EXCLUSIF SENEPLUS - C'est à un travail de sape de tous les efforts, de toutes les énergies intellectuelles et matérielles que vient de se livrer M. Diagne. C'est à se demander d'ailleurs qui de lui et des "Tirailleurs sénégalais" est traitre
Très souvent, quand Monsieur Cheikh Oumar Diagne ouvre la bouche, il en sort des propos intempestifs, peu réfléchis et infondés qui soulèvent indignation, tristesse et colère des gens. « Parlez de moi en bien ou parler de moi en mal, mais PARLEZ DE MOI », semble être la devise de Monsieur Diagne. Il vient encore d'atteindre cet objectif en ce 24 décembre 2024 en affirmant que : "Les tirailleurs sénégalais sont des Traites." Voilà une affirmation basée sur une complète ignorance du contexte historique de la participation de ces combattants Africains à la libération de la France du Nazisme dénommés "Tirailleurs sénégalais" même s'ils ne venaient pas uniquement du Sénégal mais de dix et sept (17) pays d'Afrique subsaharienne. Ce, sans compter ceux qui venaient des pays frères de l'Afrique du Nord. Notons en passant que ce massacre d'anciens combattants Africains contre l’Allemagne Nazie a également eu lieu en Algérie, dans la ville de Séti, le 8 mai 1945.
Monsieur Oumar Diagne semble ignorer que le recrutement de ces Africains s’opérait dans un contexte de domination coloniale où le colonisé n'avait pas son mot à dire sur les décisions du colonisateur. Comme vient de le rappeler l'historien Maodo Ba, lui-même petit-fils d'un "Tirailleurs sénégalais": «...les non-conscrits sont des indigènes recrutés de force dans les colonies de l’AOF et de l’AEF durant la Première Guerre comme la Seconde Guerre mondiale.» Pire encore : « Des villages entiers ont été rayés surtout dans l’AOF pour obliger les indigènes réfractaires à se mobiliser dans l’armée française », dit-il. (Cf.: DakarMatin / Matar Cissé, 24/12/24). Donc, le recruté n'avait pas le choix d’aller combattre ou pas.
C'est face à l'enlisement et les immenses pertes de l’armée française surtout à la bataille de la Marne en 1914 que la France s'est tournée vers son empire colonial. Ce faisant, elle se lança quelque fois avec violence dans des opérations de recrutement de combattants en Afrique tant de l'Ouest que du Nord. C'est donc fondamentalement faux, quand monsieur Oumar Diagne soutient que les "Tirailleurs sénégalais" se battaient pour de l'argent. Dans son ignorance, il les assimile à des mercenaires. Or, ceux-ci négocient dès le départ les services qu'ils vont fournir et leurs rémunérations.
Alors que les soldats Africains ne savaient ni ce qui les attendait en France, ni s'ils allaient être payés au terme de leur participation à cette guerre des blancs. C'est en voyant au moment de la démobilisation leurs collègues français percevoir des primes de guerre, qu'ils ont réclamé leur part vu qu'ils avaient combattu avec eux sur les mêmes champs de bataille, vécu les mêmes souffrances, opéré la même résistance et gagné ensemble la guerre de libération de la France. D'ailleurs, beaucoup de soldats français et de citoyen-e-s des villes libérées par l'armée africaine ont soutenu et soutiennent encore les revendications de ces vaillants soldats Africains. Notons qu’ils n'étaient pas non plus intellectuellement des abrutis. Ils avaient beaucoup appris des us et coutumes des Occidentaux et y faisaient face avec intelligence.
En outre, les affirmations de Monsieur Diagne constituent une offense non seulement à la mémoire des "Tirailleurs sénégalais" et à leurs descendant-e-s, mais aussi à toutes les générations d'Africain-e-s qui se sont engagés dans la lutte contre l'oubli du massacre de Thiaroye 44, et, pour que justice leur soit rendue. De même, Monsieur Diagne insulte l'intelligence de générations de poètes, de cinéastes, de documentalistes, d'écrivains, d'artistes, d'historiens, d'experts dans divers domaines et celle des autorités politiques qui se sont engagés avec force et détermination pour la cause de ces "Tirailleurs sénégalais" qui dit-il, sont des traites. Il est l'unique être intelligent à comprendre que c'était pour des traîtres que tout ce beau monde exigeait durant des décennies la reconnaissance de leur massacre et sa réparation.
Quand ces propos offensants viennent au lendemain de la brillante commémoration du 80ème anniversaire du massacre de Thiaroye organisée par l'État du Sénégal en présence d'invités de marque, de la Diaspora africaine en Europe et en Amérique et la participation du peuple sénégalais, cet acte est gravissime, c'est une haute trahison.
C'est à un travail de sape de tous les efforts, de toutes les énergies intellectuelles et matérielles que vient de se livrer M. Diagne. C'est une haute trahison avant tout vis-à-vis de son employeur notamment, le chef de l'État du Sénégal. C'est à se demander d'ailleurs entre les "Tirailleurs sénégalais" et Monsieur Oumar Diagne, qui est traitre.
C'est d'autant plus dommage que cette trahison vient d'un homme haut perché à la présidence de la République du Sénégal dirigée par un leader de l'âge du massacre c'est-à-dire 44 ans qui avait su de concert avec son Premier ministre qui avait tapé son poing sur la table en disant au président de la France : «Ce n'est pas à vous de déterminer unilatéralement le nombre de tirailleurs morts pour la France » et qui, ensemble, avaient organisé admirablement en cette année 2024, la commémoration du massacre de Thiaroye 44.
Il est vraiment temps de mettre fin aux multiples bévues de Monsieur Diagne, surtout en tant que membre de l'État sénégalais. Car, il vient d'arroser le Sénégal de honte et d'enlever à ses dirigeants et à son peuple toute la joie et toute la fierté qu'ils/elles avaient tiré de cette magnifique commémoration de Thiaroye 44 au point que le président de la France reconnaisse enfin : "QUE OUI, À THIAROYE 1944, C'ÉTAIT UN MASSACRE."
Que les descendant-e-s des "Tirailleurs sénégalais" blessé-e-s par les propos offensants du ministre conseiller à la République du Sénégal, reçoivent ici toute ma solidarité.
Dre Ly-Tall Aoua Boca rest sociologue/analyste politique, chercheure & socio-historiographe.
La buée de sauvetage du pays de la Téranga pour se mettre hors de la voie de la perdition serait de voir le seul élu assumer la plénitude de sa charge en préservant les mécanismes de fonctionnement normal de l’État de droit
L’Histoire est un recueil de triomphes et défaites, de lumières et ténèbres à travers lesquels sont enregistrés des avancées et et les reculs des peuples.
Notre société sénégalaise est en majorité croyante, la foi est source de sa résilience, le lit où elle tire ses forces, mais aussi le nid où naissent ses faiblesses.
Un peuple dont la foi est profonde, béni soit-il, peut également être entraîné par les imposteurs, hélas. Le fil est ténu entre l’émergence et la dégénérescence.
L’exemple le plus instructif nous est révélé par le peuple juif. Après sa traversée miraculeuse de la mer fendue, libéré du joug du Pharaon, durant la période de retrait de Moïse, la population sombrait dans la perdition, les extravagances et le mépris pour les lois. Un grand manipulateur avait émergé, talentueux orateur, séducteur des âmes nommé Samiri.
Le charismatique Samiri, personnage attractif, prophétise et promet le paradis aux enfants d’Israël hypnotisés par ses discours enivrants sous les éclats scintillants du veau d’or qu’il avait substitué au Dieu unique.
Samiri ne se privait pas, il avait libéré les sens, dans un projet attirant comme l’aimant la majorité de jeunes et femmes.
Ils n’avaient désormais les yeux et les oreilles que pour lui. De sa baguette magique, il pourrait mettre fin au chômage et la corruption. Sweet Beauté lui avait ouvert le ciel. Un dicton de chez nous proclame :"Saï-saï bu mag defay niru waliyu"- "Saï-saï mawdo faayda te ko e walliyu", autrement dit : le ban-dit emprunte les traits du saint !
Le Sénégal vit vraisemblablement à l’ère Samiri. Le pays des grands érudits est entraîné dans une frénésie de la démagogie, de la niaiserie et l’hypocrisie. Le peuple "délivré" est délirant, captivé par les sons de sirène populistes, seuls audibles.
La cohorte multicolore de la galaxie Samiri est composée de radicaux prêcheurs, de fonctionnaires en rupture de la hiérarchie, d’officiers hors les rangs et de chroniqueurs désœuvrés, récidivistes de la diffamation. Certains reconvertis en influenceurs rivalisent d’ardeur à l’intérieur de chaque cercle. Les voix de la raison sont éteintes, la crétinisation outrancière, par le déficit de la critique objective atteint son paroxysme.
L’ultime phase de la décomposition sociale survint avec la suppression progressive des libertés d’expression par une installation de la peur chez les citoyens abandonnant leurs convictions démocratiques pour la certitude que Samiri était le Messie. Samiri réussit à étouffer l’opposition sans courage parce que n’étant pas intègre dans sa gestion récente. Samiri se plaît à brandir l’épée de Damocles sur la tête de ses adversaires, même s’il a fait plus de dégâts en si très peu de temps de règne. La règle DDD prescrite par l’ancien président poète, "Deureum, Djigeen, Daraja" consacrait la continuité même si le concept de rupture était partout galvaudé pour galvaniser les foules. Cette permanence était perceptible dès la première cérémonie de Décoration-Distinction-Élévation au cours de laquelle DDD la belle-mère des gueux était en première loge. Quel tyran victorieux n’aurait pas exploité une telle situation favorable à la dictature ? Les intellectuels se sont aplatis par incrédulité et par lâcheté. Ils rivalisent du culte de Samiri en grignotant allègrement sur le protocole républicain en sa faveur. Les zélés sur les réseaux sociaux concentrent leurs flèches empoisonnées sur celui qui est élu président, qu’ils considèrent exclusivement leur, mais qu’il faut affaiblir pour établir la suprématie de Samiri, très à l’étroit dans les habits de second dans l’Executif.
Ils sont aidés en cela par les faux panafricanistes, exaltés du Cameroun au Togo, incapables d’arracher la moindre ouverture démocratique face aux pouvoirs mi-centenaires, autocratiques et héréditaires. Des guerriers du clavier qui font honte à l’héritage d’Um Nyobé et Félix Moumié!
Leur espoir reposant sur les putschistes éclairés par Wagner et autres légionnaires, subitement remontés contre l’Occident. La buée de sauvetage du pays de la Téranga pour se mettre hors de la voie de la perdition serait de voir le seul élu assumer la plénitude de sa charge en préservant les mécanismes de fonctionnement normal de l’État de droit.
Revenir aux fondamentaux de la hiérarchie administrative en mettant fin à la prévalence des préoccupations politiciennes dans le management des ministères, notamment les Forces de Défense et de Sécurité, la diplomatie, l’économie et les finances.
La citoyenneté active suppose la gestion inclusive, reposant sur la conscience que le pouvoir et les contribuables ont de la reddition des comptes. Veiller au droit pour les citoyens de censurer les serviteurs publics véreux ; une prérogative au-dessus des postures politiques, mettant en avant le pouvoir judiciaire et la célérité de l’autorité du président de la République. L’autorité suprême aujourd'hui banalisée dans son espace par le zélé Cheikh Samirien, ministre-conseiller devenu un contradicteur assidu de l’élu des Sénégalais, insultant de surcroît les vaillants jeunes africains arrachés de force à leurs terres par l’administration coloniale. Hors la perdition, mettre l’excessif hors d’état de nuire est un impératif.
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UNE ANNÉE 2024 SOUS LE REGARD CRITIQUE DE SOULEYMANE BACHIR DIAGNE
Plus de 5000 morts en mer, des assassinats en série dans la banlieue dakaroise, mais aussi des infrastructures qui se transforment à vue d'œil. À bord du BRT, le philosophe pose un diagnostic sans concession sur l'état de son pays
L'année 2024 au Sénégal s'achève sur un paradoxe saisissant : d'un côté, une modernisation accélérée des infrastructures de transport, symbolisée par le Bus Rapid Transit (BRT) de Dakar, et de l'autre, une crise sociale profonde marquée par une émigration dramatique. C'est dans ce contexte que le philosophe Souleymane Bachir Diagne, professeur à l'université Columbia de New York, livre une analyse percutante de la situation du pays.
Pour le penseur, consulté à bord du nouveau BRT, la question centrale qui traverse la société sénégalaise aujourd'hui est simple mais fondamentale : "Que nous est-il permis d'espérer ?" Cette interrogation résonne particulièrement face au drame de l'émigration irrégulière, qui a causé plus de 5 000 morts en 2024. Selon Diagne, il ne s'agit pas d'un simple mirage de l'Eldorado européen : "Ces jeunes ne fuient pas tant vers quelque chose qu'ils ne fuient une situation qu'ils vivent comme désespérante." Une analyse qui appelle à dépasser les discours moralisateurs pour mettre en œuvre des « projets qui font que l'espoir soit à nouveau possible ».
Le philosophe aborde également la question sécuritaire, marquée par une série de meurtres dans la banlieue dakaroise. Il met en garde contre la tentation de la xénophobie, appelant ses compatriotes à rester fidèles à leur tradition d'hospitalité, la Teranga. Cette réflexion s'inscrit dans un contexte plus large de questionnement sur la justice, alors que le pays a tenu ses États généraux de la justice en 2024. Pour Diagne, la confiance dans le système judiciaire est "essentielle pour la démocratie", tout en soulignant les défis posés par une société où "tout le monde a l'impression d'être juge."
Sur le plan des infrastructures, l'analyse de Souleymane Bachir Diagne est particulièrement éclairante. Le BRT, qu'il expérimente pour la première fois lors de l'interview, représente selon lui "le symbole à la fois des problèmes de l'urbanisation et des solutions à ces problèmes". Face à une ville de Dakar qui s'étend horizontalement et verticalement, absorbant les villages traditionnels environnants, ces nouvelles infrastructures de transport apparaissent comme une réponse nécessaire aux défis de la mobilité urbaine.
L'année a également été marquée par l'inauguration du Mémorial du bateau Le Joola, un moment de recueillement qui, selon le philosophe, doit servir de rappel permanent à la responsabilité collective en matière de sécurité des transports. Cette réflexion s'étend à l'ensemble des moyens de transport, alors que le pays a enregistré près de 4000 accidents de la route en 2024.
Le regard de Souleymane Bachir Diagne sur 2024 dessine ainsi le portrait d'un Sénégal en transformation, confronté à des défis majeurs mais également porteur d'espoirs de modernisation. Son analyse souligne l'urgence d'apporter des réponses concrètes aux aspirations de la jeunesse, tout en préservant les valeurs fondamentales de la société.
NOËL DES RÉCONCILIATIONS À ZIGUINCHOR
Mgr Manga, nouvel évêque, a choisi la messe de Noël pour lancer un appel à la guérison des blessures invisibles qui minent la société. Son message, ancré dans la tradition du jubilé catholique, dépasse le cadre strictement religieux
La fête de Noël a été célébrée ce 25 décembre 2024 dans le monde entier. Au Sénégal, les paroisses, de Dakar à Ziguinchor, ont organisé des messes pour marquer cet événement. À la Cathédrale Saint-Antoine de Padoue de Ziguinchor, le nouvel évêque, Mgr Jean-Baptiste Valter Manga, a délivré un message fort d’espérance, de réconciliation et de miséricorde.
Dans son homélie, Mgr Manga a rappelé que l’Église catholique entre en 2025 dans une année jubilaire, une tradition célébrée tous les 25 ans.
« Ce jubilé est un moment spécial pour réfléchir à la justice, au pardon et à la libération, comme le recommande la Bible. Ce n’est pas seulement pour ceux qui sont en prison, mais aussi pour tous ceux qui sont prisonniers d’addictions ou de blessures intérieures », a-t-il expliqué.
Il a invité les fidèles à vivre cette année sous le signe de l’espérance et de la réconciliation.
« Chaque paroisse doit avoir un prêtre disponible pour écouter et aider. Les sacrements, comme la réconciliation et l’eucharistie, sont essentiels pour guérir nos blessures intérieures », a-t-il souligné.
Mgr Manga a également adressé un message fort aux prêtres et aux fidèles de son diocèse, les appelant à un engagement plus profond pour répondre aux besoins spirituels et humains des paroissiens.
« J’ai demandé qu’il y ait toujours un prêtre disponible dans chaque paroisse pour écouter et accompagner. Certaines souffrances, souvent invisibles, rendent le bonheur inaccessible. Nous avons besoin d’un accompagnement pastoral fort pour identifier et soigner ces blessures intérieures », a-t-il insisté.
Il a également mis en lumière l’importance des sacrements, en particulier ceux de la réconciliation et de l’eucharistie, comme moyens de guérison spirituelle et de renouveau intérieur.
En cette célébration de Noël, le message de Mgr Manga s’est voulu une bouffée d’espérance pour une communauté catholique appelée à bâtir des ponts de réconciliation et à œuvrer pour une société plus juste et plus solidaire.
L’évêque de Ziguinchor a invité les fidèles à porter la lumière de Noël dans leur quotidien, à travers des actes concrets de solidarité, de justice et d’amour fraternel.
LA RENTRÉE DES COURS ET TRIBUNAUX PRÉVUE LE 16 JANVIER
Organisée à la Cour suprême, cette cérémonie marquera le lancement de l’année judiciaire 2025, avec pour thème : « Droit de grève et préservation de l’ordre public ».
Le président de la République, élu le 24 mars 2024, présidera la cérémonie solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux, prévue pour le jeudi 16 janvier 2025. Ce sera sa première participation à cet événement depuis son accession à la présidence.
Organisée à la Cour suprême, cette cérémonie marquera le lancement de l’année judiciaire 2025, avec pour thème : « Droit de grève et préservation de l’ordre public ».
Un communiqué officiel a précisé que l’événement se déroulera sous la présidence effective du chef de l’État, qui assume également la fonction de président du Conseil supérieur de la Magistrature.
Cet événement symbolique, d’importance capitale pour le secteur judiciaire, offre une occasion unique de rassembler les principaux acteurs de la justice autour d’une thématique particulièrement pertinente dans le contexte actuel de tensions sociopolitiques et de revendications sociales.
Le thème choisi met en lumière le défi auquel sont confrontées les institutions pour trouver un équilibre entre la protection des droits fondamentaux, notamment le droit de grève, et la nécessité de maintenir l’ordre public.
La cérémonie constituera également un moment propice pour discuter des enjeux actuels du système judiciaire, promouvoir l’indépendance de la magistrature et exposer les priorités stratégiques du secteur pour l’année à venir.
GUINGUINÉO NOSTALGIQUE DU SIFFLEMENT DU TRAIN
Cette ancienne deuxième capitale du rail, dont la gare fut jadis l'une des plus importantes du pays, sommeille aujourd'hui dans l'attente d'un renouveau
Guinguinéo a été, du temps de la grandeur des chemins de fer du Sénégal, la deuxième capitale du rail du Sénégal. Les populations sont nostalgiques de cette époque lorsque la gare de la ville était toujours animée et engendrait un dynamisme économique. Tous les habitants espèrent la relance du chemin, pour que Guinguinéo, assoupie avec l’arrêt du train, retrouve sa vie d’antan.
Gare de Guinguinéo ou ce qu’il en reste. Nous sommes en mi-novembre. Le temps est clément, contrairement à la canicule des jours précédents à Guinguinéo, chef-lieu départemental de cette circonscription de la région de Kaolack. Le vaste espace qui était le centre de l’infrastructure ferroviaire est actuellement au milieu de la capitale départementale, non loin du centre-ville et à côté du quartier Pallène. Le principal bâtiment de la gare, abandonné depuis que le train a arrêté de siffler à Guinguinéo, au début des années 2000, a perdu de sa superbe. Plus de tôle ni d’ardoise rouge sur les toits. Les murs sont délabrés, même si la peinture beige est toujours visible, de même que certaines portes et fenêtres en bois craquelées par endroits.
Seule la plaque de couleur blanche, avec l’inscription « Guinguinéo » en rouge, en face des rails, semble résister à la dégradation causée par le temps pour rappeler l’époque glorieuse de cette ville qui était considérée comme la deuxième capitale du rail du Sénégal, après Thiès. En face de l’édifice principal, où les passagers venaient acheter leurs tickets, il y a deux grands bâtiments qui servaient de dépôts des machines pour la maintenance des trains. Ces différents bâtiments, tous en ruine, sont envahis par les hautes herbes et sont souvent le repère des ânes et d’autres animaux divaguant en cette période de l’année. Par endroit, les rails sont aussi recouverts par les herbes. À côté, quelques wagons abandonnés d’un autre âge rappellent aussi que cette gare a été l’une des plus dynamiques du pays.
Dans le vaste domaine disposant même de ses propres châteaux d’eau, quelques maisons des cheminots sont encore utilisables. Il s’agit de maisonnettes disposant de cours avant et arrière ornées de fleurs et d’autres arbustes décoratifs. Même si plusieurs maisons qui appartiennent toujours à la Société des chemins de fer du Sénégal ne sont plus occupées, sont sans eau ni électricité, on constate une certaine classe se dégager de ce cadre. Les populations de Guinguinéo se rappellent que c’était une belle cité des cheminots qui faisait de la ville une localité attrayante avec le dynamisme engendré par le chemin de fer. Non loin du tracé du chemin de fer, Jaques Bernard Traoré et ses amis vulcanisateurs sont autour du thé à l’ombre d’un acacia. Très passionné par tout ce qui touche à la relance du chemin de fer, il confie que depuis que le train a arrêté de siffler à Guinguinéo, il y a une vingtaine d’années, la ville a commencé à perdre de sa superbe.
L’activité économique tourne aussi au ralenti depuis. « Du temps du chemin de fer, lorsque le train circulait normalement, il faisait bon vivre à Guinguinéo. La ville était animée et dynamique sur le plan économique. Toute l’économie de Guinguinéo tournait autour du chemin de fer. Il y avait des commerçants dans la gare et aux alentours. On avait aussi facilement des marchandises qui venaient du Mali, de Dakar et de toutes les villes traversées par le chemin de fer », se rappelle l’homme âgé de 47 ans. Jacques Bernard Traoré confesse que Guinguinéo n’avait rien à envier aux autres villes du Sénégal. Guinguinéo est aussi une ville enclavée. Elle est située à neuf kilomètres de la route nationale (axe Diourbel-Kaolack). Pour regagner la ville, les habitants sont souvent obligés de chercher un véhicule de transport à l’intersection « Back Samba Dior » (Baobab de Samba Dior en sérère).
Du temps du chemin de fer, il y avait un train qui faisait la navette Guinguinéo-Dakar tous les jours. « Le chemin de fer nous permettait d’aller et de venir sans problème. Cela évitait les nombreux accidents. Maintenant, tous prennent la route », dit-il, espérant la relance du chemin de fer pour que Guinguinéo retrouve son dynamisme économique.
Les bienfaits du chemin de fer
Même avis chez Diéry Wade, né à Guinguinéo il y a 57 ans. Cet homme à la taille moyenne et au teint noir est aussi témoin de cette époque où la vie dans la localité se conjuguait avec le chemin de fer. Conducteur de moto « Jakarta » à ses heures perdues, il a le cœur meurtri lorsqu’il évoque l’arrêt des trains. « On peut dire que la ville de Guinguinéo se meurt depuis que les trains ne roulent plus. Guinguinéo étant une localité enclavée, le train nous permettait d’être connectés aux grandes villes », se rappelle-t-il. L’homme à la barbichette blanche, rencontré non loin du centre de santé de Guinguinéo, fait remarquer que le chemin de fer permettait aussi aux habitants de la ville et des villages environnants de mieux s’en sortir sur le plan économique. « À la fin de l’hivernage, on parvenait à écouler notre production agricole grâce aux trains. On vendait nos arachides, notre mil, niébé et autres productions agricoles à Dakar, Thiès ou au niveau des autres villes que les trains traversaient. On partait le matin vendre nos produits. Le soir, on revenait grâce au « train Express » avec des marchandises des villes comme le poisson, les fruits et légumes, etc.
La vie était belle avec le train et le commerce était développé », se souvient M. Wade. Ce dernier de regretter qu’avec « la mort du chemin de fer », il n’y a plus d’activités pour les jeunes à part la conduite de « Jakarta ». Même notre interlocuteur, bien qu’âgé (plus de 57 ans), s’adonne à cette activité pour joindre les deux bouts, de temps en temps. Waly Samb est enseignant à la retraite. Il maîtrise bien l’histoire du département de Guinguinéo. Celui qui est actuellement le comptable de la seule radio communautaire de Guinguinéo, « Geo Fm », estime que le chemin de fer a été une opportunité pour sa ville. Il souligne qu’après leur entrée en sixième à Guinguinéo, il fallait s’inscrire ailleurs, car la localité n’avait pas de collège. Les jeunes élèves de Guinguinéo étaient obligés, à l’époque, de s’inscrire à Gossas pour faire le collège. Heureusement, le chemin de fer leur permettait, chaque jour, d’aller au collège à Gossas et de revenir à Guinguinéo.
« Avec des promotionnaires dont les parents étaient des cheminots, cela facilitait notre déplacement. On prenait le train le matin et le soir. On a fait notre cursus scolaire comme ça à Gossas. Guinguinéo était, en ce moment, dans la région de Fatick et dépendait du département de Gossas. La gare était toujours animée », confie le doyen Waly Samb rencontré au cybercafé de la radio « Geo Fm ». L’ancien intendant du lycée de la localité précise que Guinguinéo était le deuxième dépôt national des chemins de fer du Sénégal, derrière Thiès ; ce qui en faisait la deuxième capitale du rail. Il confirme qu’il y avait toute une économie autour du train, de Dakar à Tambacounda, avec la disponibilité des produits agricoles partout dans le pays grâce au train qui les disséminait à chaque gare. « Chaque fois que le train passait, les populations sortaient avec leurs récoltes, profitaient de ces instants pour écouler leurs produits comme les arachides, le mil, les niébés, le maïs, etc. Ces populations n’avaient même pas besoin d’aller à Dakar. Le chemin de fer générait une économie dans la ville », renseigne Waly Samb.
Celui qui a été également le premier président de l’Organisation départementale de coordination des activités de vacance (Odcav) de Guinguinéo regrette de constater qu’avec le déclin du chemin de fer, la localité est devenue comme « une ville morte ». Il n’y a plus de dynamisme économique. « Guinguinéo étant une cité enclavée, le train contribuait aussi à désenclaver la localité et tant d’autres communes. Les gens du département se déplaçaient facilement entre Guinguinéo et les autres localités du pays, et jusqu’à Bamako », insiste M. Samb.
La relance du chemin de fer souhaitée
Pour retrouver ce passé glorieux, les populations invitent les nouvelles autorités à relancer le chemin de fer. Diéry Wade espère que le chemin de fer sera bientôt relancé. Il y avait aussi beaucoup d’employés de la Société nationale des chemins de fer qui vivaient dans la ville. « Une gare, c’est des dizaines d’emplois et une économie tout autour. On était la deuxième capitale du rail. On disait, à l’époque, qu’à Guinguinéo, il n’y avait que des cheminots. Les chemins de fer étaient la principale entreprise de la ville », lance Diéry Wade. Soutenant la même thèse, Waly Samb de la radio « Geo Fm » invite aussi les autorités à prendre en charge le projet de relance du chemin de fer. Pour lui, il n’y a pas un instrument qui peut davantage développer un pays mieux que le chemin de fer qui permet d’identifier le potentiel économique de toutes les régions traversées, notamment la production agricole, fruitière, etc.
Les habitants de Guinguinéo sont fiers aussi de rappeler les noms locaux donnés aux différents trains qui passaient par leur ville ou qui y prenaient départ. Diéry Wade se souvient du train dit « Express » qui assurait la liaison Dakar-Bamako. Avec ce train, les populations avaient accès aux marchandises comme les mangues, les fruits maliens, etc. Il y avait aussi le train dit « Laisser-Touba » qui allait de Guinguinéo à Touba ; le train appelé « Dieg » parce qu’il permettait aux dames d’aller, chaque matin, au marché de Kaolack s’approvisionner en légumes et revenir faire la cuisine pour leur foyer. Le train « 27 » arrivait à Guinguinéo à 21 heures, selon Diéry Wade. Ce train « 27 » passait la nuit à Kaolack pour revenir à Guinguinéo à 6 heures pour se rendre à Dakar. Confirmant ces noms, l’enseignant à la retraite Waly Samb confie que c’était de beaux souvenirs qui faisaient la fierté de Guinguinéo. « Le train faisait vivre beaucoup de population de Guinguinéo. Ainsi, chaque train avait son propre nom local. C’était la belle époque », confesse M. Samb.
« Tous les travaux sont faits pour que les voies soient praticables… »
Les habitants de Guinguinéo souhaitent la relance du chemin de fer pour pouvoir profiter comme avant des potentialités qu’offrent la gare et cet outil de transport pour l’économie. Sur le terrain, les habitants voient depuis quelque temps des cheminots, avec des gilets fluorescents, s’activer sur le tracé du chemin de fer.
Pour plus d’informations, nous avons fait un tour à l’ancienne cité des cheminots où plusieurs maisons sont abandonnées non loin de la gare. Cependant, quelques demeures reprennent vie même si les bâtiments au style colonial ont besoin d’être rénovés. Dans une des demeures qui font face aux rails, loge Abdoulaye Ndoye. Ce jeune, affecté il y a juste un mois comme chef du District ferroviaire de Guinguinéo, prend possession de la gare et du secteur sous sa responsabilité. Il a comme objectif, avec son équipe, de rendre opérationnels les rails. Il a sous sa direction huit agents.
Cependant, avec le renfort de la Division des grands travaux des chemins de fer du Sénégal, ils sont presque 24 à travailler sur le tracé du district de Guinguinéo. Abdoulaye Ndoye, que nous avons tiré de sa journée de repos, le samedi 16 novembre 2024, nous révèle que le district de Guinguinéo qu’il dirige est long de 65 kilomètres et va de la sortie de Diourbel à l’entrée de Kaffrine en passant par Guinguinéo. « On a reçu plus de 35.000 attaches pour réfectionner les rails. Il faut savoir que les attaches servent à maintenir les rails sur les traverses. Sans attaches, on ne peut pas parler de chemin de fer », explique-t-il.
Le chef du District ferroviaire de Guinguinéo indique que les réparations à faire sont importantes parce que « Guinguinéo est une zone sensible avec beaucoup d’actes de vandalisme ». Images de son téléphone à l’appui, il nous explique que des gens ont démonté les attaches en fer et utilisé des scies à métaux pour couper des parties des voies. Ils les revendent après en ferraille. C’est pour cela que les cheminots utilisent maintenant des attaches en plastique. Toutefois, M. Ndoye fait noter qu’ils font « tous les travaux pour que les voies soient praticables », la relance du chemin de fer étant d’une grande urgence pour le Sénégal et la zone.
Plus grande gare du Sénégal « Guinguinéo est le centre du développement du chemin de fer. Le domaine de la gare de Guinguinéo est le plus grand du Sénégal. Guinguinéo est la plus grande gare du Sénégal. C’était la base, le fief de la zone centre. Il y a plus de 15 voies de rails dans la gare de Guinguinéo », explique Abdoulaye Ndoye. Ce dernier précise aussi que la gare de Guinguinéo est la seule à disposer d’une boucle ferroviaire qui permet aux trains de changer de direction avant le terminus. Même Thiès n’en a pas. Cela confirme le statut de deuxième capitale du rail de Guinguinéo. La gare dispose aussi, même s’ils sont délabrés, de plus de 25 bâtiments, d’un parc de voies impressionnant, en plus d’un grand dépôt où on stockait et faisait l’entretien des machines et trains en détresse. Grâce à son embranchement aussi, la gare de Guinguinéo connecte Kaolack, Diourbel, Thiès, Touba, sans compter Tambacounda et Dakar. Pour cela, les populations et les cheminots ont hâte que le train recommence à siffler.
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L'IA RESSUSCITE THIAROYE
Le clip entièrement généré par ordinateur de Dip Dundu Guiss transforme un épisode tragique de l'histoire coloniale en une œuvre d'art futuriste. Une prouesse technique et artistique qui pourrait inspirer bien d'autres projets mémoriels
Une équipe de développeurs et d'artistes sénégalais révolutionne la transmission de la mémoire historique grâce à l'intelligence artificielle. Leur projet ambitieux : reconstituer numériquement le massacre de Thiaroye, un événement tragique survenu le 1er décembre 1944 près de Dakar, lorsque des tirailleurs sénégalais, vétérans de la Seconde Guerre mondiale, furent tués par les troupes coloniales françaises.
Cette initiative, portée par Dip Dundu Guiss, figure majeure du hip-hop sénégalais, s'inscrit dans une démarche innovante alliant technologie de pointe et devoir de mémoire. L'équipe, composée notamment de Jean-Pierre Sec, Husain Demelso et Papa Oumar Diaw, a développé un clip entièrement généré par intelligence artificielle pour accompagner la bande originale du film T44 d'Omar Diaw.
Pour donner vie à cette reconstitution historique, les créateurs ont déployé un arsenal technologique sophistiqué. Le générateur vidéo Cling-e, associé à des ordinateurs haute performance équipés de processeurs Nvidia, a permis de produire des images saisissantes de réalisme. Le résultat, baptisé "Jambar" (guerrier en wolof), transcende le simple clip musical pour devenir une œuvre mémorielle d'un genre nouveau.
Le succès ne s'est pas fait attendre : avec plus de 600 000 vues, le projet démontre l'intérêt du public pour cette approche novatrice de l'histoire. Cette réussite a ouvert la voie à un projet cinématographique plus ambitieux, actuellement en développement sous la direction d'Omar Diaw.
L'initiative sénégalaise illustre le potentiel de l'Afrique dans l'innovation technologique au service de la culture. Comme l'explique Dip Dundu Guiss lui-même, l'intelligence artificielle devient un outil puissant pour repousser les limites de la créativité tout en servant une cause mémorielle essentielle. Cette fusion entre technologie de pointe et devoir de mémoire ouvre de nouvelles perspectives pour la préservation et la transmission de l'histoire africaine.
Ce projet démontre également la capacité du continent africain à s'approprier les technologies émergentes pour raconter sa propre histoire. En concevant de traiter le massacre de Thiaroye, les créateurs sénégalais réaffirment l'importance de maintenir vivante la mémoire des événements qui ont marqué leur pays, tout en innovant dans la manière de transmettre ce patrimoine historique aux nouvelles générations.
ÉTABLE OU GROTTE, L'ÉNIGME DE LA NAISSANCE DE JÉSUS
Les Évangiles eux-mêmes restent étonnamment discrets sur le décor exact de la Nativité, laissant place à différentes interprétations. Une ambivalence qui a nourri l'imagination des artistes et la dévotion des fidèles à travers les âges
(SenePlus) - Dans une récente enquête, Le Point revient sur l'une des questions les plus intrigantes de l'histoire chrétienne : le lieu exact de la naissance de Jésus. Un mystère qui persiste depuis deux millénaires, entre tradition populaire et textes historiques.
L'Évangile de Luc, seul témoin direct des circonstances de cette naissance, nous livre un récit précis mais parcellaire. Comme le rapporte le quotidien français, le texte mentionne simplement que Marie "mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune." Une sobriété narrative qui contraste avec les autres Évangiles, encore plus discrets sur l'événement : Marc n'en dit mot, Matthieu se contente d'une simple mention géographique, tandis que Jean passe l'épisode sous silence.
Contrairement à l'image traditionnelle d'une auberge refusant d'accueillir le couple, la réalité serait plus complexe. Selon l'analyse de l'historien Kenneth Bailey, citée par Le Point, les habitations palestiniennes de l'époque comportaient généralement une seule pièce, avec un niveau inférieur réservé aux animaux. Cette configuration expliquerait la présence d'une mangeoire, qui pouvait être "un simple creux dans le sol."
L'hypothèse de la grotte, si présente dans l'imaginaire collectif, trouve sa source dans le Protévangile de Jacques, un texte du IIe siècle non reconnu par l'Église mais très influent. Le Point rapporte ce récit alternatif où Joseph, face à l'urgence de l'accouchement, trouve refuge dans une caverne : "Où est-ce que je t'amènerai, car ce lieu est désert ? Et trouvant en cet endroit une caverne, il y fit entrer Marie."
Cette tradition de la grotte s'est tellement ancrée qu'au IVe siècle, l'impératrice Hélène fait édifier une basilique à l'endroit présumé de la naissance. Le journal cite même la lamentation de Saint Jérôme devant la transformation du lieu : "Ah ! s'il m'était seulement donné de voir cette crèche où reposa le Seigneur ! Mais, hélas ! par un sentiment de vénération pour le Christ, nous avons enlevé la crèche d'argile pour lui en substituer une d'argent."
C'est finalement au Moyen Âge que l'image de l'étable s'impose progressivement, culminant avec l'initiative de Saint François d'Assise en 1223. Comme le rapporte son biographe cité par Le Point, le saint souhaitait montrer "l'Enfant qui naquit à Bethléem [...] tel qu'il était couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne."
Cette dualité entre grotte et étable perdure aujourd'hui dans les représentations de la Nativité, chacune portant une symbolique forte : celle d'un Dieu choisissant délibérément de naître dans l'humilité, loin des fastes du pouvoir.
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LES DEUX VISAGES DU TIRAILLEUR
En qualifiant les tirailleurs de « traîtres », Cheikh Oumar Diagne ravive un lointain débat. L'histoire de ces hommes, faite de loyauté et de trahisons, de courage et de compromissions, dépasse largement les jugements manichéens. Décryptage !
L'histoire des tirailleurs sénégalais se lit comme un roman à double face, où chaque page révèle une contradiction plus profonde que la précédente. D'un côté, des soldats valeureux qui ont versé leur sang pour la France. De l'autre, les instruments volontaires d'une colonisation qui a bouleversé l'Afrique.
Le premier visage du tirailleur naît en 1857, dans l'ombre de la conquête coloniale. La France, confrontée à l'inadaptation de ses soldats au climat africain, trouve une solution pragmatique : recruter parmi les populations locales. Les premiers tirailleurs sont d'anciens esclaves, pour qui l'engagement militaire représente un chemin vers la liberté. Quatorze années de service contre la promesse d'une vie nouvelle. Un marché qui ressemble à s'y méprendre à un simple changement de maître.
Pourtant, ces hommes deviennent rapidement indispensables. Leur connaissance du terrain, leur maîtrise des langues locales et leur capacité à négocier font d'eux bien plus que de simples soldats. Les officiers français, ignorants de tout des royaumes africains, dépendent entièrement de leur expertise. C'est là que se dessine le paradoxe : essentiels mais jamais égaux, respectés pour leurs compétences mais systématiquement maintenues dans des positions subalternes par un racisme institutionnel qui interdit toute promotion au-delà d'un certain grade.
Le deuxième visage du tirailleur apparaît lors des deux guerres mondiales. Face au besoin urgent d'hommes, la France fait miroiter aux Africains la promesse d'une citoyenneté pleine et entière. Des milliers répondent à l'appel, convaincus que leur sacrifice leur ouvrira enfin les portes de l'égalité. Ils se battent avec bravoure, notamment à Verdun, où leur courage devient légendaire. Mais la reconnaissance ne suit pas. Pire encore, pendant l'occupation nazie, alors que les soldats français sont envoyés en Allemagne, les tirailleurs sont parqués dans des camps en France, dans des conditions inhumaines.
Le massacre de Thiaroye en 1944 cristallise cette dualité tragique. Des tirailleurs démobilisés, qui ont risqué leur vie pour libérer la France, sont abattus par l'armée française au Sénégal pour avoir simplement réclamé leurs soldes impayées. C'est le point de rupture où les deux visages se confrontent : celui du soldat loyal et celui de l'homme trahi.
L'après-guerre révèle une nouvelle dimension de cette dualité. Certains tirailleurs, profondément désillusionnés, deviennent les fers de lance des mouvements indépendantistes. D'autres continuent de servir la France dans ses dernières guerres coloniales, en Indochine puis en Algérie, perpétuant malgré eux un système qu'ils ont contribué à maintenir.
Cette histoire à double face se poursuit jusqu'à nos jours dans la mémoire collective. La France contemporaine peine à réconcilier ces deux visages : celui du héros de guerre, célébré dans les commémorations officielles, et celui de l'homme pris dans les rouages de la machine coloniale. Ce n'est qu'en 2022 que les derniers tirailleurs ont obtenu une reconnaissance élargie de leurs droits, comme si la nation tentait tardivement de regarder en face cette histoire complexe.
Les tirailleurs sénégalais nous rappellent qu'il n'existe pas de vérité simple dans l'histoire coloniale. Leurs deux visages nous montrent que l'héroïsme et la tragédie peuvent coexister dans les mêmes uniformes, que la loyauté et la trahison peuvent se confondre dans les mêmes destins. Leur histoire nous invite à dépasser les jugements manichéens pour comprendre la complexité des choix individuels face aux forces de l'Histoire.