SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
4 avril 2025
Société
DAKAR, LABORATOIRE SPORTIF À CIEL OUVERT
De l'aquagym sur les plages aux entraînements de lutte à la tombée du jour, la capitale vibre au rythme du sport populaire malgré l'urbanisation croissante. Un phénomène qui s'amplifie à l'approche des JOJ 2026
(SenePlus) - À l'approche des Jeux olympiques de la jeunesse de 2026, la première compétition olympique jamais organisée sur le continent africain, Dakar confirme sa position de métropole sportive majeure en Afrique. Selon un reportage de Jeune Afrique, la capitale sénégalaise voit ses pratiques sportives se diversifier et conquérir un public toujours plus large, malgré les défis de l'urbanisation galopante.
Dans les premières heures de la journée, la plage de Ngor s'anime déjà d'une activité intense. Comme le rapporte JA, des centaines de Dakarois s'y retrouvent pour des séances d'aquagym et d'exercices physiques. Ndiambé Samb, ancien militaire et pionnier de l'aquagym dans la capitale, explique comment cette pratique s'est développée : "Lorsque j'ai ouvert l'école, il y a quinze ans, nous n'étions qu'une poignée. Aujourd'hui, nous avons entre 250 et 300 participants par jour, et deux autres clubs ont ouvert depuis."
Le succès de ces initiatives repose en grande partie sur leur accessibilité économique. Le magazine précise que les cours sont proposés à un tarif modique de "300 F CFA (0,46 euros) la séance, 10 000 F CFA l'abonnement mensuel, gratuité pour tous ceux qui ne peuvent pas payer." Cette politique tarifaire inclusive permet à une large population d'accéder à ces activités, transformant le sport en véritable pratique sociale.
L'une des caractéristiques remarquables de la culture sportive dakaroise est sa capacité à transformer chaque recoin de la ville en espace d'entraînement. Jeune Afrique observe que "les Dakarois savent investir tous les espaces de la ville. Un bout de terrain vague devient un stade de foot ; les marches du Monument de la renaissance africaine, un moyen de faire du cardio."
À la plage de la Mosquée-de-la-Divinité, dans le quartier de Ouakam, les séances collectives attirent chaque soir de nombreux jeunes. Moussa Diop, un habitué, témoigne de l'attrait de ces pratiques informelles : "C'est à côté de chez moi et c'est gratuit. On peut profiter de l'expérience des lutteurs, mais on peut arrêter l'entraînement dès qu'on le souhaite. Pas de pression !"
Cette appropriation de l'espace public par le sport s'observe partout dans la capitale. Le magazine note qu'"à la fin de la journée, la ville tout entière semble convertie en terrain de sport, ouvert aussi bien aux hommes qu'aux femmes, de plus en plus nombreuses dans l'espace public, en dépit de la privatisation accrue de ce dernier."
Au-delà des pratiques quotidiennes, Dakar s'est imposée comme un lieu d'accueil pour des compétitions internationales majeures. En 2019, la ville "a abrité pour la première fois une étape du championnat mondial de surf, le World Surf League Championship Tour." Le marathon Eiffage attire chaque année près de 10 000 participants, tandis que la traversée Dakar-Gorée représente un événement incontournable pour les nageurs.
L'attribution des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) qui se tiendront du 31 octobre au 13 novembre 2026 marque une reconnaissance internationale de cette dynamique sportive. Ibrahima Wade, coordonnateur général de Dakar 2026, souligne que "ces infrastructures seront d'une grande utilité pour la jeunesse dakaroise et les sportifs sénégalais. Nous avons saisi l'opportunité des JOJ pour améliorer ces équipements, mais aussi d'autres infrastructures de proximité dans les villes hôtes."
La préparation des JOJ 2026 s'accompagne d'importants travaux d'infrastructure. Le reportage de Jeune Afrique mentionne la rénovation de la piscine olympique de Dakar et du stade Iba-Mar-Diop, complétant les infrastructures récentes comme "l'arène nationale de lutte à Pikine, le Palais des sports Dakar-Arena et le stade olympique Abdoulaye-Wade à Diamniadio, ainsi que le skate-park de Grand Yoff."
Cependant, les autorités municipales expriment certaines réserves quant à l'héritage olympique. Pathé Ba, deuxième adjoint à la mairie de Dakar chargé des infrastructures, regrette que "les propositions de la municipalité, par exemple un aménagement urbain sur le boulevard de la Gueule-Tapée, n'aient pas été retenues." Il déplore un manque de coordination : "Nous aurions voulu arrimer notre politique sportive à celle du Comité, pour permettre à Dakar d'avoir une part d'héritage dans les JOJ, mais nous avons constaté un blocage."
Malgré ces désaccords, la municipalité poursuit ses propres projets d'aménagement urbain favorisant la pratique sportive : un parcours sportif sur la corniche Ouest, des pistes cyclables sur plusieurs kilomètres, et la construction de 19 terrains de football synthétiques "aux normes Fifa" dans les différentes communes de la ville. Un accent particulier est mis sur la promotion de la lutte traditionnelle en milieu urbain, pour que cette pratique culturelle emblématique puisse s'épanouir dans la capitale.
À travers ces multiples initiatives, tant populaires qu'institutionnelles, Dakar s'affirme comme une véritable capitale africaine du sport, où la pratique sportive s'inscrit profondément dans le quotidien des habitants et dans l'aménagement de la ville. Les JOJ 2026 représentent une opportunité historique de consolider cette position et de laisser un héritage durable pour les générations futures de sportifs sénégalais.
DEMBA BA, UN HOMME DE CONVICTION CONTRE LE RACISME DANS LE FOOTBALL
Seul directeur sportif noir en Ligue 1 et Ligue 2, l'ancien international des Lions de la Téranga évoque les obstacles rencontrés et sa détermination à être jugé sur ses compétences plutôt que sur sa couleur de peau
(SenePlus) - Dans une interview accordée au Parisien, Demba Ba, actuel directeur du football de l'US Dunkerque, s'est exprimé sur sa lutte contre le racisme dans le football, tout en évoquant ses convictions profondes et ses valeurs. L'ancien attaquant de Chelsea, qui affronte le PSG ce mardi en demi-finale de la Coupe de France, a partagé sa vision sur ce fléau qui touche encore le monde du football.
Demba Ba a été au cœur d'un événement historique en décembre 2020, lorsqu'il a incité les joueurs à quitter le terrain lors d'un match de Ligue des Champions entre Istanbul Basaksehir et le PSG, après que le quatrième arbitre roumain ait tenu des propos considérés comme racistes envers Pierre Webo. « C'était la première fois qu'on arrêtait un match pour des propos racistes et discriminatoires », rappelle-t-il dans l'interview, tout en regrettant que « malheureusement, cinq ans après, les choses n'ont pas bougé ».
Interrogé sur la décision de l'UEFA qui avait estimé que l'incident n'avait pas de caractère raciste, Demba Ba souligne un paradoxe : « Le quatrième arbitre n'a pas fait de bêtise mais il a été suspendu six mois... C'est paradoxal quand même ! » Pour lui, le combat contre la discrimination doit être celui de tous : « Je n'ai pas décidé d'être noir ou sénégalais. Quand on nous attaque, on est obligé de réagir. »
Le directeur sportif de 39 ans, né à Sèvres, préconise l'éducation comme remède principal contre le racisme : « L'éducation ! J'ai espoir de voir les choses changer un jour même si je ne vois pas comment le racisme pourrait disparaître complètement. Mais au moins diminuer. » Il précise que cette éducation doit commencer dès le plus jeune âge, impliquant à la fois les parents, le monde du sport et l'Éducation nationale.
Polyglotte parlant cinq langues et père de quatre enfants, Demba Ba insiste sur l'importance des valeurs transmises : « C'est à ce moment qu'on crée des croyances dont celles qu'il n'y a pas de race supérieure. [...] Le plus important, c'est ce que tu as au fond de ton cœur. »
Seul directeur sportif noir en Ligue 1 et Ligue 2, Demba Ba évoque les difficultés de représentation des personnes racisées aux postes de direction dans le football français. « Avant de venir à Dunkerque, un club hésitait entre deux directeurs sportifs et être noir n'a pas joué en ma faveur », confie-t-il, ajoutant avec détermination : « Si je dois être trois fois meilleur, je le serai. Je m'efforce d'être compétent tous les jours pour ne pas qu'on me ramène au fait que je suis noir. »
Concernant ses propres choix de recrutement, il affirme ne pas pratiquer de discrimination positive : « Je ne vais pas choisir quelqu'un en fonction de ses origines ou sa couleur de peau. Peu importe qui tu es. Si tu es bon et que je vois que tu es bon, on avance. »
Questionné sur les incidents racistes visant Vinicius Jr du Real Madrid, Demba Ba appelle à faire preuve d'empathie : « Il faut se mettre à la place du joueur pour savoir ce qu'il vit, comment il intériorise, il interprète. » Il ajoute : « Même si un joueur a un mauvais comportement sur un terrain de foot, tu ne peux pas te venger en tenant des propos racistes. »
Quant aux campagnes de sensibilisation comme celle menée récemment par la LFP, il reste convaincu que seule l'éducation pourra résoudre le problème à la racine : « Cela fait combien de temps qu'il existe des campagnes ? Le problème de fond reste l'éducation. Comment je vais éduquer un gamin et lui montrer qu'il n'y a pas de différence entre le blanc, le noir, le jaune, le marron... »
Musulman pratiquant, Demba Ba s'est également exprimé sur la récente polémique concernant l'interdiction du port du voile dans le sport. Il prône avant tout le dialogue et la tolérance : « Allons les uns vers les autres et asseyons-nous autour d'une table, communiquons et apprenons à nous connaître. »
S'appuyant sur sa propre expérience internationale, ayant joué dans sept pays différents, il témoigne : « J'ai réussi à me connecter avec les autres sans changer qui je suis. Donc, ça veut dire qu'il y a possibilité de le faire. »
THIÈS, BABACAR DIOP MENACE D’INTERDIRE LA CIRCULATION DES TRAINS MINIERS
Cette déclaration intervient après un accident tragique survenu vendredi dernier, au cours duquel un train a mortellement percuté un enfant à Kawsara, un quartier périphérique de la ville.
Le maire de Thiès, Babacar Diop, envisage de prendre un arrêté interdisant la circulation des trains miniers dans la ville, si les entreprises qui les affrètent ne respectent pas “le minimum de normes de sécurité” dans les quartiers qu’ils traversent.
Cette déclaration intervient après un accident tragique survenu vendredi dernier, au cours duquel un train a mortellement percuté un enfant à Kawsara, un quartier périphérique de Thiès. Pour l’édile, cette situation est “inacceptable”, d’autant plus que ces sociétés exploitent le sous-sol de la région, génèrent de la pollution et n’apportent “aucune utilité” directe à la ville.
“Si le minimum de normes de sécurité n’est pas pris, je n’exclus pas de prendre un arrêté d’interdiction de circulation de ces trains dans la ville”, a insisté Babacar Diop. “Si ces entreprises veulent continuer leurs activités et traverser cette ville, elles doivent impérativement garantir la sécurité des populations”, a-t-il ajouté.
Le maire de Thiès a fait cette annonce à la suite du sermon de l’imam Tafsir Babacar Ndiour, lors de la prière de l’Aïd-el-Fitr à la grande mosquée de Moussanté, où le sujet de l’insécurité dans la ville a été évoqué.
Babacar Diop affirme travailler avec son conseil juridique et ses avocats pour engager des poursuites contre ces entreprises minières. Parmi elles figurent les Industries chimiques du Sénégal (ICS) et Eramet (ex-GCO), qui transportent leur production via des trains traversant Thiès pour rejoindre le port de Dakar.
“Ces entreprises ont des droits, mais elles ont aussi des obligations en matière de sécurité, de sûreté et de contribution au développement de nos localités”, rappelle le maire. Face à cette situation, l’édile promet des mesures fermes : “Dans les prochains jours, des actions concrètes seront posées vis-à-vis de ces sociétés.”
LE DIRECTEUR DU CESTI DÉNONCE DES DÉRIVES INQUIÉTANTES
Mamadou Ndiaye dénonce des tentatives d'intimidation venant du ministère de l'Enseignement supérieur après ses critiques sur la communication institutionnelle. Une affaire qui interroge les limites de la liberté d'expression dans le milieu universitaire
(SenePlus) - D'après une interview publiée le 1er avril 2025 dans le journal L'Observateur, Mamadou Ndiaye, Directeur du Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI) de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, s'inquiète de la détérioration de la communication institutionnelle au Sénégal.
Cette interview fait suite à un message publié la veille sur Facebook par l'intéressé dans lequel il dénonçait déjà des pressions exercées à son encontre. Dans ce post intitulé "De la liberté d'expression au Senegal : MESRI, je n'ai pas peur !", il révélait avoir été contacté de manière discourtoise par des proches du ministre de l'Enseignement supérieur et un membre de son cabinet suite à ses critiques sur la communication institutionnelle.
"Un monsieur manifestement inculte m'a appelé un jour de korité pour me reprocher de faire le marketing du CESTI et de critiquer mon ministère de tutelle publiquement", écrivait-il, tout en défendant sa légitimité en tant que "professeur assimilé en Sciences de l'information et de la communication" à pointer des pratiques s'apparentant selon lui à de la "propagande politique".
Face à ces pressions, le directeur du CESTI concluait fermement son message : "Vos menaces ne m'ébranlent pas. C'est peine perdue."
Dans son entretien à L'Observateur, M. Ndiaye développe ces accusations, dénonçant ce qu'il considère comme des pratiques proches de la "propagande politique" de la part de certains éléments du MESRI (Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation).
"Si ce sont des éléments du Mesri qui se comportent ainsi, la liberté d'expression est menacée", déclare-t-il en titre, pointant du doigt les problèmes qui gangrènent la communication institutionnelle au Sénégal.
Mamadou Ndiaye critique notamment l'instrumentalisation politique des institutions, citant des exemples concrets : "On voit régulièrement des ministres s'exprimer sur des réseaux sociaux, pas des questions techniques ou scientifiques d'innovation et de leur département, mais pour critiquer l'opposition politique."
Interrogé sur d'éventuelles solutions, le directeur du CESTI propose la formation comme remède principal : "Le Cesti, conscient de sa mission d'excellence par l'UNESCO, propose une formation pratique aux métiers de la communication avec des Certificats pratiques en communication, y compris la production audiovisuelle."
L'universitaire conclut en rappelant que si la liberté d'expression est effectivement menacée dans l'espace public sénégalais, le combat n'est pas perdu, particulièrement dans le domaine scientifique et académique.
COMMENT LE CALENDRIER A CRÉÉ LE POISSON D'AVRIL
Entre un prince évadé à la nage, une symbolique chrétienne ou une référence aux pêcheurs bredouilles, plusieurs théories tentent d'expliquer l'emblème de nos plaisanteries printanières
(SenePlus) - Un calendrier modifié, des faux cadeaux et un poisson mystérieux. Tels sont les ingrédients qui composent l'une des traditions les plus populaires en France : le poisson d'avril. Selon Le Monde, cette coutume de faire des plaisanteries le premier jour d'avril trouverait son origine dans un changement majeur de calendrier survenu au XVIe siècle.
Jusqu'en 1564, l'année débutait officiellement le 25 mars en France, date correspondant à l'Annonciation chrétienne. Mais cette année-là, le roi Charles IX, par l'édit de Roussillon, décida de faire commencer l'année au 1er janvier, suivant une logique déjà adoptée par Charles Quint et qui sera "généralisée dans le reste du monde chrétien par le pape Grégoire XV en 1622", rapporte Le Monde.
Ce changement bouleversa une tradition bien ancrée : celle de s'offrir des présents pour célébrer le nouvel an, entre le 25 mars et le 1er avril. Plutôt que d'abandonner cette coutume, les Français la maintinrent "pour rire", transformant progressivement ces échanges en "faux présents, puis des canulars et des blagues pour marquer ce 'faux' nouvel an".
Quant à l'association avec le poisson, son origine reste plus incertaine. Le Monde évoque plusieurs hypothèses répertoriées par le grammairien Pierre-Marie Quitard dans son "Dictionnaire des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française" de 1842.
Une première piste renvoie à un prince de Lorraine qui se serait échappé de sa prison en traversant la Meurthe à la nage un 1er avril. Une autre fait référence au début de la saison de pêche en avril, période où les poissons étaient "peu nombreux et difficiles à attraper". Le "poisson d'avril" symboliserait ainsi "la coutume d'attraper des gens simples et crédules en leur offrant un appât qui leur échappe comme le poisson, en avril, échappe aux pêcheurs".
Une dernière hypothèse, attribuée au grammairien Fleury de Bellingen, établit un lien avec la passion du Christ, renvoyé "d'Anne à Caïphe, de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate". Les représentations médiévales auraient remplacé Jésus par un poisson, symbole des premiers chrétiens, pour éviter tout blasphème.
Tradition principalement française, le poisson d'avril existe également à l'étranger, notamment dans les pays anglo-saxons où il est appelé "april fool's day" (jour des fous d'avril), en référence à la fête médiévale des fous qui se déroulait fin mars.
AU MALI, UN PASSEPORT SOUVERAINISTE... MADE IN FRANCE
Les documents censés marquer l'indépendance du Mali face à l'ancienne puissance coloniale sont produits par Idemia, une entreprise parisienne avec laquelle les autorités de Bamako nourrissent des contentieux
(SenePlus) - C'est bien une société française qui fabrique les nouveaux passeports "souverainistes" de l'Alliance des États du Sahel (AES). Selon Jeune Afrique, malgré les tensions diplomatiques entre Paris et Bamako, Idemia, entreprise française, continue de produire "12.000 à 16.000 pièces mensuelles" de ces documents censés symboliser l'émancipation vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale.
L'ironie est d'autant plus frappante que cette collaboration perdure en dépit de multiples contentieux. Le magazine panafricain rappelle qu'en juin 2022, la justice malienne avait convoqué Jean-Yves Le Drian, ancien ministre français des Affaires étrangères, pour "atteinte aux biens publics" concernant l'attribution du marché à Idemia (alors Oberthur) en 2015.
Plus récemment encore, les autorités maliennes accusaient cette même société d'avoir "pris en otage" le fichier biométrique des citoyens maliens, avant d'affirmer avoir récupéré ces données grâce à de jeunes hackers. Pourtant, comme le révèle JA, le contrat avec Idemia "n'ayant pas été dénoncé, sa validité est maintenue jusqu'à son échéance prévue fin 2025."
Lancés "en grande pompe" le 29 janvier dernier, ces passeports ne permettent toujours pas de voyager dans l'espace Schengen. D'après les informations recueillies par Jeune Afrique, ce blocage est dû au retard des autorités maliennes dans la transmission des exemplaires témoins aux chancelleries. Les spécimens n'ont été remis aux missions diplomatiques que le 10 mars.
La validation par les autorités françaises devrait être finalisée mi-avril pour le Mali, tandis que "le Niger et le Burkina Faso, les démarches n'ont pas encore été enclenchées par leur gouvernement respectif."
Pendant ce temps, les relations diplomatiques entre Paris et Bamako restent "glaciales". L'ambassade française fonctionne en "mode dégradé" depuis l'expulsion de son ambassadeur en 2022, et l'attribution de visas aux Maliens a drastiquement chuté.
LE DRAME DU CIMETIÈRE BÉTOIRE
À la merci des vagues de l’océan qui bouillonnent d’écumes, ce cimetière centenaire sur la corniche ouest, patrimoine classé, sombre dans le dédale de l’oubli et du délabrement
Ouvert dans le dernier quart du 20e siècle et fermé en 1973, le cimetière « Bétoire » (Abattoirs) de Dakar est ce sanctuaire où reposent l’histoire et la mémoire du Sénégal. À la merci des vagues de l’océan qui bouillonnent d’écumes, ce cimetière centenaire sur la corniche ouest, patrimoine classé, sombre dans le dédale de l’oubli et du délabrement.
Appelé cimetière musulman de Dakar, de la Gueule-Tapée ou cimetière des « Abattoirs » municipaux, ce lieu est là où repose la mémoire du Sénégal.
Le cimetière « Bétoire », perché sur la corniche de Soumbédioune, face à l’immensité de l’Atlantique, est un lieu où le silence s’impose avec la majesté d’un testament du temps. Là, les vagues murmurent des secrets anciens, et les pierres tombales, tapies dans l’ombre de la mer, semblent raconter des histoires oubliées, des vies effacées par le flot du quotidien, mais qui n’ont jamais cessé de hanter ce rivage suspendu entre l’éternité et l’instant. Ici, on n’entend que le murmure du silence mêlé du couinement des passereaux et le ressac des vagues.
Histoire, mémoire…
« Bétoire », ce nom qui évoque un réservoir ou un lieu d’accumulation, est le reflet d’un autre temps. Ce cimetière est une sorte de pont suspendu entre le monde des vivants et celui des disparus, un lieu où la mémoire se cristallise et les âmes, bercées par le souffle salé de l’océan, semblent flotter éternellement, à mi-chemin entre les vagues et les étoiles. Né au crépuscule du XXe siècle, sous le regard implacable du colonialisme, il se dresse, au fil des ans, tel un témoin solitaire de l’histoire de Dakar. Autour de lui, les bruits de la ville se mêlent aux brises marines, mais rien ne trouble ici la paix immobile des défunts. L’odeur du sel et de l’embrun se mêle à celle de la terre et de la pierre, comme si le cimetière absorbait lentement l’écho des vies qui l’ont peuplé.
En parcourant les allées du cimetière « Bétoire », on se trouve face à un monde disparate, mais étrangement harmonieux, où se croisent les croyances, les espoirs et les rites des habitants de cette capitale cosmopolite qu’est Dakar. Les tombes musulmanes, de toutes obédiences confrériques et traditionnelles, comme des fragments de cultures, se serrent les unes contre les autres. Les stèles de pierre, modestes ou ornementées, déploient leurs symboles, des versets coraniques gravés dans la pierre, formant une mosaïque presque irréelle, où l’on perçoit à la fois la beauté de la diversité et la fragilité de la vie humaine.
Le sable sous les pieds est une mer en miniature, mouvante et insaisissable, qui recouvre les traces du temps, tout en conservant intacte la mémoire des morts. Ceux qui ont fait le Sénégal dorment dans cette nécropole. À l’entrée, se dresse un mausolée auréolé par des arabesques, du fer forgé peint en vert que la brise a terni, une porte cadenassée. C’est ici que repose le premier Président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Me Lamine Gueye, rappelé à Dieu en 1968. Il n’est pas le seul dignitaire de cette époque inhumé dans ce cimetière, on trouve aussi, entre autres, les sépultures de l’érudit de la confrérie khadriya Cherif Tourrad surnommé « la bénédiction de Dakar », de Thierno Mountaga Daha Tall exhumé quelques temps après pour être inhumé à Louga, de docteur Abass Ndao, de Djaraf Falla Paye et Pédre Diop. Entre les couloirs du cimetière, on peut lire sur les épitaphes des tombeaux d’hommes célèbres comme Omar Blondin Diop, Moustapha Lô, Abdoulaye Sadji, ceux-là que l’oubli ne peut enterrer. C’est dans ce cimetière aussi que reposent 201 soldats de la Guerre d’Algérie. Blaise Diagne, ancien maire de Dakar et Sous-secrétaire d’État aux Colonies dans le gouvernement français y est également inhumé. Sa tombe, séparée par un mur des autres sépultures, se trouve à côté de l’entrée du cimetière. Tandis que sa mère Gnagna Preira est enterrée dans le cimetière…
La mer, horizon infini qui « mange » le cimetière
La dernière personne à être inhumée à « Bétoire » est un inconnu, qui tentait de rejoindre l’Europe par émigration clandestine, il y a quelques années. Son corps a été retrouvé sur les larges de la plage. Ce lieu, suspendu entre l’histoire et l’éternité, reste un sanctuaire de paix, une mémoire vivante qui invite à une méditation silencieuse sur le sens de notre passage sur cette terre. Les grands oiseaux qui surplombent le cimetière semblent être les seuls témoins des lieux. Leurs ailes étendues comme des ombres flottantes, perchés sur les arbres dénudés, leurs plumes sombres semblent absorber la lumière. Leur présence est à la fois menaçante et solennelle, comme si ces créatures étaient les gardiennes d’un royaume où le temps ne se mesure plus.
Le cimetière des abattoirs municipaux est un lieu où la terre semble se fondre dans la mer. La brise qui s’élève de l’océan effleure les tombes comme une caresse, apportant avec elle le souvenir des âmes disparues, mais aussi des promesses d’un ailleurs, d’une éternité au-delà des frontières visibles. L’horizon, vaste et démesuré, se perd dans les brumes maritimes, comme une invitation à se perdre soi-même dans la contemplation de l’infini. Les vagues, qui se brisent contre les falaises de Soumbédioune, viennent effacer les frontières entre le vivant et le mort, entre ce qui a été et ce qui demeure.
Un sanctuaire menacé d’oubli et de ruine
Dans ce lieu d’oubli et de mémoire, les défunts ne sont jamais tout à fait partis. Ils flottent dans la mer, dans le sable. Cependant, ce patrimoine classé cède sous le poids de l’avancée de la mer. Les tombes les plus proches de l’onde sont engloutis. Leurs contours se confondent avec le fracas des vagues. Certaines se sont affaissées, d’autres se sont effondrées sous l’assaut constant des marées. Les pierres brisées, les stèles inclinées comme des spectres fatigués, paraissent prêtes à se dissoudre dans l’écume. Des fragments d’ossements émergent des sables mouvants comme des reliques oubliées.
À travers les décennies, « Bétoire » a vu passer l’histoire de Dakar, de l’époque coloniale à l’indépendance, des luttes sociales aux moments de réconciliation. Le cimetière a accueilli les corps de ceux qui ont marqué la ville, des travailleurs, des artistes, des intellectuels, des soldats et des simples citoyens. Pourtant, malgré son ancienneté et la profondeur de ses racines, « Bétoire » est menacé. L’urbanisation galopante de la ville de Dakar, le béton qui envahit progressivement les bords de la mer, met en péril ce sanctuaire de mémoire. Mais rien, ni le vent, ni l’océan, ni la progression du monde, ne pourra effacer la profonde empreinte que « Bétoire » a laissée sur Dakar. Le cimetière « Bétoire », avec ses tombes émouvantes, est un lieu paradoxal, à la fois terriblement vivant et d’une silencieuse immensité. Toujours ouvert aux visiteurs, il est un livre dont chaque page est écrite par le vent, un espace où le temps semble s’effacer, où le passé se fond dans le présent et où la mer, éternelle et vaste, est l’écho de l’histoire de Dakar.
TRUMP OUVRE LES PORTES AUX RÉFUGIÉS BLANCS AFRIKANERS
Donald Trump, qui a drastiquement réduit l'accueil de réfugiés aux États-Unis, crée une exception pour les fermiers blancs sud-africains. Une enquête du New York Times révèle les coulisses de cette "Mission Afrique du Sud"
(SenePlus) - Le président américain Donald Trump, qui a drastiquement réduit l'accueil de réfugiés depuis son arrivée au pouvoir, fait une exception notable pour les fermiers blancs d'Afrique du Sud, révèle une enquête du New York Times.
Selon des documents obtenus par le quotidien américain, l'administration Trump a lancé un programme baptisé "Mission Afrique du Sud" spécifiquement conçu pour faciliter l'accueil des Afrikaners blancs aux États-Unis. Le contraste est saisissant avec la politique générale d'immigration de la Maison Blanche, qui a "effectivement interdit l'entrée d'autres réfugiés — dont environ 20 000 personnes de pays comme l'Afghanistan, le Congo et la Syrie qui étaient prêtes à voyager aux États-Unis avant que M. Trump ne prenne ses fonctions", rapporte le quotidien américain.
"Phase Un" du programme est déjà en cours d'exécution : "Les États-Unis ont déployé plusieurs équipes pour convertir des espaces de bureaux commerciaux à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud, en centres de réfugiés ad hoc", indiquent les documents. Ces équipes examinent "plus de 8 200 demandes exprimant un intérêt pour la réinstallation aux États-Unis et ont déjà identifié 100 Afrikaners qui pourraient être approuvés pour le statut de réfugié", avec une attention particulière portée aux "fermiers blancs afrikaners".
Cette politique suscite de vives critiques. "Il n'y a pas de sous-texte et rien de subtil dans la façon dont la politique d'immigration et de réfugiés de cette administration a des connotations raciales et racistes évidentes", déclare Vanessa Cárdenas, directrice exécutive d'America's Voice, citée par le NYT. "Alors qu'ils cherchent à réserver un traitement spécial aux Afrikaners, ils veulent simultanément nous faire croire que les nouveaux arrivants principalement noirs et bruns sont dangereux malgré leurs vérifications d'antécédents et toutes les preuves du contraire."
L'initiative américaine s'inscrit dans un débat tendu en Afrique du Sud, où "certains membres de la minorité blanche afrikaner ont lancé une campagne suggérant qu'ils sont les véritables victimes dans l'Afrique du Sud post-apartheid", explique le journal. Une affirmation contestée par les statistiques officielles : "Il y a eu des meurtres de fermiers blancs, au centre des griefs afrikaners, mais les statistiques policières montrent qu'ils ne sont pas plus vulnérables aux crimes violents que d'autres dans le pays."
Le Département d'État américain a justifié sa démarche en affirmant qu'il se concentrait sur la réinstallation des Afrikaners qui ont été "victimes de discrimination raciale injuste". L'agence a confirmé avoir commencé à interviewer des candidats et précisé qu'ils devront passer "des vérifications d'antécédents et de sécurité rigoureuses".
Pourtant, cette décision de mobiliser des ressources pour les Afrikaners qui entament à peine le processus de demande d'asile, tout en bloquant les demandes des réfugiés d'autres pays déjà approuvés, "risque de bouleverser un programme américain de réfugiés qui a été le fondement du rôle des États-Unis pour les personnes vulnérables", selon des responsables de la réinstallation cités par le New York Times.
"Le gouvernement a clairement la capacité de traiter les demandes quand il le veut", a déclaré Melissa Keaney, avocate principale pour le Projet d'assistance internationale aux réfugiés, représentant des plaignants qui tentent de relancer le traitement des demandes d'asile.
Les préoccupations de Trump concernant les Afrikaners ne sont pas nouvelles. Comme le rappelle le New York Times, il a "accusé le gouvernement sud-africain de confisquer les terres des Afrikaners blancs, soutenant une théorie du complot de longue date sur les mauvais traitements infligés aux Sud-Africains blancs à l'ère post-apartheid." Elon Musk, né en Afrique du Sud mais qui n'est pas d'origine afrikaner, a également faussement affirmé que "des fermiers blancs en Afrique du Sud étaient tués chaque jour".
La réalité est bien différente : "les blancs possèdent la moitié des terres d'Afrique du Sud tout en ne représentant que 7 % de la population du pays", précise le journal américain.
Le contraste est frappant avec la situation d'autres réfugiés, comme Zumbe Baruti, un réfugié congolais vivant en Caroline du Sud. "Ces Africains blancs sont autorisés à entrer aux États-Unis, mais les Africains noirs se voient refuser l'entrée aux États-Unis," a-t-il déclaré en swahili, qualifiant cette politique de "discrimination".
Ayant fui les violences ethniques en République démocratique du Congo enfant, Baruti a obtenu le statut de réfugié en 2023, mais sa femme et ses trois enfants n'ont pas encore passé les contrôles de sécurité. Entré aux États-Unis il y a deux ans, il s'est concentré sur la recherche d'un emploi, l'épargne et la demande immédiate pour que sa famille le rejoigne. On lui avait alors dit que sa famille le rejoindrait probablement dans deux ans.
Aujourd'hui, face aux nouvelles orientations de la politique migratoire américaine, ses espoirs s'amenuisent : "Concernant ma famille, l'espoir a diminué", confie-t-il au quotidien new-yorkais.
CYBERCRIMINALITÉ PHARMACEUTIQUE, UN RÉSEAU DÉMANTELÉ À DAKAR
Ces trafiquants utilisaient les réseaux sociaux pour vendre des médicaments non homologués, notamment des produits liés aux avortements clandestins et à des interventions esthétiques illégales.
Une opération conjointe, menée par les pharmaciens inspecteurs de l’Agence de Régulation Pharmaceutique (ARP) et la Section Cybercriminalité de la Police Nationale du 2 au 28 mars 2025, a permis le démantèlement d’un réseau organisé de cyberpharmacriminels opérant dans les départements de Guédiawaye et Pikine, dans la région de Dakar.
Les investigations menées par l’unité « Pharma Cyber Crime » et la Section Cybercriminalité ont permis de mettre au jour les agissements d’un réseau criminel structuré et organisé, a indiqué l’ARP dans un communiqué.
Selon le communiqué, leur modus operandi reposait principalement sur l’utilisation des réseaux sociaux, notamment TikTok, WhatsApp et Facebook, pour promouvoir et distribuer une large gamme de produits pharmaceutiques non homologués.
L’enquête a révélé des pratiques illicites particulièrement préoccupantes, aux conséquences potentiellement graves pour la santé publique.
De 40 000 à 140 000 FCFA
Parmi ces pratiques, on retrouve « la facilitation d’avortements clandestins par la vente de produits pharmaceutiques injectables, la commercialisation en ligne de pilules d’hymen artificiel, l’utilisation détournée de l’acide hyaluronique à des fins esthétiques non réglementées (augmentation du volume des fesses et des seins, traitements anti-âge), et l’administration de produits frauduleux tels que les « Capsules Blood », présentées fallacieusement comme une solution pour simuler une perte de virginité ».
Les prix pratiqués pour ces produits et services illégaux variaient considérablement, allant de 40 000 à 140 000 FCFA.
À l’issue de cette opération coordonnée, deux individus ont été interpellés et déférés devant le procureur de la République pour répondre de leurs actes, ajoute le document.
Les infractions relevées à l’encontre des membres de ce réseau sont multiples.
Elles comprennent « la publicité mensongère portant sur des produits de santé, la vente en ligne non autorisée de médicaments et compléments alimentaires, l’exercice illégal de la pharmacie, l’importation et la détention de produits pharmaceutiques sans l’autorisation préalable de l’ARP, la commercialisation de produits non homologués, la détention et la distribution de médicaments falsifiés, et, de manière générale, la mise en danger de la santé publique par la promotion de produits de qualité inférieure ».
L’ARP et la Police réaffirment leur détermination à intensifier la lutte contre la cybercriminalité pharmaceutique.
VIDEO
L'HÉRITAGE BRÛLANT DE FRANTZ FANON
Décédé prématurément à 36 ans, il a inspiré des mouvements de libération dans le monde entier, mais reste largement ignoré en France, pays qui peine encore à affronter son passé colonial
Frantz Fanon, psychiatre, philosophe et militant anticolonialiste, a marqué l'histoire intellectuelle du XXe siècle par ses analyses percutantes sur les effets psychologiques et sociaux du colonialisme. Né en 1925 à Fort-de-France en Martinique, alors colonie française, Fanon a construit une pensée révolutionnaire qui continue d'inspirer les mouvements antiracistes à travers le monde. Portrait d'un homme dont le parcours fulgurant mérite d'être mieux connu en France.
Le jeune Fanon grandit dans une famille noire relativement aisée, baigné dans les idéaux républicains français. Sa première rupture intervient pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu'il devient "dissident" contre le régime de Vichy qui contrôle alors la Martinique. À seulement 18 ans, il rejoint les Forces Françaises Libres, convaincu de se battre pour la liberté et l'égalité.
Cependant, son expérience dans l'armée française devient un véritable catalyseur de sa conscience politique. Confronté à la ségrégation au sein même des forces armées et témoin des inégalités flagrantes entre soldats français et "indigènes" en Algérie, Fanon commence à remettre en question le discours colonial. Dans une lettre poignante à ses parents, il écrit : "Je me suis trompé. Rien ici, rien qui justifie cette subite décision de me faire défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s'en fout."
Après la guerre, Fanon étudie la médecine et se spécialise en psychiatrie. En 1953, il prend la direction d'un service à l'hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Face aux conditions désastreuses dans lesquelles sont maintenus les patients algériens, souvent attachés à des arbres ou enfermés dans des camisoles, Fanon entreprend une véritable révolution.
Il développe une approche thérapeutique novatrice, adaptée culturellement aux patients nord-africains, comprenant que les méthodes occidentales ne peuvent être appliquées sans tenir compte du contexte culturel. Il organise des ateliers, des fêtes traditionnelles, fait appel à des conteurs et à du personnel soignant algérien. Pour Fanon, la psychiatrie doit être politique car les troubles mentaux sont aussi le produit d'un système colonial oppressif.
En pleine guerre d'Algérie, Fanon devient témoin des tortures et exactions commises par l'armée française. Il soigne discrètement les combattants du FLN et même, paradoxalement, des tortionnaires français devenus fous à force d'infliger des souffrances. Cette expérience le conduit à s'engager pleinement dans la lutte pour l'indépendance algérienne.
En 1956, il démissionne de son poste à Blida, renonce à sa nationalité française et rejoint officiellement le FLN. Installé en Tunisie, il devient rédacteur en chef du journal El Moudjahid et diplomate itinérant pour la cause algérienne, parcourant l'Afrique pour sensibiliser à la lutte du peuple algérien et promouvoir une solidarité panafricaine.
La contribution intellectuelle de Fanon se cristallise dans deux ouvrages fondamentaux. Dans "Peau noire, masques blancs" (1952), il analyse les effets psychologiques du colonialisme sur les personnes noires, expliquant comment elles adoptent un "masque blanc" pour survivre dans une société dominée par les Blancs, au prix d'une aliénation profonde.
Son dernier livre, "Les Damnés de la terre" (1961), écrit en quelques mois alors qu'il se savait condamné par la leucémie, constitue son testament politique. Il y développe une théorie de la décolonisation qui va bien au-delà de l'indépendance politique. Pour Fanon, une véritable décolonisation implique une transformation radicale des structures économiques et sociales. Il y analyse la violence coloniale et la contre-violence qu'elle engendre, tout en mettant en garde contre le risque de voir les anciennes élites coloniales simplement remplacées par une bourgeoisie nationale corrompue.
Frantz Fanon s'éteint à seulement 36 ans, le 6 décembre 1961, quelques mois avant l'indépendance de l'Algérie. Son influence s'est rapidement étendue bien au-delà des frontières françaises, inspirant les Black Panthers aux États-Unis, les mouvements de libération en Afrique et en Amérique latine, et jusqu'aux militants palestiniens.
Pourtant, en France, Fanon reste relativement méconnu du grand public. Sa pensée, jugée trop révolutionnaire et contestataire, n'est pas enseignée dans les programmes scolaires, contrairement à d'autres figures antiracistes comme Martin Luther King ou Gandhi. Ce paradoxe témoigne de la difficulté persistante de la France à affronter son passé colonial.