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6 avril 2025
Femmes
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
VIVIANE, LA MÈRE DÉAMBULANTE
EXCLUSIF SENEPLUS - Avec sa voix sublime, son audace, son déhanché, la mise en avant de sa famille, elle s’est hissée à un niveau modeste qui n’en fera jamais une icône impérissable, non plus un décor banal - INVENTAIRE DES IDOLES
Le Liban et la Mauritanie ont donné au Sénégal quelques couleurs, quelques saveurs. Il en est ainsi des brassages, on n’hérite pas toujours de ce que l’on veut dans un métissage : on subit, pour le meilleur et le pire. Le voisin maure a donné, entre autres cadeaux, des influences à la saint-louisienne, dans sa somnolence esthétique, avec son « meulfeu[i]» négligemment rabattu. La présence libanaise, historique et prospère, a créé un îlot à Dakar qui suscite le fantasme avec, parfois, des pointes de jalousie. Avec l’héritage colonial, ils ont continué, sinon à définir, résolument à maintenir les canons de la beauté sénégalaise. La maure et la libanaise, comme la signare et dans une autre mesure la peulhe, continuent de jouir du prestige de couleur, ou pour être plus précis, de clarté. C’est ainsi que la femme en chair, claire de peau, aux grâces corporelles assorties de rondeurs, est devenue l’objet le plus convoité du marché de l’amour. Le vieux polygame en raffole autant que le jeune premier, comme outil de promotion ou prestige social. Et c’est ainsi ou presque, en conséquence, que la femme au bon teint local, « sombre » et « obscure », svelte et grande, affûtée et naturelle, en un mot la sahélienne, a suivi le mouvement du cliché dominant. Produit banal, fondu dans la masse, presque déprécié, et qui semble vouloir rattraper son retard, parfois, par l’artifice de « l’hydroquinone [ii]» et les mirages du maquillage outrancier ; et qui plus tard, avec quelques grossesses, accroche ces rondeurs bénies qui font la bonne femme sénégalaise.
Sans doute faut-il interroger l’Histoire pour mieux situer cette bascule. A partir de quel moment les standards de la beauté sont-ils devenus tout autres que ce que produit la géographie nationale ? Il y a à chercher dans la royauté et ses hiérarchies peut-être. Il y a sans doute à creuser du côté de la dépossession coloniale et de la mésestime de soi qu’elle engendre. Faut-il aussi voir du côté de l’utopie publicitaire et des images qu’elle véhicule ! Règlera-t-on pour autant la question ? Pas sûr. Comment ce biais persiste-t-il dans un pays profond, où malgré les offensives sur la valorisation de sa couleur de peau, certaines femmes sont toujours tentées de rester dans cette idée…
Dans les années 90, Viviane Chidid, qui n’avait pas encore le Ndour collé au train, était une modeste choriste du Super étoile, le groupe de Youssou Ndour. Remarquable et remarquée, elle avait déjà une aura et un charisme. Une voix et une présence. Une audace et une candide perfidie. Les courbes encore fines promettaient de s’épaissir. La métisse libanaise et mauritanienne, battant pavillon sénégalais, portait déjà en elle les signes de l’ascension d’une ambassadrice et d’un sex-symbol. Alors que la scène musicale couvait ses divas, de Kiné Lam et Fatou Guewel en passant par Maty Thiam Dogo, et bien avant l’arrivée des Titi, Adiouza et compagnie, Viviane pavait un chemin en capitalisant sur cet amour de la cérémonie vestimentaire qui caractérise tant les soirées mondaines sénégalaises. Ce que les autres grosses pointures semblaient vouloir acquérir à grands renforts d’orgies de bijoux, de visages rafistolés par la poudre, de tenues affriolantes ou clinquantes, la jeune Viviane semblait en avoir en réserve et de façon naturelle. Elle n’avait pas besoin de surjouer. Elle gardait son visage, avec l’insolence de la certitude d’une beauté qui ferait chavirer. Alors que les autres gardaient le sacré des grands boubous, elle osa les robes moulantes, les jeans et les fentes accrocheuses. Avec cette ivresse de la jeunesse confiante, comme celle de la dernière épouse au sein du couple polygame du film Bal poussière, qui vient changer les codes en rafraichissant les modalités du jeu conjugal. Avec l’essor des prêtresses du rap américain, que les satellites importaient dans nos salons, les Beyoncé, les Jennifer Lopez, les Ashanti, les Alicia Keys en tant d’autres, Viviane entrait dans les standards de cette beauté-type. A elle les années 2000.
Quelques danses en plus, des tenues suggestives, voire des chansons exaltant le désir viril, suffirent à faire d’elle une idole du moment, potentiellement exportable à l’extérieur. Le super Etoile, les reprises, son mariage avec le frère de Youssou Ndour, féconderont ensuite la graine de star. L’album Sama Nene, berceau d’une œuvre toujours lascive, vantant les atours et les outils d’une bonne épouse, dévouée au bonheur du mâle, firent de Viviane une vedette. La célébration de la femme aimante, et au-delà, cette abondance du thème de l’amour, submergèrent son œuvre. Qui, elle, trouva son public. Centre d’un vieux fantasme de couleur auquel elle donne une jeunesse et de la chair ; respiration des peine-à-jouir nationaux corsetés par la coercition religieuse ; égérie d’un charme sénégalais fait d’apprêts et de protocole de la séduction ; modèle des jeunes filles. Sa prospérité et la puissance son charme, l’établirent en bébé incontournable des années 2000 dont elle continue de grignoter les années. Pour preuve, nombres de tubes incontournables, moteurs des soirées où l’on pouvait se permettre des voyages interdits dans la proximité des corps, résonnent encore.
Petit, j’avais dompté la vigilance des femmes adultes pour m’inviter dans ces réputées assemblées féminines, libres voire libertines, où elles s’échangeaient astuces, « tricks and skills », pour conduire leurs maris au Paradis. J’y avais intercepté pour la première fois, sans être en mesure ni de le décrire, ni de le comprendre, la contrainte du bonheur conjugal et la dévotion féminine, avec la bénédiction voire la prescription de la culture, au bénéfice du mâle ; lui qui pouvait ainsi en seigneur sans devoirs ou presque congédier son épouse ou la menacer avec le chantage de la polygamie. Cette idée du « mari sacré » qui étage la gent féminine en mariées bénies et en célibataires honnies, a créé cette frénésie qui va jusqu’à doper la polygamie, devenue un recours potable voire phénomène vanté comme l’écrit Coumba Kane dans les colonnes du « Monde [iii]». Le conditionnement féminin, dès le jeune âge, la soumission transmise aux petites comme vertu, et qui va jusqu’à la négation de soi, contrairement à une faillite, restent encore un discours élogieux de la femme au foyer. Cette représentation traverse toute l’œuvre de Viviane, gardienne, à ses dépens, et à dessein, de cet ordre.
Il est étonnant de voir que cette idée que l’on retrouve dans les téléfilms, dans les prêches, dans les familles, a trouvé en Viviane Ndour et ses chansons une grande caisse de résonnance, une ambassadrice. Elle chantera l’homme, en gardant cette énergie libidinale. Naïvement, sans doute inconsciemment, cette portée, qui se retrouve déjà dans le capital des femmes sénégalaises, sera chez Viviane un des éléments de son aura. Elle incarne cette figure de maman, déambulante, de charmes en soumission, faisant des haltes à la case plaisir. C’est sans doute le chantier immense du féminisme sénégalais, quand il daignera ne pas être à la remorque du féminisme afro-diasporique, de comprendre cette donnée intérieure et complexe. La place assignée à la femme est une place magnifiée par la représentation culturelle et religieuse. Pour mieux les soumettre, on les célèbre, dans la mécanique classique des compliments sans fonds, qui rappellent la promotion des potiches. Comment mener ainsi un combat féministe au Sénégal sans se désaliéner de cette assignation ? Bien des productions féministes, notamment chez Fatou Sow, renseignent sur la complexité de cet embarras, la nécessité de lutter sur deux fronts : la colonisation et l’endogène ; et comment surtout l’urgence des combats, et la peur de se voir qualifier de féministe occidentale, ont pu conduire certaines militantes à fermer les yeux et à se complaire dans un statut quo local. Les nouvelles générations de féministes ne semblent être ni dans l’urgence du combat, ni dans la confrontation avec le dispositif. Nul privilège ne se laisse facilement. Nul acquis non plus. Il s’arrache. Il en résulte une militance cosmétique et presque risible, à l’heure où le regain du fait religieux et les nouveaux accommodements imposent le pire aux femmes.
Faire porter ceci à Viviane Ndour serait bien évidemment d’une injustice sans nom. Elle est loin de ces querelles, et pour cause. Beaucoup de femmes sénégalaises trouvent le féminisme hargneux, importé, masculin, impropre pour elles. La « chosification » bat son plein et toute cette idée d’une féminité décorative puise une lointaine ascendance, qui se nourrit des facilités et des vulgates actuelles. Viviane est une femme de son temps qui chante le bonheur où elle glisse des leçons sociales comme il est de coutume dans la chanson sénégalaise, où le prêche s’invite très souvent. Elle l’a fait avec des charmes, dans un bon timing, de l’inspiration, des sonorités entrainantes. Et bingo. D’ailleurs elle a fait mouche, nombre de ses consœurs de la même génération sont dans le même filon, celui de la femme pulpeuse et chanteuse-star, avec des fortunes diverses. Il faut même mettre à son crédit la bienveillance et la sincérité de ses chansons. Que pouvait-elle ? Elle a été le porte-drapeau d’une idée féminine, sexuelle, maternelle, en parfaite adéquation avec l’ambiance nationale. Et ce jusqu’au au divorce et au remariage comme la parfaite jonction entre l’ancien et le nouveau monde.
C’est très souvent par l’art audio-visuel que sédimentent les clichés dans la société. La musique et le cinéma créent une proximité directe, plus que les livres. Viviane Ndour sera plus connue qu’Awa Thiam, pionnière du combat pour le droit des femmes. Avec sa voix sublime, son audace, son déhanché, la mise en avant de sa famille, elle s’est hissée à un niveau modeste qui n’en fera jamais une icône impérissable, non plus un décor banal. Elle est comme ce battement au tempo nonchalant, cette gloire modeste qui semble tirer vers sa fin. Un train joyeux qui déambule dans les ruelles sociales en suscitant les envies et dont le temps ternira l’éclat. On lui pardonnera les reprises parfois pas très loyales, au nom de moments de danse sur Dekkore et bien d’autres tubes, que les sénégalais moyens ont eu en guise de bonheur gratuit. Comme un symbole du local et du global, c’est une fille libanaise, sénégalaise, mauritanienne, et poil américaine, qui a porté quelques valeurs nationales. On pourrait presque dire, comme Simone de Beauvoir : « on ne naît pas authentique, on le devient… »
[i]Tenue d’origine mauritanienne, tunique rabattue en forme de voile sur le haut du corps.
[ii] Composante majeure des produits de dépigmentation.
La capitale Sénégalaise accueille au Musée de la femme Henriette Bathily une exposition sur le thème "T'étais habillée comment ?" du 18 Octobre au 10 Décembre 2018
BBC Afrique |
Kahofi Jischvi Suy |
Publication 07/11/2018
L'intitulé de cette exposition est souvent la question que l'on pose hélas à des victimes lorsqu'elles se retrouvent dans des postes de police ou de gendarmerie ; un peu comme s'il y avait un lien entre le viol et le style vestimentaire.
L'objectif de cette exposition est de lutter contre l'idée selon laquelle : les femmes se font violer en raison de leur tenue provocante.
Dans la salle du rez-de-chaussée du Musée, des vêtements féminins sont alignés les uns à côté des autres et font automatiquement penser à des femmes d'âge différent.
De la lingerie à la tenue militaire en passant par l'ensemble tailleur, ces vêtements du quotidien racontent pourtant une même réalité celle du viol.
Force est de constater, que les agressions sexuelles prennent différentes formes et sont à l'origine d'un sentiment de rejet personnel chez les victimes.
Viol conjugal, viol en milieu professionnel, viol perpétré par un individu du même sexe, viol sur mineur ou sur une personne plus âgé…sont autant d'agressions subies et qui à y regarder de près n'ont rien à voir avec la tenue.
Sinon comment s'expliquer, qu'une femme en uniforme (militaire) puisse être victime d'un viol de la part de quelqu'un qui est censé respecter l'autorité qu'elle incarne ?
L'habit ne fait donc pas le viol car la femme doit pouvoir disposer de son corps et se sentir à l'aise dans le vêtement qu'elle a envie de mettre.
Voilée, en jean, en pantalon moulant, en mini-jupe, en short ou en débardeur…les femmes ne sont pas à l'abri d'une agression sexuelle d'où l'appel de Fatou Kiné Diouf, la commissaire à questionner autrement la réalité du viol.
L'idée ne serait plus de demander pourquoi les femmes se font violer mais pourquoi les hommes commettent le viol sans tenir compte du fait qu'il s'agit d'un acte qui déshumanise la femme.
Au-delà, c'est un acte qui marque la femme toute sa vie lorsqu'il est commis dès le bas âge.
Dans ce débat sur le viol, certains hommes brandissant des valeurs socio-culturelles ou religieuses se sont donné le pouvoir de dicter aux femmes ce que doit être leur tenue vestimentaire.
Le viol devient dans leur entendement un moyen de répression pour toutes celles qui s'écartent de ce dress code.
Mais même en mettant un voile et en étant couverte de la tête aux pieds, rien ne garantit qu'une femme soit à l'abri du viol.
Le viol semble hanter la vie des femmes même dans le lit conjugal !
"Un pyjama, on dormait dans la même chambre. Ça a duré de mes 4 ans à mes 9 ans. J'ai essayé de me suicider à deux fois, mais on dirait qu'on ne veut pas me laisser partir"
"Une robe : je me croyais en sécurité avec une femme mais je me suis réveillée alors qu'elle me violait elle aussi"
"C'était la nuit dans ma chambre…par mon beau-père. Lorsque je l'ai raconté à ma mère, il a essayé de me tuer. J'ai encore des cicatrices au cou et au ventre là où le couteau m'a transpercée"
"Le pagne et le haut avec lequel je travaille. Mon patron a profité de l'absence de sa femme pour me forcer à avoir des rapports avec lui. J'avais 15 ans et je suis tombée enceinte"
L'Université du Kansas aux Etats Unis, Jean Brokman et le Dr Mary Wyandt-Hiebert sont à l'origine de l'exposition "T'étais habillée comment ?" initié pour la première fois en 2013 et inspiré du poème du même nom écrit par le Dr May Simmerling.
Dans sa déclinaison nationale au Sénégal, l'exposition vise à présenter le viol comme un véritable fléau social autour d'un vernissage mais également de panel notamment sur la prise en charge des victimes et le rôle des médias dans la lutte contre le viol.
L'exposition est aussi un moment où des voix s'élèvent pour dire halte au viol et pousser l'opinion à comprendre les dangers de ce crime.
PAR ANAÏS ANGELO
EN POLITIQUE, LES FEMMES AFRICAINES DEMEURENT AUSSI CRIANTES QUE COURTISÉES
La présence de femmes en politique est ancienne, mais a été occultée par un récit national forgé par une élite masculine en quête de légitimité et qui associe la politique à la virilité
Le Monde Afrique |
Anaïs Angelo |
Publication 06/11/2018
La présidence de la République fédérale d’Ethiopie est, pour la première fois, occupée par une femme. Le 25 octobre, Sahle-Work Zewde a été nommée par le Parlement pour occuper cette fonction qui, comme beaucoup le rappellent, est avant tout honorifique puisque les pouvoirs exécutifs sont détenus par le premier ministre. Cette nomination intervient alors que le gouvernement éthiopien amorce de nombreuses réformes, en politique intérieure comme en politique internationale, et semble avoir mis un point d’honneur à la parité des genres. Deux femmes ont été nommées aux postes stratégiques de ministre de la défense et de ministre de la paix (ancien service pour le renseignement).
Au Rwanda, le gouvernement de Paul Kagamé a, lui aussi, placé la parité au cœur de ses réformes politiques et se targue aujourd’hui d’être un des pays avec le plus grand nombre de femmes au Parlement. Mais cette parité reste sujette à controverses. En 2010, le Sénégal a voté une loi sur la parité des genres à l’Assemblée nationale : elle reste toutefois encore largement inappliquée. Au Kenya, en 2017, la Cour suprême avait mandaté le Parlement pour instituer la parité aux deux tiers – comme le prévoyait la nouvelle Constitution votée en 2010 – dans un délai de 60 jours. Le délai passé, le Parlement se refuse toujours à appliquer la loi.
Manque de perspective historique
L’engouement ou la frilosité quant à l’ouverture politique au sexe féminin montre que les femmes, qu’elles soient élues ou électrices, demeurent aussi craintes que courtisées. Cette ambivalence n’est que trop vite oubliée par l’enthousiasme médiatique que la nomination (ou l’élection) d’une femme à un haut poste de pouvoir suscite et qui fait croire qu’il y a là un phénomène nouveau. Or la présence de femmes en politique est ancienne, mais a été occultée par un récit national forgé par une élite masculine en quête de légitimité et qui associe la politique à la virilité. Faut-il donc croire qu’une femme à un haut poste de pouvoir annonce véritablement un nouveau type de politique et de société ?
Un premier constat pointe le manque de perspective historique sur le sujet. Le pouvoir étant traditionnellement associé à des attributs masculins, les recherches sur les femmes africaines au pouvoir font encore cruellement défaut. Si l’influence des femmes en politique n’est pas nouvelle, elle concerne souvent les femmes proches des cercles de pouvoir ou issues de dynasties familiales : certaines auront, par exemple, fait campagne pour leurs maris, galvanisant pour leurs causes un électorat féminin ; d’autres auront hérité du royaume politique de leurs parents. Leurs récits, autant que leur influence, restent encore dans l’ombre.
Une légitimité forgée à l’international
Il faut remarquer à ce titre que les femmes qui ont accédé à la fonction suprême n’appartiennent pas à des dynasties familiales mais ont forgé leur légitimité par l’international. Ce n’est sans doute par une coïncidence si Sahle-Work Zewde comme Ellen Johnson Sirleaf – première femme présidente du Liberia – ont fait leurs armes dans les institutions internationales et/ou la diplomatie. Elles se distinguent des vétérans de la politique locale, qui ont des profils bien plus controversés et ne dépassent souvent pas les postes de ministres – on citera pour exemple la Kenyanne Charity Ngilu, candidate malheureuse à la présidence en 1997.
L’enthousiasme pour les femmes africaines en politique se comprend mieux à l’heure où les questions d’égalité et de respect entre les genres dominent l’actualité mondiale. Certains y voient la création de modèles pour la jeunesse, d’autres le premier coup porté à la domination « patriarcale ». La prudence est sans doute de mise. Rien ne dit, pour l’instant, que les femmes en politique sont aussi visibles qu’écoutées. Rien ne dit non plus que la cooptation politique n’épargne pas les femmes ou qu’elle ne saurait êtrel’œuvre de femmes, comme le laissait entendre Emmanuel Dongola dans son roman Photo de groupe au bord du fleuve (éd. Actes Sud, 2010) :« Tout d’un coup te remonte à la mémoire la proposition que la ministre de la femme et des handicapés t’afaite, celle d’être sa conseillère. (…) Que feras-tu alors ? Ne serait-ce pas drôle de passer du jour au lendemain du statut de casseuse de pierres à celui de membre d’un cabinet ministériel ? »…
Anaïs Angelo est historienne, chercheuse postdoctorale au département d’études africaines de l’Université de Vienne (Autriche)
TEXTE COLLECTIF
NON À L'ÉDUCATION SEXUELLE
Dans nos curricula, existent des cours sur l’anatomie, la santé reproductive, dispensés au secondaire - Le besoin de financement ne doit pas nous faire accepter tout et n’importe quoi et piétiner les valeurs qui ont fondé notre société !
L’aveu est la reine des preuves. En disant à la face des sénégalais, dans une interview sur les ondes d’une radio sénégalaise, que sa volonté est de faire introduire l’éducation sexuelle dans nos écoles, Human Rights Watch (HRW) conforte tous ceux qui doutaient de la pertinence et de l’opportunité de son récent rapport intitulé : « Ce n’est pas normal, Exploitation sexuelle, harcèlement et abus dans les écoles secondaires au Sénégal », publié le 18 octobre 2018. Les autorités du Ministère de l’Education Nationale qui avaient tôt fait d’alerter l’opinion publique nationale sur les véritables motivations des activistes de HRW, n’en seront que remerciées.
En effet, le contenu de ce rapport qui a fini de soulever la polémique, nous amène à nous poser des questions sur les réelles motivations de ses auteurs, au-delà de ce qu’ils veulent nous dire à travers les résultats obtenus. Sans nous attarder sur le titre assez alarmiste, le constat est que, dès le départ, le rapport tranche. Il parle d’une « exploitation sexuelle généralisée dans les écoles » et jette le discrédit, d’une part, sur le corps enseignant et, d’autre part, sur le gouvernement et son incapacité à apporter une réponse efficace à la question : « Le gouvernement s’est avéré inutilement lent à adopter un programme national exhaustif de santé sexuelle et reproductive. Au moment de la rédaction de ce rapport, il était réticent à inclure des contenus sur la sexualité dans les programmes d’enseignement en raison des préoccupations selon lesquelles l’enseignement de la sexualité contredirait les valeurs culturelles et morales du Sénégal, ainsi que du fait des pressions exercées par les groupes religieux. » (p.5) Ce qui renseigne clairement sur la volonté d’introduire l’éducation sexuelle dans nos écoles.
La démarche heuristique de ce rapport est basée sur des recherches menées en juillet, août, octobre, novembre 2017 et juillet 2018 dans 4 régions sur les 14 que compte le Sénégal (Dakar, Kolda, Sédhiou et Ziguinchor). Il s’agit essentiellement de 42 entretiens individuels auprès de 27 filles et 15 jeunes femmes, dans 22 établissements dont 14 collèges et 8 lycées, de discussions de groupe avec 122 élèves du secondaire qui sont réparties dans 4 écoles publiques, de 11 entretiens avec des enseignants et des activistes, et avec 4 membres de familles ou tuteurs légaux de victimes. Dès lors, nous pouvons valablement nous interroger sur la rigueur scientifique de cette recherche et, par ricochet, sur la fiabilité des résultats. Ces chiffres nous permettent de noter la faiblesse de l’échantillon qui pose problème. Hormis le caractère intentionnel du choix, la faible représentativité ne permet pas de procéder à une généralisation empirique à l’échelle du pays.
Concernant les critères de choix des localités ciblées (Dakar, Bignona, Ziguinchor, Mpack, Sédhiou, Ndorna, Medina Yoro Foulah, Vélingara), selon HRW ces zones ont été choisies « parce qu’elles présentent les taux de grossesse chez les adolescentes les plus élevés du pays, ainsi que des taux élevés de mariage d’enfant et un faible taux de maintien dans l’enseignement secondaire ». Il justifie le faible taux de maintien des filles à l’école dans ces localités par « la crainte que les filles soient exposées au harcèlement sexuel et à la violence sexiste à l’école ». (p.28) Or, en l’absence d’une analyse causale adéquate sur les grossesses et les mariages précoces chez les jeunes filles et sur leur maintien à l’école, il n’est pas possible d’aboutir à de telles conclusions univoques. Ces zones ciblées ont leurs spécificités sociologiques et culturelles. Dès lors, une meilleure compréhension des cultures et des réalités locales s’avère nécessaire pour l’appréhension des phénomènes précités.
Globalement, les conclusions du rapport semblent prédéterminées et dictées plus par un but idéologique que par les faits. La situation décrite n’est pas représentative de la réalité globale des collèges et du comportement des enseignants en général. Aussi, la coïncidence est trop troublante entre la publication de ce rapport qui accable les enseignants comme étant des « prédateurs sexuels » et le débat sur l'introduction de l’éducation sexuelle dans les programmes des écoles primaires devenu récurrent dans plusieurs pays d’Afrique et du Monde.
De ce rapport, on ne peut qu’avoir mal pour ces vaillants enseignants, soldats du savoir, qui nous ont enseigné à tous et qui continuent de le faire avec nos enfants du primaire à l’université. Ils méritent autre chose de la Nation qu’un ramassis de témoignages présentés comme une étude scientifique pour les taxer de harceleurs, violeurs et « engrosseurs » de filles dans une campagne orchestrée sur les réseaux sociaux pour choquer l’opinion publique nationale et internationale. La méthode est connue de certaines organisations. Quand bien même, elle s’avère une démarche portant atteinte à l’honorabilité des éducateurs que sont nos enseignants dans leur écrasante majorité.
Stigmatiser les enseignants, alors que nous savons tous que des brebis galeuses existent dans tous les corps de métiers et dans toutes les couches sociales, n’est pas digne d’une organisation sérieuse voulant alerter sur un problème sociétal jusque-là pris en charge et traité par la Justice et les différentes institutions. Avec de tels manquements notés dans le rapport, on ne saurait jeter l’opprobre sur le corps enseignant et indexer tout le système scolaire du pays, avec le dessein inavoué d’introduire ses orientations dans les programmes scolaires. Quand on se fixe comme objectif d’analyser un fait en vue de produire des recommandations qui vont servir de base à des actions de plaidoyer visant à influencer la politique d’un pays dans un domaine ou un autre, la moindre des choses est de respecter l’exigence de rigueur scientifique. Vue son importance, cette question ne saurait faire l’objet d’une telle légèreté dans son appréhension.
Il est vrai que l'Etat doit renforcer les moyens de répression contre tous ceux qui s’adonnent à ces pratiques criminelles partout et dans toutes les sphères privées et publiques avec tout l’arsenal juridique, les mesures administratives et l’information qu’il faut mais il lui incombe également de protéger l’innocence de l’enfance. Une innocence incompatible avec des cours d’éducation sexuelle dès l’école primaire. Dans nos curricula, existent des cours sur l’anatomie, la santé reproductive et autres, dispensés au secondaire et, de fort belle manière, par les enseignants d’économie familiale. On s’entend bien là-dessus qu’ils n’ont jamais été contestés et recueillent l’assentiment des parents. Dans nos normes et valeurs, nos coutumes et croyances, encore ancrées en la plupart d’entre nous, l’éducation initiale est du ressort de personnes bien connues dans nos sphères privées et familiales. Nos sociétés n’ont pas attendues HRW ou l’école pour éduquer nos enfants sur certaines questions comme la sexualité.
Nous vivons dans un monde globalisé. Notre planète est devenue un « village global » où le destin de l’humanité semble être, de plus en plus, régi par le principe de la globalisation. Dans ce contexte, nous assistons à une accélération des mutations sociales exacerbées par le choc des cultures et des civilisations. L’Afrique n’échappe pas à cette dynamique. Notre continent, entré de plein pied dans cette mouvance, fait face à de nouveaux défis qui questionnent notre capacité à nous adapter aux changements qu’entraine, dans son sillage, la globalisation et à apporter des réponses efficaces face aux enjeux de ce monde en perpétuel mutation.
Dans ce monde en rapide évolution, que deviendront ceux qui ne feront pas preuve d’une grande réactivité face à ces profondes mutations ? Quand nous laissons certaines questions importantes entre les mains d’autres jusqu’au point où nous ne disposons plus de liberté pour infléchir les choses, nous devrons tôt ou tard prendre des décisions sous contrainte car nous n’aurons plus le choix. Le seul moyen d’échapper à une telle situation est de réfléchir sur le type de société que nous voulons construire et de prendre conscience des mutations afin d’anticiper sur les réponses à y apporter avant que celles-ci ne s’imposent à nous de manière contraignante. A nous de décider si nous devons subir le changement, l’attendre pour réagir ou nous y préparer en anticipant ou en le provoquant. Aujourd’hui, il revient à l’Etat du Sénégal de mener une étude sérieuse sur cette question à travers la mobilisation d’une équipe pluridisciplinaire composée de psychologues, sociologues, pédopsychiatre, juristes etc. Le besoin de financement ne doit pas nous faire accepter tout et n’importe quoi et piétiner au sol les valeurs qui ont fondé notre société !
Viviane Solange Mbengue, sociologue et Moussa Diaw, gestionnaire d’entreprise
ELLE ACCOUCHE DE SON PREMIER BÉBÉ À...62 ANS
Une femme sexagénaire a donné la vie par césarienne le 31 octobre 2018 d'une fille de 2,7 kg au CHRACERH Paul et Chantal Biya de Yaoundé - Un cas inédit dans le pays
le360afrique |
Tricia Bell |
Publication 02/11/2018
La petite Marie est née d'une mère sexagénaire dans la matinée du mercredi 31 octobre 2018 au Centre hospitalier de recherche et d'application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine Paul et Chantal Biya (CHRACERH) de Yaoundé, la capitale.
Âgée de très précisément 62 ans, cette "jeune" maman dit avoir tout essayé pour donner la vie, entre médecine traditionnelle et moderne. Avant de se tourner en dernier lieu vers le CHRACERH, où elle a subi une fécondation in vitro. Une grande première dans le pays, voire sur le continent africain et un exploit réalisé en somme par cette formation hospitalière spécialisée, compte tenu de l'âge de la mère et des problèmes de fécondité des femmes après 45 ans.
«Compte tenu de l'histoire de la dame que nous avons reçue, je ne pouvais pas refuser de prendre le risque médical de la mettre enceinte à cet âge. J'étais positif, en particulier avec le fait que j'étais sûr de l'expertise médicale et de l'équipement que nous avons à l'hôpital. Avec la technologie et les possibilités médicales du CHRACERH, de plus en plus de femmes deviennent enceintes», précise à la presse le Pr Jean Marie Kasia, administrateur directeur général de cette structure.
Mis en service en 2015 puis inauguré en 2016 par la première dame, Chantal Biya, le CHRACERH a été créé par décret présidentiel en 2011. C'est un établissement public administratif doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière. Il est placé sous la tutelle technique du ministère de la Santé publique.
L’établissement est, entre autres, spécialisé en matière de procréation médicalement assistée et en chirurgie endoscopique. Dans le monde, les primipares les plus âgées recensées à ce jour viennent d'Inde. Daljinder Kaur et Rajo Devi, toutes les deux âgées de 70 ans, ont donné naissance à leur premier enfant respectivement en 2016 et 2008.
"LE SYSTÈME ÉLECTORAL EN PLACE REND IMPOSSIBLE TOUT TRIPATOUILLAGE’’
Aminata Touré, membre de la majorité présidentielle
Dakar, 1er nov (APS) - L’ancienne Première ministre Aminata Touré a estimé jeudi que le système électoral actuellement en place rend impossible tout trucage des élections au Sénégal.
‘’Le dépouillement commence dès la fermeture’’ des bureaux de vote et les résultats sont ‘’affichés’’ et ‘’diffusés en direct’’ par les médias, a expliqué Mme Touré, interrogée jeudi matin par la Radio Futurs Médias (RFM).
Le Sénégal, qui a connu deux alternances démocratiques en 2000 et 2012, doit élire un nouveau président de la République le 24 février prochain.
La coordonnatrice du Pôle parrainage de la coalition ‘’Benno Bokk Yaakaar’’ (BBY) a cité le changement de pouvoir intervenu en 2012 comme une preuve de la fiabilité du système électoral sénégalais,.
Lors de cette présidentielle, Abdoulaye Wade, le candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS), à l’époque au pouvoir, n’avait pu éviter sa défaite, en dépit du fait que le ministre de l’Intérieur, chargé d’organiser les élections, était issu de son camp, a-t-elle rappelé.
A l’image de la France et de l’Allemagne, Aminata Touré estime que le Sénégal a atteint un niveau démocratique tel que c’est au ministre de l’Intérieur que doit revenir l’organisation des élections.
Elle assure par ailleurs qu’il n’y a qu’un seul fichier électoral, celui-là même qui a selon lui fait l’objet d’une refonte, insistant sur l’impossibilité de tout tripatouillage avec le système élécetoral en place.
UNE AFRICAINE DANS L'ARMÉE DE L'AIR AMÉRICAINE
Pour Linda Nkwenti, la vie militaire ne faisait pas partie de ses rêves de petite fille camerounaise - Mais aujourd’hui, l’ancienne Miss a échangé ses hauts talons contre un emploi de rêve au sein de l’aviation américaine
L’armée des États-Unis d’Amérique séduit de nombreux immigrés africains. Pour Linda Nkwenti, capitaine de l’armée de l’air américaine, la vie militaire ne faisait pas partie de ses rêves de petite fille camerounaise. Mais aujourd’hui, l’ancienne Miss a échangé ses hauts talons contre un emploi de rêve au sein de l’aviation américaine.
PAR AMADOU TIDIANE WONE
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PROMESSE TENUE
À l'occasion du lancement des opérations de parrainage, et devant plusieurs personnalités alliées, Ngoné Ndoye s'était engagée à déposer sur le bureau du président Soumaré 30 000 signatures - Elle a déposé 35 000 parrainages cet après-midi
«Ayons les femmes et le reste viendra» disait Frantz Fanon dans son livre «l'an V de la Révolution algérienne».
Hommage largement mérité à nos mères, soeurs et épouses, sans lesquelles la vie ne serait pas. Tout simplement. Cette phrase m'est revenue à la mémoire en regardant Adja Ngoné NDoye, femme politique de talent, à l'occasion du dépôt cet après-midi, au siège de campagne du Président Cheikh Hajibou Soumaré, du premier lot de parrainages qu'elle s'était engagée à collecter...seule.
Et elle a tenu promesse Madame le Ministre Ngoné Ndoye ! En effet, à l'occasion du lancement des opérations de parrainage, et devant plusieurs personnalités alliées, elle s'était engagée à déposer sur le bureau du Président Soumaré 30.000 signatures! On aurait pu croire à une bravade ou à un effet oratoire face à un salle bondée. Eh! Bien Non: Elle a déposé 35.000 parrainages cet après-midi. À mi chemin de la clôture des opérations, plus de la moitié du quotient exigible (entre 52000 et 65000) est mis de côté par celle que je considère comme l'égérie du Mouvement Démocratie et République. Good Job!
Ceci, sans compter le cumul du travail de fourmis mené par une vingtaine de collecteurs, formés et dédiés exclusivement aux démarches de proximité, selon un programme parfaitement maîtrisé. Ni les apports en cours de consolidation de tous les autres membres et alliés du Mouvement Démocratie et République. Ni l'organisation minutieuse qui coordonne, dans l'ombre, ce premier test grandeur nature des mécanismes d'une campagne sérieuse. La moisson sera à la hauteur du défi!
Le symbole que dégage l'acte posé par Ngoné Ndoye est un signal fort d'engagement ainsi qu'un appel à la mobilisation de tous ceux qui aspirent à un changement en 2019. Pour ceux qui y croient et pour ceux qui luttent pour le rendre effectif . Le temps pour nous est donc celui du pragmatisme éclairé. Il commande une efficacité discrète, un effort constant pour creuser des sillons en profondeur . C'est le style du candidat Cheikh Hajibou Soumaré. Le moteur de sa carrière exemplaire. C'est le modèle qu'il proposera aux électeurs sénégalais. Car, notre pays a besoin de rompre avec la politique spectacle. Les mots sans lendemains débités sans conviction nous désespèrent. Ils ne nourrissent que ceux qui les prononcent. Ces foules préfabriquées qui donnent l'impression d'une adhésion populaire vont devoir trouver matière à occuper leurs journées. Car le Sénégal doit se mettre au travail, dans la douleur au besoin, pour enfanter d'un avenir radieux pour les générations montantes. C'est cela notre seul horizon.
L'acte posé par Ngoné Ndoye est assurément un aiguillon de plus pour fouetter les énergies des engagés et inviter tous les indécis à rejoindre le Mouvement. Pour poser, tous ensemble, un acte décisif le 24 février 2019 Incha Allah: la première pierre d'un Sénégal nouveau, remobilisé et bien tenu .
«Allons rekk !» comme disent les jeunes gens.
L'APPEL DES PREMIÈRES DAMES D'AFRIQUE
Combat contre la souffrance causée par l'infertilité
Dakar, 30 oct (APS) - Des Premières dames d’Afrique ont appelé mardi à "combattre la souffrance" que vivent les femmes africaines victimes de l’infertilité, en misant sur l’éducation et l’autonomisation par le biais d’activités génératrices de revenus.
Elles participaient à la 5e conférence de la Fondation Merck en tant qu’ambassadrices de la campagne "Merck More than a mother".
"Nous devons sensibiliser, mettre l’accent sur l’éducation pour combattre la souffrance causée par l’infertilité", a par exemple souligné la Première Dame du Botswana, Néo Jane Masisi.
Pour la présidente de la Fondation "Cri de cœur d’une mère" et Première dame de la République Centrafricaine, Brigitte Touadera, "l’autonomisation des femmes sans enfant est une manière de les réhabiliter sur le plan social et de combattre la stigmatisation dont elles victimes".
Dans ce sillage, la Première dame du Sénégal, Marième Faye Sall, estime que "l’engagement de la fondation Merck dans le domaine de la santé est une grande marque de l’humanité".
"Des millions de personnes sont aidées à préserver ce qui est précieux d’elles", a indiqué Mme Sall, en rappelant que l’infertilité, le diabète, l’hypertension artérielle et le cancer sont les principaux thèmes de cette rencontre.
Selon Aissata Issoufou Mahmadou, Première dame du Niger, "il faut désormais prendre en compte ce sujet sensible. Malgré le taux de fécondité élevé dans mon pays, l’infertilité est importante".
"Des activités génératrices de revenus, des soins de santé appropriés doivent être donnés au femmes infertiles pour créer un changement de comportement sur cette question", a préconisé Mme Issoufou.
"Je suis particulièrement sensible à l’amélioration de la santé des femmes et plus précisément celle des femmes sans enfant", a pour sa part souligné la Première dame du Ghana, Rebecca Akufo Addo.
"Nous devons les autonomiser mais surtout travailler sur la sensibilisation avec toutes les violences que ces femmes subissent. Des études ont même montré que 50 % des cas d’infertilité sont dus aux hommes", a ajouté Mme Addo.
Cette rencontre, présidée par la Premier ministre du Sénégal Mahammed Boun Abdallah Dionne, avait comme invités d’honneur, outre Marième Faye Sall, les Premières dames du Botswana, du Ghana, du Niger, de la République centrafricaine, de la Sierra Leone, du Tchad et de la Zambie.
LE ROMAN POLYPHONIQUE D'AMINATA AÏDARA
Anthropologue, organisatrice d’événements culturels, mais avant tout écrivain, l'italo-sénégalaise vient de publier un remarquable premier roman, aussi lyrique qu’intelligent
Je suis quelqu’un est le premier roman d’Aminata Aïdara. Ce n’est pas un roman comme les autres. Est-ce vraiment un roman ? Sans doute pas dans le sens que donnaient à ce genre Balzac ou Dickens. Le roman d’Aïdara est plus proche du « stream of consciousness » à la Joyce qui, à travers le déroulement d’une pensée spontanée, charriant les dérélictions et les insécurités du quotidien, remonte à la source de la conscience. Celle de l’auteur, mais généreusement fictionnalisée en partant de sa condition de femme métisse, plurielle, riche de sa double culture qui est aussi une douleur, une souffrance.
Née de père sénégalais et de mère italienne, la jeune romancière a grandi en Italie. « Il y avait dans la maison beaucoup d’affection et beaucoup de livres, car mon grand-père italien était un grand lecteur, ma mère aussi », raconte-t-elle. La lecture est dans le sang et comme de la lecture à l’écriture, il n’y a qu’un pas, elle l’a franchi allègrement en publiant ses premiers poèmes à l’âge de 14 ans.
Or si la jeune femme est entrée dans la littérature par les portes de la poésie, les premiers livres qu’elle publie sont en prose: un recueil de nouvelles en italien en 2014 La ragazza dal cuore di carta (« La Fille au cœur du papier »), puis ce beau roman Je suis quelqu’un, qui relève autant de la saga familiale que de la quête de soi à travers une multitude de signes et de songes postcoloniaux.
De lourds secrets familiaux
« J’écris comme dans un rêve », aime dire la primo-romancière. Tout commence dans ce récit par un rêve, un souvenir d’enfance. La protagoniste se souvient d’avoir entraperçu une nuit deux nourrissons dans la vaste maison familiale de Dakar où elle a grandi, entourée de ses sœurs, de sa mère et de ses grands-parents. Toute sa vie, Estelle a été hantée par ce souvenir, mais chez elle, il ne sera plus jamais question de nourrisson. Jusqu’au jour, le jour de ses 26 ans, son père lui révèle, l’existence du « fils illégitime de sa mère, mort dans son berceau.
« Quelque part à Paris, une fille appelée Estelle rencontre son père. En le regardant s’approcher, le visage fermé, elle comprend qu’il n’y aura pas de cadeau d’anniversaire. (…) Avant de rentrer dans le bar, les deux se sourient à peine. Ils se font la bise. Son père inspire profondément et, sans aucun « comment tu vas » ou « comment je vais », il annonce : «Ta mère a eu le courage de me faire un enfant dans le dos. Avec un autre homme. Et certainement…» C’est ainsi que commence le livre d’Aminata Aïdara, in medias res, bruissant de lourds secrets familiaux dont le lent éclaircissement constitue le fil d’Ariane de son intrigue.
Tiraillés entre ici et ailleurs
Si le récit familial tient une place importante dans Je suis quelqu’un, il serait injuste de réduire ce livre à cette seule composante de son intrigue. Le dévoilement du secret est un prétexte pour Aminata Aïdara de raconter la complexité du monde contemporain qu’incarnent à merveille ses personnages principaux.
Le récit est bâti autour des pérégrinations d’Estelle. Paumée, tiraillée entre le monde traditionnel et celui des cités sans foi ni loi de Paris, elle va de squat en squat à la recherche d’une paix intérieure introuvable. Son désarroi, elle l’exprime à travers des « délires » cathartiques qui constituent les plus belles pages de ce roman poétique, quasi-rimbaldien.
Les soliloques de la jeune protagoniste se lisent comme autant de textes de poésie urbaine rythmés par le refrain « Je suis quelqu’un ». « Je suis quelqu’un qui ne porte pas de masque : maintenant j’ai vingt-six ans, plus proche des trente que des vingt. C’est comme ça. Je suis aussi quelqu’un qui n’a pas la moindre intention de prendre une direction, sauf celle que chaque jour lui donnera envie de suivre. Une fille qui est destinée à éviter que le volume de son Mp3 se fixe sur le numéro vingt-six. Qui n’arrivera pas à fréquenter un mec plus de vingt-six jours. Qui enfoncera la tête dans le coussin vingt-cinq ou vingt-sept fois en évitant le pire de cet âge traître. Vingt-six fois piégée… »
Penda, sa mère, occupe une place fondamentale dans la vie d’Estelle. Généreuse, cultivée, secrète, mais piégée elle aussi par sa condition de migrante. Réduite à travailler comme femme de ménage dans un lycée professionnel à Clichy, elle se console en se jetant à corps perdu dans la lecture de Frantz Fanon, son maître à penser. Elle s’appuie sur la réflexion de l’auteur de Peau noire, masques blancs sur la condition du colonisé pour déchiffrer la grammaire du couple disruptif qu’elle forme avec Eric, son amant et fils de harki inconsolé. Dans la galerie des personnages convoqués par Aïdara pour dire son monde, il y a enfin Mansour, le petit cousin fragile d’Estelle, Cindy, une Africaine-Américaine, la grand-mère maternelle Ichir qu’on soupçonne d’être un peu sorcière, mais qui détient les clefs du secret familial obsédant… Tous des personnages complexes, profonds, tout sauf manichéens.
L’originalité de ce roman réside aussi dans sa structure fragmentaire. L’auteure a fait le choix d’un récit polyphonique où les voix et les points de vue s’additionnent pour dire le monde. Des SMS, des courriels, des lettres et des extraits de journaux intimes viennent interrompre le monologue d’Estelle. Loin de perturber notre lecture, cette pluralité de voix fait résonner avec une force redoublée l’anaphore identitaire qui scande le récit, dès le titre. C’est bien la preuve, sans doute, qu’Aminata Aïdara est « quelqu’un » dont il faudra désormais retenir le nom.
Aminata Aïdara est polyglotte. Elle écrit en italien et en français. Elle parle le wolof et la langue de Shakespeare.
Dans quelle langue est-ce que vous rêvez ?
Je rêve principalement en italien, mais depuis quelques années, il m’arrive parfois de rêver en français.
A quel âge avez-vous su que vous vouliez être écrivain ?
Je l’ai su dès que j’ai appris à écrire.
Un roman qui a changé votre vie ?
Lesssio famigliane (Les mots de la tribu, Grasset) de Natalia Ginzberg. Ce roman a joué un rôle important dans mon parcours.
Y a-t-il un livre de vos contemporains que vous auriez aimé avoir écrit ?
Oui, L’attrape-cœur de Salinger. Je ne sais pas si on peut dire que Salinger est mon contemporain, mais son livre est celui que j’aurais vraiment aimé avoir écrit. Dans sa version féminine bien sûr.
Comment naissent vos récits ?
Ils naissent à partir de ma rencontre avec mes personnages qui m’habitent avant de s’incarner dans mes livres.
Quand est-ce que vous aimez écrire ? Tôt le matin ? Dans la journée ? Pendant la nuit quand le monde dort ?
Dans la journée, jamais la nuit.
Est-ce que c’est plus facile d’écrire quand on a déjà publié des livres avant comme vous?
Je n’en sais rien. Moi, j’écris tout le temps. C’est une nécessité. Il est plus dur pour moi de ne pas écrire que d’écrire.
Pourquoi est-ce que vous écrivez ?
J’écris pour exister. Pour pouvoir m’exprimer aussi.