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3 avril 2025
Culture
WEEK-END TRES FEMINISTE AU MUSEE DE LA FEMME
Le Musée de la femme Henriette Bathily de la Place du Souvenir africain de Dakar a accueilli vendredi soir, l’ouverture de la première édition de «Jotaay ji», le festival féministe sénégalais.
Le Musée de la femme Henriette Bathily de la Place du Souvenir africain de Dakar a accueilli vendredi soir, l’ouverture de la première édition de «Jotaay ji», le festival féministe sénégalais. L’évènement, qui avait pour but de remettre l’égalité entre les hommes et les femmes au cœur des préoccupations sociales, a connu son clap de fin hier.
Pendant trois jours, du 19 au 21 août 2022, le Musée de la femme Henriette Bathily a vécu au rythme de la première édition de Jotaay ji, le festival féministe sénégalais. Organisé par le collectif Jama, Jotaay ji, cet évènement «innovant» a rassemblé des sociologues, journalistes, juristes, activistes, féministes et écrivaines, dans le but de remettre la question de l’égalité entre les femmes et les hommes au cœur des préoccupations sociales, mais aussi d’aider à vulgariser les connaissances sur le féminisme. Durant l’ouverture, vendredi dernier, dans une salle remplie, les violences sexistes, la question du consentement, la parité, la santé et la sexualité ainsi que la religion et le féminisme, en somme tout ce qui fait la condition de la femme, ont été abordées. Autre moment fort de cette cérémonie d’ouverture, le vibrant hommage rendu à Co¬dou Bop, sociologue et deuxième génération de journalistes féministes, par ailleurs membre de différents groupes de femmes et consultante pour des organisations internationales.
Pendant trois jours, les membres du collectif et leurs partenaires ont proposé une programmation festive et artistique pour éduquer petit.e.s et grand.e.s au féminisme, au respect de l’égalité ainsi qu’à des sujets qui touchent majoritairement les femmes au Sénégal, mais aussi et surtout déconstruire les stéréotypes sexistes et créer des liens entre féministes. Avec des tables rondes, ateliers, projections… Bref, une programmation pluridisciplinaire et des réflexions fortes ont été proposées pour vivre la révolution féministe. «Tata Henriette Bathily aurait été très fière de vous, si elle était là», a introduit Awa Cheikh Diouf, directrice du Musée de la femme Henriette Bathily, lors de la cérémonie d’ouverture. D’après elle, beaucoup de femmes de médias sont aujourd’hui engagées dans le mouvement féministe. «Je crois que c’est en réalité un métier qui vous ouvre l’esprit et vous permet de comprendre énormément de choses», a-t-elle fait savoir.
Etablir des ponts avec les hommes qui sont des féministes…
En écho, Codou Bop, chercheure et féministe qui croit en la défense des droits des femmes, à l’égalité entre les femmes et les hommes, entre toutes les nations et générations, se dit absolument contre toute forme de discrimination sociale et de rapport social inégalitaire. Codou Bop n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Elle brise les stéréotypes surtout quand elle parle de féminisme. «Vous voyez, nous, dans notre génération de féministes, on n’était pas comme vous. Vous êtes bien habillées, vous avez les rouges à lèvres. Je suis extrêmement impressionnée», a-t-elle lancé à l’endroit de la jeune génération féministe. Tout en les invitant à aller dans les industries minières, à Sabo¬dala, et dans les marchés hebdomadaires communément appelés loumas. «Il faut y aller. Vous vous asseyez devant un puits parce qu’on cherche l’argent et l’or dans les puits. Les conditions de travail de ces femmes-là, personne ne peut vous les raconter», a-t-elle révélé. Elle animait un panel sur le concept de «pouvoir».
Le pouvoir, dit-elle, c’est la possibilité de contrôler sa vie. Aujourd’hui, les contextes ont changé mais les objectifs du féminisme reste les mêmes : c’est d’instaurer une société d’égalité, sans discrimination, sans violence. Et donc pour Codou Bop, «il faut que les femmes, si elles constituent le groupe qui a pris conscience le plus rapidement et le plus profondément, essayent d’établir des ponts, de faire des alliances si c’est possible avec des hommes qui sont des féministes pour changer notre société», a préconisé la sociologue, affirmant qu’elle n’a aucun mérite à être féministe. «Je suis née et j’ai grandi dans un milieu extrêmement ouvert. Donc le terrain était balisé. L’autre chance, j’ai connu Tata Annette. Bien sûr, on n’était pas de la même génération mais elle m’a ouvert l’esprit sur des tas de choses, mais surtout a eu confiance en moi», témoigne Codou Bop.
Réviser le Code de la famille pour plus d’égalité…
Membre fondatrice du collectif Jama, Jotaay ji, Fatou Kiné Diouf estime que dans les sociétés dites patriarcales, les droits des femmes sont bafoués parce qu’elles sont dans un rôle de soumission. «Tant qu’on est dans des sociétés patriarcales, les femmes ne seront pas mises au même niveau que les hommes», a soutenu Fatou Kiné Diouf. D’après elle, quand il s’agit de féminisme, c’est un combat sur le long terme. «A chaque fois qu’il y a une petite victoire, il y a d’autres combats derrière qui nous attendent», a rappelé la curatrice. Elle enchaîne : «Ces dernières années, on a beaucoup discuté des questions de violences basées sur le genre parce que c’était vraiment ce qui était mis en avant dans la sphère publique. Mais en ce moment, on a beaucoup de discussions sur le Code de la famille, sur la possibilité de le réviser pour plus d’égalité», a-t-elle renchéri dans la foulée.
TOI ET MOI VIENT DE PARAÎTRE
Passionnée par la lecture et l’écriture, l’écrivaine Marie Cabou vient de faire paraître aux Editions Baobab son premier roman. « De toi à moi » plonge dans une idylle entre Syma et Aladji, un amour passionnant au goût inachevé.
Passionnée par la lecture et l’écriture, l’écrivaine Marie Cabou vient de faire paraître aux Editions Baobab son premier roman. « De toi à moi » plonge dans une idylle entre Syma et Aladji, un amour passionnant au goût inachevé qui sera marqué par une rupture douloureuse.
En amour, pour trouver le délicat équilibre du bonheur, il faut savoir faire de sorte que le négatif ne surpasse point le positif. Mais cette recherche de l’idéal rencontre parfois, malheureusement, la réalité de la vie qui corrompt l’enchantement tant rêvé dans un couple. Dans son premier roman, l’écrivaine Marie Cabou met en scène une histoire passionnante invitant à méditer sur le sens même de l’amour. Cette dualité, ce conflit entre le cœur et la raison au sein d’une personne. Sentiment et concept universel, l’amour demeure une question complexe dont il est presque impossible de saisir. « De toi à moi » paru aux Editions Baobab est la peinture d’une relation amoureuse qui, malgré son intensité, finit mal. Cœur en lambeaux, douleurs, pleurs et complaintes… saturent la fin de cette belle aventure conçue dans la douceur d’une soirée parisienne où il y a eu, pour la première fois, la rencontre entre les deux âmes.
Le récit, à travers la première personne du singulier, évoque la relation entre le personnage principal Syma et son compagnon Aladji. En rencontrant ce dernier, la dame de cinquante ans, qui vit en France avec son fils de 15 ans, pensait pourtant trouvait enfin l’amour de sa vie. Et cela, malgré son âge. Mais, c’était sans compter avec l’impitoyabilité du destin. Après avoir vécu des moments d’affectation forts, de bonheur féerique, Syma est larguée par son amant, à la surprise générale. La désillusion est totale. C’est le revers de l’amour. Un sacrilège fait aux projets et aux promesses.
Pourtant, la belle dame rêvait d’une relation d’éternité avec celui qu’elle aime « au-delà des étoiles », celui qu’elle a aimé d’un « amour inconditionnel ». Le changement brusque de Aladji provoque une onde de choc terrible chez Syma qui n’a plus que ses yeux pour pleurer. Son homme a décidé de la quitter pour une autre. Il a choisi de rejeter cet amour « intense pour les plaisirs de la chair ». Aveuglée par la force de la passion, sa conjointe va « ressentir tant de souffrances, non pas » pour elle-même, « mais surtout pour lui, qui pour les plaisirs ponctuels, lui tourne aujourd’hui le dos à cause d’une autre femme qu’il pense aimer ».
Thème classique de l’amour
Elle souffre aussi pour sa famille qui avait déjà conçu des liens si particuliers avec son amant. D’ailleurs, pour n’avoir pas vécu avec son père, son fils Momo voyait même en tonton Aladji le papa qui lui manquait depuis des années. Malgré la déception qu’elle a subie, Syma va reconstruire son cœur et elle finit même par pardonner à son amant. Dans cette œuvre, l’écrivaine sénégalaise Marie Cabou revient sur le thème classique de l’amour, mais avec une approche pédagogique destinée à toutes les générations, car on aime à tout âge.
L’histoire de Syma et de Aladji est celle de milliers de femmes et d’hommes qui, souvent, en espérant trouver l’amour de leur vie, tombe sur des partenaires aux intentions inavouées. C’est alors le début d’une descente aux enfers à travers de longues nuits d’insomnie et de douleurs. S’il est presque impossible d’échapper aux flèches de Cupidon, l’auteur révèle l’importance d’être bien entouré par la famille, les amis. Dans sa détresse, Syma a été très vite sauvée par la solidarité familiale qui s’est construite en un laps de temps. Le soutien de sa famille et sa foi en Dieu ont été les éléments déterminants lui permettant de panser vite ses blessures. Dans son livre, Marie Cabou lève aussi un coin du voile sur la rupture amoureuse, engageant une vision de la société, mais aussi de la famille.
Dans ce roman de 106 pages, l’auteur, au-delà de narrer une histoire passionnante que partagent deux âmes, a voulu mettre le relief sur une femme forte. Une dame de fer qui, en dépit des douleurs que suscite la trahison, a résisté pour reprendre sa vie en main, poursuivre son petit bonhomme de chemin. Syma a continué de nourrir la ferme conviction que l’amour « véritable et inconditionnel est au bout de son chemin ». Dans « De toi à moi », nous fait découvrir le portrait d’une femme téméraire, avec un fort caractère ; une femme combattante et de principe.
Née à Dakar, Marie Cabou a passé son adolescence en France. L’écrivaine est passionnée de danse, de musique et de mannequinat. Elle a été animatrice de radio, puis présentatrice-vedette du journal « Maïsha Tv », première chaîne panafricaine basée au Mali, et dédiée aux femmes. Ce récit marque ses débuts prometteurs dans l’univers romanesque.
PAR Emmanuel Dongala
PLEINE LUMIÈRE SUR LA LITTÉRATURE AFRICAINE
Désormais émancipés de la tutelle intellectuelle occidentale, décolonisés d’esprit, les écrivains africains saisissent à bras-le-corps leur(s) histoire(s) dans toute leur complexité et la racontent sans concession, en créant leur propre esthétique
La déferlante des écrivains d’Afrique et de la diaspora, déjà présente depuis une décennie au moins, s’est transformée cette saison en tsunami. Abdulrazak Gurnah (Prix Nobel 2021), Damon Galgut (Booker Prize 2022), David Diop (International Booker Prize 2021), Boubacar Boris Diop (Neustadt International Prize for Literature 2021), Djaïli Amadou Amal (Goncourt des lycéens 2020), sans oublier bien sûr Mohamed Mbougar Sarr (Prix Goncourt 2021).
D’aucuns peuvent penser que cette belle moisson 2021-2022 n’est qu’un hasard heureux, dû à la publication simultanée de quelques bons livres. Il n’en est rien. La réalité est que ces prix ne dévoilent que la partie émergée de l’iceberg de l’immense réservoir d’écrivains talentueux originaires du continent et de sa diaspora. Pour preuve, dans la plupart des cas, d’autres auteurs africains figurent dans la liste des finalistes. Ainsi, sur la liste finale du Booker Prize dont Damon Galgut est sorti vainqueur, se trouvait également une écrivaine somalienne, Nadifa Mohamed. Plus parlant encore, deux des cinq de la short list du Booker 2020 étaient Africaines, la Zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga et l’Ethiopienne Maaza Mengiste.
Une explosion sur la totalité du continent
Dans le même sens, il faut aussi prendre en compte tous ces écrivains dont les ouvrages sont retenus dans la liste des «Meilleurs livres de l’année» établie chaque année par des grands magazines littéraires. Ainsi, pour le New York Times Book Review, le meilleur roman 2021 a été celui de l’écrivaine camerounaise Imbolo Mbue. Ces talents se retrouvent également dans les domaines dont on parle moins: citons la Nigériane Nnedi Okorafor, couronnée deux fois, respectivement par le Hugo Award et le Nebula Award, les deux prix les plus prestigieux de la science-fiction.
Enfin, il faut rappeler que bien avant Abdulrazak Gurnah et Damon Galgut, les Nigérians Wole Soyinka et Ben Okri ont été respectivement lauréats du Prix Nobel (1986) et du Booker Prize (1991). Je ne peux m’empêcher ici de mentionner un prix non littéraire, le Prix Pritzker d’architecture, considéré comme l’équivalent du Nobel de la discipline, attribué au Burkinabé Diébédo Francis Kéré, une première pour un Africain.
L’un des aspects les plus gratifiants de cette explosion littéraire à laquelle nous assistons est qu’elle se manifeste sur la totalité du continent, du Cap à Dakar, de Yaoundé à Addis-Abeba, de Zanzibar au Mozambique. Elle touche aussi bien les aires anglophone que francophone et lusophone où le Prémio Camões, le prix le plus prestigieux dans cette langue, a été décerné à la Mozambicaine Paulina Chiziane pour l’ensemble de son œuvre. Je ne peux que recommander la lecture de son roman Le Parlement conjugal: une histoire de polygamie (Actes Sud, 2006).
Pourquoi la reconnaissance a-t-elle attendu?
Une chose d’importance à noter également: la contribution à ce boom littéraire est paritaire, les écrivaines y participent autant que les écrivains, comme le démontrent les quelques exemples que j’ai cités plus haut.
Pourquoi cette littérature n’acquiert-elle cette haute visibilité que maintenant? Cela est dû à la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord, le monde est plus ouvert à la diversité. Il fut un temps où, en France, seule Présence Africaine (et peut-être un peu Le Seuil) publiait les auteurs africains. Aujourd’hui, toutes les grandes maisons françaises d’édition les publient, non pas en leur offrant une niche en tant qu’«auteurs africains», mais en les traitant comme tout auteur, sur le seul critère de la valeur littéraire de l’œuvre. Cela a permis de susciter une riche émulation créatrice.
par l'éditorialiste de seneplus, jean-claude djéréké
ALINE SITOÉ DIATTA, HÉROÏNE DE LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
EXCLUSIF SENEPLUS - Surnommée la Jeanne d’Arc africaine, elle refusa de s’accommoder de la colonisation du pays par la France comme la Française qui se dressa contre l’occupation de la France par les Anglais
Jean-Claude Djéréké de SenePlus |
Publication 19/08/2022
On trouve les Diolas en Casamance, au Sud du Sénégal. C’est là-bas, précisément dans le village de Kabrousse, qu’Aline Sitoé Diatta voit le jour en 1920. Après la mort de son père, elle est élevée par un oncle paternel. À 18 ans, elle décide de voler de ses propres ailes. Elle se rend alors à Ziguinchor, porte d’entrée et capitale de la Casamance. Elle y sera embauchée comme docker mais le salaire qui lui est versé est si maigre qu’elle est obligée de quitter la ville pour Dakar où elle espère que le travail de bonne à tout faire lui permettra de gagner plus et de vivre mieux. Dans la capitale sénégalaise, son employeur est un colon français qui se prénomme Martin. En 1941, alors qu’elle se rendait chez lui, une voix lui aurait demandé de rebrousser chemin pour organiser la lutte pour la libération de son pays occupé et exploité par la France, voix à laquelle elle aurait obéi immédiatement. Selon une autre version, une voix aurait invité Aline Diatta à rentrer en Casamance pour libérer son pays de la colonisation mais, ayant ignoré le message de la voix, elle aurait été paralysée pendant quatre jours. La même version ajoute que c’est après être revenue en Casamance qu’elle retrouva l’usage de ses jambes.
Quoi qu’il en soit, sitôt arrivée à Kabrousse, Aline Sitoé Diatta appelle les villageois à la désobéissance civile qui peut se définir comme “le refus de se soumettre à une loi inique ou à un pouvoir dictatorial, la résistance à une décision injuste ou à un régime qui viole les droits humains” (cf. Henry David Thoreau, ‘Civil disobedience’, 1849). Thoreau, le créateur de ce concept, a vécu avec des hommes et femmes qui se contentaient de se plaindre de la situation qui les faisait souffrir. Pour lui, l’indignation et la colère devant une situation injuste ne sont pas suffisantes. C’est ce qui le conduit à écrire ceci : “Il y a des milliers de gens qui par principe s’opposent à l’esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ; qui, se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu’ils ne savent que faire et ne font rien ; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre-échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et, peut-être, s’endorment sur les deux... On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un ‘Dieu vous assiste’ à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux.” (cf. ‘Civil Disobedience’, Op. cit.)
Que ce soit Thoreau, Gandhi ou Martin Luther King, ceux qui ont pratiqué la désobéissance civile l’ont fait au nom de l’intérêt général et de manière non-violente. Aline Diatta n’était ni résignée, ni passive. Elle n’attendait pas que Dieu fasse les choses à la place des hommes. Mais elle n’était pas non plus favorable à des actions violentes dans le combat contre la colonisation. Jamais elle n’a appelé ses compatriotes à prendre les armes contre le colon. Ce qu’elle prêche, c’est un triple refus : refus de payer l’impôt, refus de cultiver l’arachide destinée à l’exportation, refus de s’enrôler dans l’armée française qui avait besoin de combattants pour mettre fin à l’occupation de la France par l’Allemagne hitlérienne. Elle prône en même temps un retour aux sources et valorise d’anciennes prières et coutumes telles que la semaine diola qui consistait à travailler 5 jours et à se reposer le 6e jour.
On lui prête des pouvoirs surnaturels comme faire tomber la pluie ou soulager des malades par l’imposition des mains. Évidemment, des gens en quête de guérison viennent la voir mais, si Aline Diatta attire et draîne des foules, c’est surtout en raison de ses idées et de son engagement. Les colons commencent à s’inquiéter quand ils apprennent que de nombreux Sénégalais convergent vers sa maison. Avant de l’arrêter, ils l’accusent d’être une femme rebelle, de prôner l’insurrection et de s’opposer à la France. Les soldats envoyés par l’administration coloniale pour la mettre aux arrêts tirent sur les gens présents dans la cour d’Aline Diatta. Celle-ci n’était pas présente, ce jour-là. Les soldats tuent une femme et blessent plusieurs personnes. Le lendemain, c’est-à-dire le 8 mai 1943, Aline Diatta se livre aux forces de l’ordre pour éviter la mort d’autres innocents. Elle est incarcérée d’abord au Sénégal, puis en Gambie, enfin à Tombouctou (Mali) où elle décède en 1944. Les mauvais traitements subis en prison avaient probablement nui à sa santé.
Le Sénégal a-t-il honoré Aline Diatta ? Oui car il n’était guère possible d’oublier cette héroïne de la désobéissance civile. Pourquoi ? Parce que, au lieu de faire carrière et de fonder une famille, Aline Sitoé Diatta a choisi de se battre pour son pays, parce qu’elle a sacrifié sa jeunesse pour que les futures générations puissent vivre dans un Sénégal libre et maître de son destin. Reconnaissant, le pays donna son nom à un campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (la Cité Aline Sitoé Diatta), à un stade de Ziguinchor, à plusieurs écoles et au bateau qui assure la liaison Dakar-Ziguinchor. Une exposition lui a été consacrée en 2007. La cinéaste Rokhaya Baldé a réalisé un court métrage pour parler de son combat. Quant à la Franco-Sénégalaise Karine Silla, elle a écrit en 2020 un roman intitulé ‘Aline et les hommes de guerre’.
Aline Diatta fut surnommée la Jeanne d’Arc africaine parce qu’elle refusa de s’accommoder de la colonisation de son pays par la France comme la Française qui se dressa contre l’occupation de la France par les Anglais. Elle est partie de ce monde à l’âge de 24 ans. Certains diront : Quel gâchis ! Mais, tout bien pesé, le nombre d’années que nous passons sur la terre des hommes est-il si important ? Vivre 90 ans dans la lâcheté et vivre 20 ans en ayant essayé de contribuer à l’avènement d’un monde plus juste et plus humain sont deux choses différentes. À mon avis, ce qui compte vraiment, c’est l’image ou le souvenir que chacun de nous laisse à ceux qui n’ont pas achevé leur pèlerinage terrestre. Qui parle aujourd’hui de Joseph Mobutu, de Francisco Macías Nguema, de Jean-Bedel Bokassa qui ont régné par la terreur et se sont outrageusement enrichis pendant que le peuple qu’ils prétendaient servir croupissait dans la misère ? N’ont-ils pas fini dans les poubelles de l’Histoire ? À combien d’enfants a-t-on donné leurs noms ?
Par contre, des gens comme Sankara, Lumumba, Um Nyobè, Moumié, Steve Biko continuent d’être vénérés et cités longtemps après leur mort. Passer un siècle sur terre ne signifie pas nécessairement avoir vécu utilement pour son pays et son continent. L’important n’est donc pas combien d’années on a eues ici-bas mais comment on a vécu ces années, ce qu’on a fait utilement pour son pays. Nelson Mandela avait sa manière de l’exprimer. L’ancien président sud-africain affirmait que “ce qui importe le plus n’est pas tant le fait que nous ayons vécu mais la différence que nous avons faite dans la vie des autres”. Lumumba et Mobutu n’ont pas été pleurés de la même façon et il n’est pas certain que beaucoup d’Africains puissent verser autant de larmes le jour où Blaise Compaoré tirera sa révérence que pour l’assassinat de Thomas Sankara, tout simplement parce que “toutes les morts n’ont pas la même signification”, pour reprendre la formule du poète congolais Franklin Boukaka dans sa chanson culte ‘Les immortels’. Les jeunes filles africaines devraient s’inspirer du noble combat d’Aline Diatta au lieu de chercher à imiter les influenceuses de pacotille qui ont envahi les réseaux sociaux.
«L’ADAPTATION DE ROMANS DONNERAIT PLUS DE FORCE AU CINEMA SENEGALAIS»
L’écrivaine sénégalaise, Sokhna Benga, plaide pour que les romans sénégalais soient davantage adaptés à l’écran, pour que le Sénégal puisse profiter du grand potentiel dont il dispose dans ce domaine et donner de cette manière plus de force au cinéma
L’écrivaine sénégalaise, Sokhna Benga, plaide pour que les romans sénégalais soient davantage adaptés à l’écran, pour que le Sénégal puisse profiter du grand potentiel dont il dispose dans ce domaine et donner de cette manière plus de force au cinéma sénégalais. «Dans notre Bibliothèque nationale, il y a beaucoup d’ouvrages qui méritent d’être adaptés. On a des auteurs formidables, de grands auteurs, et toute cette floraison de livres peut être adaptée», a dit Sokhna Benga dans un entretien accordé à l’Aps.
«Il y a énormément de romans sénégalais qui méritent d’être adaptés. Cela donnerait beaucoup de force au cinéma et à l’audiovisuel sénégalais de mettre à l’écran tous ces romans», insiste l’écrivaine, lauréate du Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres en 2000, avec son roman La balade du sabador. L’ouvrage L’or de Ninkinanka a été adapté en série télévisée en 2020 grâce à la maison de production Marodi Tv, qui en a tiré une soixantaine d’épisodes diffusés en deux saisons. L’au¬teure du livre a été choisie comme scénariste et directrice artistique par la production, pour mieux rendre son livre qui a suscité beaucoup de curiosité chez le public.
Selon Sokhna Benga, d’autres romans sénégalais peuvent être adaptés de la même manière dont Un indigène à Gorée (2016) de Moustapha Ndéné Ndiaye, un roman historique dont le thème se rapporte à la colonisation française. Elle cite aussi Le choix de L’Oris (2015), un roman dans lequel Louis Camara, Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres en 1996, fait voyager son lecteur dans l’univers fabuleux de la cosmogonie yoruba. Il y a aussi La reine des sorciers (1998) de Seydi Sow, lauréat du Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres la même année, ou encore Du baobab au saguaru (2009) de Rahmatou Seck Samb, elle aussi lauréate du Grand prix du chef de l’Etat pour les Lettres. De même que Le regard de l’aveugle (2008) de Mamadou Samb et L’écharpe des jumelles (2013), du même auteur.
Un outil de transmission
A en croire Sokhna Benga, les plus grands films du monde sont des adaptations de romans, à l’image de Harry Potter de la romancière britannique J. K. Rowling. Au Sénégal, elle évoque plusieurs films adaptés de romans par Ousmane Sembène, parmi lesquels Le Mandat, La Noire de, Xala, Niwan, mais aussi Hyènes de Djibril Diop Mam¬bety, film adapté du roman La visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, sans compter Le Prix du pardon de Mansour Sora Wade, etc. «L’écran est un outil de transmission très important, c’est un médium d’une importance particulière, qui a beaucoup de succès», estime Sokhna Benga, soulignant que l’adaptation de son roman L’or de Ninkinanka dont le scénario date de 2004, bien avant la sortie du livre, sera aussi tournée en long métrage. Elle dit avoir toujours voulu porter à l’écran tout ce qui a été à la base de ses romans. «Je suis tombée dans l’écriture parce que c’est un don, mon père, Ibrahima Mbengue, était journaliste, écrivain et dramaturge. J’ai écrit parce que j’avais des choses à dire, j’avais cette pulsion d’écrire ces romans, ces nouvelles ou ces livres pour enfants pour dénoncer des faits de société», explique-t-elle. Mais pour elle, le cinéma, c’est plus que cela. «Ce n’est pas seulement cette dénonciation automatique dans le roman, mais c’est une manière de montrer la beauté de mon peuple, l’universalité par tout ce discours de tolérance que nous avons vécu», au moment où «nous voyons les choses se déliter aujourd’hui», souligne-t-elle. Elle ajoute avoir «toujours eu cet amour de l’écran», que ce soit le cinéma ou l’audiovisuel, avec la volonté de «transposer» ses histoires par ce médium. «Je suis allée à la recherche de l’audiovisuel, j’ai eu cette curiosité que mon père a inscrite en moi, car il était plus audiovisuel», a indiqué la romancière, soulignant «l’importance particulière de ce médium qui a beaucoup de succès» et qui constitue «un outil de transmission important».
Avec l’aide de producteurs et cinéastes tels que Moctar Ndiouga Ba, Mansour Sora Wade et Moussa Touré, elle a fait la formation de scénaristes à l’Institut national de l’audiovisuel en France (Ina). Ce qui l’a amenée à collaborer avec d’autres scénaristes et écrivains. « J’ai eu cette chance qu’ils m’aient guidée, c’est là que j’ai eu cette certitude que c’est cela que je veux», fait-elle savoir.
Son projet le plus immédiat et toujours d’actualité, c’est d’adapter à l’écran, la célèbre série radiophonique Ma¬khou¬radia Guèye, chauffeur de taxi diffusée en 1962 sur les antennes de l’Office de Radio¬diffusion télévision du Sénégal (Orts). «(Mal¬gré tout) ce que mon père dénonçait comme faits de société, les choses se sont dégradées un peu plus aujourd’hui. L’attitude des policiers, des populations dans les quartiers avec les poubelles, la corruption, etc.», détaille Sokh¬na Benga.
DAGANA, CREUSET DE LA CULTURE DU WALO
Les rideaux sont tombés sur la 4ème édition du Dialawaly festival de Dagana.
Les rideaux sont tombés sur la 4ème édition du Dialawaly festival de Dagana. Cet évènement annuel qui se veut être le rassemblement de toutes les cultures du Walo, s’est tenu cette année en présence du maire de la ville de Trélazé en France, Lamine Naham, d’origine sénégalaise, et de Mme Mi Kankou, la première adjointe au maire de Dagana, qui a assisté à l’inauguration de la scène Dialawaly, construite par l’association Dialawaly sur initiative de l’artiste Mustafa Naham.
Cette édition a été un franc succès à travers l’animation générée par le carnaval de Dagana. «La joie et le bonheur étaient à la rencontre de la générosité walo walo», se réjouit l’artiste Mustafa Naham.
Et de poursuivre : «Ce Dialawaly festival de Dagana, qui reçoit des sommités de la culture, a à coup sûr un bel avenir. Dagana a vécu une émanation comme elle en connait très peu d’habitude. Pas moins de 30 calèches suivies de voitures ont sillonné les artères de la ville. Ce qui était source d’une communion absolue», a-t-il fait savoir. Tout en mentionnant que les jeunes filles et femmes s’étaient habillées en tenues traditionnelles pour rappeler le Walo d’antan. «Sans oublier les compagnies théâtrales qui ont gratifié le public d’un spectacle itinérant», précise-t-il.
Au programme de cette édition, figurait aussi un panel qui regroupait les acteurs culturels et qui a été suivi d’une soirée regroupant les artistes natifs du Walo dont Mustafa Naham, l’initiateur du festival, Ndary Diouf et Jules. Mais d’après Mustafa Naham, le 2ème jour fut aussi exceptionnel avec les spectacles des deux parrains de cette édition, à savoir Woz Kaly et les Frères Guissé, qui ont gratifié le public du théâtre de verdure de Dagana, d’un spectacle de haute facture.
Parrains de cette édition, les Frères Guissé et Woz Kaly en ont été les vedettes. «Dagana fut une capitale culturelle le temps d’un long week-end», souligne l’artiste-chanteur Mustafa Naham.
ROMARIC SOUSSOU, UN STYLE A LA CROISEE DES CHEMINS
Romaric Soussou est un jeune artiste qui a plusieurs cordes à son arc. Chanteur, compositeur, interprète, il navigue également entre plusieurs styles musicaux
Romaric Soussou est un jeune artiste qui a plusieurs cordes à son arc. Chanteur, compositeur, interprète, il navigue également entre plusieurs styles musicaux.
Romaric Soussou est un artiste qui a plusieurs cordes à son arc. A la fois artiste chanteur, compositeur, interprète, il vit sa passion de la musique. Romaric Soussou tient son originalité de son éclectisme car touchant à plusieurs genres musicaux. «Son style musical se détache des autres, c’est assez ouvert. Il est aussi à l’aise avec le gospel, le rnb, le zouk et l’afro», renseigne Francis Diémé, son manager. S’il a subi l’influence de plusieurs musiciens, le jeune artiste de 20 ans dit s’être construit musicalement à travers les concerts de chant-chorale auxquels il assistait grâce à sa mère. Son directeur artistique envisage une tournée à l’étranger de son protégé, avec comme point de mire des projets musicaux avec des artistes étrangers dont il n’a pas voulu décliner l’iden¬tité. En attendant d’y arriver, le jeune artiste s’emploie davantage à donner du relief à sa carrière entamée en 2018. «Ça fait à peine quatre ans qu’il évolue dans le milieu musical et travaille pour la sortie d’un mini-album prochainement», indique son manager.
L’artiste suit avec beaucoup d’intérêt ce qui se fait ailleurs et selon son manager, il n’est pas faux de dire qu’il est influencé par P-Square, un groupe nigérian. Mais il reste aussi attiré par les chanteurs comme Flavour, Youssou Ndour, Akon, R Kelly ou John Legend, note son directeur artistique qui renseigne que «Romaric baigne dans l’afro-musique, le zouk et le reggae». Lui trouvant du «talent à revendre», Francis Diémé semble avoir pris la pleine mesure de ce que sait faire son protégé en lui collant l’étiquette «d’une pépite de la chanson» venue apporter «une nouvelle empreinte en se démarquant des sonorités mbalax et afrobeat». «Il a un timbre exceptionnel parce qu’il a fait les chorales», avance-t-il.
Romaric est né dans le quartier populaire de Niary Tally et a grandi à la Sicap Liberté. Très tôt bercé par la musique, il intègre une école de musique au Centre culturel Blaise Sen¬ghor. Romaric a entamé sa carrière musicale par des reprises de chansons de Dadju ou Flavour. Il a participé à plusieurs compétitions de chants dont la dernière était le «Challenge cover» de l’artiste planétaire Dadju. Une compétition qui lui a permis de jouer dans la première partie du concert de Burna Boy, le 12 février 2022 à Dakar.
Actuellement, Romaric a sorti cinq titres : Covid-19, Moi je prouve, un cover de Tayc, Pardonne moi qui est disponible en clip vidéo, Ma Reine et Forever. En ce moment, Romaric fait la promo de son clip Pardonne moi en featuring avec Joe Brayz, et de son nouveau single Forever. L’artiste prépare activement la sortie de son mini-album prévue en fin d’année. «Romaric risque de ravir la vedette à certains de ses aînés et devenir très rapidement une référence du showbiz sénégalais dans les années à venir», croit savoir avec optimisme son manager. «Je suis convaincu que je vais avancer dans ce que je fais. Parce que si on exerce quelque chose, on le fait à fond», soutient ce jeune artiste avec la motivation chevillée au corps.
N’écartant pas l’hypothèse d’allier la musique à autre chose, Romaric Soussou de reconnaître que c’est à travers la musique qu’il se sent le plus à l’aise. «La musique me permet de faire passer mes messages. Des messages destinés à la jeunesse. Je fais passer des messages d’amour, des messages pour motiver la jeunesse qui a besoin de motivation», argumente le jeune chanteur dont le public est composé de jeunes et de femmes qui consomment ce qu’il fait dans un contexte où le mbalax impose son diktat.
LE VILLAGE DE BALINGORE ROUVRE SES FORÊTS 40 ANS APRÈS
Le village de Balingore, dans le département de Bignona, en Casamance, est à l’honneur cette semaine. Ce village a envoyé, ce week-end, environ un millier de jeunes gens au bois sacré pour leur initiation, appelé ‘’Bukut’’
Jean Diatta, Correspondant permanent à Ziguinchor |
Publication 19/08/2022
Le village de Balingore, dans le département de Bignona, en Casamance, est à l’honneur cette semaine. Ce village a envoyé, ce week-end, environ un millier de jeunes gens au bois sacré pour leur initiation, appelé ‘’Bukut’’. Il faut rappeler que l’entrée au bois sacré est un passage obligé pour tout jeune diola afin d’entrer dans le cercle des adultes, des ‘’hommes’’
C’est ce rituel qui fait de lui un homme responsable et l’autoriser à siéger au conseil des sages quand il s’agit de prendre les grandes décisions liées à la marche de la communauté. C’est aussi un passage obligé avant de prendre femme et même de prendre part à la guerre en cas de conflit entre deux villages. En un mot, c’est le rituel qui fait d’un jeune diola un homme accompli qui a acquis les aptitudes pour devenir responsable. Cette cérémonie est l’événement majeur de la communauté diola, l’ethnie majoritaire de la Basse Casamance qui avait résisté jusqu’au bout contre la domination de la colonisation française. C’est dire que cette cérémonie n’est pas une mince affaire.
Définissant le bukutt, Pape Ousmane Sané, un ancien inspecteur adjoint de l’inspection d’académie de Ziguinchor, confie que cet acte permet d’acquérir le diplôme suprême en matière d’éducation traditionnelle chez le jeune diola. ‘’Le Bukut est le diplôme suprême dans l’éducation en milieu diola. Parce qu’en milieu diola, il y a beaucoup de types d’éducations : l’éducation de base qui est donnée à la maison, l’éducation donnée au niveau de la génération à l’extérieur, une autre qui est donnée dans la concession du village et il y a cette éducation qui constitue le dernier maillon si c’était en matière de diplômes. C’est le Bukut’’ dit-il. Mais il faut noter que ces explications sont très superficielles par rapport à ce rituel qui demeure un mystère total pour un non initié. Tout ce que le commun des personnes en connait, c’est que l’intervalle entre deux bukutts, il y a au moins vingt ans mais que cela peut aller bien au-delà.
Par exemple, le village de Balingore dont l’avant dernier bukutt remonte à 1982 est resté quarante ans avant de rouvrir ses forêts. Mais les anciens du village ne laissent jamais filtrer la moindre information à ce sujet. Les préparatifs en question requièrent un très long processus qui peut durer au moins trois ans. Il faut principalement organiser des séances de danses qui annoncent que le village doit prochainement envoyer ses jeunes dans la forêt. Des danses rythmées par le son du bombolong et de morceaux de fer tenus par les futurs initiés et ceux qui servent aux femmes pour battre les mains. Ces séances de danses sont une occasion pour les futurs initiés de montrer leur savoir-faire, histoire de faire honneur à leur famille. Et durant cette période, les futurs initiés doivent attacher un pagne, une sorte de ‘’ngimb’’ pour montrer qu’ils doivent rentrer au bois sacré dans un futur proche. Et il leur interdit de s’adonner à certains loisirs comme les soirées dansantes et même le sport parfois.
Avant même l’année de l’initiation proprement dite, il y a une très grande cérémonie intermédiaire, appelée (kaaningku’’), qui est souvent organisée à un an du grand événement. Celle-ci mobilise tous les natifs du village concerné où qu’ils soient à travers le monde et leurs parents des localités de la région naturelle de la Casamance. Des proches de femmes d’autres régions du Sénégal, mariées avec des natifs du village en question, viennent également prendre part à cette cérémonie tout comme lors du Bukut proprement dit. Ces milliers d’étrangers, qui viennent soit pour apporter un soutien à des parents dans les travaux domestiques ou d’autres pour se ressourcer, sont bien accueillis et bien nourris. Cette cérémonie dure deux jours et elle est marquée par deux rencontres majeures de tout le village en question et elle est faite de rituels que seuls les initiés peuvent décrypter, mais aussi de chants et danses, de tirs de fusils et de tentatives de se trancher la gorge avec des couteaux très tranchants histoire de montrer leur invulnérabilité. Pour le festin, des bœufs sont abattus dans tous les quartiers pour nourrir les foules. Ces séances de démonstration de bravoure, vues de loin, donnent l’impression aux profanes qu’il s’agit d’une guerre tellement les détonations sont fortes et nombreuses. Ici, on ne peut pas distinguer un ministre d’un paysan car tous portent le même accoutrement et se parent de gris-gris et de lianes d’arbres, tout un arsenal mystique. Et tout le monde tire avec les fusils et danse. Au dernier virage du grand événement, les futurs initiés sont accompagnés chez leurs oncles maternels pour se faire couper symboliquement des touffes de cheveux.
Des symboliques toujours bien renouvelées
Pape Ousmane Sané explique ce que cela symbolise : ‘’La coupe des cheveux, c’est juste pour montrer à l’enfant qu’il appartient à plusieurs familles : sa famille maternelle, de sa maman jusqu’à sa grand-mère, et qu’il appartient aussi à la famille paternelle avec qui il est lié depuis son papa jusqu’à ses arrières grands-pères et mères. C’est pour montrer à l’enfant que dans ce village, il a des familles partout et qu’en principe, il doit avoir donc un bon comportement. Parce qu’en fait, le diola, son grand problème, c’est effectivement la honte, le diola n’a jamais voulu avoir honte devant ses semblables. C’est pourquoi quand l’enfant sait que, dans ce village ou dans ce quartier, il y a ses oncles paternels ou maternels, il y a des choses qu’il ne fera jamais. Mais aussi, l’enfant en milieu diola, et certainement dans beaucoup d’ethnies, sa famille maternelle est une famille sacrée. Donc, c’est lui qui est chargé de défendre, d’aider cette famille en cas de difficultés. Même en cas de cérémonie, il faut qu’il soit là. D’ailleurs, présentement, vous voyez qu’au niveau de la cuisine, c’est pratiquement des nièces et des neveux qu’on appelle des asampuls qui sont en train de préparer’’. Et toujours par rapport à ce rituel hautement symbolique, Matar Bodian, un ancien du village de Balingore, actuellement en service dans l’armée sénégalaise, explique que ce geste est aussi accompli pour sécuriser le futur initié contre d’éventuelles pratiques mystiques de malfaiteurs qui parfois sont tentés par l’idée de saboter le bukutt. ‘’La coupe de cheveux, c’est pour protéger l’enfant mystiquement. On les garde jusqu’à un an et si rien n’arrive au nouvel initié, on les jette’’. D’ailleurs, pour parer à de telles éventualités, il y a toujours un sage du village qui est commis par les esprits des ancêtres pour veiller sur le bon déroulement du bukutt, c’est lui le gardien attitré de la forêt. Il s’appelle ‘’Afankaren’’. Et quand un membre de la société est choisi par les esprits des ancêtres qui l’investissent pour cette mission, il est astreint de se plier à cette décision pour ne pas s’exposer à des sanctions très sévères de ces esprits.
Par exemple, l’ancien ministre des Forces Armées, sous Abdoulaye Wade, Youba Sambou, est aujourd’hui le surveillant de la forêt de son village natal de Mlomp, situé dans le département de Bignona. Cette fonction exige un don de soi, autrement tout ce que le Fakaren fait est au-dessus du ‘’Moi’’, il se met entièrement au service de sa société. Pour veiller sur la sécurité des futurs initiés, durant leur séjour dans le bois sacré, un être surnaturel appelé ‘’Anarnar’’ sort on ne sait où, tous les soirs, et arpente tous les quartiers du village pour dissuader les malfaiteurs éventuels de tout acte négatif à l’encontre des jeunes en réclusion dans la forêt. Et toute personne qui commettrait l’erreur de tenter de le faire est sévèrement punie et humiliée dans sa maison devant ses proches. Cet être est d’une puissance qui dépasse l’entendement humain, quand il vient on n’a l’impression que c’est un avion qui atterrit. Et il a la capacité de rallier une distance se trouvant à plusieurs kilomètres à moins de cinq secondes. Il est aussi mystérieux que sa puissance.
Un chronogramme bien taillé
Le jour J, les futurs initiés sont rasés et se mettent en marge des femmes attendant l’heure fatidique du départ vers l’inconnu. Quand l’heure approche, ils sont rassemblés par les sages dans un coin du village avant le grand départ. Et après, les tous derniers préparatifs, c’est la grande marche, les hommes devant et les femmes derrière. En ces moments précis, les coups de fusils se font entendre dans tout le village. Certains étrangers qui ne sont pas habitués à cette cérémonie unique en son genre, se sauvent comme des lapins. Et arrivée, à la lisière de la forêt, un signal est donné pour demander aux femmes et aux étrangers de s’arrêter.
Quant aux futurs initiés et leurs encadreurs, ils poursuivent leur marche. Et pendant ce temps, les coups de fusils retentissent de plus bel. Et à un moment donné, un signal est donné aux futurs initiés qui se lancent dans un sprint (qui rappelle les 100 m à l’occasion des jeux olympiques) vers les méandres de la forêt laissant derrière eux des pleurs de vieilles femmes conscientes qu’elles ne revivront plus ce moment inédit car elles ne seront plus de ce monde à l’occasion du grand Bukut. Après cette étape franchie, tout le reste du processus devient mystère. En fait, même en cas de décès d’un des jeunes dans la forêt, on l’y enterre et on garde l’information. C’est seulement au jour de la sortie que sa maman saura que son fils est décédé dans le bois sacré. Et elle ne l’apprend pas de bouche à oreille, on exhibe le pagne que ce dernier avait porté le jour de l’entrée au bois sacré. Le village de Balingore, particulièrement, compte à nos jours quatre forêts réservées exclusivement à la cérémonie du Bukut.
Selon l’histoire, cette décentralisation de la cérémonie a été décidée à cause des razzias auxquelles les habitants des villages voisins, qui entourent la localité, se livraient au niveau des quartiers périphériques aux années où le village organisait le bukutt. Les hommes étant tous obligés de se retrouver dans l’unique forêt située au centre du village où on regroupait tous les futurs initiés, les habitants des villages voisins faisaient des incursions nocturnes et décimaient les troupeaux de vaches ou violaient même les femmes. On raconte également que lors d’une année de bukutt, une maladie épidémique s’était déclarée dans la forêt et tuant plusieurs jeunes. Aussi pour éviter de pareilles catastrophes, les sages avaient pris la décision de décentraliser la cérémonie dans plusieurs forêts.
Selon toujours l’histoire racontée par nos interlocuteurs, le village de Balingore a été fondé vers le 17e siècle et que son premier Bukut remonte à 1630. D’après, la légende, racontée par Pape Ousmane Sané, ce village a été fondé par un certain Buyanfang Badji et il s’était établi dans l’actuel quartier de Kindiong. Et que c’est après que les autres quartiers, qui étaient à l’époque des cités indépendantes les unes des autres, ont vu le jour, renseigne t-il, soulignant que c’est la menace de petits villages voisins qui avait motivé le chef coutumier de l’époque à demander le regroupement des petites cités pour former un village. Celui-ci s’appelait Djikoub avant de devenir Balingore. ‘’Balingore est un ensemble de cités anciennes (Djirokir, Kindiong, Kaour, Balimbande, Kabaline, Dianack, Étécome, Bakinta et Balève). La première cité qui est aujourd’hui un quartier de Balingore, c’est Kindiong. À l’époque, ces cités étaient indépendantes les unes des autres mais entre-temps il y a la menace de villages autochtones tels que Tendion, Diamatou, Siparan, Tayyan,...
Comme ces cités étaient donc petites, il y a eu un patriarche du nom de Bantandiouck qui est de Djirokir-Djikesse qui a demandé à ce que toutes ces cités soient unies pour créer un seul village et c’est ce village qui est devenu Balingore. À l’époque, le village avait deux conseils : le conseil coutumier dont il était le chef et le conseil militaire. C’est avec l’arrivée du colon et la création du chef de village, que ce conseil coutumier a perdu beaucoup de prérogatives, il n’a conservé que la circoncision. Sinon, à l’époque, c’est dans le bois sacré que toutes les questions relatives au fonctionnement du village étaient réglées. Mais avec l’avènement du colon, le chef du village a perdu toutes les prérogatives sauf vraiment le bukutt. Au début, Balingore s’appelait Djikoub. D’aucuns disent que quand ce patriarche faisait le tour des quartiers, il disait aux gens venez on va créer des frontières communes (autrement dit venez nous allons nous rapprocher). Pour certains donc c’est cet appel qui est à l’origine du nom Balingore’’.
Signalons que la durée du séjour des futurs initiés dans la forêt pouvait durer à l’époque jusqu’à trois mois. Mais aujourd’hui, les temps ont changé, à cause des contraintes liées aux études, au travail professionnel et d’autres engagements des jeunes à initier. Aussi, ce délai a été réduit au maximum possible (maintenant il ne dure plus que deux semaines voire même 7 jours seulement) pour éviter de compromettre l’avenir des jeunes. C’est dire que la communauté est en train de réduire le Bukut à sa plus simple expression. Mais tout laisse croire que, malgré la montée fulgurante des religions révélées dans notre temps, le Bukut durera tant qu’il restera des diolas sur la terre.
INSCRIRE L’ART DANS LE QUOTIDIEN
Durant tout le temps qu’a duré la Biennale de l’art contemporain africain, les bannières du «Off» ont flotté sur la ville de Dakar et jusque dans ses recoins les plus secrets et les plus inattendus.
Durant tout le temps qu’a duré la Biennale de l’art contemporain africain, les bannières du «Off» ont flotté sur la ville de Dakar et jusque dans ses recoins les plus secrets et les plus inattendus. Pas moins de 430 expositions Off ont eu lieu cette année entre Dakar, les regions et la diaspora. De quoi réjouir les créateurs de cette dynamique.
Des semaines après la fin de la 14e Biennale de l’art contemporain de Dakar (Dak’art), des bannières flottent encore dans de nombreux quartiers de la ville. «Biennale Off», ce label est devenu comme un symbole de ralliement à l’art. Pendant le mois dedié à l’art africain contemporain, la bannière a flotté jusqu’en des lieux fort suprenants. Et l’événement, au fil du temps, a pris des proportions inattendues. Pas moins de 430 expositions et des centaines d’artistes ont pu cette année, vivre la biennale au delà de la liste restreinte de la selection officielle. Au départ, il s’agissait seulement de surfer sur cette frénésie artisitique à la périphérie de la biennale. Quelques espaces qui accompagnaient l’événement par leurs propres moyens en mettant en place des expositions.
En 2000, Mauro Petroni, artiste ceramiste et commissaire d’exposition, commence à féderer toutes ces initiaves pour en faire un événement reconnue. Le «Off» était né et son créateur ne s’attendait certes pas à voir l’événemment prendre une telle ampleur. «La naissance du «Off» remonte loin, dans les années 1996… Au début, il y avait des évènements spontanés, quelques galeries ou artistes, pas de dénominateur commun, ni la conscience d’une manifestation collective. C’était tout petit.» raconte-t-il. Mais en une vingtaine d’années d’existence, ce petit événement est devenu un indispensable de la biennale. «J’ai commencé à m’en occuper en 2000, pour la 4e biennale. C’est là qu’on a pensé à un concept «Off». Et pour l’occasion, nous avions eu une cinquantaine d’espaces déclarés. J’étais au début de l’initiative, mais le terrain était là en fait. Il fallait juste l’organiser», rappelle modestement M. Petroni.
En 2022, pour la 14e biennale, une croissance exponentielle est d’ailleurs notée dans l’événement. De 320 en 2018, l’on est passés à 430 expositions, soit une hausse de 25%. De quoi désorienter quelques peu les amateurs d’art. «Cette année, j’ai eu des retours contraires et des gens m’ont dit : «il y en a trop. On s’y perd, on n’arrive pas à tout voir».» Selon Mauro Petroni, cette année, les premières critiques ont porté sur le nombre plethorique d’événements. «Il y a eu une montée graduelle pour arriver à l’explosion de cette dernière édition avec près de 430 espaces entre Dakar, sa banlieue et les régions. Et même dans la diaspora. Mais si jusqu’à présent cette montée a été vécue comme positive, enrichissante, pour la première fois, à cette édition, j’ai entendu des critiques comme quoi il y en a trop ! «Trop dispersé, on ne sait plus où aller, pas de controle de qualité, impossible de tout voir», etc., etc.»
Une croissance exponentielle du «Off»
Il faut dire que les «Off» sont devenus une tendance incontournable que restaurants, hôtels ou lieux de loisirs exploitent pour renforcer leur frequentation durant la biennale. Et les lieux d’exposition ne cessent de se renouveller et de se diversifier. L’exposition d’une artiste autrichienne au rond-point du pont de la Foire, empruntant quelques metres carrés au terrain d’entraînement des lutteurs, a certes attiré les regards par le caractère insolite du lieu, mais il faut dire que d’autres endroits, tout aussi singuliers, acceuillent des expositions pendant la biennale. C’est le cas de cet atelier de réparation de piano au coeur du quartier des Hlm. Entre les pianos désossés et tout un bric à brac d’objets hétéroclytes, Abdoulaye Dia a reinstallé ses toiles cette année encore. Preuve que l’art trouve sa place en tout lieu, cette exposition organisée dans un garage de mécanicien au cœur de la plus grande gare urbaine de Dakar, à Petersen. Mais aussi, la Cour Suprême et la Cour des comptes de Dakar, qui ont acceuilli une belle brochette d’artistes. Pour cette dernière, autour de l’architecte des lieux, Malick Mbow, il y avait entre autres, Germaine Anta Gaye, Vieux Diba, Moussa Tine, Fodé Camara, Papisto boy, ect. «La Cour suprême était l’ancien Musée dynamique voulu par Senghor. Après l’affectation de ces locaux au ministère de la Justice, beaucoup d’œuvres qui décoraient les murs sont restées. On ne le savait même pas. C’est le mérite d’un commissaire indépendant, Idrissa Diallo, d’avoir remis ça en lumière. Et, de cour en cour, ses contacts lui ont permis d’organiser l’autre exposition, à la toute nouvelle Cour des comptes.»
Cour Suprême et Cour des comptes
Loin de Dakar, la biennale s’est aussi deployée dans les regions et hors du pays. Ville de vaccance, Saly Portudal, la station balneaire, est petit à petit devenue une vraie ville avec des activités et un pôle culturel important. Pas étonnant alors que des expositions s’y soient deroulées. La Galerie africaine a ainsi acceuilli une magnifique exposition de l’artiste ivoirien Pascal Nampamenla Traoré. Le fil d’Ariane a revisité le parcours de l’artiste à travers diverses expressions. Ailleurs, dans les régions, ils sont quelques centres culturels regionaux à avoir abrité des expositions, à Matam, Fatick et Diourbel notamment. «Pour la première fois, il y a eu 6 à 8 expositions dans la diaspora en paralèlle à la biennale, en France, en Italie et en Martinique. Des acteurs sénégalais vivant là-bas ont voulu organiser ça», note M. Petroni. Evénement phare de cette biennale, l’exposition au siége de l’Unesco à Paris, de la plasticienne Fatou Kiné Diakhaté. Malgré cet engouement pour le «Off», l’événement fonctionne en paralèlle à la Biennale. Il est entièrement financé par Eiffage, le Secretariat général de la biennale fournissant pour sa part les banières et brochures. «La biennale voudrait être plus proche du «Off». Cette année, elle a organisé des projets speciaux», signale M. Petroni. En effet, à côté de l’exposition internationale, des artistes ont étalé leurs propositions et ces expositions ont été tout aussi populaires. Installée à Douta Seck, l’exposition du Centre d’art Black Rock a séduit plus d’un. Black Rock ensemble, sous l’impulsion de l’artiste Kehindle Wiley, a proposé une exposition collective portant sur les nouveaux travaux des participants et amis du programme.
L’exposition de Soly Cissé à la Galerie nationale a été également un grand moment. Au final, si le «Off» a pu rapprocher l’art du commun des Sénégalais, l’on peut espérer qu’à la prochaine exposition ou biennale, des amateurs seront encore plus nombreux à investir l’ancien Palais de justice du Cap Manuel.
BADO NDOYE PUBLIE LES LEÇONS DE LA PHILOSOPHIE AFRICAINE
L’enseignant-chercheur au département de philosophie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Bado Ndoye, va publier en septembre prochain, un nouveau livre intitulé «Paulin Hountondji.
L’enseignant-chercheur au département de philosophie de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Bado Ndoye, va publier en septembre prochain, un nouveau livre intitulé «Paulin Hountondji.
Leçons de philosophie africaine», aux éditions Riveneuve, annonce l’éditeur sur son site Internet visité samedi par l’Aps. La même source renseigne que la préface de ce livre a été écrite par le professeur Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais, enseignant à l’Université de Colombia (Usa).
Béninois né en 1942 à Abidjan, Paulin Hountondji, sujet de ce livre, est «l’un des philosophes africains les plus influents de ces cinquante dernières années», renseigne l’éditeur. Il relate que la pensée de Hountondji «s’inspire (…) de Husserl qui, rompant avec l’idéalisme de ses premiers écrits, inscrit la philosophie dans le monde de la vie et des cultures humaines». «Ainsi est-on conduit à poser la question de l’universel et à en redéployer le sens dans une perspective qui ne privilégie plus les cultures occidentales et l’humanité européenne», relève la maison d’édition. Cette dernière précise que sur cette question, «ce livre montre comment Hountondji a anticipé une bonne partie des débats contemporains, en ayant aussi été l’un des premiers à avoir clairement énoncé le projet philosophique d’une refondation des savoirs endogènes africains».
Spécialiste de phénoménologie, d’épistémologie et d’histoire des sciences, Bado Ndoye enseigne la philosophie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ses recherches les plus récentes portent notamment sur «l’impact sociétal de la révolution du numérique, l’histoire des sciences, la phénoménologie husserlienne et la philosophie politique», détaille l’éditeur.