quand d’ailleurs ?) est l’exemple d’un dossier judiciaire avec un traitement éminemment politique. En effet, c’est en 2011, à la veille du Congrès d’investiture de Abdoulaye Wade, qu’un convoi de nervis a quitté le siège du Parti démocratique sénégalais (Pds) pour se rendre à la maire de Mermoz-Sacré Cœur en vue de l’attaquer. S’en sont ensuivis des tirs à l’arme, et le jeune Ndiaga Diouf a perdu la vie. Dias-Fils est alors arrêté par le procureur Ousmane Diagne qui, finalement, sera, au début et à la fin de cette histoire, son bourreau, avec deux régimes différents. Comme quoi…
Quand Macky défendait Dias avant de chercher à le condamner
Lorsqu’il a été mis en prison pour homicide volontaire, Macky Sall, opposant, exprimait une «réaction d’indignation» devant les caméras de la 2sTv. «Tristesse devant la mort du jeune Ndiaga Diouf qui a perdu la vie dans une opération commando dans laquelle on l’a entraîné face à l’agression contre Barthélemy Dias et son institution municipale», disait le candidat Sall devant Pape Alé Niang et Momar Diongue. Avant d’ajouter : «Mais l’affaire Barthélemy Dias, il faut la prendre dans le cadre global de l’enchaînement des événements depuis le 23 juin (2011). Tout le monde a constaté que devant le refus citoyen de valider l’imposture de la loi constitutionnelle qui fixe le ticket (présidentiel) et la suppression du second tour, le pouvoir (de Wade) avait décidé de passer à la vitesse supérieure et avait décidé de recourir à des mercenaires. (…) Aujourd’hui, il est clair qu’on a payé des gens pour verser du sang et instaurer un climat de terreur dans le pays. Et ça, c’est le fait du pouvoir. Le pouvoir Pds nous a installés dans une violence institutionnelle, dans une violence verbale. Maintenant, la violence est devenue physique et mortelle (…) C’est tout cela qui a fait qu’on a assisté à une violence d’une bande armée devant la police médusée, qui était là, impuissante. Ils sont venus agresser. Les vrais responsables de cette affaire, ce sont ceux qui ont commandité et financé cette opération. (…) L’Etat a une responsabilité pleine et entière dans ce qui s’est passé devant la maire de Mermoz-Sacré Cœur. (…) J’en profite aussi pour exiger la libération de Barthélemy Dias puisque l’enquête piétine. Pour la paix et la stabilité, le pouvoir a intérêt à libérer Barthélemy Dias…»
Dias-Fils aura fait 6 mois de détention et humera l’air de la liberté accordée par le pouvoir de Macky Sall qui avait décidé d’en faire un député. Car le fils de Jean-Paul Dias, qui était de tous les combats pour faire chuter le régime Wade, ne devait sous aucun prétexte rester en prison. C’était comme une récompense politique, comme une vengeance, voire une revanche à l’endroit du régime sortant, qui avait assouvi son désir de tenir le tonitruant leader des Jeunesses socialistes éloigné de la révolution anti «Wade».
Ousmane Sonko, le «doomou ndey de Barth’», qui dénonce une instrumentalisation de la Justice
Devenu député, Dias se retrouve dans les bonnes grâces de Macky Sall et son dossier est bizarrement oublié par la Justice. De 2012 à 2016, dans le parfait amour que vivaient le Parti socialiste et l’Alliance pour la République (Apr) dans le cadre de Bby, ce dossier Ndiaga Diouf a été oublié par la Justice. Mais après le refus du clan Khalifa Sall de faire voter le Oui au référendum de mars 2016, le dossier a été subitement réactivé, et l’immunité parlementaire de Dias est levée.
S’ensuit un premier procès au Tribunal correctionnel, au cours duquel il est condamné pour «coup mortel ayant entraîné la mort» et à payer 25 millions d’intérêts civils à la famille du défunt. Un verdict qui n’a satisfait ni le Parquet ni la défense. Et tous deux ont fait appel.
Mais entretemps, le landerneau politique a vu la naissance d’un parti politique dénommé Pastef et d’un leader qui s’appelle Ousmane Sonko, le «doomou ndey de Barth’». Macky Sall ayant ouvert trop de fronts avec ses opposants (Karim Wade, puis Khalifa Sall), une (sordide ?) alliance est vite nouée entre tous les opposés. Et Barth’ va bénéficier de cette alliance car, lors de sa convocation en novembre 2021 pour son procès en appel, il sera accompagné par Ousmane Sonko, qui dénonce une instrumentalisation de la Justice pour éliminer leur candidat à la mairie de Dakar. Après le renvoi du procès après les Locales, le leader de Pastef accusait Macky Sall, lors d’une manifestation publique, d’utiliser la Justice pour rendre inéligible Dias, afin de lui arracher la mairie que les Dakarois lui ont donnée. «S’il (Macky Sall) arrache la mairie de Dakar des mains de Barthélemy Dias, nous allons lui arracher le Palais», menaçait Sonko. Dans une autre vidéo, le même Sonko mettait en garde Sall par rapport à sa volonté d’«arracher les mandats de Barthélemy Dias en tant que maire de Dakar et député à l’Assemblée nationale par l’instrumentalisation de la Justice». Il disait que c’est le Peuple qui a mûrement réfléchi avant de choisir Dias, malgré l’accusation d’assassinat qui pesait sur lui. Donc pour Sonko, dès l’instant que le maire de Dakar est un «choix du Peuple de Dakar» qui en a fait son maire et député, nul n’a autorité pour remettre en cause cela. Ni même la Justice.
Aujourd’hui, c’est Sonko qui remet en cause le choix de 220 000 citoyens Sénégalais avec un cynisme effarant. En effet, dire que Dias est exclu de l’Hémicycle «suite à une demande du ministère de la Justice» n’est que la procédure administrative pour habiller une volonté politique de Ousmane Sonko. Ne nous a-t-il pas dit ici que le ministre de la Justice obéit à ce qu’il veut ? Quand on vous dit que le Premier ministre est dans des règlements de comptes, en voici la preuve. Quel intérêt a le parti Pastef de voter pour la radiation, à part tout simplement permettre à Sonko de prendre sa revanche sur Barth’ qui, au moment du parfait amour avec Pastef, a même avoué avoir commis pour l’actuel Pm «quelque chose passible de la Cour d’assises» ? Même si lui ne dira pas ce qu’il a exactement commis comme crime pour Sonko, il reste que Madiambal Diagne, dans son livre «Adji Sarr, l’histoire», a clairement affirmé que les deux sont allés voir le chef rebelle César Atoute Badiate en Guinée-Bissau, pour voir comment déstabiliser la capitale sénégalaise. Et face à cette grave accusation de collusion avec l’ennemi, ni Dias ni Sonko n’ont démenti.
Barth’ a pactisé avec le diable. Il a nourri la bête
Aujourd’hui, le citoyen est sidéré par le comportement et la nature de nos politiques qui changent en fonction des intérêts du moment. La bonté et l’intégrité sont cautionnées dès lors que la personne incriminée est de mon bord. Si elle est distante, tous les superlatifs seront usités pour le déplumer. Aucune ligne directrice, si l’on conjugue les propos de Ousmane et l’acte perpétré à l’encontre de Barthélemy, consistant à désavouer l’onction populaire, le mandat des citoyens électeurs.
Que voulez-vous ? C’est cela le cynisme. Et le cynisme fait partie de la politique. Mais ce qui est dommage, c’est de voir le Conseil constitutionnel participer au cynisme de Pastef. En effet, quand la Coalition And liggey sunu reew/Alsr a demandé aux juges politiques de procéder au rejet de la candidature de Barthélemy Dias, les 7 «Sages» se sont réfugiés derrière le fait qu’il revenait au ministre en charge des Elections (ministre de l’Intérieur) de les saisir, alors que la décision était du domaine public depuis une année. Trois jours après son installation, le ministre de la Justice demande sa révocation en raison d’une condamnation définitive, connue du ministère de l’Intérieur lors de l’examen de son dossier de candidature.
Si les critères d’éligibilité ne posaient pas de problème avant son élection, pourquoi remettre en question son droit de siéger maintenant ? Les juristes sont interpellés, mais déjà la crédibilité des ministres de l’Intérieur et de la Justice en a pris un gros coup. Pourquoi avoir attendu maintenant pour appliquer une décision de Justice qui date de décembre 2023 ? Pourquoi pas, dès le début de leur installation, si tant est qu’ils voulaient vraiment appliquer le Jub-Jubal-Jubanti ? Dans la même veine, pourquoi Macky Sall n’avait il pas appliqué cette décision ? Va-t-on vers la révocation de Dias à la mairie de Dakar ? Va-t-on vers son arrestation pour association de malfaiteurs, détention et port d’armes en période électorale, et violences en réunion ayant entraîné des coups et blessures graves à autrui dans l’affaire des violences de Saint-Louis ?
Quelque part, nous sommes tristes pour le maire de Dakar, mais force est de reconnaitre qu’ils ont pactisé avec le diable. Faut-il avoir de la peine pour ceux qui ont contribué à faire émerger la bête ? N’est-ce pas que les premiers coups de corne du bélier sont destinés à celui qui l’a engraissé ? Aujourd’hui, tout le monde sait que Sweet Beauté est un lupanar. Et pourtant les Barth’, Khalifa Sall et autres Bougane ont tous dit que c’est un lieu de soins thérapeutiques et que l’affaire Adji Sarr était un complot ourdi par Macky Sall.
par l'éditorialiste de seneplus, alymana bathily
LE MAUVAIS PROCÈS FAIT AU MINISTÈRE DE LA COMMUNICATION
EXCLUSIF SENEPLUS - Certains acteurs du secteur de la presse poussent à la confrontation. Pour les uns, il s’agit de reprendre le combat de l’ancien régime en arrière garde. Rien ne doit plus être comme avant
Alymana Bathily de SenePlus |
Publication 06/12/2024
Mamadou Ibra Kane, le président du Conseil des Diffuseurs et Editeurs de la Presse (CDEPS) est, pour qui le connait, un homme d’habitude pondéré et courtois.
Il ajoute même : « ce 2 décembre 2024 est une date macabre pour la liberté de la presse au Sénégal. Toutes les appréhensions que nous avions depuis plus de huit mois du nouveau régime de Bassirou Diomaye se justifient aujourd’hui. Nous sommes scandalisés, abasourdis… »
Maimouna Ndour Faye de surenchérir : « Ce projet est sournois. Blocage de comptes bancaires, annulation des contrats avec l’Etat, gel des paiements et maintenant ça. Mais qu’ils sachent que nous ne céderons pas ».
Mandiambal Diagne lui, sonne carrément la mobilisation contre le gouvernement : « Nous refusons d’accepter une telle décision illégale. Ma sympathie et mon soutien à tous les acteurs des médias qui font les frais de l’arbitraire du gouvernement de Ousmane Sonko ».
La fronde des patrons
Notons d’abord qu’il s’agit d’une fronde des seuls patrons de presse, aucune organisation professionnelle ne s’y est associée.
Ni le Syndicat des Professionnels de l’Information et la Communication du Sénégal (SYNPICS), ni la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal (CJRS), ni l’Association des Femmes des Médias du Sénégal (AFMS) ni le Conseil pour l'Observation des Règles d'Éthique et de Déontologie (CORED) ! En outre, ces patrons font au « gouvernement Sonko » un mauvais procès : celui de vouloir les liquider.
Il est vrai que ce dernier pourrait pour sa part soupçonner certains patrons, du fait de leur proximité, de leur « amitié » déclarée même avec l’ancien président, de vouloir prendre à leur compte le combat de l’ancien régime en alimentant la sédition. Quant au fond, convenons de ceci :
1-Dans un contexte de pluralisme médiatique, la régulation de la presse écrite tout comme de l’audiovisuel est bien évidemment une responsabilité du gouvernement. Le Code de la presse porte précisément sur les modalités de cette régulation notamment par les articles 80 à 93 concernant la presse écrite et les articles 94 à 117, la communication audiovisuelle.
Cette régulation est d’autant plus nécessaire que les acteurs de la presse ont, eux même, naguère appelé à des mesures d’assainissement consistant à « la nécessaire régulation du secteur par les autorités publiques, l’évaluation et la réforme du Code de la presse, le financement adéquat des entreprises de presse, l’adoption d’un Code de conduite pour les médias, la prise en charge de la formation dans les métiers des médias… ».
2-Les 112 entreprises de presse retenues par le ministère de tutelle sont celles qui sont déjà en règle au regard des articles précités du Code de la presse et de ce fait sont éligibles au Fonds d’Appui à la presse. Il ne s’agit nullement comme les patrons de presse font semblant de croire, « d’une liste d’entreprises de presse qui auraient le droit d’exercer sur le territoire sénégalais ».
3-La réglementation relative à la création des organes de presse écrite n’est pas remise en cause, on le sait bien : c’est toujours le principe déclaratif qui prévaut : il suffit d’une déclaration de parution adressée au ministère accompagnée d’un extrait du casier judiciaire du directeur de publication, les nom et adresses du directeur de publication et des propriétaires.
4- Quant à la liberté de la presse qui serait menacée par la régulation, on n’oublie que liberté de presse et responsabilité sociale de la presse vont de pair.
Ceci a été codifié en doctrine dès les années 1947, aux Etats Unis face à l’explosion de la presse, à cette époque. Voici ce qu’établissait dès lors la commission dite Commission Hutchins établie pour étudier comment sauvegarder la liberté de la presse tout en l’astreignant au contrôle : « Il y a contradiction entre l’idée traditionnelle de la liberté de la presse et sa nécessaire contrepartie de responsabilité…La responsabilité comme le respect des lois, n’est pas en soi une entrave à la liberté ; bien au contraire, elle peut être l’authentique expression d’une liberté positive. …Il est trop fréquent aujourd’hui que la prétendue liberté de la presse soit une forme d’irresponsabilité sociale. La presse doit savoir que ses erreurs et ses passions ont cessé d’appartenir au domaine privé pour devenir des dangers publics. Si elle se trompe, c’est l’opinion qu’elle trompe... »
Visiblement certains acteurs du secteur de la presse, au sein de la profession comme au sein de l’administration publique poussent à la confrontation. Pour les uns, il s’agit de reprendre le combat de l’ancien régime en arrière garde, pour les autres, il faut liquider définitivement ces gens qu’on assimile à des ennemis irréductibles.
Une presse indépendante et forte pour une démocratie forte
Ne les suivons pas dans l’escalade. Le Sénégal a besoin d’une démocratie forte pour faire face aux défis du développement tels que formulés par l’Agenda 2050. Une telle démocratie ne saurait bien entendu prospérer sans une presse indépendante et forte.
Convenons-en pourtant : rien ne doit plus être comme avant : le secteur de la presse doit être assaini, l’équité et la transparence doivent prévaloir aussi bien dans l’enregistrement des médias, que dans l’attribution et le contrôle de l’exploitation des fréquences, que dans l’attribution du Fonds d’Appui à la presse.
Les entreprises de presse doivent évidemment se conformer rigoureusement désormais aux prescriptions du Code de la presse notamment en ce qui concerne le profil et les qualifications de leurs responsables et la nécessité d’embaucher le nombre minimum de journalistes professionnels requis.
Elles doivent s’astreindre à reverser désormais les cotisations sociales de leurs employés et à régler leurs impôts. Toutes les prescriptions maintenant exigées des entreprises de presse ne mettent elles pas en cause leur viabilité économique ? Certainement !
Pour le renouveau de la presse
Peut-être doit on courageusement remettre en cause le modèle économique traditionnel ? Peut-être doit on plaider auprès des autorités publiques pour la mise à jour de l’organisation du secteur de la publicité dont la loi de référence date de plus de 40 ans (loi n° 81-58 du 9 novembre 1981) !
La presse a encore de beaux jours devant elle dans notre pays : le nouveau régime pour lequel les Sénégalais ont voté dès le premier tour de l’élection présidentielle du 24 mars 2024 et auquel ils ont donné la majorité des deux tiers aux législatives récentes, s’inscrit dans la continuité républicaine et démocratique.
Il entend renforcer le pluralisme médiatique : tout journal, radio, télévision et média en ligne est bien évidement libre de traiter et de présenter l’information selon sa ligne éditoriale pour peu qu’il le fasse dans le respect des lois et règlements de la République.