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3 avril 2025
Culture
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BARRY ET BATHILY ONT RÉHABILITÉ L’AFRIQUE
Diallo Diop salue l’hommage rendu à Abdoulaye Bathily et Boubacar Barry, du 20 au 22 février à l’UCAD, pour leur contribution à la réhabilitation de l’histoire de l’Afrique, et apprécie la tendance de l’UCAD désormais à célébrer ses acteurs de leur vivant
Le département d’histoire de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar a célébré, du 20 au 22 février 2025, à travers un colloque riche en contenu, deux de ses illustres devanciers : Abdoulaye Bathily et Boubacar Barry, deux historiens et enseignants-chercheurs de renom issus dudit département. Une reconaissance antéhum alors que traditonnellement d'émminentes personnalités chez nous sont célébrées à titre posthume.
Ce fut l’occasion d’exposer et de discuter les travaux de ces deux universitaires, car habituellement, comme le souligne le Dr Diallo Diop dans cette interview accordée en exclusivité à SenePlus en marge de ce colloque, les travaux des anciens sont peu connus des étudiants, à l’exception de ceux qui entament le 3e cycle et qui entrent en contact avec la pensée de leurs maîtres afin de nourrir leurs projets de recherche.
Ce qui vaut aux professeurs Abdoulaye Bathily et Boubacar Barry cet hommage-colloque de trois jours, c’est leur immense contribution à la production des savoirs sur le continent, notamment sur les anciens royaumes de l’Afrique de l’Ouest. Toute chose qui permet de savoir qui l’on est pour mieux se projeter vers ce que l’on aspire à devenir dans le futur.
Ainsi, le Dr Diallo Diop s’est félicité de cet hommage rendu à ces chercheurs de leur vivant, car ils le méritent amplement pour ce qu’ils ont apporté à l’Afrique. Un hommage qui contraste avec le sort réservé au parrain de l’université, l’éminent professeur Cheikh Anta Diop, un savant au savoir encyclopédique qui n’a été célébré pour la première fois qu’une décennie après sa disparition.
Tout compte fait, le Dr Diallo Diop salue cette nouvelle tendance de l’université Cheikh Anta Diop à célébrer, de leur vivant, des personnalités qui marquent l’histoire. Car la pratique habituelle consiste à rendre des hommages posthumes a des personnalités.
Fervent disciple de Cheikh Anta Diop, Diallo Diop souhaiterait d’ailleurs que la pensée de son mentor soit enseignée dès le préscolaire et jusqu’au supérieur. Toutefois, selon lui, la meilleure manière de lui rendre hommage est de reconnaître la valeur inestimable de son apport à l’Afrique et au monde, afin que le continent puisse lui témoigner sa reconnaissance.
Cheikh Anta, d’ailleurs, n’aurait même pas eu besoin de célébration, selon M. Diop, qui l’a connu et côtoyé en tant que militant du parti qu’il a fondé, le Rassemblement national démocratique (RND), désormais dissous dans le Parti des patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF, au pouvoir).
UN PLAIDOYER POUR LA PRESERVATION DE NOTRE PATRIMOINE CULTUREL
Le FESPACO 2025 se déroule du 22 février au 1er mars, à Ouagadougou. Il offre une plateforme unique pour célébrer le cinéma africain et ses acteurs, tout en rendant hommage aux figures historiques qui ont marqué son évolution.
La 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) a été marquée par la présence de personnalités emblématiques du monde culturel africain dont Mouhamed Abdalah Ly, Directeur général du Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar, et le fils d’Ousmane Sembène, le légendaire cinéaste sénégalais. Ils ont fait un plaidoyer pour la préservation de notre patrimoine culturel qui va permettre d’inspirer les générations de cinéastes et les spectateurs à travers le continent. Les quartiers de Ouaga sont en train de vibrer avec le Cinéma numérique ambulant (CNA).
Le Cinéma numérique ambulant (CNA) participe activement à la 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), avec une initiative innovante intitulée : «FESPACO hors les murs». Ce projet permet de toucher les cinéphiles directement dans leurs quartiers, leur offrant ainsi une immersion dans la fête du cinéma africain.
Lors d’une conférence de presse tenue, lundi 24 février 2025, à Ouagadougou, les organisateurs ont détaillé les objectifs de cette initiative. «FESPACO hors les murs» vise à rendre accessible la biennale du cinéma africain à des populations qui, autrement, n’auraient pas l’occasion d’y participer pleinement.
Wendlassida Ouédraogo, coordonnateur du CNA, a expliqué que «Le CNA est présent avec un ensemble d’activités. Nous sommes déjà sur l’un de nos sites de projection, ici, au Jardin de la musique, qui nous accueille cette année. Nous sommes heureux de cohabiter avec l’équipe de Vis-à-vis et Salif Sanfo, qui a redonné une autre vie à cet espace. En plus de ce site, nous avons cinq autres sites répartis dans la ville de Ouagadougou». Les sites de projection incluent Saaba (Ciné Parc Académie), l’espace Bouliam à Tampoui, le site des déplacés internes à Panzani, la cité universitaire de Kossodo et le marché de Bassinko. «Ce sont ces six sites où nous communions avec la population, c’està-dire où nous rendons accessible le cinéma d’Afrique dans le cadre du ‘’FESPACO hors les murs’’, que nous avons initié avec la délégation générale du FESPACO et le soutien du ministère de la Culture et de l’UNICEF», a ajouté M. Ouédraogo.
Une soirée spéciale est prévue dans le quartier Ouidi, au cœur de Ouagadougou. Au programme : des prestations musicales avec Flora Paré, un spectacle d’humour et de marionnettes, ainsi qu’une pièce de théâtre proposée par la Fédération du Cartel. Une douzaine de films classiques du cinéma africain seront projetés sur l’ensemble des sites, accompagnés de films de l’UNICEF sensibilisant aux droits des enfants et à la protection de la mère et de l’enfant.
LA PRESENCE REMARQUEE DE MOUHAMED ABDALAH LY ET DU FILS D’OUSMANE SEMBENE
Cette édition 2025 du FESPACO a également été marquée par la présence de personnalités emblématiques du monde culturel africain. Mouhamed Abdalah Ly, Directeur général du Musée des civilisations noires (MCN) de Dakar, a honoré de sa présence cette fête du cinéma africain. Dans une brève allocution, il a souligné l’importance de telles initiatives pour la promotion et la préservation du patrimoine cinématographique africain. «Le cinéma est un outil puissant pour raconter nos histoires, préserver notre mémoire collective et inspirer les générations futures», at-il déclaré.
Autre invité de marque, le fils du légendaire cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, un des pionniers du cinéma africain, a également assisté aux projections et aux débats. Il a rappelé l’héritage de son père, dont les œuvres continuent d’inspirer des générations de cinéastes et de spectateurs à travers le continent. «Mon père croyait en la puissance du cinéma pour éduquer, sensibiliser et unir les peuples. Aujourd’hui, je suis heureux de voir que son esprit vit à travers des initiatives comme celle du CNA», a-t-il confié.
UN ENGAGEMENT RENOUVELE POUR LA CULTURE AFRICAINE
Wendlassida Ouédraogo a également souligné l’importance des partenariats pour la réussite de cette initiative. «Au-delà de ces projections, nous avons initié cette soirée avec notre partenaire Africalia, pour célébrer ses 25 ans d’engagement et d’accompagnement en faveur des cultures de divers horizons, aux côtés des créateurs artistiques», a-t-il précisé. Dorine Rurashitse, Directrice générale d’Africalia, présente à la conférence de presse, a ajouté : «Nous appuyons également le CNA Afrique, en renforçant les capacités en médiation et en animation des différentes équipes du CNA, ainsi qu’en facilitant la projection de films pour améliorer l’accessibilité du cinéma africain aux populations».
Le FESPACO 2025 se déroule du 22 février au 1er mars, à Ouagadougou. Il offre une plateforme unique pour célébrer le cinéma africain et ses acteurs, tout en rendant hommage aux figures historiques qui ont marqué son évolution.
OUAGA EN PLEIN DANS LE FESPACO
La biennale du cinéma africain s’est ouverte samedi dans la capitale burkinabè, à l’heure où le concept «Pays en lumière » fait briller mille feux.
La biennale du cinéma africain s’est ouverte samedi dans la capitale burkinabè, à l’heure où le concept «Pays en lumière » fait briller mille feux.
À Ouagadougou, l’avenue réservée aux cinéastes africains brille de mille feux à l’occasion de la 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Un ensemble de guirlandes lumineuses et de parasols (noirs, verts et blancs) trône sur l’axe reliant le rond-point des cinéastes à la cathédrale de Ouagadougou.
« Le blanc symbolise la paix ; le vert pour l’espoir et le noir pour le difficile deuil que porte le Burkina Faso dans ce contexte d’insécurité. La rangée de lumières jaunes symbolise, quant à elle, la richesse du sous-sol », a expliqué la promotrice de cette innovation majeure du 29e Fespaco.
Selon Aysha Junior, « cette rue féerique n’est pas qu’un assemblage de lumière et de magie. Elle a le reflet de la résilience de notre pays et de notre engagement à contribuer à ce que le Burkina soit toujours debout et fréquentable ».
Le concept dénommé « Pays en lumière » se veut un espace de résilience, de découvertes touristiques, de partage, de brassage culturel.
Inauguré dans la soirée du mardi 25 février 2025, le chef de la diplomatie burkinabè, Jean Marie Traoré a positivement apprécié l’œuvre et a félicité la promotrice et son équipe d’avoir concrétisé cette idée novatrice.
«Je suis heureux et honoré d’avoir été associé à ce projet; le concept « Pays en lumière », le choix des couleurs et leurs symboliques coïncident avec le contexte que nous vivons et mon souhait aujourd’hui est que cette lumière puisse continuer de briller dans le cœur de chaque Burkinabè, que cette lumière puisse se transporter dans les recoins du Burkina Faso… », s’est-il rejoui.
La décoration et l’originalité des illuminations accueillent de nombreux visiteurs.
« Au vu de la convergence de la population sur le site, Pays en lumière, depuis sa construction, nous disons que le projet a déjà conquis les cœurs des festivaliers et des populations et mérite bien sa place de site d’animation pendant le FESPACO », a déclaré le président de la délégation spéciale de la ville de Ouagadougou, Maurice Konaté.
ZOOM SUR LES RECUPERATEURS DE MBEUBEUSS
Un film documentaire pour une meilleure prise en compte des récupérateurs de Mbeubeuss, c’est ce qu’a produit Rosalind Fredericks, professeure de géographie et d’études africaines à l’Université de New York aux Etats-Unis
Un film documentaire pour une meilleure prise en compte des récupérateurs de Mbeubeuss, c’est ce qu’a produit Rosalind Fredericks, professeure de géographie et d’études africaines à l’Université de New York aux Etats-Unis. La projection du film a eu lieu ce mercredi au Centre culturel français.
De l’ordure à l’or dur, c’est le titre du film documentaire réalisé par Rosalind Fredericks, professeure de géographie et d’études africaines à l’Université de New York aux Etats-Unis. Par son titre, le film renvoie à cette mine d’or que constituent les ordures et qui sont une source de revenus pour les récupérateurs de Mbeubeuss. La réalisatrice de ce film a braqué sa caméra sur la décharge de Mbeubeuss pour mieux faire connaître le travail de ces récupérateurs qui, au-delà du profit tiré des ordures, participent à l’équilibre de l’environnement. «Le film documentaire vient à son heure. C’est un film qui permet de faire savoir ce que les récupérateurs représentent dans ce pays. Ça permet d’édifier ceux qui n’avaient aucune connaissance sur le travail de ces récupérateurs. Le regard négatif porté sur ces récupérateurs va changer une fois qu’on l’a regardé», estime Arona Niasse, président de l’Association des récupérateurs de la décharge de Mbeubeuss et membre de l’Alliance internationale des récupérateurs. «Je mène des recherches sur le secteur du nettoiement à Dakar depuis 2016 et je fais des recherches à Mbeubeuss, sur le secteur informel, sur la récupération et le recyclage. Et c’est durant ma collaboration avec les récupérateurs qu’on a pensé à faire un film pour accéder à une plus grande audience, pour souligner les complexités de la situation de Mbeubeuss et sortir la valeur de la récupération, des récupérateurs et des recycleurs à Mbeubeuss», explique Mme Fredericks.
Selon elle, ce film procède aussi d’une volonté de conscientisation pour une prise en compte des intérêts des récupérateurs face à une nouvelle donne. «On a terminé le film, donc ça c’est une première étape. Maintenant, c’est vraiment la partie plaidoyer, pour accéder à une plus grande audience et pour essayer de changer l’avenir de Mbeubeuss. Changer la politique du projet qui est en train d’être déroulé à Mbeubeuss. Ça nous a pris à peu près trois ans, on a fait quelques tournages à Mbeubeuss, mais ça s’est construit sur la recherche que je menais en 2016», fait-elle savoir. Les récupérateurs de Mbeubeuss peuvent voir leur préoccupation véhiculée à travers ce film documentaire à un moment où ils craignent pour leur gagne-pain, menacé par un projet étatique de gestion des déchets mis en place depuis 2021 et qui prévoit la fermeture de la plus grande décharge du pays.
LE COURT METRAGE EN DEBAT
Les trois réalisateurs Mo Harawe de la Somalie, Marie Clémentine Dusabejambo du Rwanda et Salam Zampaligré du Burkina Faso ont revisité les spécificités du genre au cours d’un panel hier.
Par Mame Woury THIOUBOU – (Envoyée spéciale à Ouagadougou) |
Publication 25/02/2025
Le court métrage comme lieu d’expérimentation, d’apprentissage et de formation. Les trois réalisateurs Mo Harawe de la Somalie, Marie Clémentine Dusabejambo du Rwanda et Salam Zampaligré du Burkina Faso ont revisité les spécificités du genre au cours d’un panel hier.
– Trois cinéastes, trois pays et trois regards. «Le court métrage : espace de liberté et d’émergence de nouveaux talents», c’est autour de ce thème que Mo Harawe, réalisateur somalien en compétition pour l’Etalon d’or du long métrage fiction avec The village next to paradise, Marie-Clémentine Dusabejambo et Salam Zampaligré ont débattu ce lundi à la mairie de Ouagadougou. Pour ces cinéastes, court métrage rime avec liberté. «C’est un genre dans lequel on a le temps d’expérimenter sa liberté. Il n’y a pas de restriction, sauf le temps. Et on doit réfléchir à la manière de traiter son sujet. C’est sur ce terrain que vous pouvez expérimenter et aller au-delà des normes», estime le réalisateur somalien, auteur de 4 courts métrages. Selon lui, ce genre rend fort et résilient face à la difficulté du long, notamment la distribution ou le financement. Il est également formateur du point de vue du réalisateur burkinabè, Salam Zampaligré. Revenant sur son expérience, il estime que le court métrage est une école. «Le court permet d’apprendre. Animateur de cinéclub, je connaissais pas mal de choses sur les théories du cinéma. Mais devant faire un film pour entrer à la Femis, je me suis demandé comment je fais ce film, où je dépose ma caméra.» «Dans un court métrage, chaque seconde compte. Et quand on débute, on a souvent un budget restreint», ajoute Marie Clémentine.
Le Somalien Mo Harawe a inscrit son nom dans les livres du cinéma africain en remportant, en 2023, le Poulain d’or du court métrage. Pourtant, il est né dans un pays en guerre et où le cinéma n’a pas vraiment eu une histoire. «Le défi, ce n’est pas de faire des films, mais que les populations puissent regarder ces films. Le contexte fait que les gens sont plus portés vers la littérature et les poèmes. En Somalie, le poète est au top dans la création et le cinéaste en bas», résume le réalisateur dont le compatriote, Khadar Ahmed, a remporté la récompense suprême lors du Fespaco 2021, signe de la naissance d’un mouvement profond et salvateur qui permet de porter à l’écran des histoires singulières d’un pays en souffrance.
Genre à part entière, le court métrage est aussi un espace d’apprentissage, d’expérimentation et de formation. Autodidacte et appartenant à la génération post-génocide, la Rwandaise Marie Clémentine estime que dans son pays, «le court a été une passerelle». Dans ce Rwanda d’après-génocide, des collectifs de jeunes s’étaient créés. Et c’est en rejoignant un de ces collectifs que la réalisatrice commence sa carrière cinématographique. «Après le génocide, les cinéastes n’avaient pas l’expérience de parler d’eux-mêmes. Et le défi, c’était de se comprendre soi-même et de comprendre ce qu’on était en train de raconter. Il fallait de la liberté et de la créativité.» Liberté, mais aussi responsabilité face aux générations futures dans le contexte de ce pays en reconstruction.
Le court, un passage obligé ?
Aujourd’hui, difficile pour un réalisateur de ne pas passer par la case court métrage avant de s’attaquer à un long. Beaucoup de cinéastes ont dû se prêter à cet exercice. Angèle Diabang, désirant développer l’adaptation d’Une si longue lettre en long métrage, malgré la réalisation de plusieurs documentaires, a d’abord réalisé Ma coépouse bien aimée, «pour voir comment diriger des acteurs et maîtriser un plateau». Même cas de figure pour Ramata-Toulaye Sy. Avant d’aller vers la réalisation de Banel et Adama, c’est avec Astel que la jeune réalisatrice expérimente ses choix esthétiques et ses dispositifs. Mais pour le réalisateur somalien, cette façon de voir est le résultat de l’influence du capitalisme. «Ceux qui posent cette question sont dans une perspective capitaliste», dit-il. En effet, l’accès sélectif à des fonds de financement rend quasi obligatoire pour les réalisateurs le fait de présenter la preuve qu’ils maîtrisent leur sujet. «Je pense que c’est un passage obligatoire», souligne Salam Zampaligré.
Hors des circuits de distribution
Malgré ses spécificités, le court métrage reste quelque peu en marge, en termes de financement comme de distribution. Obligé de tourner son économie vers la télévision, le court métrage est souvent absent dans les salles de cinéma, déplore le réalisateur burkinabè. «Le premier canal de distribution des courts métrages, ce sont les festivals. C’est un genre marginalisé, et économiquement, il n’existe même dans les télévisions qu’après un succès en festival.» Cette marginalisation est perceptible également dans les guichets de financements, tournés vers la production d’abord.
Entrée en lice de Demba
C’est ce lundi que le film de Mamadou Dia, Demba, est entré en lice dans la compétition officielle des longs métrages fiction de cette 29e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). La toute première projection a été remarquablement suivie par une foule nombreuse au Ciné Burkina. Une deuxième projection est prévue aujourd’hui à 20h 30 au Canal Olympia Yennenga de Ouaga 2000. Traitant de la maladie mentale à travers l’histoire de Demba, le film est une plongée dans la vie d’un homme qui a perdu sa femme et qui souffre de dépression.
LE TANDEM MAROC-SÉNÉGAL RÉVOLUTIONNE LE SEPTIÈME ART AFRICAIN
L'avenir du cinéma africain se dessine peut-être entre Casablanca et Dakar. La récente moisson de prix internationaux récoltée par des films issus de cette collaboration révèle l'émergence d'une puissance créative insoupçonnée
(SenePlus) - La collaboration cinématographique entre le Maroc et le Sénégal s'affirme comme une alliance particulièrement fructueuse, donnant naissance à des œuvres remarquées et saluées lors de festivals internationaux prestigieux. Cette coopération, initiée aux Ateliers de l'Atlas du Festival International du Film de Marrakech, illustre selon Le Desk, la une nouvelle dynamique du cinéma africain contemporain.
Deux films issus de cette collaboration maroco-sénégalaise ont récemment été distingués dans des festivals majeurs. "Ne réveillez pas l'enfant qui dort" de Kevin Aubert a été "récompensé par le Prix spécial du jury international du meilleur court-métrage dans la section Generation 14plus à la 75e édition du Festival international du film de Berlin". Ce premier film du réalisateur, produit par Chloé Ortolé de Tangerine Production et co-produit par La Luna Productions et les Free Monkeyz de Casablanca, impressionne par sa maîtrise formelle.
Le Desk souligne la "rigueur chirurgicale" de la mise en scène d'Aubert, "où chaque mouvement de caméra semble pensé pour traduire l'enfermement intérieur de Diamant, son héroïne". Le film raconte l'histoire de cette adolescente dakaroise de 15 ans qui "aspire à devenir cinéaste" mais qui, "confrontée aux attentes familiales qui divergent de ses ambitions, [...] choisit une forme de résistance silencieuse en plongeant dans un sommeil profond et inexplicable".
Parallèlement, le journal met en avant "Wamè", réalisé par Joseph Gai Ramaka et produit par Yanis Gaye de Gorée Cinéma, qui a remporté le Prix étudiant au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand. Décrit comme "une œuvre hypnotique en noir et blanc qui plonge dans les profondeurs de la mémoire collective africaine", ce film "impose son univers sensoriel" dès les premières images, avec "des silhouettes d'hommes ramant jusqu'à l'épuisement, des visages marqués par l'effort et le sel, un océan tour à tour protecteur et menaçant".
Le journal précise que Ramaka "s'inspire des mythes lébous pour inscrire son film dans une temporalité suspendue, entre la tragédie du passé et l'urgence du présent", avec en arrière-plan "la mémoire du massacre de Thiaroye en 1944 [qui] plane sur le récit, comme un spectre silencieux dont la résonance tragique habite chaque plan".
Un élément déterminant de cette collaboration réside dans la post-production des deux films, réalisée à Casablanca au sein de Free Monkeyz, structure dirigée par Julien Fouré et Youssef Barrada. Selon Le Desk, "les réalisateurs et leurs équipes ont passé plusieurs semaines au Maroc, collaborant étroitement avec des professionnels locaux pour peaufiner le montage, le son et l'étalonnage de leurs œuvres".
Julien Fouré souligne l'importance stratégique de cette démarche : "Il est crucial de développer les compétences locales pour que le Maroc devienne un acteur incontournable dans la région. Le Maroc dispose d'infrastructures compétitives et peut offrir des conditions attractives pour les productions du continent. Si nous renforçons notre coopération avec d'autres pays africains, nous pourrons créer un réseau solide pour la post-production".
Cette approche vise notamment à "fournir des services de post-production compétitifs en Afrique, afin de retenir les talents et les financements sur le continent, et d'éviter que les subventions allouées ne soient dépensées à l'étranger", explique la publication.
Ces succès s'inscrivent dans une dynamique plus large portée par le collectif Yetu (Un)Limited, une plateforme fondée en 2024 par des producteurs africains, dont Yanis Gaye et Chloé Ortolé, les producteurs des deux films primés. D'après Le Desk, ce collectif "vise à promouvoir une narration authentique et diversifiée du continent, en mutualisant les ressources et en partageant les expériences pour développer des projets ambitieux".
Le journal souligne que "Yetu se distingue par son modèle d'entreprise durable et ses processus créatifs endogènes, répondant aux besoins d'un public africain, diasporique et international en quête de récits cinématographiques authentiques".
Les distinctions obtenues par ces deux films dans des festivals internationaux majeurs "soulignent l'efficacité et la pertinence de la co-production entre le Maroc et le Sénégal", conclut Le Desk. Ces succès démontrent que "l'alliance entre les talents africains et des structures collaboratives comme le collectif Yetu peut ouvrir de nouvelles perspectives pour le rayonnement du cinéma africain sur la scène mondiale".
À travers cette collaboration exemplaire, conclut l'article, "cette génération de cinéastes et de producteurs construit un cinéma où la mémoire et le présent dialoguent, où l'expérimentation formelle devient un moyen d'explorer des réalités complexes, et où le Maroc et le Sénégal continuent de tisser, ensemble, des liens cinématographiques riches et durables."
texte collectif
CULTURE ET NATURE EN DANGER
Autour de la Maison Ousmane Sow, la frénésie des constructions a entraîné l’apparition d’un dépôt de ciment, issu des chantiers environnants, qui attaque directement les sculptures. Ces œuvres, trésors d’une richesse inestimable, sont en péril
Le Sénégal se trouve à un carrefour critique, où la préservation de son héritage culturel et de son environnement devient une urgence. Face à des menaces croissantes sur ses trésors naturels et artistiques, une coalition d’intellectuels, d’artistes et d’acteurs économiques lance un appel à l’action. Il est temps de réconcilier modernité et tradition, et de protéger un patrimoine unique qui pourrait disparaître si des mesures radicales ne sont pas prises. La survie de notre identité et de notre environnement est en jeu : il est impératif d'agir avant l’effacement irrémédiable.
Quand les feuilles tremblent, ce n’est pas l’affaire des racines - Wole Soyinka
L’Afrique, terre de mémoire et d’espérance, berceau de récits millénaires et d’horizons ouverts sur l’infini de l’univers, vacille aujourd’hui entre l’éclat d’un patrimoine inestimable et les ombres menaçantes de la modernité mal apprivoisée. Son âme culturelle, fragile écrin de vérités profondes, et son environnement, miroir de ses légendes et gardien de ses peuples, appellent à un sursaut. Car le temps presse, et le silence des actions pourrait bientôt laisser place au fracas de pertes irréparables.
Le Sénégal, emblème de cette Afrique résiliente, dépasse le simple territoire : il est notre histoire vivante, notre espace économique partagé, et un site culturel d'une richesse immense, trop souvent négligée. C’est sur cette terre que se forgent nos espoirs, nos luttes et nos rêves collectifs. Pourtant, dans ces terres sénégalaises, nous sommes témoins d’une dégradation alarmante de l’environnement et des œuvres d’art, menaçant notre patrimoine naturel et culturel, pilier de notre identité commune.
Ces préoccupations nous hantent. Elles rappellent que les débats sur l'Afrique ne sont pas l'apanage des politiques. Ils engagent chacun de nous, car l'avenir de notre continent est une responsabilité partagée.
Il existe une urgence, non de simples mots mais de sens profond : celle pour le Sénégal de se réapproprier une souveraineté culturelle vacillante sous le poids d’un monde uniformisé. Comment peut-il laisser le vent de la mondialisation effacer les traces indélébiles de ses ancêtres, leurs danses, leurs contes, leurs savoirs ? Pourtant, des lieux témoignent encore de la grandeur de son génie créatif.
Par exemple, la Maison Ousmane Sow, par sa majesté et son souffle intemporel, raconte ce qu’est le corps humain : une vérité incarnée, un temple de résilience, un pont entre l’art et la science. Ces sculptures, immobiles et pourtant si vibrantes, rappellent que le passé nourrit l’avenir, que le geste ancestral peut éclairer les enjeux technologiques d’aujourd’hui.
Mais ce sanctuaire est menacé. Les dommages collatéraux de la boulimie foncière et de la désorganisation urbanistique ont des conséquences désastreuses sur la durabilité des œuvres. Autour de la Maison Ousmane Sow, la frénésie des constructions a entraîné l’apparition d’un dépôt de ciment, issu des chantiers environnants, qui attaque directement les sculptures. Ces œuvres, trésors d’une richesse inestimable, sont aujourd’hui en péril. À cela s’ajoute un problème crucial : l’urbanisation anarchique bloque l’accès à ce lieu d’art et de mémoire, érigeant des murs là où il faudrait des passerelles.
Quand les mots nous manquent face à ces défis, nous nous tournons encore vers le poète et l’artiste, ces échos des émotions profondes et des vérités silencieuses. Comme l’affirmait Wole Soyinka, « quand les feuilles tremblent, ce n’est pas l’affaire des racines. » Pourtant, nos racines, nourries par un passé fertile, doivent irriguer notre avenir. Il nous faut faut donc retrouver le pacte brisé : une harmonie avec l’environnement.
L’environnement sénégalais, ce vaste poème de sable, de forêts et de mers, murmure un appel à l’écoute. Le désert qui avance, les mangroves qui s’effacent, les forêts sacrées qui tombent sous les coups des tronçonneuses, tout cela dépasse la simple perte matérielle. C’est une déchirure de l’âme collective, une rupture du pacte scellé avec la terre par nos ancêtres.
Dans la Casamance des mythes et des génies protecteurs, la forêt n’était pas seulement un lieu. Elle était un sanctuaire, une mémoire vivante, un pont entre le visible et l’invisible. Mais aujourd’hui, le bruit de la modernité semble plus fort que le murmure des arbres. Pourquoi le Sénégal tournerait-il le dos à cette sagesse ancienne ? Pourquoi laisserait-il les lois aveugles de l’économie réduire la nature à une simple ressource, alors qu’elle est avant tout une alliée ?
L’Afrique, ce continent fertile, a produit des arbres majestueux dont les racines s’étendent au-delà des frontières de ses États. Ces racines doivent nourrir nos peuples, faire fleurir nos espoirs et porter des fruits pour les générations futures. Renouer avec ces pratiques n’est pas une régression, mais un acte de lucidité, un retour à l’essentiel : construire un roman culturel collectif
Pour que l’Afrique rayonne, il faut construire un roman culturel collectif, ancré dans nos mythes, nos légendes et nos récits. Toute civilisation survit par la force de ses histoires. Nos paysages, traditions, rites, littératures et mémoires forment un grand tissu culturel, précieux et fragile, qui porte notre continent, notre humanité et nos rêves partagés.
La Maison Ousmane Sow, tel un phare, peut guider ce renouveau. Elle est la preuve que la culture, loin d’être un luxe, est un moteur de transformation. Elle montre que l’art peut être à la fois ancrage et envol, qu’il peut inspirer des réponses aux défis contemporains. Mais elle ne pourra remplir ce rôle que si elle est préservée, si son accès est garanti, si elle devient le symbole d’une ville pensée pour ses habitants et non contre eux.
Notre cri de cœur est donc un appel à l’action et à l’espoir.
Ce n’est pas un adieu, mais une promesse que le Sénégal doit se faire à lui-même, une promesse que ses enfants doivent porter : celle de ne pas sombrer. Préserver sa souveraineté culturelle et retrouver son harmonie avec l’environnement ne sont pas des choix secondaires. Ce sont des nécessités vitales, des actes d’amour pour sa propre identité et pour les générations à venir.
Alors qu’il se relève. Qu’il protège ses trésors. Qu’il planifie ses villes avec sagesse. Qu’il réconcilie modernité et nature. Qu’il inspire sa jeunesse avec les exemples de ses géants, comme Ousmane Sow. Qu’il montre au monde qu’un Sénégal en harmonie avec lui-même peut devenir un modèle universel.
Le temps presse, mais il n’est pas trop tard. Qu’il agisse, avant que les échos de ses richesses ne deviennent de simples souvenirs.
Signataires de l’appel pour la souveraineté culturelle
Acogny, Germaine – Fondatrice École des Sables
Anne, Mama – Productrice Audiovisuelle, Suisse
Badiane, Alioune – Artiste, Sénégal
Ba, Babacar – Consultant
Ba, Fatimata Kiné Diallo – Écrivaine, Sénégal
Bocoum, Hamady – Directeur de recherche-Classe Exceptionnelle, UCAD
Bounaffaa, Hicham – DG Phare des Mamelles
Celac, Catherine – Présentatrice/Journaliste
Dembele, Cheikh Raphaël – Ingénieur Économiste Logistique et Transports
Diagne, Amadou Lamine Sall – Poète, Lauréat des Grands Prix de l’Académie française
Diallo, Aïssatou – CEO La Maison BINAF SARL
Diallo, Maitre Boucounta – Avocat à la cour, Sénégal
Diokhane, Bara – Avocat, Sénégal
Diop, Aminata Johnson – Fondatrice de l’Agence Culturelle Africaine et du Pavillon Africain
Diop, Mamadou – Professeur, USA
Diop, Moustapha – DG
Daf, El Hadji Moctar – Inspecteur Principal Navigabilité des aéronefs, Enquêteur technique accidents et incidents d'avions
Dike, Ifeoma – Art Advisor
Dione, Boubakar – Directeur juridique de Bpifrance
Fall, Me Ousseynou – Avocat à la cour
Fall, Me Aly – Bâtonnier élu du Barreau du Sénégal
Fortes, Laura – Journaliste, RTS 1
Gueye, Ousmane – Artiste, Sénégal
Kane, Amadou – Ancien Ministre, Ancien PDG Banque BICIS
Kane, Amadou Elimane – Écrivain, France
Kane, Pape Samba – Journaliste, écrivain, Dakar
Kassé-Sarr, Fatou – DG Labell'Com et promotrice du Carnaval de Dakar Suñu Cosaan
Lamko, Koulsy – Écrivain, Directeur Hankili So Africa, Mexico
Loum, Moustapha – Ingénieur Agro-alimentaire
Mbaye, Malick – Expert supérieur en télécommunications et en informatique
Mboup, Fatou – Entrepreneure, Administratrice générale de la Fondation Amadou Mahtar Mbow pour les savoirs endogènes
Ndaw, Seyda Magatte – Opérateur économique
Ndiaye, Me Moustapha – Notaire, Président de la Biennale de Dakar
Ndiaye, Saïdou – Gérant, SND Consulting
Ngom, Pap' Amadou – Entrepreneur, Paris
Niang, Alioune Badara – Consultant, Sénégal
Sagna, Mahamadou Lamine – Enseignant/Chercheur, USA
Samb Sall, Ghaël – Présidente du Fonds d’Archives Africain pour la Sauvegarde des Mémoires et directrice des Éditions Vives Voix
Sarr, Bousso – Chef d’entreprise
Sarr, Seynabou Dia – CEO Global Mind Consulting Group
Senac, Gerard – Président Honoraire d’Eiffage Sénégal
Sidibé, Papa Mady – Investisseur professionnel
Sougoufara, Mama – DG ICS
Sow, David – Logistique Canal+Sénégal
Thiam, Chef Pierre – Culinary Ambassador, Agriculture Durable, États-Unis
Top, Lhadj – Acteur culturel
Touré, Kémo Jr. – CEO Wutiko
Touré, Famory – Ingénieur Télécommunications
Vogt, Helmut – Fondateur École des Sables
Wane, Sawda – Informaticienne, USA
Wone, Amadou Tidiane – Conseiller du président
DAKAR NIGHT MARKET, UNE AUTRE DISTRACTION
Dans les jardins de l’Hôtel de ville, fleurit une idée ingénieuse : permettre aux parents d’avoir un temps pour respirer, tout en participant à booster l’économie de la capitale. Un concept importé qui fait le bonheur des Dakarois
«On ne peut rien faire à Dakar.» C’est une phrase rabâchée par certains parents pour dénoncer le manque d’activité pour la famille. Une chose que le Dakar night market est en train de corriger. Il est désormais possible de sortir avec les enfants et de s’épanouir. Des activités sont proposées en famille tout en ayant un caractère économique. Visite guidée dans les jardins de l’Hôtel de ville de Dakar.
Dans les jardins de l’Hôtel de ville, fleurit une idée ingénieuse : permettre aux parents d’avoir un temps pour respirer, tout en participant à booster l’économie de la capitale. C’est Dakar night market. Un concept importé qui fait, pour le moment, le bonheur des Dakarois. L’objectif est de mettre en avant les produits locaux tout en offrant un cadre propice à l’épanouissement. De la cuisine éthiopienne aux spécialités typiquement sénégalaises, les amateurs de gastronomie, souvent empêchés de savourer leur passion à cause de responsabilités familiales, y trouveront un havre de paix.
En effet, les stands, bien organisés, offrent aux parents la possibilité de trouver un moment en confiant leurs enfants à Mame Bineta. La trentaine passée, elle n’a d’yeux que pour les enfants. Son stand niché à côté des escaliers qui font face à l’embarcadère, elle se fond dans l’univers des enfants. C’est difficile de lui arracher un mot tant elle est concentrée sur ses activités manuelles. Dans son stand, les bambins sont les rois ! Tout ce qui est généralement encadré ou interdit aux enfants dans la maison, leur est autorisé ! Les momes s’en donnent à cœur joie : de la peinture et d’autres activités, sous la surveillance étroite de Mame Binta. «Mon travail consiste à encadrer l’enfant de telle sorte qu’il puisse s’appanouir sans se blesser ou se salir. Il faut que l’enfant se sente comme chez lui. Ce qui va permettre aux parents de s’occuper d’autres choses», dit-elle, en se pressant de redonner une feuille blanche à une gamine. A Dakar night market, les activités manuelles ne sont pas la seule attraction pour les bambins.
Les petits en quête de sensations fortes peuvent passer du temps au toboggan installé juste avant les escaliers. Et le tout devant les parents qui s’adonnent à la prière du crépuscule.
Dakar night market n’est pas réservé qu’aux familles ! De l’artisanat à la mode, sans oublier les produits parapharmaceutiques, tout y est vendu. Les articles ludiques ont une place de choix dans les stands. Aliou Diarra, le président du Gie des handicapés de Velingara, expose le travail des membres de son association. Il vend des tableaux sous forme de puzzle. «Je fabrique du matériel didactique et ludique sous forme de puzzle en bois. Je découpe toutes les régions de la carte du Sénégal. Je viens de terminer la carte de la Cedeao avec l’Alliance des Etats du Sahel. Je fais l’alphabet arabe comme français. Je fais aussi le corps humain», détaille-t-il, tout en continuant de déballer ses cartons. Son handicap ne le gêne point. Et n’est pas un argument de vente. «Les gens sont surpris de voir qu’au Sénégal, des personnes font ce travail. J’ai commencé à le faire depuis 1989. C’est un don que je suis en train de transmettre en formant des jeunes en situation de handicap. L’objectif est de leur montrer qu’on peut réussir dans la vie sans tendre la main. Tendre la main pour gagner sa vie n’est pas digne», dit-il. C’est tout l’objectif de ce marché de nuit. «L’idée de faire un marché de nuit est inspirée des villes asiatiques. J’ai voulu l’adapter au contexte local. Dakar night market permet à différents vendeurs de différentes catégories, la mode, la beauté, les cosmétiques, l’animation, de présenter leurs produits. Et chaque soir à 20 heures, il y a une parade culturelle. A 21h, il y a une démonstration culinaire. Ce soir (samedi), ce sont les Frères Guissé qui vont animer», affirme Aziz Agbo Panzo. Le fondateur de Cooking with Aziz and friends (Cowaf), un groupe de cuisine qui fait de l’événement culinaire à travers le monde, explique que les Dakarois ont répondu présent car lors de la première édition, plus de 2000 entrées ont été vendues.
Ce qui lui fait dire que pour la prochaine édition prévue au mois d’avril, ce chiffre va s’accroître. Aziz Agbo Panzo ambitionne même de délocaliser le marché dans les autres communes de la capitale pour se rapprocher des populations
EYTI ROOTS, UN ENGAGEMENT MUSICAL EN MOSAÏQUE
Parcours, album, spiritualité, combats…L’artiste musicien Assane thiam, alias Eyti roots, est membre fondateur, avec son frère jumeau, du groupe de reggae intitulé : Dom Dialaw.
L’artiste musicien Assane thiam, alias Eyti roots, est membre fondateur, avec son frère jumeau, du groupe de reggae intitulé : Dom Dialaw. En 2004, le groupe sort son premier single sur l’émigration clandestine. En 2010, il met sur le marché, l’album de 16 titres, «Am Ak Ñakk».
Les artistes jumeaux ont perdu leur grand frère le jour de la sortie de l’album. Ce qui a freiné l’élan du groupe qui s’est relancé un an après. C’est en 2014 qu’Eyti a démarré sa carrière solo en sortant un mixtape de 23 titres. Il a signé avec un label sis au Canada pendant 4 ans.Il a travaillé, durant cette période, avec l’Organisme «Le Redevenez des Écoles Francophones en Réseau». En 2022, ils ont composé un deuxième album à Paris. La même année, Eyti a rencontré à Dialaw Amina avec qui il s’est lancé dans la production d’un projet d’album : «Eyti ROOTS». Dans cet entretien, le musicien a décrypté le produit de 13 titres.
Quelle est la place de la spiritualité dans votre musique ?
Dans le titre, «Acrobaties mind», c’est une prise de conscience avec le recul et en m’interrogeant sur ce qui me fait chanter. C’estlà que j’ai compris que la musique est spirituelle. Le son « Un rêve on marche avec » est un morceau inspiré de Cheikh Ahmadou Bamba et son disciple Cheikh Ibrahima Fall. Au-delà de l’inspiration de l’artiste, l’environnement dans lequel il baigne est important. Ma musique, quel que soit le thème, est teintée de spiritualité...
Le huitième titre de l’album «Diadieuf Fall». que représente cette forme de reconnaissance de nos spiritualités ?
Ce que j’aime le plus dans ma vie, c’est la reconnaissance. Quand on rend grâce à Dieu, c’est une forme de reconnaissance. Le mérite de Mame Cheikh Ibrahima Fall, c’est le fait qu’il ait fait acte d’allégeance. Ce qui est une forme de reconnaissance. Le titre qui lui est dédié met en exergue les valeurs qu’il a incarnées. C’est des exemples de spiritualité.
Il y a des notes d’Amapiano dans l’album. Est-ce une forme d’ouverture musicale ?
C’est pour marquer son temps. C’est la force de la musique. A l’extérieur, j’ai expérimenté diverses formes de musiques. Ma base, c’est le reggae mais la musique n’a pas de frontière. Youssou Ndour a produit un album reggae. L’album qui lui a valu un disque d’or, c’est un album «Égypte» d’inspiration religieuse. Quand j’ai découvert la musique Amapiano, j’ai aimé, c’est une musique qui transmet une énergie purement africaine. Et c’est des notes qui donnent une originalité avec des textes en wolof, et constituent une coloration.Il y a aussi des musiques caribéennes qui sont diffusées dans les îles éponymes. Ce sont des musiques et cultures d’origine africaine. L’album est composé pour toucher des mélomanes à travers le monde...
Le titre « Mama Africa »...
Je ne peux pas être africain et médire sur le continent. Il faut mettre en avant les potentialités du continent qui a des références, Nkrumah, Lumumba, Sankara, Cheikh Anta Diop, Mame Bamba... J’ai chanté l’Afrique. Je donne des pistes de solution dont l’unité du continent. Le titre Am Ak Ñakk », de l’album éponyme sorti en 2010, est une exposition de nos valeurs. Pour dévaloriser la guerre, il faut chanter la paix. On a besoin d’énergie positive. Le Roots, c’est les racines de nos origines.
L’album est traversé par des messages. quel est votre analyse de la musique qui est de plus en plus dominée par le fun ?
C’est parce que nous sommes dans un monde du divertissement dont le contraire est la spiritualité. Le manque de messages est aussi lié par les mauvaises influences et une compétition malsaine.
Quel est l’impact du projet ?
J’ai travaillé sur des projets avec des gens. Seulement, cet album émanant de mes inspirations solo est un projet mûri. C’est une œuvre visant à toucher l’humanité. C’est un projet qui apaise, donne du courage, des ondes positives. Les relations et l’ouverture musicale m’ont permis de faire des colorations dans ma musique.
Quelles étaient les difficultés lors de la production de l’album ?
L’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle. L’évolution a des incidents. La musique ce n’est pas qu’un métier, c’est une vie. C’est ce qui fait qu’il y a tout le temps des challenges et défis à relever pour atteindre ses objectifs tout en respectant nos engagements.
Comment vous faites la promotion de l’album ?
Il y a une équipe derrière qui a la charge du positionnement de l’album sur le marché. Des animateurs ont aussi bien accueilli le produit. La nouvelle technologie avec le digital est un plus mais nous sommes dans la communication à travers les médias tours pour défendre le projet. L’étape suivante, ce sera les show-cases pour permettre aux mélomanes de vivre l’album en live. Tu es à Dialaw, dans la Petite côte. Comment est-ce que le projet s’allie avec le tourisme ? Notre musique a permis de vendre la destination. On a un jumelage avec Atlanta (Etats-Unis d’Amérique), c’est grâce à un de nos clips vidéo. Les artistes sont une marque de fabrique et des ambassadeurs de leur culture à travers le monde. Les artistes musiciens ont un rôle à jouer dans la communauté, on est des entrepreneurs et acteurs de développement.
Quelles sont les perspectives ?
On a fait notre devoir en produisant un album de qualité avec une vision universelle. Les autres pans du projet jouent aussi leurs partitions. La communauté s’est approprié le projet, il est donc sur une bonne rampe. Je réitère que la musique, ce n’est pas un projet, c’est une vie.
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SYMBIL ET LE DÉCRET ROYAL DE FATIMÉ RAYMONNE HABRÉ
Parler d’une des facettes peu relatée de la traite arabe en Afrique noire, c’est ce que fait, l’épouse du défunt président de la République du Tchad, Hissène Habré, Fatimé Raymonne Habré Dans son roman intitulé, « Symbil et le décret royal»
Parler d’une des facettes peu relatée de la traite arabe en Afrique noire, c’est ce que fait, l’épouse du défunt président de la République du Tchad, Hissène Habré, Fatimé Raymonne Habré. Dans son roman intitulé, « Symbil et le décret royal », l’auteure lève le voile sur le harem.
A travers l’histoire d’une jeune fille qu’elle a choisie comme personnage principal, Mme Habré évoque la situation des esclaves noirs déportés vers les pays arabes. Des faits qu’elle estime que les arabes « tentent d’effacer » dans les annales de l’histoire, parce que jugées « tabou ». Ainsi, de page en page, l’auteure nous fait decouvrir des expériences féminines tirées de cette douloureuse épisode de traite arabe.
« J’ai voulu vraiment parler de ces expériences vécues, des douleurs, des peines, des joies, des rêves biaisés tirés d’une histoire », a-t-elle soutenu, le mardi 18 février dernier, pendant qu’elle présentait son ouvrage à l’Institut français de Dakar.
En fait, le livre met en exergue le récit de Symbil, une jeune fille de 15 ans enlevée par des caravaniers, près de la palmeraie, en plein désert du Sahara. La romancière revient alors, sur le parcours de la jeune fille dans tout son péril jusqu’à ce qu’elle soit vendue par un harem d’un sultan arabe.
« Cela me permet, de décrier complètement c’est quoi un harem et comment on y vit; quelle est son évolution et tous les problèmes qui se trouvent au niveau de ce livre: la question de l’esclavage, toute la douleur qu’on peut en ressentir », a rapporté Fatimé Rayonne Habré.
En réalité, souligne l’épouse de l’ancien président tchadien, que le harem, ce n’est pas ce qu’on pense. «Parfois, les peintres orientalistes ont vraiment beaucoup fantasmé au niveau du harem où on voit que des belles femmes et tout; c’est loin d’être la réalité. Le harem, c’est la matrice de la monarchie. C’est là que vont naître les princes. Ce n’est pas du tout simplement une question de dire, c’est pour le roi et c’est la satisfaction de sa libido. Non, pas du tout », a dénoncé la juriste de formation.
Mme Habré explique également que le harem permet, dans le temps, aux clans d’organiser et de garder le pouvoir. « À partir de ce moment-là, vous avez le harem, le devoir dynastique qui est attribué aux femmes pour pouvoir donc procréer, assurer une descendance et garder le pouvoir », fait-elle savoir.
Le lecteur suit cette histoire jusqu’à ce que Symbil retourne chez elle, en Afrique, à plus de dix mille kilomètres, soixante-cinq ans après. Elle avait 80 ans. « Elle aura passé 65 ans et ses parents n’ont aucune nouvelle. Qu’est-ce qu’elle est devenue sur le plan de son identité aussi? On va voir que son identité a été écrasée complètement alors qu’elle revient chez elle et essaie de s’insérer dans sa société », détaille Fatimé Raymonne Habré.
Il convient de noter que ce roman a remporté le Grand prix du livre Féminin Ken Bugul, édition 2024.