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3 avril 2025
Culture
HIZBUT, LE BRAS TECHNIQUE DES KHALIFES DE LA MOURIDIYA
Le Hizbut Tarqiyyah se décline comme une organisation forte, bien structurée, avec des membres aux convictions profondes allant du dévouement total à l’abandon de soi, dans le seul but de rencontrer l’agrément de Dieu, son Prophète (PSL) et Serigne Touba
Le Hizbut Tarqiyyah se décline comme une organisation forte, bien structurée, avec des membres aux convictions profondes allant du dévouement total à l’abandon de soi, dans le seul but de rencontrer l’agrément de Dieu, son Prophète (PSL) et Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké.
Ce faisant, le mouvement passe pour être le "bras technique" de chaque khalife de Touba.
Serigne Atou Diagne (1951-2021), son responsable moral pendant plusieurs années, a joué un rôle central dans la prise de conscience d’une nécessaire modernité endogène au sein des confréries.
La naissance du Hizbut Tarqiyyah remonte à 1975. "En cette période de crise de valeurs et de perte de repères caractérisant la nouvelle vague d’intellectuels du pays, des étudiants ont éprouvé le besoin de s’identifier à une autorité charismatique qui incarnerait toutes les vertus aptes à les affranchir".
"Ainsi, le discours que tenait le khalife général des mourides, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, qui enseignait les valeurs culturelles de base de l’Islam, réhabilitées par Cheikh Ahmadou Bamba, avait fini par conquérir cette nouvelle vague de jeunes intellectuels", selon le site du mouvement.
A ses balbutiements, le mouvement, qui a vu le jour au campus universitaire Cheikh Anta Diop, s’appelait "Dahira des étudiants mourides". C’est en 1992 que le défunt khalife Serigne Saliou Mbacké, à l’occasion de la ziarra du 19 janvier, lui donna le nom de "Hizbut Tarqiyyah".
En langage décodé, cela signifie "la faction des gens dont l’ascension spirituelle auprès de Dieu se fait par la grâce et directement sous les auspices de leur maître, le serviteur du Prophète Khadimou Rassoul".
Toutefois, c’est grâce à Serigne Abdoul Ahad que le mouvement a acquis ses lettres de noblesse dans la voie du mouridisme.
C’est sous son khalifat que le Hizbut Tarqiyyah se signala à travers ses membres qui commencèrent à arborer un accoutrement fait d’amples boubous, de longues écharpes enroulées autour du cou, le tout complété par le "Mahtoumé" (grosse amulette pendant sur la poitrine) et des babouches. Cet accoutrement fut baptisé Baye Lahad du nom du khalife.
Le Hizbut Tarqiyyah qui a connu diverses fortunes dans son évolution, a commencé à se massifier en sortant du cadre de l’université. Outre les étudiants, on y trouve des cadres et d’autres corps de métier. Les membres de ce mouvement, quelquefois mal compris, se sont résolument placés sous l’autorité du khalife pour ne répondre que de lui.
Ils sont très visibles pendant les grandes cérémonies du mouridisme dont le grand Magal de Touba lors duquel ses membres s’illustrent particulièrement dans la prise en charge de ses aspects culturel et cultuel.
Ils ont également la charge de recevoir, d’héberger et de restaurer les hôtes de marque de Touba. De même, dans la vulgarisation de la philosophie du mouridisme, ils ont créé beaucoup de supports médiatiques.
Malgré la place prépondérante qu’occupe le Hizbut Tarqiyyah dans la voie du mouridisme, des périodes sombres ont entaché le mouvement. Ce fut le cas en 1997 lorsqu’un malentendu opposa le responsable moral au fils du défunt khalife.
A cette époque, le mouvement reçut un rude coup et perdit de sa superbe aux yeux de plusieurs talibés qui ne pouvaient pas comprendre qu’un mouvement, quelle que soit sa force ou sa légitimité, puisse se permettre de braver l’autorité de la famille de Serigne Touba.
Cela conduisit à la création en 1998 du Hizbut Tarqiyyah de Darou Khoudoss. Une frange importante de ce mouvement avait même cherché à faire scission sous la conduite d’un de ses fondateurs, Thierno Ndoye.
Les frondeurs reprochaient au camp originel de Serigne Atou Diagne son autorité jugée trop pesante et son manque de concertation. Malgré ces moments difficiles, ce qui est souvent le cas dans les organisations de masse de cette taille, le Hizbut Tarqiyyah est toujours debout.
Les différents khalifes qui se sont succédé semblent être conscients de l’importance du rôle prépondérant que joue le mouvement dans le mouridisme.
Le Hizbut Tarqiyyah assure la présidence du conseil d’administration de l’hôpital Matlabul Fawzaini de Touba.
Le mouvement dépasse désormais les frontières du Sénégal et de l’Afrique. Il est représenté un peu partout dans le monde et dans les grandes capitales occidentales.
Depuis 2021, il est dirigé par Serigne Youssou Diop, qui a succédé à Serigne Atou Diagne, décédé au mois de janvier de la même année.
THOMAS GRAND SENSIBILISE SUR LA PROTECTION DES RESSOURCES HALIEUTIQUES
Cinéma – Projection du film «Sos Yaboye» à Joal :A Joal, les habitants sont satisfaits d’avoir découvert en grande première le film «Sos Yaboye» de Thomas Grand, projeté samedi dernier.
A Joal, les habitants sont satisfaits d’avoir découvert en grande première le film «Sos Yaboye» de Thomas Grand, projeté samedi dernier. Occasion pour l’observateur averti de l’économie maritime du Sénégal et réalisateur du documentaire «Poisson d’or, poisson africain», d’inviter les autorités à prendre les mesures idoines pour mieux gérer ces ressources halieutiques qui font vivre beaucoup de Sénégalais mais aussi de la région ouest-africaine.
Poisson d’or, poisson africain, le documentaire sur l’économie de la pêche et plus particulièrement de la sardinelle (Yaboye), réalisé par Thomas Grand et Moussa Diop, a remporté plus d’une cinquantaine de prix à travers le monde. Le cinéaste va plus loin dans son combat. A travers une nouvelle réalisation, Sos Yaboye, il donne la parole aux pêcheurs, femmes transformatrices, mareyeurs, mais aussi à toutes les personnes qui dépendaient de la mer pour sensibiliser sur l’importance de la protection des ressources halieutiques. «J’ai créé un média citoyen qui s’appelle Sos yaboye et qui parle du yaboye parce que c’est la ressource la plus importante du pays en matière d’emploi et de sécurité alimentaire.
Dans Sos yaboye, il y a trois ressources prioritaires, les plus importantes de Joal et qui sont actuellement en danger, c’est-à-dire le yett (cymbium), le yaboye et tous les produits de la mangrove», a expliqué Thomas Grand, le réalisateur, lors de la projection du film, samedi dernier à Joal. Il s’agit d’un film de 55 minutes qui raconte le quotidien de ces hommes et femmes qui pensent uniquement à sauver la sardinelle, communément appelée yaboye en wolof, mais aussi à pousser à la prise de conscience collective, à la prise de décision pour construire une économie verte dans les secteurs du fumage artisanal de poisson et de la transformation des produits halieutiques. «Surtout sur ces ressources qui sont presque épuisées», ajoute-t-il. Selon le réalisateur, Joal est construit économiquement et au niveau de sa population grâce à la sardinelle. «On va essayer de remonter cette voix au niveau des politiques et faire voir ce film au niveau de nos télévisions même si c’est difficile de créer un créneau», fait part Thomas Grand dont le film sonne comme un appel à la mobilisation contre l’implantation des usines de farine et d’huile de poisson, mais aussi à la sensibilisation des professionnels de la pêche sur la rareté du poisson dans les eaux sénégalaises. «C’est un pillage, depuis une trentaine d’années, par la pêche industrielle abondante avec la responsabilité partagée des pêcheurs sur les techniques de pêche et dernièrement, l’implantation des usines de farine et d’huile de poisson a mis une pression supplémentaire», a-t-il justifié.
Un appel à la mobilisation
Le film lance un message à l’endroit des autorités afin que des mesures strictes soient appliquées, avec notamment le décret qui reconnaît les métiers des femmes transformatrices, l’application du Code de la pêche. «Si rien n’est fait, le ministre de la Pêche même va disparaître parce qu’il n’y aura plus de poisson dans nos eaux», a affirmé Abdou Karim Sall, personnage du film et par ailleurs président de la Plateforme des pêcheurs artisanaux du Sénégal (Papas). D’après M. Sall, il y a des décideurs qui ne savent pas ce qui se passe, surtout par rapport aux débarquements. «S’il n’y a pas de guerre au Sénégal, c’est parce que les gens ont de quoi manger et c’est le yaboye. 97% des populations de Joal dépendent de la pêche, directement ou indirectement. Le premier secteur d’exportation au Sénégal c’est la pêche et quand on parle de la pêche, on parle du yaboye. Cette sardinelle est très importante pour le Sénégal», souligne-t-il.
«Ce film doit pousser à l’introspection»
Dans Sos yaboye, on perçoit que des pirogues peuvent rester deux jours en mer sans attraper de poissons. Au vu de cette situation «préoccupante», Greenpeace a jugé bon d’agir en lançant la campagne «Ana sama Jën» (Où est mon poisson ?). Et cette question brûle les lèvres de tous les pêcheurs, mareyeurs, en passant par l’écailleuse, les femmes transformatrices et les clients. «Le film Sos yaboye pour moi, recoupe exactement ce que vivent les Sénégalais. Où est passé ce poisson jusqu’à ce que le pêcheur le traque ?», demande Abdoulaye Ndiaye, chargé de campagne à Greenpeace Afrique, et qui invite également l’Etat du Sénégal à impliquer tous les pêcheurs dans toutes les instances de décision, mais aussi de gérer les ressources d’une manière transparente. Ce film, dit-il, doit pousser à l’introspection et à l’action parce que la plus grosse crainte, c’est que «demain, ces pêcheurs continuent à emprunter le chemin de l’océan pour aller en Europe par désespoir. Quand on regarde ce film, il y a un désespoir qui commence déjà à s’installer», témoigne-t-il.
L’ADAC REDESSINE L’AVENIR
Face à la mondialisation, au développement des concepts et idéaux comme l’uniformisation, la pensée unique, il est nécessaire de s’interroger sur l’avenir de la diplomatie culturelle, a estimé Thierno Diagne Ba, president de l’Adac
Contribuer à la vulgarisation de la notion de diplomatie culturelle au Sénégal tout en fournissant des recommandations et actions concrètes, ce sont là quelques-uns des objectifs de la table ronde organisée par l’Association des animateurs et conseillers aux affaires culturelles (Adac). Ces professionnels de la culture estiment qu’il est nécessaire de repenser la diplomatie culturelle du Sénégal à l’heure de la mondialisation.
Face à la mondialisation, au développement des concepts et idéaux comme l’uniformisation, la pensée unique, il est nécessaire de s’interroger sur l’avenir de la diplomatie culturelle, a estimé Thierno Diagne Ba, president de l’Association des animateurs et conseillers aux affaires culturelles (Adac).
Convaincu que le Sénégal peut avoir un «soft power» et aller à l’assaut de l’Afrique et du monde, Thierno Diagne Ba juge qu’il faut aussi repenser la culture et réfléchir à l’avenir de cette forme de diplomatie. «Nous avons des attachés aux affaires culturelles mais le plus important pour nous, c’est que l’Etat puisse avoir un programme coordonné, une stratégie bien maitrisée de notre diplomatie culturelle, pour aller à l’assaut du monde et maîtriser cette «soft power» qui est en train d’assaillir le Sénégal», explique-t-il.
Le président de l’Adac informe qu’un plaidoyer sera déposé au niveau de la Présidence et au niveau du ministère des Affaires étrangères car, dit-il, il y a un enjeu de l’heure et les animateurs culturelles et les conseillers aux affaires culturelles ont leur rôle à jouer au niveau des représentations diplomatiques et consulaires.
S’exprimant lors d’une table ronde sur le thème : «Diplomatie culturelle : nouveaux modèles, perspectives et prospectives», vendredi dernier à la Maison de la culture Douta-Seck, Thierno Diagne Ba estime qu’il est nécessaire de repenser la diplomatie culturelle du Sénégal à l’heure de la mondialisation. Même si le Sénégal ne dispose pas d’un solide réseau de diffusion installé aux quatre coins du monde, remarque-t-il, sa diplomatie culturelle a fonctionné de 1960 aux années 1980, à travers des actions itinérantes qui ont accompagné tous les grands voyages officiels du chef de l’Etat.
A l’en croire, cette «soft power» est aujourd’hui au cœur des relations internationales et la culture au cœur de la diplomatie culturelle. Après ce panel, informe-t-il, un rapport de synthèse des discussions comportant des recommandations sera proposé aux autorités compétentes afin de renforcer la diplomatie culturelle du Sénégal.
Une synergie entre les différents ministères
Dans son intervention, l’ambassadeur et poète, Silcarneyni Guèye, qui définit la diplomatie culturelle comme l’expansion de la politique culturelle interne d’un pays en dehors de ses frontières et le «soft power» comme la capacité d’un acteur politique d’influencer indirectement le comportement d’un acteur par des moyens non cohésifs, soutient qu’il faut reformuler le cadre dans lequel la diplomatie culturelle essaie d’évoluer, car les technologies de la communication sont en train de mettre fin aux relations humaines. «Ce n’est pas le ministère des Affaires étrangères et les conseillers culturels venus du ministère de la Culture qui peuvent propager la diplomatie culturelle à travers le monde. Il y a des promoteurs de très bonne volonté qui sont outillés pour vendre le Sénégal à l’extérieur, mais ils se heurtent au fait qu’à l’extérieur, c’est l’ambassade qui représente le Sénégal.
Donc, il faudrait un cadre tout à fait nouveau pour concevoir une nouvelle façon de vendre le Sénégal», explique-t-il tout en faisant l’historique de la diplomatie classique. Abondant dans le même sens, Malick Diouf, Conseiller technique au ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, estime que les conseillers culturels sont importants au niveau des ambassades mais il n’y en a pas assez. A son avis, il faut plus de «synergie» entre les ministères des Affaires étrangères, de la Culture, du Sport, du Tourisme naturellement, si on veut pousser notre diplomatie culturelle à aller de l’avant. Parlant de «mémoire et de discontinuités», le Pr Ibrahima Wane souligne qu’il y a des acquis importants pour la diplomatie culturelle du Sénégal mais malheureusement, se désole-t-il, quand il y a changement de politique où changement de régime, «on change de vie».
Or, explique-t-il, une Nation se construit sur la base d’une succession des acquis. «Le succès du Festival mondial des arts nègres est en grande partie dû à la performance de la diplomatie sénégalaise de l’époque», révèle-t-il. Interpellant l’Adac, le Pr Ibrahima Wane de rappeler que le corps des animateurs et les conseillers culturels a été créé il y a plus de 50 ans et c’était pour accompagner et orienter l’activité culturelle. «Il faut se battre pour que les animateurs et les conseillers soient là où ils doivent être, mais la question fondamentale, c’est la réflexion stratégique de l’Adac parce qu’elle a la particularité d’avoir toutes les générations», a plaidé le Pr Ibrahima Wane.
Par Hamidou ANNE
FELWINE SARR À LA TRACE
Naïssan, le nouvel album de Felwine Sarr, est un itinéraire durant lequel, si on connaît un tant soit peu le musicien, on aperçoit ses obsessions, ses lieux fétiches forgés à l’encre de la poésie, de la politique, de l’histoire et de la spiritualité
J’ai passé le week-end à me délecter de la dernière production de Felwine Sarr. Ni dans le roman, ni dans l’essai encore moins dans les balades poétiques entre les imaginaires africains. Felwine Sarr a sorti un album intitulé Naïssan, larguant ainsi à nouveau les amarres d’une carrière musicale entamée à Orléans au sein du groupe Dolé. La bande de «reggae roots bien métissé» avait sorti deux albums avant de mettre fin à l’aventure au bout de près d’une décennie.
J’ai souvent vu Felwine Sarr en concert, à Dakar, notamment dans la superbe cave de l’hôtel Djoloff ou à Saint-Louis. Je me souviens encore l’avoir vu se produire avec le groupe Daaray Samadhi en 2019, au restaurant La Kora sur l’île de Saint-Louis. Dans cette petite cour, aussi sympathique que charmante, l’espace réduit offre une communion entre le public et les artistes sous le baobab qui orne le lieu.
Dans cet endroit, qui est un de mes favoris de la ville, Felwine Sarr et Mabousso Thiam distillaient des notes d’afro-folk qu’accompagnait la voix délicate de Gnilane. Ces trois étaient plus qu’une famille mais une «confrérie d’âmes en quête», une communauté de tisseurs de liens d’amour à habiller à la nuée d’amants qui peuplaient le public ce soir-là. Comment ne pas penser, en écrivant ces lignes, à Mabousso Thiam qui a voyagé vers l’autre rive ? Comment ne pas se souvenir de cet homme merveilleux, brillant et attachant dont Felwine Sarr nous dit qu’il avait «l’âme solaire». Naïssan est un itinéraire durant lequel, si on connaît un tant soit peu le musicien, on aperçoit ses obsessions, ses élans et ses lieux fétiches forgés à l’encre de la poésie, de la politique, de l’histoire et de la spiritualité. On croise des choses et des destins, des saveurs et des hommes et femmes suggérés- en lien bien sûr avec la pudeur de Felwine Sarr et son ancrage dans les mots de l’âme plus que ceux de la bouche qui dénature, affaiblit et dévitalise ce qui relève des sens et de l’intime.
En écoutant l’album, j’ai rencontré des fantômes et des héros d’ici et d’ailleurs ; des gens auxquels le poète rend hommage avec la justesse qu’impose la concision dans le salut aux morts.
Felwine Sarr nous fait visiter les sépultures des martyrs et des hommes dont le sang a coulé, rendant un quotidien moins habitable mais conférant hardiesse et rage du devenir aux héritiers. Dans le titre Maskhadov, l’artiste prend les autocrates par le col et leur demande s’ils dorment la nuit après leurs sinistres forfaits. Il nous rappelle les drames récents de Vukovar, de Beslan, du Rwanda…Il nous renvoie aux souvenirs du dirigeant tchétchène, Aslan Maskhadov, de Nelson Mandela ou du Lion du Panshir.
La voix de Felwine Sarr nous fait visiter des géographies physiques : Kigali, Dakar, Durham, Pondichéry, Niodior, Orléans ; émotionnelles : guerres, voyages, espoir, jouissance, art, spiritualité. Les textes intimistes rappellent la figure de l’écrivain et du poète dont la puissance littéraire déborde cet album. Il met en musique les imaginaires, l’intime, l’exil, l’amour, la beauté, le dépassement du temps sensible pour ne sacraliser que l’infinitude. Felwine Sarr laisse avec cet album, une nouvelle trace dans son œuvre foisonnante, érudite, métisse et éclectique. La guitare sans cesse accompagne les mots du récit pour forger une mélodie exigeante et savoureuse.
Avec la compagnie du Daaray Samadhi, l’œuvre de Felwine Sarr prend un nouvel envol vers l’Eveil, l’espace suprême où tout disparaît pour ne laisser éclore qu’un soi dépouillé des vanités. J’ai lu tous les livres de Felwine Sarr qui, au fil des années, est devenu un ami précieux pour qui j’ai estime et admiration. Et c’est avec émotion et joie que je découvre son nouveau projet qui s’inscrit dans une œuvre au long cours dont la finalité est la hargne fine de créer dans un chemin spirituel afin de laisser des traces de la rédemption des siens mais aussi de tous ceux qui auront l’imprudence de venir chercher au milieu des sels marins, des rosées des mille collines et des artères des bolongs, des réponses aux questions qui agitent le cœur des hommes. L’artiste chante en français, en anglais, en wolof et en sereer (mes parents pulaar diront qu’il est bien le seul à rendre cette dernière langue poétique). Ces langues disent quelque chose de la maison des humanités que Felwine Sarr vient de fonder pour penser la réparation et l’éveil en commun par-delà des barrières et des passions tristes. L’album Naïssan est une esthétique des liens et des imaginaires, une tentative de plus dans la langue de l’économiste-philosophe-romancier-musicien.
Felwine Sarr sème ainsi de nouvelles graines pour de possibles, de probables et de plausibles réparations des âmes par l’enjambement des frontières afin de faire-monde ensemble. Il laisse des traces et nous invite, nous incite à tatouer ce monde de nos traces pérennes.
J'AI DÉCIDÉ DE REMETTRE LA MUSIQUE AU CENTRE DE MA VIE
L’universitaire et musicien sénégalais Felwine Sarr, dont le nouvel album vient de sortir, dit avoir décidé de ramener la musique au centre de sa vie après avoir mis en veilleuse cette dimension de sa carrière ces dernières années
L’universitaire et musicien sénégalais Felwine Sarr, dont le nouvel album vient de sortir, dit avoir décidé de ramener la musique au centre de sa vie après avoir mis en veilleuse cette dimension de sa carrière ces dernières années, histoire de lui redonner l’importance qu’elle avait dans sa trajectoire.
Dans cette perspective, "Naïssan" (Printemps en langue arménienne), le nouvel album que Sarr a sorti vendredi, se veut la traduction d’une quête intérieure de l’artiste.
"J’ai décidé de remettre la musique, de lui redonner l’importance qu’elle avait, elle avait une grande importance dans ma vie et durant ces dernières années, elle a été un peu expulsée, autre chose a pris la place, j’ai envie de la ramener au centre", a dit l’artiste dans un entretien téléphonique avec l’APS, depuis l’université de Duke, aux USA, où il enseigne désormais.
L’universitaire affirme avoir fait de la musique un choix personnel, depuis son adolescence, au lycée notamment, plus qu’une affaire de famille, bien que huit membres de la fratrie Sarr font également de la musique, à l’image de Sahad Sarr ou encore de Saliou Waa Guendoum Sarr alias "Alibéta".
"J’ai toujours monté des groupes de musique, même ici à Durham (Caroline du Nord), j’ai un groupe, à Dakar aussi. Quand j’étais étudiant à la Fac à Orléans (France) il y en avait", rappelle l’interprète de "Soukeyna Ndong", l’un des morceaux de son nouvel opus.
Felwine Sarr a parallèlement toujours fait de la production et créé des labels. "Là, j’en suis à mon deuxième label, je produis des artistes", renseigne celui dont la vie a toujours réservé une place centrale.
"Malheureusement, je l’avais mis en veilleuse ces dernières années, je veux lui redonner une place juste", déclare l’universitaire, également écrivain et économiste.
Un album intimiste, poétique
Eloigné de la scène musicale pendant dix-sept ans et son dernier album ’’Dolé’’, qui date de 2005, Felwine Sarr revient au-devant de l’actualité avec un nouvel album dont les chansons témoignent d’une véritable recherche intérieure.
"C’est un album de chansons à textes, intimiste, un disque poétique, philosophique et spirituel qui dévoile une intériorité et une intimité. Cela singularise +Naïssan+ qui exprime d’autres visages de mes préoccupations", explique l’auteur-compositeur.
Si la sortie de cet album et sa préparation ont pris beaucoup de temps, c’est que Felwine Sarr se trouvait happé par ses enseignements à l’université ainsi que par ses activités littéraires.
A en croire l’auteur, la partie artistique était prête depuis longtemps, les chansons ayant été écrites sur la durée, mais il fallait trouver le temps pour aller en studio afin d’assurer la partie technique.
"J’ai travaillé l’esthétique de l’album, la production autour de la distribution, j’ai fait tout le côté technique. La partie artistique n’était pas difficile, mais il fallait se poser, réfléchir au concept, en faire un projet, choisir les chansons, les remasteriser et les mettre dans le circuit", précise-t-il.
"Naïssan" a été enregistré à Orléans, en France, avant d’être mixé et masterisé à Dakar.
La sortie de ce nouvel album, pensé par son auteur bien avant la pandémie du coronavirus entre 2019 et 2021, coïncide avec la période post-Covid-19, et renvoie naturellement à la renaissance, à la vie, à cette quête intérieure.
"Naïssan" s’inspire d’un texte de Louis Aragon
"L’idée de la renaissance guide cet album, un monde s’effondre, un autre renaît. Il y a une genèse renouvelée d’autres choses parce qu’on est dans un processus de recréer le monde", insiste Felwine Sarr, parlant à ce sujet d’une "heureuse coïncidence".
Selon Felwine Sarr, "Naïssan" s’inspire d’un texte de Louis Aragon qui appelle à un retour des choses, de la vie et du printemps.
Une métaphore mise en avant dans cet album dont chacune des chansons fait référence à une chose précise relevant de l’univers intérieur de l’artiste, pour dire que "le monde est à refaire, la vie renait toujours".
"Cela tombe à pic et arrive à une période où l’on doit réinventer les modèles économiques, sociaux, écologiques, culturels", insiste-t-il.
Dans cette production, Felwine Sarr part à la rencontre de sa vie intérieure et donne un peu moins de relief à son engagement social par la musique.
"En même temps que j’avais ces chansons engagées, j’avais une quête intérieure. +Dolé+ (son premier groupe de musique) a reflété ce côté engagé socialement, mais avec le temps et l’âge aussi, j’ai voulu me proposer un album qui réfléchit sur la vie", explique l’interprète de "Naïssan".
Il y a le monde, la politique, la société, mais aussi il y a la vie intérieure qui a une dimension tout aussi importante, fait valoir Felwine Sarr.
Un lien avec les oeuvres littéraires de l’auteur
Son nouvel album solo et ses douze morceaux traitent des aspects les plus singuliers de la vie humaine.
L’album est aussi influencé par la chanson, en témoigne le titre "Docteur Diène", dans lequel Felwine Sarr propose un mélange de plusieurs langues (wolof, sérère et anglais).
"J’ai fait un album où les arrangements étaient épurés (...)’’, ce qui "laisse de la place aux chansons, aux textes, aux mélodies et aux harmonies. J’ai voulu faire un album qui s’écoute, on y retrouve la variété des choses que j’écoute", souligne le musicien-interprète.
Le musicien poursuit cette idée en s’aidant d’instruments modernes - clavier, saxophone, piano et guitare - et en misant à la base sur le folk, avec des nuances de reggae, de jazz et d’autres styles de musique ouest africains.
Felwine Sarr, natif de Niodior, dans les îles du Saloum, à l’ouest du Sénégal, chante certes en sérère, mais aucune sonorité sérère ne se retrouve dans son nouvel album. Il promet prochainement un album dans ce genre.
Tout juste reconnaît-il un lien entre sa musique et ses œuvres littéraires, car dit-il les textes de ses chansons sont écrits comme un écrivain écrirait son roman.
"Oui, on peut faire un lien entre ma littérature et ma poésie, car quand j’écris un texte dans un album de chanson, je l’écris comme un écrivain, je tiens à ce que le texte soit littéraire et poétique. Dans ma musique, il y a un zeste littéraire à l’intérieur de la chanson", fait-il savoir.
Après la sortie de son nouvel album ce 9 septembre, Felwine Sarr prépare des concerts dès décembre au Sénégal et un peu partout en Afrique, en attentant que l’album soit disponible pour les mélomanes début 2023.
SEMAINE FASTE POUR LES CINEASTES SENEGALAIS
La fin de la semaine aura été fructueuse . En compétition au Clap Ivoire à Abidjan, Mandir Ndoye Thiaw a remporté le Prix du meilleur scénario, tandis que quelques-uns des acteurs les plus visibles du 7ème art sont nominés aux Sotigui Awards 2022.
La semaine qui vient de s’achever a été faste pour le cinéma sénégalais. En compétition au Clap Ivoire à Abidjan, Mandir Ndoye Thiaw a remporté le Prix du meilleur scénario, tandis que quelques-uns des acteurs les plus visibles du 7ème art sont nominés aux Sotigui Awards 2022.
La fin de la semaine aura été fructueuse pour le cinéma sénégalais. Des prix, des nominations qui sont autant de bonnes nouvelles pour le 7ème art sénégalais. A Abidjan, où se tenait la 22ème édition du Clap Ivoire, le Sénégal est reparti avec le Prix du meilleur scenario, remporté par Mandir Ndoye Thiaw pour son film Quand je serai grand. «C’est l’histoire d’un garçon qui rêve d’être Président. Nous avons tous été influencés par une personne que l’on a vue à la télévision. C’est une remise en cause, une critique de la démocratie et de la fonction de Président», explique le réalisateur.
Le film, réalisé dans le cadre d’Up court métrage, était l’un des représentants du Sénégal à ce rendez-vous annuel des cinémas des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), avec Kiné, le documentaire de Fatou Kiné Diop Ndao. Et c’est le Niger qui remporte le Grand prix Kodjo Ebouclé avec le sacre de Doumbia Amadou Halimatou pour son film Weyboro. Une première pour ce pays. Cette année, le Clap Ivoire avait pour thème : «Quelles stratégies communes pour une industrialisation efficiente du cinéma dans l’espace Uemoa ?»
Sotigui Awards 2022
Les nominations sont connues pour la 7ème édition des Sotigui Awards, prévue du 9 au 12 novembre 2022. L’évènement, qui récompense les talents des cinémas du continent, se tient chaque année au Burkina Faso. Pour cette année, les acteurs sénégalais figurent en bonne place sur les listes des nominés. Il en est ainsi de Roger Sallah, en lice pour le Prix du meilleur acteur de l’Afrique de l’Ouest, pour son rôle dans Saloum. Awa djigua Kane est nominée pour le Prix de la meilleure interprétation féminine dans une série Tv, pour son rôle dans Vautours. Rita Magatte fall et Philippe Coly, dans leurs rôles respectifs dans Emprise, concourent pour les Prix du meilleur espoir africain dans une série Tv et celui de la meilleure interprétation masculine dans une série Tv.
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SOULEYMANE BACHIR DIAGNE, L'HUMANISTE QUI FAIT DIALOGUER LES MONDES
Sa pensée embrasse des domaines aussi variés que la logique, la philosophie des sciences, la philosophie islamique, la philosophie africaine. Penseur humaniste des XXe et XXIe siècles, il réexplore l’idée d’un universel latéral proposée par Merleau-Ponty
Souleymane Bachir Diagne est un philosophe né au Sénégal en 1955. Sa pensée, très éclectique, embrasse des domaines aussi variés que la logique, la philosophie des sciences, la philosophie islamique, la philosophie africaine. Penseur humaniste des XXe et XXIe siècles, Souleymane Bachir Diagne réexplore l’idée d’un « universel latéral » proposée par Merleau-Ponty.
Il défend la traduction comme outil important de cette co-construction de l’universel.
L’ŒUVRE DE CHEIKH AHMADOU BAMBA ERIGEE EN REFERENCE
La 1ère édition de la Foire du livre de l’Association des écrivains de la Mouridiya (Aem) a été officiellement lancée ce jeudi, à la Grande mosquée Massalikoul Djinane et ce jusqu’à dimanche, avant de se poursuivre à Touba les 13 et 16 septembre prochain
La 1ère édition de la Foire du livre de l’Association des écrivains de la Mouridiya (Aem) se tient depuis ce jeudi, à l’esplanade de la Grande mosquée Massalikoul Djinane. L’évènement, qui se tient dans le cadre de la centième édition du Magal de Touba célébrée le 15 septembre prochain, est organisé à l’initiative de l’Association des écrivains de la Mouridiya (Aem) et va aussi se prolonger à Touba.
La 1ère édition de la Foire du livre de l’Association des écrivains de la Mouridiya (Aem) a été officiellement lancée ce jeudi, à la Grande mosquée Massalikoul Djinane et ce jusqu’à dimanche, avant de se poursuivre à Touba les 13 et 16 septembre prochain.
Organisant cette première foire du livre dans le cadre de la célébration de la centième édition du Magal de Touba, prévue le 15 septembre prochain, Babacar Khouma, président de l’Association des écrivains de la Mouridiya, revient sur la portée de la manifestation. «La foire est une manifestation culturelle qui met en valeur la production littéraire et scientifique du Mouride ou sur le Mouridisme. Des ouvrages produits dans différents milieux socio-culturels et socio-professionnels, qui abordent un grand nombre de sujets et d’objets qui paraissent relativement hétéroclites puisqu’allant de l’histoire à l’économie, en passant par la religion, l’ethnographie, l’anthropologie, etc.», souligne Babacar Khouma. Poursuivant son argumentaire, le président de l’Aem d’indiquer que d’autres ouvrages plus récents, produits par des sociologues et psychologues, décrivent les processus de commandement et de leadership, les représentations sociales, les sciences en cours, la communication au sein de la communauté mouride.
«Cependant, on peut considérer que tous ces sujets et objets contenus dans les ouvrages exposés ici, sont néanmoins reliés si on les analyse profondément : leur appartenance au monde social dont le socle est construit sur la voie mouride. Les ouvrages constituent une esquisse de l’histoire de la confrérie et du comportement des disciples mourides comme faisant partie d’une communauté religieuse de la société sénégalaise», renchérit M. Khouma, qui soutient que la communauté mouride est «caractérisée par l’action sociale collective». «D’ailleurs, comme certains auteurs l’ont confirmé, la conscience collective des Mourides est constituée par l’action sociale, la communication et l’intériorisation que doivent jouer les disciples au sein de la communauté. En définitif, les ouvrages exposés ici s’inscrivent dans une dynamique culturelle qui s’étend à tous les aspects de la vie sociale du Mouride, des musulmans sénégalais de façon générale.»
Des écrits puisés de la vie de Bamba
Sur l’esplanade de Massalikoul Djinane, des stands ont été érigés. A l’intérieur, des livres écrits par des intellectuels mourides qui ont puisé dans l’œuvre et la vie de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, sont exposés.
«L’objectif de la foire, c’est de rendre visibles toutes les écritures de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille. Vous avez vu aujourd’hui beaucoup de livres que vous n’aviez jamais vus auparavant. Aujourd’hui, ils sont là, à notre portée», fait remarquer Babacar Khouma, qui compte sur cette manifestation pour inciter les jeunes et les femmes à écrire, dans la mesure où l’œuvre et la vie de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké sont inépuisables. «On ne cessera jamais de parler du Cheikh. On ne peut pas produire tout ce que le Cheikh a dit dans un livre. Il faut des milliers et des milliers de livres. L’on disait que ses écrits pèsent 7 tonnes 500. Donc, vous voyez que le livre est extrêmement important dans la vie du Cheikh», avance le président de l’Association des écrivains de la Mouridiya. Portée sur les fonts baptismaux avec la bénédiction de Serigne Mountakha Mbacké, Khalife général des Mourides, l’Aem vise, entre autres projets, à lancer une revue scientifique et à récompenser ce qui se fait de mieux dans la production littéraire à travers un grand prix. «On va essayer de les encourager et de les primer», déclare Babacar Khouma, président de cette association.
Pour le directeur du Livre et de la lecture, cette foire relève «d’un investissement important». «Si le Mouridisme est présent à travers les productions éditoriales au Québec, à Paris, à Djeddah, un peu partout dans le monde, on le doit à un homme dont on va célébrer l’appel dans quelques jours. C’est quelqu’un qui a compris très tôt que le meilleur moyen de se mettre au service de Dieu, c’est d’accepter de servir le Prophète (Psl). Le fait de choisir son départ en exil comme étant la référence suprême, me semble être un enseignement important pour les acteurs d’aujourd’hui et de demain. Il s’agit d’accepter les contraintes et de les transformer en facteurs positifs et en éléments moteurs pour le développement», déclare M. Ibrahima Lô. A rappeler que la première édition de la Foire du livre de l’Association des écrivains de la Mouridiya a pour thème : «La production littéraire et scientifique sur la Mouridiya, enjeux, portée et perspectives.» Des panels ont été aux menus des activités, animés par des experts en la matière.
640 MILLIONS F CFA AUX ACTEURS CULTURELS ET TOURISTIQUES
Barthélemy Dias ambitionne d’accompagner durablement la communauté culturelle comme il l’avait décliné dans son programme de campagne «Dakar bi niou bokk», lors des élections locales de janvier 2022.
L’édile de la Ville de Dakar a alloué aux acteurs culturels et touristiques, une subvention de 640 millions de francs Cfa, au titre de l’exercice budgétaire 2022. Le nouveau maire de Dakar, Barthélemy Dias, appelle ses collègues à mutualiser dans ce sens, pour mieux soutenir les projets culturels innovants.
Le nouveau maire de Dakar incarne une génération de responsables politiques qui séduisent les acteurs culturels et qui veulent booster leur création, production et pallier le déficit de soutien institutionnel.
Barthélemy Dias ambitionne d’accompagner durablement la communauté culturelle comme il l’avait décliné dans son programme de campagne «Dakar bi niou bokk», lors des élections locales de janvier 2022. Ce mardi, il a alloué aux acteurs culturels et touristiques, une subvention de 640 millions de francs Cfa, au titre de l’exercice budgétaire 2022. La cérémonie de remise de subvention s’est déroulée dans la Salle des délibérations de l’Hôtel de ville de Dakar. Le jury du Fonds d’appui aux initiatives culturelles privées, qui a procédé publiquement à la proclamation des résultats, dit avoir reçu au total, 600 projets. Après triage, puisqu’il y a des critères à respecter après le principe de territorialité, il s’est retrouvé avec 100 bénéficiaires sur l’ensemble des expressions artistiques concernées dont 21 projets livres et édition retenus sur les 39 projets présentés, 15 projets retenus sur les 16 projets en mode, 17 projets sélectionnés en arts scéniques sur les 27 projets présentés, 26 sélectionnés en audiovisuel sur les 59 projets présentés et enfin, dans la section art visuel, sur les 30 projets présentés, 21 ont été sélectionnés.
Globa¬lement, explique Barthélemy Dias, ce sont 640 millions de F CFA qui sont consentis par le Conseil municipal de la Ville de Dakar pour soutenir les acteurs culturels et contribuer à un développement autonome et durable. Et sur les 640 mil¬lions, précise-t-il, 150 millions sont alloués au Fonds d’appui aux initiatives culturelles privées, les 60 millions aux projets labélisés, les 40 millions destinés à la participation de la Ville de Dakar à la Biennale, les 20 millions à la ville créative, c’est-à-dire art numérique, réseau Unesco. Et aussi, il y a 100 millions de francs Cfa, dit-il, qui sont alloués à l’appui à l’animation culturelle de la Ville de Dakar, 30 millions aux Rencontres internationales de la culture, de l’artisanat et du tourisme de Dakar, 120 mil¬lions aux projets placés en délégation de service public, 25 millions à la Fête de la musi¬que, 75 millions au Ribidion et enfin, 20 millions de francs Cfa alloués à l’animation culturelle du Réseau des centres socio-culturels de la Ville de Dakar.
«Rapprocher les services culturels de la ville avec les populations»
«Mon ambition est de doubler, voire tripler même le budget de 150 millions alloué au Fonds d’appui aux initiatives culturelles privées. Et avec l’appui financier des 19 communes, j’appelle mes collègues à mutualiser dans ce sens pour mieux soutenir les projets innovants», a-t-il déclaré sous les applaudissements des acteurs culturels venus en masse. Maire de Dakar et député à l’Assemblée nationale, il dit être plus à l’aise en politique que dans le domaine culturel. «J’invite les acteurs culturels de l’artisanat et du tourisme à s’approprier cette politique culturelle de la Ville de Dakar et à y contribuer individuellement et collectivement», a-t-il lancé. A l’en croire, toutes les subventions octroyées dans le cadre du soutien institutionnel de la Ville de Dakar sont non remboursables, mais aux bénéficiaires, il faut une bonne exécution des projets.
En rendant un vibrant hommage au maire honoraire de la Ville de Dakar, Khalifa Sall, et par ricochet à Mme Soham El Wardini qui, dit-il, a continué cette dynamique à soutenir toutes les actions culturelles et artistiques, Barthélemy Dias annonce également que la redynamisation des centres socio-culturels, avec leurs réseaux de bibliothèque et d’espace d’expression artistique, occupera une place importante dans la politique culturelle pour rapprocher davantage les services culturels de la ville avec les populations cibles. Aussi, dit-il, bientôt la Maison des arts visuels, construite sur l’Avenue Malick Sy, sera réceptionnée et mise à la disposition des acteurs culturels. «Le pôle musique, prévu aux Parcelles Assainies, a déjà un site dédié sur l’emprise de l’ancien Centre culturel et les procédures des marchés sont en cours», a indiqué le maire de Dakar, Bar¬thélemy Dias, qui promet de placer l’humain comme priorité «absolue» et la culture comme «levier» fondamental vers le progrès et la cohésion sociale.
GERMAINE ACOGNY FETEE A SORANO CE VENDREDI
La famille culturelle sénégalaise se réunit ce vendredi au Théâtre national Daniel Sorano pour rendre un hommage mérité à Germaine Acogny, pionnière de la danse africaine contemporaine.
La famille culturelle sénégalaise se réunit ce vendredi au Théâtre national Daniel Sorano pour rendre un hommage mérité à Germaine Acogny, pionnière de la danse africaine contemporaine. Pour sa carrière riche et fructueuse, la fondatrice de l’Ecole des sables de Toubab Dialao recevra l’hommage de ses pairs.
Le nom de Germaine Acogny a résonné sur les plus grandes scènes du monde. Et c’est sur la scène du Théâtre national Daniel Sorano que son nom va sonner avec ardeur ce vendredi. L’hommage qui lui est rendu par les acteurs culturels sénégalais est le signe d’une reconnaissance à nul autre pareil. Germaine Acogny a porté la danse africaine à des sommets jamais atteints. En atteste la consécration qu’elle a reçue en 2021 au Festival de Venise qui lui décerna son Lion d’or, sa plus haute distinction. Mais pour arriver au sommet, le parcours de Germaine Acogny s’est fait avec des défis et challenges. Diplômée en éducation physique sportive et gymnastique harmonique, la chorégraphe enseigne d’abord à Ziguinchor puis au lycée Kennedy de Dakar. Et c’est par l’entremise de Leopold Sédar Senghor qu’elle rencontre Maurice Béjart, alors à la recherche «de sa fille africaine». C’est ainsi que naquit Mudra Afrique en 1977, le fameux ballet qu’elle dirigera avec son mari pendant de longues années. C’est dans cette institution que seront formés de grands danseurs du Sénégal et du continent.
Selon Jean Tamba, chorégraphe et directeur de la Compagnie 5e Dimension, Mudra Afrique accueillait des élèves boursiers de tout le continent. Logés dans des immeubles aux Hlm, leur prise en charge était assurée par les cotisations de leurs pays respectifs. Mais en 1982, les pays ne s’acquittant plus de leurs cotisations et le Sénégal étant incapable d’assurer à lui seul les frais de fonctionnement de l’école, Mudra Afrique ferme ses portes. «Cet hommage est une nécessité. Il faut célébrer les vivants et on veut fêter Germaine Acogny et lui dire merci. C’est grâce à elle que j’ai un métier», confie Jean Tamba, chorégraphe et directeur de la Compagnie 5e Dimension. Ils sont nombreux à avoir profité de ses connaissances. Et le fils de Doudou Ndiaye Rose, Moustapha, se rappelle encore que c’est avec Mudra qu’il découvre pour la première fois le Nigeria lors du 2e Festival mondial des arts nègres. «Germaine Acogny nous a tous inspirés et a formé une centaine de jeunes. Il faut continuer à accompagner ce genre de personne et valoriser ces patrimoines», salue Gacirah Diagne, présidente de Kaay Fecc.
Il faut dire que la carrière de la chorégraphe est digne de cet hommage. Quand Mudra a fermé ses portes, Germaine Acogny dépose ses bagages à Bruxelles et organise des stages de danse internationaux partout dans le monde et aussi dans la région sud du pays. Mais les évènements de la crise casamançaise l’obligent à quitter cette région. Avec les événements, il fallait tout laisser sur place parce que les ambassades ne voulaient plus que leurs ressortissants aillent là-bas. Germaine et Helmut Vogt, son mari, sont alors allés voir Gérard Chenet, poète haïtien installé à Toubab Dialao. Les quelques hectares octroyés par les notables de la zone serviront de point de départ à la concrétisation de ce rêve d’ériger une école dédiée à la danse africaine contemporaine. Un rêve dont la réalisation aura pris des dizaines d’années, mais Germaine Acogny peut aujourd’hui transmettre aux jeunes générations, les arcanes de son art. Face à la presse ce lundi, quelques-uns des danseurs et chorégraphes, qui ont eu l’opportunité de travailler avec elle, ont révélé le projet d’hommage qu’ils veulent lui réserver ce vendredi soir au Théâtre national Daniel Sorano. «Cette initiative est celle de Abdoulaye Koundoul et Jean Tamba. Le projet existait depuis que Germaine a reçu le Prix Cedeao de la meilleure artiste», indique Sada Kane, coordonnateur du comité d’organisation de l’hommage organisé par les pairs de la «Mère» comme l’appellent certains.
Une immense carrière
Chevalière de la légion d’honneur en France, Officier des arts et lettres au Sénégal, lauréate Awards de la danse contemporaine à New York, Prix d’excellence de la Cedeao, Lion d’or à Venise, Prix de Sacd et Patrimoine vivant au Benin, Germaine Acogny aura reçu tous les honneurs pour sa belle carrière. Et c’est justement en reconnaissance de cette carrière longue et fructueuse que la famille artistique sénégalaise se donne rendez-vous au Théâtre national Daniel Sorano. Le 9 septembre, l’hommage sera à la dimension de l’artiste. Et déjà, les meilleurs chorégraphes du pays, Jean Tamba, Gacirah Diagne et Marianne Nioox, promettent un spectacle de haute facture.