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3 avril 2025
Société
UNE PRÉTENDUE FAVEUR QUI CRÉE L'INÉGALITÉ
Le Collectif des féministes du Sénégal s'insurge contre la permission accordée aux femmes de quitter leur poste à 15h pendant le Ramadan. Il dénonce une mesure qui, sous apparence de bienveillance, instaurent des discriminations
Le Collectif des féministes du Sénégal dénonce dans le communiqué ci-après, les notes de service permettant aux seules femmes de quitter leur poste à 15h pendant le Ramadan au sein de plusieurs administrations publiques. Il s'agit selon lui, de directives qui sous apparence de bienveillance religieuse, instaurent des discriminations multiples contraires aux principes constitutionnels d'égalité et de laïcité de la République du Sénégal. Face à cette atteinte aux droits fondamentaux, le Collectif appelle à une mobilisation immédiate pour faire respecter l'égalité entre tous les citoyens, sans distinction de genre ou de confession.
"Lii jubul jubentilen ko !
Nous avons pris connaissance, avec stupeur, des notes de service émanant des directions de certains services publics (le Port autonome, la Poste, etc). Il s’agit de notes dans lesquelles le personnel féminin est autorisé à partir à 15h pour cause de Ramadan.
Ces notes de service posent problèmes car elles sont constitutives de diverses discriminations. Au premier rang desquels on note des discriminations entre les agents hommes et les agents femmes des services publics. De surcroit, elles instaurent des discriminations entre hommes musulmans et femmes musulmanes contraires également aux principes islamiques (les musulmanes et les musulmans étant égaux devant leurs devoirs de respect d’un des piliers de l’Islam). S’y rajoutent des discriminations entre personnes de confession musulmanes et personnes d’autres confessions. Enfin elles induisent des discriminations entre agents du secteur public et professionnels du secteur privé.
En l’espèce, ces notes défient le principe de respect des libertés fondamentales et des droits des citoyens qui sont au fondement de la société sénégalaise. Elles défient également la Constitution du Sénégal qui proclame le rejet et l’élimination, sous toutes leurs formes, de l’injustice, des inégalités et des discriminations. Au surplus, ces notes portent atteinte au principe de l’article premier de ladite Constitution qui énonce : « La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
Tous les agents des services publics sont fondés à agir en attaquant ces notes par des recours en excès de pouvoir. Elles ne sauraient prospérer et porter atteinte à leurs droits et encore moins au principe d’égalité des citoyennes et des citoyens sénégalais consacré par notre Constitution commune.
Bon Ramadan, bon carême, bons hommages aux ancêtres ou juste bonne journée !
Bien cordialement.
Mbooloo wu jigéenaan yi"
MACKY AMAR ET SES CO-PREVENUS CONDAMNES DE 2 ANS A UN MOIS FERME
L’ombre de la drogue plane à nouveau sur la famille Amar. Cette fois-ci, c’est Macky Amar, fils du défunt homme d’affaires Ameth Amar, et ses amis, qui ont comparu à la barre du TGI de Dakar.
Les nommés Mouhamadou Macky El Bachir, fils du défunt homme d’affaire Ameth Amar, âgé de 27 ans, Aminata Seck, âgée de 33 ans, commerçante domiciliée aux Mamelles Mamadou Lamine Diémé, âgé de 45 ans, chauffeur de Taxi ont comparu, hier, à l’audience du Tribunal de Grande Instance de Dakar. Ils répondaient des faits d’offre ou cession de drogue.
L’ombre de la drogue plane à nouveau sur la famille Amar. Cette fois-ci, c’est Macky Amar, fils du défunt homme d’affaires Ameth Amar, et ses amis, qui ont comparu à la barre du TGI de Dakar.
Tout a commencé le 16 février 2024 lorsqu’Aminata Seck a été arrêtée après une étroite surveillance policière. Lors d’une fouille corporelle, les limiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) découvrent de la drogue sur elle. Ce jour-là, les éléments de la division opérationnelle de l’OCRTIS ont interpellé trois individus dans un hôtel de la place avec quatre bonbonnes de protoxyde d’azote et un gramme de haschich. « J’ai apporté la drogue pour ma consommation personnelle. Je m’engage à ne plus toucher à tout ce qui est lié à la drogue. Je demande pardon. Je suis rentrée le 24 février. J’ai été arrêtée le 16 février », a soutenu Aminata Seck à la barre à l’absence de son co-prévenu Macky Amar.
D’aprèsle ministère public, il ressort de la procédure que c’est au cours d’un contrôle au niveau de l’hôtel Terrou-Bi que la dame Aminata Seck a été retrouvée avec deux bonbonnes de protoxyde d’azote. Les enquêteurs se sont ainsi déplacés pour interpeller Mouhamadou Macky El Bachir Amar qui a avoué que la drogue était destinée à sa consommation personnelle. Mamadou Lamine Diémé dit avoir acquis les bonbonnes de protoxyde d’azote auprès d’un certain Aziz à 40.000 francs avant de les revendre à Aminata à 45.0000 francs. En ce qui concerne le haschich, il achète le gramme à 10 mille francs, avant de le céder à 15 mille francs. Deux autres bonbonnes de protoxyde d’azote ont été retrouvées dans son véhicule. Il est constant qu’Aminata a acquis la drogue auprès de Mamadou Lamine Diémé. C’est après la livraison qu’ils ont été tous arrêtés. Tous les éléments du dossier militent en faveur de la culpabilité de Mamadou Lamine Diémé en ce qui concerne l’offre ou cession de drogue. Le Ministère Public a requis deux ans de prison ferme à son encontre. Il a demandé de requalifier les faits reprochés à Aminata Seck en détention et usage de drogue. De même que pour Mouhamadou Macky El Bachir Amar, retrouvé avec 0,5 gramme de haschich. Le parquet a requis un mois ferme et une amende de 100 mille francs contre Aminata Seck et Macky Amar..
Quant aux conseils de la défense, Me Ibrahima Gueye, il a plaidé qu’il n’est nullement question de facilitation pour Aminata Seck en précisant que le protoxyde d’azote n’est pas référencé au niveau du tableau des drogues. Me Guèye a demandé au tribunal d’accorder la dispense de peine à sa cliente relativement aux 0,5 grammes de haschich qu’elle détenait. L’avocat a sollicité la restitution de ses effets qui ont été scellés (passeport, deux cartes bancaires, Iphone 15, 90 euros...). Selon ses conseils, la demande de restitution est fondée car les biens n’ont pas une origine frauduleuse.
Selon Me Gueye, elle a détenu la drogue pour son usage personnel. En ce qui concerne les bonbonnes de protoxyde d’azote, l’avocat de la défense estime qu’elles ne rentrent pas dans la catégorie des drogues. Jugeant que sa cliente est une délinquante primaire, une fille extrêmement dynamique qui n’est venue au Sénégal que pour un petit moment. « Elle est installée au Maroc. En ce qui concerne le protoxyde d’azote, aucun élément légal ne permet de les considérer comme de la drogue. C’est un chauffeur de taxi qui a connu une dame qui s’active dans l’événementiel. A chaque fois que la dame vient à Dakar, elle l’appelle pour s’approvisionner en drogue. Permettre à une dame de se procurer 1 gramme de haschich ne peut pas être considéré comme une activité d’offre ou cession de drogue”, a soutenu Me Mbaye, le conseil du chauffeur de taxi, Mamadou Lamine Diémé.
Rendant son délibéré, le tribunal a condamné Mamadou Lamine Diémé à deux ans ferme et 100.000 francs d’amende. Un mois ferme et 100 mille francs d’amende pour Aminata et Mouhamadou Macky El Bachir Amar tout en ordonnant la restitution de leurs biens saisis.
DIOMAYE MIS À L’ÉPREUVE PAR LE PHÉNOMÈNE DU VOL DE BÉTAIL
Ce problème sape les fondements d'un secteur représente 4% du PIB national. Les pertes annuelles atteignent le chiffre vertigineux de 3,2 millions de dollars, soit 2 milliards de FCFA, malgré l'arsenal juridique mis en place sous Macky
Les fermes engagements pris par le nouveau président de la République, Bassirou Diomaye Faye, pourront-ils endiguer le vol de bétail au Sénégal ? L’ancien régime avait initié plusieurs politiques dont la criminalisation du vol de bétail, ce fléau qui continue non seulement de saper les fondements de l’élevage au Sénégal, mais encore d’appauvrir les populations surtout en zone rurale et périurbaine. Faute d’une application concrète, les textes de lois n’ont pas réglé la situation.
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), au Sénégal, l’élevage contribue à hauteur de 4% du Produit intérieur brut (PIB) national et 22% du PIB du Secteur primaire avec des effectifs, en 2023, estimés à plus de 4,5 millions de bovins, plus de 9,8 millions d’ovins, environ 6 millions de caprins, 1,6 million d’équidés et 946.543 porcins. L’élevage est pratiqué par environ 800.000 ménages et plus de 1,3 million d’individus, d’après la FAO. En dépit de son importance socio-économique, il fait face à des contraintes et défis majeurs dont le vol de bétail qui constitue un fléau majeur dans la sous-région. Les pertes annuelles sont estimées à 3,2 millions USD, soit 2 milliards FCFA par an. Présidant la 9ème édition de la Journée nationale de l’Élevage, placée sous le thème : «La valorisation des produits d’origine animale : un stimulateur pour la souveraineté alimentaire du Sénégal», le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a donné des instructions pour que le problème du vol de bétail, un fléau qui continue d’appauvrir les populations surtout en zone rurale et périurbaine, soit pris au sérieux, annonçant d’ailleurs des concertations nationales avec les acteurs pour «s’accorder sur une feuille de route consensuelle qui tiendra compte de la dimension holistique de la lutte contre ce désastre».
Fermeté du président Diomaye Faye sur la lutte contre le vol de bétail, avec trois sorties en deux semaines environ
Bassirou Diomaye Faye en est à sa deuxième sortie sur la question, en quelques semaines. Déjà, en Conseil des ministres du 12 février 2025, après avoir salué la contribution des éleveurs dans l’atteinte de la souveraineté alimentaire, il a rappelé au «gouvernement l’urgence de veiller à l’application effective et intégrale des dispositions du Code pastoral, en vue d’asseoir une meilleure évolution du secteur de l’élevage dans l’écosystème du secteur primaire et dans la richesse nationale». Sur ce, il avait souligné, entre autres, «l’impératif d’accentuer, sur le terrain, les dispositifs préventifs et coercitifs de lutte contre le vol de bétail». Également, en Conseil des ministres du 26 février 2025, soit cinq jours seulement avoir présidé la Journée nationale de l’élevage à Kaolack, le samedi 22 février, Bassirou Diomaye Faye a rappelé au Premier ministre, Ousmane Sonko, l’urgence de tenir, avec toutes les parties prenantes, des concertations nationales devant aboutir à des solutions opérationnelles. Mieux, il lui a donné instruction «de veiller à la finalisation, avant fin juin 2025, de tous les textes d’application du Code pastoral, en cohérence avec l’évaluation et l’actualisation de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale». Il a invité, en outre, le Gouvernement «à finaliser les études relatives au foncier pastoral, à renforcer les politiques d’amélioration génétique du cheptel et à optimiser les financements du secteur en impliquant les éleveurs, les opérateurs et les coopératives».
Macky Sall et le durcissement de la loi avec la révision du Code pénal faisant du vol de bétail, une circonstance aggravante
Sous l’ancien président de la République Macky Sall, des mesures ont été prises. La lutte contre le vol de bétail a amené le législateur sénégalais à apporter une réponse à la mesure du fléau, en durcissant la répression, à travers la loi n°2014-27 du 03 novembre 2014 modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal. L’article 368 du Code pénal a été réaménagé par l’introduction d’un alinéa 3 nouveau qui fait du vol de bétail, une circonstance aggravante. Cette disposition prévoit une peine d’emprisonnement de cinq (05) à dix (10) ans «si le vol portant sur du bétail a été commis au préjudice d’une personne qui tire de l’exploitation dudit bétail l’essentiel de ses revenus ou qui fait de son élevage son activité principale». La loi n°2017-22 du 22 mai 2017 modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal, étend le champ d’application de la répression, au-delà de ce qui a été prévu par celle de 2014. Désormais, la criminalisation va au-delà de dérober un troupeau appartenant à des éleveurs. L’Assemblée nationale a adopté, en sa séance du vendredi 12 mai 2017, la loi °65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal en modifiant les dispositions de l’article 368. Ainsi, est punie d’un emprisonnement de cinq ans à dix ans et d’une amende de 50.000 à 500.000 francs, toute personne coupable de vol ou de tentative de vol commis s’il fait usage d’effraction, d’escalade, de sape ou de fausses clés, le vol est commis sur les chemins publics ou dans un moyen de transport en commun ou dans l’enceinte d’une gare, d’un port ou d’un aéroport, entre autres. Bref, la loi sur le vol de bétail exclut le «sursis» et élève la peine d’amende jusqu’au quintuple de la valeur du bétail sur lequel porte le vol et fixe un plancher d’amende de cinq cent mille (500.000) francs, y compris en cas de tentative. En décembre 2023, l’Assemblée nationale a aussi adopté la loi portant Code pastoral. Le but visé à travers cette loi est d’encadrer le pastoralisme et de favoriser la création d’un environnement favorable au développement durable des systèmes d’élevage sur l’étendue du territoire national.
El Hadji Aboubacar Biteye, président de l’association nationale de lutte contre le vol de bétail : « Associer les acteurs dans le combat »
Le président du Comité national de lutte contre le vol de bétail, El Hadji Aboubacar Bitéye, plaide pour que les acteurs soient plus associés dans les prises de décisions afin que la criminalisation du vol de bétail soit effective. «Nous avons été associés au vote de la loi sur le vol de bétail, en 2014. Sa mise en œuvre a rencontré des difficultés qui ont motivé sa réforme en 2016. On avait défini, par la suite, un programme avec l’ancien régime, sous la direction du ministre de l’Intérieur (d’alors), Abdoulaye Daouda Diallo. Malheureusement, le suivi a manqué», ditil.
Le vol de bétail a des conséquences néfastes sur les ménages en milieu rural qui s’appauvrissent davantage. Pour El Hadji Aboubacar Bitéye, il est aussi important de renforcer les Comités de vigilance, installées dans différentes communes du pays.
UN TRAFIQUANT DE DEUX HYENES ET SES COMPLICES INTERPELLES
Un présumé braconnier a été interpellé en flagrant délit de détention, mis en circulation et tentative de commercialisation de 2 hyènes originaires du Sine-Saloum
Un présumé braconnier a été interpellé en flagrant délit de détention, mis en circulation et tentative de commercialisation de 02 hyènes originaires du Sine-Saloum. Le prévenu et ses 03 présumés complices ont tous été placés en garde à vue et entendus par les services de Police et des Parcs Nationaux à Kaolack, en attendant le déferrement pour jugement au Tribunal de Grande Instance de cette localité du Centre du pays.
Un présumé trafiquant de deux (02) hyènes et ses présumés complices ont été interpellés à Kaolack, jeudi dernier. «C'est à Kaolack que le Commissariat Central a vu débarquer sur son parking, le 27 février 2025, deux (02) hyènes apeurées, en piteux état, originaires du Sine Saloum et enchaînées de la tête aux pieds (pattes) par leur geôlier.
Le présumé braconnier et trafiquant de ces 02 hyènes, a été interpellé en flagrant délit de détention, circulation et tentative de commercialisation de ces 2 animaux sauvages, en compagnie de ses 3 présumés complices, par les agents des Parcs Nationaux, appuyés d'une solide équipe de policiers de la Brigade de Recherche de la Sûreté Urbaine du commissariat et de l'appui du projet Eagle de lutte contre le trafic de faune», informe un communiqué qui précise qu’ils ont tous été placés en garde à vue et entendus par les services de Police et des Parcs Nationaux. «Ils seront sûrement présentés au parquet du Tribunal de Grande Instance de Kaolack. Ils risquent de fortes amendes et des peines de prison pour acte de braconnage dans les réserves du Sénégal ainsi que la tentative de commercialisation de ces 2 hyènes», ajoute la source.
Le document souligne l’importance «de rappeler que nul ne peut se soustraire à la loi et prélever un animal sauvage dans la nature au Sénégal, sans en obtenir au préalable les autorisations nécessaires auprès des Parcs Nationaux ou des Eaux et Forêts».
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LES TRAVAILLEURS DEMANDENT LEUR REINTEGRATION
Regroupés au sein du Rassemblement des travailleurs du Sénégal (RTS), ils ont fait face à la presse hier, lundi 3 mars, pour alerter sur leur situation.
Depuis quelques mois, les annonces de licenciements ou de suppression d’emplois dans le public s'enchaînent. De nombreuses agences et autres structures publiques sont touchées au même titre que les ministères. Plusieurs salariés sont concernés. Face à cette situation, le collectif dénommé le Rassemblement des travailleurs du Sénégal a organisé hier, lundi 3 mars, une conférence de presse pour alerter et réclamer la réintégration des travailleurs dans leurs droits.
Face aux vagues de licenciement dans plusieurs secteurs de l’administration publique, les travailleurs sont montés au créneau pour exiger leur réintégration dans leurs droits. Regroupés au sein du Rassemblement des travailleurs du Sénégal (RTS), ils ont fait face à la presse hier, lundi 3 mars, pour alerter sur leur situation. « Ce collectif regroupe aujourd’hui des milliers de Sénégalais injustement évincés de leurs postes, des salaires retenus de manière illégale sans aucune procédure, des pratiques totalement aux antipodes d'un Etat de droit, d'un Etat respectueux des droits et des conventions collectives nationales et internationales », déplore le coordonnateur du collectif Boubacar Fall.
En effet, depuis quelques mois, des licenciements sont effectués dans beaucoup de structures et d’agences publiques : Port autonome de Dakar, ministère de l’Energie, des Pétroles et des Mines, Fongip, Lonase etc. Dans d’autres, des plans de licenciement s’enchaînent : Caisse de dépôt et des consignations, Aéroport international Blaise Diagne (Aibd). «Aibd, qui comptait 275 agents en 2006, après sa fusion avec les Ads, a vu ses effectifs bondir en deux phases entre 2022 et 2024, avec un premier lot de 287 Cdi et un deuxième de 219 Cdi en 2024, atteignant ainsi 938 agents. Un effort de restructuration a permis de réduire ce nombre à 872 agents, mais cela reste insuffisant», a déclaré le directeur général de l’Aibd, Cheikh Bamba Dièye.
Les travailleurs licenciés interpellent ainsi l’Etat du Sénégal. « Beaucoup de ces travailleurs ont déjà gagné leur procès au niveau de l'inspection. L'action judiciaire suit son cours au niveau des tribunaux. Nous interpellons l'État du Sénégal à mettre fin à ces violences flagrantes, de restaurer la dignité de ces milliers de pères de famille », a-t-il fait savoir. Et d’ajouter : « Dans cette lutte légitime, nous lançons un appel à tous ceux qui peuvent être partenaires techniques ou financiers pour accompagner ces pères de famille dans ce contexte difficile qui est le mois béni de Ramadan. Après avoir reçu les membres de la RTS, voilà le niveau du mal et ça concerne tous les secteurs. Dans d'autres pays, l'État se glorifie à trouver des emplois et à réduire le taux de chômage. Ici, c'est le contraire. C'est l'État qui montre la voie au privé en mettant des milliers de pères de famille au chômage »
Selon le coordonnateur du Rassemblement des travailleurs du Sénégal, ce sont plus de « 3000 salariés licenciés déjà répertoriés dans les différentes structures étatiques, sous le fallacieux motif économique ».
TRUMP GÈLE L'AIDE MILITAIRE À L’UKRAINE
La Maison Blanche a ordonné lundi la suspension immédiate du soutien militaire américain à Kiev, plongeant son allié dans une situation précaire. Cette décision "affecte plus d'un milliard de dollars d'armes et de munitions en cours d'acheminement"
(SenePlus) - Selon des informations rapportées par le New York Times, le président américain a ordonné lundi la suspension temporaire de toute l'aide militaire américaine destinée à l'Ukraine. Cette décision intervient quelques jours seulement après une confrontation tendue entre Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky lors d'une rencontre à la Maison Blanche.
D'après de hauts responsables de l'administration et des militaires s'exprimant sous couvert d'anonymat, cette directive "affecte plus d'un milliard de dollars d'armes et de munitions en cours d'acheminement et de commande". La décision résulte d'une série de réunions tenues lundi à la Maison Blanche entre M. Trump et ses principaux conseillers en matière de sécurité nationale.
Selon ces mêmes sources citées par le quotidien new-yorkais, "la directive sera en vigueur jusqu'à ce que M. Trump détermine que l'Ukraine a démontré un engagement de bonne foi envers les négociations de paix avec la Russie."
Cette suspension représente une escalade dramatique dans la rupture entre Washington et Kiev, à un moment critique du conflit. Le principal bénéficiaire immédiat de cette mesure est le président russe Vladimir Poutine. Si la suspension se prolonge, il pourrait utiliser ce temps pour obtenir de nouveaux gains territoriaux et pourrait même décider de se retenir de toute négociation, estimant que tout différend prolongé entre Trump et Zelensky ne fera que renforcer sa position.
Le NYT souligne que "la décision de M. Trump a peu de précédents directs dans l'histoire américaine récente". Si les États-Unis ont déjà suspendu le transfert de systèmes d'armes spécifiques à des alliés, comme la décision du président Biden de suspendre les livraisons de bombes de 2 000 livres à Israël, une interruption complète représente un ultimatum. Cette mesure "force M. Zelensky à accepter un cessez-le-feu selon les conditions dictées par M. Trump, ou condamne le pays à subir des pertes plus importantes sur le champ de bataille."
Cette suspension place également les États-Unis en opposition directe avec leurs principaux alliés de l'OTAN. D'après le New York Times, "la plupart des grandes nations européennes, dirigées par la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, se sont engagées à intensifier leur aide à l'Ukraine ces derniers jours, prenant parti pour M. Zelensky dans son différend avec l'administration Trump." Cependant, ces pays "ne disposent tout simplement pas des stocks nécessaires pour compenser la différence à court terme."
La directive de Trump interrompt également les livraisons d'équipements provenant des stocks du Pentagone et l'aide fournie par l'Initiative d'assistance à la sécurité de l'Ukraine. Comme le rapporte le journal américain, les conditions exactes que M. Zelensky devrait remplir pour que M. Trump reprenne l'assistance militaire restent floues.
Les tensions entre les deux dirigeants ont éclaté au grand jour vendredi, lors d'une rencontre à la Maison Blanche. Alors qu'ils devaient signer un accord permettant à l'Ukraine de céder des droits sur des minéraux rares pour rembourser l'aide militaire américaine des trois dernières années, "M. Trump et le vice-président JD Vance ont réprimandé M. Zelensky devant les caméras pour ne pas avoir été assez reconnaissant du soutien américain", indique le NYT.
Lundi, M. Trump a déclaré aux journalistes qu'il ne pensait pas que l'accord sur les minéraux était compromis, le qualifiant de "formidable pour nous", mais qu'il attendait une chose de M. Zelensky pour reprendre les négociations : "Je pense simplement qu'il devrait être plus reconnaissant."
Plusieurs membres du cabinet de M. Trump ont continué à suggérer que M. Zelensky était responsable de la rupture diplomatique. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a notamment déclaré lors d'une interview sur CNN que les exigences de M. Zelensky concernant "des réparations", la restitution des terres saisies par la Russie et des garanties de sécurité allaient "beaucoup trop loin". Selon lui, M. Zelensky devrait dire : "Nous aimons l'Amérique, nous apprécions l'Amérique, nous voulons que vous soyez à nos côtés, et si vous pensez que nous devrions avoir la paix, nous devrions avoir la paix." M. Lutnick a ajouté : "Ce n'est pas un artisan de la paix, c'est un fauteur de troubles."
Cette décision intervient à un moment critique dans la guerre que mène l'Ukraine contre l'agression russe. Selon le New York Times, grâce à sa propre production d'armes et aux livraisons en provenance d'Europe, "l'Ukraine pourrait résister à un arrêt américain pendant quelques semaines, voire quelques mois." Cependant, si l'arrêt des livraisons se prolongeait, l'Ukraine perdrait son approvisionnement en armes avancées, notamment des systèmes de défense aérienne, des missiles balistiques surface-surface et de l'artillerie à longue portée.
Le président Zelensky a déclaré que l'arrêt de l'aide militaire serait un coup dévastateur, mais ne mettrait pas fin aux combats. "La contribution des États-Unis à la capacité défensive et à la sécurité de l'Ukraine représente actuellement environ 30 %", a-t-il déclaré lors d'une interview le mois dernier. "Vous pouvez imaginer ce qui nous arriverait sans ces 30 % cruciaux."
L'aide militaire américaine à l'Ukraine avait déjà été interrompue l'année dernière pendant plusieurs mois, lorsque M. Trump avait fait pression sur ses alliés républicains au Congrès pour qu'ils retiennent l'assistance. Le NYT rappelle que les effets s'étaient d'abord fait sentir lors des bombardements aériens nocturnes que la Russie dirigeait contre les infrastructures énergétiques à travers le pays. Sans les systèmes de défense aérienne américains, les équipes de défense ne pouvaient pas faire grand-chose contre les missiles sophistiqués russes qui détruisaient les centrales thermiques du pays.
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ILS ONT RENDU À L’AFRIQUE SA GRANDEUR
Réhabilitateurs de la véritable histoire de l’Afrique, les professeurs Barry et Bathily sont, de l’avis de Penda Mbow, les dignes continuateurs de l’œuvre de Cheikh Anta Diop, de Joseph Ki-Zerbo et de leurs pairs, qui en furent les pionniers.
Le département d'histoire de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) a récemment rendu un hommage mérité aux professeurs Abdoulaye Bathily et Boubacar Barry, deux historiens engagés qui ont contribué non seulement à former des générations d’historiens, mais aussi à exhumer la véritable histoire de l’Afrique, loin des conceptions impérialistes européennes qui ont longtemps été imposées aux Africains sur ce qu’ils sont et ce qu’ils ont été. Penda Mbow, historienne médiéviste, est un témoin privilégié du parcours de ces chercheurs aux patronymes assonants et rimant.
Ce n’est un secret pour personne : l’Occident a longtemps falsifié l’histoire de l’Afrique, sans laquelle celle de l’Occident n’existerait même pas, puisque, jusqu’à preuve du contraire, l’Afrique demeure le berceau de l’humanité et des vieilles civilisations, dont certains pans ont été appropriés par d’autres peuples du monde.
Il aura fallu qu’à une certaine époque, des Africains courageux et engagés s’investissent dans la recherche et déconstruisent ce tissu de mensonges (beaucoup trop répétés au point de sembler vrais) pour qu’on cesse de raconter l’histoire de la chasse uniquement du point de vue du chasseur. C’est à cette mission que se sont consacrés des géants comme Cheikh Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo et bien d’autres historiens. En réhabilitant l’histoire du continent, ils ont posé les jalons sur lesquels les générations suivantes ont pris dignement le relais. Boubacar Barry et Abdoulaye Bathily s’inscrivent dans cette lignée.
C’est en reconnaissance de leur immense contribution à une meilleure connaissance et compréhension de l’Afrique et des Africains que ces chercheurs ont reçu ces hommages, de leur vivant. Ce fut l’occasion de les mettre au-devant de la scène et de souligner combien leurs travaux ont permis à l’Afrique de se révéler à elle-même. Car il faut savoir qui l’on est pour ambitionner d’aller où l’on veut.
Lorsqu’on aspire à construire l’unité de la sous-région et du continent tout entier, étudier les travaux de Bathily et Barry est un impératif dont on ne peut se détourner. Ils ont notamment étudié les anciens royaumes et empires de l’Afrique de l’Ouest, comme le Ngabou, le Walo ou encore le Ouagadou (Sénégal), entre autres.
Dans cette entrevue exclusive, Penda Mbow, historienne elle-même, explique la pertinence de célébrer ces deux enseignants-chercheurs, cample le contexte dans lequel Bathily et Barry ont exercé leur sacerdoce et la manière dont ils ont restauré l’histoire de l’Afrique en lui rendant sa grandeur. Avec une précision chirurgicale, la cadete détaille en quoi chacun de ces deux scientifiques, qui sont ses devanciers, ont contribué à élever l’Afrique, à la suite de figures emblématiques comme Cheikh Anta Diop et Joseph Ki-Zerbo.
LA RACINE DU MAL
Après Babacar Ngom sur les terres de Ndingler, Tahirou Sarr est l'autre homme d'affaires sénégalais poursuivi par la clameur, pendant que les étrangers, eux, jouissent sans grand bruit de milliers d'hectares
Après Babacar Ngom sur les terres de Ndingler, Tahirou Sarr est l'autre homme d'affaires sénégalais poursuivi par la clameur, pendant que les étrangers, eux, jouissent sans grand bruit de milliers d'hectares.
L'affaire Tahirou Sarr a eu le mérite de remettre sur la table la lancinante question de la gestion du foncier au Sénégal. Placé sous mandat de dépôt, notamment pour escroquerie sur les deniers publics et blanchiment de capitaux, l'homme d'affaires réputé être proche de l'ancien régime aurait proposé au juge un cautionnement estimé à plusieurs dizaines de milliards, dont un titre de 8 000 ha, qui a suscité une vive controverse. Comment une seule personne peut bénéficier d'une superficie aussi importante ? Avant Tahirou Sarr, un autre homme d'affaires sénégalais, en l'occurrence le PDG de la Sedima, Babacar Ngom, avait lui aussi fait l'objet de vives critiques de la part des populations. Leur tort, souvent, c'est de bénéficier de quantités importances de terres, au moment où nombreux sont les Sénégalais qui peinent à disposer même d'un petit lopin à usage d'habitation. Mais pourquoi seuls les investisseurs nationaux sont-ils victimes de ces contestations ? Sont-ils les seuls à profiter de ces hectares de terres arables ? La loi interdit-elle d'attribuer autant d'hectares à une seule personne ? ‘’EnQuête’’ fait le point.
Il y a seulement quelques jours, le ministère de l'Agriculture, Dr Mabouba Diagne, publiait sur sa page Facebook un MOU signé avec la société italienne Boniface Ferraresi International. “Ce partenariat ambitieux s’inscrit dans la mise en œuvre du Plan Diomaye pour la Casamance, avec pour objectif de transformer la région de Sédhiou en un pôle agricole intégré. Sur plus de 10 000 ha, ce projet vise à développer l’agriculture, l’élevage et la pisciculture”, informent les services de Dr Mabouba Diagne.
Pour justifier la signature de cet accord, le ministère invoquait la “nécessité impérieuse” de réduire les 1 070 milliards F CFA dépensés chaque année par le Sénégal en importations de denrées alimentaires. Soulignant que l'investissement devait tourner autour de 134 millions d'euros, le ministre relevait que la collaboration devait commencer ”immédiatement”.
Avant les Italiens, d'autres investisseurs étrangers ont eu à bénéficier de l'octroi de milliers de terres dans la zone des terroirs. Mais à la différence des attributions faites en faveur des nationaux, cela passe très souvent comme lettre à la poste. C'est le cas des 20 000 ha attribués à la société Sen Huile Sen Ethanol devenue Les Fermes de la Teranga et qui est passée entre plusieurs mains avant d'atterrir dans celles du sulfureux homme d'affaires roumain Franck Timis, nous informait le journaliste Abdoulaye Cissé dans une enquête publiée en janvier 2021. Là également, on parlait d'un projet agricole, plus précisément de culture de luzerne destinée principalement à nourrir le bétail dans les marchés arabes. La liste des investisseurs ayant bénéficié de ces attributions est loin d'être exhaustive. Et c'est loin d'avoir commencé sous le régime du président Macky Sall ou de son prédécesseur Abdoulaye Wade.
D'ailleurs, à propos des 8 000 ha de Tahirou Sarr, il se dit qu'il les aurait acquis de l'écrivain et ancien ministre du Plan sous le régime socialiste Cheikh Hamidou Kane. Activiste proche des milieux de l'Alliance pour la République, Bah Diakhaté rapporte : “Il convient de préciser que ces terres ont été vendues publiquement par Cheikh Hamidou Kane, auteur de ‘L'aventure ambigüe’. Elles ont été achetées publiquement par Tahirou Sarr. Cela n'a donc pas été fait en cachette.”
Une longue tradition d'accaparement des terres
Dans un article publié au cœur de l'affaire Ndingler, feu Amadou Tidiane Wane, ancien conseiller du président Abdou Diouf en développement rural, par ailleurs ingénieur agronome, confiait à ‘’EnQuête’’ qu'il avait tellement souffert de ce problème, surtout dans le delta. L'État, selon lui, avait pris 25 000 ha en son temps pour les donner à des inspecteurs généraux, des gouverneurs, des hauts fonctionnaires, des ministres, des gens qui n’étaient même pas de la région. Quand il a été président du Comité après-barrage, il a demandé à l'autorité de tout récupérer et de les rendre aux populations. Car, soulignait-il, ces terres n’appartiennent même pas à l’État, mais aux communautés. “En Conseil des ministres, le président nous avait donné raison et toutes les terres ont été restituées à qui de droit”, informait l'ancien président du comité ayant en charge les 240 000 ha du delta du fleuve.
Pourtant, le génie sénégalais avait trouvé, selon lui, une solution “géniale” pour concilier modernité et tenure coutumière de la terre par les populations. Par la loi 64-46 du 17 juin 1964, le Sénégal prenait la décision historique d’inscrire sous le régime du domaine national plus de 95 % de ses terres. De son vivant, M. Wane, également ancien maire de Kanel, s'est toujours positionné en défenseur invétéré de cette loi cible de nombreuses agressions et menaces. Il a toujours insisté sur l'inaliénabilité des terres du domaine national. ‘’Comme on dit : les terres du domaine national sont imprescriptibles et inaliénables. Il est totalement impossible de prendre une délibération au profit d’un particulier, de la transformer en bail en vue de donner un titre définitif à ce même particulier. Sur les terres du domaine national, on ne peut disposer que de l’usufruit en vue de l’exploitation. Et il y a des conditions pour en être bénéficiaire. Il faut, d’abord, habiter dans la commune ; ensuite, il faut une mise en valeur des terres. Enfin, on ne peut en faire un titre foncier. C’est strictement interdit par la loi 64-46 sur le domaine national ainsi que le décret 78-12’’.
Trouver le juste milieu entre préserver les terres et le besoin d'exploitation
Cela dit, la loi n'interdit pas l'attribution des terres à des particuliers capables de les mettre en valeur. Ce qui est formellement interdit, c'est de céder ces terres à des gens qui vont en faire leurs titres privés. Dans la pratique, l'État foule aux pieds cette interdiction et procède de manière abusive à l'immatriculation des terres à son nom. C'est ainsi la porte ouverte pour procéder ensuite à des attributions à des particuliers, souvent au détriment des communautés. L’esprit du domaine national, aimait dire Amadou Tidiane Wane, est surtout de réserver ces terres au bénéfice exclusif des communautés.
L’État, soulignait-il, ne doit pouvoir les immatriculer à son nom que s’il justifie d’un intérêt public. ‘’Si l’Administration a immatriculé ces terres en vue de les donner à un quelconque particulier, elle a outrepassé la législation. L’État ne peut immatriculer les terres du domaine national que pour un projet d’intérêt public : une route, un hôpital, une école, quelque chose qui va appartenir à l’ensemble de la population. On ne peut immatriculer pour un intérêt privé’’, confiait-il à ‘’EnQuête’’.
À la question de savoir si un projet ayant des retombées économiques ne pourrait pas être considéré comme un projet d’intérêt général justifiant la soustraction des terres au domaine national ? Il répondait trois fois non, avant de donner quelques exemples qu'il avait eus à gérer quand il était aux affaires. La solution qui avait été trouvée à l'époque, c'était de donner l'usufruit à l'investisseur et de l'obliger à associer les communautés au projet.
Quid de la responsabilité des fonctionnaires impliqués dans le processus d'attribution ?
Si certains spécialistes comme feu Amadou Tidiane Wane sont catégoriques sur l'impossibilité pour l'État d'immatriculer les terres du domaine national pour ensuite les attribuer à des privés, dans la pratique, les exemples font florès. Au cœur de cette procédure d'attribution, il y a la Commission de contrôle des opérations domaniales (CCOD) qui est tenue de se prononcer sur l'opportunité, la régularité et les conditions financières de toute attribution, rappelait l'éminent spécialiste professeur Abdoulaye Dièye.
De l'avis de nombreux spécialistes, au cœur de la plupart des scandales fonciers, réels ou présumés, se trouve cette instance, où siègent un représentant du ministre des Finances qui préside la commission, le directeur de l'Enregistrement et des Domaines, le directeur des Affaires civiles et du Sceau pour le compte du ministère de la Justice, le directeur de l'Urbanisme et de l'Architecture, le DG de l'Anat, le directeur du Cadastre, le contrôle financier de l'État et la Dscos, entre autres. Après la validation de cette commission, le directeur des Domaines établit une attestation et le chef du bureau des Domaines se chargera des autres formalités qui seront approuvées par l'autorité administrative compétente.
Selon de nombreux observateurs, l'État ne saurait sanctionner Tahirou Sarr dans l'affaire le concernant sans sanctionner ceux qui ont été impliqués dans le processus d'attribution.
LE PÉRIL POPULISTE MONDIAL
Hamidou Anne livre une analyse des mécanismes qui érodent les démocraties, du Sahel aux capitales occidentales. Son plaidoyer pour un Sénégal ouvert sur le monde mais fidèle à ses valeurs résonne comme un rempart contre les tentations du repli
Invité de l'émission BL6 animée par Pape Alioune Sarr ce dimanche 2 mars 2025, l'essayiste et politologue Hamidou Anne a livré une analyse de la montée inquiétante du populisme à l'échelle mondiale. Une menace qu'il considère comme le fil conducteur reliant les diverses crises internationales actuelles.
"Le populisme est une méthode qui dit qu'il faut ériger un rapport direct avec le peuple, qu'il faut céder aux injonctions du peuple, qu'il faut défendre les intérêts du peuple et qu'il n'y a pas d'intermédiaire," a expliqué Anne. Selon lui, ce phénomène politique se caractérise essentiellement par "l'ignorance des corps intermédiaires" et le contournement des institutions démocratiques.
L'intellectuel sénégalais a disséqué les deux visages du populisme contemporain. D'un côté, "le populisme de gauche" qui, s'inspirant des travaux d'Antonio Gramsci et d'Ernesto Laclau, intègre "les dimensions féministes, écologiques, les luttes décoloniales" en créant "une chaîne d'équivalence" entre ces différentes causes. De l'autre, le "populisme de droite autoritaire" qui promeut "une conception ethnique de la nation", comme en témoignent les mouvements d'extrême droite en Europe.
Cette grille de lecture populiste, Anne l'applique directement à la situation en Afrique de l'Ouest, où quatre pays de la CEDEAO sont aujourd'hui dirigés par des juntes militaires. "Ce qui m'a choqué, c'est surtout la résurgence de ces coups d'État et les masses sortant inonder les rues pour les saluer," a-t-il déploré, identifiant dans ce phénomène une dangereuse "normalisation" de l'autoritarisme sous couvert de discours anti-élites et anti-occidentaux.
Face à ces dérives, Hamidou Anne défend une vision résolument internationaliste du Sénégal, "terre ouverte à tous les apports fécondants du monde". Une position qu'il oppose directement aux replis identitaires promus par les mouvements populistes. "Le Sénégal est aujourd'hui un pays qui a envoyé ses fils partout... la pire des choses, c'est de se fermer totalement sur soi-même," a-t-il affirmé avec conviction.
Le politologue établi également des parallèles saisissants entre ces dynamiques africaines et les bouleversements internationaux, de l'élection de Trump avec sa "diplomatie transactionnelle" aux reconfigurations des alliances en Ukraine et à Gaza. Pour lui, ces crises s'inscrivent dans un même mouvement de remise en question de l'ordre international libéral.
"La démocratie est comme une fleur qu'il faut arroser au quotidien pour maintenir sa vitalité et sa verdure," averti Anne, appelant à une vigilance constante face à la montée des discours populistes qui menacent les fondements mêmes de nos sociétés démocratiques.
LE PAYS MESURE SA DÉPENDANCE À L'ÉTRANGER
Trois mille dossiers d'état civil en suspens à Djinaky, des programmes de santé compromis, un ambitieux projet d'électrification menacé : le pays découvre brutalement les conséquences de la suspension de l'aide américaine
(SenePlus) - La récente suspension de l'aide américaine, décidée par le président Donald Trump, a brutalement interrompu de nombreux programmes de développement dans le pays, mettant en lumière la dépendance du pays à l'assistance étrangère. Cette situation survient alors même que le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko, prône un discours résolument souverainiste.
Le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret suspendant pour quatre-vingt-dix jours les programmes d'aide américains, notamment ceux de l'USAID. Comme le rapporte Afrique XXI, cette décision "radicale destinée à revoir les priorités de financement et à éliminer les dépenses jugées inefficaces" a créé "une onde de choc ressentie dans le monde entier, mettant à nu la dépendance de certains pays à l'aide étrangère."
En Casamance, région du sud du Sénégal longtemps marquée par un conflit qui a duré plus de quatre décennies, les conséquences sont particulièrement sévères. Le maire de Djinaky, Alphoussény Diémé, témoigne : "On ne s'y attendait pas... Ça nous est tombé dessus d'un coup." Dans sa commune, environ 3 000 dossiers d'état civil, principalement des demandes d'actes de naissance, sont désormais en attente. Ces documents concernent des personnes nées pendant le conflit, qui a débuté en 1982.
"Certains enfants sont très brillants à l'école, ils doivent passer leur certificat bientôt mais, sans acte de naissance, ils ne peuvent pas s'inscrire. C'est comme s'ils étaient apatrides," s'inquiète le maire, cité par Afrique XXI.
Le programme Aliwili, financé par l'USAID et mis en œuvre par plusieurs ONG en partenariat avec l'État sénégalais, jouait un rôle crucial dans le processus de paix en Casamance. Avec un budget total de 16 milliards de francs CFA (25 millions d'euros), il couvrait non seulement les questions d'état civil, mais aussi "la réinstallation des populations déplacées à travers la construction de centaines de logements, la réinsertion des anciens combattants et de leurs familles, et la réhabilitation de certaines infrastructures."
Henri Ndecky, responsable de la Coordination des organisations de la société civile pour la paix en Casamance (COSCPAC), explique dans Afrique XXI que "ce projet était la concrétisation du processus de paix entre l'État du Sénégal et la faction Jakaay du MFDC." L'accord de 2023 prévoyait que l'État s'engage en faveur de la réinsertion des combattants et du développement de la région, en échange du dépôt des armes.
"L'aide américaine avait rassuré sur la capacité de l'État à tenir ses engagements," précise Henri Ndecky. La suspension de cette aide soulève donc des inquiétudes quant à la pérennité du processus de paix, bien que Lamine Coly, coordinateur de l'Initiative pour la réunification des ailes politiques et armées du MFDC, exclue une remise en cause du processus.
Au-delà de la Casamance, c'est tout le Sénégal qui subit les conséquences de la suspension de l'aide américaine. Selon Afrique XXI, "des programmes de développement sont désormais à l'arrêt ou tournent au ralenti" dans l'ensemble du pays.
"En matière de santé publique, de nombreux centres de santé communautaires dépendant des subventions pour l'achat de médicaments et le recrutement de personnel peinent à maintenir leurs services," rapporte le magazine. Des programmes dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture et de la bonne gouvernance sont également touchés.
L'ampleur de la dépendance du Sénégal à l'aide américaine est considérable : "sur les cinq dernières années, le Sénégal a reçu en moyenne 120 millions de dollars (114 millions d'euros) par an de l'USAID," sans compter les programmes financés par d'autres agences américaines. Le programme Senegal Compact Power, qui vise à améliorer l'accès à l'électricité pour près de 13 millions de personnes, représente à lui seul un investissement de 600 millions de dollars, dont 550 millions proviennent des États-Unis.
Face à cette situation, le Premier ministre Ousmane Sonko a réaffirmé sa vision souverainiste : "Doit-on continuer à dépendre de l'aide étrangère ? [...] Nous devons travailler dur à la mise en œuvre de nos programmes. Si nous faisons cela, nous serons cités, dans les années à venir, parmi les pays les mieux gérés."
Cette position n'est pas nouvelle. Comme le rappelle Afrique XXI, "depuis son entrée en politique, en 2014, et la création de son parti Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef), Ousmane Sonko défend un programme de rupture, fondé sur une réappropriation de la souveraineté politique, économique et monétaire du Sénégal."
El Hadj Abdoulaye Seck, économiste au Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp), un mouvement proche de Pastef, va plus loin : "C'est tout un modèle de développement qu'il faut revoir. Depuis l'indépendance, nos dirigeants ont cédé à la facilité de l'aide."
L'économiste rappelle que cette dépendance a un coût : "Non seulement ces prêts pèsent sur la dette, mais, de plus, ils sont assortis de conditions, tout comme les dons : des critères de gouvernance ou des réformes économiques qui ne sont pas adaptés à nos réalités et poussent les pays à renoncer à leur souveraineté."
Le programme Senegal Compact Power illustre cette problématique, puisqu'il prévoit une "restructuration" de la Sénélec, la société nationale d'électricité, et une "participation accrue du secteur privé" dans ce domaine stratégique.
Pour réduire cette dépendance, le gouvernement mise sur son Plan Vision 2050, "une feuille de route ambitieuse visant à renforcer l'autonomie économique du pays et à tripler le revenu par habitant d'ici à 2050." Le financement de ce plan repose sur plusieurs leviers : la croissance économique stimulée par l'exploitation des ressources pétrolières et gazières, une meilleure mobilisation des ressources fiscales, et la contribution de la diaspora.
Babacar Ndiaye, directeur de la Recherche et des publications du think tank sénégalais Wathi, analyse : "On peut considérer la suspension de l'aide états-unienne comme une chance pour le Sénégal si on suit la logique du nouveau gouvernement, car elle incite à mettre en pratique cette notion de souverainisme."
Cependant, Fadel Barro, cofondateur du mouvement citoyen Y en a marre, appelle à la prudence : "La question immédiate n'est pas de savoir s'il faut se passer ou non de l'aide, car il y a des gens qui se soignent et qui mangent grâce à l'aide." Pour lui, le Sénégal doit d'abord se concentrer sur des réformes internes pour construire un "État au service de la population."
Sa conclusion résume parfaitement le dilemme auquel fait face le pays : "Nous n'avons pas identifié quels sont nos besoins. Aujourd'hui, ce sont les bailleurs de fonds qui décident des priorités à la place des Africains et c'est leur liberté. Mais, nous, qu'est-ce qu'on fait ?"