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4 avril 2025
Politique
Par Mohamed GUEYE
ENDETTEMENT ET OPACITÉ
La vraie question est de savoir ce qui peut justifier cette boulimie de ressources extérieures, pour un régime qui n’a jamais lésiné sur les critiques envers ses prédécesseurs, qu’il accusait de manque d’ambitions et d’inféodation à l’argent de l’étranger
La semaine dernière, les services du ministère des Finances et du budget ont voulu nourrir une certaine polémique à propos d’une levée des fonds sur le marché de l’Uemoa. Ladite levée des fonds, d’un montant de 25 milliards, a été infructueuse. Le débat avec le personnel du ministère a failli sortir de la sémantique, pour savoir si l’appel du gouvernement a été rejeté, ou si les autorités ont jugé bon, pour des raisons qui leur étaient propres, de retirer la soumission. Si les services de M. Diba ont arrêté les frais, c’est qu’ils ont compris sans doute qu’ils ne pouvaient avoir raison face à l’évidence. Le Sénégal a l’habitude de recourir au marché financier sous-régional pour lever des montants plus ou moins importants, à des maturités assez courtes. D’ailleurs, le pays a déjà programmé avant la fin de l’année, un certain nombre de sollicitations des acteurs du marché de l’Uemoa, pour obtenir de l’argent remboursable à des échéances plus ou moins courtes. Le Quotidien avait d’ailleurs annoncé que les prochaines sollicitations pour des Bons assimilés au Trésor (Boa), de la part du Sénégal, sont prévus les 13 et 27 décembre prochains. C’est-à-dire quasiment demain et après-demain.
La vraie question est de savoir ce qui peut justifier cette boulimie de ressources extérieures, pour un régime qui n’a jamais lésiné sur les critiques envers ses prédécesseurs, qu’il accusait de manque d’ambitions et d’inféodation à l’argent de l’étranger. Cela, au point de faire du recours aux ressources intérieures l’un des piliers les plus importants du financement de l’ambitieuse «Vision 2050», qui a été initiée par le Président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, pour remplacer le Pse de Macky Sall. Même s’il a déclaré avoir trouvé le pays «au 3ème sous-sol de la déchéance» économique, le Premier ministre Sonko ne semble pas trop souffrir de manque de finances, contrairement à ses déclarations du mois de septembre dernier.
Il avait affirmé à l’époque s’être rendu compte que tous les comptes de l’Etat étaient falsifiés et le niveau d’endettement du pays largement sous-évalué, tandis que le taux du déficit serait du double de celui préalablement annoncé. Cela nous a valu la suspension de nos accords de coopération avec le Fonds monétaire international dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit et de la Facilité élargie de crédit (Mec/Fec), ainsi que la suspension d’un financement de plus de 350 milliards de Cfa que le Conseil d’administration du Fonds devait nous avancer sur un montant total de 1150 milliards. Les autorités politiques avaient semblé dire que cette décision provenait plus de leur «volonté de transparence» que des déclarations jugées quelque peu intempestives des autorités, aux dires de certains observateurs.
Mais on s’est rendu compte que les choses n’allaient pas en s’améliorant, quand le 30 octobre dernier, le Sénégal est allé lever un Eurobond de 181 milliards de francs Cfa, à un taux de 6, 33%. Les services du ministre Cheikh Diba l’ont ainsi présenté : «Cette opération répond à une nécessité de consolidation du financement en raison du report des décaissements initialement prévus du Fonds monétaire international (Fmi) à la suite de l’audit. Le gouvernement envisage d’entamer des discussions avec le Fmi pour établir un nouveau programme aligné sur les objectifs d’assainissement du cadre macroéconomique et la mise en œuvre de la vision de développement des nouvelles autorités.
(…)Cette opération démontre une adhésion aux nouvelles orientations du gouvernement du Sénégal en matière de gestion transparente des finances publiques et à la vision «Sénégal 2050» du nouveau référentiel des politiques publiques.
La baisse de la liquidité dans le marché domestique en fin d’année et le volume des ressources recherchées ont justifié le choix de recourir au marché financier international».
Cette levée de fonds d’eurobonds est intervenue après une opération similaire de 450 milliards de francs Cfa, de 7,75% pour une maturité de 7 ans. Cette opération de juin 2024 avait servi, aux dires des spécialistes, à refinancer des dettes qui arrivaient à terme. Le second aussi, si l’on comprend le communiqué du ministère, semblait poursuivre les mêmes objectifs. Mais l’opération pourrait-elle être fructueuse, quand elle manque de transparence ?
L’Eurobond d’octobre dernier, prétendument réalisé à 6, 33%, serait revenu beaucoup plus cher. Ainsi, Redd Intelligence, un magazine anglo-saxon d’information économique à la réputation bien établie dans les milieux financiers, déclare que «le Sénégal s’est endetté à un taux de 9, 7%». Ce serait ainsi le taux le plus élevé auquel le pays se serait jamais endetté sur le marché international. La faute en serait aux conditions dans lesquelles le gestionnaire JP Morgan a négocié cette levée. Ces conditions seraient, à en croire des Sénégalais spécialistes des questions de finances internationales, aussi opaques que lors de l’Eurobond de juin dernier dont tout le monde a noté qu’il n’a pas été levé aux taux auxquels le Sénégal est soumis d’habitude. Du moins, était soumis durant les gouvernances passées. Il faudrait aux autorités beaucoup de travail pour retrouver un niveau de confiance qui leur permette de faire baisser les taux d’emprunts ultérieurs. Cela demanderait de clarifier les relations du Sénégal avec JP Morgan. Pourquoi avoir choisi de traiter exclusivement avec ce seul gestionnaire, au lieu de faire comme ce qui se fait habituellement, en recourant à un pool de sociétés de gestion, pour obtenir les meilleurs taux ? Qu’est-ce que JP Morgan pourrait apporter de plus au pays, que les autres n’auraient jamais fait ? Pour le moment en tout cas, son intervention ne rend pas les choses plus claires, et le Sénégal n’en devient pas moins pauvre et moins endetté. Et par conséquent, il n’obtient pas plus d’argent qu’il en avait l’habitude. Témoin, les malheureuses péripéties que nos levées de fonds commencent à connaître sur le marché de l’Uemoa. L’échec de la levée des 25 milliards a été un gros camouflet. Mais il a caché les petits revers enregistrés avec certaines autres opérations sur le même marché.
Si la signature du Sénégal n’emporte plus la même crédibilité qu’il y a quelque temps, il faudrait sans doute que nos autorités politiques interrogent leurs comportements. Est-il normal, depuis l’acquisition de ces différents crédits extérieurs, que l’opinion ne sache pas à quoi sont destinées ces finances, et comment elles seront réparties ? Si le dernier Conseil des ministres nous a enfin informés de l’adoption d’une Loi de finances rectificative (Lfr), un journal local a déclaré dans son édition d’hier, que ladite Lfr n’est pas encore arrivée sur la table des députés. Or, plus l’incertitude demeure, moins il y a des chances que les finances du Sénégal se stabilisent. Le Sénégal semble parti pendant un certain temps, pour contracter des dettes à court terme afin de régler ses problèmes immédiats d’argent. Et la mise en œuvre de la Vision 2050, qui est censée en finir avec le tâtonnement dans nos projets de développement, n’en sera que retardée. Même si les relations avec le Fmi sont suspendues à l’heure actuelle, le gouvernement pourrait s’inspirer de certaines lignes du dernier rapport de mission de cette institution lors de son passage en octobre dernier au Sénégal. Edward Gemayel et ses collaborateurs avaient écrit : «Le Sénégal continue de faire face à un environnement difficile, avec des signes de tensions accrues dans l’exécution du budget. Le manque à gagner en termes de recettes, identifié lors de la dernière visite des services, a été confirmé à fin septembre. Parallèlement, les dépenses sont restées élevées, principalement en raison d’une augmentation substantielle des dépenses d’investissement.»
Ils ont ajouté plus loin : «A l’avenir, il est essentiel que les autorités mettent en œuvre des mesures audacieuses et rapides pour assurer la viabilité des finances publiques et placer la dette publique sur une trajectoire décroissante. La Loi de finances 2025 représente une occasion cruciale pour le gouvernement de réaffirmer son engagement en faveur des réformes essentielles et de répondre aux défis structurels de longue date. Des actions stratégiques pour renforcer la mobilisation des recettes domestiques (…) seront déterminantes pour favoriser la discipline budgétaire et renforcer la confiance dans la gouvernance publique.»
PASTEF MOBILISE SON APPAREIL POUR SECURISER SON PROJET
Fort de sa double victoire à la présidentielle et aux législatives, le parti de Sonko dévoile une feuille de route ambitieuse qui mise sur la mobilisation continue de son appareil politique pour transformer le Sénégal
Ousmane Sonko et compagnie sont partis pour durer au pouvoir. En tout cas, ils travaillent pour sécuriser le projet qui les a portés dans toutes les institutions du pays. ils ont ainsi décidé de garder toujours actif leur appareil de propagande pour le mettre au service de la gouvernance Sonko-Diomaye.
La politique partout ! Telle semble être aujourd’hui l’option du Pastef qui, malgré ses écrasantes victoires aux législatives et à la présidentielle, veut toujours associer son appareil politique dans la vulgarisation du Projet en phase de matérialisation.
C’est ce qui ressort du communiqué du Bureau politique national du parti qui dit vouloir renforcer la mobilisation patriotique et démocratique pour la Transformation systémique du Sénégal.
Les Patriotes considèrent ainsi que ce double verdict (présidentielle et législatives) montre que le peuple sénégalais souverain a décidé de mettre chaque protagoniste à sa place, clôturant ainsi un cycle politique néocolonial pour en ouvrir un nouveau.
Cette ère nouvelle, soulignent-ils, est portée par une génération de jeunes Patriotes panafricanistes autour du leadership incarné par le Président Ousmane Sonko.
A les en croire, ces victoires politiques sont la consécration du travail de planification, de supervision, et de coordination, opéré avec dynamisme et discipline, à tous les échelons des structures et organes du parti en général, du Secrétariat national chargé des opérations électorales (SE.N.OP E) en particulier.
Selon toujours le bureau politique national de Pastef, le vote dont ils ont bénéficié aux derniers scrutins est un mandat clair pour donner corps et vie à l’agenda national de transformation systémique; Sénégal vision 2050 qui sera décliné dans la Déclaration de politique générale annoncée du Premier ministre. Ils soutiennent dans la foulée qu’au cours de cette 15e législature, le groupe parlementaire Pastef Les Patriotes doit utiliser sa majorité pour transformer l’Assemblée nationale en un véritable instrument de matérialisation de la vision d’un Sénégal souverain, juste et prospère.
Leur conviction, le travail vient de commencer réellement. C’est pourquoi ils conseillent les militants, les élus et tous les responsables patriotes aux instances de décision de changer eux-mêmes dans leur attitude pour changer le Sénégal et l’Afrique; de prendre à bras-le-corps l’incontournable reddition des comptes; de renforcer leur liaison avec le peuple et de ne pas se laisser divertir par les méandres de la politique politicienne, du clientélisme et les combats d’arrière-garde d’une opposition qui se cherche.
“Nos efforts vont être prioritairement orientés vers la résolution des vraies préoccupations des masses populaires en termes d’emploi, de santé, d’éducation, d’infrastructures, d’alimentation, d’épanouissement culturel, sportif, et social, en un mot de vie digne dans la paix, la prospérité et la solidarité”, lit-on dans le communiqué du Bureau politique du Pastef parvenu à la rédaction, qui ajoute par la suite que les forces doivent être dirigées dans le travail sans relâche pour l’unité africaine et des relations internationales plus justes et équitables.
Les Patriotes disent ainsi avoir l’ambition et les moyens grâce à l’organisation, la confiance et la mobilisation du peuple sénégalais, la jeunesse en particulier, autour du Projet. “Ce combat doit être mené par la parole, la plume ou l’action militante éclairée, contre tous les fossoyeurs de l’intérieur comme de l'extérieur, à visage découvert ou encagoulés”, lit-on en définitive dans le communiqué.
UN NOUVEAU MEGA-NDEUP POSTÉLECTORAL DU PS
Tel un malade cherchant la guérison dans le rituel lébou, le parti convoque une séance d'introspection collective. La réunion dirigée par Serigne Mbaye Thiam ce 10 décembre, pourrait bien ressembler à une séance d'exorcisme politique
Le Parti socialiste (Ps) entame son chemin de …croix qui risque de le mener au purgatoire. Ou alors vers le déclin ! Pour preuve, le PS n’a péché qu’un seul et un unique député après une catastrophique descente dans les abysses marins de la contre-performance lors des législatives 2024. Il s’agit de Mme Rokhaya Camara, sauvée par une deuxième place sur la liste nationale de Jamm ak Njariñ. Désormais, les Verts de Colobane savent qu’il faut se réinventer électoralement ou mourir politiquement. Après un premier « ndeup » en septembre dernier pour tirer le bilan de la présidentielle de mars 2024, voilà qu’une autre séance de « ndeup » est convoquée, ce mardi 10 décembre 2024, par la Commission chargée des élections sous la direction de Serigne Mbaye Thiam. Des débats houleux et des empoignades de déception ne seront pas à écarter entre cadres socialistes.
Chez les parents Lébou, le « ndeup » traverse le temps et surtout se fige dans l’esprit du corps malade pour exorciser le démon qui habite l’âme. Le Parti socialiste (PS) va emprunter la catharsis lébou pour se libérer des démons qui l’assaillent. Des démons qui sonnent comme le chemin de croix du purgatoire conduisant immédiatement à l’implosion d’une formation historique au crépuscule de sa vie. Le séminaire du 31 aout au 1er septembre dernier pour évaluer la Présidentielle de mars 2024 remportée largement par le Pastef et son candidat Bassirou Diomaye Faye fut un moment de « ndeup » houleux avec de jeunes socialistes qui en voulaient à la veille garde d’octogénaires incarnés par Aminata Mbengue Ndiaye, Serigne Mbaye Thiam et autres. En effet, le soutien apporté par le PS à Jamm ak Njariñ lors de la présidentielle 2024 fut totalement décrié par les jeunes socialistes qui scandaient voire sifflaient à chaque fois que le nom de l’ancien Premier ministre Amadou Ba était prononcé du genre : « assez, assez..doynaa… sournaniou…assez…doynaa ».
Un sentiment de désapprobation que les jeunes et les moins jeunes se partageaient comme un unique slogan face aux octogénaires. Morceaux choisis : « abal lene ngou, et bayil léne sounou parti… » , « Allez-vous en ! Dégagez et laissez nous avec notre parti… ». Seulement, les jeunes socialistes ne seront pas écoutés puisque le temps ne permettait guère de prendre en compte leur mise en garde. Et dans une imminente course à la Présidentielle où les dés des alliances étaient presque jetés. Toujours est-il que les cadres « poivre sel » du PS étaient dans perspective des législatives de novembre. Contre toute attente, le Ps n’a fait autre que de s’aligner encore aux côtés d’un Amadou Ba et de se faire remorquer, tel un wagon vide, par une faible locomotive baptisée Jamm ak Njariñ lors de la présidentielle 2024.
Serigne Mbaye Thiam, le maitre de séance
Ce mardi 10 décembre 2024, un autre « ndeup » sur les législatives et la perspective politique se fera autour du secrétaire national chargé des élections Serigne Mbaye Thiam. Entre 30 à 40 socialistes, membres ou acteurs directs agissant sur le processus électoral des Verts, parleront des législatives de novembre et débattront sur le sombre avenir de la formation de Senghor. L’heure sera aussi de tirer les conséquences d’un soutien catastrophique à l’endroit du candidat de la Nouvelle Responsabilité. Un renfort socialiste qui n’a pas donné er clairement les résultats escomptés. D’où l’élection d’un seul et unique député « vert » nommé Mme Rokhaya Camara. Et l’honorable députée va sans douter remercier le « ciel » de la parité puisqu’elle était deuxième sur la liste nationale de Jamm ak Njariñ. Un état de fait qui laisse constater que PS a subi une véritable bérézina historique ! Autrement dit, une catastrophe politique. Et le pire, c’est qu’au sein des Verts, des voix s’étaient élevées pour dénoncer la place qui leur a été réservée lors des investitures par Amadou Ba et même, ils furent écartés du processus électoral. La réunion statuaire de la Commission électorale de ce mardi est partie pour être un événement de taille. « Les positions du parti divergent sur les responsabilités de l’échec des législatives.
Depuis l’élection présidentielle de mars, au sein du parti, nous avons de fortes divergences d’opinion sur notre feuille de route. Une forte frange dans nos rangs renvoie la question sur la responsabilité interne du Parti sur nos résultats électoraux lors des locales et législatives de 2022, mais aussi sur la Présidentielle et les législatives de novembre 2024. Cette frange du Parti met tout cela sur le dos de l’actuelle secrétaire générale qui doit débarrasser le plancher le plus rapidement. Elle doit être accompagnée par la vieille garde du parti » explique une source membre de la Commission électorale. «Une autre frange importante du parti estime que les résultats subis par le PS reflètent tout simplement la question de la gouvernance démocratique du pays depuis 2012 et surtout après la présidentielle de 2019, mais aussi sur les tergiversations de la question du 3ème mandat. Le PS, qui était en alliance dans BBY, a subi les contrecoups de ces choix politiques. Or ces défaites depuis 2022 sont une défaite commune à l’AFP, à l’APR, au PIT, à l’URD, bref à toute la composante politique de BBY. Vous ne pouvez pas prendre uniquement le PS pour qu’il endosse la responsabilité. Mais ils en profitent pour régler leurs problèmes. La transformation structurelle de notre parti est incontournable afin de capter et être demain une alternative crédible à ce régime populiste » conclut notre source.
Une chose est sure, il faut s’attendre ce mardi à la « Maison du Parti » à des débats houleux et des empoignades de déception entre cadres socialistes.
UN PAS DE DEUX PRÉSIDENTIEL AU QATAR
La poignée de main entre Diomaye et Karim ressemble à "un tango, une danse synonyme d'étreinte et de violence contenue". Une métaphore qui illustre parfaitement l'ambiguïté de cette rencontre où se mêlent intérêts politiques, économiques et judiciaires
(SenePlus) - Dans une chronique satirique publiée dans Jeune Afrique, le dessinateur et éditorialiste Damien Glez décrypte avec ironie la récente rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et Karim Wade à Doha, la qualifiant de "dernier tango en terre qatarie".
La photo de leur poignée de main, largement diffusée sur les réseaux sociaux le 8 décembre, ressemble selon le chroniqueur à "un tango, une danse synonyme d'étreinte et de violence contenue". Une métaphore qui illustre parfaitement l'ambiguïté de cette rencontre où se mêlent intérêts politiques, économiques et judiciaires.
Comme le souligne Damien Glez, le mystère reste entier sur l'initiateur de ce rendez-vous. "Aucune des parties prenantes n'ayant avoué être à l'initiative du rendez-vous", écrit-il, balayant au passage l'argument d'une simple volonté d'"ouverture" avancée par certains observateurs.
L'éditorialiste met en lumière les enjeux sous-jacents de cette rencontre. D'un côté, Bassirou Diomaye Faye, fort de sa récente victoire aux législatives, pourrait avoir besoin de l'influence de Wade dans "de nombreux dossiers économiques qui concernent la région du Golfe" et notamment dans "la gestion du Fonds stratégique d'investissement qatari pour l'Afrique". De l'autre, Karim Wade, bien que gracié en 2016, reste redevable d'une amende colossale de "138 milliards de F CFA".
La chronique compare également leur relation à un "cha cha cha", fait de "pas en avant et de pas en arrière", rappelant que Wade fils avait soutenu Faye à la présidentielle mais pas aux législatives du 17 novembre. Une valse-hésitation politique que l'entourage présidentiel tente de minimiser en insistant sur la dimension économique de la rencontre.
Selon Jeune Afrique, la présidence sénégalaise préfère d'ailleurs préciser que le chef de l'État n'a pas rencontré "le secrétaire général adjoint du Parti démocratique sénégalais (PDS), mais l'ancien ministre d'État, de la Coopération et des Transports", soulignant ainsi la primauté de l'aspect économique sur le politique.
La rencontre s'est déroulée en marge de la 22e édition du Forum de Doha, où le président sénégalais est venu défendre, selon les sources officielles citées par le chroniqueur, l'image d'un "Sénégal et d'une Afrique décomplexée, jeune, ambitieuse et résolument ouverte au monde". Une vision qui contraste avec le parcours de Karim Wade qui, comme le note avec ironie Damien Glez, "n'incarne plus vraiment la relève" et est "bien plus âgé que le nouveau chef de l'État".
LES DESSOUS D'UNE RENCONTRE AU SOMMET ENTRE DIOMAYE ET KARIM
Des sources de la présidence indiquent que l'exilé du Qatar a été reçu en sa qualité d'ancien ministre, et non comme figure du PDS. La question de l'amende de 138 milliards de francs CFA qu'il doit à l'État sénégalais n'aurait pas été abordée
(SenePlus) - Le président Bassirou Diomaye Faye et Karim Wade se sont entretenus au Qatar, en marge du Forum de Doha, dans des circonstances qui révèlent les subtilités de la politique sénégalaise.
Les contours de cette entrevue, dont les initiateurs restent mystérieusement dans l'ombre, comme le rapporte RFI, dévoilent une chorégraphie diplomatique soigneusement orchestrée. La présidence a d'ailleurs pris soin de cadrer l'événement, précisant que Karim Wade était reçu en sa qualité d'ancien ministre, et non comme figure du Parti démocratique sénégalais (PDS).
Selon les sources proches de l'exécutif citées par la radio française, les discussions se sont concentrées sur des dossiers économiques stratégiques. Et pour cause : installé dans le Golfe depuis huit ans, Karim Wade s'est forgé une réputation de personnage clé dans les cercles d'affaires de la région. Son nom résonne particulièrement autour du Fonds stratégique d'investissements qatari pour l'Afrique, bien qu'il n'y occupe officiellement aucune fonction.
Le timing de cette rencontre intrigue les observateurs. Elle intervient dans un contexte politique complexe : si Wade avait soutenu Faye lors de la présidentielle de mars, il s'en était ensuite démarqué lors des législatives de novembre. Un revirement que la présidence sénégalaise, selon RFI, considère avec philosophie, y voyant simplement l'expression normale du jeu démocratique.
L'épineuse question de l'amende de 138 milliards de francs CFA que doit toujours Wade, malgré sa grâce en 2015 pour enrichissement illicite, n'aurait pas été abordée.
Sur X, le président Faye a rapidement évoqué "des échanges constructifs sur la situation politique, économique et sociale" du pays. Une formulation diplomatique qui masque peut-être des enjeux plus profonds. L'entourage de Karim Wade, cité par RFI, insiste sur les "très bonnes relations" entre les deux hommes, au-delà de leurs divergences politiques.
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DIAS CONTRE-ATTAQUE
L'édile de Dakar remet en cause la version officielle sur le décès de son garde du corps. Il dénonce sa radiation de l'Assemblée tout en révélant qu'il avait prévu de démissionner, et balaie les rumeurs sur une possible destitution de son poste de maire
En conférence de presse ce mardi 9 décembre 2024, Barthélémy Dias est revenu sur plusieurs points chauds de son actualité. La tête de liste de Samm sa Kaddu lors des dernières élections législatives a évoqué la mort de Bassirou Diop, son garde du corps, ainsi que sa radiation de l’Assemblée nationale.
Barthélémy Dias sort la réplique. Il a d’abord évoqué la mort de son garde du corps, Bassirou Diop, arrêté à Saint-Louis lors de la campagne après les affrontements entre ses militants et ceux du Pastef. « Je voudrais interpeller Monsieur le Procureur de la République de Saint-Louis, parce que je ne fais pas partie de ceux qui croient que Monsieur Bassirou Diop est mort à l’hôpital, et j’insiste là-dessus. Et il ne faudrait surtout pas nous faire croire qu’il est mort à l’hôpital », assure-t-il d’emblée.
Après avoir rappelé les circonstances de l’arrestation de son garde du corps, il dénonce une mission qui était donnée aux forces de l’ordre pour le nuire : « J’accuse les éléments de la BIP d’avoir tiré sur les éléments de notre sécurité et d’avoir engendré des blessures, et ils m’entendent. Et le procureur de la République, car les preuves sont là ».
Le maire de Dakar de poursuivre. « Ce qui est en train de se tramer, ce n’est pas l’Assemblée nationale, mais autre chose. Et cette autre chose là, on n’y arrivera pas, et on ne l’acceptera pas. Toute chose à une fin et dans la vie… Je le répète, le Sénégal est une République et nous avons tous choisi de vivre en République. Ceux qui ont envie de vivre dans autre chose, ça les engage ». Pour prendre le contrepied de ceux qui ont voté sa radiation, Barthélémy Dias assure qu’il n’avait nullement l’intention de siéger à l’Assemblée nationale. « Je voudrais d’abord dire que je n’ai jamais souhaité siéger à l’Assemblée nationale pour cette 15ème législature. Cette démission devait être enregistrée ».
Malgré cette démission préparée, Barth assure qu’il va déposer un recours pour réfuter la légitimité de cette radiation, avant d’interpeller le ministre de la Justice. « Quand le ministre de l’Intérieur dit que j’ai été définitivement condamné, je lui demande, sur les 165 députés, est-ce que je suis le seul député à avoir été condamné définitivement ? Parce qu’il semble que le ministre de l’Intérieur habite dans un autre pays qui n’est pas le Sénégal. Je lui rappelle qu’au Sénégal, je ne suis pas le seul homme politique à avoir été récemment condamné définitivement. Et au passage, je voudrais aussi dire à chacun de vous que la condamnation définitive, ce n’est pas la décision de la Cour suprême ».
Quid de la mairie de Dakar ?
Troisième point de cette conférence de presse de Barthélémy Dias, la mairie de Dakar. Certains avancent en effet qu’il pourrait être destitué de son statut de maire de Dakar. Chose impensable pour lui, qui s’appuie sur la législation en vigueur. « L’article 135 du Code général des collectivités stipule que la révocation d’un maire est possible uniquement en cas de condamnation pour un crime. Or, j’ai été condamné pour un délit, pas pour un crime. Ceux qui cherchent à manipuler les textes pour justifier une éventuelle destitution, je leur fais savoir dès maintenant que cela n’arrivera pas. Je n’irai pas plus loin, mais nous ne céderons pas d’un millimètre. »
LA RÉVOCATION DE BARTHÉLÉMY DIAS EST UN AFFRONT À LA DÉMOCRATIE SÉNÉGALAISE
Nafi Samb, membre du mouvement des femmes de Taxawu Sénégal était l’invitée de la matinale « Salam Sénégal » de la RSI. Elle a exprimé sa profonde tristesse suite à la mort de Bassirou Diop, l’un des gardes du corps de Barthélémy Dias...
Nafi Samb, membre du mouvement des femmes de Taxawu Sénégal était l’invitée de la matinale « Salam Sénégal » de la RSI. Elle a exprimé sa profonde tristesse suite à la mort de Bassirou Diop, l’un des gardes du corps de Barthélémy Dias, évoquant des allégations de torture. « Nous sommes profondément touchés par cette tragédie. Selon les informations reçues, il aurait été torturé. Il est encourageant de noter que le procureur a ordonné une autopsie et une enquête », a-t-elle déclaré.
Concernant les résultats des dernières législatives, Nafi Samb a souligné que la victoire de Pasfef indique que le Sénégal n’est pas encore prêt à céder l’Assemblée nationale à l’opposition. En ce qui concerne la révocation de Barthélémy Dias, elle a affirmé : « nous l’acceptons avec philosophie, car ce n’est pas la première fois que nous vivons cela, comme lors de l’affaire Khalifa Sall. Nous sommes engagés dans une opposition républicaine ». Toutefois, elle a déploré la régression de la démocratie sénégalaise, ajoutant que, bien que le ministre de la Justice agisse dans son droit, il y a une question d’élégance politique à considérer.
Nafi Samb a insisté sur le fait que la révocation de Barthélémy Dias n’est pas définitive. « Nous allons explorer toutes les options légales pour contester cette décision. D’ailleurs, Barthélémy Dias s’exprimera aujourd’hui lors d’un point de presse à la mairie de Dakar pour clarifier sa position », a-t-elle précisé. Elle a également rappelé que, selon le code des collectivités territoriales, le maire ne peut pas être révoqué.
Elle a qualifié cette situation de machination politique : « nous avons combattu des injustices pour qu’il puisse accéder au pouvoir, et je pense qu’il ne devrait pas répondre à celles-ci par d’autres injustices envers ses adversaires politiques ». Au sujet des propos de Abba Mbaye, elle a affirmé : « je respecte le choix de Abba Mbaye, mais c’était une situation qui pouvait être réglée en interne. Chacun a le droit à la liberté d’expression ».
Concernant l’abrogation de la loi d’amnistie, Nafi Samb a exprimé sa confiance en sa coalition : « bien que nous ayons plus de députés à l’Assemblée nationale, je crois que ceux de notre coalition voteront pour l’abrogation de cette loi ».
Enfin, en ce qui concerne la présidentielle de 2029, elle a indiqué que des discussions auront lieu au sein de Taxawu Sénégal. « Khalifa Sall est là pour nous guider. Il est évident que Barthélémy Dias a gagné en maturité dans ses décisions, sa communication et ses réseaux », a-t-elle conclu.
par Abdoul Aziz Diop
IL Y A 13 ANS, LE RÉVEIL DE L’HISTOIRE EN SYRIE
EXCLUSIF SENEPLUS - Pendant qu’un garçon de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieux de 74 ans s’emparait de l’État au Sénégal avec l’idée qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses en forteresses
La télévision publique syrienne a annoncé ce week-end la prise du pouvoir par les rebelles en Syrie et la chute de Bachar Al Assad…
Il y a 13 ans, le réveil de l’Histoire en Syrie coïncida avec la révolution citoyenne au Sénégal dont l’épilogue fut la défaite du Sopi et le départ de son pape du pouvoir.
Très nombreux sont les objets d’art qui ont été volés, détruits ou censurés. Pourtant, l’art – « expression d’un idéal de beauté correspondant à un type de civilisation déterminé » - ne s’est jamais affaissé, faisant ainsi preuve d’une extraordinaire capacité de résistance aux assauts les plus ignobles. On peut comprendre cette capacité de l’art à se renouveler continument en dépit de la fragilité des œuvres en distinguant la forteresse – « lieu fortifié » - à la fortification qui est « l’art de fortifier » un lieu, une place, un pays, une nation... La distinction est d’autant plus importante qu’elle permet de scinder l’Histoire – « sale et entremêlée » - en deux séquences successives : le moment où les tyrans s’emparent des forteresses au terme d’une débauche inouïe de violence et le moment (inattendu) où ils trébuchent au contact d’une ou de plusieurs fortifications.
S’assurant le contrôle du Parti Baas syrien à la suite d’un coup d’État, le général Hafez-el-Assad fut l’un des chefs d’État du Proche-Orient qui resta le plus longtemps au pouvoir (1970-2000). A sa mort en juin 2000, son fils Bachar el-Assad hérita de la forteresse (bien gardée) dont il devint le président. Depuis plus de quatre mois maintenant, Bachar el-Assad fait face à une vague de protestations qui ne faiblit pas malgré la répression sauvage des populations insurgées par l’armée syrienne et les réformes en trompe-l’œil du système. En Syrie, la fortification contre laquelle bute le régime syrien contesté se déclame en peu de mots : « Nous ne nous soumettrons qu’à Dieu ! ». Bachar el-Assad n’est pas Dieu. Une évidence déconcertante annonce donc une vérité implacable : dans très peu de temps, la Syrie ne sera plus ce qu’elle est sans doute depuis la création en 1947 à Damas du Parti socialiste arabe Baas, longtemps balloté entre néo-marxisme et nationalisme jusqu’à l’abandon du projet originel d’unification de tous les États arabes face à l’influence occidentale et à Israël.
Pendant qu’un garçon syrien de 35 ans arrivait au pouvoir à Damas, un vieil opposant de 74 ans s’emparait des leviers de l’État au Sénégal avec l’idée – jamais dissimulée - qu’un pouvoir africain ne tombe que lorsque l’on ne s’en sert pas pour transformer les bâtisses – véritables œuvres d’art abritant les institutions - en forteresses imprenables. La présidence de la République, l’Assemblée nationale, les assemblées locales et le Temple de Thémis sont aux mains d’un seul dès le mois de mai 2002. C’est peut-être à ce moment précis que remonte le projet d’une succession arrangée pouvant profiter à n’importe quel heureux élu. C’est peut-être aussi à ce moment précis qu’une dépréciation de l’œuvre du législateur préfigura les vives tensions politiques constatées depuis le 16 juin 2011, date à laquelle le Conseil des ministres adopta en catimini le projet de loi instituant l’élection d’un président et de son colistier au suffrage universel. Mais en érigeant des forteresses, le législateur n’oublia pas les fortifications. Cette précaution explique à elle seule le rapport du citoyen aux bâtisses de la République et aux hommes légitimés à les occuper le temps d’un mandat. En apercevant de loin la façade de chacune des forteresses, le passant se remémore deux choses au moins : le coût de leur entretien par l’effort de tous et la façon dont le budget de la nation est grevé par le traitement de leurs animateurs principaux et subalternes. Ce double abus est supportable aussi longtemps que les fortifications ne cèdent pas sous la pression d’un seul ou de quelques-uns. La plus importante d’entre elles est sans doute aussi celle (péremptoire) qui ne se prête presque jamais aux spéculations des profanes et des savants. « La forme républicaine de l’État ne peut faire l’objet d’une révision ». Ainsi pétrie par le législateur, la fortification édicte une conduite à laquelle un mortel ne déroge sans que le commun des mortels ne lui inflige une correction au moins égale au préjudice subi. C’est ce qui se produisit le jeudi 23 juin 2011, jour de réminiscence des fortifications saccagées. Depuis cette date, deux peuples – le syrien et le sénégalais – dont les destins se sont longtemps croisés au Sinaï sous l’égide des Nations unies hurlent le même refrain tout aussi audible dans les rues des villes syriennes de Lattaquié et de Homs que dans les agglomérations sénégalaises de Saint-Louis, Thiès et Mbour : « Nous ne nous soumettrons pas ! »
A Damas et à Dakar, les forteresses, toutes prenables, sont aux mêmes endroits. Depuis le 23 juin 2011, les fortifications sénégalaises sont passées, elles, des mains sales à celles (propres), des gens du peuple insurgé. Sous peu, chacune des bastilles sera prise et vidée de ses occupants malpropres. Ce moment – le meilleur depuis plus d’un demi- siècle – préfigure le pays nouveau sur lequel anticipèrent les trente-cinq propositions de la Charte de gouvernance démocratique issue des Assises nationales. Pour la première fois, l’expression d’un idéal politique coïncide avec celle d’un idéal social annonciateur d’une nouvelle séquence historique. Aucune débauche de violence ne sera assez grande pour enlever à l’idéal sous-jacent de beauté (artistique) son éclat éblouissant. Ni même celle de légions étrangères à la rescousse de l’apprenti autocrate et de son dernier carré de fidèles.
Abdoul Aziz Diop est ancien porte-parole du Mouvement du 23 juin (M23) et artisan de la République du 23 juin.
LE NOUVEAU PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE EL MALICK NDIAYE A LA RENCONTRE DE SES PREDECESSEURS
Le nouveau président de l’Assemblée nationale du Sénégal, El Malick Ndiaye, a entamé, ce week-end, une série de visites de courtoisie auprès de ses prédécesseurs, une démarche marquée par la cordialité et la volonté de renforcer le rôle de l’Hémicycle.
Après la passation de services avec le président sortant, Amadou Mame Diop, El Malick Ndiaye s’est rendu chez les anciens présidents de l’Assemblée nationale, à savoir Moustapha Niasse, Mamadou Seck, Pape Diop et Cheikh Abdou Khadre Cissokho. Ces rencontres, ponctuées d’échanges constructifs, ont été l’occasion pour le nouveau président de réaffirmer son engagement à rendre l’Assemblée plus inclusive et moderne a-t-il dit.
Au cours de ces entretiens, la deuxième personnalité de la République a mis en avant sa volonté de mieux répondre aux attentes et préoccupations de la population sénégalaise, en modernisant l’institution et en la rendant plus accessible à tous. Selon M. Ndiaye, l’échange avec ses prédécesseurs lui a également permis de recueillir des conseils précieux et des bénédictions pour la réussite de son mandat.
Le renforcement de l’Assemblée nationale, afin d’en faire un véritable moteur de la démocratie sénégalaise, demeure ainsi une priorité pour le nouveau président, qui espère bâtir sur les solides fondations laissées par ses prédécesseurs tout en insufflant une nouvelle dynamique à l’institution.
THE ECONOMIST VOIT UN AVENIR DURABLE POUR LES PUTSCHISTES AFRICAINS
Le magazine britannique est formel : pour les aspirants putschistes africains, le message est clair. Non seulement il est possible de s'emparer du pouvoir par la force, mais on peut désormais le conserver sans craindre de véritables représailles
(SenePlus) - L'année 2025 pourrait marquer la consolidation du pouvoir des militaires en Afrique, selon une analyse publiée par The Economist dans son dossier "The World Ahead 2025" (2025, le monde à venir). Le magazine britannique dresse un constat : les juntes militaires qui se sont emparées du pouvoir depuis 2020 sont là pour durer, et ce malgré leurs promesses initiales de transition démocratique.
Ce qui frappe dans l'analyse de The Economist, c'est la facilité avec laquelle les coups d'État se sont succédé, dessinant une "ceinture" ininterrompue de l'Atlantique à la mer Rouge. Du Mali à la Guinée, en passant par le Soudan, le Burkina Faso, le Niger, le Gabon et le Tchad, les militaires ont pris le pouvoir sans rencontrer de résistance internationale durable. Même la pandémie de Covid-19 a servi leurs intérêts, offrant à certains gouvernements, comme celui de l'Éthiopie, un prétexte parfait pour manipuler le processus électoral.
L'hebdomadaire britannique met en lumière la stratégie désormais éprouvée des juntes militaires : promettre une transition démocratique pour mieux se maintenir au pouvoir. En Guinée, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, qui devait initialement quitter le pouvoir en 2024, n'a même pas encore organisé le référendum constitutionnel qui pourrait, ironiquement, lui permettre de se présenter aux élections. Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema suit le même schéma, repoussant sans cesse l'échéance démocratique prévue pour août 2025.
Une communauté internationale résignée
The Economist souligne un fait crucial : l'Occident et les organisations régionales ont baissé les bras. La CEDEAO, qui menaçait d'intervenir militairement au Niger, a finalement levé ses sanctions économiques en 2024. Les intérêts économiques et stratégiques priment : la Guinée possède d'immenses réserves de fer et de bauxite, tandis que le Gabon héberge une base militaire française. La France et les États-Unis ont même dû retirer leurs troupes du Niger, affaiblissant leur influence dans la région.
L'Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Niger, le Mali et le Burkina Faso depuis juillet 2024, illustre parfaitement cette nouvelle donne. Selon le magazine britannique, cette confédération, née d'un pacte de défense, s'affirme comme un bloc anti-occidental où la démocratie n'est plus une priorité. Ni le Mali ni le Burkina Faso n'ont tenu les élections promises en 2024, traçant la voie que suivra probablement le Niger.
La conclusion du magazine britannique est sans lapidaire : pour les aspirants putschistes africains, le message est clair. Non seulement il est possible de s'emparer du pouvoir par la force, mais on peut désormais le conserver sans craindre de véritables représailles internationales. Une réalité qui laisse présager la poursuite de cette tendance autoritaire sur le continent africain.