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4 avril 2025
Politique
ASSAD FUIT À MOSCOU
Le dirigeant syrien, lâché par ses alliés traditionnels, s'est réfugié en Russie avec sa famille, laissant derrière lui un pays en pleine effervescence. La Syrie s'éveille à une nouvelle ère
(SenePlus) - Dans un développement historique marquant la fin d'un demi-siècle de pouvoir familial en Syrie, le président Bachar el-Assad a fui vers Moscou ce dimanche, selon les agences de presse russes Tass et RIA, citant une source anonyme du Kremlin. Cette fuite survient après une avancée fulgurante des rebelles qui ont pris le contrôle de Damas, la capitale syrienne.
Comme relevé par Associated Press, les événements se sont précipités dimanche matin, lorsque les médias d'État syriens ont diffusé un communiqué rebelle annonçant le renversement d'Assad et la libération de tous les prisonniers. "La Syrie est pour tous, sans exception. La Syrie est pour les Druzes, les Sunnites, les Alaouites et toutes les confessions", a déclaré le commandant rebelle Anas Salkhadi sur la télévision d'État, cherchant à rassurer les minorités du pays.
La prise de pouvoir a déclenché des scènes de liesse dans les rues de Damas. Selon AP, "des foules joyeuses se sont rassemblées sur les places, agitant le drapeau révolutionnaire syrien dans des scènes rappelant les premiers jours du soulèvement du Printemps arabe". Le palais présidentiel a été investi par la population, certains emportant des objets domestiques tandis que d'autres parcouraient simplement les lieux.
Abu Mohammed al-Golani, ancien commandant d'Al-Qaïda qui a rompu avec le groupe il y a plusieurs années, dirige désormais la principale faction rebelle. Lors de sa première apparition publique à la mosquée des Omeyyades, utilisant son nom de naissance Ahmad al-Sharaa, il a qualifié la chute d'Assad de "victoire pour la nation islamique" et accusé l'ancien président d'avoir fait de la Syrie "une ferme pour l'avidité de l'Iran".
L'un des moments les plus symboliques a été la libération de la tristement célèbre prison de Saidnaya, où selon les groupes de défense des droits humains, des milliers de personnes ont été torturées et tuées. Un parent de détenu, Bassam Masr, a exprimé son émotion : "Ce bonheur ne sera pas complet tant que je ne pourrai pas voir mon fils sortir de prison et savoir où il se trouve. Je le cherche depuis deux heures. Il est détenu depuis 13 ans."
La communauté internationale s'organise face à cette transition soudaine. Le Qatar a accueilli une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de huit pays, dont l'Iran, l'Arabie saoudite, la Russie et la Turquie. Selon Majed al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères rapporté par AP, les participants ont convenu de "la nécessité d'impliquer toutes les parties sur le terrain" pour assurer une "stabilité et une transition sûre".
Les défis restent immenses pour le nouveau pouvoir. Comme le souligne Dareen Khalifa, conseillère principale au sein de l'International Crisis Group : "Golani a fait l'histoire et suscité l'espoir chez des millions de Syriens. Mais lui et les rebelles font maintenant face à un défi redoutable."
L'envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé à des pourparlers urgents à Genève pour garantir une "transition politique ordonnée" dans ce pays déchiré par près de 14 années de guerre civile.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteur produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Un penseur et un écrivain talentueux, humaniste et universel
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Dans l’arrière-pays mental d’Elgas, on peut reconnaître toutes les traces d’un penseur et d’un écrivain talentueux, humaniste et universel.
L’essai littéraire est un terrain fertile pour explorer des idées complexes et qui nécessitent souvent plusieurs tentatives. L’essai, à l’appui d'arguments précis, repose sur la réflexion et l’analyse de faits convoqués pour la circonstance. C’est le genre par excellence qui remet en cause la pensée et oblige le lecteur à reconsidérer son arsenal subjectif. L’essai est un court traité d’idées qui se focalise sur un sujet éclairé à travers un prisme choisi. Cet espace très important de l’expression critique est un élément fondamental de la pensée et de ses contradictions.
Dans son ouvrage, Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, passe en revue, à travers la littérature, la pensée intellectuelle et les sciences humaines de ces dernières décennies, les causes de l’inconfort africain, pour celui qui, par ses connaissances, son talent, son sens artistique, tente de déjouer tous les pièges de l'œuvre post-coloniale. L’auteur, par des chapitres progressifs, passe au crible tous les méfaits intellectuels et humains qu’a engendrés la colonisation.
Ainsi, il évoque plusieurs thématiques qui s’inscrivent dans cette démarche réflexionnelle. Sans tabou, il décrit les ravages de l’aliénation définie par Cheikh Anta Diop ou Franz Fanon entre autres, et comment une nouvelle ère s’est ouverte pour combattre toute allégeance au centrisme européen. Il dresse le portrait de ceux qu’on a accusés d’être des traîtres à l’identité africaine, des accusations parfois maladroites, car elles peuvent être perçues comme stériles.
De même, Elgas convoque le principe des nouveaux rebelles, défendant le panafricanisme et la renaissance, comme armure contre l’aliénation. Mais cette posture contient des nuances qu’il convient toujours de questionner. Car selon lui, il y aurait d’un côté les Africains du continent et les Africains de la diaspora, déjà façonnés par la culture de l’ailleurs ou plutôt de l’exil et qui n’auraient pas les mêmes perceptions de la tension permanente qui existe entre être africain et se penser en tant que tel et être africain déraciné au contact d’un espace qui fait tout pour enfermer. Car il faut le dire, l’accueil social réservé aux nouveaux immigrés est toujours stigmatisant. Il en va de même pour la jeunesse née en Europe, issue d’Afrique, qui est encore et toujours reléguée au second plan de l’organisation occidentale. Pour résister à l’aliénation identitaire, la littérature a souvent proposé deux visions : l’afro-pessimisme versus l’afro-optimisme. Mais cela ne semble pas suffire, nous dit Elgas. Car il y a notamment la question des langues nationales qui ne sont pas devenues les langues d’écriture. Dans la production scientifique ou littéraire, celles-ci combinent parfois à la langue française une forme de « tropicalisme » qui peut encore s’apparenter à une forme de soumission culturelle.
Ainsi, Elgas fait ici un portrait objectif de la situation de l’ère post-coloniale en Afrique et à travers sa diaspora qui n’en a pas encore terminé avec la justification identitaire. Alors quelle proposition fait Elgas pour remédier à ce trouble encore à l'œuvre ? Une bonne nouvelle, c’est de poursuivre la résistance en tout temps et en tout lieu car il existe toujours une faille dans laquelle toute entreprise de colonisation ne prend pas forme. Le simple refus à toute compromission est absout de toute aliénation et de toute corruption de l’esprit. Accepter le terme de “décolonisation” induit la réussite de l’empire colonial, défend Elgas. Force est d’admettre que nous avons conservé une grande partie de notre civilisation et de notre profondeur culturelle. L’avenir et la modernité sont également des affaires africaines, sans être assujetties à un ordre décolonisé. Il ne s’agit plus pour le continent africain d’entrer ou de sortir de l’espace colonial mais bien d’exister par lui-même et pour lui-même. Le risque étant de perdre trop de temps à discourir sur le désordre post-colonial alors que les Africains sont en mesure de créer un espace qui leur ressemble. Et l’urgence demeure de refuser la pensée unique pour conquérir une forme de liberté qui ne connaîtra aucune contestation.
Elgas produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Les contradictions permanentes, les rancœurs, la maltraitance de soi-même, les haines diverses sont les seuls profits à chercher les causes d’un immobilisme lié à l’histoire coloniale. La frise historique du continent africain est très grande, profondément multiple et plurielle. Le continent africain n’a pas pour seul horizon l’occupation européenne et ses méfaits. Elle a existé et a modifié la trajectoire africaine mais sans la déshabiller de ses fondements originels qui sont toujours actifs dans le monde contemporain. La démarche de la renaissance africaine est nécessaire pour recouvrer une pleine confiance mais le continent n’a pas besoin de sortir de la nuit, comme certains le prétendent, il n’a pas à ressusciter, les lumières sont suffisamment nombreuses. Il s’agit plus certainement d’éduquer à la justice cognitive, de porter les flambeaux d’une civilisation qui doit se saisir d’elle-même, de ses atouts pour contribuer, comme toute culture influente, à la modernisation et à l’avenir de l’Humanité.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, Elgas, éditions Riveneuve, Paris, 2023
À la tête du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, la dame de Podor incarne désormais la résistance institutionnelle face au pouvoir de Diomaye. Avec seulement 16 députés sur 165, son groupe doit faire preuve d'habileté pour exister
(SenePlus) - Aïssata Tall Sall s'est imposée comme la nouvelle figure de proue de l'opposition, présidant désormais le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal qui compte 16 députés sur les 165 sièges de l'Assemblée nationale.
Pour sa première apparition dans ce rôle, elle a immédiatement marqué les esprits. Comme le rapporte Le Monde, le 2 décembre, lors de la session inaugurale de la nouvelle Assemblée, cette juriste de 66 ans a transformé une séance routinière en bras de fer avec la majorité, refusant de se plier aux exigences du président de l'Assemblée concernant la nomination d'une femme au poste de huitième vice-président. "Une opposition ferme mais constructive", promet-elle, citée par le quotidien français.
Son parcours illustre une ascension politique remarquable. Ancienne protégée de l'ex-président Abdou Diouf, elle est décrite par Abdoulaye Wilane, cadre socialiste, comme "une femme politique douée, ambitieuse, coriace". Première femme ministre des Affaires étrangères du Sénégal, elle a également occupé le poste de garde des Sceaux, tout en maintenant une carrière d'avocate respectée.
Mais ses détracteurs soulignent ses changements d'alliance opportuns, notamment son ralliement à Macky Sall en 2019, qui lui a valu deux postes ministériels prestigieux.
La polémique a atteint son paroxysme début 2024 lorsque, garde des Sceaux, elle a défendu la controversée loi d'amnistie. Cette position lui a valu de vives critiques, beaucoup l'accusant de trahir ses valeurs d'avocate et de militante. "J'assume", répond-elle aux critiques, arguant que "une loi d'amnistie, c'est toujours clivant. Il s'agissait de ramener la paix sociale dans le pays."
"C'est aussi à travers l'exercice de la profession d'avocate qu'elle s'est fait connaître", souligne El Hadj Amadou Sall, ténor du barreau et ancien camarade de faculté, cité par Le Monde. Son engagement pour la défense de responsables politiques sous le régime d'Abdoulaye Wade a contribué à asseoir son prestige.
Originaire du Fouta, elle met en avant son parcours de femme ayant dû se battre contre le conservatisme de son milieu familial pour mener ses études de droit. Maire de Podor de 2009 à 2022, elle conserve une forte popularité, particulièrement auprès des femmes. "Elle a été une source d'inspiration pour de nombreuses jeunes Sénégalaises", affirme Abdoulaye Wilane dans les colonnes du Monde.
Son choix comme cheffe de l'opposition résulte d'un calcul stratégique, comme l'explique un cadre de l'Alliance pour la République : "La mettre en avant ne permet pas d'initier de renouvellement générationnel. Mais au vu de notre situation compliquée, c'était le choix évident pour que l'opposition soit audible."
Quant à ses ambitions présidentielles pour 2029, elle reste évasive mais ne ferme aucune porte. "J'ai appris à mener un combat après l'autre", confie-t-elle au quotidien français, laissant entrevoir la possibilité d'une nouvelle étape dans une carrière politique déjà riche en rebondissements.
AL-JOLANI, L'HOMME QUI A FAIT TOMBER ASSAD
Le 6 décembre 2024, le Financial Times dressait le portrait du chef du groupe rebelle syrien Hayat Tahrir al-Sham. Quarante-huit heures plus tard, cet homme de 42 ans allait accomplir ce que personne ne croyait possible : faire chuter le régime Assad
(SenePlus) - Publié par le Financial Times (FT) deux jours avant la chute du régime syrien, ce portrait d'Abu Mohammad al-Jolani prend aujourd'hui une dimension prémonitoire. Le journal britannique dressait le profil de celui qui allait, 48 heures plus tard, provoquer la fuite de Bachar el-Assad.
À 42 ans, le leader du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS) apparaissait déjà, selon le Financial Times, comme l'architecte méticuleux d'une transformation politique majeure en Syrie. Sa récente apparition sur les marches de la citadelle d'Alep, vêtu d'un uniforme kaki et entouré de gardes non armés, illustrait parfaitement sa stratégie. "Jolani sait très intelligemment choisir ses moments et en tirer profit", analysait Aaron Zelin, expert du djihadisme cité par le quotidien britannique. "Il a choisi un lieu symbolique, il n'y avait pas d'armes autour - tout était conçu pour le faire apparaître comme un leader politique sérieux."
Né Ahmed Hussein al-Sharaa en 1982, cet homme éduqué et urbain se démarque par son parcours atypique. Après une enfance en Arabie saoudite et à Damas, il se radicalise lors de la seconde Intifada en 2000. "J'avais 17 ou 18 ans à l'époque, et j'ai commencé à réfléchir à la manière dont je pouvais remplir mes devoirs, défendre un peuple opprimé par des occupants et des envahisseurs", confiait-il en 2021 dans l'une de ses rares interviews avec les médias occidentaux.
Le FT soulignait sa transformation progressive et sa prise de distance avec Al-Qaïda, privilégiant une lutte nationaliste pour la Syrie. "Le destin de Jolani s'écrit en ce moment même. La manière dont il gérera la prochaine phase, si HTS parvient à rester inclusif, déterminera son héritage", prédisait Jerome Drevon, expert au think-tank Crisis Group, deux jours avant la chute d'Assad.
Selon Dareen Khalifa du Crisis Group, qui l'a rencontré à plusieurs reprises depuis 2019, Jolani s'entoure "de personnes très instruites qui comprennent le monde extérieur. Ils n'ont pas une mentalité de bunker." Le journal rapportait que Jolani avait même déclaré à Khalifa que son groupe envisageait de se dissoudre et qu'Alep serait gérée par un organe de transition respectant le tissu social et la diversité de la ville.
Cependant, le Financial Times notait que des obstacles majeurs subsistaient : HTS reste désigné comme organisation terroriste par les États-Unis, qui maintiennent une prime de 10 millions de dollars pour la capture de Jolani. Un défi de taille pour celui qui, deux jours après la publication de ce portrait, allait précipiter la chute historique du régime Assad. Le président syrien aurait, selon plusieurs condordantes, quitté Damas pour une destination inconnue.
ASSAD DÉCHU
En à peine dix jours, l'un des régimes les plus implacables du Moyen-Orient s'est effondré comme un château de cartes. Le président Bachar el-Assad, qui semblait encore intouchable il y a quelques semaines, a fui Damas dans la précipitation
(SenePlus) - D'après l'Associated Press (AP), le régime syrien de Bachar el-Assad s'est effondré ce dimanche dans des circonstances spectaculaires, mettant fin à un demi-siècle de règne de la famille Assad après une offensive éclair des rebelles qui ont atteint la capitale en seulement dix jours.
Selon Rami Abdurrahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), le président Bachar el-Assad aurait quitté Damas pour une destination inconnue. La télévision d'État iranienne, citant la chaîne Al Jazeera, a également confirmé le départ du président syrien de la capitale, sans fournir plus de détails.
Dans une tentative apparente de maintenir l'ordre, le Premier ministre Mohammed Ghazi Jalali a déclaré dans un message vidéo : "Je suis dans ma maison et je ne suis pas parti, et cela en raison de mon appartenance à ce pays." Il a annoncé que le gouvernement était prêt à "tendre la main" à l'opposition et à transférer ses fonctions à un gouvernement de transition.
Les rues de Damas ont été le théâtre de scènes de liesse populaire. "Mes sentiments sont indescriptibles", a confié à l'AP Omar Daher, un avocat de 29 ans, dont le père a été tué par les forces de sécurité et dont le frère est en détention. "Après la peur qu'il [Assad] et son père nous ont fait vivre pendant de nombreuses années, et la panique et l'état de terreur dans lequel je vivais, je n'arrive pas à y croire."
Les journalistes de l'AP sur place rapportent avoir vu des postes de contrôle militaires abandonnés et des uniformes jetés au sol. La radio pro-gouvernementale Sham FM a annoncé l'évacuation de l'aéroport de Damas et la suspension de tous les vols.
L'offensive rebelle, menée par le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), a progressé à une vitesse fulgurante depuis le 27 novembre, prenant successivement le contrôle d'Alep, Hama, et Homs, avant d'atteindre la capitale. Les insurgés ont également annoncé avoir pris le contrôle de la tristement célèbre prison militaire de Saidnaya, au nord de Damas.
Face à cette situation, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé à des pourparlers urgents à Genève pour assurer une "transition politique ordonnée". Une réunion des ministres des Affaires étrangères de huit pays clés, dont la Russie, l'Iran et la Turquie, s'est tenue en marge du sommet de Doha pour discuter de la situation.
Les États-Unis, par la voix du président élu Donald Trump, ont indiqué vouloir éviter toute intervention militaire en Syrie, tandis que l'administration Biden a également exclu toute implication directe dans le conflit.
Cette chute brutale du régime Assad intervient alors que ses principaux alliés sont affaiblis : la Russie est engagée en Ukraine, le Hezbollah libanais est enlisé dans un conflit avec Israël, et l'Iran voit ses forces proxy régulièrement ciblées par des frappes israéliennes.
BARTHÉLÉMY DIAS DÉNONCE LA MORT D'UN MEMBRE DE SA SÉCURITÉ EN PRISON
Bassirou Diop faisait partie des 83 personnes arrêtées à Saint-Louis par la Brigade d’Intervention Polyvalente (BIP), lors de la campagne électorale pour les élections législatives.
Barthélémy Dias, maire de Dakar et figure de l’opposition sénégalaise, a annoncé avec émotion la mort de Bassirou Diop, membre de son équipe de sécurité. Ce dernier faisait partie des 83 personnes arrêtées à Saint-Louis par la Brigade d’Intervention Polyvalente (BIP), lors d’opérations qualifiées de « barbares » par l’opposition.
Bassirou Diop est la deuxième victime d’un épisode que Barthélémy Dias décrit comme une instrumentalisation des institutions et un acharnement contre l’opposition politique. « Ces décès symbolisent le coût humain inacceptable de la dérive autoritaire que subit notre pays », a déclaré M. Dias dans un communiqué empreint de tristesse et d’indignation.
L’opposant a également fait état d’une autre perte tragique, celle du père d’un des détenus, décédé en venant assister au procès de son fils. Ce double drame illustre, selon Dias, les conséquences directes de ce qu’il qualifie de répression politique orchestrée par le régime en place.
Face à cette situation, Barthélémy Dias a lancé un appel solennel pour la libération immédiate et sans condition de tous les détenus arrêtés à Saint-Louis, y compris les membres de son équipe de sécurité. Il a dénoncé les arrestations comme étant « infondées » et motivées par des objectifs politiques visant à museler l’opposition.
Ces événements interviennent dans un contexte où le Sénégal est marqué par des tensions croissantes entre le pouvoir et l’opposition. Les arrestations massives et les procès controversés contribuent à alimenter un sentiment d’injustice dans une partie de la population.
Dans son message, Barthélémy Dias a adressé ses condoléances aux familles endeuillées tout en appelant les citoyens épris de justice à se mobiliser pacifiquement. « Nous devons nous unir pour mettre fin à cette oppression et défendre la démocratie et la justice sociale », a-t-il conclu.
DIOMAYE-WADE, LA POIGNÉE DE MAIN DE DOHA
En visite officielle au Qatar, le président de la République a accordé une audience à Karim Wade. Au menu des discussions selon la présidence : la situation politique, économique et sociale du Sénégal
En déplacement officiel au Qatar, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a accordé une audience à M. Karim Wade, ancien ministre de la République.
Les deux hommes ont eu des échanges constructifs sur la situation politique, économique et sociale du Sénégal, abordant divers enjeux importants pour l’avenir du pays.
Le chef de l’Etat s’est également entretenu avec M. Fahad Al-Sulaiti, Directeur fénéral du Qatar Fund for Development.
Selon une source officielle, les discussions ont porté sur la qualité exceptionnelle de la coopération entre le Sénégal et le Qatar, qui sera renforcée par un accroissement significatif des investissements qataris dans les secteurs prioritaires de la Vision Sénégal 2050. Une collaboration accrue entre les secteurs privés des deux nations a également été évoquée.
Outre le DG du Qatar Fund for Development, le président Faye a accordé une audience à M. Jared Cohen, président du Goldman Sachs Institute. Les sujets abordés concernaient les opportunités d’investissement au Sénégal, en mettant l’accent sur des projets structurants dans les secteurs clés de la Vision Sénégal 2050.
Ces rencontres traduisent la volonté ferme du chef de l’État de mobiliser des partenaires autour d’investissements stratégiques pour réaliser les ambitions du Sénégal en matière de développement durable et inclusif.
LE GRAND MALENTENDU CASAMANÇAIS
Le dialogue entre Elgas et Séverine Awenengo Dalberto dessine l'histoire d'une fiction administrative coloniale devenue revendication armée. L'échange éclaire les mécanismes complexes qui ont transformé une construction intellectuelle en conflit meurtrier
(SenePlus) - Dans un entretien accordé ce samedi 7 décembre 2024 à l'émission "Mémoire d'un continent" de RFI, l'historienne Séverine Awenengo Dalberto, chercheuse au CNRS et à l'IMAF, révèle la genèse et l'évolution complexe d'une idée qui a façonné l'histoire d'une région : l'autonomie de la Casamance. Son ouvrage "L'idée de Casamance autonome, possibles et dettes morales de la situation coloniale au Sénégal" (éditions Karthala) retrace minutieusement cette construction historique aux conséquences dramatiques.
L'histoire de la Casamance commence véritablement au XVe siècle, lorsque le voyageur vénitien d'Ammosto découvre un fleuve majestueux qu'il nomme "Casamansa", d'après le titre du souverain local du Cassa. Cette première trace écrite marque le début d'une longue histoire de singularisation territoriale. À cette époque, la région est morcelée entre différentes entités politiques, dont l'Empire du Gabou qui connaît son apogée aux XVIIe et XVIIIe siècles.
La construction administrative coloniale, qui s'opère à la fin du XIXe siècle, va profondément transformer cette configuration territoriale. Suite à des négociations complexes avec les Britanniques et les Portugais dans les années 1880, la France crée le "district des territoires de Casamance". Cette création administrative résulte d'un échec : l'impossibilité pour la France d'échanger avec la Grande-Bretagne ses comptoirs de Gambie, compromettant ainsi le rêve d'une Sénégambie unifiée.
L'invention d'une différence
L'administration coloniale développe rapidement un discours particulier sur cette région. La Casamance est décrite comme une terre "indomptable", dont les populations, particulièrement les Diolas, sont présentées comme "sauvages" et "anarchiques". Cette vision s'inscrit dans une ethnologie raciste de l'époque, portée notamment par Louis Faidherbe, qui établit une hiérarchie entre les différentes "races" du Sénégal.
L'Église catholique joue également un rôle crucial dans la construction de cette différence. Elle voit dans la Casamance une terre d'évangélisation unique au Sénégal, les populations animistes étant perçues comme plus "convertissables" que les populations musulmanes du nord. Cette perception religieuse contribue à forger l'image d'une Casamance distincte du reste du Sénégal, bien que la réalité démographique et religieuse soit plus complexe.
Un tournant majeur s'opère en 1914, lors de la visite du gouverneur général William Ponty. La chambre de commerce de Ziguinchor formule explicitement une demande d'autonomie, portée par une alliance inhabituelle entre colons français, métis portugais et créoles. Cette revendication, initialement administrative et économique, traduit déjà un imaginaire particulariste de la région.
La création du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) en 1949 marque une nouvelle étape. Fondé par des intellectuels comme Émile Badiane et Ibou Diallo, formés à l'école William Ponty, ce parti ne réclame pas l'indépendance mais cherche à faire entendre la voix de la Casamance dans le jeu politique sénégalais. Une pièce de théâtre, "Bugolo", écrite par ces élites, participe à la construction d'un récit héroïque de résistance casamançaise.
Le pacte brisé et ses conséquences
L'alliance entre le MFDC et le Bloc Démocratique Sénégalais de Léopold Sédar Senghor en 1951 crée un sentiment de "dette morale". Les excellents résultats électoraux obtenus en Casamance par le BDS alimentent cette perception. Le référendum de 1958 sur la Communauté française constitue un moment critique : l'administration coloniale tente d'instrumentaliser les élus casamançais en leur promettant une possible autonomie en cas de vote favorable, une promesse qui restera lettre morte.
La transformation tragique de cette idée d'autonomie survient en décembre 1982, lorsqu'un nouveau MFDC, sous la direction de l'Abbé Augustin Diamacoune Senghor, entre en conflit armé avec l'État sénégalais. Diamacoune réinterprète l'histoire coloniale, affirmant détenir des "preuves formelles" d'une autonomie ancienne de la Casamance. Cette relecture de l'histoire, basée sur des "fragments d'archives" et de mémoire, sert à légitimer une revendication indépendantiste.
Le conflit qui s'ensuit a fait plus de 4000 morts en 40 ans, marqué par des combats acharnés, l'utilisation de mines antipersonnel et des déchirements familiaux. Cette guerre de basse intensité, selon les termes d'Elgas, trouve ses racines dans la construction historique complexe de l'idée d'autonomie casamançaise, née dans le contexte colonial et transformée au fil du temps par différents acteurs et circonstances politiques.
Comme le souligne Séverine Awenengo Dalberto, comprendre cette histoire permet de mieux saisir pourquoi, même parmi les Casamançais non indépendantistes, persiste l'impression d'une "histoire cachée". Son travail d'historienne, fruit de plus de vingt ans de recherches, met en lumière cette "histoire souterraine", celle des "possibles non-advenus" et des interprétations morales du passé, indispensable pour comprendre les tensions actuelles et, peut-être, contribuer à une paix durable dans la région, estime Egas.
Aujourd'hui, alors qu'un espoir de paix définitive se dessine, cette histoire complexe rappelle l'importance de comprendre les racines historiques des conflits pour mieux en appréhender les solutions. La Casamance, avec son potentiel de développement considérable, attend désormais que cette page douloureuse de son histoire puisse enfin se tourner.
COMMENT DAKAR A CONGÉDIÉ L'ARMÉE FRANÇAISE
Diomaye n'aurait prévenu ni ses ministres de la Défense et des Armées, ni son chef d'état-major. La fuite du rapport Bockel, un des éléments de crispation ? Les EFS se préparent déjà à partir de deux bases
(SenePlus) - D'après une enquête approfondie de Jeune Afrique, l'annonce du départ des forces françaises du Sénégal par le président Bassirou Diomaye Faye le 28 novembre dernier s'inscrit dans une dynamique complexe, mêlant considérations stratégiques et enjeux politiques.
Cette décision, bien que spectaculaire, n'est pas totalement inattendue. Comme le révèle Jeune Afrique, dès novembre 2022, des signes avant-coureurs étaient perceptibles. Un haut gradé français confiait alors au magazine ses interrogations sur l'avenir de la présence militaire française dans le pays, illustrant cette incertitude par la fermeture programmée du centre équestre de la base Frédéric-Geille de Ouakam.
L'évolution de cette présence militaire s'était déjà amorcée sous la présidence d'Abdoulaye Wade. Les Forces françaises du Cap-Vert, comptant initialement 1 200 militaires, avaient été restructurées en 2011 pour devenir les Éléments français du Sénégal (EFS), avec des effectifs réduits à 350 hommes.
La chronologie des événements révélée par Jeune Afrique met en lumière un processus graduel. En février 2023, Paris proposait à l'ancien président Macky Sall, par l'intermédiaire de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, une réduction de moitié des effectifs. Une proposition qui se heurtait alors aux préoccupations sécuritaires du Sénégal face à la menace jihadiste.
Le timing de l'annonce de Diomaye Faye semble avoir été influencé par plusieurs facteurs. Selon le magazine, le président sénégalais n'avait pas prévenu ses ministres de la Défense et des Armées, ni son chef d'état-major général. Une source citée par Jeune Afrique suggère que cette décision était liée à la commémoration du massacre de Thiaroye : "Il est possible qu'il ait préféré prendre les devants avant la commémoration du massacre de Thiaroye [...] Il ne voulait pas prendre le risque qu'Ousmane Sonko, qui a une position ferme sur la question, ne s'empare du sujet."
Le rapport Bockel, commandé par Emmanuel Macron, semble avoir joué un rôle décisif dans la précipitation de l'annonce. Comme le rapporte Jeune Afrique, ses recommandations, qui préconisaient le maintien d'une centaine de militaires français, ont fuité avant même d'être discutées avec Dakar, provoquant l'exaspération des autorités sénégalaises. Le président Faye a d'ailleurs réagi vivement : "Pourquoi ce doit être à M. Bockel ou à toute autre personne française de décider que, dans tel pays souverain et indépendant, il faudrait maintenir 100 soldats ?"
Selon le général Babacar Gaye, ancien chef d'état-major général des armées sénégalaises, cité par Jeune Afrique : "Ce ne sont pas les capacités déjà réduites des EFS, ni des accords fondamentaux qui sont remis en cause, mais une présence qui relève du symbole qu'il faut faire évoluer."
La mise en œuvre de ce retrait reste à définir. Les EFS se préparent déjà à quitter deux bases à Dakar, Protée et Saint-Exupéry, tandis que l'avenir de la base de Ouakam demeure en discussion. Le président Faye a promis un départ "dans le respect" et "sans précipitation", même si, comme le précise un proche conseiller cité par Jeune Afrique : "Nous souhaitons de notre côté un départ définitif. Une coopération militaire peut bien se faire sans implantation physique."
TAXAWU DÉNONCE LA RADIATION DE DIAS
Le mouvement de Khalifa Sall soulève une question épineuse en rappelant que le Premier ministre Ousmane Sonko, lui aussi sous le coup d'une condamnation définitive, n'a pas fait l'objet d'une telle mesure
«Taxawu Senegaal » ne cache pas son indignation suite à la radiation de Barthélémy Dias de son mandat de député à l’Assemblée nationale hier, vendredi 6 décembre. Dans un communiqué rendu public, la plateforme politique fait savoir que « cette décision, en totale contradiction avec les principes fondamentaux de la démocratie, bafoue non seulement la volonté populaire mais également le socle même de l'État de droit ».
« Il est essentiel de rappeler que la candidature de Monsieur Barthélémy Dias a été validée par le Conseil constitutionnel, conformément aux exigences de la loi. Dès lors, toute contestation de son mandat est une remise en cause directe de l'autorité du peuple sénégalais qui lui a accordé sa confiance lors des élections législatives. Ce mandat, qui puise sa légitimité dans les urnes, ne saurait être révoqué sans une remise en cause du respect scrupuleux des règles démocratiques », souligne « Taxawu Senegaal ».
Allant plus loin, elle rappelle le cas de l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko. « Il convient également de noter qu'en son arrêt n°1 du 4 janvier 2024, la Cour suprême a rejeté le pourvoi formé par Monsieur Ousmane Sonko contre l'arrêt n°137 rendu le 8 mai 2023 par la première Chambre correctionnelle de la Cour d'appel de Dakar », rappelle la plateforme politique. Et d’ajouter : « Cet arrêt, intervenu dans le cadre de la procédure de diffamation l'opposant à Monsieur Mame Mbaye Niang, a ainsi consacré la condamnation définitive de Monsieur Ousmane Sonko à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis. Or, le dernier alinéa de l'article 61 de la Constitution, repris par l'article 51 du règlement intérieur de l'Assemblée nationale, stipule de manière explicite: « Le député qui fait l'objet d'une condamnation pénale définitive est radié de la liste des députés de l'Assemblée nationale sur demande du ministre de la Justice ». C’est pourquoi « Taxawu Senegaal » est d’avis que « dans ce contexte, il est incompréhensible que la rigueur de ce dispositif juridique ait été appliquée avec une célérité implacable à l'encontre de Monsieur Barthélémy Dias, tandis que Monsieur Ousmane Sonko, qui a suspendu son mandat, bénéficie d'une surprenante mansuétude ». Elle s’inquiète ainsi quant à « l'impartialité des institutions censées garantir l'équité devant la loi ».
Dans le communiqué, « Taxawu Senegaal dénonce avec la plus grande fermeté cette justice à géométrie variable, où des principes fondamentaux sont appliqués de manière sélective, au gré des intérêts partisans ». Selon Khalifa Sall et ses camarades, « cette pratique, si elle devait se généraliser, constituerait un péril majeur pour les fondements mêmes de notre démocratie ».
« Taxawu Senegaal » compte ainsi saisir la justice dans cette affaire. « Dans le respect des institutions et pour la sauvegarde de la démocratie sénégalaise, Taxawu Senegaal entend explorer toutes les voies de recours légales, nationales comme internationales, afin de rétablir le droit et de garantir à Monsieur Barthélémy Dias la possibilité d'exercer pleinement le mandat que le peuple lui a confié », rapporte la note. Pour rappel, le maire de Dakar Barthélémy Dias, élu député lors des législatives du 17 novembre dernier, a été radié de son mandat de député du fait de sa condamnation à 2 ans de prison, dont 6 mois ferme, en décembre 2023, dans l’affaire Ndiaga Diouf.