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3 avril 2025
Culture
MYTHES ET RÉALITÉS DES LANGUES AVEC SALIKOKO S. MUFWENE
Les langues sont des virus selon le linguiste congolais. Transmises de personne à personne, leur survie dépend de nos interactions plus que de leur prestige. Retour sur cette vision originale à travers son analyse de l'histoire du français et des créoles
(SenePlus) - Salikoko S. Mufwene, professeur linguistique à l'université de Chicago et invité cette année de la chaire annuelle Mondes francophones du Collège de France, a une vision originale de l'évolution des langues. Dans un entretien accordé au site du Collège de France, il explique que "les langues n'ont pas de vie indépendante de leurs locuteurs. Comme les virus, nous nous les transmettons d’une personne à l’autre, ou surtout nous les apprenons des personnes avec lesquelles nous interagissons. Si nous mourons, les langues que nous parlons meurent." Selon le linguiste, "nos interactions qui assurent une certaine vitalité à ces dernières, comme pour les virus."
Titulaire de la chaire Edward Carson Waller Distinguished Service Professor of Linguistics à l’université de Chicago, S. Mufwene remet également en cause l'idée reçue selon laquelle le prestige d'une langue garantirait sa survie. "L’Allemagne est une importante puissance économique, mais l’allemand reste peu parlé à travers le monde", fait-il remarquer. Pour le chercheur originaire de la République démocratique du Congo, "c’est un ensemble d’étapes historiques qui, les unes suite aux autres, ont contribué à diffuser l’anglais et à en faire la langue dominante", alors que le français a perdu de sa diffusion notamment avec la vente de la Louisiane par Napoléon Bonaparte aux États-Unis en 1803.
S'il reconnaît que le français "conserve ses fonctions vernaculaires" en France, en Belgique et en Suisse, S. Mufwene estime néanmoins que "l’avenir du français comme langue impériale ou mondiale dépend de plusieurs enjeux politiques et économiques, en particulier des réponses de la France à ces enjeux, car elles influencent les attitudes autochtones à sa langue." Pour le linguiste, les langues évoluent en fonction des structures de population dans lesquelles elles s'insèrent et non uniquement de leur prestige. Il prend l'exemple du français au Québec, où la langue "a été revitalisée parce que les Québécois francophones ont exigé que le français fonctionne aussi comme langue de travail".
S. Mufwene a par ailleurs étudié comment les parlers locaux ont été influencés par les colonisations européennes à partir du XVe siècle. S'intéressant aux créoles, ces parlers coloniaux mêlant plusieurs langues, il souligne que "les Européens ont à leur tour aussi appris des langues locales", et que "les langues se sont mutuellement influencées" dans les colonies. Pour le linguiste, "les créoles (...) nous donnent une idée de l’évolution langagière en général" car ils montrent que "les langues modernes sont le résultat des contacts langagiers".
Ainsi, dans cet entretien accordé au Collège de France, dont il est l'invité cette année, Salikoko S. Mufwene propose un éclairage original sur l'évolution des langues, remettant en cause certains mythes et mettant en lumière l'influence décisive des structures de population dans la survie ou la diffusion des langues.
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BOUBACAR BORIS DIOP RÉCLAME DES COMPTES AU RÉGIME DÉCHU DE MACKY SALL
Tortures ayant conduit à la mort, scandales financiers, autoritarisme... l'écrivain dresse un réquisitoire sans concession. "On n'a jamais demandé des comptes à Diouf, ni à Wade, mais là il le faudra", insiste l'auteur de renom
L'éminent écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop était l'invité de TV5 Monde cette semaine. Si l'entretien couvrait plusieurs sujets dont son dernier roman et le génocide au Rwanda, c'est son réquisitoire contre l'ex-président Macky Sall et ses proches qui a marqué les esprits.
Diop, figure littéraire respectée, n'a pas mâché ses mots en évoquant la nouvelle ère politique qui s'ouvre au Sénégal après l'adhésion surprise au pouvoir d'une équipe très jeune. "Pour la première fois, on assiste à une alternance qui a un parfum de rupture radicale", at-il estimé.
Mais au-delà de l'espoir suscité, l'écrivain a énoncé les crimes lourds qui auraient été commis ces dernières années par le clan Sall. "Il faut que les responsables rendent compte, on ne peut pas faire l'économie de demander des comptes cette fois-ci", a martelé Diop.
En ligne de mire : les cas de tortures ayant conduit à la mort, les enrichissements personnels « spectaculaires » et injustifiables pour un pays si pauvre. "On n'a jamais demandé des comptes à Diouf, ni à Wade, mais là il le faudra", a insisté l'auteur de renom.
Ses mots ont fait l'effet d'un séisme, relayant un sentiment de ras-le-bol répandu après les 12 années de pouvoir de l'ancien président Macky Sall, entaché par les scandales de mal-gouvernance et la dérive autoritaire.
Diop prévient cependant que "tous les comptes n'ont pas encore été vendus". Un avertissement appuyé pour la nouvelle équipe : la population, qui a tant sacrifié, sera intransigeante et n'accordera "pas de droit à l'erreur".
NGORBA RACONTE COMMENT IL A ÉTÉ CONTACTÉ POUR CONFECTIONNER LES TENUES POUR SONKO ET DIOMAYE
"Cela s'est fait par l'intermédiaire d'une amie proche de lui. Elle m'a dit qu'elle aimerait que je fasse des tenues pour quelqu'un. Elle ne m'avait pas dit pour qui étaient les créations, mais j'avais déjà deviné qu'il s'agissait d'Ousmane Sonko."
Son visage vous est certainement plus familier dans les séries. Mais cette fois-ci, Ngorba Niang s’est illustré dans un autre domaine. Styliste, il a fourni les habits arborés par Ousmane Sonko, lors des évènements qui se sont déroulés récemment. Comment a-t-il était contacté ? Il s’est confié dans les colonnes de l’Observateur. Extraits…
«Cela s'est fait par l'intermédiaire d'une amie proche de lui. Elle m'a dit qu'elle aimerait que je fasse des tenues pour quelqu'un. Elle ne m'avait pas dit pour qui étaient les créations, mais j'avais déjà deviné qu'il s'agissait d'Ousmane Sonko.
Je l'ai deviné, car elle m'a dit que les créations allaient booster mon business. Quand elle m'a envoyé les mensurations, elle m'a mis en contact avec une autre personne qui était un bras droit d'Ousmane Sonko, dont je tairais le nom, il fait même partie du Gouvernement actuel. C'est de là que j'ai su que c'était lui. J'ai confectionné les tenues et ils les ont récupérées. J'étais fière de voir qu'à sa sortie de prison, il a porté ma création.
Nous ne nous sommes pas vus (Sonko et lui), ni parlés. J'ai été dans l'hôtel où ils étaient. C'était juste après sa sortie et lors de la campagne électorale. Mais, on n'a pas eu l'occasion de se voir. Il faut dire également que je n'ai pas non plus cherché à le rencontrer.»
Une clientèle et des commandes en hausse
«Oui, plus de visibilité, certainement. Une petite anecdote : quand j'ai publié les photos de ma création, il y a une «Patriote» qui m'a écrit et demandé de faire des tenues pour le président de la République Bassirou Diomaye Faye. Elle a commandé cinq tenues pour lui.
J'ai cherché à avoir les mensurations du Président. Ce qu'on m'a envoyé. Je lui ai également confectionné des tenues, des costumes africains et un boubou de style Nigérien que j'ai livré par la suite. Sonko, lui, en a eu 4 (un boubou et trois costumes africains).
Le grand boubou trois pièces de Sonko m'a certes rapporté une nouvelle clientèle, mais je n'avais jamais eu de mal à vendre mes créations.»
LA COING-OIF APPELLE À LA PRÉSERVATION DU PATRIMOINE LITTÉRAIRE DE LÉOPOLD SEDAR SENGHOR
Cette collection, comprenant des milliers d’ouvrages ayant appartenu à l’illustre président sénégalais et l’un des Pères fondateurs de la Francophonie, représente un patrimoine d’une valeur universelle.
La Conférence des Organisations Internationales Non-Gouvernementales de la Francophonie (COING-OIF) exhorte la communauté francophone à agir face à la vente imminente aux enchères de la bibliothèque du Poète-Président Léopold Sédar Senghor, prévue le mardi 16 avril à Caen, en France.
Cette collection, comprenant des milliers d’ouvrages ayant appartenu à l’illustre président sénégalais et l’un des Pères fondateurs de la Francophonie, représente un patrimoine d’une valeur universelle. Nous lançons un appel pressant aux autorités sénégalaises et françaises, ainsi qu’à l’ensemble de la Francophonie, pour prendre des mesures adéquates afin de préserver cette richesse d’intérêt public.
Ce trésor culturel devrait demeurer dans l’espace francophone en tant que bien commun, accessible à tous. Nous encourageons vivement les autorités du Sénégal à acquérir cette collection pour l’intégrer aux collections nationales ou la maintenir au sein de la demeure des Senghor à Verson, afin qu’elle soit mise à disposition des chercheurs et des passionnés de culture.
Pour le Comité de Suivi, la préservation de la bibliothèque de Léopold Sédar Senghor est non seulement un devoir envers l’héritage culturel et littéraire de la Francophonie, mais aussi une garantie de transmission des savoirs et des idées qui ont façonné notre histoire commune.
La Conférence des Organisations Internationales Non-Gouvernementales de la Francophonie appelle à agir pour sauvegarder cette bibliothèque universelle et perpétuer l’héritage de l’un des grands penseurs de notre temps.
Le président Macky Sall avait permis, en octobre dernier, l’acquisition, par le Sénégal, de quarante et un biens appartenant à l’ancien président Léopold Sédar Senghor et à son épouse Collette Senghor pour un montant de 160.064.000 francs CFA à Caen, en France.
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RÉINVENTER LA DIFFUSION DES SAVOIRS
L'enseignement public sénégalais se dégrade au profit du privé, miné par un système déconnecté des réalités culturelles africaines. L'école reproduit un "roman national" orienté, gommant les voix dissidentes et le rôle des femmes dans l'histoire
Dans le cadre de la série "Où va le Sénégal ?", animée par Florian Bobin, chercheur en Histoire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, un riche échange à eu lieu autour de l'éducation populaire, du rôle des intellectuels et artistes dans la démocratisation des espaces culturels. Zoubida Fall, auteure et animatrice de podcast, l'artiste-graffeur Madzoo TRK et l'universitaire Saliou Diop ont apporté leurs éclairages.
Le constat est sans appel : l'enseignement public sénégalais se dégrade au profit du privé, miné par un système déconnecté des réalités culturelles africaines. L'école reproduit un "roman national" orienté, gommant les voix dissidentes et le rôle des femmes dans l'histoire. Face à cette vision convenue, les intervenants impliquent un regard décapant.
En réinscrivant dans l'espace public, via différents médias, des figures et récits historiques marginalisés, ils œuvrent pour une « éducation populaire ». Les fresques monumentales de Madzoo TRK rendent visibles des personnalités comme Frantz Fanon ou Amílcar Cabral. Le podcast "Conversations féminines" de Zoubida Fall amplifie les voix féminines trop souvent inaudibles. Saliou Diop, par ses recherches, désinstitutionnalise la pensée du philosophe Cheikh Anta Diop.
Leurs pratiques créent ainsi de nouveaux espaces culturels décentralisés, ancrés dans le quotidien populaire. Mais le combat est de taille face au manque de soutien étatique aux voix alternatives, contraignant à l'auto-organisation et aux financements étrangers.
Dans une société où la culture officielle reproduit les schémas jacobins en concentrant les ressources dans la capitale, ces artistes et intellectuels engagés inventent d'autres modalités de transmission. Une renaissance culturelle et politique par le bas, qui se jouera peut-être de la capacité à "se raconter librement".
YOUSSOU NDOUR HONORÉ PAR L’UNIVERSITÉ BERKLEE VALENCIA
L’établissement Berklee Valencia, une université privée à Valence en Espagne, conférera au célèbre chanteur, compositeur, acteur et homme politique sénégalais, le titre de docteur honoris causa en musique.
L’établissement Berklee Valencia, une université privée à Valence en Espagne, conférera à Youssou N’Dour, le célèbre chanteur, compositeur, acteur et homme politique sénégalais, le titre de docteur honoris causa en musique. Cette distinction lui sera remise lors de la cérémonie de graduation de la classe de 2024, qui se tiendra le lundi 8 juillet à 18h00 au Auditori del Palau de les Arts. L’annonce a été faite par l’institution éducative dans un communiqué.
LA FRANCE FREINE LES RESTITUTIONS D'ŒUVRES AFRICAINES, DÉPLORE LE MONDE
Seules 26 pièces ont été rendues au Bénin. Et le projet de loi-cadre qui devait faciliter ces transferts est sans cesse repoussé, bloqué par l'argument de l'inaliénabilité des collections publiques. La condescendance et le paternalisme reviennent au galop
(SenePlus) - Après avoir été longtemps en pointe sur les restitutions du patrimoine africain pillé à l'époque coloniale, la France semble aujourd'hui marquer le pas, constate le journaliste Michel Guerrin dans sa chronique au Monde ce vendredi 12 avril 2024. Pourtant, dès 2017, Emmanuel Macron avait promis de faciliter ces restitutions lors d'un discours à Ouagadougou qui avait fait bouger les lignes en Europe.
En 2018, le rapport Savoy/Sarr préconisait des "restitutions massives" d'œuvres aux pays africains. La première restitution significative intervenait en 2021, avec 26 pièces du trésor d'Abomey rendues au Bénin. Mais depuis, le processus patine en France.
La raison ? La règle d'inaliénabilité des collections publiques, qui verrouille toute restitution. Deux lois votées en 2023 sur les spoliations aux Juifs et les restes humains ont permis de contourner ce verrou au nom d'un "intérêt supérieur". Mais pas la loi sur les restitutions à l'Afrique, jugée trop légère par le Conseil d'Etat et repoussée sine die.
"Il était pourtant facile de trouver ce principe d'intérêt supérieur : la colonisation", tance Michel Guerrin. Car les deux tiers des 90 000 objets africains en France ont été acquis à cette époque, souvent par la contrainte. Reconnaître cette "histoire douloureuse" permettrait de faciliter leur restitution.
Mais le projet de loi l'occulte, préférant se concentrer sur des critères restrictifs de propriété, à l'image du rapport très prudent de l'ex-président du Louvre Jean-Luc Martinez. Une approche au cas par cas qui fait crisser les dents des défenseurs des restitutions massives comme Bénédicte Savoy.
Pendant ce blocage français, d'autres pays européens avancent : l'Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni mais aussi désormais la Belgique qui a remis un inventaire d'œuvres à la RDC.
Pour Michel Guerrin, "le plus pathétique est que la France freine ce mouvement inéluctable qu'elle a lancé". Une révolution patrimoniale synonyme de "justice culturelle" selon Bénédicte Savoy, qui permettrait de restituer son histoire à la "jeunesse africaine".
La chroniqueur conclut avec les mots de Marie-Cécile Zinsou, qui appelle à penser "l'avenir" plutôt que la "repentance". Un message qui devrait inspirer la loi française sur les restitutions, jugée indispensable.
DELPHINE DIALLO, CELEBRER LA FEMME ET L’AFRIQUE PAR LA PHOTOGRAPHIE
Diallo a décidé, il y a un peu plus d’un an, d’utiliser l’Intelligence artificielle pour l’accompagner dans les créations photographiques de son dernier projet, «Kush», exposé en ce moment au musée Picto de New York. Reportage.
Installée à New York depuis plus de dix ans, la photographe franco-sénégalaise, Delphine Diallo, vit ses expériences artistiques pleinement, en se concentrant, entre autres, à la valorisation des femmes et des mouvances culturelles liées à celles-ci sur le continent africain durant l’Histoire. En voulant parler du passé, et en voulant valoriser l’importance des femmes dans l’histoire des sociétés africaines, Diallo a décidé, il y a un peu plus d’un an, d’utiliser l’Intelligence artificielle pour l’accompagner dans les créations photographiques de son dernier projet, «Kush», exposé en ce moment au musée Picto de New York. Reportage.
Les clichés sont d’une précision rare, unique, presque troublante de réalisme. Détails de pigmentation, paysages qui rappellent l’Ethiopie, l’Egypte, mais aussi touches futuristes avec des costumes et tenues dorés qui rappellent certains classiques de science-fiction. Actuellement présentée au musée Picto de Brooklyn, l’exposition Kush, de l’artiste franco-sénégalaise, Delphine Diallo, est une rencontre entre le passé et le futur, avec, toujours, les femmes au centre de l’œuvre. «L’histoire oublie un peu trop souvent la place des femmes dans les sociétés, dans les sociétés africaines très patriarcales, alors que celles-ci ont eu, et ont encore de très nombreux exemples de groupes dont les femmes étaient/sont les leaders, les piliers de ces structures», précise Diallo. «Avec l’exposition Kush, j’ai voulu parler de celles dont on ne parle que trop peu dans les livres d’histoire. Une sorte d’hommage aux femmes noires de cette région qui couvrait une partie de l’Egypte et de l’Ethiopie actuelles, et qui étaient très importantes dans l’organisation de leur société.» L’idée originale de l’exposition est venue après un voyage en Egypte de la photographe, et des observations sur le terrain, mais aussi de longues heures passées à lire les œuvres de Cheikh Anta Diop et ses écrits sur les liens entre l’Egypte, l’Ouest de l’Afrique et l’importance de la femme dans les sociétés du continent. A cela, Diallo a voulu apporter une touche futuriste, avec l’utilisation de l’Intelligence artificielle, pour créer des clichés qui mélangent le passé et des projections d’avenir. «La mention d’Intelligence artificielle fait peur à beaucoup de monde, mais pour Kush et mes créations pour cette exposition, j’ai senti que mes idées et la technologie allaient de pair», souligne-t-elle. «J’ai donc pris le taureau par les cornes, et je me suis lancée. Ça m’a ouvert des perspectives, et j’ai pu sortir plusieurs centaines de clichés, pour, au final, en garder une trentaine. C’est un monde infini, qui permet de produire des créations qui plongent au plus profond de l’imaginaire et des observations de chacun. J’ai pris une claque énorme, et je pense qu’on n’est qu’au début de l’utilisation de l’Ia dans l’art.» Autre détail qui a son importance, les yeux ont été le point de départ de la création de ces images de femmes. Et leurs expressions, la profondeur de leurs regards ont été cruciales dans le développement de chacun des portraits. «Les yeux sont pour moi d’une importance centrale. C’est une partie du corps qui est d’une beauté inouïe et qui permet aussi de faire passer des sentiments, des émotions. Si le regard, les expressions des yeux ne me plaisaient pas, je ne conserverais pas le cliché», précise Diallo.
Déconstruire les clichés et célébrer les femmes noires
Au-delà de l’exposition Kush, Diallo a toujours voulu célébrer les femmes noires, montrer la beauté et les histoires de celles dont la société occidentale et la société patriarcale ont toujours voulu minimiser, voire nier l’existence. «La manière dont j’exprime mon art est guidée par les femmes, par le respect, l’amour. Le but est de rendre plus connues, plus visibles les histoires de celles-ci, qu’elles viennent de Dakar, du Caire, d’Addis Abeba ou bien de Nairobi», sourit Diallo. «L’histoire a beaucoup trop minimisé l’apport des femmes dans la société, et les exemples venus d’Afrique sont caractéristiques de cela, car de grandes ethnies ont été dirigées, portées par des groupes de femmes. Il est temps de mettre les femmes noires dans la conversation, et de leur rendre hommage à leur juste valeur. Il ne faut jamais effacer l’impact historique de celles-ci, jamais !»
Diallo, qui a grandi dans une famille franco-sénégalaise, a toujours été au milieu de l’art, entre la musique, le design et la photo. C’est une rencontre avec le célèbre photographe américain, James Beard, qui a changé sa vie. L’artiste a pris une nouvelle dimension. «J’ai pu prendre conscience de plusieurs choses : que la femme devait être déconstruite de l’hypersexualisation qui l’entoure, mais aussi qu’il fallait casser ces codes, ces clichés racistes et sexistes qui entourent la femme, noire essentiellement», précise-t-elle. Il y a une quinzaine d’années, Diallo s’installe aux Etats-Unis et prend cette mission à cœur de parler des femmes, de prendre les femmes comme centre de réflexion, de création artistique. «J’ai pris beaucoup de portraits de femmes que j’ai hébergées chez moi à Brooklyn, pour montrer les beautés, mais aussi les émotions que chacune peut éprouver», explique-t-elle. «J’essaye un peu de casser les codes des portraits classiques, en ajoutant des touches personnelles, des objets par exemple, des tenues, mais aussi en puisant une certaine inspiration dans l’expression de la spiritualité et dans mes expériences (voyages ou lectures) personnelles»
Diallo, qui a grandi dans une famille franco-sénégalaise, a toujours été au milieu de l’art, entre la musique, le design et la photo. C’est une rencontre avec le célèbre photographe américain, James Beard, qui a changé sa vie. L’artiste a pris une nouvelle dimension. «J’ai pu prendre conscience de plusieurs choses : que la femme devait être déconstruite de l’hypersexualisation qui l’entoure, mais aussi qu’il fallait casser ces codes, ces clichés racistes et sexistes qui entourent la femme, noire essentiellement», précise-t-elle. Il y a une quinzaine d’années, Diallo s’installe aux Etats-Unis et prend cette mission à cœur de parler des femmes, de prendre les femmes comme centre de réflexion, de création artistique. «J’ai pris beaucoup de portraits de femmes que j’ai hébergées chez moi à Brooklyn, pour montrer les beautés, mais aussi les émotions que chacune peut éprouver», explique-t-elle. «J’essaye un peu de casser les codes des portraits classiques, en ajoutant des touches personnelles, des objets par exemple, des tenues, mais aussi en puisant une certaine inspiration dans l’expression de la spiritualité et dans mes expériences (voyages ou lectures) personnelles»
LE «FOUDDEUN», UNE BEAUTE ANCESTRALE RESSUSCITEE
Tendance Ramadan - 'Bés Bi le Jour'a fait une immersion chez Aïssatou Bathily, à Yoff. Cette dernière est une experte en matière de henné naturel. Sa maison ne désemplit pas.
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 11/04/2024
Le henné, «fouddeun» en wolof, a été très prisé pendant le mois de Ramadan. Cette pratique ancienne, jadis utilisée à l’occasion des cérémonies de mariage ou de baptême, est, fait son grand retour chez les grandes dames. Bés Bi a fait une immersion chez Aïssatou Bathily, à Yoff. Cette dernière est une experte en matière de henné naturel. Sa maison ne désemplit pas.
Le soleil est au zénith. Le climat est peu clément. L’équipe du Groupe E-Media fait cap sur Yoff, quartier où habite Aïssatou Bathily, une praticienne du henné. Mais, à cette heure de la journée, rallier la maison de cette dernière devient un véritable calvaire à cause des embouteillages monstres. Automobilistes et conducteurs de motos se disputent la chaussée, foulant au pied les règles élémentaires du Code de la route. Un acte d’incivisme qui met certains hors d’eux-mêmes. Certains, tenaillés par la faim, élèvent la voix. Après une heure de route. Et voilà le domicile de la reine du henné qui rend les mains et les pieds des dames plus gracieuses à ce mois béni de Ramadan. Sa maison est imposante. C’est un bâtiment carrelé en noir et blanc. Aïcha, la taille moyenne, le teint clair, vêtue d’une djellaba de couleur saumon, la tête bien voilée, accueille ses hôtes avec un large sourire. Elle dévoile sa belle denture blanche. L’horloge murale affiche 12h. Après les salamalecs d’usage, elle installe dans son somptueux salon, décoré avec soft et classe. La superbe photo de Serigne Babacar Sy accrochée sur le mur renseigne sur son appartenance confrérique. La dame est très sollicitée. En attestent les nombreuses femmes qui attendent patiemment leur tour pour se mettre au tatouage naturel du henné.
Dans un coin du salon, on aperçoit un seau rempli de la poudre verdâtre du henné dont sa couleur cuivrée peut tirer sur le rouge après usage. Un pot d’eau et un plat en aluminium sont soigneusement posés sur la moquette douce grise. Ce décor est complété par des bandes de col blanc coupées en fines lamelles servant pour le design. «Qui est la dernière sur la liste ?», demande une jeune fille, habillée en robe Wax multicolore. Pendant ce temps, Aïcha est occupée à préparer l’application du henné. Elle récite des versets de coran dans de l’eau simple mélangée avec celle dite bénite du Zam-Zam, qu’elle verse ensuite sur la poudre du henné jusqu’à obtenir une pâte homogène. Après avoir obtenu le résultat escompté, elle commence le travail avec la première cliente inscrite sur la liste, Fama. Cette étape finie, elle fait des designs avec le col finement coupé. Il y a une variété, certaines femmes préfèrent les tatouages fleurons et d’autres optent pour les figures symétriques avant de poser la pâte sur les designs. Au bout de 3 heures, elle enlève le henné et obtient une couleur rouge bordeaux. Elle y enduit de l’huile de beurre de karité pour la rendre scintillante. «Nous sommes au mois de Ramadan, le henné est pratique. On peut faire ses ablutions, prier sans souci. En tant que jeune, nous nous devons de perpétuer cette pratique ancestrale qui est belle à avoir», explique Penda, une cliente venue de Keur Massar. La jeune collégienne Oumou Ndoye abonde dans le même sens.
Aïssatou et le henné, une histoire d’amour
Âgée juste d’une vingtaine d’années, Aïssatou adore le henné depuis toute petite. Par passion. Et, elle est allée jusqu’au Mali pour l’apprendre. Cela fait 4 ans qu’elle exerce cette profession qui lui apporte beaucoup de gains. «J’ai toujours aimé le henné. C’est lors de ma formation au Mali que j’ai découvert beaucoup de vertus et bienfaits de ce produit naturel. Appliquer le henné sur son corps peut conjurer le mauvais sort, soigner les maladies des pieds, un mal de tête. L’huile de henné est utilisée localement pour les douleurs arthritiques et rhumatismales, le jus de henné et d’huile sur la peau pour réduire les signes du vieillissement et les rides. Le henné participe également à la réduction de certains troubles du sommeil, c’est une herbe pour la bonne santé cardiaque», explique-t-elle. A l’en croire, la liste des bienfaits de ce produit est loin d’être exhaustive. D’après elle, c’est un arbre de paradis. «D’après l’histoire, nos ancêtres ne portaient pas d’habits, ils cherchaient des écorces d’arbre pour se couvrir mais pratiquement tous les arbres ont refusé, seul l’arbre du henné a accepté», ajoute Aïssata avec une gestuelle de ses mains visiblement bien tatouées. Elle tire son épingle du jeu. «Je gagne bien ma vie grâce à ce travail. J’en tire profit», reconnaît-elle. Le henné ou «fouddeun» sur les mains des jeunes femmes, un produit naturel est un véritable allié de beauté. Obtenu sous forme d’extrait de plantes (feuilles, poudre) à partir d’arbrisseaux de la famille des Lythracées. Le henné est un produit naturel auquel on attribue de nombreuses vertus et qui est très apprécié au Sénégal. Une fois cueillies, ses feuilles sont séchées puis moulues finement. Ce qui donne une texture qui permet d’en faire une pâte, une fois que le produit est mélangé avec de l’eau. La pâte ainsi obtenue est utilisée pour réaliser un tatouage éphémère appelé «Fouddeun» en réalisant des dessins sous forme de motifs floraux ou abstraits. Son côté esthétique en fait un atout de séduction féminine, particulièrement pour les jeunes mariées. On le retrouve par ailleurs dans plusieurs cultures (turque, mauritanienne, marocaine, sénégalaise) lors d’occasions spéciales comme les mariages et les baptêmes. Originaire principalement du sous-continent indien et d’Afrique du nord, le henné se décline sous différentes variantes. (…)
L’EXPOSITION « AFRICA TODAY » PRESENTEE AU PUBLIC
L’exposition « Africa Today », qui inaugure l’action de la Maison Hapsatou Sy-Dakar dans l’art contemporain s’est tenue samedi à Dakar.
L’exposition « Africa Today », qui inaugure l’action de la Maison Hapsatou Sy-Dakar dans l’art contemporain s’est tenue samedi à Dakar. Sur initiative de la Maison HapsatouSy Dakar, en collaboration avec l'Afrique C'est Chic World, ART KELEN et OBART, cet évènement offre au public l’occasion de se familiariser avec l’esprit des lieux. Une conférence sur le thème « L’Art vecteur de développement et d’émancipation », a été animée à cette occasion.
Il s’agissait en réalité d’un rendez-vous qui offre au public l’occasion de se familiariser avec l’esprit des lieux en donnant la parole aux artistes dont les œuvres présentées sont le témoignage d’un continent certes aux 54 pays mais qui vit et se modernise tout en étant ancrée dans ses valeurs et traditions. En effet, entre peintures et dessins, ce sont surtout des artistes très engagés qui nous invitent à respecter et célébrer l’expérience harmonieuse et joyeuse du vivre africain de la même manière qu’ils nous amènent à nous interroger sur ce qu’il peut avoir en commun du regard croisé entre artistes africains vivant et travaillant principalement en Afrique et des artistes européens vivant et travaillant entre l’Afrique et l’Europe.
Ce rendez-vous a été aussi suivi d’un panel dont les panelistes n’étaient rien d’autre que Me Sylvain Sankale, Collectionneur, critique d’art et docteur en droit, Reine Bassène, présidente Association Sénégalaise des Critiques d’Art, Djibril Dramé, artiste visuel sénégalais et entrepreneur culturel, Pascal Konan, artiste visuel ivoirien. Il s’agissait pour ces derniers de poser une réflexion, à travers des exemples palpables à l’appui, sur comment l’art est et peut être un précieux instrument au service de la liberté d’expression, du dialogue entre les peuples, de la promotion de la paix et du développement durable. Il faut noter que cette conférence est organisée en collaboration avec La Maison Hapsatou Sy-Dakar, les galeries African Art Beats de Washington, Krystel Ann Art de Bruxelles et Malabo de Kinshasa dans le cadre des manifestations OFF de la 15ème édition de la Biennale de Dakar 2024.