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3 avril 2025
Santé
TOUTES LES SAGES-FEMMES SONT COUPABLES
Adji Mergane Kanouté, Coordonnatrice de la coalition Macky 2012, digère mal la mort d’Astou Sokhna et la grève entamée par les sages-femmes. A l’en croire, « elles sont toutes coupables » et « méritent des sanctions » Elle était l’invitée du Grand Oral su
Adji Mergane Kanouté, Coordonnatrice de la coalition Macky 2012, digère mal la mort d’Astou Sokhna et la grève entamée par les sages-femmes. A l’en croire, « elles sont toutes coupables » et « méritent des sanctions » Elle était l’invitée du Grand Oral sur Rewmi Fm.
Qu’avez-vous ressenti après la mort d’Astou Sokhna pour non-assistance ?
En tant que femme et mère, j’ai souffert et j’ai craqué quand j’ai vu l’image de cette femme, une image joviale avec un ventre rond qui attendait l’arrivée de son bébé et avec sa robe rouge. Cela a fait un choc à mon niveau mais j’ai vu que des hommes ont aussi compati à cette douleur et il faut dire que cette femme a souffert. En écoutant sa maman, on ne peut pas être insensible face à cette situation. Donc cela nous revient de mieux reconsidérer ce qui se passe dans nos structures sanitaires. Mais aussi c’est l’horreur quand je vois des sages-femmes décréter une journée sans accouchement. Cela prouve à suffisance la culpabilité de ces femmes-là. Et là, je me suis posé la question de savoir si la justice avait besoin de poursuivre son enquête. On a les coupables. Car décréter une journée sans accouchement est terrible. Ces sages-femmes ont été assistées avant qu’elles ne viennent au monde. Elles rechignent à assister leurs sœurs, c’est inhumain. Des sanctions devraient être appliquées car cette décision est cruelle et criminelle. Le problème n’est pas celui du système de santé car nous en avons le meilleur. Nous avons des plateaux médicaux relevés. Ce qui se pose, c’est le personnel médical. Il faut aller se pencher sur la professionnalisation du secteur. Ce qui est arrivé à Adja Astou pouvait m’arriver en 2007 en donnant naissance à ma fille. Depuis 10 ans, je cherche cette Marie là pour lui régler son compte. La délivrance est dure et la femme a besoin d’être consolée. En Europe, des femmes chantent pour vous soulager.
Quel commentaire faites-vous des sanctions prises à l’endroit du Directeur de l’hôpital. Ont-elles été suffisantes?
Mais elles sont bonnes. Des patientes n’osent pas porter plainte mais c’est une mesure qui va permettre aussi aux autres de se lever et que des sanctions soient prises à l’endroit des sages-femmes.
Les médecins dénoncent une précipitation des sanctions en allant en grève ?
Non dans les 48h, la machine judiciaire était en branle, c’est pour montrer aussi que les choses devaient connaître une évolution. Il y a autant de fautes qui prouvent la négligence aussi. Nous venons de recruter du personnel massif. Et on fait tout pour un relèvement du niveau. Les raisons sont fallacieuses et elles sont coupables. Les sages-femmes comme les médecins, tout le monde est coupable. J’ai été à l’hôpital Principal et j’ai assisté à une scène où le médecin refusait de prendre en compte un patient est un danger. C’est le corps médical qui est malade.
D’aucuns réclament le départ de Diouf Sarr?
Quand je parle du corps médical, je parle du personnel. On a le matériel qu’il faut et les infrastructures qu’il faut. Le problème c’est le personnel. Il n’est pas formé comme il le faut. C’est ce que Macky a dit dernièrement en Conseil des ministres. Il a indiqué qu’il faut aller vers la professionnalisation. Ce n’est pas opportun de réclamer le départ de Diouf Sarr. En quoi il est impliqué ? Il n’était pas là au moment des faits. Quand une femme accouche, le ministre n’est pas là. La personne en charge de la structure doit être en mesure de savoir ce qui se passe et veiller à la bonne marche. Mais depuis des années, les patientes sont victimes d’insolence, de brimades et de non-assistance. Nombreuses sont les femmes qui veulent être suivies par un homme. C’est la tendance, mais pourquoi ? Le « yeurmandé » chez les femmes c’est ce que l’on retrouve chez les hommes de plus en plus.
On parle d’infrastructures et de formations. N’est-il pas important de relever le plateau technique ?
Macky Sall est dans cette dynamique d’ailleurs. Les hôpitaux sont aux normes internationales. Le régime est en train de faire tout son possible pour davantage relever le niveau des plateaux. Le seul problème c’est le capital humain et il nous en faut de qualité.
L’Assemblée ne doit-elle pas jouer le rôle de veille ?
L’assemblée l’a toujours fait. La preuve, à chaque passage du ministre, il est interpellé sur les problématiques et le relèvement du plateau et le renforcement. Il y a un suivi et cela fait partie des prérogatives. On a ce rôle d’évaluation et nous le jouons à merveille. On a insisté sur la professionnalisation du corps médical et surtout des sages-femmes.
Après le drame Astou Sokhna, pensez-vous à une résolution pour que cette professionnalisation s’accélère ?
Macky Sall a pris les choses en main. Qui le connaît sait qu’il ne badine pas avec la santé des gens ni avec la vie des gens. D’où sa réaction. Il s’est indigné et a demandé que des actions soient menées. Il ne faudrait pas que l’Association des sages-femmes mette la pression sur la justice. Ce n’est pas normal et il faut que cette association soit sereine. On peut être solidaire, mais il faut aussi penser aux femmes enceintes. Elles ont décrété une journée sans accouchement. C’est criminel et inhumain. Il faut sanctionner et c’est normal.
Il y en a qui parlent de radiation. A votre avis, qu’est-ce qu’il faut faire ?
Pourquoi pas ? Ce qu’on a fait avec les policiers, c’est plus grave avec ces sages-femmes. Une journée sans accouchement, c’est inhumain et je suis restée choquée quand j’ai entendu la présidente des sages-femmes parler de la sorte. Cela veut dire qu’elles ont été insensibles à la souffrance de celles qui donnent la vie.
On s’interroge sur le pourquoi du blocage de l’augmentation du nombre de députés. La majorité n’a pas suivi l’exécutif dans sa démarche ?
Les députés ne suivent pas aveuglément l’exécutif. Il faut juste savoir que tous les projets de lois qui nous arrivent, sont en faveur des populations. Et quand ce sont des projets de loi en leur faveur, nous votons car le Président a été élu par le peuple sur la base d’un bilan. Tous les projets de loi sont favorables à la population. D’où leur vote. Pour le projet de loi relatif à l’augmentation des députés en commission, il y a eu un consensus, pouvoir comme opposition. Au niveau des concertations il y avait ce consensus aussi.
Cheikh Dieng semble avoir soutenu le contraire et dit qu’il n’y a jamais eu de concertations ?
S’il le dit, je pense que tous les partis ont dit qu’il y avait cette approche. Nous étions tous d’accord sur le principe. Quand dans un département, il y a plus de 170 mille habitants, mais il faut un député. Arrivée à la plénière, cette opposition parlementaire a fait volte-face. Elle a montré une autre démarche en nous mettant devant le fait accompli pour se faire passer comme des victimes et dire que les priorités sont ailleurs. Quand on a compris, on a décidé de la suivre. Ils ont voulu nous mettre en mal avec l’opinion et ils se sont retirés avant de revenir nous dire qu’on laisse le projet tel quel. Nous avons refusé et voilà. C’est pourquoi les autres partis ont été écartés par cette opposition car en rejetant la possibilité d’augmentation, c’est le plus fort reste qui disparaît et n’aura plus d’effet. Si cela est combattu c’est aussi combattre les autres partis qui devaient siéger à l’Assemblée nationale. Voilà toute l’histoire et nous avons déduit 7 députés et on aura 50 sur la liste nationale.
Une affaire dans l’affaire, est-ce qu’il n’y avait pas ce calcul aussi ?
Non du tout. Nous étions d’accord pour le BBY car c’était autorisé par le code électoral. Il fallait corriger les disparités. Je ne pense pas que ces derniers s’attendaient à l’amendement. Ils ont voulu que l’on reprenne les choses à l’état. Pas du tout possible.
Mais vous avez retenu quoi car à travers les réseaux sociaux, c’était pour dire que cela est sans importance fac à la cherté de la vie ?
L’Etat a fait des efforts. Les députés sont les moins payés au niveau de la sous-région. Si nous étions calés au code électoral, nous aurions dépassé le nombre de 200 députés au Sénégal. Mais nous ne l’avons pas fait. Cette décision c’est le Code qui l’autorise. L’opposition voulait être dans la manipulation mais ce fut un jeu de yoyo.
Alors comprenez-vous ces critiques contre ces réaménagements ?
Mais ils sont dans la politique politicienne et ils ont été pris dans leur propre piège. C’est le serpent qui se mord la queue. Ils n’ont pas vu venir l’amendement car s’ils le savaient, ils n’allaient pas procéder ainsi. Ils l’ont fait sciemment et pour éviter que les autres partis siègent à l’assemblée, il faut que les autres le comprennent ainsi. Les autres partis dits « petits » comprennent qu’ils ont été combattus. L’opposition est en train de tuer démocratie et vote pour le recul à l’Assemblée. Il faut que l’opinion prenne conscience de cela.
Parlons du parrainage, où en êtes-vous avec la récolte de parrains ?
Avant-hier nous avions remis un premier lot de 60,000 parrains. Nous avons un rôle à jouer et nous sommes dans tous les départements. Ils sont en train de le faire et ils ont sillonné tous les départements et chacun a amené 500 parrains. C’est un premier lot et on attend 80 mille autres que nous allons remettre à Aminata Touré. Certains étaient dans l’intérieur du pays et il faut tout rassembler. Cela montre que les députés sont dans leur politique et nous avons cette ambition d’assurer à Macky une majorité confortable à l’assemblée.
On parle de cohabitation tout de même au niveau de l’Assemblée ?
Il n’y en aura pas. Nous sortons des élections locales et nous sommes en tête. Yewwi, Guem sa Bopp et Wallu ont été battus par Benno. On contrôle 497 communes. Nous sommes devant et bien avant d’ailleurs. Notre candidat passerait au premier tour si c’était la Présidentielle. La cohabitation c’est de l’utopie et ils passent du réel à l’irréel.
Alors êtes-vous en train de barrer la route aux autres avec cette collecte de parrains ?
Non nous ne barrons la route à personne car ce sont des leaders qui sont dans les coalitions. Et s’ils sont sûrs d’eux, ils n’ont pas d’inquiétude à se faire. Ils n’ont qu’à aller chercher des parrains. Si les Sénégalais pensent parrainer Macky pour une majorité à l’assemblée et ses grands projets et programmes, c’est bien. Cette stabilité et cette paix aussi nous valent cette crédibilité. Il est important de parrainer la liste Bby et c’est un gage de sécurité. A mon humble avis, l’opposition n’est pas sûre d’elle. Car s’ils pensaient qu’elle avait la base et les militants véritablement, ils n’allaient pas protester contre le parrainage. Ils sont sur le terrain et en train de trouver des parrains. Le parrainage est un filtre et on ne peut pas avoir une pléiade de listes.
Combien de Macky 2012 existent avec le nombre de communiqués rédigés et publiées ?
Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a qu’une seule dont je suis la coordonnatrice. Je ne suis pas vice-président pour rien. Je suis là avec ma casquette et investie en tant que député. Alors comment en avoir. Mously Diakhaté n’est pas au courant et la presse devrait être rigoureuse dans le traitement de certains communiqués. Les gens se sont regroupés avec d’autres mais il faut faire la part des choses. Macky préside la coalition Macky 2012 et nous sommes tous des coordonnatrices et coordonnateurs.
LA SALLE DE NÉONATOLOGIE RÉNOVÉE UN AN APRÈS LE DRAME
Ravagée par un incendie qui avait emporté quatre nouveau-nés, il y a un an, la salle de néonatologie de l’hôpital Maguette Lô de Linguère a été réhabilitée avec du matériel flambant neuf.
Ravagée par un incendie qui avait emporté quatre nouveau-nés, il y a un an, la salle de néonatologie de l’hôpital Maguette Lô de Linguère a été réhabilitée avec du matériel flambant neuf. Pour être en phase avec les recommandations de l’audit effectué après le drame, il a été mis en place six caméras de surveillance et un système de sécurité incendie. « Ce projet est le fruit du concours de plusieurs partenaires, à savoir le Conseil départemental qui a mis sur la table une subvention de 15 millions F CFA, qui nous a permis de faire l’extension et éventuellement de mettre en place une salle de garde et un bureau pour un médecin consultant », a expliqué le Directeur de l’hôpital, Dr Habib SY, au correspondant du journal Le Soleil.
Par ailleurs, le ministère de la Santé et de l’Action sociale a offert tout l’équipement de pointe de dernière génération, des couveuses, des tables chauffantes, des conservateurs d’oxygène et des scopes de surveillance. Selon lui, ils ont vécu une longue traversée du désert avec beaucoup de difficultés rencontrées. Mais, s’est-il réjoui, « la finalisation de ce projet permettra, comme l’a voulu le ministre de la Santé, de rapprocher les soins hospitaliers de qualité aux populations les plus éloignées ».
UNE HAUSSE DES CAS DE PALUDISME EN 2021
Le coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), le docteur Doudou Sène, a fait état, lundi, d’une hausse des cas de paludisme en 2021, notant aussi que les décès sont restés élevés chez les enfants de moins de cinq ans.
Dakar, 25 avr (APS) - Le coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), le docteur Doudou Sène, a fait état, lundi, d’une hausse des cas de paludisme en 2021, notant aussi que les décès sont restés élevés chez les enfants de moins de cinq ans.
’’La situation du paludisme au Sénégal en 2021 montre une hausse des cas avec 536 850 contre 445 313 en 2020. Les régions de Kolda, Kédougou et Tambacounda sont toujours beaucoup plus touchées avec 78,5 des cas tous les âges’’, a souligné M. Sène.
Il intervenait à la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme. Cette année, l’évènement a pour thème : ’’Innover pour réduire la charge du paludisme et sauver des vies’’.
Cette hausse des cas, selon Doudou Sène, ’’est imputable à l’amélioration de la complétude des données, l’enrôlement des structures privées qui ne rapportaient pas leurs données et l’amélioration de la détection des cas avec augmentation des sites communautaires de prise en charge’’.
En plus de l’augmentation des cas de paludisme, il a indiqué que ’’le nombre de décès est aussi passé de 373 cas en 2020 à 399 en 2021 avec 78,8 % des décès chez les moins de cinq ans en 2021 contre 73 % des décès en 2020’’.
’’La zone rouge qui polarise les régions de Kolda, Kédougou et Tambacounda, soit 23 % de la population générale, a enregistré 90 % des cas de paludisme, 64 % des cas graves, 58 % des décès de tout âge et 84 % des décès des moins de 5 ans’’, a-t-il ajouté.
Face à cette situation, la représentante de l’Organisation mondiale de la santé au Sénégal, Lucie Imboua, a estimé qu’il faut ’’intensifier les innovations, les nouveaux médicaments et les nouveaux moyens de diagnostic’’.
Venu présider la cérémonie, le conseiller technique numéro 2 du ministre de la Santé, Malick Ndiaye, a noté que ’’les tendances de la mortalité et de morbidité sur la période 2020-2021 de mise en œuvre du plan stratégique 2021-2025 sont à une légère hausse de 20,56 %’’.
Il a souligné que ’’depuis une décennie, les efforts déployés par le gouvernement, l’appui des partenaires techniques et financiers, la mobilisation des communautés et l’engagement de tous les acteurs de la santé ont permis d’améliorer les performances dans les interventions de prise en charge, de prévention’’.
Mais, estime M. Ndiaye, ’’les progrès accomplis sont fragiles et que nous devons plus que jamais appeler les acteurs à maintenir les acquis et à redoubler d’efforts pour aller vers l’élimination à l’horizon 2030’’.
’’Il est urgent d’agir pour sauver des vies. Le Sénégal a adhéré et appliqué toutes les grandes initiatives internationales dans le cadre de la lutte contre le paludisme. Pour atteindre les objectifs d’élimination, il est nécessaire d’innover comme nous y invite le thème de cette édition de 2022’’, a t-il plaidé.
LES TRAVAILLEURS DE LA SANTÉ DÉCRÈTENT UNE GRÈVE DE 48 H À COMPTER DE MARDI
Selon un communiqué parvenu à notre rédaction, la mobilisation sans précédent de tous les segments du secteur de la santé, de l’étudiant au professeur de médecine montre à suffisance le sentiment d’injustice et de désœuvrement des agents de santé.
Le Collectif des travailleurs de la santé et de l’action sociale (CTSAS) vient de mener une grève générale de 24 heures sur l’ensemble du territoire national. Selon un communiqué parvenu à notre rédaction, la mobilisation sans précédent de tous les segments du secteur de la santé, de l’étudiant au professeur de médecine montre à suffisance le sentiment d’injustice et de désœuvrement des agents de santé. « Nonobstant les conditions laborieuses d’exercice dans nos hôpitaux qui ont pour maux le déficit en ressources humaines de qualité, un plateau technique quasi-inexistant ainsi qu’un traitement misérable des travailleurs, le personnel de santé fait preuve d’une abnégation sans faille pour assurer une continuité des soins.
Nous avons voulu tirer la sonnette d’alarme sur ces conditions désastreuses de travail contraire à la dispensation des soins de qualité, contre le manque de considération des professionnels de santé et enfin pour une justice équitable pour le personnel de la maternité de l’Hôpital ASM de Louga par cette mobilisation exceptionnelle », indiquent les travailleurs de la santé.
Toutefois, ils constatent que l’État du Sénégal n’a pas suffisamment pris en compte les exigences des acteurs de santé et des populations pour une meilleure prise en charge de la santé, qui est du ressort régalien de l’État comme stipulé dans la constitution en son Article 17 : « l’État et les collectivités publiques ont le devoir de veiller à la santé physique et morale de la famille...., l’État garantit aux familles en général et à celles vivant en milieu rural en particulier l’accès aux services de santé et au bien-être ».
Cependant, poursuivent-ils, aucune mesure correctrice permettant d’améliorer le système de santé n’a été prise conformément à l’esprit d’un audit de décès maternel, l’enquête sur le décès de Mme Astou Sokhna se suffit de vagues conclusions d’un audit dévoyé de son objectif en lieu et place du travail d’investigation devant commencer par établir la cause exacte de la mort par l’autopsie. Suffisant pour eux de dire que, cette démarche hâtive en l’absence de données scientifiques factuelles pour étayer ce dossier ne présage en rien d’un procès sincère permettant la manifestation de la vérité. « Nous vous informons également que les propos « jugés discourtois par la famille de la patiente » qui sont à l’origine de toute cette cabale n’ont jamais été tenus par la sage-femme de garde ! Ni aucun personnel qualifié ! ».
Dans leur communiqué, ils ont soutenu que les réponses aux questions ci-après sont suffisamment éloquentes pour montrer la légèreté des accusations. Comment peut-on expliquer qu’une femme négligée ait pu bénéficier de l’examen de la gynécologue et des deux sage-femmes de garde et que toutes les prescriptions ont été respectées ? Comment expliquer qu’une personne négligée ait bénéficié d’un traitement par perfusion ? Depuis quand cela revient-il aux familles de poser le diagnostic de césarienne d’urgence ?
Pourquoi le parquet feint d’ignorer que c’est la structure qui doit être poursuivie en cas d’erreurs médicales avérées et non les agents ?
Toutes ces insuffisances, disent-ils, montrent qu’il y’a une volonté manifeste de faire des sage-femmes de Louga, un exemple en mettant arbitrairement en prison ces femmes malgré leur droit à la présomption d’innocence, elles qui ont choisi d’assister courageusement des femmes enceintes souvent au détriment de leur vie. Les travailleurs de la santé pensent que le parquet devrait faire preuve d’humanisme en les laissant chez elles jusqu’à la date du procès.
Toutefois, le collectif dénonce avec véhémence ce traitement partiel et partial pour satisfaire une clameur populaire à visée purement politicienne.
C’est pourquoi le collectif a décidé de décréter un mot d’ordre de grève de 48 heures à compter du mardi 26 avril 2022 avec respect du service minimum et des urgences. « Le mercredi 27 avril 2022 nous vous donnons rendez-vous à Louga pour la « mobilisation blanche », tous les agents de santé seront en blouse blanche ou rose, les familles et sympathisants en tenue blanche. Le collectif appelle enfin l’État du Sénégal à engager des réformes profondes de notre système de santé au grand intérêt de nos populations afin de sauver notre hôpital public », renseigne toujours le document.
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OMBRES ET LUMIÈRE DES CRISES HUMANITAIRES
Les 25 ans de photographie humanitaire de Medicos del Mundo célébrés du 21 avril au 21 mail pour mettre des images sur des maux : les crises sanitaire, environnementale, migratoire ou la crise des réfugiés sont toutes mises en exergue
Diverses crises humanitaires secouent notre monde et la situation des humanitaires dans le monde n'est nullement enviable en raison des risques auxquels ils s'exposent pour porter assistance aux autres, pour rendre de la dignité à ceux qui en ont besoin. C’est pour honorer la mémoire de ses anciens membres assassinés que Medicos del Mundo a institué depuis 25 ans un Prix en photographie à travers une exposition photo en Espagne : le Prix Luis Valtueña dont les images receuillies exposent toutes les atrocités commises en situation de crise partout dans le monde.
Pour la responsable Afrique de Medicos del Mundo, Angela Sevillano interrogé dans cette entrevue, il s’agit de garder la mémoire vive sur ce drame des membres de Médicos del mundo et en même temps alerter toujours l’opinion sur le drame de crises humanitaire. Angela Sevillano s'est spécialement déplacée de Madrid pour le vernissage de cette expo à Dakar.
Cette année, la 25è édition cette exposition a quitté l'Espagne pour et a été délocalisée à Dakar avec l'appui de l'Ambassade d'Espagne à Dakar. L’exposition a été officiellement ouverte à l'Instituto Cervantes de Dakar ce jeudi 21 avril et se poursuivra au 12 mai 2022. Des images montrent différentes thématiques de crise humanitaire sont mise en exergue : de la guerre, la crise migratoire, de la crise environnementale au drame sanitaire, la tragédie des réfugiés.
7H SANS ORDONNANCES
C’est un vendredi pas comme les autres. Le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (Spps) a observé une grève générale de 8h à 15h, en baissant leurs rideaux, en guise de soutien à Aïcha Goundiam Mbodji
La grève lancée hier par le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (Spps) pour soutenir Dr Aïcha Goundiam Mbodji, propriétaire de la Grande pharmacie dakaroise, a exaspéré plusieurs malades. De 8h à 15h, ils ont valsé entre de nombreuses officines, frappés par les urgences mais privés de médicaments.
C’est un vendredi pas comme les autres. Le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (Spps) a observé une grève générale de 8h à 15h, en baissant leurs rideaux, en guise de soutien à Aïcha Goundiam Mbodji, propriétaire de la Grande pharmacie dakaroise depuis 40 ans, poussée à la démission. A la pharmacie Front de terre, vers 12h, un groupe d’élèves occupent les marches. La quiétude inhabituelle des lieux est frappante. «Il y a certains qui ne sont pas au courant de la grève. C’est sur place qu’ils ont été informés de la situation par le vigile qui est à côté», explique l’un d’eux. A la pharmacie Thierno Tyléré de GrandYoff, le mot d’ordre est aussi respecté comme le montre l’avis du Spps affiché sur le mur, entre les deux portes, au niveau de la petite fenêtre : «Grève des pharmaciens ce vendredi 22 avril 2022 de 8h à 15h pour le rétablissement des droits de Dr Mbodji, pharmacienne titulaire de la Grande pharmacie dakaroise depuis 40 ans.»
De Castors en passant par Dieupeul, Derklé et jusqu’à Liberté 5, Liberté 6, le mot d’ordre de grève du Spps a été suivi par les pharmaciens. Leurs portes étaient fermées. On ne pouvait trouver que les vigiles sur les lieux. A la pharmacie «La Miséricorde» de Derklé, la grève est également observée. Une dame d’une trentaine d’années, qui préfère taire son nom, vient expressément d’une clinique pour acheter son ordonnance. Mais, elle s’est retrouvée en face d’une porte fermée. Elle soutient qu’elle n’avait pas eu écho de ce mot d’ordre de grève. «Je viens de l’autre pharmacie mais elle n’a pas ouvert. Ils sont en grève, tous les pharmaciens. C’est dangereux. Si les gens sont malades, comment ils vont faire ?», a-t-elle demandé. Elle a ajouté qu’il fallait au moins laisser une pharmacie de garde dans chaque quartier. «Mais fermer toutes les pharmacies et dire qu’on est en grève, c’est de l’irresponsabilité. Un taximan peut aller en grève, pas de problème les gens vont se débrouiller mais les pharmaciens, c’est une catastrophe», a-t-elle déploré. Les pharmacies «El Hadji Ibrahima Niass», «Bagdad Khar Yalla», «Diaraaf Mbor Ndoye» et «Madiba» avaient baissé leurs rideaux de fer.
A 500m de la pharmacie «La Miséricorde», se trouvent d’autres officines. Parmi elles, il y a la pharmacie Diaraaf Mbor Ndoye, qui a baissé aussi ses rideaux. C’est le calme plat. Vêtu d’une tenue bleue, casquette sur la tête, un vigile informe les clients : «Qu’est-ce que vous voulez ? On est en grève.» «Depuis ce matin, des gens viennent ic,i mais on leur dit de repasser vers 15h», précise-t-il.
Choqué par ce mouvement, un homme ne cache pas sa colère : «Au nom de Dieu, tous les scenarios sont possibles. Tout le monde peut aller en grève sauf le secteur de la santé. 2h de temps même c’est trop, alors je ne parle même pas de 8h. On doit revoir le système et les raisons qui les ont poussés à aller en grève, afin que pareille situation ne puisse plus se reproduire dans ce pays.»
Un homme renchérit : «Personne ne peut tolérer, dans une capitale comme Dakar, avec combien de millions d’habitants, que toutes les pharmacies soient fermées.» Selon Dr Assane Diop, président du Syndicat des pharmaciens, la grève a été respectée à 90% dans les 14 régions du Sénégal.
PAR Lamine Diedhiou Dingass
LE CARE COMME MOYEN DE LUTTE CONTRE LA MORTALITÉ MATERNELLE
EXCLUSIF SENEPLUS - L’offre de formation doit insuffler, dans notre système de santé, les valeurs humaines. Nos hôpitaux doivent revenir à l’affectueuse inquiétude du soignant pour la souffrance d’autrui
Le 7 avril 2022, après avoir demandé en vain une césarienne qui aurait certainement sauvé sa vie, Astou Sokhna est morte en couches au service de la maternité de l’hôpital Ahmadou Sakhir Mbaye de Louga. Les inspecteurs de l’État qui ont été dépêchés sur les lieux pour mener une enquête sur ce décès évitable en ont conclu que la césarienne, rendue gratuite au Sénégal depuis janvier 2014, ne devait pas attendre dans un tel cas, d’autant plus qu’en 2019, suite au décès de sa fille née prématurément, une note a été consignée au dossier médical de la défunte qui indiquait expressément que le recours à la césarienne est à privilégier en cas d’un nouvel accouchement problématique.
Comme on le sait, cette affaire a provoqué un vaste émoi au Sénégal d’autant plus qu’elle est survenue quelques jours après l’annonce en pompe, à Keur Moussa, du ministre de la Santé et de l’Action sociale – M. Abdoulaye Diouf Sarr - de l’octroi d’un financement de 500 millions de francs CFA supplémentaires qui devait, selon ses termes, « assurer aux femmes toute la couverture nécessaire » dans la lutte contre la mortalité maternelle. Conséquences immédiates de cette triste affaire : le directeur de l’hôpital en question a été relevé de ses fonctions et, « agneaux du sacrifice destiné à faire taire la vindicte populaire » selon les termes de Bigué Ba Mbodj (présidente de l'Association des sages-femmes d'État du Sénégal), 7 sages-femmes ont été suspendues de leur fonction, dont 4 en garde en vue au moment où nous écrivons ces lignes et 2 en liberté provisoire parce qu’enceintes, elles aussi.
Il faut dire que le Sénégal n’en est pas à son premier grand scandale médicosocial qui a secoué l’opinion publique et la presse locale. Le souvenir est encore frais, dans la mémoire des Sénégalais, concernant les 4 bébés morts, le 24 septembre 2020, à l’hôpital de Ziguinchor. Mariama Magui Diémé, leur mère, avait fait cette révélation troublante à l’effet que, de 9 à 19 heures le même jour, alors qu’elle était en « travail » avancé, elle n’avait pas reçu une assistance appropriée, les deux sages-femmes de garde étant occupées à surfer sur WhatsApp plutôt que de s’occuper de sa santé et de celle de ses bébés en danger. Elle ajoutait qu’au bloc opératoire où elle a enfin été admise sur le tard, son médecin traitant lui aurait clairement dit qu’il ne pouvait pas, à un moment, s’occuper de son cas parce qu’il devait aller manger.
La mortalité maternelle : des statistiques alarmantes
Au-delà de ces cas qui s’ajoutent au dossier de maltraitance, les statistiques sont troublantes sur le nombre de décès en couches dans les unités néonatales sénégalaises. Chaque jour, ce sont au moins 5 femmes répertoriées qui perdent la vie en donnant la vie. En chiffres absolus, ce sont 791 décès maternels que le pays a enregistrés en 2020, soit 236 femmes et 21 petits bébés sur 100 000 naissances vivantes qui sont passés de vie à trépas dans les hôpitaux sénégalais, avec de fortes disparités régionales qui font que, par exemple, la région de Dakar a enregistré 99 décès la même année tandis que celle de Tambacounda (à l’extrême sud-est du pays) a affiché le taux le plus élevé de mortalité avec 102 décès maternels et 354 décès en unités néonatales. Comparés à la France où la moyenne de décès en couches est de 85 chaque année pour 811 510 accouchements, ces chiffres donnent froid au dos.
La faible tendance baissière du ratio de la mortalité maternelle au Sénégal (de 92 à 236 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2010 et 2017) ne doit, en aucune manière, être un motif de consolation pour le ministre de la Santé et de l’Action sociale ainsi que son gouvernement. Car, en vérité, au moins 50% de ces morts sont des morts de trop et des morts parfaitement évitables comme l’a reconnu, le 4 octobre 2021, lors du Forum des parlementaires pour l’instauration d’une journée nationale de lutte contre la mortalité maternelle, néonatale et infanto juvénile au Sénégal, Dr Amadou Doucouré, directeur de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME), l’organisme chargé d’organiser et de coordonner les activités préventives et curatives concernant la santé et le bien-être de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent.
Aussi, les situations alarmantes dans les pays de la sous-région ouest-africaine ne doivent donner lieu à aucune forme de jubilation des Sénégalais, par comparaison au pire. En Côte d’Ivoire en effet, la mortalité maternelle est de 614 décès pour 100 000 naissances vivantes dont 18% relèvent des complications liées aux avortements clandestins. Ces chiffres placent ce pays, considéré pourtant comme la « locomotive économique » de l’Afrique de l’Ouest, parmi les quinze pays ayant un taux de mortalité maternelle qui se situe entre 500 et 1 000 en comparaison des pays occidentaux qui ont un ratio de mortalité maternelle souvent en dessous de 10 voire 5/100 000 naissances vivantes.
Inquiétudes moindres pour le Maroc où, selon l'Enquête nationale sur la santé de la population et de la famille (2003-2004) effectuée sur un échantillon 121 725 ménages répartis sur les 12 régions et 2 milieux (urbain et rural) du pays, le ratio de la mortalité maternelle a baissé de 72,6 % pour 100 000 naissances vivantes contre 112 en 2010, soit une réduction drastique de 35%. Les milieux urbain et rural ont enregistré une diminution respective de 39% et 25% dans ce pays où près de 89% des naissances sont assistées par des sages-femmes professionnelles dûment formées.
Les causes de cette baisse drastique de la mortalité maternelle et infanto-juvénile au Maroc ne relèvent pas du miracle divin. Dans la gestion des maternités, elles sont le fruit de mesures rigoureuses et contrôlées, et d’un sursaut national, qui doivent inspirer - et c’est le cas de le dire - le Sénégal, la Côte d’Ivoire et l’ensemble des pays subaériens d’Afrique qui traînent encore de la patte dans leur effort pour contrer ce phénomène insoutenable : recrutement massif de sages-femmes en partant du constat, empirique et terre à terre, selon lequel plus un pays regorge de sages-femmes professionnelles et plus les accouchements sont sécuritaires. Les autres causes sont la gratuité des soins en en milieu obstétrical, le niveau et la qualité des équipements dans les maisons d'accouchement, la formation des professionnels en structures néonatales et celle des médecins et infirmiers, particulièrement dans les zones rurales, l’augmentation des dépenses en santé, etc. À titre d’exemples, ces dépenses sont passées de 3,98% en 2000 à 5,53% du PIB en 2015 au Maroc tandis que, durant la même période, elles sont descendues de 4,63% à 3,97% au Sénégal et de 5,67% à 5,46% en Côte d’Ivoire, soit une montée au Maroc et une chute vertigineuse qui placent les deux pays subsahariens respectivement à la 45e et à la 28e place du classement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2015) des États africains par dépenses en santé au pourcentage du PIB.
Les causes de la mortalité maternelle
Toutes les enquêtes internationales réalisées sur ce sujet montrent, à l’évidence, que les femmes décèdent en couches en raison d'un incident obstétrical. Les causes directes les plus citées en lien avec ces décès sont les hémorragies du post-partum, les saignements qui surviennent au cours de la grossesse, du travail et après l’accouchement. Les causes indirectes sont les accidents thromboemboliques comme les embolies amniotiques, les accidents veineux graves, en particulier l' embolie pulmonaire, l'hypertension artérielle et les maladies contractées en amont de la grossesse.
On voit donc que, dans beaucoup de cas, la mort obstétricale n'est pas directement liée à la grossesse en elle-même, mais plutôt à des causes préexistantes comme l’âge, l’ethnicité, les accidents vasculaires-cérébraux, les maladies cardiaques, les difficultés respiratoires et les cancers dont la mère est porteuse en amont de sa grossesse. Ces causes vont plus ou moins aggraver la grossesse elle-même et engendrer des complications qui peuvent être fatales comme, par exemple, la pré-éclampsie, les infections et les complications d'anesthésie.
D’autres causes, liées ou non au système de santé, entrent en ligne de compte. Au nombre de ces causes figurent la lenteur de la prise de décisions relatives au recours aux soins dans les institutions médicales, les barrières culturelles, les représentations sociales de la maladie et de la grossesse et, naturellement, les soins qui sont liés à celle-ci. Il y a aussi, fait à ne pas négliger, la qualité du plateau technique dans les maternités, les barrières financières auxquelles sont confrontées les familles lorsqu’elles soignent une personne malade, la disponibilité des moyens d’évacuation des patientes, etc.
Toutes ces causes agissent comme de véritables goulots d’étranglement des systèmes de santé dans le monde. Leurs effets combinés sur la santé des femmes qui donnent la vie en Afrique sont dramatiques.
Or, comme on le sait, la santé est un besoin fondamental auquel aspire tout être humain. Elle est conditionnée par divers déterminants qui sont, entre autres, les déterminants génétiques (sexe, hérédité, âge, etc.), le mode d’organisation des soins (public, privé, intégration des soins en réseaux, etc.), l’environnement (physique et social), les habitudes de vie (culture, modes de vie, habitudes de consommation, pratique ou non de sports, etc.). Toute réforme qui vise l’efficacité et l’efficience des soins de santé commande, à la base, une prise en compte groupée de ces déterminants interreliés. Les réformes successives du système de soins au Sénégal, se sont-elles souciées de ce fait ?
Pour répondre à cette question, et faute d’espace, je me contenterai simplement de souligner que, durant la première décennie et demie de l’indépendance, guidée par l’État-providence qui caractérisait le « socialisme africain » du président Léopold Sédar Senghor, le Sénégal a fait preuve, plus que tout autre pays de la sous-région ouest-africaine, d’un effort réel de construction d’un embryon de système public de santé gratuit et accessible à tout le monde. Dans les villes comme dans les campagnes les plus reculées du pays étaient bâtis, parfois sous forme de vestiges du colonialisme, des hôpitaux publics ou des dispensaires de renom qui avaient, à leurs têtes, des médecins, infirmiers/infirmières et sages-femmes entièrement dévolus à leur métier.
C’est la crise pétrolière du milieu des années 70 et les difficultés économiques qu’elle a engendrées qui ont donné un coup d’arrêt fatal à cette politique d’investissement publique dans le secteur de la santé. Le gouvernement sénégalais, comme presque tous les gouvernements africains en crise réduisirent drastiquement le financement de son système de santé qui va ainsi tomber en décrépitude.
À la fin des années 80, sur injonction des institutions de Bretton Woods (FMI, banque mondiale) et plus tard, des mesures néolibérales inspirées du Consensus de Washington, la politique sanitaire du Sénégal (et de la plupart des pays africains) va connaître un virage à 180 degrés avec l’administration d’un remède de cheval sous forme de réformes au forceps, toutes orientées vers la « privatisation des soins de santé ». Le maître mot des dirigeants sénégalais (et africains) était les « soins de santé primaires » (prévention, traitement, réadaptation, soins palliatifs, etc.). Ces soins sont présentés à l’opinion publique mondiale comme la cheville ouvrière des solutions aux problèmes que traversent les systèmes de santé dans les pays du Tiers-monde en général et ceux d’Afrique en particulier.
Définie en 1978 et finalement adoptée en 1987, l’Initiative de Bamako recommande aux États africains d’accorder la priorité des soins de santé aux femmes et aux enfants. Les politiques de santé qu’elle préconise insistent sur le « recouvrement des coûts » et la « participation communautaire » des populations bénéficiaires dans la gestion de leur santé. Au plus fort du Programme d’ajustement structurel au milieu des années 80, le gouvernement sénégalais de l’époque, comme tous les gouvernements sous diktat, présentait cette politique comme le seul moyen devant conduire à la « démocratisation de l’accès aux soins de santé ». Le recouvrement des coûts s’inscrit aussi dans le nouveau contrat de participation au financement de la santé entre l’État et ses citoyens. Il vise aussi l’accès du « contribuable » aux services cliniques de base par le versement de frais lors de l’achat de médicaments génériques dans les dépôts de pharmacies et les postes de santé. Finie donc la gratuité des soins présentée comme une assistance chronique qui ruine considérablement les systèmes publics de santé ! Désormais, c’est ce principe de l’« utilisateur payeur » qui va être mis de l’avant et qui va servir de toile de fond aux réformes qui seront adoptées un peu plus tard.
Au Sénégal, le Plan national de développement sanitaire et social (PNDSS) reconduit ce principe. L’objectif visé par cette réforme est de mettre en place plusieurs autres réformes dont, entre autres, la réforme relative au fonctionnement des hôpitaux et des structures sanitaires, les modalités de gestion des pharmacies d’approvisionnement en médicaments, la mise en place de systèmes d'information sanitaire et du système de financement de la santé, la réorganisation du ministère de la Santé et, enfin, la coordination des interventions. Le Programme de développement intégré de la santé (le PDISS) qui va suivre quelque temps après couvre d’abord la période 1998-2002 pour la première phase, et 2004-2008 pour la seconde phase. Un des objectifs majeurs de ce plan est de réduire la courbe de la mortalité maternelle et infantile trop élevée et de maîtriser celle de la fécondité. Le suivi de l'exécution du PIDSS avait pour but d’augmenter graduellement le budget de la santé à 9% pour, petit à petit, atteindre la cible annuelle de 15% que recommande le Protocole d’Abuja de 2001. Sur ce fait, il est intéressant de noter qu’entre 2001 et 2015, par exemple, au lieu d’augmenter comme promis à Abuja, les dépenses publiques de santé ont diminué dans 21 pays africains, y compris le Sénégal, notre pays.
L’autre réforme majeure adoptée en 1998 par le Sénégal est la Réforme hospitalière. Inspirée de concepts tirés du vocabulaire du néolibéralisme en vogue, cette réforme fait du « partenariat public-privé » et du « management participatif » son principal cheval de bataille. Son but clairement exprimé est d’améliorer les performances des hôpitaux aussi bien au plan de la gestion du système que celui de la qualité de l’offre de soins, le tout en combinant l'offre du service public incarnée par les services administratifs avec l'« esprit d'entreprise » inspiré de la vision libérale classique du rôle du privé dans les performances de l’économie.
La Réforme hospitalière part du principe selon lequel le patient est au centre des priorités de l’hôpital réformé. Ce patient est un « client » qui a droit à une information juste et éclairée sur sa maladie, et au respect de ses droits inscrits dans la Charte du malade. L’établissement public de santé avec lequel il « fait affaire » est tenu de mettre à sa disposition un « dossier du patient » qui a pour rôle de faciliter l’organisation de sa prise en charge, depuis l’accueil en passant par la coordination des actes, jusqu’à la sortie planifiée ou l’accompagnement en cas de décès.
Le management et la gestion des services reposent, avant tout, sur l’existence d’un projet d’établissement et d’orientations stratégiques clairement défini pour chaque institution hospitalière. Ce projet est complété par des politiques de gestion des ressources humaines ou de fonctions logistiques (équipements, approvisionnement, maintenance, sécurité, hygiène, restauration, blanchisserie, etc.), mais, également, par un système d’informations précises sur le cas spécifique de chaque patient.
En outre, la Direction des établissements de santé (DES) chargée de piloter une telle politique a le pouvoir de suspendre ou de retirer des autorisations d’activités, ou de modifier leurs contenus dans les établissements publics et privés de santé avec, comme seul but, d’assurer le bon fonctionnement des services de santé. Ses moyens ? Une planification hospitalière qui passe par l’émission de cartes sanitaires établies en fonction des besoins de soins propres à chaque milieu, une décentralisation qui assure une proximité de l’offre de soins aux patients, une autonomie hospitalière plus ou moins grande, des rencontres de concertations entre autorités sanitaires régionales, conseils régionaux, collectivités locales et services déconcentrés. Les activités de ce réseau « tricoté serré » ont pour visée de mener des opérations intenses d’évaluation et de réorientation des pratiques locales en vue d’une plus grande efficience de la santé et des services sociaux.
Le recrutement du personnel : le talon d’Achille de la Réforme sanitaire
La présence de plus en plus forte de ce personnel atypique va entraîner des modifications importantes de la structure globale du personnel hospitalier. Dans les Comités de santé où il occupe une place centrale, ce personnel va avoir un réel pouvoir de décision. Il va influencer le recrutement d’autres personnels comme le personnel de soutien, les préposés chargés du nettoyage, du gardiennage, de la vente des tickets et des médicaments dans les pharmacies et les dépôts de pharmacies, etc. Ce personnel hétéroclite va devenir, progressivement, la « clé de voûte » du système de santé. Très vite et par un rapport de pouvoirs en sa faveur, il déborde ses champs de compétence pour occuper les espaces de soins délaissés par le personnel qualifié, lui-même débordé par les problèmes auxquels il fait face dans l’administration des soins aux malades qui fusent de partout.
En repoussant l’infirmière/infirmier qualifié dans les tâches périphériques (paperasserie administrative, soins curatifs, promotion de la santé, etc.) et en valorisant la participation communautaire directe dans l’administration des soins aux « agents communautaires » et aux « médiateurs », la décentralisation du système sanitaire sénégalais a produit un monstre qu’il va avoir de la peine à exorciser de sitôt: la présence massive d’agents qui se forment sur le tas au métier des soins et qui assurent la continuité des services en prenant en charge les tours de garde et les consultations médicales. Malgré le fait qu’ils ne respectent pas souvent les normes en matière de manipulation des équipements de protection et posent aussi des gestes techniques parfois non conformes aux prescriptions des manuels de procédures harmonisés, ces agents vont acquérir une légitimité populaire d’autant plus grande qu’ils s’occupent des activités de soins dévalorisées et délaissées par le personnel qualifié (soins aux tuberculeux, aux malades de sida, vaccination, consultations pré et post natale, accouchements, etc.). En s’investissant massivement dans les activités de soins au même titre que le personnel qualifié, ce personnel non qualifié, véritables « agents à tout faire » et souvent mal rémunérés, va redéfinir les statuts et les fonctions du métier de soignant au Sénégal. Il brouille aussi les normes et règles de fonctionnement sur lesquelles est bâti tout le système de santé en imposant une hiérarchie qui nivelle par le bas.
Comme on le voit, la Réforme hospitalière repose sur des prémisses conformes à l’évangile néolibéral dans son combat acharné contre l’État providence considéré comme trop obèse. Qu’on soit pour ou contre cet évangile, force est de constater - dans les faits - que dans un pays sous-développé comme le Sénégal où le secteur privé national est encore très fragile et les mentalités essentiellement fondées sur les stratégies de débrouille et le bricolage quotidien, cette énième réforme va générer de nombreux goulots d’étranglement et conflits qui vont gripper la machine du système de soins.
Au vu du mécontentement général qu’il génère et qui a pris de l’ampleur ces dernières années, au vu aussi des accusations de maltraitance contre lesquels se plaignent les patients, le président de la République a fini, comme il l’a annoncé lors du Conseil des ministres du mercredi 20 avril 2022, par « mettre la santé sous surveillance rapprochée ». Il est en effet urgent que l’État reprenne le contrôle de ce système et explore de nouvelles pistes de solutions aux problèmes qui gangrènent ce secteur.
Le care : une partie de la solution
Une de ces pistes qui me paraît importantes est, l’octroi d’un financement récurrent, proportionnellement au renchérissement des coûts des équipements sanitaires dont l’hôpital sénégalais a besoin pour relever le niveau de développement de son plateau technique. Pour mettre fin au « xar mat » (travail dans le secteur privé pour arrondir les fins de mois) des médecins et bloquer les velléités du maraudage du personnel public de santé, le gouvernement du Sénégal doit élever le niveau des salaires des médecins, infirmières, sages-femmes et personnel de soutien. Il doit également mettre fin au recrutement clientéliste du personnel soignant, recrutement que dénoncent régulièrement les acteurs du milieu. Il doit former et recruter, en grand nombre et proportionnellement à la montée de la courbe démographique, du personnel qualifié en mettant en place une offre de formation du personnel soignant basé sur des règles et pratiques communes qu’il doit définir plus clairement en concertation avec les acteurs du milieu. Cette offre de formation doit se baser sur le principe du care qui est, en ce moment, la clef de voûte de l’efficience des soins de santé dans les hôpitaux des pays développés où les oligarques africains préfèrent aller se soigner.
Le terme care signifie « s’occuper de », « faire attention », « prendre soin », « se soucier de … ». Dans son étymologie il renvoie à caru, cearu qui signifie soins, souffrance, douleur, chagrin. Il a donné aussi « to cure » qui vient du latin curare qui, lui-même, a donné « to care for » ou « take care for » qui signifient « se préoccuper de », « prendre soin de ». Le care construit la pratique infirmière à partir « de petits gestes », de « petites choses » qui ont chacune une résonnance particulière pour le malade ou la personne en situation de détresse qui a besoin de soins.
L’application du care aux services des soins n’est pas si difficile que ça.
La littérature consultée indique que la mise en œuvre du care intègre les quatre éléments suivants auxquels correspondent quatre valeurs éthiques qui contribuent sans doute à l’efficacité et à l’efficience des soins prodigués aux malades : attention (correspond au « caring about »), responsabilité (correspond au « taking care of »), compétence (correspond au « care giving »), réceptivité (correspond au « care receiver »).
Sous ce rapport, le care n’est pas le cure. Le care est un déploiement de valeurs éthiques que l’on retrouve chez les personnes qui se soucient concrètement des autres et qui ciblent essentiellement les diverses vulnérabilités auxquels est confronté une personne qui souffre. A contrario, le cure est un acte tout simplement biomédical. Il fait appel à la technicité et à la technicalité impersonnelle du geste curatif désincarné qui manipule, en milieu de soins, des techniques et des technologies impersonnelles (machines de toutes sortes, outils de radiodiagnostics, ordinateurs, analyse de composantes chimiques, etc.). Ce type de soins s’accommode très peu de sentiments moraux, de sympathie ou d’empathie pour le patient qui souffre de mille maux. C’est le contraire du care qui est conçu comme un ensemble de valeurs morales de compassion qui habitent profondément le soignant dans sa pratique des soins et dans ses relations sentimentales avec les plus vulnérables. Le care draine un ruisseau de valeurs fondées sur la sollicitude et l’attention particulière dont fait preuve le soignant dans sa relation intrinsèque avec la souffrance et les fragilités de la personne malade à qui il prodigue des soins. Dans la sphère domestique, le care est l’équivalent de l’attention qui guide la grand-mère dans l’administration des soins coutumiers d’entretien et de continuité de la vie qu’elle administre aux membres de sa famille.
Le care n’est donc pas un ensemble de solutions techniques instrumentales qui favorisent la guérison du patient, lui-même perçu comme l’acteur principal de sa propre guérison. Par l’empathie et la force du lien à autrui, il répare des vies brisées en morceaux et libère les circuits d’écoulement de la vie à l’intérieur d’une personne malade et des membres de sa famille. Pour tout dire, dans le paradigme du care, « soigner » ne consiste pas à « traiter » machinalement, c’est-à-dire avec des solutions techniques toutes aussi machinales, un patient malade. « Soigner » revient donc à prodiguer des soins dans une totale congruence avec le système symbolique et les représentations sociales dont se sert le malade pour s’expliquer sa maladie, les causes de sa maladie et concevoir les moyens de sa guérison. « Soigner » implique donc, de la part du soignant, une attitude d’écoute et d’empathie qui le rattache solidement à la singularité de l’individu malade, mais aussi à sa famille et à son entourage social qui sont tous coacteurs de la maladie et des moyens qui favorisent la guérison de la personne malade.
Bien trop absent dans nos hôpitaux (les témoignages sont nombreux en ce sens), le care doit être une composante fondamentale de l’offre de formation du personnel de santé dans toutes les institutions d’enseignement et de formation en soins. L’énoncé de compétence qui orientera cette formation nécessaire doit cibler, en priorité, le développement de savoirs, de savoir-faire et des savoir-être (en termes d’attitudes concrètes) dans le traitement des patients. L’offre de formation doit surtout insuffler, dans notre système de santé qui en a bien besoin, les valeurs humaines dont le manque criant est à l’origine de drames évitables comme celui de Louga, de Ziguinchor et de maints autres endroits du pays. Nos hôpitaux doivent revenir à l’affectueuse inquiétude du soignant pour la souffrance d’autrui.
Pour cela, les ressources existent autour de nous. Nos sociétés sont des sociétés en transition clinquante vers le capital transnational et son éthique centrée sur l’individu. Malgré ce fait, elles regorgent encore de normes et de valeurs communautaires encore présentes (kerca, masla, mougn, yereumendé, etc.) qui doivent nous inspirer, pendant qu’il est encore temps, pour accomplir la mission de refondation et de recentrage de nos institutions de santé.
Il appartient à notre État, mais également à tous les États africains, d’élaborer de nouveaux agendas de formation qui remettent en selle l’altruisme, la compassion et la solidarité dans l’administration des soins de santé à aux patients malades. En annonçant, lors du Conseil des ministres du 20 avril 2022, son intention d’accompagner les « importants investissements » financiers dans le secteur de la santé par « un changement de paradigme qui se traduit par le respect du patient et la satisfaction des usagers », le président de la République du Sénégal a-t-il bien pris la mesure de l’urgence d’humaniser les soins dans notre pays ? Le temps nous le dira.
Lamine Diedhiou Dingass est Professeur/sociologue, Canada
GRÈVE POUR UNE REVALORISATION DU SECTEUR PUBLIC DE LA SANTÉ
Au Sénégal, les travailleurs de la santé ont appelé à une journée de "grève générale". Ils ne veulent pas être les boucs-émissaires de la déliquescence des services de santé
Au Sénégal, tout est parti du décès en couches d'une patiente, Astou Sokhna, dans un hôpital public de Louba. Cette femme est décédée le 1er avril, quelques heures seulement après son admission à la maternité. Six sages-femmes sont poursuivies dans cette affaire pour négligence, quatre d'entre elles ont été placées mardi [19.04.22] sous mandat de dépôt pour non-assistance à personne en danger. Les sages-femmes mises en cause dans l'affaire du décès d'Astou Sokhna seront jugées le 27 avril. Le directeur de l'hôpital où la patiente est décédée a été relevé de ses fonctions à la mi-avril.
C'est donc pour protester contre ces poursuites et le "lynchage médiatique" des sages-femmes que leurs collègues se sont mis en grève. Mais ce mouvement est aussi l'expression d'un malaise plus profond des acteurs du secteur de la santé, d'après le docteur Mohamed Lamine Ly, médecin à Dakar et membre d'une coalition pour la santé et l'action sociale au Sénégal.
Les pharmacies de la région de Louga (nord) ont suivi à 99,5 %, vendredi, le mot d’ordre de grève lancé par le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (SPPS), en guise de soutien au docteur Aïcha Goundiam Mbodji
Louga, 22 avr (APS) - Les pharmacies de la région de Louga (nord) ont suivi à 99,5 %, vendredi, le mot d’ordre de grève lancé par le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal (SPPS), en guise de soutien au docteur Aïcha Goundiam Mbodji, a déclaré à l’APS un responsable local dudit syndicat, Seydou Koulibaly.
La propriétaire de la Grande Pharmacie dakaroise s’est vu retirer sa licence par le ministère de la Santé.
Pour la soutenir et dénoncer cette décision ministérielle, les pharmaciens privés ont décidé de ne pas vendre des médicaments, ce vendredi, entre 8 h et 15 h.
Selon le docteur Seydou Koulibaly, l’un des responsables du SPPS à Louga, le mot d’ordre de grève a suscité une importante mobilisation des pharmaciens.
‘’Nous avons fait le tour de l’ensemble de la région de Louga, grâce à nos représentants’’, a-t-il dit, soutenant que les pharmaciens privés étaient en grève aussi bien dans la ville de Louga qu’à Guéoul et Ndande (département de Kébemer), Linguère, Dahra et Sagatta.
Selon M. Koulibaly, 99,5 % des pharmacies concernées ont respecté la consigne du syndicat.
‘’Seules deux pharmacies de la région n’ont pas encore suivi le mouvement’’, a-t-il soutenu, précisant que l’évaluation qui sera faite à la fin de la journée permettra de savoir si elles ont été en grève ou pas.
Le 11 février dernier, le ministre de la Santé a décidé d’abroger l’arrêté autorisant Aïcha Goundiam Mbodji à exploiter la Grande Pharmacie dakaroise, située dans le Plateau, le quartier du centre-ville de Dakar.
Pour protester contre cette décision, le Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal a décidé de fermer ses officines ce vendredi, pendent sept heures.
‘’Aujourd’hui, la principale revendication, c’est qu’on puisse rétablir dans ses droits une consœur qui a été lésée. C’est malheureux, dans un pays de droit, que des gens qui doivent protéger et réguler (…) bafouent les règles’’, a dénoncé Seydou Koulibaly, de la pharmacie Mame-Sam-Mbaye, à Louga.
‘’La lutte ne fait que commencer’’, et les pharmaciens la mèneront ‘’jusqu’au bout’’, a-t-il prévenu.
M. Koulibaly dit avoir déploré les désagréments causés à la clientèle des pharmaciens. ‘’Nous présentons nos excuses à la population (…) Cette grève affecte tout le monde. Nous mènerons ce combat, quel que soit le prix à payer’’, a-t-il dit.
QUAND L’AFFAIRE «ASTOU SOKHNA» OUVRE LA BOITE DE PANDORE DES PLAINTES ET DES ACCUSATIONS FANTAISISTES
Mauvais procès contre les médecins et les sages-femmes, Pour quelques brebis galeuses, ces vaillants corps méritent-ils d’être conduits à la potence ? L’instruction à décharge du « Témoin »…
L’affaire de la dame Astou Sokhna est un vrai drame survenu en milieu hospitalier. Car ce décès par négligence médicale a ému tout le peuple sénégalais. Malheureusement, certains patients profitent de cette histoire pour faire un mauvais procès aux médecins, aux sages-femmes et aux infirmiers. D’autres menacent de porter plainte contre des personnels de santé parce que tout simplement leurs parents ou proches sont décédés dans des circonstances similaires à celle où la dame Astou Sokhna a perdu la vie à Louga. Autrement dit, la boite de Pandore du lynchage des blouses blanches et roses est ouverte. Cloués au pilori, ces médecins, infirmiers et sages-femmes ont pourtant donné — et ne cessent de donner — tant de satisfaction et d’espoir en sauvant des vies souvent dans des situations désespérées. Pour quelques brebis galeuses, ces vaillants corps méritent-ils d’être conduits à la potence ? L’instruction à décharge du « Témoin »…
Pour mieux camper ce triste débat, il faut encore déplorer la mort tragique de la dame Astou Sokhna, 34 ans, à la maternité de l’hôpital régional Amadou Sakhir Mbaye de Louga. Un vrai drame dû à une négligence médicale et qui a ému à juste titre tout le peuple sénégalais. En effet, les premiers éléments de l’enquête interne ont fait apparaître une série de défaillances au niveau de la prise en charge de la patiente : mauvaise qualité des soins, sous-estimation des risques, insuffisance de diagnostic, manque de surveillance etc. Ces graves manquements professionnels dont ont fait preuve certains membres du personnel de l’hôpital de Louga ont suffi pour vouloir conduire à l’abattoir tout le personnel de santé de notre pays. C’est sans doute pour étancher la soif de sang du peuple que quatre des six sages-femmes de garde au moment du drame ont été inculpées et placées sous mandat de dépôt. Et pour dompter la clameur publique, le ministre de la Santé a pris une mesure conjoncturelle de sanction alors même qu’il est question de trouver des solutions aux problèmes structurels de nos établissements hospitaliers.
Abdoulaye Diouf Sarr a donc relevé de ses fonctions le directeur de l’hôpital de Louga, Dr Amadou Guèye Diouf, qui va servir de bouc-émissaire en même temps que les quatre sages-femmes emprisonnées. Avant cela, le ministre de la Santé avait condamné le personnel de garde de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye et l’a jeté en pâture avant même d’attendre les conclusions de l’enquête judiciaire. Or, le courage et l’élégance auraient voulu que, devant un tel drame dû à la défaillance de ses services, qu’il rende le tablier pour mettre à l’aise le président de la République. Toujours est-il qu’en jetant la première pierre au personnel placé sous son autorité, Abdoulaye Diouf Sarr a ouvert la boîte de Pandore du lynchage de tout ce qu’il y a comme médecins, infirmiers et sages-femmes dans ce pays. Tenez !
Au lendemain de ce drame de Louga, de nombreux patients ont profité de la vindicte populaire pour faire un mauvais procès aux médecins ainsi qu’aux sages-femmes. Des membres de familles de défunts, surgis du bois, ont menacé de porter plainte contre des personnels de santé. Ce au prétexte que leurs parents ou proches disparus seraient morts dans des circonstances similaires à celles ayant entraîné la mort de la dame Astou Sokhna. « Le Témoin » a en effet appris que, ces derniers jours, des médecins, des sages -femmes et des infirmiers ont fait l’objet de menaces de plaintes, d’intimidations, de harcèlements de la part de certains patients et autres parents de personnes décédées. Ce sous l’accusation d’ « erreurs » ou de « défaillances » médicales. Une avalanche de récriminations et d’accusations souvent fallacieuses que des cadres et agents de santé ont signalées auprès de leurs syndicats respectifs. A ce propos, qu’on nous permette de raconter cette vieille affaire de décès d’une patiente qui remonte à 2017. Un jour de cette année-là, une parturiente sur le point d’accoucher avait été évacuée à la maternité d’un poste de santé de Dakar.
Dans la panique et la précipitation, les accompagnants de la dame avaient sans doute oublié d’amener le carnet de consultations prénatales. Or, dans les normes de prise en charge des accouchements, la présentation du carnet de santé est obligatoire. Un des accompagnants était donc retourné chercher le carnet de santé à la maison. Avant son retour, la parturiente avait accouché d’un enfant mort-né. Un décès mis par les parents de la femme sur le compte de la volonté divine. Cela s’est passé il y a sept ans.
Des « négligences » à tout prix…
Vous croyez que l’affaire avait été oubliée ? Erreur ! Car, dès qu’a éclaté l’affaire Astou Sokhna de Louga, le poste de santé où s’était déroulé l’incident de la parturiente arrivée sans son carnet de santé avant d’accoucher d’un mort-né a reçu l’appel d’un homme demandant à parler à la sagefemme dont il se souvient très bien du nom. Au téléphone, l’homme, un « modoumodou » vivant en Espagne, s’est d’abord présenté comme l’époux de cette malheureuse maman dont la sage-femme ne se souvenait évidemment plus ! Néanmoins, l’appelant a tenu à rappeler un douloureux événement de mort naissance survenu en 2017 et qu’il qualifie de « négligence médicale ». Morceaux choisis : « Ce fameux jour, vous avez tué mon bébé pour avoir fait perdre à ma femme trente minutes consacrés à la recherche d’un carnet de merde ! » s’est défoulé l’émigré. Avant de verser dans les menaces : « Vous ne perdez rien pour attendre car je serai au Sénégal durant la Tabaski. Et dès mon arrivée « dinguéne kham lep deugue la »…Je vais porter plainte ! »
Ceci c’est qu’un exemple parmi d’autres du déluge de complaintes qui s’abat ces jours-ci sur les personnels de santé. Comme quoi, il est permis à tout patient ou parent de malade décédé de remémorer le moindre fait ou geste détecté lors de l’admission de celui-là à l’hôpital ou au centre de santé pour ensuite le lier rétrospectivement à une défaillance médicale supposée ! De l’avis d’un médecin gynécologue-obstétricien, qui se désole de cette situation, on assiste à une « dérive à l’américaine » de notre société. Autrement dit, du risque de voir se développer une judiciarisation de celle-ci dans laquelle les médecins, les sages-femmes, les infirmiers et les ambulanciers chercheraient davantage à se prémunir des procès ou des accusations qu’à apporter des soins de qualité à leurs patients. Par contre, d’autres voient dans cette vague de procès une remise en cause salutaire de l’impunité et du laisser-aller des médecins, sages-femmes et infirmiers pour qu’ils améliorent la qualité de l’accueil et de la prise en charge dans les hôpitaux, surtout au niveau des « urgences ».
Le Sames en colère !
Toujours est-il que le Syndicat autonome des médecins pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (Sames) semble avoir flairé les effets de l’ouverture de la boite de Pandore des plaintes et des complaintes voire du lynchage médiatique et même physique des personnels de santé. Car, dans son communiqué relatif à l’affaire de Louga, cette organisation syndicale dit avoir constaté un « acharnement médiatique sans retenue sur le personnel socio-sanitaire, consécutif au décès de Madame Astou Sokhna à l’hôpital de Louga». Pour le Sames, le décès d’Astou Sokhna est regrettable comme les 717 autres décès maternels enregistrés en 2021 dans l’ensemble du pays. « Ce malgré tous les efforts de médecins et pharmaciens pour les éviter. Donc le décès d’Astou Sokhna doit être étudié avec le professionnalisme et la sérénité nécessaires, sans aucune influence politique ou populiste pour en tirer les enseignements utiles.
Afin de prendre des mesures permettant d’éviter la reproduction de pareils drames à Louga et dans d’autres structures de santé ». Voilà ce qu’avait souligné le Sames tout en appelant les travailleurs de la santé à se tenir prêts pour la défense de leurs camarades de Louga « lâchement jetés en pâture par tous les aigris de la République voulant casser de la blouse blanche. Nous n’accepterons plus qu’un agent de santé soit le bouc émissaire d’un système défaillant alors que le premier responsable de ce système est le président de la République, gardien de la Constitution qui garantit le droit à la santé aux populations » tonnaient encore les syndicalistes.
Quoi qu’il en soit, force est de reconnaitre que, de tout temps, nos braves médecins, infirmiers et sages-femmes et sages-femmes ont fait preuve d’abnégation pour soigner leurs parents, ont sauvé et continuent de sauver des milliers de vies. Et quoi que l’on puisse dire également, force est de constater que le personnel hospitalier ou sanitaire sénégalais, composé d’hommes et de femmes compétents et expérimentés, a fait ses preuves dans toutes les spécialisations. Ce, malgré un plateau technique et un système de santé défaillant. Et aussi des salaires particulièrement bas. Encore mieux, l’expertise sénégalaise est tellement avérée au point que la plupart des patients désespérés des pays voisins (Gambie, Mauritanie, Cote d’Ivoire, Guinée Bissau, Guinée Conakry etc.) viennent au Sénégal pour se soigner. Aujourd’hui, nos médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmiers sont jetés en pâture et livrés à la vindicte populaire comme s’ils étaient des bouchers qui passent leur temps à abréger nos vies. Toujours est-il qu’en s’empressant de faire sauter des fusibles et procéder à des sanctions expéditives dans l’affaire de Louga, le ministre de la santé s’est exposé à de grandes complications. Car, là où des usagers ont, souvent à juste titre reconnaissons-le, fait un mauvais procès aux médecins, infirmiers et sages-femmes, ces derniers aussi ont mis à nu les défaillances de notre système de santé à tous les niveaux. Et qui mieux qu’eux est à même de dénoncer ces défaillances puisqu’ils sont les principaux acteurs du même système ? Pour dire que le seul combat qui vaille, c’est celui de se pencher au chevet de notre système de santé afin que des drames pareils à celui survenu à l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye de Louga ne se reproduisent plus…