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3 avril 2025
Femmes
DES OPTIONS DE MOBILISATION DES RESSOURCES DOMESTIQUES
Alphonse Ousmane Thiaw, a fait part lundi à Mbour de l’identification des options de mobilisation des ressources domestiques en faveur de la planification familiale
Mbour, 21 déc (APS) – Le directeur de cabinet du ministère de la Santé et de l’Action sociale, Alphonse Ousmane Thiaw, a fait part lundi à Mbour (Thiès, ouest) de l’identification des options de mobilisation des ressources domestiques en faveur de la planification familiale (PF).
"Des options de mobilisation de ressources pour la planification familiale à travers des investissements catalytiques visant à inciter efficacement les décideurs à augmenter ou améliorer l’allocation des ressources ont été identifiées", a-t-il notamment dit.
Il s’exprimait ainsi à l’ouverture d’un l’atelier de concertation, de sensibilisation et de consolidation du plan d’action pour la mobilisation de ressources domestiques en faveur de la planification familiale au Sénégal initié par la direction de la santé de la mère et de l’enfant et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
Cette rencontre vise à renforcer le consensus sur la nécessité de mobiliser des ressources domestiques en faveur de la planification familiale en général et l’achat de produits contraceptifs en particulier.
L’analyse issue de plusieurs rencontres suggère de se focaliser sur le plaidoyer aux niveaux national, infranational et auprès de l’Agence pour la Couverture Médicale Universelle (ACMU) afin d’avoir le plus d’impact possible dans un contexte réaliste, a estimé M. Thiaw.
Selon lui, le Sénégal a toujours été au rendez-vous en respectant les engagements du sommet de Londres de 2012 où la ligne budgétaire pour l’achat des produits est passée de 100 millions à 300 millions en 2016.
"Dans le contexte actuel d’engagement de la communauté internationale vers l’atteinte des objectifs de développement durable de 2030, le Sénégal veut se positionner en leader et réaffirme son engagement au deuxième sommet de Londres de 2017 et même au-delà", a dit le DC du ministère de la Santé.
C’est ainsi, a confié Alphonse Ousmane Thiaw, que dans le budget de 2021 du ministère de la Santé et de l’Action sociale, une inscription budgétaire de 500 millions FCFA est consacrée à l’achat de produits contraceptifs.
De plus, fait-il noter, l’opportunité est aujourd’hui donnée, grâce aux partenaires techniques et financiers et particulièrement à l’UNFPA de bénéficier d’un mécanisme innovant pour renforcer la mise en œuvre des engagements des pays dans la sécurisation des produits contraceptifs.
"Cela à travers le projet d’une durée de trois ans, (2019-2021, financé par la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) et, qui est un fonds incitatif de contrepartie double pour l’achat de produits contraceptifs", a-t-il expliqué.
D’après lui, cela permettra au Sénégal d’obtenir zéro besoin non satisfait en planification familiale d’ici 2030, pour un accès universel à la planification familiale et, ainsi contribuer de façon significative à l’atteinte de l’objectif de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD).
MISE EN PLACE DES «CLUBS DES JEUNES FILLES» POUR COMBATTRE LES MARIAGES PRECOCES
Les mariages précoces constituent l’une des plaies que la société n’arrive à guérir malgré la multiplication des programmes pour son éradication. Mais le pacte communautaire «New deal», mis en place, est en train de faire bouger les lignes
Les mariages précoces constituent l’une des plaies que la société n’arrive à guérir malgré la multiplication des programmes pour son éradication. Mais le pacte communautaire «New deal», mis en place, est en train de faire bouger les lignes.
C’est une situation dramatique : Au Sénégal, 16% des adolescentes de 15 à 19 ans sont déjà mères de famille. Un taux qui atteint les 30% dans les régions de Kolda et de Tambacounda, au sud du pays. Dans les régions de Tamba¬counda, il est de 30%. Ces deux régions enregistrent également les taux les plus élevés de filles de moins de 14 ans victimes des Mutilations génitales féminines (Mgf), avec respectivement 44% pour Tambacounda et 35% pour Kolda contre 14% au niveau national.
Alarmants, ces chiffres interpellent la société, surtout les jeunes filles. Le Centre conseil adolescent (Cca) de Tambacounda, sous l’égide du Projet promotion des jeunes (Ppj) du ministère de la Jeu¬nesse, avec l’appui de l’Unfpa, a développé l’initiative des «Clubs des jeunes filles» pour essayer de rompre cette pratique rétrograde.
L’objectif principal est de lutter contre les grossesses précoces et les mariages d’enfants, renforcer le leadership des adolescentes et jeunes filles, promouvoir leur la scolarité et leur employabilité. Ainsi, le Cca de Kolda s’est approprié cette approche novatrice qui a généré le concept du «New deal» ou «Pacte communautaire» qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des trois résultats transformateurs de l’Unfpa visant : «Zéro décès maternel évitable, zéro besoin non satisfait en planification familiale, zéro violence basée sur le genre et pratique néfaste à l’horizon 2035.»
Il faut savoir que le «New deal» est un pacte communautaire qui repose sur un engagement moral entre des jeunes filles et les parents pour un objectif «zéro grossesse» au sein des «Clubs de jeunes filles». Il s’agit de l’engagement des parents à ne plus marier leurs filles avant 18 ans, alors que les jeunes filles à leur tour jurent de ne pas tomber enceinte avant le mariage. Résultat : aucun cas de grossesse n’a été enregistré parmi les 8 125 jeunes filles qui ont signé le pacte du «New deal».
En trois ans d’existence, le pacte a produit des résultats très satisfaisants et salutaires avec la création de 292 Clubs de jeunes filles dans 12 départements du pays, l’enrôlement de 10 mille 525 jeunes filles signataires du «New deal» et reconnues par leur communauté. En plus, aucun cas de grossesse n’a été noté dans les Clubs de jeunes filles, 333 jeunes filles ont bénéficié de formation professionnelle qui leur a offert des activités génératrices de revenus en vue de leur autonomisation. Last but not least, il y a un taux de réussite de 100% au Bfem en 2019 des membres des Clubs de jeunes filles des communes de Dabo et Mampatim, dans la région de Kolda.
En mettant le curseur sur les lourdeurs sociétales qui pouvaient gêner l’épanouissement des jeunes filles, le ministre de la Jeunesse, Néné Fatoumata Tall, rappelle le chemin parcouru avec les partenaires de son département pour arriver à ces résultats probants et salutaires à l’échelle des zones ciblées par le programme. «C’est dans cette dynamique de consolidation des acquis, mais également d’élargissement qu’il faut comprendre les objectifs du document d’orientation pour la mise à l’échelle», explique Néné Fatoumata Tall, ministre de la Jeunesse, qui garantit «la disponibilité de son département dans la poursuite du travail pour une ‘’inclusivité’’ du projet». Elle demande même la modélisation de l’initiative du «New deal» à l’échelle nationale, les orientations stratégiques et les angles d’intervention.
MIMI TOURÉ ATTEND L’IGE « AVEC SÉRÉNITÉ »
Aminata Touré n’est pas ébranlée par l’envoie d’une mission de l’Inspection générale d’Etat au Conseil Économique social et environnemental pour fouiller sa gestion et celle de son prédécesseur
Aminata Touré n’est pas ébranlée par l’envoie d’une mission de l’Inspection générale d’Etat au Conseil Économique social et environnemental pour fouiller sa gestion et celle de son prédécesseur en l’occurrence, Aminata Tall. « Je n’ai pas encore au courant d’une telle mission mais, de toute façon on l’attend avec sérénité », a déclaré l’ancienne ministre de la Justice, contactée par le Quotidien.
Deux semaines après avoir quitté l’institution, Mimi Touré laissait déjà entendre qu’elle n’y a traîné aucune casserole. À cet effet, elle avait déclaré avoir demandé que le CESE soit audité de sa création en 2013 au jour de son départ. Ainsi, indiquait-elle, « les choses seront claires et on passera à autre chose. J’ai moi-même procédé à un audit d’entrée par un cabinet habilité, suite à la consultation de prestataires. Je demande mieux, un audit par les organes habilités de l’Etat du CESE depuis 2013, date de sa création au jour de mon départ. »
Sa volonté sera exaucée puisque, selon une information révélée en exclusivité par Emedia.sn, une mission de vérification de l’inspection générale d’État se penche justement sur sa gestion et celle de Aminata Tall, qui l’a précédée au CESE et a occupé la fonction de présidente de la 3e institution de la République, de 2013 à 2019.
LE SENEGAL A ETE AUX AVANT-GARDES DES LUTTES FEMINISTES OUEST-AFRICAINES
Entretien avec Ndèye Fatou Kane, auteure de «Vous avez dit féministe ?»
Après une carrière dans le transport et la logistique internationale, Ndèye Fatou Kane a su opérer une reconversion réussie vers des recherches en études sur le genre à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess Paris). Aujourd’hui, elle est l’une des figures du mouvement féministe sénégalais et son essai «Vous avez dit féministe ?» lui a permis de remettre cette question au centre des débats. Mais de plus en plus, ses recherches se tournent vers l’étude des masculinités qui consiste à prendre les hommes comme objets d’étude dans des domaines tels que la sexualité, le pouvoir, les médias.
Vous êtes l’auteure de Vous avez dit féministe ? Pouvez-vous donner une définition du mot féminisme et quelle théorie féministe défendez-vous dans votre ouvrage ?
Vous avez dit féministe ? est un court essai que j’ai publié en 2018. Ayant longuement séjourné au Sénégal entre 2016 et 2018, après une absence prolongée, j’ai avec plaisir retrouvé le pays qui m’a vu naître et grandir. Mais ce retour a aussi été l’occasion de regarder avec des yeux nouveaux cette société sénégalaise, mais surtout de m’interroger sur la place des femmes et le renouveau du féminisme.
Historiquement, le Sénégal est connu comme étant le pays qui a été aux avant-gardes des luttes féministes ouest africaines. Donc il ne me semblait pas normal de ne plus entendre parler – sinon très rarement – de celles qui avaient mené ces luttes. Dans le souci – très modestement – de remettre le féminisme sénégalais au centre des débats, l’idée d’écrire Vous avez dit féministe ? est née.
Après avoir beaucoup lu sur le sujet, je me suis dit que faire une analyse intertextuelle avec les écrits de Mariama Ba, Chimamanda Adichie, Simone De Beauvoir et Awa Thiam, relire ces textes de référence à l’aune de mon engagement féministe, m’a permis de poser les bases de celui-ci. Si je devais définir le féminisme, je dirais que c’est une idéologie politique, traversant le temps et l’espace et vouée à améliorer les conditions de vie, de traitement et de libertés accordées aux femmes. C’est la raison pour laquelle on distingue plusieurs courants féministes tels que le féminisme décolonial, l’afro-féminisme, le féminisme musulman, le féminisme matérialiste et les féminismes africains.
Selon que l’on soit Africaine, Européenne ou Asiatique, y a-t-il une compréhension différente du concept ? Peut-on parler d’un féminisme africain ou pourquoi pas sénégalais ?
Selon le pays et/ou la zone géographique où l’on réside, le concept de féminisme peut connaître des mutations, même si en toile de fond demeure la lutte contre l’oppression que constitue le patriarcat. Bien sûr qu’on peut parler de féminisme en Afrique. On peut subdiviser l’activisme féminisme africain en trois temps : l’époque coloniale, postcoloniale et celle de la décennie 1980-1990. Cette période, avec la décennie des Femmes africaines des Nations unies, a permis l’éclosion de mouvements féministes un peu partout en Afrique. La Conférence mondiale des femmes de Mexico en 1975 marque ainsi le point de départ de l’éveil féministe des Africaines. Et au Sénégal Yeewu yewi, créé en 1984 par Marie-Angélique Savané, peut constituer le début de cette ère féministe structurée. Donc, oui le féminisme est bien présent en Afrique et au Sénégal.
Il y a eu à un moment une sorte de polémique sur le fait qu’une femme africaine ne devait pas se réclamer féministe au même titre que celles occidentales qui n’auraient pas les mêmes visions, car les Occidentales défendent le droit à l’avortement, la liberté sexuelle etc. Qu’avez-vous envie de dire sur cela ?
Tous ces débats qui ont souvent lieu sur les réseaux sociaux, plateformes de revendication s’il en est, me font doucement rire. Parler de la femme africaine est en soi désuet. Il n’existe pas une femme africaine, c’est une caricature qu’imposent souvent les hommes pour freiner les velléités d’égalité féminines. Tout comme je n’aime pas parler d’un féminisme africain, car il y a autant de féminismes que de femmes dans ce beau continent qu’est l’Afrique, parler d’une femme africaine qui ne devrait pas être féministe relève d’une méconnaissance de notre histoire. Les femmes en Afrique, et au Sénégal particulièrement, n’ont pas attendu l’Occident pour vouloir s’émanciper.
Aujourd’hui, être féministe au Sénégal sous-entend que l’on est vieille fille, frustrée ou même libertine. Pourquoi le terme est-il diabolisé, selon vous ?
Le mauvais procès que l’on fait aux féministes au Sénégal doit cesser. C’est le plus souvent le fait des hommes qui, voyant qu’ils ne peuvent plus contrôler les femmes, leur apposent l’étiquette de vieille fille aigrie, frustrée, qui ne trouvera pas de mari. Et quand on voit comment le mariage est sacralisé dans notre pays, ça marche à tous les coups. Mais depuis peu, je vois émerger des féministes qui s’investissent dans des combats tout à fait légitimes et se font entendre. Des causes nobles telles que le droit à l’avortement médicalisé, l’absence de violeurs de la sphère médiatique, la dénonciation du harcèlement dans les transports sont défendues par ces jeunes femmes et c’est à saluer.
Les femmes de Yeewu yewi ont tracé un chemin dans la lutte pour l’émancipation de la femme. Mais y a-t-il eu par la suite une relève, une jeune génération engagée dans ce combat ?
Il est vrai qu’il y a eu un creux après la décennie 1980-1990. Si je prends l’exemple de Yeewu yewi, c’est un mouvement qui a été très percutant durant cette période, avec une ligne de conduite très politique, notamment avec son journal Fippu. En faisant preuve de réflexivité et se voyant comme actrices de changement, les femmes de cette période ont marqué d’une encre indélébile l’activisme féministe de notre pays. Concomitamment à cet engagement féministe, il y a aussi le volet recherche qu’il ne faut pas occulter avec l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (Afard), créée en 1977 et regroupant des femmes africaines chercheuses ayant le genre en partage et comme objectif de mettre au cœur de leurs prérogatives du genre comme objet de recherche, accolée au développement. Même si l’Afard est devenue un peu aphone de nos jours, sa création marque un tournant décisif. Dans cette théorie du genre, je peux citer Fatou Sow qui est incontournable, car ayant produit la majeure partie de la théorie du genre non pas seulement sénégalaise, mais africaine au sens large. Aujourd’hui quand on parle du legs du féminisme sénégalais, d’aucuns parleront du manque de solidarité intergénérationnelle, de l’embourgeoisement des féministes de la première heure, de la religion qui a gagné du terrain… J’y ajouterai le manque de production qui fait que notre féminisme se meurt. L’activisme féministe peut revêtir plusieurs formes : l’écriture de livres, la recherche sur le genre (autant féminin que masculin), ce qui permettra à nos théories de se renouveler. Sinon ça devient statique et on tourne en rond.
Peut-on être musulmane et féministe ?
Oh que oui ! Cette question me fait penser à l’ouvrage Féminismes islamiques de Zahra Ali, une sociologue travaillant sur les questions de genre et de science en relation avec l’islam. Dans ce livre, publié en 2012, elle a convoqué une pluralité de chercheuses, le plus souvent d’Afrique du Nord, qui requestionnent les textes religieux et donc islamiques, sous le prisme du féminisme. Ce livre très pertinent répond à tous ceux qui disent que le féminisme et la religion musulmane sont incompatibles. Cela est souvent dû à une méconnaissance de l’interprétation des textes islamiques. Si ceux-ci sont faits par des hommes envers les femmes, il est clair qu’ils n’ont aucun intérêt à ce que celles-ci s’émancipent ; d’où la question de la recherche et de la lecture que les femmes doivent privilégier.
Au Sénégal, on aime répéter que l’islam a accordé une place importante à la femme, mais l’affaire Aïda Diallo a montré qu’il y avait des limites strictes à ce qui était permis aux femmes…
Cette affaire a clairement montré la misogynie qui fait office dans le domaine religieux. Quand bien même cette femme, en l’occurrence Aïda Diallo, fait partie d’un mouvement religieux très controversé, elle pratiquait des cérémonies cultuelles du vivant de son guide religieux et mari, et personne n’y trouvait à redire. L’absence de ce guide a fait qu’elle est très critiquée. J’admire son courage, car dans la pratique de l’islam qui est la nôtre au Sénégal, accolée à la culture, les femmes sont dans une rhétorique de devoirs, mais aucunement de droits.
Votre premier roman est sorti il y a déjà quelques années. Un autre est en projet ?
Mon premier roman, Le malheur de vivre, publié en 2014, a marqué mon entrée dans la sphère littéraire. Depuis, beaucoup d’encre a coulé. Même si j’ai débuté par la fiction, je ne veux pas être cantonnée à ce seul et unique genre. En 2016, j’ai participé à un ouvrage collectif à visée panafricaniste, avec la musique rumba en partage, intitulé Franklin l’insoumis. En 2018 sort Vous avez dit féministe ? et en mars 2020, il y a quelques mois, je participe à l’écriture de «Féminismes dans le monde, 23 récits d’une révolution planétaire, panorama des mobilisations pour les droits des femmes dans le monde, avec des récits par pays. J’ai donc écrit le chapitre traitant du Sénégal. Mon projet d’écriture arrive très bientôt, mais autant attendre qu’il soit publié. Nous ne manquerons pas d’en reparler.
LA CHRONIQUE HEBDO DE PAAP SEEN
LE LAMENTO DES FEMMES
EXCLUSIF SENEPLUS - Les sorties outrées des mâles sénégalais après la pétition des féministes contre la réhabilitation médiatique de Cheikh Yérim Seck racontent l’angoisse de la dépossession. La peur qui habite l’oppresseur - NOTES DE TERRAIN
La récente pétition contre la réhabilitation médiatique de Cheikh Yérim Seck a soulevé des réquisitoires sévères contre les féministes. L’ancien journaliste de Jeune Afrique n’a même pas eu à s’expliquer. Il a pu compter sur des défenseurs zélés, de tous horizons. La plupart ont rappelé son droit à la dignité. « Il a payé sa dette, il faut maintenant lui lâcher la bride », réclament ses avocats. On peut bien entendre cet argument, qui n’est pas insensé. Qui est celle de l’autorité de la chose jugée. En effet, dans un État de droit, si la Justice a tranché en appliquant régulièrement les lois en vigueur, après un procès équitable, il faut s’incliner. C’est un principe qui protège contre l’arbitraire. Cheikh Yérim Seck a été condamné à trois ans de prison ferme, puis à deux ans en appel, par un tribunal impartial. Il a été déclaré coupable des faits de viol. Et a purgé sa peine.
Le respect de la dignité humaine doit demeurer une vigilance invincible, en République. Et nous pensons que Cheikh Yérim Seck, comme tous les autres citoyens, qui ont eu maille à partir avec la Justice, doivent pouvoir se réinsérer dans la société. Ils n’ont pas à être menacés par des mesures ad hoc de sûreté. Dès lors qu’ils ont effectivement purgé leurs peines. Il y a un devoir d’empathie à cultiver, envers tous nos concitoyens. Qui, d’une manière ou d’une autre, ont commis des infractions délictuelles ou criminelles. Nous, qui visitons les prisons du Sénégal, savons que des hommes ont commis de pires crimes mais restent humains, entièrement. Ils savent leurs fautes indélébiles. Dans le purgatoire de leurs consciences et dans les geôles lugubres où ils sont enfermés, s’élèvent des remords et beaucoup d’amour. Ils supportent leurs souffrances, car ils savent que rien ne peut réparer vraiment les crimes odieux qu’ils ont commis.
Comme tous les anciens détenus, Cheikh Yérim Seck a le droit de vivre, libre et de se reconstruire. Nous y souscrivons. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Derrière un délit ou un crime, il y a toujours une victime. Qui mérite aussi de la compassion. Et là encore, il y a lieu de faire une hiérarchie entre les infractions. La consommation de drogue, le manquement à une obligation de prudence, le vol simple, ne sont pas de la même intensité que l’homicide volontaire et le viol. La dangerosité d’un homme ou d’une femme, qui tue ou qui viole, est très élevée. Dans le meurtre et dans le viol, il y a un besoin délibéré d’arracher la force vitale de sa victime. Dans le premier cas, en ôtant sa vie. Dans le second, en marquant d’une humiliation impérissable la personne violée. Celle-ci est condamnée à souffrir, éternellement. Le métier de violeur, comme celui d’assassin, est un enlèvement. Il arrache l’âme.
Cheikh Yérim Seck n’a pas commis un petit larcin. Et son geste criminel n'est pas celui des brigands romantiques qui, par les voies de la violence, arrachent aux riches pour donner aux pauvres. Auquel cas on aurait pu lui pardonner, et éprouver de l’admiration. Cheikh Yérim Seck est un violeur. Et il a une victime. Qui continue d’endurer l’affliction éternelle d’un corps souillé par un prédateur sexuel. C’est ce que rappelle la pétition contre sa réhabilitation médiatique. Il y a une forme de défiance, d’invincibilité du bourreau, d’immoralité, d’impudeur abject, de manque de vergogne, à chaque fois que Cheikh Yérim Seck apparaît à la télévision. Cheikh Yérim Seck a violé une jeune femme, faible et sans défense. Si la Justice a dit le droit et si Cheikh Yérim Seck a purgé sa peine, il n’en demeure pas moins qu’il importune sa victime. Ainsi que toutes les victimes de viols. Cheikh Yerim Seck insulte toutes les consciences justes, chaque fois qu'il se présente sur les écrans.
Bigoterie aiguë. Ce n’est que par amoralité, et parce que Cheikh Yérim Seck bénéficie d’un réseau politique, médiatique et économique solide qu’il peut se permettre de narguer sa victime sur les chaînes de télévision. C’est très simple. Qui voudrait voir le violeur de sa mère, de sa sœur, ou de sa femme, se pavaner, en toute indiscrétion, dans les médias ? La pétition contre Cheikh Yerim Seck rappelle le devoir d’empathie et de respect envers les victimes de viol. Mais, effet boomerang, les auteurs de la pétition ont mobilisé, contre eux, toute l’infrastructure du patriarcat. Il leur est reproché d’être intolérants, d’être les promoteurs de la « cancel culture ». De mener une fatwa. Et, comme les pétitionnaires sont des femmes, des féministes majoritairement, les insultes et les quolibets classiques sont revenus : « hystériques », « occidentalisées ». Florilèges. Il y a cet ancien ministre de la Culture, qui est allé jusqu’à faire des insinuations très graves sur sa page Facebook. « Comment qualifier l’acte d’une femme qui rejoint, librement, un homme dans une chambre d’hôtel ? Et ce qui s’en suit ! », demande-t-il. Terribles propos. Comme des crachats jetés à la figure des victimes de viol. Des internautes excédés par ces écrits catastrophiques ont protesté. M. Amadou Tidiane Wone a essayé d’évacuer le débat, en fouettant les passions vulgaires. Dans sa tentative de justification, M. Wone s’attaque aux « gourous autoproclamés », qui seraient promoteurs de la « théorie du genre ». Donc la stratégie, éculée, de l’ingérence occidentale…
Il y a ce journaliste du quotidien Le Soleil. Qui, dans un billet se voulant corrosif, mais sans esprit ni profondeur, s’attaque aux féministes et aux hommes qui défendent les droits des femmes. Qui pense-t-il offenser en traitant les hommes qui ont signé la pétition de « góoru mbootay » ? Un autre texte, paru dans Le Soleil, cherche, dans le même mouvement, à déconstruire les arguments des signataires de la pétition. L’auteur, plus fin, les accuse d’être des « adeptes de la religion du féminisme ». Pour lui, les féministes ne doivent pas jouer aux « gardiennes de la morale ». Ou à des « redresseurs de tort ». Car, estime-t-il, nous sommes tous des pécheurs. Il s’offusque de voir les pétitionnaires employer, plusieurs fois, le mot « mâle » pour désigner les hommes. Il pense aussi que la pétition est troublante, car elle arrive six ans après la sortie de prison de Cheikh Yérim Seck. Et ce dernier, depuis lors, apparaît régulièrement à la télévision, sans que personne n’y trouve à redire. Mais l’auteur oublie qu’il y a une charge symbolique dans la réhabilitation médiatique de Cheikh Yérim Seck.
En vérité, toutes ces réactions épidermiques, les insultes adressées aux féministes du Sénégal, disent une chose. Le désir d’invisibilisation des femmes, de leurs paroles, de leur exercice de l’indignation. De leurs saines colères. De leurs luttes nécessaires. Les hommes, au Sénégal, ne sont pas éduqués pour respecter les femmes. Ils sont sociabilisés dans la domination de la gent féminine. Et ce sont les élites intellectuelles qui perpétuent cette oppression. De la même manière qu’ils endurent la dictature des mâles blancs. Qui les ont colonisés et qui les soumettent depuis 500 ans. Les sorties outrées des mâles sénégalais, après la pétition des féministes, racontent l’angoisse de la dépossession. La peur qui habite continuellement l’oppresseur. Derrière les défenses zélées de Cheikh Yérim Seck, il y a le sursaut d’une virilité ébranlée par le colon, peu sûre d’elle-même, qui, pour exister s’attaque lâchement aux femmes. C’est le trauma du privilégié. Qui, se sentant blessé dans son orgueil, enclenche une réaction de déni. Pour espérer calmer son angoisse psychique. Les quolibets, les posts et les articles performatifs contre les femmes ne doivent pas dissuader l’avant-garde féministe. Il faut le comprendre comme des mécanismes de la névrose.
Yeewu yewwi. Il en faut encore, du courage et de la résilience, pour venir à bout des structures et des mentalités patriarcales. Mais le féminisme doit s’insinuer dans le sens commun, et triompher au Sénégal. Car, c’est le seul mouvement qui pourra définitivement mettre fin au double joug. De l’homme sénégalais, toujours sous domination néocoloniale, et castré dans ses possibilités de conquérir le vaste monde et d’y avoir pleinement son mot à dire. De la femme sénégalaise, qui doit subir et la misogynie, et les violences conjugales, et les agressions sexuelles, et toutes les injustices sociales. Pour tout cela, le féminisme est une promesse d’émancipation totale. C’est un mouvement révolutionnaire. Le combat des femmes englobe toutes les revendications sociales, politiques et économiques. La régénération des communautés africaines, nous l’avons déjà dit, passe par la reprise du pouvoir par les femmes. Les hommes doivent tendre l’oreille et écouter ces dernières. Car elles rappellent l’absurdité de leurs conditions et revendiquent leurs libertés. Car elles veulent abattre toutes les oppressions. Car elles posent le problème des droits humains, de la dignité du genre humain. Et j’ajoute ceci : se battre contre l’exploitation et les injustices que subissent les femmes est une marque de virilité et de noblesse d’esprit. Dans le féminisme décolonial, dans l’intersectionnalité, dans l'écoféminisme, nous pouvons trouver des ressources contre toutes formes de servitudes. Ainsi qu’une vraie quête spirituelle.
Retrouvez sur SenePlus, "Notes de terrain", la chronique de notre éditorialiste Paap Seen tous les dimanches.
La recrudescence des violences sexistes explique l’implication active de l’Association Sénégalaise des Femmes Diplômées des Universités (ASFDU) dont le but et la mission première sont plutôt de faire de sorte que 100% des filles entrent à l’école et y restent le plus longtemps et le plus haut possible au niveau du supérieur, afin d’en sortir avec des compétences et un leadership qui puissent leur permettre de faire partie des instances de décisions et de prendre part à la construction du pays, de l’Afrique et du monde.
La pandémie Covid-19 ou plus exactement les mesures de confinement pour barrer la route à l’expansion du virus Sars-CoV-2 se sont soldées par une recrudescence des violences basées sur le genre (VBG) partout dans le monde. Aussi, cette année 2020, toutes les forces qui militent pour l’Egalite des sexes, la parité, en somme l’épanouissement des filles et des femmes, se sont impliquées dans la campagne annuelle des 16 jours d’activisme qui démarre le 25 Novembre, date de la journée internationale pour l’élimination de la violence a l’égard des femmes et se termine le 10 décembre, la journée internationale des droits de l’Homme. Cette campagne créée en 1991 par les activistes du premier Institut international pour le Leadership des femmes est relayée chaque année par le Centre pour le Leadership mondial des femmes.
Et l’ASFDU n’est pas en reste. De concert avec la Fédération Africaine des Femmes Diplômées des Universités (FUWA) et la Fédération Internationale des Femmes diplômées (Graduate Women International GWI), elle mène, au sein des Écoles de formation et Universités, sa campagne de sensibilisation et de réflexion sur les mesures individuelles et collectives à instaurer de façon systématique afin d’éradication des violences faites aux femmes. Pour des raisons de calendrier scolaire, elle terminera la compagne des 16 jours d’activisme à l’Université du Sine Saloum El Hadj Ibrahima Niasse (USSEIN), demain samedi le 11 décembre.
Cette campagne au sein des écoles et universités a connu son apogée à l’Université Cheikh Ahmadou Bamba (UCAB), le 3 décembre avec le partenariat naissant entre l’ASFDU et l’UCAB et Partners West Africa Sénégal. Reçue par le Président de l’UCAB, son Excellence Serigne Mame Mor Mbake Mourtada, l’ASFDU a magnifié la vision et l’approche éducative de l’UCAB, une approche de développement parce que tenant compte de la cartographie des ressources et activités des différentes régions du pays et minimisant les stress de l’éloignement de l’étudiant de son milieu.
La dispersion des sites d’excellence et des écoles de formation à travers le territoire, permet à l’UCAB de sécuriser les ressources humaines et d’ancrer les connaissances à acquérir dans les réalités locales tout en s’ouvrant à l’extérieur et non le contraire comme notre système d’enseignement l’a toujours fait par héritage colonial.
De plus les discours des professeurs, des Étudiants et celui de son Président son Excellence Serigne Mame Mor Mbake Mourtada, ont conforté l’ASFDU dans le partenariat à tisser avec l’UCAB, tant la vision exprimée qui n’est autre que celle de la religion, c’est à dire, l’égalité des filles et des garçons, devant l’enseignement, la formation et l’Éducation, est conforme à la sienne. Cette vision reprise dans la pratique par Serigne Bamba Khadimou Rassoul, autorise des statistiques remarquables de l’UCAB, soit, « près de 50% de l’effectif des étudiants en 2020 composé de filles et de de femmes ».
En 1995, date des dernières statistiques, ce pourcentage s’élevait à 45,9%. Cette option de s’impliquer dans la campagne mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, en partenariat avec les Écoles de formation et les Universités, est l’expression d’une grande mue de l’ASFDU. Pour avoir connu plusieurs maux qui gangrènent la Gouvernance africaine et sénégalaise en particulier, l’ASFDU décide de changer. Au début des années 2000, elle a connu le « syndrome des multi mandats » alors que l’association n’autorise qu’un mandat de 3 ans renouvelable une seule fois pour le poste de présidente.
Puis à la fin de la deuxième décade des années 2000, elle s’est déchirée sous le « syndrome de la parenté » ; Ce mal qui veut qu’on appelle toute la famille autour de la fonction ou du poste occupé pour gouverner, la promotion de sa famille restreinte, ses filles, ses sœurs, ses cousines, au détriment de toutes les autres, dès qu’on a les possibilités d’influencer la composition d’un « gouvernement ».
L’ASFDU a aussi traversé pendant toutes ses années, le « complexe de son nom », le terme universitaire a exclu les sœurs d’écoles de formation et les sœurs post bac qui sont allées directement sur le marché du travail. Cette exclusion par une simple appellation a été notée de par le monde avec la Fédération des Femmes diplômées des Universités (FIFDU) devenue « Graduate Women International » pour s’ouvrir, et d’autres associations nationales qui ont opté pour le changement de noms pour embrasser toutes celles qui sont concernées, à savoir, les diplômées du supérieur. Enfin l’ASFDU manque de moyens financiers et logistiques. Sans siège et avec seulement les cotisations de ses membres, elle peine à mener ses nobles missions. C’est pour cela que la mue s’avère indispensable. Tout en conservant encore son nom, l’Association Sénégalaise des Femmes diplômées des Universités (l’ASFDU) s’ouvre à toutes les filles et femmes ayant obtenu le premier diplôme universitaire, le Baccalauréat, suivant le système français qui nous régit encore.
L’ASFDU est l’affaire de toutes et ses instances, qui restent des postes bénévoles, sont ouvertes aux filles et femmes qui voudront s’engager et travailler bénévolement pour les nobles missions de l’Association, sans considération de parenté proche ou lointaine ou de copinage. En fait l’ASFDU dans sa grande mue vise à fédérer toutes les amicales et Associations sectorielles de femmes diplômées du supérieur. Nous y travaillons parce que c’est un des sens, sinon le sens fondamental de notre mandat. La Fédération Sénégalaise des Femmes Diplômées est en instance de création.
UNE TRAGÉDIE SANS LOI
Pour les femmes, l’interdiction de la recherche de paternité doit être modifiée à défaut d’être abrogée. Le Sénégal, qui a initié la modification du Code de la famille, traîne les pieds quant à la mise en application des modifications préconisées
Une atteinte aux droits de l’enfant et à la dignité des femmes… Pour les femmes, l’interdiction de la recherche de paternité doit être modifiée à défaut d’être abrogée. L’Etat du Sénégal, qui a initié des réformes dont la modification de l’article 196 du Code de la famille, traîne les pieds quant à la mise en application des modifications préconisées. Dans le cadre de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, Le Quotidien fait un focus sur le combat des femmes pour la fin de l’interdiction de la recherche de paternité.
La discrimination date de 1972 et l’adoption du Code de la famille. Aujourd’hui que le monde célèbre le 72ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les femmes veulent en finir avec la promotion du refus volontaire de paternité qui, selon elles, «consacre la supériorité de l’homme sur la femme». Au Sénégal, la loi encourage les hommes à ne pas reconnaître les enfants issus d’un couple non légal. Dans son article 196, le Code de la famille interdit la recherche de paternité : «L’établissement de la filiation paternelle est interdit à tout enfant qui n’est pas présumé issu du mariage de sa mère ou n’a pas été volontairement reconnu par son père, exception faite des cas prévus à l’article 211…».
Pour l’Association des juristes sénégalaises (Ajs), cette disposition doit être modifiée à défaut d’être abrogée. Car estime Awa Tounkara, responsable adjointe de la Commission chargée des droits de l’enfance, cette loi enfreint les droits des femmes et de l’enfant. «Le Sénégal a ratifié les conventions qui protègent les droits des femmes. La Charte africaine pour le droit et le bien-être de l’enfant. Mais jusqu’à présent, si l’enfant est né hors mariage, il n’a pas le droit de chercher son père. Cette loi porte aussi atteinte à la dignité de la femme. N’étant pas mariée et étant enceinte, on se dit qu’elle avait affaire avec beaucoup d’hommes. Donc, elle ne peut pas désigner l’auteur de la grossesse», explique Mme Tounkara. En cas de grossesse refusée par le présumé auteur, la femme ne peut pas porter plainte. «D’ailleurs, elle n’a même pas le droit de porter plainte. Ça plaît à l’homme de reconnaitre l’enfant ou pas. Aucun juge ou aucune législation ne peut contraindre un homme à reconnaître un enfant dont la mère n’est pas son épouse», enchaîne la juriste.
Sur la question du refus de paternité, l’Ajs est presque seule aux avant-postes dans le combat pour l’abrogation ou la modification de l’article 196 du Code de la famille. Depuis 2005, elle a répertorié toutes les lois portant atteinte aux droits des enfants et des femmes pour modification dans le Code du travail, le Code la famille, le Code pénal… Jusqu’à présent, le rapport a été validé, présenté aux parlementaires. Sous pression à cause des conventions internationales ratifiées sur les femmes et l’enfant, l’Etat du Sénégal a mis sur pied un Comité chargé de réformer lesdites dispositions. Le rapport dort depuis 2016 dans les tiroirs du ministère de la Justice. «La filiation paternelle peut se prouver par tout moyen», a recommandé le rapport partagé avec l’Assemblée nationale et les acteurs de la justice.
15 cas de grossesse non désirée recensés
A la Chancellerie, l’on dénombre 15 cas de grossesse non désirée en décembre 2020 et qui ont fait l’objet d’accompagnement. «Ces femmes sont prises en charge soit au niveau des maisons roses ou bien au niveau du Centre polyvalent de Thiaroye. Nous prenons en charge tout ce qui est visite médical lié de la naissance aux premiers soins de l’enfant», note Oumar Ndiaye, coordonnateur dans la région de Dakar de l’Action éducative en milieu ouvert (Aémo), un organe du ministère de la Justice.
Au-delà du plaidoyer sur la réforme de la législation, l’Ajs porte aussi le combat par le biais de la sensibilisation. En effet, les pesanteurs sociales sont trop lourdes sur les épaules de ces femmes victimes du refus de paternité. Regard indiscret, commérages et exclusion sociale sont autant de conséquences dont ces femmes et leurs enfants sont confrontés. «On est en partenariat avec des psychologues. Les personnes qui viennent nous voir auront droit à un appui sanitaire et pour ce qui concerne le volet juridique, s’il faut faire des pv d’huissier. On a des fonds d’assistance avec nos partenaires techniques et financiers pour la santé et pour l’appui juridique», décline Awa Toukara de l’Ajs notant que cette thématique «intéresse beaucoup les écoles».
«Traumatisme pour l’enfant»
Elle ajoute : «Psychologiquement, c’est un traumatisme pour l’enfant. Un père est très important pour l’enfant. Il a ce droit et ce droit lui a été refusé. C’est une frustration et donc, il sera atteint.» Pour recoller les morceaux avec le présumé père, la médiation est aussi entreprise. «Nous cherchons à avoir l’approbation du présumé père pour éventuellement une reconnaissance de l’enfant. Ce qui est dramatique est l’enfant né dans ces conditions risque d’avoir la mention «père non déclaré» sur son bulletin de naissance. Donc, on travaille à convaincre de façon informelle à ce que le papa reconnaisse l’enfant», ajoute le coordonnateur de l’Aémo à Dakar.
La médiation est également une méthode utilisée par les femmes juristes. «Nous avons des gens formés pour la médiation», fait savoir Mme Tounkara. Maria Diop est journaliste-féministe, défenseure des droits des femmes sur les réseaux sociaux. Taille svelte, son crâne rasé est digne d’un look de «femme libre». Elle interpelle l’Assemblée nationale. «Il faut que les femmes députées portent ce combat au niveau de l’Assemblée nationale, et que cette loi puisse être abrogée définitivement, et que l’on puisse chercher des alternatives. Le Code de la famille a été vraiment sexiste», juge Mme Diop qui se définit également comme «influenceuse». Un appel jusqu’ici ignoré par le gouvernement…
DÉCÈS DE LA DÉPUTÉE MARIE LOUISE DIOUF
Membre de la mouvance présidentielle, Marie Louise Diouf avait été élue sur la liste nationale à la 28ème position.
Dakar, 9 déc (APS) - La député Marie Louise Diouf est décédée, ce mercredi, à Dakar des suites d’une maladie, a appris l’APS du 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Abdou Mbow.
Membre de la mouvance présidentielle, Marie Louise Diouf avait été élue sur la liste nationale à la 28ème position.
Elle militait à Grand Yoff, à Dakar, pour la coalition Benno Bokk Yakaar.
’’Marie Louise Diouf était une députée exemplaire, très engagée, pleine de dévouement et qui a toujours assisté à tous nos travaux. Il y a juste une semaine qu’elle est malade’’, a dit le président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar, Aymérou Gningue.
Une minute de silence a été observée à sa mémoire lors de l’examen du projet de budget du ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique.
Le budget de ce département ministériel a été voté sans débat.
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LA BIBLIOTHÈQUE DE PENDA MBOW
Alioune Diop est la conscience de l'intelligentsia africaine. Umberto Eco m'a beaucoup impressionnée - L'historienne et ancienne ministre de la Culture, parle de sa passion pour les livres et l'importance du savoir pour nourir l'esprit de dépassement
Penda Mbow parle de ses coups de coeur littéraires, de sa passion pour la lecture et le rôle de celle-ci dans son militantisme en faveur de la femme. L'ancienne ministre de la Culture met un point d'honneur à la nécessité de s'enrichir de savoir dans un monde en quête de dépassement.
LES ASSISTANTES SOCIALES «IMPUISSANTES»
«L’avortement n’est pas toujours la solution pour les personnes victimes de viol et d’inceste» a fait savoir Nafissatou Ndial Diouf, assistante sociale basée à Diourbel
Elles sont très nombreuses, les jeunes filles victimes de viol ou d’inceste, cependant peu d’entre elles arrivent à faire connaitre leur souffrance au grand jour. Au niveau des structures de santé, la quasi-totalité des cas de viol et d’incestes, leur arrivent de par la loi pour une prise en charge d’abord sanitaire pour documenter le dossier et enfin psychologique par l’intermédiaire de l’assistance sociale.
«L’avortement n’est pas toujours la solution pour les personnes victimes de viol et d’inceste» a fait savoir Nafissatou Ndial Diouf, assistante sociale basée à Diourbel. Selon elle, dans les départements gynécologiques, beaucoup de dossiers concernant ces personnes y sont traités et ce sont des cas qui leur viennent de la police ou de la gendarmerie. « Il est très rare de voir une personne venir se faire consulter pour viol, inceste ou un des parents venir avec sa progéniture. La quasi-totalité des cas traités nous viennent de par la loi» a-t-elle fait comprendre. Et de poursuivre : « les patientes sont reçues tardivement, de ce fait on note une discordance entre les données physiques et l’interrogatoire. Il s’y ajoute le problème de plateau technique pour la confirmation ou non de l’abus sexuel».
Dans les structures de santé, la prise en charge de ces personnes reste globale. En plus des soins, l’aspect psychologique, l’appui financier et même la sécurité de la personne sont souvent confiés à l’assistante sociale. « Une fois à l’hôpital, ces personnes commencent à extérioriser le refus de voir naitre cet enfant. Elles sont le plus souvent sous l’emprise d’un avortement ou d’un suicide et c’est là que nous, assistantes sociales, nous intervenons afin d’aider la personne à accepter ce qui lui arrive» a déclaré Mme Diouf. Et de poursuivre : « c’est une tâche difficile de convaincre la personne à accepter ce qui lui arrive à première vue, mais au fur et à mesure qu’on l’assiste avec l’accompagnement des parents qui est très important, la victime finit par accepter et garder l’enfant. Dans certains cas où l’agresseur est un membre de la famille et que l’on a un cas d’inceste, on est souvent dans l’incapacité d’aider la victime car on est confronté par le refus des parents de voir leurs enfants aller et venir pour des séances de thérapie».
Au sein de la communauté, les Badjenou Gox (Marraine de quartier), sont le plus habituellement informées de cas d’abus sexuel. Cependant, elles sont dépourvues de moyens afin de traquer les bourreaux. «Nous sommes dans le quartier, des gens viennent nous voir pour nous signaler des cas d’abus sexuel comme le viol et l’inceste. Mais dans la majorité des cas, nous n’avons pas les moyens pour les vérifier. Et c’est quand une grossesse surgit que le problème est étalé au grand jour et l’auteur poursuivi après une plainte d’un des proches» a fait savoir Badjene Fatoumata Diop du quartier des Hlm. Et de poursuivre : « les parents sont souvent complices de ces actes de viol. Ils refusent de dénoncer les abus dans le seul but de préserver leur soi-disant honneur et c’est la victime qui en souffre. Cette dernière est obligée ou forcée de vivre avec ce mal toute sa vie. D’autres passent par cette phase pour dire non à toute relation conjugale et par ricochet refuser le mariage».
Des victimes se prononcent
Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé effectué au Sénégal en 2013 sur la question de la prise en charge des personnes victimes de viol et d’inceste, la plupart des victimes disent ne pas être soutenues par leurs parents et leur entourage. A cet effet, le rapport fait noter un soutien notable, selon les victimes, des «Badjenou Gox » et autres leaders de la communauté comme les chefs de quartiers. L’Association des femmes juristes est citée comme étant un soutien majeur dans le processus juridique. Du coté psychologique, il existe une insuffisance des dispositifs de soutien aux victimes. Les moyens et la ressource humaine étant très limités ou presque inexistants, ces dernières estiment qu’elles ne sont pas prises en charge et la plupart se disent meurtries et déclarent qu’elles n’oublieront jamais cette violence subie.
Selon un des médecins qui s’est prononcé dans le rapport de l’Oms 2013 : «il n’existe même pas de psychologue dans nos hôpitaux, la majeure partie reste à Dakar alors qu’il est difficile de faire déplacer ces victimes ; parfois elles n’ont même pas les moyens financiers pour honorer le déplacement en vue d’une assistance psychologique qui reste cruciale dans leur prise en charge et souvent négligée». Ainsi, par rapport aux agressions sexuelles, la perception de cette violence sexuelle est dépendante des conséquences de cette dernière, telle que la grossesse qui en résulte. Une grossesse perçue comme étant un élément de l’agression qui est là pour le leur rappeler.