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4 avril 2025
AUTOMÉDICATION, DES SÉNÉGALAIS PARTAGÉS SUR UNE PRATIQUE RISQUÉE
À travers des témoignages de différents horizons, cette pratique soulève des inquiétudes, notamment concernant les effets secondaires et l'auto-diagnostic, souvent en l'absence de conseils médicaux.
Beaucoup de Sénégalais usent et abusent de comprimés sans prescription médicale. L’automédication est ainsi très répandue dans notre pays. Des Sénégalais sont partagés sur cette pratique jugée pourtant « nécessaire » par certains.
Lundi 5 août 2024. Dakar se réveille sous un ciel nuageux. Aux klaxons intermittents des véhicules qui se disputent le passage, s’ajoute une grande ambiance au niveau des trottoirs, arrêts de bus et dans les lieux de commerce. Une atmosphère digne d’une matinée après un repos dominical pour certains, et un week-end plein pour d’autres.
Pape, un jeune, croisé dans la rue est un adepte de l’automédication. « Je sais que ce n’est pas une pratique très recommandée, mais il m’arrive d’aller directement à la pharmacie chercher un médicament sur recommandation d’amis quand je tombe malade », avoue-t-il. Nombreux sont ces médicaments que des Sénégalais gardent chez eux pour se soulager en cas de douleur sans l’avis d’un médecin. « Je souffrais régulièrement de maux de tête. C’était connu de mon voisinage. C’était même devenu chronique. Du coup, j’avais toujours du paracétamol dans mon sac. Mais, à un moment donné, cela ne me soulageait plus parce que même quand je le prenais, je continuais à souffrir. C’est par la suite que je suis allée voir un médecin qui m’a diagnostiquée une hypertension », explique Diodio Ndiaye. Maintenant, elle conseille d’aller voir un agent de santé quand on a un mal persistant.
« J’aurais pu y laisser ma vie si je persistais dans l’automédication », soutient-elle. Ndèye Niang est en communication sur WhatsApp lorsque nous arrivons chez elle aux Parcelles Assainies. Assise dans son magasin au décor modeste, en face de la route qui mène au populeux marché Dior, la dame se montre enthousiaste à l’idée d’aborder le sujet sur l’automédication. « Je suis contre, surtout avec les comprimés à base de paracétamol. Il est préférable d’aller se faire consulter par un médecin et sur la base d’une ordonnance, d’aller chercher les médicaments prescrits à la pharmacie », avance-t-elle.
Une pratique risquée
Cette habitante de l’Unité 16 des Parcelles Assainies croit que certains, même dans son entourage, au lieu d’aller à l’hôpital, usent et abusent de comprimés sans prescription médicale, oubliant les effets secondaires ou indésirables de certaines molécules. Pour sa fille Awa Diop, l’automédication est une pratique risquée.
Siré est trouvé dans un atelier de sérigraphie, le regard fixé sur l’ordinateur, les écouteurs ajustés à l’oreille. Habillé d’un Jellaba blanc, le jeune garçon révèle avoir des maux de ventre répétés. Pour calmer ses douleurs, il à recours à l’automédication. C’est plus simple pour lui, estime-t-il.
Non loin de là, Mamadou Tounkara tient un multiservices. Il s’active en même temps dans le transfert d’argent. Certes, il reconnait que l’automédication n’est pas une bonne pratique, mais il avoue qu’il lui arrive de le faire. Diatou Thiam, elle, n’y est pas allée par quatre chemins. « Le doliprane est toujours dans mon sac pour me soulager en cas de douleur », révèle-t-elle sans détour, tout en continuant de prendre tranquillement, son petit déjeuner, la mine joyeuse. Quant au vulcanisateur, Pierre, il ne cautionne pas l’automédication. Habitant l’Unité 20 des Parcelles Assainies, il exhorte les Sénégalais à consulter un médecin avant tout usage de médicament.
Mouhamed Tirera est un commerçant qui gère une boutique multi-articles : de l’agroalimentaire aux ustensiles de cuisine. Il dit qu’en cas de grippe, il achète simplement du Febrilex ou du Litacold pour se soigner. C’est tout le contraire de cette commerçante, qui requiert l’anonymat. « La maladie se soigne à l’hôpital. Sinon, les établissements hospitaliers n’auraient pas leur raison d’être. Mes enfants et moi, nous nous soignons à l’hôpital, franchement », soutient-t-elle.
Aller chez le médecin
Vendeur de café Touba, Galaye Gaye, lui, dénonce la cherté de la vie et la difficulté à accéder aux soins médicaux et aux médicaments. « Le mieux, c’est d’aller voir un médecin. Mais souvent les gens n’ont pas d’alternative. La consultation coûte cher, les médicaments pour un traitement correct aussi », lance-t-il. Originaire du village de Keur Amadou Yalla Diop, Galaye Gaye plaide pour un soutien accru aux nécessiteux qui constituent, selon lui, la majorité du peuple. Pour sa part, une vendeuse de tissus de luxe et accessoires pour femme, qui refuse de dévoiler son nom, estime que si quelqu’un souffre et ignore les causes de cette souffrance, il faut qu’il aille voir un spécialiste.
Mais cela dépend des douleurs ou de comment la personne les ressent. À l’en croire, s’il s’agit de douleurs bénignes, habituelles ou passagères, la personne peut prendre des comprimés le temps de les calmer. Mais si c’est persistant, dit-elle, la personne doit aller à l’hôpital. Selon Mor Cissé, gérant d’une supérette, beaucoup parmi ceux qui pratiquent l’automédication savent déjà de quoi ils souffrent. « Moi par exemple je suis allergique, chaque nuit avant de dormir, je prends un comprimé de Genset. Cela m’évite les éternuements au réveil. Je n’ai pas besoin, à chaque fois, d’aller voir un médecin pour ça », indique-t-il.
El hadji Thierno Sakho, marchand ambulant, lui, ne fait recours ni à un médecin encore moins à un pharmacien quand il tombe maladie. Il préfère invoquer des sourates du coran. « C’est mon maître coranique qui m’a appris ça », mentionne-t-il, le sourire en coin.
FRANCE, UN GOUVERNEMENT DE VINGT-HUIT MEMBRES FORMÉ
Cette nouvelle équipe marque le retour d'Elisabeth Borne au poste de ministre d'État chargée de l’Éducation nationale, ainsi que l'entrée de Manuel Valls au ministère des Outre-mer et de Rachida Dati à la Culture.
Dakar, 23 déc (APS) – Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, résidence officielle du président de la République française, a dévoilé lundi, la liste des vingt-huit membres du nouveau gouvernement dirigé par François Bayrou.
Il s’agit d’une liste de treize ministres et quinze ministres délégués marquée par le retour de l’ancienne cheffe du gouvernement Elisabeth Born au poste de ministre d’État chargée de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et du Numérique.
L’ancienne figure du Parti socialiste, Manuel Valls, fait également son entrée dans le gouvernement au poste de ministre d’Etat en charge des questions d’Outre-mer. Rachida Dati (Les Républicains) retrouve le ministère de la Culture.
Le gouvernement de François Bayrou consacre également retour de l’ancien ministre de l’Intérieur Gerard Darmanin désormais en charge de la Justice.
François Bayrou (73 ans), fondateur et président du parti centriste, Mouvement démocratique (MoDem) a été nommé Premier ministre, le 13 décembre.
L’ancien ministre de l’Education, entre 1993 et 1997, a notamment été porté à la tête du gouvernement dix jours après le renversement du gouvernement de Michel Barnier par une motion de censure votée à l’Assemblée nationale.
Le France traverse une instabilité institutionnelle depuis la tenue d’élections législatives anticipées qui ont débouché sur la perte de la majorité à l’Assemblée nationale de la mouvance présidentielle.
SERIGNE MATAR CISSÉ, L’ARTISAN DE LA MER
Sur les rives de l'Atlantique, à Soumbédioune, l’artiste transforme des déchets marins en œuvres d'art saisissantes. Depuis 1973, il se consacre à un retour aux sources, prônant le respect des traditions et la préservation de l'environnement.
À Soumbédioune, sur les rives de l’Atlantique, l’artiste Serigne Matar Cissé, connu sous le nom de Blacky, transforme les déchets rejetés par la mer en œuvres d’art saisissantes. Depuis 1973, il prône un retour aux sources et encourage les jeunes à respecter leurs aînés, tout en sensibilisant la communauté à l’importance de la préservation de l’environnement. À travers sa passion et son engagement, Blacky incarne une vision inspirante où créativité et écologie se rencontrent.
Il a des objets qui ne le quittent jamais : son chapeau, ses lunettes et sa pipe. Pour accéder à l’antre de l’artiste, il faut escalader les grosses pierres qui bordent la mer. Non loin de Magic Land, la mer semble murmurer des histoires de créativité et de résilience. Au bord de cette plage, depuis 1973, vit un artiste au parcours singulier : Serigne Matar Cissé, affectueusement connu sous le nom de Blacky.
Lorsque l’on croise Blacky, on pourrait d’abord penser qu’il souffre de problèmes de santé, une impression qui s’efface aussitôt dès qu’on engage la conversation avec lui. Véritable monument de la culture locale et bibliothèque vivante de connaissances, il incarne la fusion entre l’art et l’engagement écologique. Son accoutrement : une écharpe aux couleurs du drapeau national soigneusement enroulée autour de la tête, un manteau rouge flamboyant et un pantalon noir. Des chapelets apparaissent autour de son cou, ajoutant une touche spirituelle à son allure.
Cet homme, à la taille moyenne et au sourire chaleureux, est un véritable symbole de la culture locale. Pas de lit, ni rien qui puisse indiquer qu’une personne loge sur les lieux. Tout est noir. C’est étonnant ! Mais pour lui, c’est une « chambre d’hôtel ». Son choix d’y habiter n’est pas lié au hasard. Se considérant comme un incompris, Serigne Matar Cissé vit dans son propre monde, qu’il dénomme « le cimetière des arts ».
Il est entouré de colliers, de gris-gris, de sachets plastiques, de bouts de bois, de grosses pierres ou encore de morceaux de valises. Pour lui, tout est bon pour donner vie à un nouvel univers. Un monde rempli de personnages qui prennent vie et communiquent.
Blacky n’est pas un artiste comme les autres. Chaque jour, il arpente le rivage, scrutant le sable à la recherche de trésors oubliés : des déchets rejetés par les vagues, vestiges d’une société de consommation souvent indifférente. Ces objets, des plastiques usés aux morceaux de verre coloré, deviennent les matériaux de ses œuvres.
Pour lui, chaque déchet a une histoire à raconter et, à travers ses créations, il cherche à témoigner de la beauté cachée dans ce que d’autres considèrent comme des débris. Il fait de l’art abstrait au bord de la mer. Contrairement à son environnement, Serigne Matar Cissé est « normal ». Délaissé par une société qui ignore son talent, ce natif de la Médina a trouvé refuge au bord de cette plage.
« Je suis venu m’installer sur ces lieux parce que je ne me retrouve plus dans cette société sénégalaise. Et je ne regrette vraiment pas d’y être venu, je sais que je suis incompris par la société. Beaucoup de gens me prennent pour un fou. Oui, je le suis, mais à ma façon », explique-t-il d’un air serein et dans un bon français. « J’ai choisi la mer parce qu’elle est ma confidente, jamais elle ne me trahirait », ajoute-t-il d’un air convaincu.
Matar Cissé n’a pas de téléphone pour communiquer. Le déracinement et la perte des valeurs sont les messages qu’il lance à travers ses œuvres. Son habitation est un véritable musée à ciel ouvert, où l’imagination flambe au contact de la réalité. Ces œuvres évoquent des émotions profondes et encouragent à la réflexion. Blacky ne se contente pas de créer ; il prône également un retour aux sources, rappelant aux jeunes l’importance des valeurs traditionnelles et du respect des aînés. Pour lui, la jeunesse doit se reconnecter avec ses racines et apprendre à honorer ceux qui ont construit le monde d’aujourd’hui.
« Joe Ouakam, son idole »
Né en 1956, Matar a passé son « temps boy » (enfance) à la Médina, quartier populaire de Dakar. Pipe, barbe blanche, ouverture d’esprit, Matar épouse les traits de son idole et ami d’enfance, Joe Ouakam. Certes, ce dernier n’est plus de ce bas-monde, mais pour lui, son âme reste et inspire des générations. C’est avec un cœur rempli de bonheur que Matar se rappelle leur amour commun pour la culture, le cinéma en particulier. Mais pour lui, le cinéma d’aujourd’hui est très différent de celui d’hier.
Nostalgique du cinéma des anciens, l’artiste invite les jeunes à retourner aux sources. Il a joué dans de nombreuses pièces théâtrales. Celle qui l’a le plus marqué est « Waajur » (parent en langue wolof). « À travers cette pièce, j’ai voulu montrer l’importance des parents dans la vie d’une personne. Quand ils sont là, il faut profiter d’eux », conseille-t-il. Un message qu’il a compris quand les siens sont partis à jamais. Vivant parfaitement son panafricanisme et son esprit « révolutionnaire », son surnom colle parfaitement à son teint d’un noir d’ébène.
Ce sont les femmes restauratrices sur la plage qui lui donnent à manger, gratuitement. Son repas préféré est le mafé, un plat à base de pâte d’arachide, que déguste souvent cet homme à la fois père et chef de famille. « J’ai une vingtaine d’enfants. Je suis un polygame et j’ai connu beaucoup de divorces », déclare l’artiste au chapeau beige-noir. « Durant ma jeunesse, beaucoup de filles me faisaient la cour. J’étais tout le temps sur mon trente et un », poursuit-il dans un grand éclat de rire. Un rire qui semble traduire un certain optimisme. En effet, sa relève d’artiste est bien assurée au sein même de sa famille, car une de ses filles fait du théâtre. Même s’il ne vit pas avec ses enfants, certains parmi ces derniers passent de temps en temps lui rendre visite dans son « cimetière des arts ».
« L’art doit servir à éveiller les consciences »
Blacky croit fermement que l’art doit servir à éveiller les consciences. À travers ces interactions, il transmet non seulement des compétences artistiques, mais aussi un message puissant : la nature doit être respectée, et chacun a un rôle à jouer dans sa préservation.
En dépit des températures fraîches que connaît la région de Dakar, il affirme que cela ne le dérange guère, étant donné qu’il vit au bord de la mer. Sa chaleur humaine est palpable, et son ouverture au débat témoigne de son désir d’échanger et de partager. Dans des conditions de vie modestes, Blacky fait preuve d’une sagesse rare, nous révélant qu’il trouve la paix tant intérieure qu’extérieure.
Interrogé sur sa manière de gérer ses problèmes de santé, il répond avec sérénité : « Je me remets à Dieu ». C’est cette foi inébranlable qui nourrit son art abstrait, fait de déchets recyclés, tout en lui permettant d’affronter les défis de la vie avec un esprit positif. Blacky ne se contente pas de créer ; il inspire, encourage les jeunes à valoriser leurs racines et à respecter leurs aînés, tout en prônant une conscience écologique. Dans chaque œuvre qu’il réalise, il encapsule non seulement une vision artistique, mais aussi un message puissant de résilience et de respect pour la nature et la culture.
Loin d’être un simple artiste, Serigne Matar Cissé est un visionnaire, un rêveur éveillé qui utilise son talent pour catalyser le changement. Avec chaque sculpture, il nous rappelle que l’art peut transcender les barrières et inviter à une prise de conscience collective. Depuis cette plage qu’il a choisie comme maison, Blacky continue de tracer son chemin, un déchet à la fois, redonnant vie à des matériaux oubliés tout en honorant les valeurs essentielles de la vie.
PAR OUMAR NDIAYE
APTITUDES CAPACITAIRES ET INQUIÉTUDES SÉCURITAIRES
"C’est au Tchad que l’interventionnisme de l’armée française en Afrique a réalisé ses plus hauts faits d’armes et écrit ses plus belles pages qui sont en train de se tourner. À plusieurs reprises, sous le règne d’Idriss Déby Itno..."
C’est au Tchad que l’interventionnisme de l’armée française en Afrique a réalisé ses plus hauts faits d’armes et écrit ses plus belles pages qui sont en train de se tourner. À plusieurs reprises, sous le règne d’Idriss Déby Itno, la France a été sollicitée pour stopper les incursions de colonnes rebelles qui sont fréquentes et récurrentes dans ce pays. Le Tchad, comme décrit par l’universitaire française Marielle Debos dans son ouvrage « Le Métier des armes au Tchad », publié aux éditions Karthala en 2013, « est le pays des guerres sans fin et aussi des guerres fraternelles ».
Cette permanence des conflits a permis à cet État d’être en avance dans le domaine sécuritaire. Même s’il n’a pas encore atteint une certaine autonomie stratégique, le Tchad est l’un des rares pays de la bande saharo-sahélienne à avoir des aptitudes capacitaires de son armée face aux inquiétudes sécuritaires de cette zone marquée par les menaces asymétriques incarnées essentiellement par le terrorisme. Avec des forces de défense et de sécurité aguerries et rompues à la tâche, dans un pays où le métier des armes est d’une grande permanence, le Tchad a donc une grande expérience opérationnelle.
Mais, avec les contingences externes et ses divergences domestiques, son appareil sécuritaire est, des fois, sous situation d’urgence. Pour preuve, la dernière séquence de la « mort au front » du père de l’actuel Président, le maréchal Idriss Deby Itno. Actuellement, du nord, avec la Libye, à l’est, avec les frontières qu’il partage avec le Soudan, en passant par le bassin du Lac Tchad, sujet à des tensions sécuritaires et identitaires, le régime tchadien semble être cerné par une conflictualité qui appelle à avoir un appareil sécuritaire pouvant y faire face. Malgré la richesse de sa trajectoire et son histoire militaire tant vantée, le Tchad a eu à faire appel à la France, surtout côté appui aérien, pour vaincre tous les périls en face. Aujourd’hui que cette présence française vit ses dernières semaines, il y a des questions à se poser sur les aptitudes capacitaires de ce pays face aux inquiétudes sécuritaires qui l’assaillent de toutes parts, sans compter la situation politique interne qui ne s’est toujours pas stabilisée.
La sécurité est certes un domaine de souveraineté, mais il est indispensable de nouer des partenariats et des alliances stratégiques afin d’avoir une bonne complémentarité et une mutualité. Avec la dislocation du G5 Sahel, matérialisée par le départ du Burkina et du Niger qui ont suivi le Mali, cette force conjointe n’est plus totalement opérationnelle. Au mois de novembre dernier, le Tchad s’était aussi retiré de la Force mixte multinationale composée du Nigeria, du Cameroun, du Niger et du Bénin et qui avait pour but de lutter contre le banditisme et la grande criminalité dans le bassin du Lac Tchad. Autant de retraits qui vont certainement mettre sous pression l’armée tchadienne qui, malgré sa montée en puissance et son professionnalisme, devra davantage développer des aptitudes capacitaires devant des inquiétudes sécuritaires de plus en plus présentes et prégnantes tout autour du pays…
PAR CHEIKH AHMAD TIDIANE SY AL AMIN
POUR RÉUSSIR L’AGRICULTURE, IL FAUT ORGANISER LE MARCHÉ
"L’agriculture est le parent pauvre des banques en raison du profil de risques des entreprises agricoles lié aux contraintes de production ( matériel végétal non performant, maladies, intempéries)..."
Produire c’est bien mais bien vendre c’est encore mieux.
La souveraineté alimentaire est la base du référentiel de politique agricole des nouvelles autorités. À cet effet, l’Etat a identifié des filières prioritaires pour servir de locomotive à notre agriculture. Force est de constater que nos politiques publiques mettent l’accent plutôt sur la production que sur le marché.
En effet, la réussite de notre politique agricole repose sur le triptyque FINANCEMENT-PRODUCTION-MARCHE.
L’AGRICULTURE est le parent pauvre des banques en raison du profil de risques des entreprises agricoles lié aux contraintes de production ( matériel végétal non performant, maladies, intempéries) mais aussi et surtout les contraintes liées à l’inorganisation du marché.
Si les avancées technologiques permettent de plus en plus de maîtriser la production avec l’utilisation de variétés hybrides très performantes, les abris serres qui assurent une meilleure protection des cultures face aux maladies et intempéries, la maîtrise du marché reste le maillon faible des filières agricoles.
Le marché des produits agricoles est incertain en terme de disponibilité des produits et de formation des prix.
Le producteur et son banquier n’ont souvent aucune maitrise a priori sur les quantités et les prix de vente, car les lois du marché sont viciés par les contraintes logistiques et l’asymétrie de l’information entre le producteur et le marché. D’où le peu d’intérêt des institutions financières à soutenir le secteur.
Il faut le reconnaître, on ne réussira jamais une agriculture performante sans le soutien d’un secteur bancaire maîtrisant les risques liés à la production et à l’écoulement des produits sur le marché.
Pour arriver à concilier la production, le marché et le financement, nous explorons ici quelques pistes de réflexion :
1. Créer un marché de gros des produits agricoles qui met face à face une offre et une demande de produits agricoles en temps réel. Le marché d’intérêt national dispose de toutes les infrastructures pour créer cette bourse des produits agricoles qui bannit le diktat des intermédiaires acheteurs bords champs.
2. Mettre en place des infrastructures de stockage et une chaîne logistique pour réguler le marché des produits agricoles surtout en cas de surproduction par rapport aux besoins du marché. Le développement du système de récépissé d’entrepôt qui permet de sécuriser les stocks et de les faire valoir auprès des institutions financières pour la levée de fonds.
3. Revoir notre dispositif prudentiel en développant des schémas de financement innovants et des mécanismes de garantie crédibles (fonds de garantie de l’Etat, nantissement de stocks, ventes à terme) afin d’inciter les banques à financer les filières stratégiques.
Enfin, Pour réussir notre agriculture, il faut gagner le pari du financement en organisant nos marchés sous la régulation de l’Etat. C’est tout l’intérêt de la mutualisation de la commercialisation par la mise en place de coopératives de ventes basées sur les filières et non sur les communes.
CASAMANCE, L’HUÎTRE NE NOURRIT PAS ENCORE LES FEMMES
Malgré le potentiel ostréicole de la région, les contraintes logistiques et financières freinent son développement. La FAO et l’État du Sénégal travaillent à moderniser la filière à travers un programme de mise aux normes sanitaires et phytosanitaires.
En Casamance, des milliers de femmes s’activent dans la cueillette d’huîtres. Mais les gains restent modestes. Pour booster la filière et valoriser le travail conchyliculteur (élevage des coquillages), la Fao accompagne l’État du Sénégal dans un programme de mise aux normes sanitaires et phytosanitaires. Ce dossier a été réalisé lors d’un voyage de presse organisé par la Fao à Sédhiou et à Ziguinchor, du 15 au 20 décembre 2024.
Elles sont armées de couteaux et de coupe-coupe. Les pieds nus, elles s’avancent dans l’eau. D’un pas assuré, malgré le sol argileux, elles s’enfoncent dans la mangrove, tout en entonnant une chanson en Mandingue. Elles plongent leurs mains dans l’eau. Au bout de quelques minutes, elles viennent reverser les huîtres dans un panier à fibres de rônier avant de repartir vers la mangrove. Obligés de céder momentanément leur lieu de repos, quelques oiseaux de mer regardent le spectacle du haut du ciel. Ce geste, les femmes du village de Diao Insa Ba (commune de Bemet Bidjini, arrondissement de Djibabouya, département de Sédhiou) le répètent depuis des années. La cueillette des huître fait partie de leur quotidien. Cependant, l’activité ne leur rapporte pas grand-chose. « Nous vendons le pot d’huîtres transformées à 500 FCfa. Au maximum, nous gagnons entre 4000 et 6000 FCfa après chaque récolte », explique Aminata Mané. La commercialisation constitue la principale contrainte pour ces femmes. Faute d’acheteurs, la récolte d’huîtres est essentiellement destinée à la consommation des ménages du village. « Nous voulons aussi être accompagnées dans la formation et l’acquisition d’équipements », ajoute Adama Dabo.
Sur ce cite, l’exploitation de l’huître se fait encore de façon artisanale et elle semble à ses balbutiements. Pendant longtemps, les responsables du ministère de la Pêche ont pensé qu’il n’y avait pas d’huîtres à Sédhiou. C’est seulement en 2022 que ce site a été découvert. L’objectif est d’ériger un bassin d’ostréiculture sur ce site pour booster le potentiel. « Si les moyens suivent, je compte démarrer ce projet en 2025 », indique Abdoulaye Diallo, chef de service régionale de l’Agence nationale d’aquaculture (Ana) à Sédhiou. Au bord de l’eau est accostée une vieille pirogue à rames. Dans cette partie où s’entrecroisent le fleuve Casamance et son affluent le Soungrougrou, la mangrove devient plus dense à mesure qu’on remonte vers Ziguinchor.
Passer de la cueillette à l’ostréiculture Contrairement à Diao Insa Ba où les femmes cueillent directement les huîtres de la mangrove, à Ouronck (près de Katakalousse), l’activité est plus développée. C’est l’un des plus importants sites d’exploitation d’huîtres en Casamance. C’est ici qu’est implanté le seul bassin de dégorgement de la région de Ziguinchor. On est carrément dans l’ostréiculture, c’est-à-dire l’élevage d’huîtres. Le potentiel est nettement plus important. Dans ces bolongs du fleuve Casamance qui polarise 21 îles (14 dans la commune de Kafountine et 7 dans la commune de Djembering), l’huître est disponible en abondance, mais c’est tout un défi que d’aller le récolter. « Nous empruntons une pirogue à rames.
En plus des risques que cela comporte, nous ne pouvons pas atteindre certaines zones » renseigne Maïmouna Gomis, présidente du Gie Sotiba de Ouronck. Lors de notre passage, mardi 17 décembre, nous empruntons une pirogue à moteur pour rejoindre la mangrove. Au vrombissement du moteur, la pirogue s’élance, traçant une éphémère ligne sur l’eau. « C’est ici », lance Maïmouna. La pirogue s’ajuste vers le feuillage touffu. Pendant la récolte, les femmes plongent dans l’eau qui leur arrive à la poitrine, mais en cette période de haute marée, nous restons tous à bord. Maïmouna soulève une branche. « Vous voyez les huîtres ! », s’exclame-t-elle. De l’autre côté, on aperçoit Essaout derrière une ligne compacte de mangrove. Nous nous approchons des guirlandes et des coupelles. Ces équipements ont été installés par l’Agence nationale d’aquaculture afin de permettre aux naissains (les petites huîtres) de s’accrocher. Une fois qu’ils auront atteint une certaine taille, les femmes viennent les recueillir et les mettre dans les pochons pour le grossissement. « Au début, la collecte se faisait de façon artisanale dans les mangroves.
En installant des coupelles, on crée des conditions favorables pour permettre à l’huître de s’accrocher et cela facilite le détroquage », explique Mariama Faye. Les femmes ont également bénéficié d’un renforcement de capacités sur les méthodes de grossissement. Après la récolte, les huîtres sont mises dans le bassin de dégorgement pendant deux à trois jours avant la commercialisation. Contraintes D’après Mariama Faye, les femmes ont compris l’intérêt des infrastructures d’élevage d’huîtres. Mais ces infrastructures ne sont pas aussi accessibles à la majorité des Gie. Par exemple, il n’y a qu’un seul centre de dégorgement dans toute la région de Ziguinchor. Et ces femmes n’ont pas les moyens (camion frigorifique) pour transporter les huîtres vers ce site de traitement. Plus globalement, les ostréiculteurs de la Casamance sont confrontés à un manque de moyens. « Nous n’avons qu’une seule pirogue à rames et pas assez de gilets de sauvetage ; ce qui limite nos déplacements. Nous avons vraiment besoin d’être aidées », plaide Maïmouna Gomis. Le constat est similaire à Tobor, non loin de Ziguinchor. Sur ce site, les femmes travaillent dans des conditions difficiles pour un gain négligeable.
L’exploitation de l’huître est une vraie corvée. « Nous faisons le conditionnement de l’huître dans des bocaux dans nos maisons. Si l’on pouvait nous aider à avoir un endroit répondant aux normes d’hygiène avec les équipements nécessaires, nous pourrions augmenter notre production », plaide Mariama Diédhiou, présidente de la fédération Youlaye (huître en diola) de Tobor. L’autre écueil, c’est le manque de financement, parce que les infrastructures pour l’ostréiculture coûtent cher. Depuis 2021 l’Ong Aceas accompagne les femmes d’Ouronck (Katakalousse), notamment dans la confection, l’installation et le nettoyage de guirlandes et la valorisation de l’huître. Selon Mariama Badji, une des formatrices, cet accompagnement a permis une augmentation de la production d’huîtres sur ce site. « Depuis qu’on a commencé à former les femmes, elles ont non seulement amélioré la technique de collecte et de transformation de l’huître, mais aussi l’hygiène », dit-elle. À son avis, le potentiel ostréicole est là, mais les femmes manquent de moyens pour la cueillette. « Elles n’ont même pas de pirogues à moteur », constate Mariama Badji.
L’enjeu d’une classification des sites de production
Pour accompagner le développement de la filière huître au Sénégal, la Fao a lancé un programme de mise aux normes sanitaires et phytosanitaires afin de promouvoir la sécurité sanitaire des coquillages et leur accès aux marchés régionaux et internationaux. Il est doté d’un budget de 854.518 dollars (environ 530 millions de FCfa). Il comprend un volet de surveillance sanitaire des zones de production. Chaque mois, des techniciens effectuent des prélèvements sur les 50 sites identifiés sur le plan national. Les échantillons sont ensuite envoyés au laboratoire national d’analyse et de contrôle à Dakar pour effectuer des analyses microbiologiques et chimiques. Le protocole de prélèvement consiste d’abord à faire une inspection du littoral pour recueillir les données physico-chimiques avant de passer au prélèvement proprement dit.
« Il faut mettre l’échantillon dans de bonnes conditions dans des carboglaces et des isolants et les acheminer à Dakar dans les 24h », explique Mariama Faye, cheffe du service régional de l’Ana à Ziguinchor et point focal dans le projet. À la fin de l’étude, les sites seront classés sur une échelle de A à D, suivant le seuil de précision. Si un site est classé A, cela veut dire que le produit ne présente aucun risque sanitaire et qu’on peut récolter et commercialiser directement les huîtres. Si le site est de classe B, il faut dégorger les huîtres avant de les commercialiser. Pour les sites classés C, il faut, en plus du dégorgement, épurer les huîtres (dans un centre d’épuration) avant de les commercialiser. Enfin, les sites classés D sont inexploitables, parce que présentant un niveau élevé de contamination.
Selon Abdallah Thiam, consultant sécurité et santé des aliments à la Fao et coordonnateur adjoint du projet, il y a un potentiel ostréicole important dans plusieurs zones du Sénégal. « Avec les prélèvements que nous effectuons sur les sites, nous cherchons à savoir si les produits sont contaminés par d’autres germes microbiologiques ou s’ils ont des contaminants chimiques. À la fin du plan de surveillance que l’on est en train de mettre en œuvre, il y aura une classification des sites permettant de déterminer si, en plus du dégorgement, il est nécessaire de procéder à une purification avec la mise en place d’un centre d’épuration », explique-t-il. Selon Dr Mamadou Ndiaye, expert au bureau sous-régional de la Fao pour l’Afrique de l’Ouest et coordonnateur du projet, le taux d’exécution est estimé à 65-70%. « Normalement, le projet doit finir en mars 2025, mais nous avons sollicité une prolongation de quelques mois en espérant que, d’ici à la fin 2025, on pourra arriver à l’ensemble des résultats prévus », dit-il.
LE COMBAT POUR LES PROCHAINS MOIS EST L’ASSAINISSEMENT DE L’ADMINISTRATION
Lors de la finale du GOV’ATHON, une compétition célébrant l’innovation numérique, le Premier ministre a annoncé de grands chantiers pour réformer et moderniser l’administration sénégalaise.
Le Premier ministre, Ousmane Sonko, a présidé ce 23 décembre la finale du GOV’ATHON, une compétition qui prime l’innovation dans le numérique et la modernisation de l’administration sénégalaise. Lors de sa prise de parole, le chef du gouvernement s’est exprimé sur la nécessité d’assainir l’administration et d’en faire un «outil au service du citoyen ».
A ce titre, il annonce de grands chantiers en ce sens dans les prochains mois et années pour permettre à ce pan de la République de panser «ses maux liés à la qualité de service à l’usager ».
«En tant que chef du gouvernement et en tant qu’ancien fonctionnaire malheureusement radié, je puis vous assurer que le plus grand combat pour les prochains mois et les prochaines années est celui de l’assainissement de notre administration (…). Ses maux sont liés à la formation à la base et à la pratique d’une administration encore cantonale à l’usager est considéré comme redevable alors que l’on parle de service au contribuable. C’est lié également au manque de corrélation entre l’objectif de développement et notre administration. Il faut que cette administration devienne une administration du développement. Elle ne l’est pas suffisamment aujourd’hui », a-t-il déclaré.
À noter que les 12 projets primés dans ce concours vont être intégrés dans 12 ministères afin de l’aider dans sa modernisation et dans son développement numérique.
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LE SÉNÉGAL RÉVEILLE SES TALENTS
Le choix passé d'un logiciel étranger coûteux au détriment de l'expertise locale sert désormais d'anti-modèle pour le gouvernement. Cette leçon d'histoire récente guide aujourd'hui une politique ambitieuse de soutien à l'innovation nationale
En dénonçant les erreurs du passé en matière de choix technologiques, le Premier ministre Ousmane Sonko a placé l'expertise locale au cœur de sa vision pour le développement du Sénégal. Lors de la finale du Gov'athon ce lundi 23 décembre 2024, il a partagé une expérience personnelle révélatrice des enjeux de souveraineté technologique.
"Il y a une vingtaine d'années, quand je venais d'arriver dans l'administration fiscale", a raconté le Premier ministre, "des Sénégalais avaient conçu pour la douane un progiciel appelé système Gaindé". Ce projet, développé localement "avec l'expertise sénégalaise", avait été vendu à un prix très compétitif et avait permis d'importantes améliorations dans la collecte des recettes douanières.
Mais quelques années plus tard, la direction des impôts a fait un choix différent : "recourir à un prestataire étranger d'Amérique du Nord qui nous a vendu un logiciel qui coûtait certainement dix fois plus cher et dont nous n'avions même pas les clés". Cette décision s'est révélée encore plus coûteuse avec le temps, nécessitant "d'avenant en avenant beaucoup plus d'argent encore, à chaque fois il fallait payer quelques milliards de plus".
Pour le chef du gouvernement, cet exemple illustre "les mauvais choix qui ne découlent pas d'une rationalité qui intègre les questions de souveraineté et de sécurité". Il plaide au contraire pour "l'encouragement que l'État doit apporter à la recherche locale, à la recherche nationale et à l'éclosion, petit à petit, de petites structures qui vont aller progressivement vers la conquête certainement du continent et du monde".
Cette vision semble déjà porter ses fruits. Dans le cadre du Gov'athon, plusieurs projets présentés par de jeunes talents sénégalais ont démontré leur potentiel international. Le Premier ministre a notamment cité un outil de gestion scolaire comparable à une solution étrangère récemment présentée au président de la République : "Les idées sont là, les compétences sont là, il faut juste accompagner, encadrer et c'est ce que nous allons faire".
Pour soutenir cette dynamique, le gouvernement a annoncé une prime de 3 millions FCFA pour chacun des neuf finalistes non primés du concours. "Le secteur de la recherche et de l'innovation sera un secteur au-devant des priorités de l'État du Sénégal", a promis Ousmane Sonko, insistant sur le fait que "avoir la possibilité de développer ses propres outils est une question de souveraineté et donc de sécurité nationale".
En conclusion de cette première édition du Gov'athon, qualifiée de "meilleure initiative gouvernementale" depuis l'installation du nouveau gouvernement, le Premier ministre a réaffirmé sa confiance dans la jeunesse sénégalaise : "C'est vous en réalité le projet dont on parle. Ce n'est pas le président Bassirou Diomaye Faye, ce n'est pas son Premier ministre, ce n'est pas le gouvernement, c'est vous".
DU NOUVEAU DANS L'AFFAIRE FRANÇOIS MANKABOU
Selon son avocat, il aurait été pisté par un proche d’un responsable politique avant son arrestation. Me Kabou dénonce des zones d’ombre autour de cette affaire et pointe des lenteurs dans l’enquête.
C’est Me Kabou qui donne l’information sur sa page Facebook. Selon lui, Francois ManKabou, du nom de cet ancien garde du corps arrêté en juin 2022 dans un contexte de tensions politiques préélectorale et décédé en juillet 2022 en détention dans un hôpital, a été pisté par un proche d’un responsable de l’ancien régime, des jour avant son arrestation.
“Dans l’affaire François ManKabou, quelqu’un de très proche d’un homme politique l’a pisté des jours avant son arrestation. Cette même personne a annoncé le décès de Monsieur ManKabou à ses proches se faisant passer pour un infirmier dans un premier temps et ensuite ambulancier de l’hôpital principal”, a affirmé Me Kabou.
Avant d’ajouter: “Nous avons réussi à remonter les appels jusqu’à avoir le numéro de téléphone de la personne. Une plainte a été déposée auprès de la cybercriminalité contre cette dernière, des proches entendus et jusqu’à présent RIEN. Celles et ceux qui parlaient de vidéo, je vous informe que Monsieur François Mankabou a été très précis dans son descriptif des faits et jusqu’à son lit d’hôpital. On ne joue pas avec la vie des gens. La vie humaine est sacrée”.
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UN SYSTÈME MACROÉCONOMIQUE À ÉCLATER
"C'est une illusion de croire qu'en augmentant le taux de croissance, vous allez significativement réduire le chômage". Ndongo Samba Sylla démonte les mythes économiques dominants et expose les mécanismes d'un Sénégal dans la dépendance
L'économiste du développement Ndongo Samba Sylla pense sans ambages qu'il faut "éclater" tout le système macroéconomique du Sénégal. Invité de l'émission À contrecourant sur l'AS Tv, le chercheur connu pour son militantisme pour la souveraineté monétaire trouve que c'est un cadre qui ne permet aucun développement économique.
Il est un économiste qui refuse les idées reçues et aime questionner, critiquer voire battre en brèches les modèles de développement ambiants, surtout ceux qui sont proches du système néolibéral. Disséquant le système économique du Sénégal, Ndongo Samba Sylla fait un sévère réquisitoire de son cadre macroéconomique. Ainsi, sans langue de bois, il soutient : "Le cadre macroéconomique que nous avons ne permet aucun développement économique digne de ce nom. On va tourner en rond, nous endetter en monnaie étrangère".
À l'en croire, il ne peut pas comprendre que le Sénégal paye sur son budget 2 900 milliards. Le budget de l'éducation nationale pour l'année, c'est plus de 900 milliards. "Alors que les intérêts sur la dette, c'est 900 milliards. Le budget de la santé presque 300 milliards. Donc vous dépensez 10 fois plus pour payer la dette que pour la santé. Quel développement voulez-vous avoir ? Et c'est une tendance qui va se perpétuer", s'indigne l'auteur de l'Arme invisible de la Françafrique, une histoire du Fcfa.
Il ajoute : "À un moment, il faut dire stop. Nous devons mobiliser nos ressources, et quand je dis mobiliser nos ressources, cela suppose que nous avons notre banque centrale, nous avons notre système financier et on alloue les ressources en partant des expertises que nous avons. Quand on veut construire des écoles par exemple, partons d'abord des ressources réelles que nous avons. Tout ce que vous pouvez faire vous-même, il n'y a que vous-même qui pouvez financer ça. Ce n'est pas l'extérieur. Si l'extérieur vous donne l'argent, tant mieux, ça va financer d'autres importations mais ça ne va pas financer ces projets-là".
De son avis, c'est de cette manière qu'il sera possible de créer des emplois pour les jeunes. S'exprimant en outre sur la croissance du Sénégal, il souligne que la loi d'Okun (elle décrit une relation linéaire empirique entre le taux de croissance et la variation du taux de chômage) ne s'applique pas aux pays en voie de développement.
"L'exemple que je donne souvent, c'est la Sierra Leone qui, vers 2013, 2014, avait commencé à exploiter le minerai de fer. Elle a dû enchaîner deux années où il y avait plus de 10% de taux de croissance, et une année même 20% de taux de croissance. Mais cette croissance, la population n'en a pas bénéficié parce que les multinationales qui opéraient dans ce secteur extractif avaient trouvé des failles pour ne rien payer comme taxes, impôts, redevances et autres. Et quand il y avait Ebola dans le pays, on pouvait compter le nombre d'ambulances. La croissance en tant que telle, cela ne veut absolument rien dire", renseigne l'économiste non sans faire savoir que ce qu'il faudrait voir, c'est secteur par secteur. Car d'après lui, ce qui tire la croissance à long terme, c'est le secteur industriel manufacturier.
"C'est une illusion de croire qu'en augmentant le taux de croissance, vous allez significativement réduire le chômage"
"C'est une illusion de croire qu'en augmentant le taux de croissance, vous allez significativement réduire le chômage", prévient l'ancien de la fondation Luxembourg. Proposant des solutions, Ndongo Samba Sylla déclare : "La question de l'emploi, elle se pose différemment à la périphérie. La seule manière de créer des emplois, c'est de mettre en place une garantie d'emploi. Qu'est-ce que cela veut dire une garantie d'emplois ? Cela veut dire que l'État qui a sa propre monnaie va dire que la constitution dit que tout le monde a droit à un emploi décent."
Et il dit : "Les collectivités locales, arrangez-vous pour déterminer vos besoins en termes d'emplois sans concurrencer le secteur privé. Et l'État peut financer cela. Et quand ces gens trouveront mieux ailleurs, ils partiront du dispositif. Ça permet de mobiliser toute la force de travail. Tout le monde est au travail et avec le même niveau de productivité partout. Et il y a une demande et un pouvoir d'achat. Actuellement, pourquoi on ne peut créer des emplois ? Parce que le secteur privé est beaucoup trop exigu. Et le secteur privé est exigu parce que le marché intérieur est étroit".
Selon lui, la plupart des gens sont pauvres, ils n'ont pas de pouvoir d'achat. Les entreprises, explique-t-il, qui naissent vont mourir parce qu'il n'y a pas de débouchés. "Donc d'où peuvent venir les débouchés ? Il ne peut pas venir de l'extérieur parce que nous ne sommes pas compétitifs pour plusieurs raisons. Mais qui peut injecter ce pouvoir d'achat ? Il n'y a que l'État. Mais si vous êtes dans le cadre de l'UEMOA où on vous dit que l'État ne doit pas faire de déficit, cela veut dire que vous n'aurez pas de développement", analyse Dr Sylla.
"Contrairement à ce que les gens pensent, le déficit est une injection nette de pouvoir d'achat"
Et l'ancien pensionnaire du Prytanée militaire de Saint-Louis de révéler : "Le déficit, contrairement à ce que les gens pensent, est une injection nette de pouvoir d'achat. Quand l'État dit que j'ai fait 100 milliards de déficit, cela veut dire que moi, j'ai apporté comme contribution financière 100 milliards. Donc si vous êtes dans un système où on vous dit on ne veut pas de déficit, c'est un système qui dit que je ne veux pas que les entreprises croissent. Quand l'État ne fait pas déficit, cela veut dire que l'État n'apporte rien à l'économie. C'est l'État colonial, il n'apporte rien".
Néanmoins, l'iconoclaste chercheur se veut clair. "Maintenant il ne faut pas faire du déficit pour faire du déficit, le déficit doit être ciblé et tenir compte de l'impact sur la balance de paiement. C'est tout cela l'art de la planification", prévient-il.
"L'emploi, ce n'est pas une question d'employabilité. Ça, c'est une explication farfelue"
Dans le même ordre d'idées, Ndongo Samba Sylla trouve simpliste de penser que le chômage est lié à une question d'employabilité. "L'emploi, ce n'est pas une question d'employabilité. Ça, c'est une question farfelue."
"Tous les jeunes dont on dit qu'ils n'ont pas d'emploi, par chance quand ils traversent le Nicaragua pour arriver aux États-Unis, ces gens ont tout de suite des emplois. Donc dans les pays avancés, avec des technologies avancées, ces gens qui n'ont pas été formés, trouvent des emplois. Vous allez à New-York, vous trouvez beaucoup de livreurs sénégalais. Ces gens ont des emplois dans des pays avancés très riches et ici, on ne peut rien pour vous parce que vous n'êtes pas employables", fulmine-t-il.
Poursuivant son argutie, il note que l'emploi, c'est une question macroéconomique, c'est une question de demande. "Les entreprises privées font du profit. Et si les entreprises ne peuvent pas espérer faire du profit, elles ne vont pas employer. Et pour faire du profit, l'État doit soutenir les entreprises privées. Mais l'État soutient les entreprises privées non pas en les taxant mais en dépensant net pour les entreprises privées, c'est-à-dire qu'on vous prélève 100 mais on dépense 150", prône-t-il.
Et Sylla de rappeler pour s'en désoler : "Mais maintenant, vous êtes dans un cadre macroéconomique qui vous dit : nous ne voulons pas de déficit, ce qui nous intéresse, c'est de mettre la parité fixe avec l'euro, donc il n'y a pas de crédits. Ou quand on vous donne des crédits, c'est à des taux de 15%, 16%. Mais quelle économie voulez-vous avoir ? C'est pourquoi je dis que tout ce cadre, il faut l'éclabousser".
"Il faut mettre en place un cadre économique de souveraineté monétaire"
De l'avis de Ndongo Samba Sylla, il faut mettre en place un cadre national de souveraineté monétaire, et un cadre de planification de politique industrielle. Et faire attention aux dépenses publiques et à leurs conséquences en termes d'inflation et sur la balance des paiements. C'est tout l'art de la gestion macroéconomique, parce que tout ce que vous pouvez faire vous-même, vous n'avez pas besoin d'un dollar de l'extérieur. Et quand vous employez tous vos jeunes, vous leur donnez la possibilité de s'employer, ils ont un pouvoir d'achat, vous pouvez canaliser ce pouvoir d'achat pour acheter les produits sénégalais et c'est comme ça que vous créez un cercle vertueux", préconise-t-il non sans signaler qu'avec ce modèle, les entreprises vont croître, et certains qui étaient dans les dispositifs de garantie d'emplois, qui ont été formés, vont être recrutés par le secteur privé. "C'est comme ça qu'on avance. Les problèmes économiques que nous avons sont différents de ceux des pays".