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5 avril 2025
Culture
IL Y A UN DOUBLE ENJEU DE FAIRE DU CINEMA DANS LE CONTEXTE DU CONGO
Berlin, Sundance, Toronto, Nelson Makengo a prouvé son talent sur les festivals les plus prestigieux. L’auteur de «Tongo Saa» s’apprête à briller sur les écrans de Ouagadougou où son film est en compétition dans la section des longs métrages documentaires
Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU |
Publication 14/01/2025
Berlin, Sundance, Toronto, Nelson Makengo a prouvé son talent sur les festivals les plus prestigieux. L’auteur de «Tongo Saa» s’apprête à briller sur les écrans de Ouagadougou où son film est en compétition dans la section des longs métrages documentaires. De passage à Dakar pour participer au Dakar Séries, le réalisateur congolais a répondu aux questions du Quotidien.«Tongo Saa» (96 mn, 2024) est votre premier long métrage documentaire. Mais vous avez d’abord commencé par un court métrage avant d’aller vers le long. Pourquoi ce choix ?
Au départ, c’était un projet de court métrage, d’installation vidéo. Mais après, j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup d’énergie. En rencontrant les gens la nuit, il y avait beaucoup à dire, au-delà de ce que moi j’imaginais. Après, je me suis finalement dit, pourquoi ne pas élargir la réflexion. Pourquoi ne pas poser vraiment son regard dans la durée pour voir ce qui pouvait naître de cette expérience-là, tout en sachant exactement où on veut aller, mais aussi laisser l’opportunité de voir des situations évoluer, de voir des gens grandir à l’intérieur d’un film. Je n’avais pas fait de laboratoire de cinéma avant. Mais je pense que c’est une grâce. Ça permet de garder une certaine fraîcheur. Parce qu’avant, j’ai déjà fait des courts métrages. Je connais plus ou moins mes limites techniques et artistiques. Mais la grâce, c’est d’aller dans un Lab tout en sachant plus ou moins ce qu’on a envie de dire. Ça permet de protéger l’œuvre, parce qu’il y a beaucoup d’influence dans les laboratoires. Si tu n’es pas outillé, ça peut facilement bousiller le projet.
Et dans «Tongo Saa», il y a cette question de l’électricité qui est toujours compliquée dans votre pays, il y a les inondations. Mais à côté, on voit des gens tellement croyants, qui prient Dieu tous les jours. Est-ce que les gens sont conscients de tout ce qui se passe autour d’eux ?
C’est tout ça, en fait, la question du film qui parle de la lumière. Le film parle aussi des frontières entre ce qui est physique et métaphysique dans un contexte comme Kinshasa, dans un contexte comme le Congo. Et comment parler de l’absence de la lumière dans un environnement aussi religieux. Parce que quand on parle de la religion, directement, ça nous renvoie à l’idée de la lumière. Et comment parler de l’absence de la lumière dans un tel contexte ? C’est l’une des questions majeures du film.
Et vous avez trouvé des réponses ?
Les réponses, je pense, c’est l’expérience humaine. L’expérience qu’on traverse en essayant de creuser, de chercher et de rencontrer les gens. On se découvre finalement soi-même et on découvre ce qui nous anime à faire tel ou tel choix. J’ai découvert qu’il faut être patient. Par exemple, au Congo, pour nous, c’était la première fois qu’on assiste à une passation de pouvoir à la tête de l’Etat, une élection, un changement de Président et tout. Du coup, pour un pays qui a 60 ans d’âge, ça vous met dans une sorte d’attente, de spéculation, d’utopie, de rêve. Et plus le temps passe, plus ça nous ramène à notre propre réalité, et on apprend à être patient. On apprend à laisser le temps passer. Il n’y a pas de miracle, finalement. Avant d’avoir cette prise de conscience que le cinéma coûte beaucoup d’argent et du financement pour que ça existe, je faisais déjà des films de commande, pour trouver des sous. Et ce sont ces sous-là qui m’ont plus ou moins aidé à financer aussi en partie mes courts métrages. Moi, je pense qu’en même temps, c’est difficile, en même temps, ça permet de sécuriser une certaine clarté, en fait, dans la façon dont on voit les choses au début d’une carrière. Mais après, ça nous solidifie dans des collaborations complexes, des coproductions complexes, et ça nous permet d’être outillé, de savoir déjà ce qu’on veut dire, ce qu’on veut raconter à travers un récit, à travers une histoire, un projet.
Vous êtes à Dakar dans le cadre du Festival Dakar Séries. Et dans le panel auquel vous venez de participer, vous avez affirmé que le piège, c’est de continuer à apprendre. Qu’est-ce qu’il faut comprendre par-là ?
En fait, je parle vraiment par expérience. Quand moi j’ai commencé à apprendre le cinéma, à faire des recherches sur le cinéma en général, mais aussi sur le cinéma que moi je voulais faire, il y avait ce piège-là de continuer d’apprendre. Parce qu’à chaque fois qu’on apprenait, on découvrait d’autres choses à apprendre. Du coup, ça fait en sorte qu’on reste dans la formation. Et il faut à un moment décider quand arrêter parce que notre manière d’apprendre, c’est d’apprendre en faisant, en passant à l’action, en pratiquant, en faisant des films.
Et vous avez commencé par les arts plastiques. Mais comment devient-on un cinéaste dans un pays où il n’y a pas de cinéma ?
Moi, j’étais très conscient de ça dès le début. Parce que je me disais que comme il n’y a déjà pas d’école pour apprendre, donc il n’y a pas nécessairement de raison d’avoir des fonds pour accompagner quelque chose qui n’existait pas. Du coup, il y avait cette conscience-là qui m’habitait et qui m’a permis de commencer à apprendre méthodiquement, sans passer trop de temps. Je ne sais pas comment c’est venu. Mais à un moment, j’ai senti le besoin d’arrêter d’apprendre, d’arrêter d’apprendre le langage du cinéma, mais d’apprendre aussi l’écosystème tout autour, que ce soit du cinéma africain ou du cinéma mondial. Un moment, je me suis dit que c’était mieux d’apprendre à travers les films, à travers des histoires qu’on avait envie de raconter. Et ça, c’est bien parce que ça te permet de faire des erreurs, mais des erreurs qui te font grandir d’un point de vue pratique.
Et dans «Théâtre urbain», court métrage que vous avez fait en 2017, vous utilisez de petites figurines. C’était un problème de moyens ou c’était juste quelque chose que vous aviez envie de faire ?
Je pense qu’au départ, c’était juste une envie de raconter une histoire et raconter une histoire avec tout et n’importe quoi. Tout ce qui pourrait faire sens pour dire quelque chose, pour raconter une histoire. Mais aussi, problème de moyens. Raconter une histoire avec les moyens les plus simples possibles, mais qui soit nécessaire d’être dite, d’être montrée. Aussi, par rapport à cette première expérience avec «Théâtre urbain», c’est l’idée aussi que la ville est difficile à filmer. Les gens sont réticents à la caméra. Par rapport à tout ce qui s’est passé, avec tout ce qu’on connaît du Congo, les gens sont réticents à la caméra. Et c’est ça, en fait, le piège, le double enjeu de faire du cinéma dans ce contexte-là. En même temps, tu dois penser aux dispositifs du film, mais aussi penser à l’histoire. Et je pense que c’est cette confrontation-là qui permet d’être concis dans la réflexion qu’on fait pour aborder un sujet problématique.
Qu’est-ce qui vous pousse à faire des films ?
J’ai une idée, j’ai envie de faire un film, je le fais. Ça dépend de son exigence, de sa complexité, mais au départ, je le fais. Même si tu fais des blockbusters, ça ne va pas changer, en fait. C’est aussi une façon de réfléchir comme un sculpteur, comme un peintre, comme un photographe, comme un poète, comme un écrivain. Tu prends ton stylo, tu le fais quoi. Je suis photographe, plasticien. Je pense que c’est complémentaire avec le cinéma que j’ai fait aujourd’hui parce qu’entre les deux, ça permet de trouver de nouvelles formes de narration, de nouvelles formes de compréhension des situations, des sujets, des histoires. Et ça ouvre d’autres possibilités de propositions.
Là, quels sont vos projets ?
J’écris de nouveaux projets. J’ai fait des recherches sur le volcan Nyiragongo à l’Est du Congo et le lac Kivu parce que je pense que ce sont des espaces qui permettent d’approfondir la compréhension de l’Est du Congo qui subit beaucoup d’atrocités, de menaces.
Et justement, comment le cinéaste que vous êtes appréhende tout ça ? Cette insécurité, ces agressions ?
Moi, je pense que le plus important, ce sont les expériences des gens. Souvent, avec le cinéma, on peut mieux dire les choses qu’avec les informations qui sont déjà bien structurées et tout. Et le cinéma en même temps, c’est une approche documentaire, rencontrer les gens, écouter les gens, leur donner la parole pour apprendre, déjà, à prévoir qu’est-ce que ça peut nous offrir d’un point de vue cinématographique. Toutes ces réalités, cette histoire, ces contextes géopolitiques, géologiques aussi, qu’est-ce que ça peut faire naître comme forme de récit, comme forme d’histoire ?
DALIFORT MONTRE LA VOIE
Réinsérer socialement des jeunes en rupture de ban, c’est ce qu’a réussi à faire l’association «Sunu Cossan Sunu Doole» de la commune de Dalifort. En marge de la 4ème édition du festival du même nom, l’association a partagé son expérience.
Réinsérer socialement des jeunes en rupture de ban, c’est ce qu’a réussi à faire l’association «Sunu Cossan Sunu Doole» de la commune de Dalifort. En marge de la 4ème édition du festival du même nom, l’association a partagé son expérience.
La culture peut être une thérapie, un moyen de réinsertion sociale. Ce n’est pas l’association «Sunu Cossan Sunu Doole» qui dira le contraire pour en avoir eu l’idée en réussissant à réintégrer socialement des jeunes en rupture de ban au sein de la commune de Dalifort. La 4ème édition du Festival «Sunu Cossan Sunu Doole», a servi de tribune à l’association pour partager son expérience. «On a un projet de réinsertion sociale des jeunes en marge de la société. La réinsertion sociale ne concerne pas seulement les prisonniers, mais il y a d’autres gens qui ont besoin d’être réinsérés. Certains qui étaient partis en voyage depuis longtemps et qui, une fois rentrés, sont en perte de repères culturelles, on les aide à retrouver ces repères. C’est pourquoi nous nous sommes dit pourquoi pas mettre en place ce projet de réinsertion sociale et d’éducation culturelle», fait savoir Fallou Mendy, chargé de la communication de l’association «Sunu Cossan Sunu Doole» (notre culture, notre force en français).
La 4ème édition du festival du même nom que l’association a organisée, et qui a été clôturée le 31 décembre dernier à l’esplanade de la commune de Dalifort, après 72 heures de manifestations culturelles, a été le moment pour mettre en lumière cette initiative. Ces jeunes en marge de la société, ont été formés aux métiers de la culture pour les détourner de la trajectoire qu’ils avaient prise et qui explique qu’ils soient en contradiction avec leur communauté. «L’association a réussi à réinsérer neuf personnes qui vivaient en marge de la société. Leur mode de vie ne plaisait pas à leurs familles et à la population, nous avons réussi à les réintégrer socialement, en les formant dans des métiers comme la danse et pour être des percussionnistes», enchaîne Fallou Mendy.
Des propos corroborés par le Secrétaire général de l’association. «Aujourd’hui, on s’en réjouit. On a récupéré pas mal de jeunes qui étaient en train de s’adonner à des pratiques malsaines, mais on les a récupérés», déclare Jean-Marie Diatta, le secrétaire de l’association «Sunu Cossan Sunu Doole».
L’association dit aussi avoir réussi à convaincre des jeunes à se détourner de l’émigration irrégulière en les conscientisant pour leur dire qu’ils peuvent voyager en passant par les voies légales. Les artistes ayant assuré le spectacle lors de l’inauguration du Stade Abdoulaye Wade sont issus de la commune de Dalifort, selon les organisateurs qui se réjouissent de l’impact que ce projet a sur la jeunesse. Alassane Diallo, président de l’association, souligne que le nom l’association renvoie la force que renferme la culture. «Le nom de notre association traduit que notre force c’est la culture, et même si nous inversons la dénomination de notre association, cela revient à dire que la culture est notre force», admet Alassane Diallo.
Organisé depuis quatre ans, le festival est aussi un moyen de valoriser l’expertise des artisans de Dalifort qui ont étalé leur savoir à travers une exposition au niveau de l’esplanade de la commune. Organisé durant 72 heures, en partenariat avec la mairie de la commune, la 4ème édition du festival «Sunu Cossan Sunu Doole», clôturé le 31 décembre, a vu un show se tenir avec la prestation d’artistes issus de la commune.
CETTE TRAGEDIE, HERITAGE DE LA COLONISATION
Ce drame, tragique héritage de la colonisation, a été revisité par des spécialistes et des acteurs de la mémoire, dans une salle comble, où militaires, élèves, et personnalités civiles étaient venus nombreux.
Le samedi dernier, au Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar, une conférence s’est tenue pour marquer le 80ᵉ anniversaire du massacre de Thiaroye 44. Le thème était « Massacre des Tirailleurs Sénégalais : « Aboutissement logique d’une politique coloniale française et sa place dans la postérité ». Ce drame, tragique héritage de la colonisation, a été revisité par des spécialistes et des acteurs de la mémoire, dans une salle comble, où militaires, élèves, et personnalités civiles étaient venus nombreux.
La conférence a débuté par une présentation de l’historien et géographe, le colonel Saliou Ngom, directeur des archives du patrimoine historique des Forces Armées sénégalaises. Elle a été suivie d’une introduction du professeur Kone, spécialiste de l’histoire militaire et de la colonisation, et modérée par le professeur Mamoudou Sy, maître de conférences à l’Université El Hajj Ibrahima Niasse.
Le professeur Sy, auteur de plusieurs ouvrages, dont une biographie du capitaine Momodou Racine Sy, a souligné l’importance de revisiter cette mémoire pour « comprendre les racines de la lutte pour l’indépendance et la souveraineté des peuples africains ».
THIAROYE 44 : ENTRE HISTOIRE ET POSTÉRITÉ
Le massacre des Tirailleurs sénégalais à Thiaroye en 1944, présenté comme l’aboutissement d’une politique coloniale française, a été décortiqué sous divers angles. Le professeur Kone a dressé un tableau détaillé des enjeux politiques et économiques qui ont conduit à cette tragédie.
La première partie a exploré le rôle des Tirailleurs Sénégalais dans l’impérialisme français au XIXᵉ siècle et leur exploitation pendant les guerres mondiales. La deuxième partie a mis en lumière la gestion mémorielle du massacre, aussi bien par les populations locales que par les forces armées et les autorités politiques.
Parmi les participants figuraient des militaires en tenue, des élèves attentifs, ainsi que des représentants du monde académique et politique, dont le général Mamadou Mansour Seck et d’anciens officiers de l’armée burkinabè. Le public, captivé par les présentations, a activement participé à la session de questions-réponses, témoignant d’un intérêt vif pour la préservation et la transmission de cette mémoire collective.
Cette conférence s’inscrit dans un programme plus large de commémorations, marqué par des conférences, des expositions, et des projections de films documentaires. Ces initiatives visent à honorer la mémoire des victimes de Thiaroye tout en sensibilisant les jeunes générations à l’importance de l’histoire dans la construction de l’identité nationale et de la souveraineté.
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DIAKHER SENGHOR, L'ARTISTE DU VISIBLE ET DE L'INVISIBLE
Remettre la spiritualité au cœur de la vie de l’Africain : tel est le message de Mariane Diakher Senghor, une plasticienne au talent indiscutable, qui a proposé une prodigieuse exposition autour de l’art et de la spiritualité à la galerie nationale.
La plasticienne Mariane Diakher Senghor expose 16 années de travail réalisées avec maestria autour de l’art et de la spiritualité à la Galerie nationale d’art. À travers cette production réalisée de main de maître, la jeune artiste invite les Africains à remettre la spiritualité au cœur de leur vie. Et cela pourrait être la voie vers le décollage du continent.
Le vernissage de ce projet ambitieux s’est déroulé le 7 janvier dernier, en présence d’artistes de renom, d’universitaires et de plusieurs personnalités, dont le secrétaire d’État à la Culture et l’ancien ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly.
Dans ce projet, Mariane Diakher Senghor réintègre la spiritualité dans l’art et invite les Africains à renouer avec la spiritualité africaine, estimant que cela permettrait de relever de nombreux défis auxquels le continent est confronté.
Au cœur de sa production se trouvent des coiffures, des chapeaux, et des animaux totémiques comme des éléphants, les guides (appelés anges gardiens dans certaines religions révélées, etc.). Pour Mariane Senghor, Dieu parle et a toujours parlé à l’homme, à l’Africain, et ce bien avant l’avènement des religions révélées.
De ce fait, nous pouvons encore prêter attention pour écouter la voie de Dieu, brouillée, selon elle, par le matériel et nos obsessions. C’est ce qui fait que nous avons du mal à entendre Dieu.
Nous devons non seulement entendre Dieu, mais aussi lui parler à travers nos guides. L’Africain devrait également apprendre à connaître les animaux, car ceux-ci peuvent aussi nous montrer le chemin à suivre et nous aider à guérir de certains de nos maux.
Au-delà des enjeux nationaux, la spiritualité africaine vise également à résoudre des problèmes individuels dans nos vies.
Avant le vernissage, la soirée a été précédée d’un panel autour de la spiritualité et de l’art, animé notamment par Charles Katy, spécialiste des savoirs endogènes, et le célèbre artiste Viyé Diba, modéré par le Pr Pape Massène Sène.
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LE MBALAX EST EN DÉCLIN ET C'EST BIEN AINSI
Faute d’industries culturelles, les musiques sénégalaises peinent à s’exporter hors du pays. Youssou Ndour grâce à son intelligence musicale a réussi à sortir le mballax du Sénégal, mais cette musique est en «en fin de cycle» d’après l’artiste Cheikh Sow-
Anthropologue et artiste multidimensionnel, Cheikh Tidiane Sow est récemment rentré de Bordeaux, où il est établi, pour participer à Dakar à la première édition du festival Africa Diaspora. En marge de cet événement, l’artiste a répondu aux questions d’Africa Globe TV, mettant l’accent sur le manque d’industries culturelles en Afrique et soulignant que la musique traditionnelle sénégalaise est en perte de vitesse face à d’autres styles émergents dans le pays.
Très peu de pays africains disposent de véritables industries culturelles capables de promouvoir leurs créations hors du continent, à l’exception notable du Nigeria. Au Sénégal, pendant des décennies, grâce au génie de Youssou N'Dour, un modèle économique s’est construit autour du « mbalax ».
Cependant, selon Cheikh Tidiane Sow, cette musique sénégalaise est aujourd’hui en fin de cycle. Il estime néanmoins que ce déclin du « mbalax » pourrait être une bonne chose, car il ouvre la voie à l’émergence d’autres styles musicaux. Malgré tout, Youssou N'Dour a su continuer à faire vivre sa musique en l’adaptant au public étranger. Il revient désormais aux autres artistes de marcher dans les pas du « roi du mbalax »æ
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IL FAUT DIVISER LE PANAFRICANISME
Tous les panafricanismes ne sont pas logés à la même enseigne. Il y aurait de bons et de mauvais, selon le président de la Ligue panafricaine Umoja, M. Sidibé, qui a pris soin de classer Macky Sall, Diomaye Faye et Ouattara dans ces catégories.
Généraliser au Sénégal l’enseignement de l’anglais, langue stratégique dans le monde d’aujourd’hui, est une initiative fort louable des nouvelles autorités sénégalaises. Cependant, pour la Ligue panafricaine Umoja, il est tout aussi important d’inculquer dès le plus jeune âge les valeurs et principes du panafricanisme dans l’esprit des enfants. C’est l’avis exprimé par le coordonnateur de cette organisation panafricaine, Hamidou Sidibé.
M. Sidibé a récemment exprimé cette position devant la caméra d’AfricaGlobe Tv en marge d’un panel organisé dans le cadre de la première édition d’Africa Diaspora Festival. Dans cette entrevue, il a plaidé pour une redéfinition du véritable panafricanisme, car, selon lui, il existe aujourd’hui de faux panafricanistes qui dénaturent le concept par leur manière de faire qui ne sert pas les peuples d’Afrique, mais les intérêts exogènes.
Ainsi, d’après Hamidou Sidibé, parmi ceux qui se revendiquent panafricanistes sur le continent, il y a une distinction claire à faire entre la bonne graine à préserver et l’ivraie à écarter, qu’il considère comme nuisible au progrès panafricain. L’invité d’AfricaGlobe Tv estime qu’il est urgent de trier ces deux catégories et de reléguer l’ivraie dans la poubelle de l’histoire.
Dans sa classification, Hamidou Sidibé place des figures politiques comme Ousmane Sonko et Diomaye Faye ainsi que les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans un camp, puis Macky Sall et Alassane Ouattara et Cie dans un autre.
Découvrez son analyse complète sur Africa Globe TV.
Africa Diaspora Festival est un événement initié par le journaliste et critique d’art Alassane Cissé. La première édition s’est tenue les 28 et 29 décembre 2024 à la Maison de la Culture Douta Seck.
Le festival a permis de rassembler de grands artistes africains et ceux de sa diaspora, ainsi que des acteurs de la société civile, du développement, et des chercheurs, afin de discuter et d’apporter leur soutien à l’unité africaine et au renforcement du panafricanisme grâce à la culture.
Pour l’initiateur du festival, « la souveraineté n’est pas seulement économique et alimentaire, mais aussi éditoriale et culturelle ». De nombreuses prestations ont été offertes au public lors de la nuit du 28 décembre par différents artistes.
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PLUS DE CULTURE, ENGENDRE MOINS DE CONFLITS
Si les régions sont moins servies, à Dakar, les événements culturels s'enchaînent non-stop. Pour le journaliste Alassane Cissé, c'est une bonne chose, car on ne se lasse jamais de culture. A contrario, cela apaise et garantit, peu ou prou, la paix sociale
Du 28 au 29 décembre 2024 s'est tenue à la Maison Douta Seck de Dakar la première édition de l'Africa Diaspora Festival. Un événement initié par le journaliste et critique d'art Alassane Cissé, par ailleurs promoteur du journal Patrimoine, qui se consacre à la culture. Interviewé en marge du festival, Alassane Cissé a expliqué que ce festival a pour objectif de mobiliser des artistes et intellectuels d'Afrique et de sa diaspora, la société civile et des acteurs du développement autour d'une même plateforme afin de contribuer à l'unité africaine par la culture.
Alors que la souveraineté est devenue le maître mot du nouveau régime en place à Dakar et dans certains pays de la sous-région, comme ceux de l’AES, Alassane Cissé a soutenu que la souveraineté n’est pas seulement alimentaire et économique, mais aussi culturelle et éditoriale. Donc ce rendez-vous culturel s’inscrit aussi dans cet élan de souveraineté retrouvée par certains pays de la région à travers un nouveau leadership a la tête des États.
Ainsi, des participants sont venus des cinq continents pour prendre part à cette première édition de ce festival tenu à la Maison de la Culture Douta Seck de Dakar. Des Africains, artistes et universitaires ont répondu présents.
Le 28 décembre, premier jour du festival, le public a eu droit à un concert de différents artistes présentant des rythmes musicaux variés, agrémenté du spectacle de Laye Ananas en hommage aux militaires victimes du Camp Thiaroye. Ce spectacle époustouflant a été ponctué par des acrobates des The Lions, qui ont donné des frissons aux spectateurs.
Pour Alassane Cissé, il s'agit aussi d'amener sa génération à accomplir sa mission dans le sillage de ce que le panafricaniste guadeloupéen Frantz Fanon avait indiqué.
L’Institut culturel italien a accueilli une exposition off dans le cadre du Dak’Art 2024, qui s’inscrit également dans le Parcours. Le projet, intitulé « Souvenirs d’Italie », met en lumière trois jeunes artistes prometteurs ayant la particularité d’être Italiens tout en étant d’origine africaine : Binta Diaw, Adji Dieye et Delio Jasse.
Leurs créations, présentées de manière collective, explorent des thématiques telles que la mémoire, la post-colonialité et l’émigration. La sélection des artistes a été réalisée par Eugenio Viola, l’un des commissaires d’exposition italiens les plus influents à l’international, actuellement basé en Colombie.
Selon la directrice de l’Institut, Serena Cinquegrana, « grâce à la culture et à l’art, Italiens et Sénégalais peuvent mieux se connaître et se rapprocher ».
LA CAPITALE INTROUVABLE DE L'EMPIRE MALIEN
De la Guinée au Sénégal en passant par le Mali actuel, chaque pays d'Afrique de l'Ouest revendique avoir abrité cette cité mythique. Pourtant, malgré des décennies de recherches, son emplacement exact reste aujourd'hui un mystère
(SenePlus) - Dans un article fouillé, Le Monde revient sur l'une des plus grandes énigmes de l'histoire médiévale africaine : la localisation de la capitale de l'empire du Mali, cette puissance qui rayonna du XIIIe au XVIIe siècle sur une grande partie de l'Afrique de l'Ouest.
La description qu'en fait le célèbre voyageur Ibn Battuta évoque une cité médiévale prospère, dotée d'une mosquée, d'un palais, d'entrepôts et d'un quartier réservé aux étrangers. Les échanges commerciaux y étaient florissants, reliant la ville à Sijilmassa au Maroc et au Caire, mais aussi au sud du Sahel. On y négociait or, sel, cauris et céramiques dans des fours à poterie actifs.
Pourtant, comme le confirme l'archéologue malien Mamadou Cissé cité par Le Monde, "au stade actuel des connaissances, je ne peux pas déterminer l'emplacement de la capitale de l'empire du Mali". Cette disparition s'explique en partie par les matériaux de construction utilisés : le banco, un mélange de terre et de paille particulièrement vulnérable à l'érosion.
L'empire malien continue de fasciner les chercheurs, notamment pour sa richesse légendaire incarnée par Mansa Moussa, son dirigeant du XIVe siècle, dont la fortune est aujourd'hui comparée sur les réseaux sociaux à celle des milliardaires contemporains.
La quête de cette capitale perdue a donné lieu à de multiples théories. L'historien français Hadrien Collet parle même d'"obsession". Si l'anthropologue Claude Meillassoux a proposé l'est du Sénégal, c'est la ville de Niani en Guinée qui s'est longtemps imposée comme hypothèse privilégiée.
L'historien malien Doulaye Konaté rappelle le contexte politique de ces recherches : "À l'indépendance, les Républiques malienne et guinéenne ont voulu établir un lien avec la mémoire prestigieuse du sultanat". Modibo Keïta, premier président du Mali, revendiquait ainsi une filiation avec Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire.
Une nouvelle piste a été proposée en 2021 par l'historien François-Xavier Fauvelle, qui identifie une zone au nord-est de Ségou, au Mali, décrite comme un "seuil" entre mondes islamique et païen, désertique et fluvial. Malheureusement, l'insécurité dans la région empêche toute fouille archéologique.
Cette recherche a néanmoins fait progresser la connaissance historique. Elle a notamment permis de remettre en question certaines idées reçues. Ainsi, comme le souligne Doulaye Konaté, "il semblerait que 'l'empire mandingue' était en fait très multiculturel, tant à son époque que dans ses héritages". Les chercheurs ont également découvert que la prospérité de l'empire reposait autant sur l'agriculture et l'artisanat que sur le commerce transsaharien.
La capitale pourrait même n'avoir jamais existé sous la forme imaginée, certains chercheurs évoquant la possibilité d'une cour itinérante, remettant ainsi en question une vision peut-être trop européenne du pouvoir médiéval africain.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
ANNETTE MBAYE D’ERNEVILLE, UNE PHARAONNE BÂTISSEUSE
EXCLUSIF SENEPLUS - Enseignante, journaliste et écrivaine, elle incarne l’engagement artistique de manière universelle, tout en déployant l’univers africain comme la source de son inspiration
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La tonalité poétique d’Annette Mbaye d’Erneville est absolue, vivante et vibrante. Elle va puiser aux sources des rites africains pour en faire une bandoulière perlée d’intensité poétique et pour transmettre tout un legs initiatique.
Comme j’aime à le dire souvent, la poésie est un art esthétique fondateur dans la littérature. Elle est à l’origine de notre parole et de notre imaginaire sacré. Avec elle, nous transcendons tout notre héritage culturel fécond et nous sculptons des joyaux pour la postérité. La poésie est un son, elle est une image, elle est un rythme, elle est synonyme d’histoire et de savoirs et elle s’inscrit dans le langage.
Sans hésitation, on peut dire que la création littéraire d’Annette Mbaye d’Erneville appartient à cette catégorie, celle d’une passion poétique qui devient ici une représentation de notre narration symbolique et métaphorique.
Car la tonalité poétique d’Annette Mbaye d’Erneville est absolue, vivante et vibrante. Elle va puiser aux sources des rites africains pour en faire une bandoulière perlée d’intensité poétique et pour transmettre tout un legs initiatique. La sincérité avec laquelle l’auteur poétise nous emporte avec elle de manière immédiate, tout en caractérisant la continuité du langage poétique.
Avant-gardiste de la scène littéraire sénégalaise, Annette Mbaye d’Erneville possède un talent singulier, fait de justesse, de classicisme et d’audace. Sa poésie est l’expression de la vie, de ses déceptions, de ses joies, du souvenir qui surgit douloureusement, de la beauté des rituels, comme une ronde cosmique qui se reforme à chaque étape.
Le style est structuré par une langue imaginative et puisée dans la symbolique africaine. C’est aussi le langage de l’espoir qui prend source dans la figure de la liberté et qui tambourine que « l’Afrique est debout et va vers la lumière. »
Mais c’est aussi une poésie du combat contre l’oppression de l’homme à l’homme, ou encore de l’homme à la femme, qui fouille la mémoire pour dire des « mots de feu » pour éteindre à jamais les flammes de l’injustice et faire revivre une « aïeule guinéenne que tu ne connais pas ».
Elle traduit encore la tendresse pour les femmes qui ont acquis la liberté de « la solitude des nuits d’hiver ». Elle partage son émotion quand « l’exil [est] trop lourd au cœur gourmand de nos vingt ans ».
La poésie d’Annette Mbaye d’Erneville est rare car elle rassemble émotion et combativité, féminisme et union des cœurs, valeurs sacrées et modernité. C’est ce cheminement de rupture transcendante qui fait la puissance et la beauté du chant poétique d’Annette Mbaye d’Erneville.
« Gawlo ! … chante cet homme nouveau
Jeunes filles aux seins debout
Clamez son nom au vent.
Selbé N’Diaye, fais danser ce petit homme.
Tu es un homme, mon fils.
Tu es un homme ce soir.
Ils sont tous là :
Ceux de ta lune première
Ceux que tu nommes pères.
Regarde, regarde-les bien :
Eux seuls sont gardiens de la terre
De la terre qui a bu ton sang
Extrait de « Kassak », Kaddu, Nouvelles éditions Africaines, 1966
Annette Mbaye d’Erneville, née en 1926 à Sokone au Sénégal, est une figure exceptionnelle de longévité dans la poésie négro-africaine. Enseignante, journaliste et écrivaine, elle incarne l’engagement artistique de manière universelle, tout en déployant l’univers africain comme la source de son inspiration. Sa résidence à Dakar représente un lieu littéraire majeur pour tous les écrivains de passage dans le pays. Ses combats en faveur des femmes font d’elle une personnalité très moderne au sein de la communauté littéraire. Son verbe poétique allié à son éloquence investie de justice humaine est une combinaison remarquable qui marque l’histoire littéraire africaine comme un éclat qui continue de briller dans le flambeau de notre civilisation et de notre renaissance.