L’artiste Eva Liza et sa maison de production «free To Be» sont dans une dynamique d’une tournée au Sénégal. elle a ainsi assuré la première partie du concert du Dakar inside festival de dadju et Tayc tenu le samedi 21 décembre 2024 au grand théâtre de Dakar. L’artiste a affiché face à la presse sa stratégie pour se positionner sur le marché de la scène musicale.
La musique d’Eva Liza est de plus en plus connue des Sénégalais. L’artiste a partagé la scène du Grand Bal du samedi 04 avec Youssou Ndour. D’origine sénégalaise, Eva Liza Ciss, résidente en Suisse, à choisi la capitale sénégalaise pour faire découvrir son nouveau tube «Kima Done». Ce qui marque dans la foulée sa pénétration de ce marché afin de tisser sa toile.
L’artiste est aussi socialement engagé. Elle a, dans ce sens, initié des œuvres humanitaires dont a bénéficié l’école d’excellence Mariama Ba de Gorée. La jeune artiste s’est fait remarquer à travers un duo, à la suite d’un showcase, avec Youssou Ndour sur l’esplanade du Grand théâtre. Les titres de la chanteuse, «Kima Done», qui traduit, «Qui je suis» et la chanson, «Free To Be», sont à la fois une façon pour l’artiste de décliner ses origines, contrastant avec la géographie de son espace de naissance en Suisse composé de la neige et de montagnes...
Seulement, Eva Liza déclare restée ancrée dans ses origines sénégalaises. Ce qui fait de l’artiste pop une chanteuse métissée et qui porte cet héritage en bandoulière notamment dans les images de la vidéo de la chanson, « Kima Done». Quant à la composition de «Free To Be» qui signifie, «Libre d’être», l’artiste assume que ce premier titre sonne effectivement comme une quête d’identité. Le titre écrit alors qu’elle n’avait que quinze ans, est inspiré d’une question métaphysique et ou identitaire qui consiste à se demander : Qu’est-ce que tu veux être ? Et la réponse qui est contenue dans le refrain est sans ambiguïté : «c’est d’être une personne qui est libre d’être celle qu’elle veut être.» La part de ses origines africaines et sénégalaises est, dit-elle, mise en valeur par l’image dans les vidéos. Dans les images de «Kima Done», par exemple, à côté des montagnes, les symboles sénégalaises sont mises en avant, notamment les baobabs, le lac rose..., entre autres éléments de son métissage culturel. La mode est aussi prégnante dans les clips de l’artiste avec des tenues styles africains. La chorégraphie est aussi un pan important dans la création d’Eva Liza Ciss. Les pas de danses dans ses vidéos sont inspirés, dit-elle, des mouvements de l’artiste pour donner plus d’identité propre à sa création chorégraphique. Elle raconte ainsi une histoire sur scène. Eva Liza clame, à ce titre, qu’elle ne va jamais sur scène pour ne rien dire. Elle ambitionnait enfin de compte de faire des performances à travers le monde pour faire rêver à travers les histoires qu’elle raconte par le biais de sa musique et ses chorégraphies.
SALIHOU JAM EST UN JOLI CŒUR
Joli cœur… C’est le nouvel album de l’artiste musicien Salihou Mbacké Bousso, connu sous le nom de scène de Salihou Jam, qui est sorti depuis le 15 décembre dernier
Encore un album de musique dédié à l’amour. «Joli cœur», un nouvel album de 10 titres, réalisé par l’artiste musicien Salihou Jam. Sorti le 15 décembre dernier, ce nouvel opus «international dédié entièrement à l’amour», a été conçu majoritairement sous l’influence des rythmes afro, pop, soul, Rnb, dance hall et mbalax.
Joli cœur… C’est le nouvel album de l’artiste musicien Salihou Mbacké Bousso, connu sous le nom de scène de Salihou Jam, qui est sorti depuis le 15 décembre dernier. Il y a quelques jours, avant la release Party pour la présentation de l’album, Floriane Bousso, son manager, avait annoncé la couleur. «Ambiance chic, romantique et raffinée…L’ensemble de la décoration sera réalisé en fonction de l’album «Jolie cœur» en respectant l’âme que Salihou Jam a donnée à ses chansons et la direction artistique choisie pour ce projet. Dès votre arrivée, vous serez donc propulsés dans l’univers en déambulant au milieu des créations artistiques de Salihou Jam», lit-on dans le document de présentation de l’album
Précédé de deux singles dont «Amina yo», une chanson qui retrace l’histoire d’un coup de foudre entre un artiste et une servante, et de «Dayiman», une chanson qui met également en avant une histoire d’amour passionnel, l’album «Joli cœur», composé de 10 titres, a été également dévoilé au public. «C’est un album international parlant d’amour dans son intégralité. Cet album a été conçu majoritairement sous l’influence des rythmes afro, pop, soul, Rnb, dancehall et mbalax. Nous retrouvons également des mélodies traditionnelles ethniques de la musique sénégalaise», explique Salihou Jam.
Dans cet opus, qui marque une nouvelle étape dans sa carrière, tant par sa diversité musicale que par son approche vocale, contrairement à ses performances en live, l’artiste a opté pour une interprétation plus posée. «Sur cet album, j’ai décidé de chanter avec une voix plus posée et moins énergétique qu’en live, pour que le public puisse s’identifier à mes chansons», précise-t-il.
Pour ce nouveau projet, il explore un style musical différent, confirmant son surnom de multivoice. «Mon nom multivoice se retrouve dans la diversité de mes chansons. Et chaque chanson est unique, avec son genre et ses sonorités propres. J’ai choisi de varier les genres musicaux afin que chacun puisse s’identifier à, au minimum, une chanson de l’album», explique-t-il encore. Interrogé sur son genre musical de prédilection, Salihou Jam se veut éclectique. «J’adore le gospel, le blues, le jazz, le funk, l’afrobeat… Je ne peux pas en choisir un particulièrement. J’écoute beaucoup de genres musicaux différents afin de toujours me perfectionner et m’ouvrir au monde», a-t-il fait savoir.
Cependant, depuis ses débuts avec l’African Mystic Band, en passant par The Voice Afrique francophone et ses collaborations avec des légendes sénégalaises comme Youssou Ndour, Wally Seck, Salihou Jam s’est imposé comme un artiste à suivre. Pourtant, il estime que quelque chose manquait. «Musicalement, je pense qu’il manquait l’album. C’est chose faite. Et je veux faire découvrir à mes fans qui est le vrai Salihou», affirme-t-il
Originaire de Thiès, à travers cet album, il ne livre pas seulement de la musique, mais il offre également un message d’amour et de pardon. «Je souhaite transmettre un message d’amour et de pardon. Comme je dis souvent, live is life and life is love. Je pense que l’amour fait avancer dans la vie», explique l’artiste qui prévoit une tournée nationale. «Je prévois de faire une tournée nationale en 2025 afin d’aller à la rencontre de tous les Sénégalais, dans toutes les villes, même les plus loin de Dakar», annonce-t-il.
CHERCHER LES FORMES DE DIGNITE POSSIBLES SOUS LES NOMBREUSES DOMINATIONS DE NOS SOCIETES
Un peu plus de trois années après son prix Goncourt (2021), Mouhamed Mbougar Sarr donne du temps à son lectorat pour la digestion de son immense roman, « La plus secrète mémoire des hommes ». Il s’est confié au « Soleil »
Entretien réalisé par Amadou KÉBÉ |
Publication 06/01/2025
Un peu plus de trois années après son prix Goncourt (2021), Mouhamed Mbougar Sarr donne du temps à son lectorat pour la digestion de son immense roman, « La plus secrète mémoire des hommes ». Il s’est confié au « Soleil ».
Quel a été votre modus vivendi pendant les années qui ont suivi votre Goncourt ?
Si je devais trouver une image de comparaison, je crois que celle du tourbillon serait la plus appropriée ; un tourbillon rapide et vorace, auquel il était impossible d’être préparé. Le nombre de sollicitations, d’invitations, de propositions de toutes sortes (y compris quand elles n’avaient rien à voir avec la littérature) a explosé. J’ai passé les trois dernières années à voyager et parler de mes livres. Moins d’un an après l’attribution du prix, les premières traductions ont commencé à paraître. Il a donc fallu que j’aille soutenir mes éditeurs étrangers dans la promotion du livre. J’ai donc voyagé dans une trentaine de pays répartis sur quatre continents, sans compter les activités quand j’étais en France. Autant dire que j’ai passé peu de temps chez moi. À une certaine période, je n’y revenais que pour changer de valise et repartir. Il m’est arrivé de me réveiller en pleine nuit et de ne plus savoir dans quel pays j’étais. Cela a bien évidemment un impact sur la santé physique, la vie mentale et le temps d’écriture. Mais, je ne me plains pas. Cela reste une belle aventure, et j’ai conscience d’être assez privilégié. J’ai découvert des pays et des lectorats extraordinaires. Mon plus récent voyage, par exemple, au Brésil, m’a beaucoup ému et empli de joie et de gratitude.
Après un chef-d’œuvre, beaucoup d’écrivains ont eu du mal à se remettre à l’écriture (exemple de Cheikh Hamidou Kane). Comment personnellement percevez-vous cette situation ?
Je ne crois pas avoir écrit un chef-d’œuvre. Le livre le plus important est toujours le prochain. « La plus secrète mémoire des hommes » continue sa vie. Il réunit des lecteurs dans le monde entier. C’est un magnifique destin et j’en suis heureux. Mais je songe déjà à la suite.
Votre regard a-t-il changé sur le rôle social de l’écrivain après la polémique qui avait éclaté au Sénégal après votre Goncourt ?
Mon regard n’a pas fondamentalement changé. Mais ce qui s’est passé, au-delà de la violence verbale et symbolique, au-delà de l’éphémère buzz, au-delà des flamboyantes prises de position, est venu confirmer certaines intuitions que j’avais sur le sens du travail de la littérature dans le contexte social, culturel, politique de notre pays. Ces intuitions sont nombreuses et je ne pourrai les développer toutes ici. Mais l’une d’elles me paraît importante : un écrivain ne doit jamais chercher à correspondre aux attentes culturelles de sa société. À mon sens, dans son oeuvre, seuls sa sensibilité, sa douleur, sa lucidité, sa mélancolie, son ironie, son courage, sa joie, sa langue, intimes, doivent commander. Cette fidélité à sa vérité intérieure est son honneur ; et sans chercher à provoquer puérilement, c’est à sa conscience d’artiste qu’il doit rendre des comptes. La société lui en demandera, nécessairement. Elle est sans doute dans sa fonction et son droit. Mais l’écrivain a, parmi beaucoup de fonctions, ce devoir : indiquer les lieux où la société est hétérogène, hypocrite, silencieuse, violente. Cette tension entre l’écrivain et sa société est nécessaire. L’écrivain doit l’assumer. Voilà comment je vois les choses.
D’où vous viennent les substrats (inspiration) des récits que vous relatez dans vos romans ?
Une part importante de mon travail a pour source des récits entendus ou aventures vécues pendant l’enfance. Il s’agit donc d’un travail de mémoire et de recréation de la mémoire. Une autre part importante vient de l’observation du réel, et particulièrement des lieux invisibles (qu’on veut rendre invisible) du réel, soit parce qu’ils sont honteux, soit parce qu’ils sont violents. Il s’agit donc d’un travail d’élucidation. Enfin, une dernière part provient de ma bibliothèque et de mes lectures, puisque la littérature, pour moi, naît toujours de la littérature.
S’il y en a, quel est le rituel qui suit la gestation de vos romans ?
Je n’ai ni structure ni plan préalablement établis. Je suis surtout les questions des personnages, les images premières de paysages. J’essaie d’atteindre ce point où l’écriture génère sa propre composition, son propre rythme, sa propre tension. La forme se construit d’abord, puis elle vous construit et devient la substance même de l’écriture. Le point que j’évoque est un endroit difficile à atteindre, le centre du labyrinthe, d’une certaine manière, mais une fois-là, je me sens comme un musicien de jazz qui obéit à autre chose qu’à une partition. Ce n’est ni improvisé totalement, ni prévu. C’est simplement l’écriture qui, mûre, sait où elle va et me porte avec elle. J’écris la nuit, c’est la seule constante.
Derrière chaque écriture, se cache, a priori, une idée de véhiculer une pensée. Est-ce qu’en tant qu’écrivain, vous avez au préalable tendance à avoir une idée nette de ce que vous voulez raconter ?
Pour être honnête, non. Je n’ai jamais compris l’intérêt de savoir ou voir clairement avant de l’avoir écrit, ce qu’on va écrire. Où serait le frisson de la découverte, le frisson de l’inconnu dans lequel on entre ? Je charge l’écriture de préciser ma pensée ou ma sensibilité qui sont là, mais auxquelles manque une forme. Écrire est la recherche de cette forme.
Dans vos quatre romans respectifs, la question de la dignité humaine semble être le prétexte de vos récits. Est-ce là une manière de mettre la littérature au chevet de l’humaine condition ?
Ce qui m’intéresse, en effet, c’est de chercher les formes de dignité possibles sous les nombreuses dominations ou humiliations de nos sociétés. Que la violence provienne de terroristes islamistes, d’une administration inhospitalière ou d’un système esclavagiste moderne, d’une société qui discrimine ses minorités ou d’une histoire littéraire coloniale et dissymétrique, ceux et celles qui la subissent tentent toujours d’affirmer leur humanité, d’une façon ou d’une autre. J’aime plonger dans les ombres humaines, car je veux voir l’expression du regard humain dans l’ombre.
Dans « La plus secrète mémoire des hommes », vous dites qu’écrire nécessite toujours autre chose. De manière factuelle, quelle est cette « autre chose » dont vous faites l’éloge et qui vous a réussi dans l’écriture de vos romans ?
Si je le savais, je n’écrirais plus et j’irais cultiver mon champ dans mon village. Cette autre chose est le secret même de la littérature. C’est la plus secrète mémoire des hommes. Personne ne les connaît, mais elles existent, et m’obsèdent.
Votre culture sérère apparaît nettement dans vos romans. Qu’est-ce qui explique cette « sérèritude » qui apparaît dans vos romans, notamment dans « La plus secrète mémoire des hommes » ?
Je parlais tout à l’heure de l’inspiration essentielle des récits de l’enfance. Il se trouve que ces récits proviennent de la culture sérère, qu’ils m’ont été donnés dans cette langue. La richesse de cette culture – les chants, la lutte, le travail de la terre – me fascine, et il ne passe pas un jour sans que je découvre un fragment de cette mythologie, de cette cosmologie, de cette cosmogonie. Je me sens profondément de là. Il est normal que cela transparaisse dans ma sensibilité littéraire.
Votre carrière littéraire se cantonne, pour le moment, au roman. Envisagez-vous d’écrire dans un autre genre ?
Oui, cela arrivera certainement. L’essai, le théâtre. J’aimerais. La poésie, je ne pense pas, même si j’en lis beaucoup. Mais, pour l’heure, le roman m’appelle plus fortement. Et comme sa forme est assez souple pour intégrer tous les autres genres, je les approche par-là, en attendant de m’y confronter directement.
Pensez-vous écrire en langue wolof ou même en sérère qui est votre langue maternelle ?
Oui, j’ai entrepris de suivre des cours de langue wolof. J’espère pouvoir écrire directement un roman dans cette langue, ou en sérère, un jour. J’en ai, en tout cas, l’envie profonde.
Au demeurant, avez-vous une oeuvre en gestation ?
Oui, mais il est trop tôt pour en parler. Tout ce que je peux en dire, s’il ne change pas, c’est qu’il se déroulera pour une large part en pays sérère.
Le Sénégal a récemment élu un nouveau président de la République. Quelle est, selon vous, la politique culturelle et sociale que devrait adopter le nouveau régime ?
Une politique dans laquelle la culture ne serait pas considérée comme un appendice tout à fait secondaire et anecdotique de la vie d’une nation. Une politique dans laquelle la culture ne serait pas subordonnée aux agendas politiques. Une politique dans laquelle la culture ne serait pas réduite au divertissement. Un politique dans laquelle la culture serait, pour tous, pas seulement aux habitants des grandes villes. Une politique dans laquelle, dès l’enfance, on apprendrait à respecter les artistes pour leur travail. Une politique dans laquelle on se souviendrait des artistes du passé, où on n’attendrait pas leur mort pour d’artificielles commémorations. Une politique, enfin, où la culture serait toujours exigeante et non point alignée sur les émotions immédiates et faciles. Toute cette vision est un rêve, peut-être. On verra bien.
LA CURIOSITÉ AU SERVICE DE LA CONNAISSANCE
Pourquoi le ciel est bleu ? D'où viennent les marées ? Comment se forme la pluie ? Dans son nouveau livre, Mamadou Sène répond aux questions que nous n'osons plus poser. Un retour aux sources de l'émerveillement scientifique
(SenePlus) - "Papa, explique-moi pourquoi et comment ! L'univers, l'atmosphère, la Terre, l'eau, le temps", le nouvel ouvrage de Mamadou Sène paru en novembre 2024 chez Publishroom Factory, propose une exploration fascinante de notre environnement à travers plus de 90 questions-réponses.
L'ancien dirigeant d'entreprise, diplômé d'HEC Paris, y défend une "saine curiosité, celle qui éloigne les hommes des préjugés, des fables, des idées toutes faites". Une démarche qui fait écho à l'esprit scientifique de Galilée ou Newton, dont les questionnements ont révolutionné la compréhension du monde.
À travers cet ouvrage destiné aux "adolescents et jeunes adultes" mais aussi à "leurs aînés", l'auteur aborde des sujets cruciaux comme le dérèglement climatique, la pollution, l'acidification des océans ou encore la déforestation. Pour Mamadou Sène, comprendre notre environnement n'est pas qu'une quête intellectuelle : c'est "une obligation pour tout homme et toute femme" afin de "protéger notre environnement, le sauvegarder et le sauver, s'il est menacé".
Le livre est disponible dans les principales librairies de Dakar : Aux 4 Vents, Clairafrique, Fnac Sénégal et L'Harmattan.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
SAISONS DE FEMMES DE RABY SEYDOU DIALLO OU L’HÉRITAGE MATRILINÉAIRE AFRICAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteure compose ici un roman imaginatif, singulier. C’est aussi un roman de la créativité et de la beauté africaine qui chemine sur les voies de l’espérance et qui égrène les saisons de nos imaginaires
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Le roman, qui est une reconstruction du réel travers la fiction, est aussi un espace littéraire où l’histoire sociale et les fondements d’une civilisation peuvent se croiser pour former une sorte d’authenticité, composée et remise en scène pour les besoins du récit. Cette alliance subtile, qui demeure un exercice difficile, peut servir à assurer la transmission d’un idéal et d’une culture qui porte des valeurs universelles.
C’est, semble-t-il, le cas du premier roman Saisons de femmes de Raby Seydou Diallo qui nous invite à explorer le théâtre de la vie des femmes dans la société sénégalaise contemporaine. Sociologue travaillant sur la condition féminine au Sénégal, Raby Seydou Diallo laisse entendre, en toute liberté, la voix des femmes avec une justesse qui s’appuie à la fois sur la tradition et sur l’évolution mOderne. Elle dresse le portrait de plusieurs femmes liées par leur destin familial, avec ses joies et ses épreuves. La généalogie ici racontée est celle de Tante Mina, de sa fille Couro et de Olel, la petite fille. L’analogie qui les unit semble être la transmission culturelle avec des nuances qui s’inscrivent dans les époques traversées par les héroïnes. Le roman débute par le récit d’Olel, orpheline de mère, qui a immigré au Canada et qui aspire à être scientifique.
Par un truchement temporel, on suit ensuite l’histoire de la rencontre de ses parents quelques années auparavant au Sénégal, un amour entier et épanouissant qui conduit le couple sur la voie du partage et du bonheur, inspiré par la tradition et la modernité. Couro, la mère d’Olel, est une femme de caractère qui fait des études de sociologie. Elle rencontre Birane à l’université et ensemble ils décident de se marier et de fonder une famille. Tante Mina, la mère de Couro, assure la transmission féminine à ses filles avec un mélange d’éducation surannée mais totalement ouverte sur les évolutions des nouvelles générations. La cérémonie de mariage de Couro et de Birane est racontée comme une épopée qui tient compte des rituels qui unissent les deux familles. Mais le bonheur est de courte durée puisque Couro, malade, décède peu de temps après avoir donné naissance à Olel. Birane, aidé de sa belle-famille, assure seul l’éducation de sa fille, refusant même de se remarier. Et avec toutes les complications que cela implique. Il faut attendre toutefois la fin du roman pour y trouver un dénouement inattendu.
Dans ce récit dédié à la place prépondérante des femmes dans la société africaine, les hommes sont présents mais comme en arrière-plan. L’auteure y inverse parfois les relations, comme pour inviter le lecteur à réfléchir aux idées reçues qui placent l’homme dans une situation de domination. La tradition matrilinéaire de la société sénégalaise retrouve ici son récit narratif dans un espace contemporain. Il faut dire que les femmes du récit sont particulièrement épanouies, femmes au foyer mais également intellectuelles ou artistes, elles ont des idées progressistes sans tout révolutionner. Elles possèdent l’intelligence et la beauté de leur éducation et de leur aspiration.
Il y a dans le développement des personnages des significations culturelles de la communauté peule, notamment, et de l’héritage des valeurs. On peut parfois y lire l’aspect pédagogique du conte qui est là pour assurer la succession traditionnelle mais sans enfermement, ni rigidité. Plusieurs questions sont soulevées, celle du mariage mixte, de la religion, de la politique, de l’entreprenariat des femmes, avec Nafissatou notamment qui décide de quitter sa vie en France pour investir dans une ferme au Sénégal, des femmes dans les villages qui créent, qui inventent des modes de vie qui s’adaptent aux exigences contemporaines, de la féminité, de la virilité, de la mort, de la polygamie avec son lot de contradictions, de la confrontation des castes sociales mais tout cela sans tabou et sans atermoiement.
De même, les passages du journal de Couro, quand elle est scolarisée au lycée Mariama Ba sur l’île de Gorée, est très éloquente. On y apprend la rigueur de l’enseignement et l’excellence qui forment communauté pour ces jeunes femmes venues de tout milieu social, et qui par l’école, peuvent réaliser leur rêve d’émancipation et de réussite sociale. Raby Seydou Diallo y a d’ailleurs fait son cursus avant de devenir universitaire et sociologue.
Ainsi, dans ce premier roman, les codes sont souvent balayés, au profit d’une certaine humanité qui ne calcule pas mais qui dicte naturellement la condition de chacun avec une certaine délicatesse et une bonne dose d’humour.
À partir d’une composition romanesque hétéroclite et surprenante, Raby Seydou Diallo réussit le pari de faire cohabiter des sujets de société et une intrigue qui ne laisse pas supposer le rebondissement final. L’écriture narrative est un mélange de construction classique, inspirée des contes et quelque fois du théâtre dans les confrontations orales et les dialogues. Avec le journal de Couro, on plonge dans une forme littéraire qui est celle de la confession réaliste tout en produisant un effet sensible. Les points de vues de la narration sont multiples et dessinent la complexité des relations humaines tout en favorisant le dialogue de manière symbolique, en réfutant la binarité du féminin et du masculin.
Raby Seydou Diallo compose ici un roman imaginatif, singulier et qui a la force d’un message social et culturel. L’héritage traditionnel épouse toutes les conventions humaines et prend sa place dans l’univers moderne. C’est aussi un roman de la créativité et de la beauté africaine qui chemine sur les voies de l’espérance et qui égrène les saisons de nos imaginaires.
Peut-on rester pur en politique ? C'est la question que pose Fary Ndao dans son premier roman "Le Dernier des arts". Il révèle une plume affûtée, nourrie par douze années de pratique du slam et une passion dévorante pour la chose politique
(SenePlus) - Dans un entretien accordé à RFI, Fary Ndao dévoile les ressorts de son premier roman "Le Dernier des arts", une plongée dans les méandres du pouvoir en Afrique de l'Ouest. L'ouvrage suit la trajectoire d'un candidat à la présidentielle confronté à un dilemme moral majeur lors du second tour face à une présidente sortante.
"Est-ce que ce qu'on fait en politique en vaut le coup, mais aussi le coût ?", s'interroge l'auteur, qui place son protagoniste idéaliste face à un choix cornélien. Le candidat découvre qu'un acte moralement répréhensible commis dans son entourage pourrait lui assurer la victoire. Le titre même du roman révèle l'ambivalence de la politique, que l'auteur qualifie comme "à la fois le dernier en terme moral" et "l'art ultime", s'inspirant d'une citation de Voltaire qu'il détourne habilement.
Le roman est porté par des personnages mémorables, dont Demba Diassé, figure inspirée du militant communiste sénégalais Joe Diop. "Il représente pour moi une forme de radicalité et une forme de joie assumée dans le combat", confie l'auteur. Le personnage de Zeynab, épouse du protagoniste, incarne quant à elle une femme puissante qui dépasse le simple statut "d'épouse de". "J'ai fait attention à ne pas trop lier les aspirations de mes personnages féminins à leurs conjoints", précise Ndao.
Ingénieur géologue de formation, Fary Ndao révèle un parcours singulier vers la littérature. "J'ai eu une carrière d'artiste-slammeur pendant 11 années, 12 même", explique-t-il, soulignant l'influence de cette pratique sur son écriture. C'est au contact d'autres écrivains qu'il s'est finalement tourné vers la fiction, porté par une "obsession" pour la politique.
Le roman se conclut sur une fin délibérément ouverte, laissant aux lecteurs "la liberté de poursuivre la réflexion autour des choix moraux qui ont été faits par les protagonistes", selon l'auteur. Une œuvre qui marque l'émergence d'une nouvelle voix prometteuse dans la littérature africaine contemporaine.
"Le Dernier des arts", par Fary Ndao, est publié aux Editions Présence Africaine (350 pages, 17 euros).
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DR KOKO : UNE PERSONNALITÉ HAUTE EN COULEUR, L’AFRIQUE AU CŒUR
EXCLUSIF SENEPLUS : Afrodescendante née en Californie et résidant à Baltimore, Dr Sélassié s’est reconnectée durablement avec sa terre-mère, un continent d’où ses ancêtres furent arrachés pour être déportés dans les Amériques il y a plusieurs siècles.
Plongée dans la frénésie de la mondialisation, l’Afrique est aujourd’hui un réceptacle de multiples idéologies, philosophies et modes de vie divers. Face à ces influences qui se déversent sur le continent depuis des siècles, parfois de manière violente et accélérée par des nouvelles technologies, l’universitaire afro-américaine Dr Kokahvah Zauditu-Sélassié plaide pour la préservation de l’authenticité culturelle africaine par ses fils et filles. Affectueusement appelée Mama Koko, elle était de retour à Dakar dans le cadre de la première édition d’Africa diaspora festival ou elle a participé à un panel dont elle nous en fait le résumé.
Personnalité haut en couleur, somptueusement vêtue d’une tenue africaine assortie d’un foulard, Dr Koko a vraisemblablement un caractère bien trempée. L’Afrique au cœur, son accent français renseigne fort bien, a première vue, l’ancrage de sa culture anglophone.
Afrodescendante née en Californie et résidant à Baltimore, Dr Sélassié s’est reconnectée durablement avec sa terre-mère, un continent d’où ses ancêtres furent arrachés pour être déportés dans les Amériques il y a plusieurs siècles. Pour le Dr. Kokahvah Zauditu-Selassie, l’Afrique ne doit pas diluer sa culture dans celles des autres. Elle insiste sur l’importance de conserver une identité authentique qui s’exprime à travers l’art, la musique et les nombreuses valeurs dont le continent est dépositaire.
Dans cette même optique, elle exhorte les Africains à protéger leurs ressources naturelles et à les gérer dans l’intérêt des populations locales, plutôt que de les céder à des intérêts extérieurs qui ne se soucient que des richesses africaines, mais rarement des Africains eux-mêmes.
Depuis près de cinq décennies, Dr Sélassié a fait le choix de renouer avec l’Afrique. Chercheuse en littérature afro-américaine, elle a poussé cette quête de connexion en adoptant un nom authentiquement africain, abandonnant ainsi définitivement son nom de naissance, héritage colonial. Elle porte aujourd’hui avec fierté le nom de Dr. Kokahvah Zauditu-Selassie, en hommage à l’Éthiopie, pays riche d’une histoire et d’une culture dignes, où elle a vécu pendant plusieurs années.
Ses séjours sur le continent ne se limitent pas à l’Éthiopie. Depuis sa première visite au Sénégal, où elle a été accueillie à bras ouverts, elle revient régulièrement en Afrique, tous les deux ans au minimum. Ses pérégrinations l’ont menée dans plusieurs pays, tant anglophones que francophones, et elle projette d’explorer davantage, notamment le Bénin, une destination qui s’affirme de plus en plus sur la scène touristique grâce aux initiatives de son gouvernement visant à révéler le pays au monde.
De retour au Sénégal, Dr Sélassié participe à la première édition de l’Africa Diaspora Festival, un événement rassemblant artistes, chercheurs et acteurs de la société civile autour d’une plateforme dédiée à l’unité du continent à travers la culture et l’art. Ce festival, tenu du 18 au 20 décembre au Centre culturel Douta Seck, a proposé une riche programmation incluant des concerts, des représentations artistiques, ainsi qu’une série de panels réunissant universitaires et artistes pour réfléchir sur le rôle de la diaspora dans le développement culturel et artistique de l’Afrique.
Africa Diaspora festival a été initié par le journaliste et critique d’art Alassane Cissé, également fondateur du journal culturel Patrimoine. Interviewé en marge de l’événement tenu à la maison de la culture Douta Seck, Alassane Cissé a expliqué les objectifs du festival, qui visent à contribuer à l’unité africaine par la culture. Pour lui, a travers ce festival, il s’agit avant tout, dans la lignée de la pensée de Frantz Fanon, d’inciter sa génération de « découvrir sa mission et la remplir »
LE LIVRE AU CŒUR D'UNE CITE, JADIS DOMINEE PAR LE CHEMIN DE FER
La capitale du Rail sera, du 8 au 11 avril prochain, la capitale du livre. C'est dans le cadre de la 7e édition du salon international du livre de Thiès (SILTH), initié par l'écrivain Moustapha Ndéné Ndiaye
La capitale du Rail sera, du 8 au 11 avril prochain, la capitale du livre. C'est dans le cadre de la 7e édition du salon international du livre de Thiès (SILTH), initié par l'écrivain Moustapha Ndéné Ndiaye. C'est le Pr Ibrahima Thioub, ancien Recteur de l'université Cheikh Anta Diop (uCAD), qui est le parrain de l'évènement, qui portera le livre au cœur d'une cité, jadis dominée par le chemin de fer.
La capitale du Rail, dénommée aussi la cité rebelle, a toujours joué un rôle de tout premier ordre dans les luttes syndicales et politiques qui ont jalonné l'histoire du Sénégal. Mais depuis quelques années, elle a emprunté un autre virage, en devenant la capitale du livre, le temps du Salon International du Livre de Thiès (SILTH). L'initiative porte la signature de Moustapha Ndéné Ndiaye, Ecrivain et Directeur Général de Fama Editions, l'une des rares maisons d'édition implantée en région et qui a publié de grands auteurs comme Seydi Sow, Louis Camara, Alpha Sy, etc. Le salon prévu du 8 au 11 avril 2025 est à sa 7e édition et c'est le Pr Ibrahima Thioub, ancien Recteur de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), qui en est le parrain. Il succède à l’écrivain Boubacar Boris Diop qui a été le parrain de la dernière édition du SILT qui s’est tenue à Saly Portudal en 2024.
Selon l'initiateur et écrivain Moustapha Ndéné Ndiaye, cet évènement qui se déroulera sur la Promenade des Thiessois constitue un retour aux sources de la scène littéraire sénégalaise. C'est ainsi que le thème retenu cette année est « L’écriture mémorielle : des vérités à la réconciliation». Il souligne que, lancé en 2011, cet évènement s’est enrichi au fil du temps de l’adhésion des écrivains notamment Ken Bugul, Sokhna Benga, Fama Diagne Sène et de tous les éditeurs du Sénégal. Et l'une des innovations cette année, c'est l'arrivée attendue d'éditeurs et écrivains ivoiriens et maliens. Dans ce même sillage, Moustapha Ndéné Ndiaye laisse entendre qu'en partenariat avec la ville de Thiès, «un autre aménagement qui compte accueillir plus de quarante éditeurs sera mis en place sur l’Esplanade de la Promenade des Thièssois, avec un espace animation pour les différents panels qui se tiendront autour du thème et de ses sous thèmes. Comme toujours, une large place sera réservée aux plus jeunes qui constituent le public le plus dynamique de cet événement. L’organisation compte déployer des moyens financiers et matériels très importants, en vue de leur mobilisation, grâce au concours de l’Inspection d’Académie de Thiès, qui est un partenaire stratégique de cet évènement».
Sur le plan financier, il a annoncé un budget prévisionnel d'environ trente millions de francs CFA «que comptent rassembler les organisateurs, grâce aux concours financiers attendus principalement du Ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Culture et de la Ville de Thiès qui accueille l’évènement. Cette rencontre s’appuie également sur le partenariat des structures privées comme certaines entreprises mais aussi du point de vue stratégique sur le Réseau Africain des Editeurs (Apnet) et de l’Association sénégalaise des éditeurs (Ase)». L'initiateur de l'évènement d'affirmer que l'ambition à travers ce salon, est de «porter le livre, resté un outil de connaissance par excellence, au cœur d'une cité dominée jadis par le chemin de fer et qui connaît actuellement une mutation, vers un pôle universitaire et scolaire». D'autant plus, ajoute-t-il, que Thiès compte beaucoup d'écrivains qui publient chaque année.
Fondée par l’écrivain et éditeur Thiessois, Moustapha Ndéné Ndiaye, cette organisation aura cette année comme commissaire l’enseignant Mohamed Sow dit Baudelaire. Le professeur et écrivaine Andrée Marie Diagne Bonané dirige le comité scientifique depuis 2023. Pour lui, l'évènement qui est à sa 7ème édition est déjà pérennisé et l'objectif est de l'inscrire en lettres d'or dans l'agenda culturel du Sénégal.
NON MONSIEUR DIAGNE, LES TIRAILLEURS SENEGALAIS NE SONT PAS DES TRAÎTRES
EXCLUSIF SENEPLUS - C'est sans doute l'héritage de la lutte contre les injustices des tirailleurs qui fait de notre armée, une armée républicaine. Dans tout débat académique, le contexte historique est à prendre au sérieux
Le 24 octobre 1940, le maréchal Philipe Pétain signe l’armistice avec Adolphe Hitler à Montoire. La France est divisée en deux parties : la zone nord avec Paris occupée par les Allemands et la zone sud dite libre avec Vichy comme capitale. Dans la déclaration de capitulation de la France le 30 octobre 1940, un passage a retenu mon attention : « L'armistice, au demeurant, n'est pas la paix. La France est tenue par des obligations nombreuses vis-à-vis des vainqueurs. Du moins reste-t-elle souveraine. Cette souveraineté lui impose de défendre son sol, d’éteindre les divergences de l’opinion et surtout de réduire les dissidences des colonies." Ce qu'il faut retenir c’est que la longue présence des tirailleurs sénégalais dans les différents théâtres d’opération, guerres entreprises par la France, leur a donné une conscience politique. Deux périodes peuvent nous éclairer : la première va de 1854 à 1900 et la seconde de 1904 à 1960.
La première période voit les tirailleurs engagés loin de leur base dans les aventures extérieures du Second Empire : guerre de Crimée (1854-1856) ; intervention au Mexique (1862-1867). Quelques bataillons de tirailleurs sénégalais furent appelés au front lors de la guerre de 1870-1871 entre la Prusse et la France. Celle-ci fut battue à Sedan.
De ces différentes participations aux guerres menées par la France, les tirailleurs vont capitaliser des expériences qui se transformeront en des revendications politiques au moment voulu.
La deuxième période est celle qui va des années 1900 à 1960 : les différentes guerres menées par la France ont entraîné une chute démographique importante ; d’où un besoin de renfort colossal. Et ce besoin ne pouvait être comblé que par les colonies africaines d’ou le changement du mode de recrutement des tirailleurs sénégalais : ce mode de recrutement n'est guère éloigné de celui des esclaves de même que les tâches qui leur sont confiées.
Pour les esclaves, la prime d’engagement est en fait le rachat de l'esclave. Ensuite le groupe social le plus sollicité dans les recrutements ce sont les Bambaras qu’on retrouve en grande partie en Afrique de l'ouest : sud Mali, Ghana, Guinée, Burkina Faso, Sénégal et l'est de la Côte d'Ivoire. La cartographie du recrutement des tirailleurs englobait-il le royaume de Ségou et le royaume bambara de Kaarta ? Un dilemme se posa aux autorités coloniales. Comment mobiliser les populations des colonies pour les recruter ?
Le député Blaise Diagne est chargé de la mission. Le 12 février 1918, ceinturé de l’écharpe tricolore il débarque à Dakar et prend le train Dakar-Niger pour organiser le recrutement. Faut-il épargner les jeunes sachant lire et écrire en français pour le recrutement des échelons subalternes de l'administration locale, ou bien suivre l’avis du général Mangin qui souhaite amplifier les recrutements pour faire face aux classes creuses en métropole ? L'intensité et la brutalité des recrutements ont entrainé la fuite de certaines populations vers d'autres colonies voisines d’où la migration interne. Les recrutements ont montré la place dominante des Bambaras et c’est même la langue bambara qui fait référence dans les compagnies.
De 1900 à 1960 c’est-à-dire au moment des indépendances, ce sont des milliers de soldats noirs qui sont engagés sur tous les fronts : conquêtes coloniales, les deux guerres mondiales et contre les guerres de libération, Algérie et Indochine en particulier. Pour montrer l’importance de cette force noire à Paris en 1940 : l’armée allemande qui occupe cette zone nord va traiter de manière surprenante ces noirs vivant dans la capitale française. En période d’hiver où le froid règne en maître, leur chauffage n’est pas coupé et certains bénéficient même de rations alimentaires convenables, là où les Français étaient sans chauffage et affamés. Quel est le but recherché par Hitler ? C’est que ces tirailleurs sénégalais, ces étudiants une fois au retour dans leurs colonies africaines respectives, se soulèvent contre l'autorité coloniale.
L'assassinat de Charles N’Tchorere à Airaines le 7 juin 1940 et le massacre de Chasselay le 17 juin, masquent le fait qu’Hitler dans le même temps encourage ces mêmes tirailleurs à se soulever contre la France dans les colonies africaines. D’où l'importance de ces soldats noirs qui inspirent la peur et le racisme aux Allemands ; mais que ces derniers veulent utiliser en même temps comme pièce maîtresse dans leur lutte contre la France.
Les tirailleurs sénégalais au retour dans leurs colonies africaines exigeaient la liberté, aspiraient au changement en parfaite symbiose avec le mouvement des étudiants africains de Paris et surtout le mouvement Afro-Américain qui prône le retour en terre africaine. Ce mouvement de veille incarné par les tirailleurs sera marqué par leur implication dans la création des nouvelles armées africaines.
Pour le cas du Sénégal notre armée formée au respect des institutions reste fidèle aux politiques. C'est sans doute son héritage de la lutte contre les injustices des tirailleurs qui fait d’elle une armée républicaine.
Non Monsieur Diagne les tirailleurs ne sont pas des traîtres. Dans tout débat académique, le contexte historique est à prendre au sérieux.
Mbaye Dione est enseignant en histoire.
UN PLAIDOYER POUR LA DECENTRALISATION DES POLITIQUES
L’ouvrage, de Cheikh Oumar Sy Djamil, intitulé «A l'ombre du bénteñe: naissance d'une passion pour la ville», a été présenté au public.
L’ouvrage, de Cheikh Oumar Sy Djamil, intitulé «A l'ombre du bénteñe: naissance d'une passion pour la ville», a été présenté au public. Ce livre retrace le vécu de l’auteur, un responsable administratif et financier, dans la commune de Gueule tapée-Fass-Colobane.il prône une citoyenneté responsable ainsi que la nationalisation des politiques territoriales.
A l’occasion de la cérémonie de dédicace, l’auteur indique qu’il a retracé son parcours dans la commune de Gueule Tapée-Fass-Colobane. Il a également parlé de Seydi Djamil qui estle fils aîné de Serigne Babacar Sy qui, dit-il, n’est pas connu du grand public comme Serigne Mansour Sy (Borom Daara J) et Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy (Al Maktoum), alors que c’est lui, le frère aîné, qui a vécu pendant plus de 40 ans à Dakar et son dernier est resté à Fass.
L’auteur plaide, en outre, pour la délocalisation des moyens de l’État pour donner plus d’autonomie aux collectivités. C’est, à son avis, le seul moyen de développer les terroirs. L’ouvrage retrace, au fil des 165 pages, l’évolution de cet espace, Gueule Tapée-Fass-Colobane. Il s’est agi aussi de décliner, dans les sept chapitres, les ambitions par rapport à la localité située au cœur de la capitale et qui paradoxalement «manque de presque tout». «On ne peut pas comprendre que cet espace situé entre le Plateau, la Médina et Point E, lorsqu’il y a des inondations, que ce quartier qui est bordé par deux canaux, canal 4 et canal Gueule Tapée, qu’il y ait des inondations urbaines et des femmes restent pendant 15 jours dans leurs chambres pour faire la cuisine sur des lits.... Ça existe à Fass, il faut y remédier», lance l’auteur. La commune est, ajouta-t-il, dans la ceinture scolaire la plus développée du pays, avec les lycées Kennedy, Delafosse, Blaise Diagne, Jean De La Fontaine... en plus de 13 écoles primaires, les universités. Paradoxalement, il y a un très grand taux de rupture scolaire dans la commune, les enfants ne vont pas à l’école et c’est dramatique, déplore Cheikh Oumar Sy Djamil. «Quand vous circulez dans les rues le matin, les enfants traînent alors qu’il y a des infrastructures qui devaient faire de ce quartier le quartier latin de la capitale», ditil. Tous ces paradoxes, sur le plan politique, sont listés dans l’ouvrage. La commune, haut lieu de toutes les manifestations politiques, est, de l’avis de l’auteur, oubliée lorsque les politiques accèdent au pouvoir. Le livre fait ainsi une évaluation de chaque domaine, sport, culture, éducation, santé, cadre de vie, emploi des jeunes et des femmes, sécurité. Ce, avant d’élaborer un programme estimé à «20 milliards» et qui sera présenté aux populations pour qu’elles l’adoptent et en fassent un programme de société.
L’auteur pense que le digital n’est pas en mesure de supplanter le livre physique. Le titre de l’ouvrage est, dit-il, inspiré par le Bénteñe qui trône à Fass de Lorme, qui est le symbole de tout le quartier. Quant à la naissance d’une passion pour la ville, c’est dit-il, un clin d’œil aux projets pour la localité, discutés sous l’arbre centenaire. D’autant qu’il croit à la nationalisation des politiques territoriales. Il serait bien, prône l’auteur, qu’il y ait une réforme budgétaire à l’endroit des collectivités. «À l'ombre du bénteñe: naissance d'une passion pour la ville est un tour d'horizon détaillé de l'histoire politique du Sénégal indépendant, en choisissant une commune de Dakar, celle de Gueule Tapée-Fass-Colobane, comme observatoire et laboratoire. Récit de vie d'une famille dont le parrain s'écarte de tout engagement politique alors que les enfants s'y lancent, le livre de Cheikh Oumar Sy Djamil est aussi un manifeste pour une citoyenneté active pour alimenter et soutenir les institutions locales. C'est aussi un plaidoyer pour une citoyenneté responsable qui décline droits et devoirs solidairement, y compris de s'acquitter de ses impôts», a résumé la quatrième de couverture.