La série de panels sur la commémoration du 80e anniversaire du massacre de tirailleurs sénégalais s’est tenue, le samedi 15 mars, au musée des Civilisations noires, une conférence autour du thème : «Thiaroye 44 : Représentations littéraires et (dé)constructions mémorielles». des universitaires et journalistes ont démontré l’apport de la littérature et la création artistique dans la déconstruction du discours colonial et la reconstruction de notre propre discours à partir de la fiction, de l’imaginaire.
La déconstruction du discours colonial mensonger sur les évènements de Thiaroye 44 est l’œuvre des littéraires. La création artistique et les ouvrages ont aussi permis de reconstruire des pans d’histoire et de construire une mémoire collective sur la question. Pr Ibrahima Wane indique que l’intérêt de la réflexion autour de la littérature, c’est qu’il s’agit de la question de la recréation. Comment les faits sont perçus ? Comment ils sont retravaillés par l’imagination créatrice ? Comment ils sont transmis ? Comment ils constituent la mémoire, donc le rôle de la création dans la construction de la mémoire ? D’autant que la particularité de la littérature et des arts, c’est de travailler à partir du langage, de retravailler des faits avec l’émotion. Ce qui est, à son avis, important puisqu'il s’agit de massacre, d’une tragédie. Il s’agit, en outre, d’élever un panthéon à la mémoire de disparus dans des conditions tragiques. C’est en cela que la littérature est un travail beaucoup plus efficace que d’autres langages puisqu'elle utilise la réalité historique et l’imaginaire, dit-il. Il s’agit, également, de savoir comment nommer efficacement les choses. Quand on parle de littérature, on pense à la fiction alors qu’elle s’inspire de l’histoire et de la réalité sociale. A travers les œuvres d’art, on peut reconstituer plusieurs pans de l’histoire parce que c’est souvent une mise en scène, une codification de choses réelles, signale Pr Wane. Donc, on ne peut pas étudier l’histoire en excluant la littérature. D’autant que la littérature a pour matière l’histoire et l’histoire doit faire de la littérature une matière importante. Pour lui, il est important que les œuvres sur la question soient diffusées à l’école et traduites dans les langues locales et faire en sorte que la peinture populaire trouve des moments et des lieux de rencontre avec le public. Il pense qu’il faut usiter de toutes les expressions en multipliant et exploitant leurs diversités puisque chacune a son langage, son pouvoir et son public.
Modéré par Pr Ibrahima Wane, le panel, dans le cadre de la commémoration des 80 ans du massacre, était animé par Pr Ibrahima Diagne, département de langues et civilisations germaniques et de Dr Alioune Diaw, département de Lettres modernes de l’UCAD et le journaliste et écrivain Pape Samba Kane. Pour lui, il s’est agi d’exprimer sa propre relation en tant que gamin avec cette histoire de Thiaroye 44, à partir des rumeurs du village avec des versions extrêmement différentes, contradictoires. Il a, dit-il, appris tout à l’école primaire sauf une histoire qui le touche de près. Né à 12 km du théâtre du massacre du 1er décembre 1944, il savait plus des figures historiques comme Charlemagne, Jeanne d’Arc... que de ce qui s’est passé à Thiaroye. Il a ainsi démontré ce rapport de bourrage de crâne et de tentative de «nous vider de notre propre histoire». Le journaliste a insisté sur le fait que c'est une entreprise vaine. Dans la mesure où la façon dont les tirailleurs sont morts donne un devoir à ceux qui leur ont survécu et qui ont une relation parentale, idéologique de proximité... de perpétuer leur mémoire. Ce qui, ailleurs, se fait dans du marbre, du bronze et de l’acier
Pape Samba Kane, lui, souhaite que cela se fasse autrement, «par notre propre chair, par notre imaginaire en construisant quelque chose.» A l’en croire, l’approche est plus efficace par la fiction notamment les romans, les films...qui impriment dans notre imaginaire les émotions nécessaires à nous faire conserver cela plutôt que les études scientifiques qui ont, certes, leur importance. Seulement, pour ancrer dans la chair la douleur des soldats, c’est, à son avis, la création artistique qui est plus efficace. Sur la question du caractère fictionnel des créations artistiques, le journaliste rétorque. «Il n’y a pas de création artistique qui se situe en dehors de la réalité, si elle ne se nourrit pas de la réalité, elle parle à la réalité. La réalité et la fiction sont liées. Ceux qui font la création sont réels et le public destinataire est aussi la représentation d’une réalité. Le rapport réalité fiction est, dit-il, difficile à diviser, ils se confondent.» Il déplore le manque de roman écrit à partir de cette triste réalité, d’autant qu’il y a des poèmes, des pièces de théâtre, des films... Et prône d’usiter les nouvelles technologies pour rendre accessibles des aspects de la question sur des supports vidéo, documentaires, discussions.
LA LITTERATURE, IMPLANT MEMORIEL
Pr Ibrahima Diagne s’est penché sur la fonction de la littérature à suppléer l’histoire quand il y a un vide, notamment le nombre de tirailleurs massacrés, les lieux d’inhumation, ainsi que les motifs du massacre... Le pouvoir de la littérature, indique le chercheur, c’est de donner une représentation des faits permettant à la mémoire d’avoir une prise sur l’histoire. Pour ce faire, PrDiagne use de la métaphore de la littérature «implant mémoriel». La littérature comble le vide. Ce qui permet de donner corps aux souvenirs et de pouvoir continuer à perpétuer la mémoire des tirailleurs sénégalais. La littérature a, dit-il, ce pouvoir de construire et déconstruire des imaginaires. Celui qui entoure le récit de Thiaroye d’un point de vue français est ethnocentrique. C’est elle qui a mis au goût du jour des faits historiques, et à déconstruire le discours français sur la question pour construire un discours tout à fait sénégalais qui démonte le tissu de mensonges sur le massacre, a signalé Pr Diagne. Le critique littéraire pense aussi que reproduire la réalité est quasiment impossible. Pour lui, même si la littérature est un discours de subjectivité, il se nourrit d’imaginaire, donc de fiction. Mais cela n'enlève en rien le potentiel de la littérature à cerner la réalité et à en donner une lecture qui peut aller au-delà des attentes. C’est donc une fiction, représentation d’une réalité et qui ne peut pas se substituer à cette réalité. La production littéraire a ainsi contribué à construire une mémoire. Pr Alioune Diaw pour sa part a démontré comment les productions littéraires ont participé à la construction et ou à la déconstruction de la mémoire des évènements de Thiaroye 44. L’évènement est à plusieurs enjeux politiques, militaires, scientifiques, juridiques. Il a aussi suscité des créations littéraires telles que le poème Thiaroye» publié en 1948 dans Hosties noires. Il y a aussi une bande dessinée, «Mort par la France» produit par des Occidentaux. Il y a aussi la pièce de théâtre du journaliste, écrivain, «Thiaroye terre rouge» paru dans les années 80. C’est des mémoires collectives élevant les tirailleurs au rang de héros, au même titre qu’El Hadji Omar Tall...
L’importance de la fiction est reconnue de tous. Seulement, l’événement était entretenu par un tissu de mensonges par l’autorité coloniale, déplore Pr Diaw. Mensonge qui est entretenu au fil de l’histoire. L’enseignant au département de lettres modernes déplore dans la foulée le fait qu’il n’y avait pas de travail historique de déconstruction de cette contrevérité. D’autant que les historiens qui ont mené cette déconstruction du mensonge sont étrangers, Martin Mourre et Armelle Mabon. A côté du mensonge étatique de la France et l’absence de déconstruction par les historiens locaux, c’est un chant exploité par les créateurs artistiques et littéraires pour déconstruire le discours colonial et reconstruire notre propre discours. Pour diffuser ces messages, il prône les nouvelles technologies et la BD pour toucher les plus jeunes. C’est bien de réfléchir sur cette mémoire mais le travail doit permettre d’envisager le futur, souligne Pr Alioune Diaw.
FELWINE SARR DOUBLEMENT RÉCOMPENSÉ AU SALON DU LIVRE AFRICAIN DE PARIS
L’écrivain et penseur sénégalais a été couronné du Grand Prix Afrique de la nouvelle pour son recueil Le bouddhisme est né à Colobane, un ouvrage composé de sept nouvelles explorant des thèmes universels.
L’écrivain et penseur sénégalais Felwine Sarr a brillé au Salon du livre africain de Paris, décrochant deux prestigieuses distinctions. Il a été couronné du Grand Prix Afrique de la nouvelle pour son recueil « Le bouddhisme est né à Colobane », un ouvrage composé de sept nouvelles explorant des thèmes universels tels que l’amour, la vie, la mort, le détachement et la sagesse.
Mais ce n’est pas tout. À travers Jimsaan, la maison d’édition qu’il a cofondée avec Boubacar Boris Diop et Nafissatou Dia, il s’est vu attribuer le Prix Afrique de l’édition 2024, récompensant le travail d’éditeurs engagés dans la promotion de la littérature africaine.
Cette double consécration souligne l’influence grandissante des auteurs et éditeurs sénégalais sur la scène littéraire internationale. Felwine Sarr, figure incontournable du renouveau intellectuel africain, continue ainsi d’enrichir le paysage culturel et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les lettres africaines.
LE CINEMA SENEGALAIS EST EN PLEINE TRANSFORMATION, MAIS IL RESTE DES DEFIS A SURMONTER
Dans une interview, Alain Sembène, fils du légendaire cinéaste Ousmane Sembène, partage son point de vue sur l'état actuel du cinéma sénégalais, les défis auxquels il est confronté, et l'héritage cinématographique de son père
Dans une interview, Alain Sembène, fils du légendaire cinéaste Ousmane Sembène, partage son point de vue sur l'état actuel du cinéma sénégalais, les défis auxquels il est confronté, et l'héritage cinématographique de son père. Alain, qui a grandi dans l'ombre d'un des pionniers du cinéma africain, offre un regard à la fois critique et optimiste sur l'avenir de cette industrie culturelle au Sénégal.
Alain Sembène commence par souligner l'énergie nouvelle qui anime le cinéma sénégalais aujourd'hui. « Dakar est actuellement un creuset d'énergies nouvelles, avec l'émergence de nombreuses salles de cinéma qui donnent une scène aux productions locales », explique-t-il. Il se réjouit de voir les récits sénégalais prendre vie sur grand écran, offrant au monde une fenêtre sur une perspective unique. Cependant, il reconnaît que des défis financiers et structurels persistent. « Nous explorons activement des solutions innovantes pour financer nos films et renforcer la durabilité de notre industrie », ajoute-t-il. Parmi les défis majeurs, Alain cite le financement, l'accès aux salles de cinéma en dehors de Dakar, et la formation des jeunes cinéastes. « Il est essentiel d'augmenter le nombre de salles à travers le pays pour que tout le monde puisse profiter des créations locales », insiste-t-il. Il plaide également pour des fonds de garantie, des crédits d'impôt, et plus d'écoles de cinéma pour former la nouvelle génération de réalisateurs.
L'HÉRITAGE D'OUSMANE SEMBÈNE : ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ
Quand on évoque l'évolution du cinéma sénégalais depuis l'époque de son père, Alain ne cache pas sa fierté. « Sembène utilisait sa caméra comme une arme de réflexion sociale, s'attaquant à des sujets lourds avec une authenticité brute », rappelle-t-il. Aujourd'hui, bien que ces thèmes restent ancrés dans le cinéma sénégalais, Alain observe une ouverture vers une diversité de genres qui n'existait pas auparavant. Il souligne également les avancées technologiques et les collaborations internationales qui ont permis aux films sénégalais de voyager davantage. « Les collaborations internationales qui étaient autrefois une lutte acharnée pour Sembène sont aujourd'hui plus fréquentes, ouvrant des portes à nos histoires sur des scènes mondiales », explique-t-il. Il mentionne également le soutien gouvernemental, comme le FOPICA, qui tente de nourrir cette industrie, bien que des améliorations soient encore nécessaires.
CAMP DE THIAROYE : UN FILM PANAFRICAIN AUX THÈMES INTEMPORELS
Alain partage également des souvenirs personnels du tournage de Camp de Thiaroye, l'un des films les plus emblématiques de son père. « Sur le plateau, il y avait une atmosphère électrique, alimentée par le sentiment que nous étions en train de créer quelque chose d'exceptionnel », se souvient-il. Ce film, financé par le Sénégal, l'Algérie et la Tunisie, incarnait l'esprit panafricain, et les acteurs, venus de différents pays africains, étaient fiers de participer à un projet qui racontait une histoire africaine par des Africains. Malgré son succès critique, Camp de Thiaroye a été confronté à des défis majeurs, étant interdit en France pendant une décennie et censuré au Sénégal pendant trois ans. Cependant, le film a récemment bénéficié d'une restauration numérique grâce à la Fondation de Martin Scorsese, ce qui a permis de le présenter à nouveau à un public mondial. « Ces événements ont aidé à raviver l'intérêt pour ce film crucial et à célébrer son importance historique et culturelle », explique Alain. Les thèmes abordés dans Camp de Thiaroye restent pertinents aujourd'hui, selon Alain. « Le film traite des effets durables du colonialisme, de la quête de justice pour les groupes marginalisés, et du racisme institutionnel », souligne-t-il. Ces questions, encore d'actualité dans de nombreuses sociétés, font du film une œuvre intemporelle.
PRÉSERVER L'HÉRITAGE CINÉMATOGRAPHIQUE
Alain insiste sur l'importance de préserver l'héritage cinématographique de son père et des autres pionniers du cinéma sénégalais. « Il est crucial de garder notre essence culturelle, même avec les coproductions internationales », affirme-t-il. Il plaide pour des lois qui protègent la culture cinématographique sénégalaise et encouragent les récits profondément ancrés dans l'identité sénégalaise. En conclusion, Alain Sembène reste optimiste quant à l'avenir du cinéma sénégalais. « Avec un peu d'ingéniosité et beaucoup de passion, je crois que notre cinéma peut non seulement survivre, mais vraiment prospérer et raconter le Sénégal au monde entier », déclare t-il. Il appelle à une mobilisation collective pour surmonter les défis et faire briller les histoires de la terre sénégalaise sur les écrans du monde entier.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
KEN BUGUL OU LA CONSCIENCE DE LA RENAISSANCE
EXCLUSIF SENEPLUS - Par sa puissance littéraire, l'auteure de La Folie et la Mort nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La Folie et la Mort de Ken Bugul est un roman déchirant qui accuse la force du pouvoir et les dérives sanglantes d’un continent en proie au déséquilibre. Le style de Ken Bugul possède un souffle narratif qui mêle réalisme, fantastique, allégorie tout en explorant l’univers secret des croyances africaines et la réalité brutale d’un monde qui a perdu ses valeurs. L’écriture elle-même oscille entre le récit romanesque, la prose poétique et l’épopée onirique. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos. L’auteure tisse une histoire contemporaine sans rien oublier des injustices cruelles que traverse l’Afrique.
Dans un pays imaginaire, à quelques détails près, les habitants obéissent au grand Timonier qui a décidé de faire disparaître tous les fous « qui raisonnent et ceux qui ne raisonnent pas ».
On suit ainsi le destin de plusieurs personnages dont les histoires sont tragiques et empreintes de folie. L’espoir de vie est si réduit que malgré le courage, l’honnêteté et la lucidité qui les animent, ils sont voués à errer dans la nuit terrifiante des horreurs qu’ils ont traversées.
Mom Dioum, jeune femme qui a bravé la capitale pour étudier, revient au village désemparée. Un terrible secret semble l’habiter et elle décide de « se tuer pour renaître ». Pour cela, elle choisit de se faire tatouer les lèvres pour échapper à ses démons. Elle disparaît et sa décision va la conduire dans une longue errance initiatique et douloureuse. Inquiète, Fatou Ngouye, son amie d’enfance, part à sa recherche, accompagnée de Yoro le cousin de Mom Dioum. Arrivés à la capitale, les deux jeunes gens sont arrêtés par la police puis séparés. Et leur calvaire ne fait que commencer. Fatou Ngouye, déshonorée, connaît un sort tragique. Brûlée sur la place du marché, elle devient une figure de martyre. Yoro lui cède à la déchéance et s’allie, corps et âme, au pouvoir machiavélique pour survivre mais il n’y parviendra pas.
Mom Dioum, quant à elle ayant échoué son rite initiatique, est défigurée et se retrouve à l’hôpital psychiatrique. Elle y fait la connaissance de Yaw que des images de sang et de meurtres ont rendu irresponsable. C’est le seul espoir que propose le récit de Ken Bugul, la rencontre de deux êtres qui ont souffert et qui veulent retrouver la force et la voie de l’amour. Mais la folie ne peut survivre au désespoir et la mort vaut mieux que l’aliénation totale. C’est le message que semble délivrer Ken Bugul.
A travers ces récits irréels, et pourtant réalistes, haletants de blessures profondes, Ken Bugul nous entraine dans son univers littéraire singulier, fabuleux, chimérique et terriblement juste. La lecture de ce roman ne nous laisse pas indifférent car l’auteur sait aussi dénoncer ce qui peut mener le continent africain à la folie et à la mort : les humiliations de la dépendance, la misère, les guerres fratricides, les chefs d’Etat criminels avides de pouvoir, l’exploitation des peuples, la déshumanisation de l’esprit africain, la perte des valeurs et la course vers l’espoir sans cesse brisée.
Cette vision terriblement pessimiste est une sorte de métaphore poussée à l’extrême qui bouscule nos certitudes et nous force à réfléchir sur les enjeux de l’avenir du continent africain. Ken Bugul, par sa puissance littéraire, nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
La Folie et la Mort, Ken Bugul, Présence Africaine, Paris, 2000.
MOUSSA TOURE INVITE A REPONDRE AUX DEFIS DU FINANCEMENT ET DE LA DIFFUSION
Dans une interview exclusive, Moussa Touré, cinéaste sénégalais de renom, revient sur les défis actuels du secteur et propose des pistes pour redonner au cinéma sénégalais sa gloire passée.
Le cinéma sénégalais, autrefois considéré comme l’un des fleurons du 7e art en Afrique, traverse aujourd’hui une période difficile. Dans une interview exclusive, Moussa Touré, cinéaste sénégalais de renom, revient sur les défis actuels du secteur et propose des pistes pour redonner au cinéma sénégalais sa gloire passée.
Le cinéma sénégalais a connu son âge d’or dans les années 1960 et 1970, porté par des figures emblématiques comme Ousmane Sembène, considéré comme le père du cinéma africain. Sembène, avec des œuvres comme La Noire de… (1966) et Xala (1975), a su capturer les réalités sociales et politiques du Sénégal post-colonial, tout en offrant une critique acerbe des systèmes de pouvoir. D’autres réalisateurs comme Djibril Diop Mambéty, avec son film Touki Bouki (1973), ont également marqué l’histoire du cinéma africain par leur audace narrative et esthétique.
Ces films, souvent produits avec des moyens modestes, ont néanmoins réussi à s’imposer sur la scène internationale, remportant des prix dans des festivals prestigieux et ouvrant la voie à une nouvelle génération de cinéastes africains. Cependant, depuis ces années glorieuses, le cinéma sénégalais semble avoir perdu de son éclat, confronté à des défis structurels et financiers.
Selon Moussa Touré, les problèmes actuels du cinéma sénégalais résident en particulier dans le financement. « Nous avons peu d’argent, et les coproductions avec le cinéma français, par exemple, ne profitent pas toujours aux cinéastes sénégalais », explique-t-il. Il déplore que les cinéastes sénégalais ne bénéficient pas des recettes générées par leurs films, malgré leur participation financière. « Nous gagnons de faire un film, mais nous ne gagnons pas de recettes », souligne-t-il.
La diffusion des films sénégalais est un autre problème majeur. Moussa Touré constate que les salles de cinéma traditionnelles sont quasi inexistantes, et que les films africains peinent à trouver un public. « Les gens ne vont pas voir des films africains », regrette-t-il. Il souligne l’importance de créer des salles de cinéma dédiées aux productions locales, afin que les films sénégalais puissent être accessibles au grand public.
REDYNAMISER LE CINEMA SENEGALAIS : LES PROPOSITIONS DE MOUSSA TOURE
Pour Moussa Touré, la solution passe par une réforme en profondeur du secteur. Il propose l’organisation d’assises nationales du cinéma, réunissant à la fois les anciennes et les jeunes générations de cinéastes. « Le cinéma n’est pas juste pour les vieux ou pour les jeunes, c’est pour tout le monde », insiste-til. Selon lui, il est essentiel de créer un dialogue intergénérationnel pour redonner au cinéma sénégalais sa vitalité.
Touré plaide également pour une plus grande implication des cinéastes dans les instances décisionnelles, comme le Fonds de Promotion de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (FOPICA). « Le FOPICA n’a jamais voulu impliquer les cinéastes », déplore-t-il. Il estime que les cinéastes, en tant que professionnels du secteur, devraient être au cœur des décisions concernant la production et la distribution des films.
Enfin, Moussa Touré suggère la création d’un centre cinématographique qui permettrait aux cinéastes d’avoir accès à des ressources techniques et financières pour réaliser leurs projets. « Un centre cinématographique permettrait d’avoir un minimum d’argent pour faire un film », explique-t-il. Il insiste sur le fait que ce centre doit être géré par des cinéastes, et non par des administrateurs qui ne comprennent pas les réalités du métier. Moussa Touré reste optimiste quant à l’avenir du cinéma sénégalais, mais il estime que des changements structurels sont nécessaires pour retrouver le succès des années passées. « Il faut se mettre ensemble, tous se mettre ensemble », conclut-il. Pour lui, le cinéma sénégalais a encore beaucoup à offrir, à condition que les acteurs du secteur travaillent main dans la main pour surmonter les défis actuels.
BERNARD CISSA S’EN EST ALLÉ
Le monde du gospel sénégalais pleure l’un de ses plus grands ambassadeurs. Bernard Cissa, chantre et évangéliste, est décédé ce jeudi 13 mars 2025 à l’hôpital Mamadou Diop de Liberté 6, à Dakar
Le monde du gospel sénégalais pleure l’un de ses plus grands ambassadeurs. Bernard Cissa, chantre et évangéliste, est décédé ce jeudi 13 mars 2025 à l’hôpital Mamadou Diop de Liberté 6, à Dakar.
Le gospel sénégalais est en deuil suite au décès de Bernard Cissa. Chantre et évangéliste, il s’est éteint ce jeudi 13 mars 2025 à l’hôpital Mamadou Diop de Liberté 6, à Dakar, des suites d’une longue maladie.
Né en 1980 à Dakar dans une famille animiste, Bernard Cissa découvre la foi chrétienne en 1995. Après une première carrière dans la musique profane africaine, il répond à un appel spirituel et consacre son talent au service de Dieu.
Connu pour ses chants mêlant rythmes sénégalais comme le mbalax à des sonorités gospel, il a marqué les esprits avec des titres comme Hosanna ou Sama Leer. Son concept de «Sénégospel» a contribué à faire rayonner le gospel sénégalais à l’international. Sa disparition suscite une grande émotion au sein de la communauté chrétienne sénégalaise.
Sur les réseaux sociaux, les hommages se multiplient. Sur la page «Musique gospel Sénégal», on peut lire : «Nous venons de perdre l’une des icônes du gospel au Sénégal, une personne qui aime Dieu et qui a participé à l’avancement du Royaume de Dieu au Sénégal. Rip le grand Cissa. Merci pour tout ce que tu as fait pour la musique gospel au Sénégal et le corps du Christ. Tu nous as soutenus lors du Galsen Gospel Urbain 2 par des actions et des conseils. Nos sincères condoléances à toute la famille, aux enfants, au corps du Christ. La mort en Christ est un gain pour nous qui sommes nés de nouveau en Christ.»
Apollinaire Amadou Diatta, quant à lui, se souvient d’un homme engagé et visionnaire. «Notre frère Bernard Cissa, chantre et évangéliste, vient de rejoindre son Seigneur après lui avoir consacré toute sa vie au travers de sa musique. Un pionnier et ambassadeur du gospel sénégalais s’en est allé. Je retiens de lui un homme courtois, travailleur et visionnaire», a-t-il écrit, rappelant que sa dernière rencontre avec le défunt remonte à environ 3 mois. «Il me partageait de nouveaux projets qu’il avait pour l’Eglise et le Sénégal. En ces temps de tristesse, nous acceptons la Volonté de Dieu et prions pour que le Seigneur console sa famille, ses collaborateurs, l’Eglise et toute la Nation sénégalaise», a-t-il témoigné
par Ndèye Aram Dimé
DES TERRITOIRES MATÉRIELS AUX TERRITOIRES EN SOI, RACONTER LA MIGRATION AFRICAINE ET SES ERRANCES
ECLUSIF SENEPLUS - Soleils invincibles est un livre sur des femmes et des hommes qui se redressent pour tendre vers leur propre humanité. Un premier roman réussi sur la conscience dont nous ne savons pas nous départir
La quatrième de couverture donne le ton et nous comprenons que Soleils Invincibles (C. A. Bamba Ndiaye, Présence Africaine) traite de l’émigration/immigration/remigration. Le lecteur peut être tenté de le déposer mais aucune accusation, précipitée ou a priori légitime, ne saurait résister à un livre qui se défend seul et bien. Limiter ce premier roman à l’éternelle question migratoire reviendrait à en réduire la riche densité symbolique.
Les espaces
(1) Entre Toumouranka et un Guétoula fantasmé, un déplacement à travers les limbes
De Toumouranka à Guétoula puis, dans le sens inverse, de Guétoula à Toumouranka à la nouvelle tentative de rejoindre Guétoula, le mouvement est perpétuel. L’auteur réussit à transcrire, dans ce déplacement et même dans la rancœur de Denis-Béni, le passage du voyage initial et privilégié de Dramane à sa migration contrainte. Nous convoquerons ici la distinction qu’en fait le sociologue Iain Chambers pour qui « voyager implique un mouvement entre des positions fixes, un lieu de départ, un lieu d’arrivée, la connaissance d’un itinéraire préétabli {…}. La migration, à l’inverse, implique un mouvement au cours duquel ni les points de départ ni ceux de chute sont immuables ou certains »[1].
La traversée est spatialement contenue dans un entre-deux, sorte de limbes où Dramane et ses compagnons d’infortune sont déjà partis, ne s’ancrent donc plus à aucun lieu mais ne sont pas encore pour autant des « migrants » parfaitement constitués.
Ce voyage dans un même continent comparable au territoire en soi, donne au texte des contours allégoriques d’errances intérieures. Les Candidats ont bien une destination, qu’ils savent vaguement comment/quand rejoindre, mais tournent presque tout le long du livre au sein d’un même espace. Le paradis au bout de ces limbes n’est qu’une vague projection. Il est même certain que ces limbes séparent deux enfers ; celui que les candidats cherchent à fuir et celui qui les attend.
(2) Entre les personnages
Les départs sont évidemment une fuite physique de la misère, de l’humiliation de ne pas posséder et donc du « ne pas être ». Mais ils sont également une tentative des Candidats à renouer avec quelque chose en eux – leur dignité ou un devenir-Humain. A ce titre, la question que Ngougui - Et si j’étais un homme ? - formulée à lui-même dans la lettre morte IV, pourrait résumer ce qui me semble l’esprit du livre.
Cette tentative désespérée se retrouve dans les destins qui s’effleurent par moments, se nouent à d’autres sans véritablement se départir de leur singularité ni de la part d’histoire personnelle qui les a jetés sur ce chemin. Aussi l’auteur aère-t-il bien entre eux, car si l’aventure est partagée elle se fait néanmoins seul.e. Dans ces limbes, les personnalités ne sont pas encore totalement fondues dans la terminologie bâtarde de « migrants ». Elles ont encore un prénom, une voix, une existence qui leur font « candidater » à l’humanité.
Le lecteur est, lui également, invité au mouvement dans le texte, facilité par le parti pris du mode indicatif. Il parvient à suivre pas à pas les narrateurs et aura même le luxe, à certains moments, de découvrir en même temps qu’eux leurs propres pensées.
Une galerie de miroirs
La singularité des personnages s’allie à un étrange jeu de miroirs. Un grand miroir brisé dont chaque personnage ramasse un fragment qu’il tend ensuite au lecteur. A côté d’eux, ce dernier peut y paraître parfois entier, balafré ou défiguré par la brisure.
Dans ce jeu, malgré la singularité évoquée, certaines réflexions apparaissent facilement interchangeables. De même, certains personnages - rares - émergent, traversent le récit, pour rapidement mourir dans la mémoire du lecteur qui ne se souviendra pas les avoir rencontrés (Joséphine Konda, Christophe Déchert qui semble s’inviter par simple souci du contradictoire, le rire vite dépassé de Lahsen qui ne laisse pas le temps de s’attacher). Ces bris sont alors trop minuscules pour que le lecteur s’y voie.
Suspensions
Bamba Ndiaye choisit chaque mot, le soupèse, n'hésite pas à suspendre la respiration du lecteur au milieu de phrases, le force au virage. Tout cela fait du texte une arène où chaque phrase lancée est un coup de poing.
Au reste, malgré la violence de certaines situations, le texte offre quelques scènes d’apaisement sublimes de poésie verbalisée ou muette à l’instar du dialogue avec Thérèse où toute la délicatesse du mur qui tombe tient au glissement du terme « mère » à celui plus tendre de « maman » (P.78-79). En inégale consolation d’un Lahsen qui fausse vite compagnie, le lecteur pourra se rabattre sur un Hamid aveugle dont le cœur voit mieux que ceux de tous les autres et sur la lucidité innocente du petit Kwame.
Enfin, le livre nous abandonne avec deux questions, entre autres secrets : où Dramane se sent-il le plus entièrement humain ? Que fuit-il au juste ? Tout bien considéré, le lecteur peut avoir le sentiment de ne pas l’avoir vu souffrir assez pour considérer son retour à Toumouranka, au-delà du seul retour, comme un échec. Dramane a connu les avanies de Guétoula, où sa qualité d’étant lui est niée. Pourtant, il tient à tout prix à retourner à Cissane, alors même que rien ni personne ne l’y attend. Pas même les mirages de ses compagnons. Est-ce parce que, impuissance pour impuissance, humiliation pour humiliation, tant que la croix et la honte que nous trainons sont « insues » des autres, l’illusion d’être un humain est sauve ?
Soleils invincibles est un livre sur des femmes et des hommes qui se redressent pour tendre vers leur propre humanité. Le style est clair, le verbe cadencé, la langue haute sans fioriture. Chaque personnage déroule son récit personnel qui, sans écraser ou désagréger, éclaire l’histoire commune plus grande. C’est un premier roman réussi sur la conscience - la bonne et la mauvaise - dont nous ne savons pas nous départir et qui, partout, nous poursuit car après tout, c’est le seul lieu que nous habitons avec certitude.
Dans "Soleils invincibles", Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye dévoile le parcours de Dramane, étudiant expulsé du pays de ses rêves. De retour à Toumouranka, le jeune affronte un passé lourd de non-dits où chaque révélation devient un pas vers sa propre vérité
(SenePlus) - Le roman "Soleils invincibles" de Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye, publié aux éditions Présence Africaine, plonge le lecteur dans l'histoire touchante de Dramane, un étudiant ambitieux dont la vie bascule lorsqu'il est chassé de Cissane, le pays de ses rêves.
À travers ce récit émouvant, l'auteur entraîne dans une quête identitaire profonde. De retour à Toumouranka, Dramane doit affronter son passé et les silences qui pèsent sur sa famille : une mère qui l'attend patiemment, un père mystérieusement silencieux et des sœurs absentes, cachant un lourd secret familial.
Le roman explore avec finesse les thèmes de l'exil, de l'espoir et de la liberté. Dramane rejoint les "Candidats", ces âmes en quête d'un avenir meilleur, certains fuyant leur terre natale, d'autres rêvant d'y retourner, tous unis par ce même désir brûlant de liberté.
Comme le souligne Boubacar Boris Diop, lauréat du Prix international de littérature Neustadt 2022, ce roman est écrit "avec retenue et une parfaite maîtrise", exprimant "les blessures et les espérances de l'exil".
Né à Diourbel au Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye a étudié au Burkina Faso, en France et aux États-Unis. Écrivain multilingue (wolof, français, anglais), il partage sa vision unique de l'Afrique à travers son blog "Assumer l'Afrique" et plusieurs recueils de poésie.
"Soleils invincibles" est une œuvre qui captive le lecteur et l'invite à réfléchir au-delà de la dernière ligne, mêlant avec talent une plume incisive et pleine d'humour pour offrir une aventure humaine palpitante où chaque page résonne d'émotions et de vérités universelles.
UNE CELEBRATION DE L’HISTOIRE ET DE LA CULTURE AFRICAINE
Produite par Fatoumatou Bathily, « Khady et Djudju » est une série d’animation qui plonge les enfants dans un voyage à travers le temps, à la rencontre de rois, reines et figures historiques qui ont façonné l’Afrique.
Le vendredi 7 mars 2025, la salle du Cinéma Pathé a vibré au rythme de la culture africaine avec le lancement officiel de la série d’animation « Khady et Djudju », une production sénégalaise qui a déjà marqué les esprits en remportant le Grand Prix du Jury dans la section animation au Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO). Cet événement, riche en émotions et en symboles, a réuni plusieurs personnalités du monde du cinéma, de l’éducation et de la culture, ainsi qu’un public enthousiaste, venus découvrir cette œuvre qui met en lumière l’histoire et les traditions africaines.
Produite par Fatoumatou Bathily, « Khady et Djudju » est une série d’animation qui plonge les enfants dans un voyage à travers le temps, à la rencontre de rois, reines et figures historiques qui ont façonné l’Afrique. Composée de 13 épisodes de 15 minutes, la série aborde des thèmes tels que l’Empire du Ghana, le Royaume du Walo, ou encore les légendes de Sundiata Keita et du Damel du Cayor. L’objectif est clair : permettre aux enfants de découvrir et de s’approprier leur histoire, tout en leur transmettant une fierté culturelle. Lors de la cérémonie de lancement, Fatoumatou Bathily a expliqué que cette série répond à un besoin crucial. « Nos enfants ont longtemps été exposés à des productions étrangères, souvent éloignées de leur réalité. Avec « Khady et Djudju », nous voulons qu’ils apprennent leur histoire et comprennent qu’ils ont des racines profondes et glorieuses», a-t-elle expliqué. Elle a également souligné l’importance de l’animation comme outil pédagogique, capable de captiver les jeunes esprits tout en leur transmettant des connaissances essentielles.
UNE RECONNAISSANCE INTERNATIONALE AU FESPACO
La série a déjà reçu une reconnaissance internationale en remportant le Grand Prix du Jury au FESPACO, l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux d’Afrique. Cette distinction a été saluée par tous les intervenants lors du lancement, notamment par M. Diémé, le réalisateur de la série, qui a rappelé l’importance de soutenir les productions locales. « L’animation est un médium puissant, mais coûteux. Pourtant, nous avons prouvé qu’avec des moyens locaux et une volonté forte, nous pouvons créer des œuvres de qualité qui rivalisent avec les productions internationales ».
UN SOUTIEN INSTITUTIONNEL FORT
L’événement a également été marqué par la présence de plusieurs personnalités politiques et culturelles. Monsieur Moustapha Mamba Guirassy, ministre de l’Éducation nationale, a salué l’initiative de Fatoumatou Bathily et de son équipe. « Ce que vous faites pour les enfants est extraordinaire. Vous leur donnez les clés pour comprendre leur passé et construire leur avenir. L’éducation ne se limite pas aux salles de classe, elle passe aussi par des projets comme celui-ci », a-t-il déclaré, en promettant le soutien de son ministère à de telles initiatives. Le Pr Abdoulaye Bathily, ministre, Conseiller spécial du président de la République a également honoré l’événement de sa présence. Il a souligné l’importance de renouer avec le passé pour construire un avenir solide. Selon lui, « pour être fort dans le présent et le futur, il faut avoir un ancrage solide dans le passé et cette série est un pont entre les générations, un moyen de transmettre notre héritage aux enfants ». Germain Coly, directeur de la cinématographie, a quant à lui, rappelé l’importance de soutenir les productions locales et de promouvoir l’animation africaine. « Nous devons encourager les talents locaux et leur donner les moyens de s’exprimer. « Khady et Djudju » est un exemple de ce que nous pouvons accomplir lorsque nous croyons en nos propres histoires », a-t-il souligné.
UNE PROJECTION QUI A RAVI LE PUBLIC
Après les discours, les invités ont eu le privilège de découvrir les deux premiers épisodes de la série, qui ont été chaleureusement applaudis. Les spectateurs ont salué la qualité de l’animation, la richesse des histoires et la manière dont la série parvient à captiver tout en éduquant. Le lancement de « Khady et Djudju » dans la salle du Cinéma Pathé a été un moment fort pour le cinéma sénégalais et africain. Cette série, qui allie éducation, culture et divertissement, est une preuve que l’Afrique a les moyens de raconter ses propres histoires, et de les raconter avec excellence. Avec le soutien des institutions et du public, « Khady et Djudju » pourrait bien devenir une référence pour les générations futures, tout en inspirant d’autres créateurs à suivre cette voie. La cérémonie a débuté avec une prestation de la chorale Arco Baleno, composée d’élèves de l’école fondée par Fatoumatou Bathily, il y a 15 ans. Cette école, qui accueille des enfants de la crèche au collège, est un symbole de son engagement envers l’éducation et la jeunesse. Les enfants ont chanté pour souhaiter la bienvenue aux invités, ajoutant une touche émouvante à cet événement déjà riche en symboles.
KURÉLUG BINDKATI SENEGAAL YI AM NA NJIIT LU BEES : ABDULAAY FÓODE NJOON
Abdulaay Fóode Njoon, ñu bari di ko woowe Fóode ngir cofeel, bindkat la, móolkat la. Moo nekk ci boppu këru móolukaay gees dippee Abis Editions.
defuwaxu |
Ndey Koddu Faal |
Publication 11/03/2025
Gaawu, 8eelu màrs 2025, la kurélu bindkati Senegaal yi doon tabb njiit lu bees ci njiteefu Ibraayma Lóo, njiitu téereek dawal ak Amet Saalum Jakite, bindkat, mag ci kurélu bindkat yi bees sukkandikoo ci kàdduy bindkat bii di Meysa Mati Njaay. Tabb gaa nga amee woon ca màkkaanu bindkat yi, muy Kër Biraago Gu Bees ci teewaayu bindkat yu bari. Ginnaaw bi ñu waxtaanee ba laaj ku bëgg a jiite kurél gi, wuutu Aliyun Badara Béey mi génn àddina 1eelu desàmbar 2025, la Soxna Bengaa ak Abdulaay Fóode Njoon yëkkati seen i loxo. Ña ëpp ca ña fa teewon Fóode la ñu jox bopp, moo ko tax a nekk njiitu Kurél gi.
Abdulaay Fóode Njoon, ñu bari di ko woowe Fóode ngir cofeel, bindkat la, móolkat la. Moo nekk ci boppu këru móolukaay gees dippee Abis Editions. Ci wàllu mbind, Abdulaay Fóode Njoon bind na téere yu bari te am solo. Mënees na cee lim Faubourienne, Affluences, Pièces à conviction, Sentiers perdus, Cœur en location, Taxi woman, Des pas sur la mer, L’écho sur les dunes. Am na yoy ci téere yii yees di jàngale ci Jàngune bu Ndakaaru, naka noonu ca Farãs bindkat bii di Aamadu Elimaan Kan tamit day jàngale téere Fóode.
Sëñ Njoon nag, yemul ci bind ak móol rekk, moo sos xewu téere bu mag boobu di Dakaar FILID ngir jëmale téere kanam.
Nekkoon na tamit njiitu Afrilivres, kurél gi ëmb móolkati Afrig yi ci làkku tubaab, jot na jiite tamit kurélu bindkati Afrig, Asi ak Amerig Latin. Ba ci gaawu giñ ko falee ci boppu kurélu bindkati Senegaal yi, Fóode lañ toftaloon ci Aliyun Badara Béey, ñu ànd di def liggéey bu am solo ñeel téere. Kon, tay Fóode, day wéyal la mu tàmbali woon rekk ci kurél gi. Lii la wax ginnaaw bi mu biralee mbégteem, gërëm ñi ko tabb :
« Fas naa yéene xar sama tànku tubéy ci luy boole bindkat yépp ci jàmm, sasoo naa yaatal ak beesal kurél gi, ubbi bunti Kër Biraago rawatina ubbil ko bindkat yi féete ndaw. Maa ngi tàllal loxo ñépp ngir ñu jàpp ci liggéey bi ngir téere jëm kanam. Dinaa sol sama dàll tamit seeti mag ñi ngir taataan seen iy xalaat ak i digle ».
Lees mën a gëm la, ndax, ci li ko ñépp seedeel, Abdulaay Fóode Njoon ku xareñ la, ku yaatu te yaatu-dënn la, mën a boole mbindeef yi ci jàmm. Am na teggin, di maslaa boole ci fullaak faayda gu mat sëkk.
Séydi Sow ak Soxna Bengaa la ñu toftal ci Abdulaay Fóode Njoon.
Ngërëm ñeel na Meysa Mati Njaay mi jàpp ci lootabe ndaje mi ba lépp sedd guyy.
Ejo mi ngi ndokkeel Abdulaay Fóode Njoon, di ko ñaanal yen wi oyof ci moom.