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5 avril 2025
MANIPULATIONS
L'ivoirité, concept mal compris et souvent attribué à tort au président Bédié, trouve ses origines dans une vision universaliste portée par Senghor. Sa transformation en outil politique dans les années 1990 a trahi l'intention de ses créateurs
Qu’est-ce qu’un Ivoirien ? Comme l’on dit qu’est-ce qu’un homme ; qu’est-ce qu’une femme ? La réponse, on la devine vise à pouvoir identifier, donc à différencier. S’inscrivant dans une mobilité, une histoire en train de se faire, l’être humain est difficile à enfermer dans une détermination. Il est une ouverture des possibles et donc l’expression d’un parcours qui en prenant fin avec la mort arrive ainsi à « transformer la vie en destin ».
C’est cela toute la beauté et la singularité de notre humanité. Alors qu’est-ce que le concept d’Ivoirité. A l’origine, nous dit Thiémélé Ransès Boa, Maître de conférences de philosophie, Université de Cocody. Abidjan, il représentait « l’ensemble des valeurs que l’Ivoirien apportait à la construction à l’africanité » (In les Etats-nations face à l’Intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Le cas de la Côte d’Ivoire. Editions Karthala. Paris 2009).
Il s’agissait donc selon Thiémélé Ransès Boa, « de créer une personnalité ivoirienne contribuant de façon authentique à l’enrichissement de l’Afrique et du monde ». Mais très rapidement, sous l’impulsion des manipulations politiciennes, il n’a plus été question d’une restriction de la perspective pour la poser comme « le fondement d’une conscience nationale » (ibid). Ce qui bien sûr, « crée un micro nationalisme opposé à la construction de la conscience panafricaine ». Initialement proposé comme un cadre culturel et fédérateur, il est devenu un concept qui divise plus qu’il ne rassemble. Pour Ramsès Boa, « il y a une injustice intellectuelle qui devra être réparée à l’égard des fondateurs réels du concept, (Niangoran Porquet et Pierre Niava) et aussi à l’égard du lieu (la sphère culturelle) et de l’époque (1974) de la création du concept ».
Au début était Senghor
Ivoirité, le concept surgit dans les années 1970. Il sera prononcé pour la première fois en Côte d’Ivoire par la bouche de Léopold Sédar Sénghor, Président du Sénégal, au cours d’une leçon inaugurale prononcée en décembre 1971 dans le cadre de sa première visite officielle en Côte d’Ivoire. « Comme une participation au banquet de l’Universel, Senghor, ardent théoricien et défenseur de la Négritude avait mis en parallèle à la Francité, la Sénégalité, l’Ivoirité et l’Arabité » (In Mémorandum du Front Populaire Ivoirien présenté à la Table Ronde de Linas Marcoussis qui s’est tenue du 15 au 24 janvier 2003). Et il apparait pour la première fois sous une plume ivoirienne par Pierre Niava au « sujet de l’œuvre et du projet d’un jeune intellectuel, Niangoran Porquet ».
Pour Senghor, il s’agissait bien sûr de rencontre, de métissage, de vivre-ensemble. En un mot de l’Universel. La date de naissance du concept d’ivoirité n’est donc pas imputable au président Henri Konan Bédié. Du reste pour Niava, il s’agissait de la part ivoirienne à la construction culturelle de l’unité africaine. Il s’agissait surtout de ne pas venir les mains vides, mais bien pleines, à la rencontre de la Négritude de Senghor, du mouvement High Life ghanaéen, de la Renaissance culturelle impulsée à travers le flamboyant et mythique Bembeya Jazz de Guinée de Sékou Touré
Et cela n’avait pas soulevé des vagues, car le contexte de l’époque était si l’on ose dire, à des identités bienveillantes, à savoir l’expression d’une spécificité constitutive de la construction d’une universalité qui se nourrit des spécificités bien différentes en cela de celle qui se pose comme la référence impériale. En fait, et dans la compréhension de l’époque, il était question de favoriser « l’identité culturelle comme facteur de développement ».
Démagogie mortifère
Niangoran Porquet, théoricien de l’Ivoirité culturelle meurt en 1995, année où fleurit une nouvelle problématique de l’ivoirité. Ainsi le président et candidat Henri Konan Bédié écrivait-il en 1995 : « Ce que nous poursuivons, c’est bien évidemment l’affirmation de notre personnalité culturelle, l’épanouissement de l’homme ivoirien dans ce qui fait sa spécificité, ce que l’on peut appeler son ivoirité ». ibid Dans son ouvrage « Les chemins de ma vie » publié en 1999, il indiquait que « l’ivoirité concerne en premier les peuples enracinés en Côte d’Ivoire mais aussi ceux qui y vivent en partageant nos valeurs ». Boa souligne que la « version politique de l’ivoirité a eu lieu dans un contexte particulièrement idéologique, voire démagogique » et qui s’est donné notamment à travers les débats relatifs aux élections de 1995, puis ceux liés à l’entrée de Alassane Dramane Ouattara en politique où il a été en effet question de ses origines, de sa nationalité.
DÉLIT DE PATRONYME
À neuf mois de l'élection présidentielle ivoirienne, le spectre de l'ivoirité ressurgit avec la remise en question de l'identité de Tidjane Thiam, ravivant les blessures d'un passé récent et tumultueux
Longtemps perçue comme une terre d’accueil en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire a vu son rapport à l’étranger évoluer sous l’influence de la politique de l’ivoirité, initiée en 1994 sous le régime du président Henri Konan Bédié. Ce concept, présenté comme une valorisation culturelle de l’identité ivoirienne, s’est progressivement mué en outil d’exclusion, alimentant la fracture sociale et politique du pays. Employé par Senghor en 1971 lors d’une conférence prononcée à Abidjan (Voir article Vieux Savané)), le terme « ivoirité » est utilisé pour la première fois au début des années 1980, sous la plume de l'écrivain Niangoran Porquet. Puis, il a été développé par un groupe d'intellectuels, dont le philosophe Niamkey Koffi et l'écrivain Jean-Marie Adiaffi, comme un concept culturel visant à promouvoir les valeurs et les traditions ivoiriennes. Cependant, au milieu des années 1990, sous la présidence d'Henri Konan Bédié, l’« ivoirité » a évolué pour désigner les caractéristiques supposées intrinsèques d'un Ivoirien de souche, établissant une distinction avec les populations immigrées. Cette redéfinition a conduit à des débats sur la nationalité et l'appartenance, exacerbant les tensions entre les différentes communautés du pays.
Jadis intégrés et acteurs-clés du développement économique, les étrangers, en particulier ceux issus de l’Afrique de l’Ouest, ont vu leur légitimité remise en question. À cela s’ajoute la montée d’un sentiment de dépossession chez les populations, notamment dans le secteur agricole, où les immigrés ont pris une place prédominante.
Symbole de cette défiance, la question de la nationalité d’Alassane Ouattara, figure majeure de la politique ivoirienne, a cristallisé les tensions. Accusé d’être Burkinabé, son exclusion de la scène politique par le concept de l’ivoirité a accentué la polarisation du pays, menant à une crise politique majeure au début des années 2000. Le concept d'« ivoirité » refait surface en Côte d'Ivoire, touchant aujourd'hui Tidjane Thiam. En décembre 2023, M. Thiam avait remporté devant Philippe Yacé, la présidence du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci – opposition), en vue de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu en octobre 2025. Pour rappel, ce parti avait été fondé par Houphouët Boigny en 1946.
Depuis quelques jours, M. Thiam fait face à des interrogations concernant son identité et son appartenance nationale, reflétant les persistances des divisions internes liées à l'« ivoirité ». Dans une sortie à Tacourably (région ouest), le ministre délégué chargé des Affaires maritimes, membre actif du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, au pouvoir) a déclaré : « Il s’appelle Thiam. Quand tu quittes le Sénégal pour venir en Côte d’Ivoire, tu vas sauter d’abord un pays. Il ne peut pas mentir que lui et nous, on a même frontière. C’est faux. Son papa est Sénégalais, sa maman est Sénégalaise. Tout simplement parce qu’il a été adopté par Félix Houphouët-Boigny. Quelqu’un dont la maman est sénégalaise, dont le papa est sénégalais, parce qu’il a grandi chez Houphouët, on dit, c'est notre frère. Or Alassane [Ouattara], même qui a sa maman qui est d’Odienné, on dit, il n’est pas ivoirien. Donnez-moi de quelle région appartient le nom Thiam… ».
Le temps des manœuvres
Ces propos ont-ils été un prétexte pour quatre membres du même parti que Thiam de demander sa destitution de la présidence du PDCI ? Un huissier s’est présenté dans les locaux de M. Thiam, avec une assignation « à comparaitre et se trouver présent le jeudi 27 février 2025 à 8 heures 00 minutes du matin, jour et heures suivants, s’il y a lieu ; à l’audience et par devant Madame la Présidente du Tribunal de Première instance d’Abidjan ou le juge délégué en ses fonctions, statuant en matière de référé ordinaire ». Les faits évoqués dans la convocation de l’huissier font état des conditions de l’élection de M. Thiam à la tête du Pdci : « a été porté à la tête du Parti es-qualité Président non sans avoir suscité quelques oppositions internes à l’époque ».
Ces « oppositions internes se référaient à un article des statuts, et relatif « aux critères de candidature au poste de Président du Parti, qui stipule très clairement que : « le candidat la Présidence du PDCI/RDA doit avoir été membre du Bureau politique pendant au moins dix (10 ans). Puis, « les demandeurs ont eu à faire des concessions afin que le congrès puisse être formellement tenu ». Mais il semble que ce qui a fait agir « l’opposition interne » soit le fait « que pire, en date à Abidjan, le vendredi 7 février 2025, grande sera la surprise des [requérants d'apprendre sur les réseaux sociaux de l'entame, par le président Thiam de sa procédure dite de renonciation à sa nationalité française ». Ce à quoi l’avocat du PDCI a répondu : « Mon avis par rapport aux deux griefs, il y a eu un comité électoral qui a tranché sur les dossiers et qui a validé comme ayant fait 10 ans de bureau politique et venir le contester, après, c'est complètement irrégulier. (…). Maintenant concernant cette histoire de nationalité, mais de quoi ils parlent ? Tidjane Thiam avait les 2 nationalités. S'il avait les deux nationalités, c'est qu'il avait la nationalité ivoirienne. Pour être président du PDCI-RDA, il faut être ivoirien. Pour être candidat à la présidentielle, il faut avoir exclusivement la nationalité ivoirienne, c'est tout. Tant dans la forme que dans le fond, ce dossier n'est pas pertinent. Que les militants soient rassurés. Qu'ils continuent de travailler sur le terrain. C'est de cela qu'on veut les détourner.»
Vives réactions apres des propos sur la nationalité. Un bras de fer judiciaire en vue ?
Les déclarations du ministre ivoiriens des transports maritimes sur la nationalité ont provoqué une levée de boucliers, à neuf mois de la présidentielle. Le sujet reste sensible dans un pays où il a souvent été instrumentalisé politiquement.
Blaise Lasm, cadre du PPA-CI, (Parti des Peuples Africains) a vivement réagi sur Facebook, dénonçant des propos qu’il juge xénophobes. « Comment doivent se sentir Adama Bictogo ou Adama Tounkara quand un ministre de leur parti brocarde le président du PDCI parce que son patronyme Thiam n’existe pas en Côte d’Ivoire ? », s’est-il interrogé, estimant que ces déclarations traduisent une fébrilité du camp présidentiel
Le Dr Osman Chérif, secrétaire national de la J-PDCI (section Jeunes du PDCI/RDA a saisi le procureur de la République pour « propos xénophobes et incitation à la haine identitaire ». Dans sa plainte, il invoque les articles 227, 229 et 231 du Code pénal, qui sanctionnent le racisme et la diffusion d’informations discriminatoires. Il réclame une enquête pour préserver « l’unité nationale et la quiétude sociale »
Les interprétations de cette affaire varient selon l’orientation des journaux ivoiriens. « Le Nouveau Réveil », proche du PDCI-RDA, titre : « La justice à nouveau saisie pour annuler le congrès qui a élu Thiam »
À l’inverse, « Dernière Heure Monde » parle d’une « cabale contre Tidjane Thiam », dénonçant une tentative de l’écarter de la course à la présidentielle de 2025. « Le Bélier Intrépide » accuse ouvertement le pouvoir en place d’être à la manœuvre pour semer la confusion au sein du parti d’opposition.
Du côté du pouvoir et des journaux qui lui sont favorables, la thèse est que ces remous proviennent de la lutte de succession après le décès de l’ancien leader Henri Konan Bédié. Le journal « Le Jour Plus » dramatise : « C’est gâté au PDCI-RDA » et affirme que « Les héritiers de Bédié veulent brûler la maison ».
De son côté, titre « L’Essor » évoque une possible destitution de Tidjane Thiam, ajoutant à la confusion. « L’Héritage », quant à lui, évoque des « ennemis tapis dans l’ombre » cherchant à affaiblir le PDCI-RDA.
Alors que la bataille médiatique fait rage, l’issue judiciaire de cette plainte pourrait être déterminante pour l’avenir de Tidjane Thiam, l’ancien patron du Crédit Suisse, premier ivoirien à entrer à Polytechnique et ses ambitions présidentielles.
Dans de nombreuses sociétés, les politiciens, en quête de popularité et de pouvoir, exploitent les peurs et les frustrations des citoyens en désignant les boucs émissaires. Souvent, ce sont les étrangers ou certaines minorités qui sont accusées de tous les maux : chômage, insécurité, crise économique. Ce stratagème, aussi vieux que la politique elle-même, a un objectif simple : détourner l'attention des vrais problèmes et se positionner comme les seuls sauveurs. Le développement rapide d’un double langage — rappel de l’unité en façade, doublé d’appels plus ou moins cryptés à l’affrontement et à l’exclusion en arrière fond — renforce le caractère inquiétant de n’importe quelle atmosphère. Ce qui n’est pas sans évoquer des situations similaires où facteurs ethniques et éléments religieux viennent se combiner pour entretenir et développer la haine réciproque.
Pourtant, cette manipulation ne profite qu'à ceux qui l'utilisent. En opposant les citoyens entre eux, en dressant un mur entre « nous » et « eux », ces discours sapent les fondements de la cohésion sociale. Une société divisée est une société affaiblie, incapable de faire face aux véritables défis.
Par Vieux SAVANE
A-T-IL OUBLIÉ QU’IL S’APPELLE OUATTARA
Célestin SereyDoh, triste ministre délégué auprès du ministre chargé des Affaires maritimes de Côte d’Ivoire, a-t-il oublié que son patron s’appelle Ouattara et qu’il a été victime dans un passé récent d’une marginalisation
Célestin Serey Doh, triste ministre délégué auprès du ministre chargé des Affaires maritimes de Côte d’Ivoire, a-t-il oublié que son patron s’appelle Ouattara et qu’il a été victime dans un passé récent d’une marginalisation qui cherchait à l’enfermer dans l’univers infamant de l’allochtonie ?
D’une telle personne, d’un âge certain, en train de boucler son deuxième mandat, on aurait attendu de le voir faire montre de hauteur et graver son nom dans le marbre. Parce que même les rois meurent, emportés par l’inéluctabilité de la finitude humaine, il importe de saisir que notre éternité se dévoile à travers notre œuvre. Penser à la mort, cette expulsion brutale et soudaine de la scène du monde, nous oblige à anticiper et à penser à notre héritage. A l’image de ce testament à l’endroit de notre famille pour que point elle ne se déchire et aide notre âme à pouvoir s’installer dans l’extase et la félicité du repos éternel.
Non point comme Hitler, Idi Ami Dada Bokassa et tutti quanti, mais plutôt comme Sankara, Lumumba , et tant d’autres héros africains dont les noms qui tonnent dans l’imaginaire de beaucoup d’africains se posent comme un éclairci qui aide à ne pas désespérer du continent. Parce qu’ils ont eu à dérouler une ambition véritable pour leur pays, pour l’Afrique.
Du président Alassane Dramane Ouattara, il est donc attendu qu’il pense à la génération qui vient et qu’il passe le témoin. La Côte d’Ivoire est trop importante pour se faire l’otage du syndrome de l’hubris et des courtisans pétrifiés par leurs intérêts bassement égoïstes.
Poids lourd dans la sous-région, la Côte d’Ivoire impressionne par sa grande résilience. Sortie d’une période difficile qui l’a vue s’enliser avec une violence inouïe dans des troubles post-électoraux, elle force le respect par le travail de reconstitution accompli. Faut-il donc courir le risque de voir tout cela s’effondrer, se fracasser et la replonger dans des scènes d’apocalypse indignes d’elle. Gageons que l’Ivoirité retrouve son sens originel, celui de la « Sénégalité », de la « Francité », de l’ « Arabité » dont parlait Senghor dans sa leçon inaugurale prononcée en 1971 à l’Université de Cocody, en apportant son génie, comme une contribution au banquet de l’Universel qui lui était si cher. A l’image du chocolat, de l’atiéké ivoirien, bien loin de toutes les manipulations qui se structurent finalement autour d’une désastreuse conception du pouvoir, celle de la captation prédatrice au profit de soi, des siens et de la ronde des courtisans. Au détriment de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique et du Monde. Parce que nous sommes tous Ivoiriens, le désastre annoncé qui toque aux portes de la Terre d’Eburnie n’est pas pour rassurer.
MULTIPLE PHOTOS
LES UNES DE LA PRESSE DE CE JEUDI 20 FEVRIER 2025
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, Le Verdict News, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, Le Verdict News, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien
LE POOL JUDICIAIRE COMBLE LES FAIBLESSES DE LA CREI
Le pool judiciaire financier, mis en place par le nouveau régime pour assurer la reddition des comptes, rassure le Haut-Représentant du Président de la République, Aminata Touré, ancienne ministre de la Justice lors du premier mandat de Macky Sall,
Le pool judiciaire financier, mis en place par le nouveau régime pour assurer la reddition des comptes, rassure le Haut-Représentant du Président de la République, Aminata Touré. Ancienne ministre de la Justice lors du premier mandat de Macky Sall, elle avait supervisé le lancement de la traque des biens mal acquis menée par la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI). Cette juridiction d'exception, décriée par une partie de l’opinion, présentait des insuffisances évidentes qu'Aminata Touré reconnaît aujourd’hui.
Définitivement enterrée, la mission initialement confiée à la CREI avait suscité toutes sortes de fantasmes sur les milliards supposément récupérables. Mais au final, les montants astronomiques évoqués dans les médias se sont révélés largement surestimés, sans compter l'absence de possibilité de recours pour les accusés. Supprimée sous le magistère de Macky Sall, qui l’avait pourtant réactivée, la CREI laisse désormais place au pool judiciaire financier.
Aminata Touré se félicite de cette évolution, car contrairement à la CREI, le pool judiciaire financier garantit aux accusés un droit de recours. Selon elle, ce nouveau mécanisme est bien plus adapté à l’objectif de reddition des comptes et permettra une moralisation plus sereine de la vie publique. Il offrira aux accusés des voies légales pour se défendre et rappellera aux personnalités publiques la nécessité de distinguer clairement les fonds publics de leurs ressources personnelles.
LES ENTREPRISES FRANÇAISES RÉAFFIRMENT LEUR VOLONTÉ D’INVESTIR AU SÉNÉGAL
L'annonce a été faite par Marc Legouy, conseiller économique à l’ambassade de France à Dakar. Il s'exprimait à l’issue d’une rencontre entre le MEDEF et l’APIX.
Dakar, 19 fev (APS) – Les entreprises françaises souhaitent continuer d’investir au Sénégal, a déclaré mercredi, Marc Legouy, conseiller économique à l’ambassade de France à Dakar.
‘’Le message que nous souhaitons faire passer à travers cette mission, c’est que les entreprises françaises souhaitent continuer d’investir au Sénégal, avec cette logique de co-investissement et de co-partenariat’’, a-t-il dit.
M. Legouy s’exprimait à l’issue d’une rencontre entre une délégation du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) et des responsables de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX).
Selon lui, la délégation du MEDEF a beaucoup apprécié l’accueil et la qualité des interlocuteurs publics sénégalais mais aussi les opportunités.
»Les entreprises françaises sont déjà très présentes au Sénégal et elles souhaitent y rester’’, a-t-il réitéré.
Il a indiqué les patrons de certaines des 26 entreprises composant la délégation étudient ‘’l’idée d’investir au Sénégal […]’’
Le conseiller économique de l’ambassade de France à Dakar est revenu sur ses rapports avec l’APIX.
‘’Quand nous avons une entreprise qui a un projet d’investissement, un projet de partenariat, un projet industriel au Sénégal de transformation de valeur ajoutée, nous allons voir nos amis de l’APIX pour travailler ensemble et donc faire que ce projet soit un succès et abouti’’, a-t-il expliqué.
Il s’est beaucoup réjoui de la réussite de la visite de la délégation ponctuée par des rencontres avec le ministre du Commerce et d’Industrie et ses collègues de l’économie et l’agriculture’’.
‘’Ce matin, il y a eu le forum d’affaires où votre directeur général était l’invité principal. Nous sommes, cet après-midi, à l’APIX. Nous avons pu voir également cet après-midi, le ministre de l’énergie’’, a-t-il salué.
UN BUS DE DAKAR DEM DIKK SACCAGÉ
L’incident est parti d’un accrochage avec une moto montée par trois personnes, qui tentait de couper la route au bus afin de permettre le passage d’un cortège funèbre, informe un communiqué.
Dakar, 19 fev (APS) – La société nationale de transport en commun Dakar Dem Dikk a signalé, mercredi, qu’un de ses bus a été saccagé par des individus après que le véhicule a eu un accrochage avec une moto.
‘’Ce mercredi 19 février, le bus numéro 6054 de la ligne 121 en partance vers la gare Leclerc, avec des passagers, a été saccagé par des individus aux environs de 17h’’, indique notamment l’entreprise dans un communiqué parvenu à l’APS.
D’après le texte, l’incident est parti d’un accrochage avec une moto montée par trois personnes, qui tentait de couper la route au bus afin de permettre le passage d’un cortège funèbre.
‘’La manœuvre a provoqué un accrochage. Les trois personnes à bord de la moto, après s’être relevées de leur chute s’en sont violemment prises au conducteur et au receveur. La foule qui les suivait par la suite s’est déchaînée sur le bus bien que celui-ci avait été garé au loin’’, lit-on dans le communiqué.
La direction générale de Dakar Dem Dikk annonce qu’elle se réserve le droit de saisir la justice, tout en appelant les concitoyens à prendre conscience du fait que ‘’les bus de l’entreprise constituent un bien commun au service exclusif des populations’’.
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LE DÉSERT DE LOMPOUL SACRIFIÉ À L'AUTEL DU ZIRCON
L'exploitation intensive par Grande Côte Opération anéantit une économie locale florissante et un patrimoine culturel inestimable. Pendant ce temps, l'État sénégalais, actionnaire à 10%, n'a toujours pas perçu le moindre dividende en dix ans
Dans le nord-ouest du Sénégal, entre Dakar et Saint-Louis, s'étend le désert de Lompoul. Jadis havre de paix aux dunes dorées caressées par la brise marine, cette merveille naturelle unique en Afrique occidentale se métamorphose aujourd'hui sous l'effet d'une exploitation minière intensive. Derrière les sourires des touristes glissant sur les pentes ensablées se cache une réalité bien plus sombre.
Grande Côte Opération (GCO), filiale détenue à 90% par le groupe français Eramet et à 10% par l'État sénégalais, a étendu son emprise sur le désert de Lompoul avec le projet "Lompoul Crossing". Après avoir exploité pendant des années le zircon à Diogo dans la région de Thiès, l'entreprise a jeté son dévolu sur ce joyau naturel pour un projet quinquennal aux conséquences dévastatrices.
Les chiffres donnent le vertige : les dragues flottantes de GCO aspirent jusqu'à 7000 tonnes de sable minéralisé par heure. En 2021, l'entreprise a valorisé plus de 804 000 tonnes de concentré pour un chiffre d'affaires de 140 milliards de francs CFA (environ 24 millions d'euros). En 2023, avec un chiffre d'affaires équivalent, GCO a dégagé 21 milliards de francs CFA de bénéfice.
Le Sénégal, cinquième producteur mondial de zircon, a vu GCO devenir le quatrième producteur mondial en seulement une décennie. Ce minerai aux propriétés anti-abrasives et à la brillance comparable au diamant est principalement destiné au marché de la construction (peinture, carrelage, céramique) et à la joaillerie, où on le retrouve sous forme de dioxyde de zirconium.
Malgré dix années d'exploitation fructueuse et une participation de 10% dans l'entreprise, l'État sénégalais n'a jamais perçu le moindre dividende. Cette situation s'explique par un montage financier particulièrement controversé : au lieu d'investir en fonds propres, GCO a mis en place une structure avec seulement 10 millions de capital pour 495 milliards de dettes.
"Les entreprises minières en général procèdent ainsi, mais dans le cas de GCO, cela doit particulièrement attirer notre attention. Depuis 2017, GCO réalise environ 29 milliards de résultats nets. Ce montage permet en réalité une distribution anticipée des dividendes", explique un expert financier.
Plus troublant encore, selon les investigations menées, GCO vendrait son zircon à une autre filiale d'Eramet à un prix trois fois inférieur à celui du marché. Cette pratique maximiserait les profits du groupe français tout en réduisant drastiquement les revenus du Sénégal. "À part la redevance versée à l'État, il n'y a absolument rien qui revient au Sénégal", déplore un responsable local.
Face à ces irrégularités présumées, la Sonatrach (Société nationale de recherches et d'exploitations minières) a décidé de lancer un audit financier de toutes les sociétés minières du pays, dont GCO.
L'exploitation du zircon ne détruit pas seulement l'environnement ; elle arrache aussi des communautés entières à leurs terres ancestrales. Des témoignages accablants font état de délogements nocturnes de familles.
"Ils se sont rendus sur un village qui appartient à la commune de Diokoul avec des autorités administratives pour déloger une famille en pleine nuit, la reloger en location à Lompoul-sur-Mer, laissant derrière elle leur bétail, leurs traditions, leurs bagages, leurs champs, tout", dénonce le maire de Lompoul.
Interrogé sur ces pratiques, un représentant de GCO évoque un décalage entre le rythme d'exploitation et la construction des logements de remplacement : "Le rythme de progression des activités minières ne peut pas être toujours en phase avec la construction. Il faut d'abord trouver un site, obtenir les autorisations nécessaires, lancer les marchés et procéder à la construction. En attendant, nous relogeons les familles ailleurs et prenons en charge les loyers."
Une explication qui peine à convaincre les populations locales, qui voient leurs maisons rasées et leurs champs détruits sans véritable plan de réinstallation préalable.
L'impact environnemental de l'exploitation minière dépasse largement la seule défiguration du paysage. Le pompage massif d'eau de la nappe phréatique - jusqu'à 8900 m³ par jour - menace gravement l'équilibre écologique de toute la région.
"La zone des niayes est une zone où est pratiquée l'agriculture maraîchère, avec des productions qui alimentaient les marchés locaux. Ces marchés ne fonctionnent plus parce qu'il n'y a plus de légumes", témoigne un agriculteur local.
Cette zone, qui assure près de 80% de la production nationale en légumes frais, voit son avenir compromis. Des experts s'interrogent : "Va-t-on continuer à avoir des légumes au Sénégal? Profitez bien, ce sont peut-être les derniers légumes sénégalais."
Des solutions alternatives existent pourtant. "La mine pourrait utiliser l'eau de mer, puisqu'on n'est pas très loin de l'océan, à seulement 3 km. Ils pourraient filtrer l'eau marine au lieu de pomper la nappe phréatique", suggère un hydrologue familier du dossier.
Le maire de Lompoul va plus loin, accusant GCO de fouler "au pied toutes les règles d'éthique dans l'exploitation des mines" et de n'avoir "aucun respect pour la dignité humaine". Il affirme que l'étude d'impact environnemental de l'entreprise "n'a jamais été validée en public" et que GCO se serait "débrouillée avec des autorités pour avoir un quitus pour continuer, ce qui est extrêmement grave".
Le tourisme, pilier économique de la région, paie un lourd tribut à l'exploitation minière. Sur les sept campements touristiques qui fleurissaient naguère sur les dunes, un seul subsiste aujourd'hui : l'Écolodge de Lompoul.
"C'est comme voir un enfant qui grandit et qu'un bon jour on voit en train d'être étranglé. Et le papa, c'est moi ; les enfants, ce sont mes employés. Si le tourisme meurt à Lompoul, c'est fini pour la région", se désole Yves, propriétaire de l'Écolodge.
Après trois ans de combat, il refuse toujours les modalités et le montant du dédommagement proposés. "On est dans un processus apaisé, on ne se bat pas contre l'État. Nous sommes avant tout des Sénégalais, des citoyens. Nous savons que le pays a besoin de projets pour se développer, mais il faut que les choses se fassent dans le respect - respect des investisseurs que nous sommes, respect des populations impactées."
Le problème dépasse le simple cas de l'Écolodge. Avec 30 employés en CDI, chacun soutenant environ 10 personnes, la fermeture du campement affecterait directement près de 450 personnes.
Arona, guide depuis 15 ans, organisait des balades à dos de dromadaire pour les touristes. Cette activité est désormais compromise par les vibrations des machines et la dégradation du paysage. Les artisanes du village, qui vendaient leurs créations aux visiteurs, se retrouvent sans clientèle.
Pour tenter de préserver une partie de l'activité touristique, GCO a créé une "oasis du désert" artificielle à Diogo, à 10 km au sud de Lompoul. Construite en style saharien, elle comprend une dune artificielle et un plan d'eau de 2000 m² au milieu d'une palmeraie de 8 hectares. "On a essayé d'améliorer l'offre touristique", explique un responsable de GCO. Mais cette initiative paraît dérisoire face à l'ampleur des dégâts.
"Vous entendez des machines qui arrachent les arbres, c'est d'une violence inouïe", témoigne un touriste. "Ce qui nous fait mal, c'est que tout ne soit pas terminé avant notre départ. On aurait aimé partir avec des souvenirs plein la tête, se rappeler des jolies dunes, des beaux couchers de soleil, des moments de rire avec les enfants et les amis. C'est de cela qu'on voulait se souvenir. Mais la dernière image qu'on gardera de Lompoul, c'est cette destruction, ces machines."
Pourtant, l'article 25, alinéa 1 de la Constitution (loi constitutionnelle n°2016-10 du 5 avril 2016) stipule clairement que "les ressources naturelles appartiennent au peuple" et "sont utilisées pour l'amélioration de leurs conditions de vie".
Dans ce conflit qui oppose développement économique et préservation du patrimoine naturel et culturel, l'équation semble impossible à résoudre. D'un côté, un gisement de zircon à forte teneur qui promet des revenus substantiels ; de l'autre, un écosystème fragile, des communautés enracinées et une économie touristique florissante.
Si aucun compromis n'est trouvé entre les différentes parties prenantes, le désert de Lompoul - joyau naturel unique en Afrique occidentale - risque de sombrer définitivement sous les dragues de GCO, laissant derrière lui des familles déboussolées, un écosystème dévasté et un tissu social disloqué.
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LOI D'AMNISTIE DE MACKY : VIVEMENT L'ABROGATION
L'abrogation de la loi d'amnistie, votée par le régime du président Macky Sall dans les dernières semaines de son mandat, sera certainement actée par le nouveau pouvoir. C’est le souhait d’Aminata Touré, Haut-représentant du Président de la République.
L'abrogation de la loi d'amnistie, votée par le régime du président Macky Sall dans les dernières semaines de son mandat et effaçant les crimes commis sous son régime, sera certainement actée par le nouveau pouvoir. Le Haut-Représentant du Président de la République, Aminata Touré, soutient cette démarche et encourage la majorité à l'Assemblée nationale à aller dans ce sens.
Aminata Touré plaide en faveur de l’abrogation ou la modification de cette loi d’amnistie votée par l’ancien régime dirigé par Macky Sall. Si le pouvoir sortant avait présenté cette loi comme une mesure d’apaisement dans un contexte de grande fragilité du pays, l’opposition d’alors, une partie de l’opinion publique ainsi que les familles des victimes y voyaient plutôt une tentative pour Macky Sall de se protéger, ainsi que ses proches, des poursuites liées aux crimes de sang ayant causé la mort d’environ 80 personnes.
La nouvelle opposition, qui avait pourtant voté cette loi, rappelle à Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko que c’est grâce à elle qu’ils ont pu sortir de détention et accéder aux responsabilités après l’élection de Diomaye Faye. Ainsi, si l’abrogation permet de rendre justice aux familles des victimes, elle pourrait aussi avoir des conséquences pour les deux dirigeants du parti Pastef, désormais à la tête de l’exécutif.
Mais face à cette remarque, Aminata Touré rétorque que ces deux faits n’ont rien à voir, soulignant qu’une loi peut toujours être corrigée ou modifiée. Elle insiste surtout sur le fait que Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient été, selon elle, injustement incarcérés sous Macky Sall.