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3 avril 2025
Culture
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JUSTICE POUR LES SALTIGUÉS
«Ce que les saltigués prédisent, dans 70 % des cas, se réalise. C’est du concret. C’est une science réelle, peut-être basée sur une autre logique, une autre vérité, une autre rationalité, mais c’est bel et bien une science », déclare le Dr Éric Gbodossou.
AfricaGlobe Tv |
Fred Atayodi |
Publication 27/01/2025
Fils adoptif de la communauté sérère et chef de la civilisation Tado, qui s’étend du Ghana au Nigeria en passant par le Togo et le Bénin, le Dr Éric Gbodossou milite pour que justice soit rendue aux cérémonies khoy pratiquées par les saltigués. « Je fais les khoy des saltigués. Ce que les saltigués prédisent, dans 70 % des cas, se réalise. C’est du concret. C’est une science réelle, peut-être basée sur une autre logique, une autre vérité, une autre rationalité, mais c’est bel et bien une science », soutient-il fermement.
Ces propos ont été tenus dans une interview qu’il nous a accordée en marge d’une conférence sur l’éveil spirituel, organisée à la Galerie nationale pour accompagner l’exposition de la jeune artiste Mariane Senghor, visible jusqu’au 7 février.
Le khoy est une cérémonie traditionnelle de consultation spirituelle et mystique propre à la communauté sérère du Sénégal, au cours de laquelle des prédictions sont faites par des saltigues, prêtres ou conseillers spirituels. À l’issue de ces cérémonies, les dignitaires de la communauté font des annonces sur l’avenir. Toutefois, ces prédictions ne sont souvent pas prises au sérieux, et les saltigués sont parfois moqués ou raillés gentiment par certains. Malgré cela, le Dr Gbodossou affirme que 70 % de ces prédictions se réalisent.
Au cours de sa conférence, ce médecin la fois moderne et traditionnel a cité plusieurs de prédictions marquantes : le conflit sénégalo-mauritanien, l’invasion des criquets pèlerins, la pandémie de Covid-19 et même le tragique naufrage du bateau Le Joola. À chaque prédiction sur l’avenir, les signes sont interprétés et des conseils offerts ou des solutions proposées face aux problèmes rencontrés par la communauté.
Mais, dans la plupart des cas, les autorités n’y prêtent pas attention. Depuis des années, l’indifférence des régimes successifs face à ces alertes est restée la même.
Cependant, une exception notable est à souligner : le président Abdou Diouf avait, à l’époque, eu l’obligeance au moins de demander à ses collaborateurs d’étudier sérieusement les propositions du Dr Gbodossou pour traiter certaines maladies. Malheureusement, ce geste n’a pas été suivi d’actions concrètes.
S’agissant du cas particulier et récent de la pandémie de Covid-19, le Dr Gbodossou rapporte que le ministre de la Santé et de l’Action sociale d’’alors , Abdoulaye Diouf Sarr, aurait déclaré aux guérisseurs traditionnels : « Surtout, ne me parlez pas de médecine traditionnelle. » La conséquence a vu comment le Sénégal avait été frappé comme d’autres nations.
Cela soulève une question essentielle : n’est-il pas temps d’essayer ces médecines traditionnelles et ces savoirs endogènes ? Qu’a-t-on à perdre à les expérimenter en Afrique ? Après tout, toutes les sciences modernes mises en avant sont elles aussi expérimentales. Pourquoi ne pas expérimenter la mère des sciences, puisque les savants grecs et autres se sont eux-mêmes nourris des connaissances issues de l’Égypte ancienne ?
La science occidentale a indéniablement amélioré les conditions de vie ces derniers siècles, notamment dans le domaine médical. Cependant, elle a aussi ses limites. Pour certaines d’entre elles, l’Afrique dispose de solutions, qui ne reposent certes pas sur le cartésianisme occidental. C’est, en tout cas, la thèse du Dr Gbodossou pour convaincre les Africains surtout les dirigeants de la valeurs de nos médecines et sciences ancestrales.
Si les savoirs endogènes issus des civilisations négro-africaines peuvent compléter la science moderne, cela ne peut qu’être bénéfique. Nous ne devrions jamais avoir de complexes à recourir à ces solutions africaines. Tel est le plaidoyer du Dr Éric Gbodossou.
Médecin formé à la médecine moderne et profondément enraciné dans les traditions africaines, son combat vise à restaurer la dignité de ces savoirs endogènes africains, trop souvent négligés, voire méprisés, au profit de tout ce qui vient d’ailleurs.
Le Dr Gbodossou refuse catégoriquement de vendre ces connaissances aux Occidentaux, malgré pour des milliards de dollars que lui font miroiter les Américains lui ont décernés des brevets pour ses découvertes, car il souhaite que l’Afrique garde le contrôle sur ses richesses et obtienne enfin le respect qu’elle mérite.
Larguée sur le plan de la géopolitique et de la géostratégie, distancée de loin dans les intelligences artificielles, l’Afrique a la possibilité de prendre le leadership dans le domaine de la santé. C’est le grand rêve de l’incompris Éric Gbodossou.
Malheureusement, le niveau d’aliénation engendré par des siècles de colonisation et d’esclavage fait que l’Africain a du mal à s’affranchir de ses chaînes, à prendre sa place dans le concert des nations et à reconquérir son brevet de respectabilité qu’il avait avant la rencontre avec l’Occident.
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L'AFRIQUE PEUT MARQUER LA DIPLOMATIE PAR SA GASTRONOMIE
La cuisine est l’un des éléments que l’Afrique peut apporter à la mondialisation en termes de soft power (influence) aux autres peuples. À Dakar, Table Pana organise depuis quelques années des rencontres avec des chefs africains de la diaspora…
La cuisine est l’un des éléments que l’Afrique peut apporter à la mondialisation en termes de soft power (influence) aux autres peuples. À Dakar, Table Pana organise depuis quelques années des rencontres avec des chefs africains de la diaspora pour leur permettre de partager leurs expériences et de créer des plats originaux, à l’image des artistes visuels ou autres, dans leur processus de création.
« L’idée, c’est de se positionner comme une galerie, un lieu d’expression pour les chefs de la diaspora africaine », explique la fondatrice, Nadia Copogo. Elle ajoute : « Mon travail consiste à identifier les chefs de la diaspora africaine, à les faire venir ici à Dakar et à leur donner carte blanche, avec un seul objectif : sublimer la production locale pour en proposer une interprétation plus créative, contemporaine, voire expérimentale de notre gastronomie africaine. »
Table Pana, c’est de la street food à la haute gastronomie, réalisée à partir de produits africains locaux. C’est un lieu de création et d’affirmation de la cuisine africaine.
« La nourriture est un outil très puissant, un outil de soft power si l’on parle de politique, un outil de diplomatie », affirme la fondatrice. Invitée à la 5e édition des symposiums de Condition Report organisés par la Raw Material Company et intitulés « Le sens du lieu : déplacement, replacement, non-placement », pour réfléchir sur les modalités d’habiter la ville, le monde, l’univers, le cosmos, sous la direction de l’universitaire Felwine Sarr, l’initiatrice du projet, Nadia Copogo, détaille dans cet entretien accordé à AfricaGlobe TV de quoi il s’agit.
Actuellement itinérante, Table Pana s’occupe de projets institutionnels, de dîners privés pour de grandes entreprises, mais ambitionne à terme de devenir le premier tiers-lieu de la gastronomie africaine. Ce lieu inclurait un restaurant, un think tank, un centre de formation et une épicerie fine.
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PILOHA, UN COCKTAIL CULTUREL RÉCONCILIATEUR
À travers leur projet artistique Piloha, Pascal Traoré et Raïssa Hachem ont réussi à rassembler plusieurs disciplines artistiques dans le cadre de la 15e Biennale de l’art africain contemporain. De la peinture à la photographie, en passant par la danse...
La 15e édition du Dak'Art a marqué les esprits, et certains projets artistiques restent mémorables, à l’image de Piloha, de Pascal Traoré et Raïssa Hachem, qui ont proposé un cocktail culturel réconciliant plusieurs formes d’expression. Une exposition composite, pour ne pas dire éclectique.
À travers leur projet artistique Piloha, Pascal Traoré et Raïssa Hachem ont réussi à rassembler plusieurs disciplines artistiques dans le cadre de la 15e Biennale de l’art africain contemporain. De la peinture à la photographie, en passant par la danse, le cinéma et même la cuisine, leur exposition a captivé l’attention du public.
Dans cette entrevue, les deux artistes – Raïssa Hachem, designer luminaire, et Pascal Traoré, artiste visuel – reviennent sur leur expérience avec le projet Peace, Love and Harmony (Piloha), présenté dans le cadre des OFF.
Si, d’un point de vue financier, l’objectif initial n’était pas de générer des bénéfices, ils ont néanmoins gagné en visibilité. Leur rencontre avec des galeristes, des collectionneurs et d’autres acteurs culturels a permis d’élargir leur réseau professionnel.
Cette exposition originale, riche en émotions, a marqué les visiteurs et reflète parfaitement la diversité et l’harmonie que les deux artistes souhaitaient transmettre.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
FATOU NDIAYE SOW, UNE POÉSIE POUR LA MÉMOIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Sa poésie minimaliste capture l'essence même de l'histoire africaine, des souffrances de l'esclavage à l'espoir de la renaissance. Dans "Gorée", chaque mot est pesé, chaque image est ciselée pour porter la mémoire d'un continent
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Fatou Ndiaye Sow nous entraîne dans son univers poétique de simple manière. Les images sont épurées, touchant l’essence du verbe « dans les hauteurs célestes », aboutissant à la pureté de la parole.
Cette poésie minimaliste évoque la minutie du graveur de pierres, elle laisse des traces sur les rochers lisses par la « mer immense, mer sans limite ».
Le style est intensément poétique, retenu et déployant des figures scintillantes comme « les vagues nacrées ». Cette poésie, qui inspire la beauté de l’aube et l’infini de l’horizon, porte en elle une unité émotionnelle qui bâtit un ton personnel.
Puis l’imaginaire de la poétesse se métamorphose, le « je » devient un autre. On remonte le courant de l’histoire, « un soir sans lune », pour suivre le récit insoutenable de la déportation, de l’esclavage et de l’exploitation qui perdure.
Gorée, texte poétique à la beauté saisissante, est la somme de la douleur du génocide, du sang qui jonche la poussière « de routes inconnues », de l’espoir qui renaît à relever la tête, à dire la vérité, sa conviction, à ne pas laisser se briser les liens de l’histoire, à retrouver le corps meurtri de l’Afrique qui a laissé son souffle dans les Caraïbes et aux Etats-Unis d’Amérique.
La renaissance africaine est contenue dans cette élévation de la mémoire, dans les chants amers et féconds du monde noir qui résonnent sur toute la terre. L’âme africaine est dans toutes les musiques du monde, elle se livre pour répandre l’histoire des royaumes déchirés, la longue traversée mortelle, la fougue du désir retrouvé, la dignité à se connaître et la grandeur à renaître.
Née en 1937 à Tivaouane (Sénégal), Fatou Ndiaye Sow a été professeure à l’école primaire. Elle a publié de la littérature pour la jeunesse, « Takam-takam », éditions N.E.A., 1981 et a composé des nouvelles encore inédites. Elle est membre fondatrice du comité international des femmes écrivaines. Elle est décédée subitement le 23 octobre 2004, alors qu’elle participait à un congrès de femmes écrivaines africaines à New York.
Ses compagnons de route, surnommés les Mambety Boys, perpétuent l'héritage du réalisateur de "Touki Bouki" à travers projections nomades et partages communautaires. L'île garde vivante la mémoire de celui qui aurait eu 80 ans aujourd'hui
(SenePlus) - Le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety aurait célébré ses 80 ans aujourd'hui. Bien que disparu en 1998 à Paris, son esprit créatif continue d'habiter l'île de Ngor grâce à ses fidèles compagnons, les "Mambety Boys", comme le rapporte RFI dans un récent reportage.
L'auteur de "Touki Bouki", récompensé du prix de la critique internationale à Cannes en 1973, et de "Hyènes", a laissé une empreinte indélébile dans le cinéma africain. C'est à Keur Yaadikoone, fondation qu'il avait créée pour les enfants et la nature, que ses disciples perpétuent aujourd'hui sa vision.
Parmi eux, Alassane Samb, qui a grandi aux côtés du réalisateur, poursuit l'une des traditions les plus chères au cinéaste : le cinéma itinérant. Comme il le confie à RFI : "On prenait un car rapide, on déroulait la bache et on faisait des projections en plein milieu du village." Cette pratique, bien que complexe à maintenir, continue de rencontrer le succès à chaque projection. Samb maintient également vivante une autre tradition instaurée par Mambety : offrir quotidiennement un repas partagé aux habitants de l'île.
La dimension humaniste de l'œuvre de Mambety résonne particulièrement auprès des nouvelles générations. Selon l'écrivain Abdoulaye Soumaré, cité par RFI, ses films constituent un pont entre les cultures : "Ce serait bien si la jeune génération réfléchie à ses œuvres, parce que ça aide à transcender les différends qu'il y a entre l'Europe, l'Afrique et le reste du monde."
Sur l'île de Ngor, la présence du cinéaste demeure palpable : son visage orne les murs et son nom est inscrit sur les pirogues. Pourtant, comme le souligne RFI, son œuvre reste inachevée, la mort l'ayant empêché de terminer sa trilogie "Histoire de petites gens" et de réaliser son projet "Malaïka". Malgré cela, la fondation Keur Yaadikoone continue d'être un lieu vivant où expositions et événements culturels perpétuent l'esprit du maître disparu.
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ET SI LE SÉNÉGAL REFUSAIT LE DÉVELOPPEMENT ?
L'extrême « francisation » du Sénégal l’empêche d'exploiter les immenses richesses endogènes susceptibles de stimuler son développement dans de nombreux domaines, notamment celui de la santé, constate le Dr Éric Gbodossou qui allie modernité et tradition.
L'extrême francisation du Sénégal l’empêche d'exploiter les immenses richesses endogènes susceptibles de stimuler son développement dans de nombreux domaines, notamment celui de la santé. C’est le constat, mais aussi le regret, du Dr Éric Gbodossou, fils adoptif de la communauté sérère et vodouisant pratiquant. Mais au dela du Sénégal son constat concerne d’autres pays du continent. Fonadteur de l'organisation Prometra, il se bat pour la vulgarisation des medcinies traditionnelles et des savoirs endogenes en Afrique. mais comme nul n'est prophete en sa terre, c'est hors du continent que sa medecine traditionnelle est bien accueilie, mais n'est pas pret a tout brader aux Occidentaux
Médecin combinant modernité et tradition, et fervent promoteur des médecines et traditions négro-africaines, le Dr Gbodossou a développé des solutions efficaces pour traiter de nombreuses maladies réputées incurables, y compris des troubles mentaux. Cependant, il fait face à de nombreux obstacles dans ses efforts pour vulgariser ses remèdes et transmettre ces savoirs au Sénégal, alors que d’autres pays comme l’Ouganda ou le Mali voisin les adoptent et les expérimentent déjà.
Les différents gouvernement sénégalais qui se sont succédé a la tête du pays depuis des décennies semblent peu enthousiastes, bien que les États-Unis eussent reconnu depuis très longtemps l’efficacité de ses remèdes en leur délivrant des brevets pour ses découvertes dans le domaine de la sante. Ironiquement, ce même pays cherche avec instance à « acheter » ces savoirs du médecin pour des milliards de dollars. Face à cette situation, le médecin résiste fermement, convaincu que ces connaissances doivent rester en Afrique et servir prioritairement les Africains.
Sur le plan géopolitique et de la géostratégie, l’Afrique est à la traîne, notamment dans le domaine des intelligences artificielles. Cependant, elle dispose d’un avantage indéniable dans le domaine de la santé : ses savoirs endogènes. Là où la médecine moderne a montré ses limites, les traditions médicales africaines démontrent une efficacité qui pourrait devenir une force majeure pour le continent.
Malheureusement, des siècles de colonisation ont laissé des séquelles profondes. L’aliénation culturelle empêche de nombreux Africains de s’affranchir de leurs chaînes et de valoriser leurs propres richesses culturelles et scientifiques. Selon le Dr Gbodossou, cette situation freine l’Afrique dans sa quête de reconnaissance et l’empêche de reprendre sa place dans le concert des nations, ainsi que de restaurer son brevet de respectabilité d’avant la colonisation.
Adopté par le Sénégal, pays de la Teranga, et proche de la communauté sérère depuis plusieurs décennies, le Dr Gbodossou est bien conscient de la résistance à une science fondée sur les réalités ancestrales africaines. N’eut-été cette résistance, la Sénégal se serait épargne quelques drames qu’il a vécu au cours de son histoire ou du moins amortir les effets.
En effet, avec « ses parents Sérères », il dit avoir souvent produit un rapport annuel détaillé envoyé aux autorités, notamment aux différents gouvernement qui se sont succédé. Ces rapports contenaient parfois des drames et indiquaient des solutions, mais les autorités ont toujours négligé ces prédictions et laisser les choses se produire comme si elles étaient inéluctables. C’est le cas de la crise sénégalo-mauritanienne, la pandémie de Covid-19, et même la tragédie du Joola.
Le Dr Gbodossou affirme lors de sa conference avoir annoncé toutes ces crises avec son équipe. Comme nul n’est prophète en son pays, c’est outre-Atlantique qu’il est écouté, recherché, car les Américains seraient prêts à acheter son cerveau à coups de milliards.
En définitive, il est courant de voir des élites africaines (hommes politiques et intellectuels) monter sur leurs grands chevaux et déclarer à la ville et au monde que le développement de l’Afrique doit être endogène, basé sur les réalités africaines, à l’instar de la Chine ou d’autres pays d’Asie. Cependant, il convient de se poser la question de savoir jusqu’où les auteurs de ces propos y croient. Sinon, comment comprendre ce que le Dr Éric Gbodossou explique ? Que perd-on à essayer même si on croit être civilise par le bons sens de la science des lumières
CINEFEMFEST REND HOMMAGE À SAFI FAYE
Le Cinefemfest «Gëstu Nataal i Jigeen» organise une tournée sénégalaise pour le cinquantenaire du film «Kaddu Beykat» afin de célébrer l’engagement de la réalisatrice sénégalaise Safi Faye pour la souveraineté alimentaire et la dignité du monde rural
Le Cinefemfest «Gëstu Nataal i Jigeen» organise une tournée sénégalaise pour le cinquantenaire du film «Kaddu Beykat» afin de célébrer l’engagement de la réalisatrice sénégalaise Safi Faye pour la souveraineté alimentaire et la dignité du monde rural. Ce docufiction de 98 minutes, réalisé en 1975 et restauré dans une nouvelle version, sera donc projeté le 7 février prochain à la Place du souvenir africain.
Le nom de Safi Faye dans l’histoire du cinéma du continent reste et demeure lié au film Kaddu Beykat, Lettre Paysanne. Et pour célébrer les 50 ans de ce docufiction de 98 minutes réalisé en 1975, ainsi que l’engagement de la réalisatrice Safi Faye pour la souveraineté alimentaire et la dignité du monde rural, le Cinefemfest «Gëstu Nataal i Jigeen» organise une tournée à travers le Sénégal. «Après avoir mis à l’honneur Safi Faye lors de son festival en 2023, le Cinefemfest organise une tournée à Dakar et en région pour célébrer l’œuvre de la réalisatrice sénégalaise Safi Faye (1943-2024). La tournée a pour but de faire connaître l’œuvre de la réalisatrice, en particulier le film Kaddu Beykat dont c’est le cinquantenaire en 2025», souligne la directrice du festival dans un communiqué. Selon Dr Rama Salla Dieng, cette tournée pour promouvoir l’œuvre filmique de Safi Faye est «vitale», car cela va permettre de la faire connaître auprès de la plus jeune génération et du grand public. «Safi Faye a été pionnière dans sa pratique artistique, en tant que la première Africaine à avoir fait un film commercial. Dans son œuvre, elle s’est surtout intéressée aux enjeux et expériences du monde rural, à l’émancipation de la femme comme à l’indépendance économique et la souveraineté, ainsi qu’au poids des traditions, le tout en pays sérère», note le document.
Censurée par Senghor
Kaddu Beykat, Lettre Paysanne fut censuré à l’époque par les autorités sénégalaises sous le magistère de Léopold Sédar Senghor, lui-même sérère et fils de paysan. N’empêche, Safi Faye le disculpe : «La vérité sort de la bouche des paysans qui ont dit les sévices que les coopératives étatiques leur faisaient subir. Ce sont eux qui ont parlé. Je ne peux pas dire que c’était le Président Senghor qui a donné l’ordre de censurer le film parce qu’il m’a honorée après. C’est Adrien Senghor, le neveu du Président, alors ministre de l’Agriculture, qui a refusé le film. Ce sont les partis communistes de l’époque qui ont défendu mon film. Cette censure fait que le monde entier a voulu voir ce film et a reconnu une Africaine, paysanne, qui a osé mettre le doigt sur l’exploitation de la paysannerie. Les autres paysans du monde sont aussi exploités, et c’est pour cela que 40 ans après, c’est comme si le film avait été tourné hier», avait écrit le journaliste et critique de cinéma Baba Diop. En effet, rappelle-t-il, dans cet article paru en 2018 dans le magazine Senciné, le film a été restauré et sous-titré par la Cinémathèque «Afrique de Cultures France» dans une nouvelle version. «A la faveur de la tenue de la Cop21 à Paris consacrée au réchauffement climatique, Kaddu Beykat a connu une nouvelle jeunesse. Le film a beaucoup circulé dans les pays européens pour avoir été considéré comme précurseur des films qui sonnaient l’alerte sur les conséquences du changement climatique», avait soutenu Baba Diop.
50 ans après, on projette ce premier long métrage de Safi Faye qui raconte l’histoire de Ngor et de Coumba, vivant dans un petit village sérère, Fadial, village des ancêtres de Safi Faye. Depuis deux bonnes années, Ngor est dans l’attente d’épouser Coumba. Mais, cette année encore, la récolte est mauvaise, les pluies insuffisantes et irrégulières. Or, l’arachide, culture coloniale et culture de rente, ne se récolte qu’une fois par an. «Le film Kaddu Beykat a le mérite de montrer les talents de chercheuse de Safi Faye, qui est aussi docteure en ethnographie et en anthropologie, en transposant son histoire familiale à celle de l’économie politique et sociale du bassin arachidier, microcosme vivant du Sénégal rural de l’époque», estime la directrice du Cinefemfest, Dr Rama Salla Dieng, rappelant dans le communiqué que les problématiques soulevées par Kaddu Beykat demeurent d’une brûlante actualité. «Les défis du monde rural, la souveraineté alimentaire et le rôle de l’Etat sont plus que jamais d’actualité 50 ans après», précise la note.
Projection le 7 février à Place du souvenir africain
A travers cette célébration, le Cinefemfest entreprend une série de projections dans les écoles, universités et lieux culturels de Dakar, ainsi qu’en région. Et deux dates marquantes ponctueront cette tournée. Le 6 février, l’Institut français de Dakar accueillera la projection de Mossane, son premier long métrage fiction, dans le cadre du Cycle «Féminin Sacré». Le lendemain, le 7 février, Kaddu Beykat sera projeté à la Place du souvenir africain à 16h 30, après la restitution de la résidence d’écriture et de création Intersections : Selebeyoon, organisée par le Cinefemfest en 2024 et dont la marraine était l’écrivaine Ken Bugul. De La passante, son premier film, à Mossane, son premier long métrage fiction, Safi Faye aura réalisé 13 films.
par Birane Diop
LE TEMPS LONG DONNE RAISON À SENGHOR
Du Théâtre national Daniel Sorano aux écoles d'infirmiers, il a créé les institutions essentielles du pays. Son œuvre, aujourd'hui contestée, témoigne pourtant d'une vision universaliste plus que jamais d'actualité
En ces temps formidables marqués par l’ère de la post-vérité sans limites, il m’arrive de discuter avec des compatriotes de l’héritage de nos devanciers, notamment Cheikh Anta Diop et Léopold Sédar Senghor. Deux figures majeures de notre histoire intellectuelle, culturelle, sociale et politique, dont tout Sénégalais devrait être fier au regard de leur trajectoire, bien que leurs visions du monde fussent antagonistes, voire opposées. J’ai lu leurs œuvres et compris leurs désaccords ainsi que leurs petites querelles. Cheikh Anta prêchait la renaissance africaine, tandis que Senghor, dans la même veine que ses amis Damas et Césaire, militait en faveur de la négritude. Cependant, j’ai constaté que l’héritage de Senghor est parfois analysé avec un excès de mauvaise foi, peut-être lié à l’ignorance.
Certains affirment, sans nuance ni recul – des qualités pourtant nécessaires à toute analyse sérieuse et exempte de biais –, que Senghor était un suppôt de la France, un aliéné, un renégat, que sa vision du monde était bidouillée et qu’il serait la principale cause de notre « retard économique ». Pourtant, l’économiste et penseur décolonial sénégalais Felwine Sarr nous dit dans son essai Afrotopia (Philippe Rey, 2016) : « L’Afrique n’a personne à rattraper. » On impute aisément à Senghor une part démesurée de nos échecs. Quelle époque singulière !
Léopold Sédar Senghor était un grand homme d’État. Il a placé le Sénégal, petit pays niché en Afrique de l’Ouest, sur la carte du monde grâce à deux piliers : la culture et l’éducation. Il a fondé les premières institutions culturelles sénégalaises, notamment le Théâtre national Daniel Sorano et la Manufacture nationale de Tapisserie, et fut l’initiateur du Festival mondial des arts nègres. Il a également créé les écoles des agents sanitaires de Saint-Louis ainsi que celles des infirmiers et infirmières d’État, contribuant ainsi à renforcer les infrastructures éducatives et sanitaires du pays. Il avait compris, avant tout le monde, que la culture et l’éducation sont essentielles pour façonner des vies.
C’est pourquoi, durant son magistère, Senghor avait consacré plus d’un quart du budget de l’État à l’éducation et à la culture, convaincu que ces deux domaines constituaient les fondations indispensables d’une nation, qui irait au « rendez-vous du donner et du recevoir », par l’entremise de ses filles et fils bien instruits et éduqués. Le natif de Joal, ancien maire de Thiès – la ville rebelle –, profondément enraciné dans son royaume d’enfance, le pays sérère, mais ouvert aux influences du monde libre, savait que la construction de l’homme total, voire universel, passait par ces deux mamelles. À ce titre, je puis affirmer sans réserve qu’il était en avance sur son temps et sur son monde.
Face aux crises qui assaillent l’humanité et aux impasses de la mondialisation et du néolibéralisme, à la montée de la xénophobie et des passions tristes – ici comme ailleurs dans le corps social –, l’œuvre de Senghor nous invite à monter en humanité en plaçant l’humain au cœur de l’action publique afin qu’il accède au bonheur et au bien-être, quelle que soit sa langue, son origine, sa couleur de peau, son sexe ou sa religion. La pandémie de Covid-19 nous l’a appris à nos dépens. Revisiter son œuvre, bien qu’imparfaite – comme toute œuvre humaine –, nous arme pour résister aux discours de haine, aux assignations identitaires et aux ressentiments.
Par ailleurs, l’œuvre foisonnante de Senghor nous enseigne ceci : le Sénégalais est un être qui s’empêche. Il bâtit des ponts, mais n’érige jamais de barrières. Le Sénégalais est un citoyen du monde, qui a pour seule boussole l’altérité et doit toujours emprunter les voies de la créolisation. Les actualités géopolitiques, notamment ce qui se déroule à Gaza sous nos yeux, rappellent la portée de cette vision universaliste. Senghor, catholique mais avant tout Sénégalais, avait accordé à Yasser Arafat, alors président de l’Autorité palestinienne, un passeport diplomatique lui permettant de voyager sans entraves dans les aéroports du monde libre. Ce geste illustre sa conception d’un humanisme transcendant les frontières religieuses, culturelles et politiques.
L’autre leçon magistrale que nous prodigue le vieux savant sérère est celle-ci : le Sénégalais est animé par une mystique républicaine profondément enracinée en lui. Comme l’avait si bien formulé le philosophe catholique Charles Péguy, « la République est une mystique avant d’être une politique ». Ainsi, la République laïque doit être pour le Sénégalais sa seule patrie, sa seule certitude et le socle inébranlable de son unité.
Aujourd’hui, certains individus sans mesure ni retenue, prompts à invectiver devant l’éternel, s’acharnent encore dans une entreprise abjecte de diffamation, autrement dit, d’outrager sa mémoire. Senghor n’était pas parfait. Il était un simple homme, avec ses failles, ses zones d’ombre et ses erreurs. Cette humanité complexe et imparfaite avait d’ailleurs été mise en lumière lors de l’exposition « Senghor et les arts : réinventer l'universel », qui s’était tenue au Musée du quai Branly. J’ai eu la chance de visiter cette exposition un samedi matin ensoleillé d’août 2023, et elle m’a permis de mieux appréhender la richesse de son héritage, au-delà des critiques souvent réductrices dont il fait l’objet. Mais une chose demeure irréfutable : Senghor a construit l’État-nation, forgeant une identité nationale unifiée malgré la diversité linguistique, religieuse et ethnique qui caractérise le Sénégal. C’était cela, Senghor : un bâtisseur de ponts, un homme de vision. De surcroît, il n’était ni un démagogue, ni une élite désincarnée surfant sur les affects en politique.
Birane Diop est diplômé de l’Université Cheikh Anta Diop, de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM Paris).
GERMAINE ACOGNY, LAURÉATE DU PRIX NONINO 2025
Le jury, présidé par le médecin portugais Antonio Damasio, professeur de neurologie, a choisi cette année de célébrer la danseuse pour son immense contribution à la danse contemporaine et à la culture mondiale.
Dakar, 24 jan (APS) – Le Prix Nonino ‘’Maître de notre temps’’ 2025 a été décerné à la chorégraphe et danseuse sénégalaise d’origine béninoise Germaine Acogny ‘’pour son immense contribution à la danse contemporaine et à la culture mondiale’’, a appris, vendredi, l’APS de l’Ecole des Sables de Toubab Dialaw.
‘’Nous avons le grand plaisir d’annoncer que le prestigieux Prix Nonino »Maître de notre Temps » 2025, marquant le cinquantième anniversaire de ce prix est décerné à Germaine Acogny’’, a annoncé dans un communiqué l’établissement fondé par Mme Acogny.
Selon la même source, ‘’le jury, présidé par le médecin portugais Antonio Damasio, professeur de neurologie, a choisi cette année de célébrer Germaine Acogny pour son immense contribution à la danse contemporaine et à la culture mondiale’’.
Germaine Acogny rejoint ainsi la liste des lauréats dont Léopold Sédar Senghor (1985), la metteuse en scène et réalisatrice française Ariane Mnouchkine (2022), l’écrivain et metteur en scène britannico-français Peter Brook (1991), l’architecte et sénateur à vie italien Renzo Piano (2011).
Le communiqué précise que parmi les lauréats de cette année figure l’ancien Premier ministre français et écrivain Dominique de Villepin et d’autres personnalités d’exception.
Les lauréats recevront leur prix, samedi, lors des célébrations du cinquantenaire du ‘’Prix Nonino’’ (1975-2025) prévues en Italie.
Créé en 1975 par la famille Nonino, le prix honore ‘’des personnalités visionnaires ayant profondément marqué notre époque, dans des domaines variés’’.
QUEEN BIZ SUSPEND PROVISOIREMENT SES ACTIVITES MUSICALES
Sur sa page Facebook, Queen Biz a remercié le président de la République pour cette distinction et a annoncé la suspension temporaire de ses activités artistiques et musicales, pour se consacrer pleinement à ses nouvelles responsabilités
La chanteuse Coumba Diallo, plus connue sous le nom de « Queen Biz », a exprimé sa reconnaissance suite à sa nomination en tant que Présidente du Conseil d’administration (PCA) du Théâtre national Daniel Sorano. Cette décision a été officialisée lors du Conseil des ministres du mercredi 22 janvier 2025, sous la présidence de Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Dans une publication sur sa page Facebook, Queen Biz a remercié le président de la République pour cette distinction et a annoncé la suspension temporaire de ses activités artistiques et musicales, afin de se consacrer pleinement à ses nouvelles responsabilités.
« Je voudrais, à la Suite de ma nomination à la Présidence du Conseil d’Administration du Théâtre National Daniel Sorano, exprimer mes sincères remerciements au Président de la République, Son Excellence, Monsieur Bassirou Diomaye Faye et au Premier ministre, Monsieur Ousmane SONKO, pour cette confiance placée en ma modeste personne.
J’associe à ces remerciements Mme Khady Diène Gaye,ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture.
Je mesure l’importance que revêt cette nouvelle responsabilité et assure de la remplir avec humilité, honneur et dévotion.
J’adresse également mes remerciements à ma Famille, aux membres de mon Mouvement Politique (MJR), à mes amis et Sympathisants, et à tous les Sénégalais
pour leurs conseils et leurs prières.
Pour assumer pleinement mon rôle de PCA et mieux servir mon pays, j’ai décidé de suspendre mes activités artistiques et musicales ».