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3 avril 2025
Culture
SACS CONFECTIONNES PAR LES ARTISANS LOCAUX, SIMON KOUKA PRONE LA PREFERENCE NATIONALE
Faire la promotion du consommer local, c’est l’objectif de la campagne lancée, mardi dernier, par l’artiste Simon Kouka. «Jangi jee saaku fi» est un volet du concept «Solo fi» (s’habiller local) que l’artiste mène depuis deux ans.
Faire la promotion du consommer local, c’est l’objectif de la campagne lancée, mardi dernier, par l’artiste Simon Kouka. «Jangi jee saaku fi» est un volet du concept «Solo fi» (s’habiller local) que l’artiste mène depuis deux ans. L’objectif étant d’inciter les Sénégalais à acheter les sacs d’écolier confectionnés par les artisans locaux.
Depuis quelques années, il est devenu le porte étendard du «Made in Sénégal». Le rappeur Simon Kouka a lancé, en début de semaine, une campagne na¬tionale pour inciter les Sé¬négalais à se tourner vers les sacs d’écolier confectionnés par les artisans locaux. «Jangi jee saaku fi», le nom de la campagne, renvoie à une autre qui, elle, s’intitule «Solo fi».
Ces deux concepts ont cela de commun qu’ils appellent à la consommation locale et à tendre la main aux artisans locaux. «Cette campagne «Jangi jee saaku fi» (Aller à l’école avec des sacs confectionnés par nos artisans) est un volet du concept «Solo fi» (S’habiller local) que je développe depuis 2 ans. Il s’agit d’inciter les parents d’élèves à acheter des sacs made in Sénégal, plutôt que des sacs importés», explique-t-il. Entouré d’artisans venus des régions du Sénégal, Simon a lancé un cri du cœur : «Comme vous le voyez autour de moi, il y a des artisans venus de partout qui confectionnent des sacs difficilement et qui veulent dire aux Sénégalais qu’ils sont capables de produire des sacs de qualité, des sacs solides, avec lesquels leurs enfants pourraient aller à l’école.»
Pour cette année, le message est clair. «Je ne peux pas comprendre qu’on ait des frères et sœurs sénégalais qui confectionnent des sacs, qu’on les laisse ici pour aller acheter ailleurs des sacs qui ne sont pas de qualité et qu’on doit remplacer plusieurs fois dans l’année», s’insurge le chanteur et activiste. Selon Simon, en achetant des sacs confectionnés par des artisans locaux, les Sénégalais participeront à booster l’économie nationale. «Acheter chez les artisans locaux, c’est booster l’économie locale et c’est le Sénégal qui gagne parce que cet artisan paie ses charges avec ce qu’il gagne et il paie aussi la scolarité de ses enfants.»
Simon appelle ainsi les autorités à montrer l’exemple et à participer à installer ce réflexe de la Préférence nationale pour tout ce qui est habillement ou maroquinerie. «Nous avons fait le tour du Sénégal pour voir les artisans et nous voulons installer ce reflexe chez les Sénégalais, d’aller vers les artisans locaux quand ils ont besoin de sacs, de vêtements, etc. La campagne a été lancée aujourd’hui (mardi 30 aout). Que chacun s’intéresse à l’artisan qui travaille à côté de lui», lance comme un leitmotiv l’activiste. Saliou Baldé est un maître maroquinier venu de Tam¬bacounda. Formé en Italie, il donne l’assurance que les produits confectionnés au Sénégal sont de qualité.
En attendant, les sacs locaux déjà confectionnés par ces artisans ont été exposés. Et selon Simon, il est possible de se les procurer très facilement. En effet, en relation avec la Ville de Dakar, des boutiques-conteneurs vont être installées dans certains quartiers de la capitale. Des boutiques destinées à vendre du Made in Sénégal uniquement.
LES MAUX DU LIVRE
Au Sénégal, il est difficile de parler d’une rentrée littéraire. Un environnement assez peu organisé et l’absence d’un véritable marché autour du livre sont avancés comme explications
En cette période de l’année, la France a les yeux rivés sur ses librairies. La rentrée littéraire étant un moment très attendu, le milieu des lettres entre en effervescence. Quels auteurs paraîtront ? Quels livres seront les plus vendus ? Lesquels auront les faveurs du public et ou des jurys littéraires ? Des questions qui accompagnent chaque année ce moment particulier de la vie littéraire du pays de Marianne. Les éditeurs s’affairent à organiser le meilleur départ possible pour leurs auteurs et les librairies réorganisent leurs étals. L’effervescence est perceptible dans tous les médias et on attend avec impatience la nouvelle cuvée. Au Sénégal, force est de constater que tout au long de l’année, le milieu littéraire n’arrive que rarement à se mettre en effervescence. Les raisons sont à chercher dans un monde de l’édition et du livre assez peu organisé. «Au Sénégal, le niveau d’organisation, l’absence d’un vrai marché, du reste concentré à Dakar, et encore !, d’un bon circuit de diffusion, font qu’on en est encore loin», explique le journaliste culturel Aboubacar Demba Cissokho. Une rentrée littéraire est, dit-il, «une expression, un mot générique qui désigne une séquence de temps essentiellement commerciale, qui concentre un important nombre de publications/parutions de nouveaux livres, tous genres confondus».
A l’origine, on parlait plutôt de rentrée théâtrale à la fin du 19e siècle. Et c’est en 1874 que le poète et critique d’art français, Stéphane Mallarmé, en parle pour désigner au sens large, la rentrée culturelle. En effet, au mois de septembre, de nouvelles pièces faisaient leur apparition sur les planches. Mais l’apparition des récompenses littéraires, comme le célèbre Goncourt en 1903, contribue à structurer le phénomène. Et les éditeurs comprennent peu à peu que les désignations de prix stimulent les ventes de livres. Ils en publient donc davantage en septembre et la notion de «rentrée littéraire» s’impose naturellement dans la presse. Le terme se fige en 1975 grâce à Apostrophes, le magazine littéraire de Bernard Pivot, explique Michel Dufranne, un critique littéraire belge.
En Afrique, au Mali voisin, une rentrée littéraire officielle est organisée depuis plus d’une dizaine d’années. Mais il faut souligner tout de même que la rentée malienne se rapproche plus du Salon national du livre du Sénégal puisqu’elle s’étale sur plusieurs jours, plusieurs lieux, et s’achève par une remise de prix.
Une rentrée aux objectifs commerciaux
Au Sénégal, on enregistre beaucoup de sorties chaque année, mais voilà, le niveau d’organisation du milieu littéraire ne permet pas encore de tenir un tel évènement. «Cela suppose une organisation et une entente implicite des maisons d’édition qui savent que le public attend cette période, et font donc paraître les livres à cette période-là», indique M. Cissokho. La rentrée littéraire a des objectifs clairement commerciaux. Il s’agit en effet de vendre et d’assurer la meilleure promotion possible aux nouvelles parutions. Et les médias et les critiques littéraires y jouent un grand rôle. D’ailleurs, en France, la chronologie est bien ficelée. «Il y a la rentrée d’octobre-novembre, réservée aux jeunes écrivains, et celle de janvier, réservée aux écrivains confirmés», note Abdourahmane Mbengue, journaliste et critique littéraire. Cette chronologie s’explique, selon Michel Dufranne, parce qu’«aujourd’hui, la survie d’un bouquin en librairie, c’est trois semaines». «Grâce à ce phénomène artificiel où la presse, les libraires, les critiques en parlent, vous tenez vos livres jusqu’aux prix, vous les faites survivre, et puis comme les prix arrivent, cela continue à créer une forme d’actualité et cela tient jusqu’à Noël», poursuit-il. On le voit donc, il s’agit d’opérations commerciales bien pensées. Mais il n’empêche qu’autant les lecteurs que les libraires et les éditeurs peuvent en tirer profit. Aussi, souligne Abdourahmane Mbengue, au Sénégal, «si tous les activistes du livre s’organisent et réunissent leur forces, ils peuvent créer cet engouement et provoquer une rentrée littéraire». Il y a une dizaine d’années, une maison d’édition avait tenté l’aventure. Mais elle ne fera pas long feu face aux réactions négatives de certains acteurs de l’écosystème du livre.
SANDINIÉRY À L'ÉPREUVE DE LA MODERNITÉ
Elle fait partie des rares localités qui n’ont pas été vaincues par les colons français. Cette prouesse, Sandiniéry la doit à son marabout résistant, Almamy Fodé Fossar Souané. Grâce à ses « soldats », des abeilles, il a dérouté l’armée coloniale en 1861
Samba Oumar Fall et Souleymane Diam Sy, Ndèye Seyni Samb |
Publication 31/08/2022
Située sur l’autre côté de la rive droite du fleuve Casamance, à hauteur du département de Sédhiou, Sandiniéry a la réputation d’être une terre de refus ou un village « rebelle ». Elle fait partie des rares localités qui n’ont pas été vaincues par les colons français. Cette prouesse, Sandiniéry la doit à son marabout résistant, Almamy Fodé Fossar Souané. Grâce à ses « soldats », des abeilles, il a dérouté l’armée coloniale en février 1861. Celle-ci a essuyé une cuisante défaite au débarcadère de Sandiniéry.
Sandiniéry. À Dakar, ce nom renvoie à la fameuse rue située au marché Sandaga, là où les ressortissants guinéens vendent des fruits. D’où vient cette appellation ? Pour en savoir plus, il faut remonter le temps, l’histoire. Sandiniéry est une localité située dans la commune de Karantaba, département de Sédhiou. Pour rallier cette bourgade, il faut traverser le fleuve Casamance, soit par pirogue soit par bac à partir de Sédhiou, donc une distance de trois kilomètres.
En ce dimanche 22 août 2022, le débarcadère de Sédhiou grouille de monde. Le bac étant en panne depuis des lustres, les pirogues ont pris le relais. Le rythme des navettes est incessant. Il faut un quart d’heure pour atteindre l’autre bout. Chauffeurs de taxis-brousse et conducteurs de motos « Jakarta » guettent la moindre arrivée des passagers et autres visiteurs pour leur proposer leurs services. Au cœur de ce village de Sédhiou, les activités vont bon train. À côté des maisons en dur ou en paille, les femmes, assises devant leurs étals garnis de quelques légumes et de tas de poissons, attendent la clientèle. Sandiniéry baigne dans un grand calme qui contraste d’avec son histoire agitée, son passé guerrier. Différentes péripéties conflictuelles avec le colon lui ont valu la réputation de « village rebelle ».
Le Fort Pinet Laprade et Sandiniéry sont deux grandes pages du passé colonial de Sédhiou. Le premier site abritait l’arsenal militaire du colon, avec trois pièces de canons orientés vers le village pour bombarder et surveiller les différents mouvements de l’ennemi.
Selon Amor Souané dit Dioutou, chef du village, Sandiniéry est fondé vers 1800 par des Baïnoucks, notamment par le couple Sandi. La fusion du nom de l’époux (Sandi) et celui de la femme (Niéry) a donné Sandiniéry.
Avec l’islamisation du Pakao, renseigne-t-il, Almamy Fodé Fossar Souané a quitté Diannah Ba, village situé à une cinquantaine de kilomètres de Sédhiou, pour s’installer à Sandiniéry. Sur place, le marabout a invité les premiers habitants du village, notamment les Baïnoucks qui étaient des païens, à embrasser la religion musulmane. Ces derniers lui ont opposé un niet catégorique. L’érudit a alors engagé la bataille pour la propagation de l’Islam. Les Baïnoucks ont fini par abandonner le village pour aller s’installer ailleurs, précise le chef de village.
LA RIPOSTE DE L’ARMÉE DES ABEILLES
Sandiniéry est réputé être « village de refus, une localité rebelle ». Tout serait parti de la fameuse bataille ayant opposé l’armée coloniale au marabout guerrier Almamy Fossar Souané en février 1861. Celle-ci découle, d’après Massy Dabo, notable du village, de la volonté des colons de « chasser » le marabout et Sounkar Yéri Camara, résistant qui s’était réfugié à Sandiniéry. Ce dernier s’était opposé à l’installation des colons à Sédhiou en 1854. N’y étant pas parvenu, il avait fini par traverser le fleuve Casamance pour se réfugier à Sandiniéry, auprès de son oncle, Almamy Fodé Fossar Souané, car sa maman était originaire de ce village. Après l’avoir contraint à l’exil, les colons ont voulu le poursuivre à Sandiniéry. Mais, c’était sans compter avec la détermination de l’Almamy. La confrontation était inévitable. C’est le début du déclenchement de la guerre entre colons et autochtones.
Très mystique, Almamy Fodé Fossar Souané avait déjà « sécurisé » son fief, selon le chef de village. Depuis le Fort de Pinet Laprade de Sédhiou, les colons déclenchèrent les hostilités en larguant une bombe sur Sandiniéry. Ils avaient malheureusement raté leur cible, selon Amor Souané. Leur engin explosif avait atterri à sept kilomètres derrière le village qui était mystiquement protégé par Almamy Fodé Fossar Souané. N’ayant pu localiser l’emplacement de la localité avec leurs outils de guerre, explique le chef de village, les colons décidèrent de traverser le fleuve Casamance pour en découdre avec les combattants de Sandiniéry et leur chef, Almamy Fodé Fossar Souané. À leur débarquement, ils seront attaqués par une colonie d’abeilles, considérées comme les « soldats » du marabout guerrier. Selon nos interlocuteurs, la guerre n’a pas duré plus d’une demi-heure ; les abeilles ayant réussi à dérouter les envahisseurs. Sandiniéry n’a pas capitulé.
Aujourd’hui, le baobab, lieu de refuge des « soldats » de l’Almamy Fodé Fossar Souané, attire la curiosité du fait de la présence mythique des abeilles dans cet arbre. Selon les autochtones, elles sont toujours présentes et prêtes à faire face à toute velléité d’attaque contre le village. Ces abeilles, informe le chef de village, jouent toujours leur rôle. Ce sont, d’après Amor Souané, les « protectrices » de Sandiniéry, des anges gardiens. Depuis lors, aucun incident n’a été noté entre elles et les habitants.
L’engin explosif retrouvé en 1992 par l’Armée
Mis en difficulté par les autochtones, les militaires français se repliaient dans les souterrains du Fort, selon une autre version de la bataille de Sandiniéry. Combattant à armes inégales, les guerriers de la rive droite, venus de Karantaba et Tanaff pour épauler leurs camarades de Sandiniéry, en fins stratèges, prenaient les pirogues, traversaient le fleuve et se cachaient dans les mangroves pour essayer d’atteindre le Fort Pinet Laprade, explique une autre version. Défaite, l’armée coloniale s’est retirée. Elle sera suivie, d’après Massy Dabo, par les commerçants blancs qui détenaient des comptoirs au débarcadère de Sandiniéry. Par ailleurs, révèle le notable du village, l’engin explosif, que les colons avaient largué et qui pèse 15 tonnes, a finalement été retrouvé. Il a été déterré en 1992 par l’Armée sénégalaise dans la forêt, à sept kilomètres du village.
LE CONCOURS DE POÉSIE POUR LE PRIX INTERNATIONAL LÉOPOLD-SÉDAR-SENGHOR LANCÉ
Le concours annuel de poésie en vue de l’attribution du Prix international Léopold-Sédar-Senghor s’est ouvert récemment, a annoncé mardi son promoteur, le poète sénégalais Cheikh Tidiane Gaye
Dakar, 30 août (APS) – Le concours annuel de poésie en vue de l’attribution du Prix international Léopold-Sédar-Senghor s’est ouvert récemment, a annoncé mardi son promoteur, le poète sénégalais Cheikh Tidiane Gaye
Le but de cette compétition organisée chaque année depuis 2015 est de ‘’faire connaître la vision et diffuser les œuvres du grand poète Léopold Sédar Senghor’’, premier président du Sénégal, a expliqué M. Gaye dans un communiqué parvenu à l’APS.
Le concours sert également à ‘’promouvoir la culture de la paix, la solidarité et l’amour entre les peuples, par le biais de la poésie’’.
Le concours est ouvert aux candidats des pays francophones d’Afrique, des Caraïbes, d’Europe et d’Amérique âgés de 18 ans au moins, a précisé Cheikh Tidiane Gaye, président de l’association Africa Solidarieta basée en Italie.
Les candidats écrivant en français et en italien peuvent faire acte de candidature jusqu’au 20 novembre prochain et participer aux différentes catégories du concours, selon le communiqué du promoteur.
Le meilleur recueil de poèmes de langue italienne publié dans les quatre dernières années et le meilleur recueil de 40 à 80 poèmes inédits en langue italienne, ‘’avec des thèmes libres’’, seront récompensés.
Pour cette catégorie, le lauréat pourra publier gratuitement ses poèmes aux éditions Kanaga Edizioni (Italie), selon le communiqué.
Chaque candidat peut présenter un ou deux poèmes inédits et n’ayant pas déjà été récompensés d’un prix ou n’ayant pas été présentés à d’autres concours.
La section ‘’Poésie inédite’’ du concours est réservée aux auteurs de poèmes de langue française ‘’sans limite de vers’’ et consacrés à l’environnement et à l’émigration.
‘’La dégradation de l’environnement et les changements climatiques posent des problèmes importants sur le plan de la sécurité humaine et du développement économique et humain durable’’, souligne le communiqué.
Il annonce que le jury sera présidé par le journaliste et écrivain Pap Khouma, directeur de la revue littéraire ‘’El Ghilbi’’, qui est consacrée à la migration.
‘’Les premiers lauréats de chaque section recevront une récompense de 500 euros (environ 325.000 francs CFA)’’, affirme l’organisateur du concours.
La cérémonie de remise des distinctions aura lieu le 29 avril 2023 à Milan, en Italie.
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Y'EN A MARRE, DE LA MUSIQUE À LA MOBILISATION
Un nouveau film documentaire dresse le portrait d'un mouvement social inspirant au Sénégal et de l'artiste hip-hop montante Nara P.
Un nouveau film documentaire en français dresse le portrait de l'artiste hip-hop sénégalaise Nara P. et du mouvement Y'en a Marre
LE KANKURANG, RICHESSE ET SYMBOLE D'UNITÉ
Classé patrimoine immatériel par l’Unesco depuis 2005, le Kankurang, masque et rite d’initiation originaire du Gabou, du Woyi et du Pakao, continue de jouer un rôle de cristallisation de l’identité du groupe mandingue
Classé patrimoine immatériel par l’Unesco depuis 2005, le Kankurang, masque et rite d’initiation originaire du Gabou, du Woyi et du Pakao, continue de jouer un rôle de cristallisation de l’identité du groupe mandingue. A Mbour qui figure parmi les villes gardiennes, à côté de Sédhiou et Banjul, cette pratique mystique se perpétue à travers le « Septembre mandingue ». Plombé en 2020 par la Covid-19, ce grand évènement culturel reprend ses activités ce 4 septembre. L’édition de cette année est placée sous le thème « la diversité culturelle, gage de la stabilité et de la cohésion ».
Chaque peuple à ses coutumes, ses croyances et ses pratiques qui se perpétuent à travers le temps. À Mbour, le Kankurang, considéré comme le génie protecteur de ce terroir et de toutes les contrées attachées à ce symbole, a toujours été et reste un moment central dans la transmission des valeurs qui fondent l’historique de la Collectivité mandingue, une entité regroupant les Mandingues du Gabou, du Woyi et du Pakao. La richesse et l’originalité de ce masque d’initiation des Mandingues de la Sénégambie qui joue un rôle essentiel dans le rétablissement de l’ordre social lui ont valu un classement au patrimoine culturel immatériel mondial par l’Unesco en 2005. Dans la capitale de la Petite Côte, la culture mandingue est présente dans les grands foyers regroupant cette communauté localisés dans les quartiers de Thiocé-Est, Thiocé-Ouest, Santassou, « 11 Novembre ».
Chaque année, au mois de septembre, ce rituel associé à l’initiation permet aux plus jeunes de recevoir des anciens certaines valeurs et d’acquérir les comportements d’un homme mûr prêt à affronter la vie adulte. Pendant tout le mois du Kankurang, la Collectivité mandingue fera étalage de son patrimoine culturel. Mbour vibrera alors au rythme du « Sowrouba », du « Kutiiroo », du « Junkurado » et du « Sabaroo », mais aussi du « diambadong », danse sacrée qui accompagne les initiés de toutes les classes d’âge et prend départ de la brousse vers les différents « leuls » sur les sites du Woyinka, de Thiocé Est et Ouest, de Diamaguène, de Santessou et Mboulème. Pendant un mois, ils seront encadrés, formés et éduqués à leur future vie d’adulte.
Cette année, la circoncision démarre le 4 septembre. La cérémonie officielle est prévue le 2 septembre, renseigne Aïdara Diop, secrétaire général de la Collectivité mandingue. Pour cette édition, le nombre de circoncis va passer à 700. De l’avis de M. Diop, la prise en charge de ces derniers dans les différents sites du point de vue sanitaire et de la restauration, de la sécurité et de l’impact au niveau des familles, constitue un gros problème auquel il faudra forcément trouver solutions. « Nous avons fait l’évaluation de l’édition de l’année dernière. Elle nous a permis d’avoir globalement un sentiment de satisfaction du point de la sécurité où quelques cas ont été vite gérés grâce à la vigilance et la détermination des forces de sécurité », indique le secrétaire général de la Collectivité mandingue qui soutient que le Service d’hygiène a été d’un apport considérable dans la gestion de la pandémie de la covid-19 ; ce qui a permis d’avoir zéro cas.
Une séance de saupoudrage, de désinsectisation et de désinfection sera organisée avant le 4 septembre, de Saly à Mboulème. La visite médicale gratuite se tiendra les 23 et 24 septembre ; un village sera érigé sur l’esplanade du Stade, a fait savoir Aïdara Diop.
OUVERTURE AUX AUTRES CULTURES
Depuis 1904, les Mandingues organisent les rites initiatiques avec la sortie du Kankurang dans un cadre restreint. L’édition de 2021 s’était organisée avec une innovation. Il en sera de même cette année, selon le secrétaire général de la Collectivité mandingue. « Nous avons décidé de nous ouvrir aux autres. Mbour étant devenu un melting-pot. Dans chaque famille mandingue, on trouve maintenant des Diolas, des Maures, des Lébous », a-t-il déclaré. Ce métissage a donné, selon lui, naissance à un Mandingue de type nouveau. M. Diop s’est félicité que les populations aient accepté cet état de fait ; parce qu’ayant bien compris que la partie ésotérique est gérée par les anciens, mais celle exotérique peut être partagée avec elles. Ainsi, le concept « Septembre Mandingue » a été pensé avec les soutiens des éléments des Etats-Unis, du Canada, de l’Allemagne, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne. Refusant d’avoir une « perception scolastique » de la notion de cadre, Aïdara Diop a intégré tous ceux qui ont une bonne connaissance dans leurs domaines d’activité. « Faire de la culture un élément structuré dans le domaine économique et social a été un objectif majeur à atteindre », a avancé le secrétaire général de la Collectivité mandingue.
FORT IMPACT ECONOMIQUE
Pour les Mbourois d’origine ou d’adoption, le Kankurang est une occasion de se ressourcer. Ainsi, le mois de septembre constitue une période d’effervescence populaire. Chaque week-end, la sortie du Kankurang, en plus de drainer une foule monstre. Un monde fou venu des autres localités se déverse sur Mbour ; ce qui rend encore plus dynamique la vie économique et sociale. Selon Aïdara Diop le « Septembre mandingue » a une dimension économique sur tous les plans, qui impacte sur la comptabilité publique locale. « Nous avons sous ce rapport, contracté une convention avec l’Université de Thiès. L’échantillonnage et le questionnaire ont été stabilisés en se fondant sur l’Agence nationale de la statistique et de la démographie », a indiqué Aïdara Diop. Selon lui, l’Université de Bambey qui avait fait l’étude d’impact du Magal de Touba a rapporté que ce grand évènement pèse 250 milliards de FCfa sur notre économie a été contactée pour avoir la même perception du « Septembre mandingue ». Etayant son propos, il a donné l’exemple des chauffeurs de clandos qui versent quotidiennement 7.000 FCfa en temps normal et qui, pendant le « Septembre Mandingue », les vendredi, samedi et dimanche multiplient par dix leur versement. Les boutiques fonctionnent 24h sur 24 les week-ends, tout comme les opérateurs de téléphone.
Comment toute cette manne est utilisée, est-ce que la population en bénéfice ? C’est la grande question qui se pose et Aïdara Diop est d’avis qu’il faut, à partir d’une étude d’impact, avoir des données scientifiques, calibrées et validées pour connaitre ce que le mois de septembre génère comme richesse et, à partir de ce moment, discuter avec les acteurs économiques sur ce qu’ils doivent reverser en services à la population, à la Collectivité mandingue qui organise en terme de contributions à l’éducation et à la santé.
L’autre perspective rentre dans l’objectif stratégique de faire du « Septembre mandingue », un évènement culturel de dimension mondiale, structuré et organisé, à l’image de ce qui se fait au festival de Rio. Et la Collectivité mandingue, rassure son secrétaire général, est en train d’y travailler. Après avoir rencontré des partenaires, le Syndicat d’initiative et autres acteurs pour faire du « Septembre mandingue » une offre de tourisme culturel « qui permet de faire converger chaque année et de manière organisée la Diaspora vers la ville de Mbour ». « Nous avons envie de structurer une offre qui retrace le parcours migratoire des Mandingues à partir de la bataille du Kansala, des Mandingues qui ont migré en passant par la Petite Côte ; ce qui a généré le métissage entre Mandingues et Sérères. Ils sont passés par Fadiouth, Nianing, Fadial, Dioffior et Niodior qui sont des appellations mandingues », a souligné le secrétaire général de la Collectivité mandingue.
PATRIMOINE IMMATERIEL ET PROJET D’ECOMUSEE
Depuis 1995, l’Etat du Sénégal a octroyé à la Collectivité mandingue un terrain d’un hectare à l’entrée de Saly. Il est temps, de l’avis d’Aïdara Diop, de le rentabiliser pour en faire un patrimoine de la Commune et du département. Selon M. Diop, le Kankurang est classé patrimoine immatériel par l’Unesco depuis 2005 et parmi les villes gardiennes, figure Mbour, à côté de Sédhiou et Banjul. Aujourd’hui, fait-il savoir, il s’agit de faire voir et savoir ces multiples facettes à travers la mise en place d’un écomusée et d’un centre d’interprétation dans le site où un comité de gestion a été mis en place. De même, croit-il savoir, un partenariat avec la ville de Bastum, en Italie, se traduira par un jumelage qui « permettra de capter les fonds nécessaires à l’édification de cet écomusée qui sera un point de convergence des touristes qui viendront pour connaître les facettes de la Collectivité mandingue et de la culture mandingue ». Dans ce centre, il sera érigé un centre de fabrication de balafons, de djembés, de sowrouba, bref, d’instruments qui symbolisent les diverses facettes de la Collectivité mandingue. « Le ministère de la Communication et de la Culture et celui du Tourisme ont été saisis pour travailler à la mise en place d’un projet avec un budget ficelé qui va être partagé avec la ville et plus tard avec le département, la région et le Sénégal », assure M. Diop.
À Mbour, la tradition est toujours conservée malgré les nombreuses mutations. Les garants de la mémoire collective de la communauté mandingue ont su garder intacts l’esprit et la lettre du Kankurang. Ces derniers ont compris la nécessité de protéger ce patrimoine culturel immatériel de l’humanité et d’assurer sa conservation efficace et sa transmission aux générations futures. Car, convaincus que sa disparition signerait la fin de l’identité mandingue.
1632 personnes consultées dont 900 femmes
Des séances de consultation gratuite ont été organisées avec 7 spécialités. Avec le soutien de la Fondation Sonatel, de la mairie partenaire leader du « Septembre mandingue », du notaire Me Moustapha Ndiaye et d’autres personnalités. Ainsi, un budget de plus de 20 millions de FCfa a été mobilisé pour consulter près de 1632 personnes dont 900 femmes. Le dépistage du cancer du col et du sein a aussi effectué avec 328 femmes dépistées dont 30 ont été référées. Des randonnées pédestres, des tournois d’amitié entre les différentes organisations de base de la collectivité, des expositions dans le village du septembre et des manifestations culturelles toutes les nuits qui ont été au programme. Selon Aïdara Diop, l’appui du président de la République a permis de soutenir les 7 cellules de la collectivité, le conseil des sages pour préparer leur Gamou annuel et le comité des femmes.
Dimension sociologique et anthropologique
L’une des ambitions de la nouvelle équipe de la Collectivité mandingue était de mettre une touche novatrice dans la prise en charge des activités. Malheureusement, elle a été bloquée par la pandémie de la Covid-19. Cet impair a amené les acteurs à mettre le focus sur la gestion de la pandémie. La première réaction de la Collectivité, précise Aïdara Diop, a été son implication dans la gestion en accompagnant la municipalité et les autorités sanitaire. Des opérations de distribution de gel, de masques, de produits de lavage des mains, de détergents et de riz ont été menées. Ainsi, le Conseil des sages, après son conclave, a décidé, compte tenu de l’impact de la Covid-19 et de sa propagation rapide, de ne pas organiser de « Septembre mandingue » en 2020. Etant les gardiens du patrimoine de la collectivité, toute décision émanant des sages est acceptée et appliquée. C’est ainsi que l’organisation du rite initiatique a été suspendue en parfaite collaboration avec les autorités administratives et gouvernementales, a informé M. Diop. La pandémie ayant baissé d’intensité en 2021, « nous avons eu l’avantage de bénéficier d’une autorisation », renseigne-t-il, précisant que c’est le Préfet Mamadou Lamine Mané qui venait de prendre service qui a annoncé la bonne nouvelle. Une bonne nouvelle qui a été bien accueillie, connaissant la dimension sociologique et anthropologique du « Septembre mandingue » qui permet des retrouvailles des familles et le développement d’une dimension économique.
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VENDRE DE L'INFO EN LIGNE AU SENEGAL
Si son modèle économique principal demeure la publicité comme la plupart des sites d’information mais depuis 2017, Senenews initié un service premium pour abonnés. Invité d’AfricaGlobe tv, Massamba Kane, explique
Son média, lancé en 2010, a été l’un des rares à oser lancer un service premium consultable sur la base d’abonnement depuis quelques années, sachant que cette option n'est pas ancrée dans les habitudes. Dans le contexte africain et sénégalais, un tel service a-t-il son public ? En d’autres termes, quel est le profil d’internautes qui acceptent de payer pour avoir de l’information ? Quelle information est-elle proposée aux abonnés ?
Dans cette émission, Massamba Kane, le président-fondateur du groupe SeneNews qui a aussi acquis les sites Metrodakar.net, onzedafrik.com et Sunubuzzsn.com répond à nos questions et décrypte l’environnement de la presse digitale au Sénégal. Aussi, rappelle-t-il les conditions dans lesquelles il a lancé son projet et quelles étaient ses motivations alors que les sites d'information, à l'époque, il n'y en avait pas à foison dans le paysage médiatique.
ESSAOUT, L'AUTRE ROYAUME DU KASSA
De 1993 à mars 2014, Essaout était longtemps resté dans l’anonymat. Mais, le 4 avril de la même année, le cours de ce « petit » village a complètement changé avec l’arrivée au trône de l’actuel Roi, Silondébile Sambou, qui inscrit sa démarche
De 1993 à mars 2014, Essaout était longtemps resté dans l’anonymat total. Mais, le 4 avril de la même année, le cours de ce « petit » village a complètement changé avec l’arrivée au trône de l’actuel Roi, Sa Majesté Silondébile Sambou, qui inscrit sa démarche et sa méthode dans la continuité. Voyage dans l’antre de l’autre Royaume du département d’Oussouye qui existe depuis des siècles.
Essaout, avec son paysage si attrayant, n’était pas trop connu du grand public avant 2014. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Perdu dans les forêts de rôniers, ce village si accueillant, situé dans la commune de Santhiaba Manjack et qui s’étend vers les rizières et le cours d’eau, abrite l’un des Royaumes du Kassa. Dans le département d’Oussouye, en plus de celui-ci, il y a le Royaume d’Oussouye dont le bois sacré se situe non loin de l’ancienne gare routière, celui de Mlomp, mais également de Kalobone dont le trône est en vacance (le Roi Sihang Ediam Djibalène étant décédé en octobre 2014). Pour s’y rendre, il faut, à partir du village de Diakène Diola, emprunter une route latéritique plus ou moins en bon état. Ce mardi 23 août, nous avons entrepris ce voyage vers ce Royaume. Sur le long de la route qui mène à Essaout, distante de moins de 10 kilomètres, des champs de patate, des plantations d’anacardiers et de vastes étendues d’arachide sont à perte de vue. Ce périple est loin d’être pénible. Après seulement quelques minutes de route, nous découvrons de loin de grands manguiers et fromagers géants. C’est « likoukine » (les premières habitations d’Essaout). C’est ici où les Essaoutois avaient habité en premier avant de se déplacer vers le site actuel. À gauche de cet endroit, aujourd’hui inhabité et englouti par les forêts, l’ancien bois sacré, mais aussi « sinkoo », leur cimetière. C’est une petite distance qui sépare « likoukine » au village d’Essaout. Nous dépassons ces anciennes habitations et continuons notre progression vers ce hameau qui compte en son sein cinq quartiers, dont Ekaffe, Etouta, Kheuneute, Djiloubougaye et Eguéguémosse. Deux minutes plus tard, nous entrons à Essaout. À notre montre, il faisait 10 heures 23 minutes. Juste à droite de l’entrée du village, une vaste forêt verdoyante au sein de laquelle trône de grands arbres. C’est le bois sacré ou la demeure de l’actuel Roi d’Essaout, Sa Majesté Silondébile Sambou.
UN MYTHE JAMAIS DÉSACRALISÉ
Bienvenue dans l’autre royauté du Kassa. L’une des plus anciennes. Dans l’histoire, Essaout avait été envahi à deux reprises par Oussouye, du temps du Roi Diankeubeu, puis par Niomoune. Et les habitants avaient été contraints de quitter leur village pour trouver refuge ailleurs. Cependant, ils trouvaient toujours le moyen de revenir sur les terres de leurs ancêtres. En cette matinée du mardi 23 août, un calme olympien règne dans Essaout. Dans une boutique implantée en face du bois sacré, nous y avons trouvé Néo Diédhiou. C’est lui qui nous a indiqué le chemin qui mène au domicile du Roi, là où il vivait avec sa famille bien avant qu’il ne soit désigné pour prendre les rênes du Royaume. Tout le village ou presque s’est vidé de ses occupants. C’est la période des travaux champêtres. D’ailleurs, la nuit de lundi 22 à mardi 23 août, le ciel y a véritablement ouvert ses vannes au grand bonheur des populations qui veulent terminer très vite la culture du riz avant le démarrage des événements festifs, notamment la lutte traditionnelle inter-villages et autres soirées culturelles. Ce jour-là, nous avons eu la chance de trouver le Roi Silondébile Sambou dans son ancienne demeure « liboutong » et non pas dans son Palais royal. Il était sorti pour aider les enfants à détacher son troupeau. S’il était à l’intérieur du bois sacré, il fallait faire appel à un membre de la Cour royale ou un initié pour nous y conduire. Il faut impérativement un intermédiaire, car personne n’y met les pieds sans être accompagné. C’est interdit (« nieyi nieyi », en diola), aux yeux de la religion traditionnelle. Dans toute la capitale départementale, et même au-delà, tout le monde le sait et nul n’est censé ignorer cette loi édictée par les ancêtres. Ce mythe ne sera jamais désacralisé, pour rien au monde. D’ailleurs, une fois à l’intérieur du bois sacré, il y a une cour exclusivement réservée aux visiteurs et les non-initiés dans la mesure où personne n’a le droit de pénétrer dans la résidence du Roi tenue secret et implantée loin des regards. C’est tout le sens du « nieyi nieyi », le maître-mot dans ce Royaume.
UN ROYAUME, MAIS PAS UNE MONARCHIE
Dans le département d’Oussouye, la royauté est différente de celles en Occident, par exemple, où depuis le XVIIe siècle, celles-ci sont considérées comme des régimes politiques. Pour ce cas précis, c’est seulement une personne qui exerce son plein pouvoir. Par contre, dans le Kassa, le Roi Silondébile Sambou a certes une autorité suprême, mais ne décide jamais seul. Au sein du bois sacré, il y a toute une organisation. Le Roi ne peut, en aucun cas, s’autoproclamer Roi. Pour le cas d’Essaout, c’est la famille Batéfousse qui installe le Roi. Avant de prendre une décision quelconque, Sa Majesté a l’obligation de consulter les membres de la Cour royale. Celle-ci est composée de trois familles. Il s’agit de Kheuneute, Ekaffe et Etouta. Le Royaume fonctionne comme un Gouvernement dont les Ministres sont nommés dans ces trois familles qui composent, en tout, la famille Batéfousse. Dans ce Gouvernement, tous les membres sont d’égale dignité. Mais, celui considéré comme le chef est celui qui est chargé de verser le vin de palme au moment de consulter le fétiche. Le trône est tournant, mais les fils du Roi ne seront jamais rois.
RÉGULATEUR SOCIAL ET MÉCANICIEN AU TRÔNE
Dans la société traditionnelle diola, le Roi a de lourdes responsabilités. Au-delà d’incarner un leadership fort et de gagner la confiance des populations, sur ses épaules, repose la mission de pacifier les nouveaux conflits qui surgissent au quotidien dans les villages qui sont sous sa tutelle. Chef coutumier suprême par excellence, il prie, tous les jours, pour que la paix règne dans tout le département, la région de Ziguinchor, la Casamance et tout le pays. De plus, Sa Majesté le Roi Silondébile Sambou use de toute sa diplomatie pour résoudre les différends, notamment les litiges fonciers. Il y a quelques années, il a définitivement réglé le problème entre Diakène Diola et Essaout qui se battaient pour le contrôle des hectares de terres. Avant de présider aux destinées du Royaume d’Essaout, le Roi Silondébile, auparavant Justin Sambou, intronisé le 4 avril 2014, après 21 années de vacance du trône, n’a jamais su qu’il allait porter un jour tout le peuple « essoubouhang » et agir en même temps sur certains villages qui se situent en terre bissau-guinéenne. Cette année-là, c’est un nouveau chapitre de sa vie qui s’est ouvert. Ainsi, il met une croix sur ses habitudes et occupations d’antan. Titulaire d’un Certificat de mécanique de la septième catégorie poids lourd et léger, le Roi Silondébile Sambou voulait s’exiler aux Pays-Bas, en 1996, au terme de sa formation. Sur place, il devait travailler comme transitaire. D’ailleurs, certains de ses camarades de promotion avaient été coptés par les Hollandais et un autre est parti en Belgique. Brillant mécanicien, il était le seul à être recalé. Pourquoi ? « À ce moment-là, j’avais du mal à comprendre. Je me disais, mais pourquoi mes camarades sont partis sauf moi. Ce n’était pas possible. J’avais remué ciel et terre pour pouvoir être de ce voyage. J’ai tout fait pour quitter au moins ma région natale et monnayer mon talent ailleurs. Mais, j’étais toujours à la case de départ. En revanche, au mois d’avril 2014, j’ai tout compris », confie-t-il avec un brin de sourire. Le fétiche ne voulait pas qu’il bouge. Dans sa famille, les sages savaient déjà que c’est lui qui allait diriger le Royaume. Mais, lui n’en savait rien du tout parce que ces derniers n’ont pas le droit de le lui dire.
Après ce voyage avorté, il décida de rester dans le domaine de l’automobile. Il avait son propre taxi « clando » et travaillait pour son compte. En avril 2014, arrive le moment le plus redouté : son intronisation, synonyme de fin de carrière et d’une ère. Un autre devoir l’appelle. Un autre sacerdoce pas du tout facile. Une charge plus complexe. Neuvième Roi de la famille Kamanang et successeur du défunt Roi Sihangounew Diatta, de la famille Ekaffe (choisi par les sages parce que personne ne pouvait assurer cette fonction dans la famille Sambou), Sa Majesté le Roi Silondébile Sambou joue pleinement son rôle. Il dit ne rien regretter, bien au contraire. « J’ai quitté l’école en 1990, après l’obtention de mon Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee). Ensuite, j’ai fait 10 ans dans la mécanique automobile. Vous savez, je n’ai jamais su que j’allais être porté à la tête du Royaume d’Essaout. Je n’y jamais pensé. Mais, de tous mes trois autres frères, j’ai été choisi par les sages et je ne peux m’y opposer. Cette chose est mystique. On ne peut vous l’expliquer. Cela fait huit ans que j’endosse cette responsabilité sans aucun regret. C’est une fierté », soutient le successeur du Roi Sihangounew Diatta.
Issue d’une fratrie de neuf personnes (quatre garçons et cinq filles), « Maane », comme l’appellent affectueusement les Diolas en signe d’allégeance et de respect, est le cinquième. Très jeune au moment de son intronisation, Silondébile Sambou se dit prêt à se battre au quotidien pour une Casamance et un Sénégal prospèrent.
CES IDENTITÉS REMPLIES DE MYTHES ET DE SENS
Au-delà de permettre la distinction entre les personnes, le nom constitue l’identité de chacun, du Peul au Sérère en passant par le Wolof et le Diola. Les religions révélées ont aussi joué leur partition dans le choix de ces dénominations
Un prénom raconte une histoire. Il est la première note dans la vie d’un enfant, le définit et le caractérise. Mais, derrière cette dénomination, se cache tout un mythe, selon les ethnies, car elle en dit plus que ce qu’elle veut montrer. Au-delà de permettre de faire la distinction entre un tel et un tel, le nom constitue l’identité de chacun de ses membres, du Peul au Sérère en passant par le Wolof et le Diola. Les religions révélées ont aussi joué leur partition dans le choix de ces dénominations souvent si singulières.
« Quel est ton nom ? » demande le surveillant en le fouettant sans pitié, et l’esclave de répondre : « Mon nom est Kunta Kinte », les pieds et les mains attachés. Le fouet s’abat de nouveau sur lui, jusqu’à ce qu’il dise que son nom est Toby et non Kunta Kinte. Cette scène de l’épisode 1 de la mini série sur l’esclavage, Roots (Racines), sortie dans les années 1970, montre l’attachement de Kunta Kinte à son nom de naissance. Cela reflète son appartenance ethnique et ses origines dont il n’était pas prêt à se départir pour adopter le nom Toby choisi par son maître. C’est ce qu’a aussi voulu montrer feu Abass Diao dans son Mémoire d’études publié à l’École nationale supérieure des bibliothèques en France, dans les années 80, sur l’étude des noms sénégalais. Le prénom est, d’après l’auteur, un signe d’appartenance ethnique. De ce fait, il remplit différentes fonctions. Il y a, selon lui, tout un symbolisme autour de la grossesse de la femme, de la naissance et du nom donné à l’enfant. Cela explique les choix des prénoms que l’on retrouve uniquement dans une ethnie bien donnée et dans un contexte précis.
Talisman contre la faucheuse
Bougouma (je ne t’aime pas), Amul Yakaar (sans espoir), Ken Bugul (personne n’aime), Biti Loxo (l’extérieur de la main), Yadikoon (tu étais venu) ou encore Sagar (tissu sans valeur) sont autant de prénoms qui, à première vue, font sourire et peuvent même susciter des moqueries, car inhabituels, voire rares. Mais, le prénom est un boubou qu’on peut difficilement enlever. Malgré sa singularité, il revêt un sens particulier. Ndèye Codou Fall Diop explique que ces dénominations ont la même source. L’enseignante en écriture wolof au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) renseigne que ces noms sont donnés à des personnes dont la mère accouche et que son enfant meurt de façon répétée ou perd des enfants à bas-âge. Les prénoms dits « yaradaal » sont toujours présents dans la société wolof et sont des noms conjuratoires attribués à des enfants pour éviter leur mort précoce dans un contexte familial de décès juvéniles à répétition.
Les anthroponymes antinomiques sont présents chez les Halpulaars et sont destinés à « vaincre » la mort. « Nous avons des prénoms tels que Tekkere, assimilé à un morceau de tissu sans valeur, ou encore Ndoondi qui veut dire cendre », affirme Papa Ali Diallo, spécialiste en sciences du langage. Il peut y avoir une motivation à l’antinomie pour décrédibiliser en apparence l’enfant et le dévaloriser. Mais, cela représente, selon le linguiste, une stratégie pour assurer sa survie.
Les Sérères ont aussi des prénoms ayant trait à la mort comme Gaskel, Honan ou encore Nioowi. « On exorcise la mort en l’intégrant dans le nom du nouveau-né pour tromper les forces de la mort », explique Sobel Dione, un adepte de la culture sérère aux textes très lus sur le réseau Facebook. Felwine Sarr, Mouhamed Mbougar Sarr ou encore Léopold Sédar Senghor sont des noms familiers et les personnes qui les portent ont brillé par leur intelligence. Cependant, derrière ces figures, se cachent des anthroponymes lourds de sens. Felwine désigne celui qui est aimé de tout le monde ; Sédar, celui qui n’aura jamais honte, et Mbougar signifie celui qu’on n’aime pas. Ils tracent, dès la naissance, la trajectoire des bambins et influent sur leur vie. Dans la culture sérère, ces noms sont très répandus, d’après Sobel Dione. Le passionné de la culture sérère soutient que le prénom et le nom sont constitutifs de la personne dans cette ethnie. Il est plus qu’un signe, il est une figuration symbolique de la personne. « Le prénom situe l’individu dans le groupe, il représente le corps, l’âme, le totem », fait savoir ce dernier. Sobel Dione cite comme exemples des noms comme Ngor qui veut dire le vrai homme, Sobel qui signifie celui qui précède tout, Fakhane pour désigner la gentille, la tendre, Mossane, la belle, ou encore Ñokhor, le bagarreur.
L’attribution du prénom intervient entre un et six ans chez les Diolas, d’après les explications de Paul Diédhiou. L’anthropologue de formation renseigne que cette singularité se traduit par le fait que par le prénom, on peut appréhender les notions d’enfer, de paradis et de réincarnation. Ceci renvoie également à la singularité du prénom diola qui « meurt » (kukét) avec la personne qui le porte si toutefois cette dernière décède à la fleur de l’âge. « C’est un sacrilège que de nommer une personne qui meurt jeune. C’est pour cette raison que l’on prend la précaution de prénommer les enfants entre un et six ans », relève-t-il.
Une marque distinctive
Les qualificatifs des prénoms sont aussi retrouvés chez les Peuls avec des anthroponymes honorifiques, tels que Ceerno pour dire savant/enseignant, Elimaan pour dire imam. Selon les explications de Pape Ali Diallo, spécialiste en sciences du langage, il existe, dans ce même registre, des appellations comme Malaado désignant celui qui est béni, Mawɗo signifiant homme mature, Cellu pour celui qui est en bonne santé, entre autres. Gora pour brave homme, Serigne désignant savant, Gorgui signifiant homme mature, Soxna pour désigner une épouse ou encore Magatte pour femme ou homme mature, sont autant de noms qualificatifs retrouvés chez les Wolofs.
Le prénom se basant sur un des traits de l’enfant est retrouvé également chez les Diolas. À titre d’exemple, Paul Diédhiou, anthropologue de formation, cite des noms tels que Djalissa qui désigne un enfant chétif, Djamissa qui signifie chétive pour une enfant, Akodji pour désigner le vilain ou encore Anatolediakaw pour la vilaine.
« Un des critères pour déterminer le moment à partir duquel on attribue un prénom à un enfant est la marche », explique Paul Diédhiou. L’enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor relève que lorsqu’un enfant sait réellement marcher ou courir, il peut se voir attribuer un prénom. Ainsi, jusqu’à ce stade, le bambin n’en porte pas.
«CONVERSATIONS FEMININES PARTICIPE A LA TRANSMISSION INTERGENERATIONNELLE»
Zoubida Fall est l’auteure d’un blog d’écriture dans lequel elle réagit à tout ce qu’elle observe et entend, tout ce qui l’interpelle, surtout lorsqu’il s’agit de violences et d’injustices. Un mardi sur deux, une nouvelle invitée converse pendant une heure et sur un ton intimiste, avec la créatrice du site Kokolam, une plateforme de production de contenus écrits et de créations sonores lancée en 2017.
Propos recueillis par Ousmane SOW – D’où vous est venue l’idée de faire ce podcast, «Conversations féminines», et pourquoi ?
De toutes mes conversations manquées. Je reste une grande nostalgique d’un temps que je n’ai pas connu. J’aurais aimé m’asseoir et converser avec toutes ces femmes qui ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à faire de nous ce que nous sommes et qui ne sont plus de ce monde. Amplifier des voix, raconter nos histoires par nos voix et depuis nos centres sont la raison d’être de Conversations féminines.
Le monde du podcast est en effervescence. Quelles sont les principales raisons qui expliquent l’engouement autour ?
L’avantage du podcast réside dans le fait que vous pouvez le «consommer» en faisant autre chose. Dans un monde qui bouge de plus en plus et où nous disposons de moins en moins de temps libre, la possibilité d’apprendre, de découvrir, de lire, d’élargir son horizon de possibles, sans se couper de ce que nous sommes en train de faire, est immense. De ce fait, que ce soit au bureau, au volant, durant le ménage, au sport ou pendant une quelconque activité, il est possible de profiter d’un bon podcast.
Pensez-vous que l’avenir de cette technologie vocale est prometteur ?
Son présent l’est déjà même s’il reste encore très peu exploité dans nos pays. C’est un vrai marché avec près de 2,1 millions de podcasts à travers le monde et 424 millions d’auditeurs… Clairement, il y a de l’avenir.
Que préparez- vous pour les prochains podcasts ?
Encore plus d’épisodes, encore plus de rencontres avec encore plus de femmes inspirantes. Les femmes interviewées sont choisies parce qu’elles ont, à mon sens, marqué, d’une manière ou d’une autre, l’histoire du pays dans leurs domaines respectifs. Conversations féminines est un podcast qui participe au travail de documentation, de transmission dans le sens d’un dialogue intergénérationnel.
Pouvez-vous décrire les étapes de la conception d’un épisode ?
Il y a à peu près 5 étapes différentes, qui vont de la recherche de l’invitée à l’entrée en contact, suivie de la prise de rendez-vous avant d’espérer arriver au jour de l’enregistrement. Après l’enregistrement, arrive la partie «editing» que Mohamed Sow fait de fort belle manière. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’il peut être envisagé une diffusion et une promotion autour de l’épisode. En résumé, beaucoup de préparations en amont, une méthodologie claire et définie, des étapes avec des porteurs dûment identifiés ainsi qu’une rigueur sans faille à chaque étape. Un mardi sur deux, une nouvelle invitée arrive. Le prochain épisode est prévu le 30 août prochain. Tous les épisodes déjà publiés sont disponibles sur toutes les plateformes de podcast et accessibles partout dans le monde sur www.dukokalam.com
Comment avez-vous découvert le monde des podcasts ?
Par curiosité devant tout ce que l’accès à Internet et à la technologie peut offrir, mais aussi par une exploration de nouvelles sources de connaissances, d’apprentissage et de voyage.
Pour revenir aux retours des auditeurs du podcast, avez-vous été globalement satisfaite ?
Nous avons une communauté formidable et des auditeurs fidèles. L’accueil qu’ils réservent à Conversations féminines à chaque nouvel épisode, est aussi ce qui fait l’essence même de ce podcast.
A quoi reconnaît-on un bon podcast ?
Un bon podcast est pour moi celui que je prends du plaisir à écouter et que je reviendrai écouter à l’occasion ou de manière continue.
Y’a-t-il une analogie entre le podcast et la lecture ?
Je considère juste que lire se fait de plusieurs manières. Ecouter en est une.
Vous êtes également auteure du recueil de nouvelles «Les miroirs du silence» ? De quoi parle-t-il ?
Ce titre était le plus indiqué pour ce recueil né de l’observation des passants dans les rues de Dakar depuis un rétroviseur. Derrière chaque silence, une vie, une tranche de vie, des histoires…