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6 avril 2025
LES POLITIQUES DE FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE DE L’OUEST DOIVENT EVOLUER
Ex-Directeur Exécutive Adjoint pour Open Society Africa et Directeur Exécutif de Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), Dr Ibrahima Aidara apporte sa réflexion sur la problématique globale des politiques de financement du développement en Afriqu
Ex-Directeur Exécutive Adjoint pour Open Society Africa et Directeur Exécutif de Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), Dr Ibrahima Aidara est un économiste sénégalais qui travaille depuis longtemps sur les questions de financement pour le développement, les politiques publiques, les innovations ainsi que la mise en relation des communautés locales avec les politiques et programmes nationaux et internationaux. Dans cet entretien, il apporte sa réflexion sur la problématique globale des politiques de financement du développement en Afrique de l’Ouest : aide internationale contre financement interne.
Quelle lecture faites-vous de la situation économiste actuelle de l’Afrique ?
L’Afrique de l’Ouest, une région riche en ressources naturelles et en potentiel humain, fait face à des défis de développement complexe : inégalités économiques croissantes, infrastructures insuffisantes, gouvernance fragile et insécurité persistante, notamment dans les pays du Sahel. Afin de surmonter ces obstacles et d’assurer un développement durable, la région s’appuie à la fois sur l’aide internationale et sur des financements internes. Cependant, ces deux formes de financement soulèvent des questions de pérennité, d’efficacité et de souveraineté, ce qui exige une réflexion approfondie sur les meilleures stratégies à adopter.
L’Aide Internationale est un pilier du développement mais n’est-elle pas une dépendance risquée ?
L’aide internationale a historiquement joué un rôle central dans le financement du développement en Afrique de l’Ouest. Cette aide provient de plusieurs sources : les États-Unis, l’Union européenne, les institutions multilatérales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que de pays émergents comme la Chine et le Brésil. Cette aide, qu’elle soit humanitaire, technique ou financière, a permis de financer des projets cruciaux dans les domaines de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de la sécurité alimentaire. Par exemple, au Nigéria, le programme PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief) des États-Unis a injecté des milliards de dollars dans le secteur de la santé, particulièrement dans la lutte contre le VIH/SIDA, ce qui a contribué à la réduction du taux de mortalité liée à cette maladie.
La Chine, à travers le Forum sur la Coopération Sino-Africaine (FOCAC), a financé plusieurs projets d’infrastructures en Afrique de l’Ouest, notamment la construction de routes, de ponts, de chemins de fer, et de ports. Un exemple marquant est le projet ferroviaire Abidjan-Ouagadougou, financé en grande partie par des prêts chinois, qui a amélioré la connectivité et stimulé le commerce intra-régional. Plusieurs autres projets ont été mis en œuvre dans le domaine de l’aide alimentaire, dans des pays comme le Mali et le Burkina Faso, où des sécheresses prolongées ont mis en danger la sécurité alimentaire. L’aide internationale a permis de fournir de l’aide d’urgence à des millions de personnes en situation de crise alimentaire.
Les conditions de cession de cette aide ne s’opposent-elles pas souvent à la mise en œuvre des politiques publiques nationales ?
L’aide internationale pose plusieurs défis majeurs. L’une des principales préoccupations est une dépendance économique et politique accrue, limitant l’autonomie des pays bénéficiaires. De plus, les conditions contraignantes imposées par les donateurs, souvent inadaptées aux réalités locales, peuvent entraver la mise en œuvre de politiques publiques nationales. Dans de nombreux cas, elle affaiblit les politiques publiques nationales, qui sont parfois vidées de leur substance souveraine au profit des intérêts des bailleurs de fonds. Malgré les milliards de dollars investis, l’Afrique de l’Ouest demeure l’une des régions les plus pauvres au monde, ce qui interroge l’efficacité de cette aide et la nécessité d’explorer des alternatives plus viables.
Quelle est selon vous la voie vers une plus grande souveraineté économique ?
Dans un des rapports que j’ai coordonnés à OSIWA en 2016, portant sur « la mobilisation des ressources domestiques, à travers la lutte contre les flux financiers illicites », nous démontrions que l’Afrique de l’Ouest a atteint un stade critique de son développement. Des décisions importantes devraient être prises afin de réduire la dépendance vis-à-vis de l’aide étrangère, accroître les investissements publics dans les initiatives de développement et réduire l’extrême pauvreté. Contrairement au narratif sur l’importance de l’aide internationale à l’Afrique, ce rapport a montré que la fuite des capitaux hors de la région est autrement beaucoup plus importante que l’aide reçue.
Le rapport révélait que les pertes dues aux prix de transfert abusifs sont passées de 11 milliards USD en 2011 à 78 milliards USD en 2018. Cette situation a entraîné une baisse des recettes publiques de trois milliards de dollars en 2011 à 14 milliards USD en 2013. Même si ces chiffres sont parfois contestés, ils sont néanmoins révélateurs. Il est impératif que nos États opèrent un changement de paradigme, afin de mettre fin à une perte de capitaux se chiffrant à plusieurs milliards, voire milliers de milliards, de dollars en flux de capitaux illicites, pour se concentrer sur le financement des priorités de développement de la région.
Finalement, notre rapport suggère que si les mesures requises avaient été prises pour lutter effectivement contre la falsification des prix de transfert, des recettes fiscales supplémentaires qui auraient été collectées entre 2012 et 2014 (s’élevant à un total de 15 milliards de dollars conformément à nos estimations ), auraient suffi pour combler le déficit financier (11,3 milliards de dollars US en 2011) pour mettre en œuvre le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP), de la CEDEAO et contribuer ainsi à l’intégration régionale comme moyen de garantir l’éradication de la pauvreté ainsi que le bien-être, la paix et la sécurité de l’ensemble de la population, conformément aux objectifs annoncés du DSRP.
Quel mode de financement interne et durable pour les pays africains ?
Certains pays de la région commencent progressivement à explorer des moyens de financer leur développement de manière interne. Cela inclut l’augmentation des recettes fiscales, la mobilisation des ressources internes, et la promotion de l’investissement privé national. Le financement interne présente l’avantage de renforcer la souveraineté économique et de réduire la dépendance à l’aide extérieure. Par exemple, le Ghana avait entrepris des réformes fiscales ambitieuses pour accroître ses recettes internes, avec, l’introduction de la TVA qui a permis d’élargir la base fiscale et d’améliorer la collecte des impôts. La Côte d’Ivoire a mis en place des politiques pour encourager les investissements privés, tant nationaux qu’internationaux.
Des initiatives comme la Zone de Transformation Agricole ont permis aux entreprises locales et internationales d’investir dans la transformation de produits agricoles, créant des emplois et stimulant l’économie locale. Le financement privé a été essentiel pour soutenir la croissance des infrastructures, comme les ports et les aéroports, réduisant ainsi la dépendance aux financements étrangers. Le Sénégal développe des pôles territoriaux et des agropoles, misant sur les potentialités locales et le financement du secteur privé national. Le financement interne reste toutefois un défi majeur en Afrique de l’Ouest, notamment en raison des faibles taux de collecte fiscale, de la corruption et de l’inefficacité administrative dans de nombreux pays. De plus, l’accès aux marchés financiers mondiaux reste limité pour plusieurs pays de la région, et les emprunts peuvent entraîner un endettement important, comme cela a été observé dans beaucoup de pays : Ghana, Sénégal, Mali, Burkina Faso, où la dette publique a considérablement augmenté au cours des dernières années.
Est-il possible d’établir l’équilibre entre l’aide internationale et le financement Interne ?
La clé du succès réside dans l’équilibre entre l’aide internationale et les financements internes. L’aide internationale reste indispensable pour répondre à des besoins urgents, comme les crises sanitaires et alimentaires, mais elle ne peut être la seule solution pour un développement durable. Parallèlement, les pays doivent continuer à renforcer leurs capacités internes, notamment en améliorant la gouvernance, en augmentant les recettes fiscales et minimiser les fuites de capitaux, et en attirant des investissements privés. Les politiques de financement du développement en Afrique de l’Ouest doivent évoluer vers un modèle plus équilibré et durable. Si l’aide internationale joue encore un rôle clé, elle ne doit pas être une fin en soi. L’accent doit être mis sur le renforcement des capacités internes, l’optimisation des recettes fiscales et la réduction des flux financiers illicites. L’Afrique de l’Ouest possède les ressources et le potentiel humain nécessaires pour assurer son développement. Il est temps d’adopter des stratégies ambitieuses pour renforcer sa souveraineté économique et bâtir une prospérité durable pour ses populations
LE CHANGEMENT DE PARADIGME DE L’AFRIQUE S’IMPOSE
Bien que le continent dispose d’un potentiel considérable en ressources humaines, minières, énergétiques, halieutiques, pétrolières et gazières, les économies africaines demeurent vulnérables.
Le développement de l’Afrique est entravé par une crise structurelle, caractérisée par une dette publique excessive, des politiques monétaires inadaptées et une pauvreté persistante. Face à ces défis majeurs, il devient impératif d’adopter un nouveau paradigme économique, basé sur une gouvernance financière rigoureuse, une mobilisation accrue des ressources internes et une autonomie dans la prise de décisions stratégiques, afin de promouvoir une croissance durable et inclusive, préconisent des économistes.
Bien que le continent dispose d’un potentiel considérable en ressources humaines, minières, énergétiques, halieutiques, pétrolières et gazières, les économies africaines demeurent vulnérables. Paradoxalement, en dépit de cette abondance de richesses naturelles, l’Afrique figure parmi les régions les plus pauvres du monde. Cette situation s’explique par une faible valorisation des ressources, une dépendance excessive aux financements extérieurs et des prêts contractés à des taux d’intérêt prohibitifs, limitant ainsi la marge de manœuvre des États. Cette problématique a été au cœur d’un débat organisé samedi dernier, à Dakar, dans le cadre des activités mensuelles de l’Africaine de Recherche et de Coopération pour l’Appui au Développement Endogène (ARCADE). Lors de cette rencontre, les économistes Chérif Salif Sy, Demba Moussa Dembélé et Cheikh Oumar Diagne ont plaidé en faveur d’un changement de paradigme, fondé sur un modèle de développement endogène et souverain.
L’ENDETTEMENT EXCESSIF : UN FARDEAU STRUCTUREL
Selon Chérif Salif Sy, fervent défenseur de l’approche endogène du développement, l’un des principaux obstacles au développement du continent réside dans son incapacité à impulser une transformation structurelle, capable de générer une croissance inclusive et durable. Il estime que, sans réformes stratégiques et profondes, les économies africaines resteront fragiles et dépendantes des créanciers internationaux. L’endettement excessif de l’Afrique constitue, selon lui, un véritable fardeau structurel, qui s’explique par plusieurs facteurs au nombre desquels une dépendance accrue aux financements extérieurs, avec des emprunts massifs auprès des institutions financières internationales et de créanciers privés ; des déficits budgétaires chroniques, exacerbés par une faible mobilisation des ressources internes ; une gouvernance économique déficiente, marquée par des dépenses inefficientes et, dans certains cas, une mauvaise gestion des fonds publics. Poursuivant son analyse, il affirme que bien que certains gouvernements africains aient fixé des seuils critiques d’endettement, leur respect demeure incertain. Pour éviter des crises financières récurrentes, il préconise une politique budgétaire rigoureuse et une discipline économique accrue, essentielles pour garantir une croissance stable et soutenue.
LES LIMITES DE L’INDEPENDANCE MONETAIRE
La politique monétaire joue un rôle central dans la stabilité économique d’un pays. À ce titre, l’indépendance monétaire est souvent perçue comme un symbole de souveraineté, permettant aux États de réguler leurs instruments financiers. Cependant, Chérif Salif Sy, membre du Forum du Tiers-Monde, met en garde contre l’illusion que disposer de sa propre monnaie garantit automatiquement la prospérité économique. Argumentant, il rappelle que de nombreux pays dotés de leur propre monnaie sont confrontés à une inflation incontrôlée et à une dévaluation persistante, résultant d’une émission monétaire excessive et d’un manque de discipline macroéconomique. Ainsi, une gestion inefficace de la masse monétaire entraîne une érosion du pouvoir d’achat et un appauvrissement généralisé des populations.
LA NECESSITE DE REFORMES STRUCTURELLES
L’expérience des économies prospères démontre que la stabilité monétaire repose sur un équilibre entre discipline monétaire, investissements productifs et ouverture commerciale maîtrisée. Dès lors, le développement ne peut être fondé uniquement sur l’émission monétaire : il exige des réformes structurelles adaptées, garantes d’une croissance résiliente et soutenable. L’économiste Demba Moussa Dembélé souligne que l’évolution de la dette publique africaine met en évidence entre autres facteurs la dépendance croissante aux financements extérieurs ; une mauvaise gouvernance budgétaire ; un système économique mondial qui perpétue la domination des pays africains. Malgré les annulations partielles de dettes obtenues par certains pays africains au début des années 2000 grâce à l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et à l’Initiative d’Allégement de la Dette Multilatérale (IADM), la dette africaine n’a cessé de croître. Selon le président de l’ARCADE, plusieurs éléments expliquent cette situation au nombre desquels le recours systématique aux emprunts extérieurs, en raison d’une mobilisation insuffisante des ressources internes ; des conditions d’emprunt défavorables, avec des taux d’intérêt élevés et des clauses restrictives imposées par les créanciers ; une dépendance aux exportations de matières premières, soumises à une forte volatilité des marchés mondiaux, rendant difficile une planification budgétaire efficace. Les effets des ajustements structurels, qui ont limité les capacités d’investissement des États dans des secteurs productifs.
UN TOURNANT DECISIF POUR L’AFRIQUE
Selon Cheikh Oumar Diagne, ancien directeur des moyens généraux de la République du Sénégal, l’Afrique se trouve à un moment charnière de son développement économique. Il estime que le maintien du statu quo, marqué par un endettement chronique, une dépendance aux financements extérieurs et des politiques monétaires inadaptées, fragilise davantage les économies nationales. Convaincu qu’aucun pays ne peut se développer sans recourir à l’endettement, Cheikh Oumar Diagne affirme néanmoins qu’au regard du potentiel économique du continent, l’Afrique doit s’affranchir des théories économiques classiques appliquées depuis plus de 60 ans. Selon lui, « il est temps de bâtir une économie fondée sur les réalités africaines, en valorisant les ressources locales et en renforçant les capacités productives internes ».
D'UN LEADERSHIP AFFIRMÉ À UN RECUL PERCEPTIBLE
Porté par le charisme de ses dirigeants et la compétence de ses diplomates, le Sénégal a longtemps brillé sur la scène internationale. Comment expliquer son effacement progressif et quelles stratégies pour reconquérir son statut ?
Réalisé par Henriette Niang Kandé et Abdoulaye Thiam |
Publication 24/03/2025
Dès son accession à l'indépendance en 1960, le Sénégal s'est imposé comme un acteur majeur de la diplomatie africaine et internationale. Que ce soit sur le plan politique, culturel, sportif ou militaire, le pays a longtemps joué un rôle central dans de nombreuses institutions et démarches diplomatiques. Cependant, force est de constater que cette influence semble s'effriter au fil du temps. Faut-il s’en inquiéter ? En tout cas, le pays ne cesse de perdre de son influence dans les relations internationales. De l’ONU au CIO, en passant par le FAO, la BAD, la Francophonie, notre pays peine désormais à se faire une place au soleil. La défaite de Abdoulaye Bathily à la Commission de l’Union africaine, de Me Augustin Senghor au Conseil de la Fifa ou encore celle de Seydina Oumar Diagne au poste de secrétaire général de l’ACNOA inquiètent plus d’un. Surtout à quelques mois de la désignation du président du BAD où l’ancien ministre de l’Economie et du Plan, Amadou Hott est en lice.
Leopold Sédar senghor : les débuts flamboyants d’une diplomatie active
Indépendant en 1960, comme de nombreux pays africains francophones, le Sénégal, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, a bénéficié d’un rayonnement international notable. Intellectuel reconnu, Senghor a su positionner par lui-même d’abord, le Sénégal comme un modèle de stabilité et de dialogue et puis en choisissant et en nommant des figures d’exception à la tête des missions et des institutions diplomatiques qui devaient représenter et parler au nom du pays. Fin lettré, son verbe précis et lyrique, portait la voix de l’Afrique dans les cercles de l’Organisation de l’Unité Africaine, l’UNESCO, de la Francophonie et des Nations unies où il a joué un rôle crucial dans la promotion du dialogue Nord-Sud.
Toujours vêtu avec raffinement, il imposait un style empreint d’élégance sobre. Son maintien, droit et digne, renforçait l’image d’un homme d’Etat respecté. Lui, comme ses hommes, par leur prestance, leur éloquence et leur connaissance approfondie des enjeux mondiaux, ont su imposer le respect du Sénégal sur la scène internationale.
Abdou Diouf : la diplomatie pondérée entre continuité et renouveau
Son successeur, Abdou Diouf, se distinguait par sa stature imposante et son style oratoire calme mais percutant. Grand diplomate, il a consolidé le rôle de Senghor et du Sénégal dans les organisations internationales, tout en affirmant une approche plus pragmatique. Il a renforcé l’implication du Sénégal au sein des organisations notamment la CEDEAO et l’UMEOA, tout en jouant un rôle actif dans la résolution de conflits africains.
En Guinée-Bissau, lorsque la guerre civile éclate en 1998, il envoie des troupes pour soutenir le président Vieira, mais comprend vite que la solution doit être politique. Il participe aux négociations qui aboutissent aux accords de Lomé et d’Abuja, mettant fin aux hostilités.
Au Rwanda, face au génocide de 1994, il plaide pour une intervention africaine et soutient les missions de paix onusiennes. En Gambie, après le coup d’État de Yahya Jammeh en 1994, il privilégie le dialogue et la coopération plutôt qu’une confrontation. En Côte d’Ivoire, il appuie les efforts de médiation de la CEDEAO après le putsch de 1999 appelant à une transition démocratique.
Abdou Diouf a fait de la médiation et du multilatéralisme les piliers de la diplomatie sénégalaise, renforçant l’image du Sénégal comme un acteur de paix en Afrique. Par ailleurs, son engagement en faveur de la Francophonie s’est illustré par la consolidation de l’Organisation internationale de la Francophonie, qu’il dirigera après son départ du pouvoir.
Abdoulaye Wade : l’orateur flamboyant d’une diplomatie de rupture et d’ambition
La diplomatie sénégalaise, avec l’arrivée au pouvoir de Abdoulaye Wade, prend un tournant marqué par une rupture avec ses prédécesseurs. Il adopte une approche volontariste et pragmatique en cherchant à affirmer le leadership du Sénégal sur la scène africaine surtout.
Sous son impulsion, Dakar devient un acteur majeur dans la promotion du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) et des initiatives d’intégration régionale, comme le projet de la Grande Muraille verte. Cependant, leur impact est resté limité par des problèmes de financement, de gouvernance et de mise en œuvre. Selon un rapport de l’ONU en 2020, seulement 4% des objectifs initiaux ont été atteints, causés principalement par un manque de coordination entre les pays mais aussi les conflits et l’insécurité dans certains pays concernés par le projet.
Si l’axe France-Sénégal, pilier de la politique extérieure sous Senghor, est maintenu sous Diouf, Abdoulaye Wade a cherché à diversifier les partenariats et les alliances, en se rapprochant de la Chine, et du monde arabe. Cette diplomatie économique visait à attirer de nouveaux investissements et à réduire la dépendance à l’ancienne métropole.
Wade diversifie les alliances, se rapprochant de la Chine, des États-Unis et du monde arabe, en réduisant la dépendance à la France. Il n’hésite pas à prendre des positions tranchées, quitte à heurter certains partenaires traditionnels.
Son verbe tranchant, parfois provocateur, mais toujours structuré, lui a valu une reconnaissance sur la scène africaine et mondiale. Son dynamisme et sa vision panafricaine lui ont permis de s’imposer auprès de ses homologues, et dans les discussions sur le financement du développement africain.
Macky Sall : le pragmatisme d’une diplomatie d’influence et de stabilité
Plus mesuré et pragmatique, Macky Sall s’est inscrit dans la continuité d’une diplomatie sobre mais efficace. Héritier d’une tradition diplomatique sénégalaise marquée par l’engagement multilatéral sous Senghor, la médiation sous Diouf et l’activisme audacieux sous Wade, Macky Sall a su forger son propre style dans une diplomatie stratégique entre influence et équilibre et pragmatisme. En misant sur la stabilité, il a consolidé l’image du Sénégal comme un pôle d’équilibre en Afrique (surtout dans la sous-région). En 2022, en sa qualité de président de l’Union Africaine, il incarne cette volonté de faire entendre la voix du continent sur les grandes questions mondiales, notamment face à la crise qui oppose la Russie et l’Ukraine et milite pour des réformes dans la gouvernance mondiale.
Il renforce également les liens avec les partenaires traditionnels (France, UE) tout en maintenant l’ouverture de Wade vers la Chine et y ajoute la Turquie et les pays du Golfe. Son pragmatisme l’amène à entretenir des relations équilibrées entre puissances occidentales et émergentes, positionnant le Sénégal comme un interlocuteur respecté
Cependant, sa diplomatie ne se limite pas à la politique : il met l’accent sur les enjeux économiques, attirant les investissements dans les infrastructures, le gaz et le pétrole.
Bassirou Diomaye faye : une diplomatie en apprentissage
Depuis son investiture le 2 avril 2024, Bassirou Diomaye Faye, cinquième président du Sénégal, suscite des interrogations quant à sa stature et son aura diplomatique comparées à celles de ses prédécesseurs. Son parcours, bien que remarquable, diffère considérablement de celui des figures historiques qui ont marqué la diplomatie sénégalaise. Cependant, son expérience sur la scène internationale reste encore limitée où il s’efforce de s’imposer.
Il a entrepris une série de visites diplomatiques visant à renforcer « les relations bilatérales et la coopération régionale ». Ses déplacements l’ont conduit dans plusieurs pays africains (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria), bien que les détails des accords n’aient pas été rendus publics
En juin 2024, Bassirou Diomaye Faye a effectué sa première visite officielle hors du continent africain en se rendant en France pour participer au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales et a rencontré le président Emmanuel Macron. Les discussions ont porté sur l’avenir des relations entre les deux pays, mais aucun accord spécifique n’a été annoncé publiquement.
En juillet 2024, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a nommé le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, en tant que médiateur pour faciliter le dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Il n’a pas réussi à les faire revenir sur leur décision
En décembre 2024, le président Faye a entrepris une tournée au Moyen-Orient, en se rendant aux Émirats arabes unis et au Qatar. Aux Émirats, les discussions ont porté sur les partenariats économiques et d’investissements dans les infrastructures sénégalaises. Au Qatar, il a « participé au Forum de Doha », renforçant ainsi les liens diplomatiques et explorant des opportunités de coopération dans les secteurs de l’énergie et de l’éducation.
En visite officielle en Chine, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a conclu des « mémorandum d’entente, sur les échanges et la coopération dans le domaine du développement économique, sur la coopération dans le domaine de l’information et de la communication, sur la promotion de la coopération en matière d’investissement dans le développement vert ».
Lors de la 79 session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a délivré un discours marquant, appelant à « une refonte des responsabilités collectives pour un monde plus juste et équitable ». En dénonçant les ingérences étrangères au Sahel, il a déclaré : « Nous ne pouvons pas accepter que le Sahel devienne le théâtre de rivalités de puissances étrangères. »
Des diplomates de renom : la base d’une diplomatie d’excellence
Au-delà des chefs d’État, des diplomates et des hommes d’Etat charismatiques ont marqué les esprits par leur maîtrise parfaite de la rhétorique et des enjeux globaux. Leur aisance en français, en anglais, en arabe, leur civilité, leur tenue, alliées à une parfaite connaissance des dossiers africains ou non, leur ont conférés un rôle central dans les négociations de paix et les discussions internationales
Doudou Thiam, formé en droit, premier ministre des Affaires étrangères du Sénégal, imposait déjà cette stature, alliant port altier et regard perçant. Son successeur, Assane Seck, maîtrisait également l’art du verbe et du maintien, renforçant la réputation sénégalaise de diplomates charismatiques
Dans les années 1970 à 1980, la question sahélienne devint centrale. Assane Seck et ses successeurs durent gérer les défis posés par la désertification et l’insécurité alimentaire, plaidant pour une solidarité internationale accrue, réclamant un soutien concret pour le développement durable du Sénégal et de la région
Au fil des décennies, cette distinction ne s’est pas démentie. Moustapha Niasse, avec son éloquence légendaire, savait capter l’attention de ses homologues par une gestuelle mesurée et une voix posée et maniait le verbe avec une précision chirurgicale, ne laissant pas de faille dans ses plaidoyers. Jacques Baudin, poursuivait cette tradition, incarnant un Sénégal raffiné et respecté.
Ibrahima Fall, diplomate et juriste chevronné, impressionnait par sa clarté d’expression, capable d’argumenter avec rigueur et passion dans les arènes internationales. Il a occupé le poste de Sous-Secrétaire général aux affaires politiques à l’ONU. Auparavant, de 1992 à 1997, il a assumé les fonctions de Sous-Secrétaire général aux droits de l’homme et de Directeur du Centre pour les droits de l’homme à Genève. Il a également été Secrétaire général de la Conférence mondiale des Nations Unies sur les droits de l’homme qui s’est tenue à Vienne en 1993
Aïssata Tall Sall n’a pas dérogé à la règle, apportant l’assurance et l’affirmation du leadership féminin. Nommée ministre des Affaires étrangères en 2020, a apporté une touche nouvelle à la diplomatie sénégalaise. Avocate chevronnée, elle s’est imposée par son éloquence et sa maîtrise des enjeux internationaux. Son passage à la tête de la diplomatie sénégalaise a renforcé la visibilité du pays et confirmé son rôle en Afrique de l’Ouest et au sein des grandes institutions internationales.
Une présence affirmée dans les instances internationales
Depuis plus de 50 ans, le Sénégal préside le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, créé en 1975 par l’ONU. Un soutien réaffirmé sous Senghor et Diouf, mais plus nuancé sous Macky Sall, notamment après son discours de l’Aïd El-Fitr 2017, qui a semé le doute sur la position jusque là tranchée du Sénégal.
Autre figure marquante, Cheikh Boubacar Fall (1923-2006), premier PDG d’Air Afrique (1961-1973), un ingénieur formé à Supélec, connu pour sa rigueur et sa vision. Dans une interview accordée à Sud Quotidien, en décembre 2017, Falilou Kane dit de lui : « Cheikh Boubacar Fall, largement en avance sur son temps qu’il aurait pu s’il avait été américain, devenir un Rockefeller. Sa capacité d’anticiper et son ouverture d’esprit lui ont permis en très peu de temps, de créer une nouvelle compagnie. Air Afrique qui s’est hissée au 18ème rang mondial. Travailleur infatigable entre 1962 et 1971, la compagnie qu’il a mise sur les fonts baptismaux, volait haut et était la première compagnie aérienne multinationale au monde, bien devant la Sas (Scandinavian Air System) commune aux pays nordiques ».
Falilou Kane, ancien ambassadeur, a été le Secrétaire général de l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM) de 1968 à 1974, qu’il considère comme la pionnière de l’intégration africaine. Auteur de « Vue d’aigle sur la diplomatie sénégalaise de 1960 à nos jours » (Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal en coédition avec NENA, 2010), il y raconte les sommets de l’OUA, les sessions de l’ONU, mais aussi les réunions des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans leurs relations avec l’Union européenne,.
Jacques Diouf (1938-2019) a dirigé la FAO de 1994 à 2011, marquant de son empreinte la lutte contre la faim. Babacar Ndiaye (1936-2017), économiste sénégalo-guinéen, a présidé la BAD (1985-1995), jouant un rôle clé dans son rayonnement international.
Le juge Kéba Mbaye, a siégé à la Cour internationale de Justice (1981- 1990). Il est l’un des symboles de cette présence. D’autres figures emblématiques comme Abdoulaye Bathily, qui a occupé plusieurs postes de haut niveau. Envoyé spécial de l’Union africaine à Madagascar, en Centrafrique, il a, pour le compte des Nations Unies (entre 2013 et 2024, été représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies au Mail, en Afrique Centrale, en Lybie), témoignent du leadership diplomatique du pays.
Le rôle du Sénégal dans les grandes organisations internationales fut un cheval de bataille permanent. L’adhésion aux principes du non-alignement, le soutien aux causes africaines, la promotion du dialogue Nord-Sud furent portés haut et fort par ces hommes. Sa posture comme médiateur dans les crises africaines a également marqué son influence diplomatique. Dakar a régulièrement servi de plateforme pour les négociations de paix, notamment dans les conflits au Liberia, en GuinéeBissau… La diplomatie sénégalaise s’est souvent illustrée par sa capacité à établir des ponts entre différentes parties prenantes en conflit.
Le prestige du Sénégal, petit pays mais grande nation diplomatique, leur doit une part essentielle de son éclat.
Le rayonnement sénégalais dans le sport mondial
Le Sénégal a également marqué son empreinte dans la diplomatie sportive grâce à plusieurs figures emblématiques. Kéba Mbaye, ancien président du Comité international olympique (CIO) et du Tribunal arbitral du sport (TAS), a joué un rôle clé dans la gouvernance du sport mondial en veillant à l’éthique et à l’équité dans le sport international. Vice-président du CIO (1988-1992, puis 1998-2002), il a dirigé plusieurs commissions stratégiques, dont Apartheid et olympisme (1989 -1992), la Commission juridique (1993- 2002) et la Commission d’éthique (1999). Son engagement a façonné la gouvernance du sport international.
Lamine Diack, qui a dirigé la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) pendant plus d’une décennie (1999-2015), a contribué à la promotion de l’athlétisme à l’échelle mondiale, malgré les controverses qui ont marqué la fin de son mandat.
Mamadou Diagna Ndiaye, membre influent du CIO et président du Comité national olympique et sportif sénégalais (CNOSS) (depuis 2007, a joué un rôle central dans l’obtention des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 par Dakar, une première pour l’Afrique. Sans occulter le seul et unique médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Seoul en 1988, El Hadji Amadou Dia Ba.
Le soft power sénégalais a travers la culture et les arts
Au-delà de la politique et du sport, la culture a été un puissant levier de la diplomatie sénégalaise. Le cinéma sénégalais, avec des figures de proue comme Ousmane Sembène, a marqué l’Afrique et le monde entier. Ses films, tels que Borom Sarret (1963) et Xala, (1975) sont étudiés dans les écoles et festivals internationaux, renforçant ainsi le rayonnement du pays.
Le Festival Mondial des Arts Nègres, organisé en 1966, a marqué un tournant sur le plan diplomatique. Il a offert au Sénégal, nouvellement indépendant une tribune internationale pour affirmer sa culture et celle de l’Afrique à revendiquer leur rôle dans le dialogue des civilisations. Il a également renforcé les liens entre les pays africains et leurs diasporas, notamment les intellectuels afro-américains venus en soutien à la cause panafricaine.
Par ce festival, Senghor a imposé la négritude comme un pilier de la diplomatie culturelle sénégalaise, ouvrant la voie à une reconnaissance internationale des arts africains et à une coopération culturelle renforcée avec l’UNESCO notamment, qui plus tard, en a nommé Amadou Mahtar Mbow sous-directeur en 1970. Elu en 1974 et réélu en 1980, il quitta ses fonctions en 1987.
Les écrivains sénégalais ont également brillé sur la scène internationale. Boubacar Boris Diop s’est vu décerné le Grand Prix de la Littérature Africaine en 2000. Dans un article qui lui est consacré, le journal Le Point a titré : « Boubacar Boris Diop ou le panafricanisme littéraire » (mars 2024).
Le prix Goncourt a été décerné à Mohamed Mbougar Sarr en 2021 pour La Plus Secrète Mémoire des hommes, un exploit qui a mis en lumière la vitalité littéraire sénégalaise.
Avant eux, les œuvres de Cheikh Hamidou Kane (L’Aventure ambiguë (1961) ) et de Mariama Bâ (Une si longue lettre ((1971)), d’Abdoulaye Sadji (Maïmouna (1953) Nini, mulâtresse du Sénégal (1954), Sembene Ousmane (Le Docker Noir (1956) Les bouts de bois de Dieu (1960) , Aminata Sow Fall (L’appel des arènes (1982) qui a reçu le prix international pour les Lettres africains (1982) sont intégrées dans les programmes scolaires de plusieurs pays africains, témoignant de l’influence intellectuelle du Sénégal.
En arts plastiques, Ousmane Sow a marqué les esprits avec ses sculptures monumentales, exposées dans le monde entier, notamment sur le Pont des Arts à Paris Ses œuvres, inspirées de l’histoire africaine et de figures emblématiques comme Nelson Mandela, ont contribué à la reconnaissance de l’art sénégalais à l’international
Il en est de même de Ndary Lo (1961-2017), sculpteur lui aussi reconnu pour son travail sur les figures élancées en métal, souvent inspirées par la marche et le mouvement. Son art reflète des thématiques profondes comme la migration, la condition humaine et l’identité africaine. Lauréat de plusieurs prix, il a marqué la scène artistique contemporaine africaine.
Solly Cissé peintre et plasticien sénégalais mêle dans son travail, abstraction et figuration, explorant des sujets tels que la mémoire, l’urbanisation et les mutations sociétales. Il utilise des couleurs vives et des formes dynamiques pour exprimer des réalités culturelles et sociales complexes. Il est l’un des artistes sénégalais les plus en vue sur la scène internationale.
La musique n’est pas en reste, avec des artistes comme Youssou N’Dour, qui a utilisé sa notoriété pour promouvoir la culture sénégalaise et s’engager dans des causes humanitaires. Son album Egypt (2004) a remporté un Grammy Award, confirmant son statut d’ambassadeur musical du Sénégal.
Un recul progressif de l’influence sénégalaise ?
Malgré cet héritage prestigieux, plusieurs observateurs constatent un recul de l’influence sénégalaise sur la scène diplomatique. Aujourd’hui, peu de Sénégalais occupent des postes clés dans les grandes institutions internationales. Le pays semble moins actif dans les initiatives de médiation diplomatique, un domaine où il était autrefois incontournable, notamment dans la résolution des conflits en Afrique de l’Ouest.
Ce recul peut s’expliquer par plusieurs facteurs. D’une part, la multipolarisation du monde a vu l’émergence de nouveaux acteurs influents en Afrique, comme le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Rwanda, qui ont su mieux positionner leurs cadres dans les institutions internationales. D’autre part, les défis internes du Sénégal, notamment économiques et politiques, ont pu affecter sa capacité à maintenir une politique étrangère proactive.
Quels leviers pour une relance diplomatique ?
Pour retrouver son influence d’antan, le Sénégal pourrait miser sur plusieurs axes stratégiques. Le renforcement de la diplomatie économique est essentiel, en attirant davantage d’investissements étrangers et en promouvant les entreprises sénégalaises à l’international. La formation et l’accompagnement de jeunes diplomates pourraient également permettre au pays de réinvestir les institutions internationales. Le contexte international actuel exige des compétences diplomatiques aiguisées. Les questions de sécurité régionale, les enjeux économiques liés à la mondialisation et les défis environnementaux nécessitent une présence active sur la scène internationale.
Enfin, la valorisation du soft power sénégalais, notamment à travers la culture, le sport et l’innovation, pourrait redynamiser l’image du pays à l’échelle mondiale. Le Sénégal dispose d’atouts indéniables qu’il lui revient de mobiliser pour retrouver sa place de leader sur la scène diplomatique internationale.
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LES UNES DE LA PRESSE DE CE LUNDI 24 MARS 2025
Sud Quotidien, Walf Quotidien, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien,
Sud Quotidien, Walf Quotidien, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien,
NOUS MENONS UNE GUERE D'INDEPENDANCE
En tournée dans le pays, le président du Faso a de nouveau pris position contre les puissances occidentales. « Nous ne sommes plus en guerre contre le terrorisme, mais en guerre pour notre indépendance », a affirmé le capitaine Ibrahim Traoré...
En tournée dans le pays, le président du Faso a de nouveau pris position contre les puissances occidentales.
« Nous ne sommes plus en guerre contre le terrorisme, mais en guerre pour notre indépendance », a affirmé le capitaine Ibrahim Traoré, lors de sa visite dans la région du Plateau central, située à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale burkinabè.
Devant des milliers de partisans, il a souligné que le Burkina Faso se bat pour son émancipation.
Le président a précisé que les « impérialistes » ne souhaitent pas voir l’Afrique se développer, car cela entraînerait des « problèmes » comme le chômage.
« Chaque fois que nous installons une petite unité industrielle ici, ce sont des emplois qui disparaissent pour l’impérialisme. Par exemple, si nous créons une industrie de transformation de sésame ici, cela signifie que des emplois sont perdus ailleurs », a détaillé le capitaine Traoré.
Selon lui, l’objectif des impérialistes est de semer le chaos pour mieux « piller nos ressources ». Il a rappelé que de nombreux pays occidentaux, bien qu’ils ne disposent pas de grandes réserves d’or, en possèdent néanmoins des quantités considérables. « Ils créent des troubles, volent et pillent nos ressources », a-t-il insisté.
« Notre devoir est de lutter pour notre émancipation (…). Le Burkina sera ce qu’ils n’ont jamais imaginé qu’il soit », a conclu le chef de l’État burkinabé.
Critique des médias occidentaux
Pour remporter cette guerre, il a exhorté ses concitoyens à se méfier des médias occidentaux.
« La désinformation est à son comble (…). Dans cette lutte, le plus dangereux, c’est la guerre de la communication », a déclaré le capitaine Traoré.
Il a exprimé son regret d’avoir, par le passé, écouté certaines radios comme RFI. « Arrêtez d’écouter ces médias », a-t-il insisté.
Le président a révélé qu’en 2022, le magazine Jeune Afrique lui avait proposé ses services, mais il avait refusé. « Ils ont envoyé des représentants pour nous rencontrer et nous avons des preuves », a-t-il ajouté.
Depuis septembre 2023, Jeune Afrique est suspendu au Burkina Faso pour « désinformation ». Quelques mois plus tôt, en décembre 2022, le gouvernement avait également suspendu les programmes de Radio France Internationale (RFI), en raison de ce qu’il a qualifié de « manquement grave » et de « propagation d’informations mensongères ».
FIN RAMADAN ET KORITE, L’ASPA DEVOILE LE JOUR DU CROISSANT LUNAIRE AU SENEGAL
Le mois béni du ramadan tire vers sa fin, après plus d’une vingtaine de jours de jeûne. Comme à son habitude, l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie (Aspa) a donné ses conclusions sur la visibilité du croissant lunaire.
Le mois béni du ramadan tire vers sa fin, après plus d’une vingtaine de jours de jeûne. Comme à son habitude, l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie (Aspa) a donné ses conclusions sur la visibilité du croissant lunaire.
Quel jour devrait être célébrée la fête de la Korité ? En tout cas, Samedi prochain, le croissant lunaire «ne sera pas visible au Sénégal, même avec des moyens d’observations pointus». Selon L’Aspa, ce jour, l’astre se couchera à 19h 38mn alors que le soleil se couchera à 19h 22mn. Il serait alors âgé de seulement 8h 40mn, et aura une surface éclairée de moins de 1%.
Par contre, précise l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie, le dimanche 30 mars «le croissant lunaire sera observable à l’œil nu au Sénégal, partout où le ciel est bien dégagé». Car, explique-t-elle dans son communiqué de presse parvenu à iGfm, ce dimanche, il se couchera à 20h 39mn. Soit 1h 17mn après le Soleil qui se couche à 19h 22mn. La lune sera alors âgée de 1j 8h.
POUR AVOIR AGRESSE UN ENSEIGNANT, L'INTERSYNDICAL DE ZIGUINCHOR BLOQUE TOUT
L’intersyndicale des enseignants de Ziguinchor (SELS – UDEN- SUDES -SNELAS/FC- ORS- SIENS – CUSEMS/A – OIS) a annoncé une grève totale, ce lundi , à la suite d’une agression “inacceptable” dont a été victime leur collègue Sidy Goudiaby...
L’intersyndicale des enseignants de Ziguinchor (SELS – UDEN- SUDES -SNELAS/FC- ORS- SIENS – CUSEMS/A – OIS) a annoncé une grève totale, ce lundi , à la suite d’une agression “inacceptable” dont a été victime leur collègue Sidy Goudiaby, enseignant à l’école élémentaire de Belfort.
“L’intersyndicale des enseignants de Ziguinchor condamne avec la plus grande fermeté l’agression inacceptable dont a été victime leur collègue Sidy Goudiaby, enseignant à l’école élémentaire de Belfort”, a-t-elle déploré dans un communiqué transmis dimanche à l’APS.
Elle rappelle que “cette acte barbare a eu lieu le vendredi 21 Mars 2025 dans l’après-midi, au moment où il dispensait des cours de renforcement à l’endroit des élèves du CM2 par un jeune du quartier. “Cet acte d’une gravité extrême constitue une atteinte intolérable à l’intégrité et à la dignité de l’ensemble du personnel éducatif”, a dit l’intersyndicale des enseignants de Ziguinchor dans le même document.
Face à cette situation, et en l’absence de mesures immédiates et concrètes pour garantir la sécurité des enseignants dans l’exercice de leurs fonctions, l’Intersyndicale décide “de décréter un mot d’ordre de grève le lundi 24 mars 2025 ( Grève totale [Arrêt de travail] ).
Elle a également annoncé un rassemblement suivi d’une déclaration au siège de la CNTS [Bourse du travail]. “Nous exigeons des autorités académiques et administratives une réaction immédiate afin que justice soit faite et que de véritables mesures de protection soient mises en place pour garantir l’intégrité physique et morale des enseignants”, a-t-elle invité dans le même texte.
L’Intersyndicale dit rester” mobilisée et déterminée à défendre les droits des enseignants et la dignité du corps éducatif”. “Nous appelons tous les enseignants à rester solidaires et à observer scrupuleusement le mot d’ordre”, a-t-elle appelé.
L'AN 1 DE DIOMAYE FAYE, UN LEADERSHIP BASÉ SUR LE DIALOGUE ET LES RÉFORMES SELON AMINATA TOURÉ
Un an après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la tête du Sénégal, Aminata Touré, haut représentant du président de la République, s’est exprimée sur le bilan de cette première année de gouvernance.
Un an après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la tête du Sénégal, Aminata Touré, haut représentant du président de la République, s’est exprimée sur le bilan de cette première année de gouvernance. Invitée de l’émission En Vérité, elle a mis en avant les réformes entreprises et les défis rencontrés par les nouvelles autorités.
Selon Aminata Touré, le président Diomaye Faye a fait du dialogue et du consensus les piliers de son action gouvernementale. « Il a d’abord initié le dialogue avec la justice, car il y avait beaucoup d’abus de pouvoir et de partialité. Les concertations nationales sur la justice ont permis d’identifier de nombreuses idées pour réformer le secteur », a-t-elle expliqué.
Elle a également souligné la volonté du gouvernement de moderniser l’administration, notamment à travers le New Deal technologique, une ambition visant à faire du Sénégal un leader en matière d’innovation numérique.
Sur le plan agricole, elle a mis en avant un succès majeur : « Le président a été élu juste avant l’hivernage, mais pour la première fois, l’armée a été mise à contribution pour faciliter la distribution des semences. Cela a permis d’éviter les difficultés habituelles dans l’organisation de la campagne agricole. »
Dans le domaine éducatif, Aminata Touré a salué les efforts du gouvernement pour assurer le bon déroulement des examens nationaux et les concertations menées avec les syndicats. « Il est important de leur dire la vérité sur l’état dans lequel l’ancien régime a laissé le pays, notamment avec une dette publique énorme et des détournements massifs », a-t-elle déclaré.
Elle a insisté sur la nécessité de maintenir un dialogue franc avec tous les acteurs du pays afin de remettre le Sénégal sur les rails.
Aminata Touré a rappelé que le président de la République et son gouvernement ont réellement eu les pleins pouvoirs seulement après les élections législatives, qui ont donné une majorité parlementaire au parti PASTEF. « Si vous vous souvenez bien, le président voulait très tôt supprimer le Conseil économique, social et environnemental ainsi que le Haut Conseil des collectivités territoriales pour réaffecter ces fonds à des secteurs prioritaires. Mais sans majorité, cela n’a pas été possible », a-t-elle expliqué.
Elle reste toutefois optimiste quant à l’avenir : « Ce ne sera pas facile, mais en mettant en avant le dialogue, comme le souhaite le président, tous les acteurs pourront comprendre et accompagner les réformes nécessaires. »
Interrogée sur les critiques selon lesquelles « le pays va mal » et que « rien ne marche », Aminata Touré pointe du doigt la gestion passée. « Même en ayant été dans l’APR, je suis surprise par l’ampleur du pillage des ressources. Quand on vous dit qu’un individu possède 125 milliards ou que 90 milliards ont été transférés sur le compte du fils de l’ancien président, cela a forcément un impact énorme sur l’économie », a-t-elle dénoncé.
Elle a également évoqué la conjoncture mondiale, rappelant que de nombreux pays font face à des crises économiques, mais que le Sénégal doit compter sur ses propres efforts. « L’essentiel est de travailler et de lutter contre la corruption. Si nous y parvenons, chacun pourra s’y retrouver et notre économie se portera mieux. C’est dans cette dynamique que le président de la République appelle les Sénégalais, notamment le secteur privé, à jouer un rôle clé », a-t-elle conclu.
JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC LA MÉDIATION PÉNALE
Aminata Touré, haut représentant du président de la République Bassirou Diomaye Faye, était l’invitée de l’émission En Vérité. Elle est revenue sur la reddition des comptes initiée par le gouvernement, exprimant clairement son opposition à la médiation...
Aminata Touré, haut représentant du président de la République Bassirou Diomaye Faye, était l’invitée de l’émission En Vérité. Elle est revenue sur la reddition des comptes initiée par le gouvernement, exprimant clairement son opposition à la médiation pénale dans les affaires de détournement de fonds publics.
Interrogée sur la possibilité de privilégier la médiation pénale pour faciliter le recouvrement des sommes détournées, Aminata Touré a marqué son désaccord : « Je ne suis pas d’accord sur ce point et depuis 10 ans je le dis. Ce sera trop facile. Cela veut dire que si vous nommez une personne et qu’elle détourne 50 milliards, si on l’attrape, elle peut proposer de rendre 30 milliards et s’en sortir ainsi. Les gens en feraient un métier si tout se terminait par une médiation pénale. Même la loi ne dit pas cela. Selon moi, on doit les remettre à la justice et ensuite récupérer l’intégralité de l’argent. »
Sur la question de la réconciliation entre la justice et les citoyens, Aminata Touré a souligné les efforts en cours, tout en rappelant le contexte difficile laissé par le précédent régime : « N’oubliez pas qu’on était dans une situation extrêmement difficile. L’actuel président de la République a été libéré de prison quatre jours après le début de l’élection présidentielle, avec le Premier ministre. Plus de 1000 personnes étaient emprisonnées pour des raisons politiques. Donc la réconciliation et le rétablissement de la confiance vont prendre du temps, mais je pense que les Sénégalais le savent : nous sommes sur le bon chemin. »
L'AN 1 DE DIOMAYE FAYE, UNE VOLONTÉ DE RUPTURE ET DE RECONSTRUCTION SELON MAURICE SOUDIECK DIONE
Invité de l’émission Point de Vue sur la RTS, Maurice Soudieck Dione, professeur agrégé de science politique à l’Université Gaston Berger (UGB), a analysé la première année de gouvernance du président Bassirou Diomaye Faye.
Invité de l’émission Point de Vue sur la RTS, Maurice Soudieck Dione, professeur agrégé de science politique à l’Université Gaston Berger (UGB), a analysé la première année de gouvernance du président Bassirou Diomaye Faye. Selon lui, cette période a été marquée par une volonté de bien faire, malgré un contexte d’accession au pouvoir qualifié d’exceptionnel.
Revenant sur l’élection du président Bassirou Diomaye Faye, le politiste souligne que cette alternance s’est produite dans des conditions quasi « miraculeuses » : « Il faudrait s’inscrire en porte-à-faux avec la stratégie des acteurs, puisque c’est comme s’il y avait une sorte de main divine qui, au dernier moment, avait tout arrangé. Cette manière dont les choses se sont passées montre d’une part la résilience des institutions sénégalaises, mais également la maturité du peuple. »
Dans ce contexte particulier, le professeur Dione rappelle que l’arrivée au pouvoir d’un nouveau régime ne se fait jamais sans difficultés : « Lorsqu’on arrive au pouvoir dans ces conditions, les choses ne sont pas simples. Il faut que les nouveaux gouvernants prennent leurs marques, qu’ils réorganisent le pays et remettent les choses en ordre après toutes les péripéties rocambolesques que l’on a vécues sur le plan politique, les atteintes aux droits et libertés, ainsi que les difficultés économiques et sociales. »
Malgré ces défis, Maurice Soudieck Dione reconnaît une dynamique de rupture enclenchée par le chef de l’État : « Naturellement, cela ne peut pas être facile, mais je crois que vous aurez remarqué que dès sa prise de fonction, le président de la République a convoqué le mois suivant les assises de la justice. Cela veut dire qu’on avait touché le fond en matière d’État de droit, et donc c’était une manière de relancer la reconstruction du pays. »
Pour lui, cette initiative s’inscrit dans une perspective plus large de refondation des institutions et du modèle de gouvernance, avec un accent particulier sur la justice et la restauration des principes fondamentaux de l’État de droit.
« C’est une reconstruction des infrastructures immatérielles, mais qui sont à la base de notre vivre-ensemble et de la solidité de l’État. »
Au terme de cette première année, le professeur Dione estime que le président Bassirou Diomaye Faye et son équipe montrent une réelle volonté de redresser le pays et d’apporter une rupture avec les pratiques du passé. Cependant, la consolidation de cette dynamique demandera du temps et des efforts soutenus. « Il y a cette volonté des nouveaux gouvernants de tenir la barque. Maintenant, la question est de savoir comment cette volonté va se traduire en actions concrètes et durables pour répondre aux attentes des Sénégalais avec cette forte pression. »