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5 avril 2025
Femmes
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QUEL FÉMINISME EN AFRIQUE ?
Ndèye Fatou Kane, écrivaine et chercheuse en études sur le Genre à l'EHESS, parle de la condition des femmes aujourd'hui sur le continent et des combats à mener pour l'améliorer
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, nous vous proposons une émission spéciale d'Afrique Hebdo. Ndèye Fatou Kane, écrivaine et chercheuse en études sur le Genre à l'EHESS, nous parle de la condition des femmes aujourd'hui sur le continent et des combats à mener pour l'améliorer.
Auteure notamment de l'essai "Vous avez dit féministe ?", elle nous explique pourquoi le féminisme dérange aujourd'hui. Cette lectrice d’Awa Thiam a aussi lancé le hashtag #BalancetonSaï-Saï pour dénoncer le silence trop présent sur les violences faites aux femmes.
LES MINISTRES ASSOME AMINATA DIATTA ET ZAHRA IYANE THIAM FONT L’ETAT DES LIEUX
Occupant des ministères stratégiques pour l’autonomisation des femmes, Aminata Assome Diatta (Commerce et Pme) et Zahra Iyane Thiam (Microfinance) font le point sur les avancées et les défis relatifs
Occupant des ministères stratégiques pour l’autonomisation des femmes, Aminata Assome Diatta (Commerce et Pme) et Zahra Iyane Thiam (Microfinance) font le point sur les avancées et les défis relatifs à l’autonomisation des femmes aux Sénégal. Elles se sont prêtées à ce jeu en prélude à la célébration de la journée mondiale de la femme prévue ce 8 Mars.
L’As : Comment appréciez-vous l’évolution de la lutte pour le respect des droits des femmes ?
AMINATA ASOMME DIATTA ministre du Commerce et des Pme :
«Pour parler de l’émergence des femmes, il faut remonter à 10 ans avec les différentes lois votées pour donner à la femme plus de prérogatives sur le plan politique mais aussi sur différents aspects. Mais parler de la femme, c’est parler aussi du rôle de la femme dans la société sénégalaise. Je crois que demain, nous allons fêter (aujourd’hui) le bicentenaire des femmes de Nder. Des femmes qui se sont illustrées par leur courage, leur abnégation, leur sens de l’honneur et leur sens de la dignité. Je pense donc que les femmes sénégalaises se sont toujours illustrées. C’est peut-être du point de vue politique tel qu’on le fait aujourd’hui que nous voulons plus de place pour les femmes. Et avec les différentes lois, elles sont en train de gravir des échelons, d’autant qu’il y a de cela quelques années, les femmes ministres, c’était très rare. Les femmes leaders aussi. Mais nous avons noté en 2019 qu’il y avait des femmes qui avaient des prétentions présidentielles. C’est vraiment une nouvelle dynamique qui est en train de se dégager. Maintenant, ce qu’il faut retenir, c’est que les changements ne se font pas d’un coup mais de façon progressive. Par ailleurs, les femmes oublient souvent qu’elles sont fortes mais par notre éducation, elles sont habituées à taire leurs ambitions au profit des hommes. Et aujourd’hui, nous sommes en train de changer. Heureusement dans notre histoire, nous pouvons quand même nous référer à des personnes comme Aline Sitoé Diatta. Et c’est à nous de nous réapproprier notre personnalité, notre pouvoir de persuasion et notre force. Aujourd’hui, toutes les femmes sont, soit dans des mouvements de promotion féminine, soit dans des groupements d’intérêt économique. En réalité, le pays est en avance pour la promotion des femmes. Quand on entend le concept de parité, c’est en réalité un concept importé. Parce que je prends par exemple l’ethnie diola dont je fait partie, c’est un concept que nous avons depuis toujours car dans cette ethnie, aussi bien les hommes que les femmes, chacun a sa partition à jouer pour la bonne marche de la société. Il n’est pas dit qu’on a forcément les mêmes rôles, mais il n’est pas dit aussi que tel rôle est strictement réservé à telle ou telle personne. De tout temps, les femmes jouent un rôle. Si nous revisitons bien nos traditions, nous nous rendons compte que la femme a toujours occupé une place importante même si avec la colonisation et certaines idées reçues, on peut finalement oublier ce que nous étions »
ZAHRA IYANE THIAM, ministre de la Microfinance
«La place des femmes est centrale. Elle est centrale d’abord parce que nous constituons vraiment une masse dans la composante même de notre population avec un peu plus de la moitié. Mais également, la place de la femme est importante parce qu’elle s’active plus dans le secteur informel et nous savons que le secteur informel est un secteur très important au Sénégal. Et donc, juste pour ces deux éléments-là, il faut renforcer les capacités de cette couche pour lui permettre de jouer pleinement son rôle. Mais au-delà, c’est elle qui gère la famille et la famille, c’est la première cellule dans laquelle tout commence. Donc, c’est dire que l’importance de la femme ne se discute plus mais sa place peut être améliorée. Nous avons quelques textes qui encadrent cela comme la loi sur la parité. Nous avons également d’autres textes qui vont dans le sens de protéger les femmes à l’image de la loi criminalisant le viol. En contrepartie également, il faut que des journées comme celles du 8 mars soient un moment pour les femmes de faire des diagnostics et des perspectives : regarder d’où nous venons et où est-ce que nous allons, sur la base de possibilités de l’heure.
Comme vous appréciez l’autonomisation des femmes au Sénégal ?
Aminata Assome Diatta
«L’Etat a mis en place beaucoup de choses pour l’autonomisation des femmes. Et l’outil le plus récent, c’est la DER qui est là pour financer l’activité économique des femmes. Il y a beaucoup d’initiatives qui sont prises mais en plus, le président de la République a pu permettre à la femme rurale de jouer un rôle crucial en allégeant ses travaux. Puisqu’on sait que la dureté des travaux dans les campagnes a conduit souvent les filles à abandonner l’école pour aider leurs mères dans ses travaux. C’est pourquoi le PUDC a permis de doter beaucoup de villages de machines, d’infrastructures, de forages et ça a permis aux femmes rurales d’avoir beaucoup plus de temps libre pour pouvoir se consacrer à des activités économiques pour que le bien-être de la famille soit assuré. Nous avons fait beaucoup de progrès en termes d’autonomisation des femmes. Maintenant, il appartient aux femmes d’être véritablement conscientes de toutes ces opportunités et également tous les mécanismes qui sont mis en place pour elles. Jusqu’à présent, elles saisissent les opportunités mais assez faiblement. C’est pourquoi il est intéressant de les capaciter car souvent, elles ne vont pas vers l’information, surtout les femmes rurales. C’est pourquoi dans mon département, nous avons lancé un projet qui va permettre de mettre à la disposition de ces femmes des jeunes qui sont diplômés pour qu’ils puissent les capaciter. Certes il y a des dispositifs d’accompagnement avec l’ADPME mais c’est un accompagnement un peu lointain et il faut que la femme vienne demander cet accompagnement. Alors que pour ces jeunes, ils vont vers ces femmes pour un accompagnement technique. Le commerce international est aussi une activité qui est propice aux femmes mais il faut une meilleure organisation. La politique de l’Etat, c’est l’accès au financement car on s’est rendu compte que pour accéder aux financements, c’était très difficile. Avant de parler de commerce international, il faut parler déjà de l’accès aux financements, mais aussi des produits de qualité puisque pour pouvoir exporter, il faut au préalable pouvoir présenter sur le marché international qui est très exigeant des produits de qualité. Mais pour importer aussi des produits, il faudrait connaître le marché et cette disponibilité de l’information fait défaut».
Zahra Iyane Thiam :
«Aujourd’hui, nous avons une deuxième mandature placée sous le sceau des accès universels, de l’inclusion économique et sociale, et de l’employabilité. Donc c’est dire que nous avons un environnement favorable à un meilleur épanouissement des femmes. Nous devons donc saisir toutes les opportunités que nous offre le contexte du moment, mais également toutes les opportunités que l’Etat offre aux femmes en termes de promotion, en termes d’épanouissement et en termes de bien-être. La Journée de la femme est une journée solennelle mais toutes les journées doivent être dédies aux femmes. Parce que tous les jours doivent être des occasions d’introspection, de diagnostic pour mieux avancer. Le 8 mars, c’est la symbolique mais le plus important, c’est la réflexion, le partage. Ça peut se faire sous d’autres formes mais le plus important, c’est qu’il y ait les avancées que nous avons notées. D’abord, tout ce qui est fait comme allègement des travaux des femmes. Tout ce que nous voyons en termes d’avancées positives dans les politiques publiques, la réglementation qui devient plus coercitive pour protéger les femmes, les programmes qui sont dédiés aux femmes pour renforcer leurs capacités et asseoir leurs compétences et leur permettre de s’épanouir. Mais aussi dans la perspective que nous pouvons avoir comme les questions qui tournent autour de l’autorité parentale, l’accès au foncier. Il y a plusieurs questions qui sont débattues et nous échangeons pour trouver des solutions».
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PLAIDOYER POUR LA SAUVEGARDE DU LITTORAL
EXCLUSIF SENEPLUS - Désencombrement, nettoyage, aménagement... L'édile de Dakar, Soham El Wardini, fait le point des initiatives entreprises par la mairie pour permettre à la capitale de mieux respirer
Boubacar Badji et Youssouf Ba |
Publication 04/03/2020
"Un Sénégal vert, c'est possible. Un Sénégal propre, c'est possible". Pour la maire de la ville de Dakar, Soham El Wardini, les populations ont pris conscience de l'importance de préserver leur cadre de vie, grâce aux différentes séances de nettoiement qui s'organisent de plus en plus. Elle livre au micro de SenePlus, quelques actions de la mairie pour permettre à la capitale de retrouver sa verdure.
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
AMINATA L. MBENGUE, LE SEXE LIBRE COMME L'ÈRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Rafraichissante et avenante, la psychologue clinicienne de formation souffle un vent de légèreté dans le combat féministe, en assumant son tropisme de l’épanouissement et du plaisir - INVENTAIRE DES IDOLES
Symbole de l’arrivée d’une nouvelle vague de féministes sur la scène nationale, Aminata Mbengue, 33 ans, psychologue clinicienne de formation, est sur tous les fronts. Le handicap, la détresse des migrants, les talibés, les droits des femmes, la liberté sexuelle. Rafraichissante et avenante, elle souffle un vent de légèreté dans le combat féministe, en assumant son tropisme de l’épanouissement et du plaisir. Portrait.
Son combat a pour terrain un vaste espace indéfini. En pointillé, en la suivant, s’esquisse une carte des rues du Sénégal, pas n’importe lesquelles : celles, réceptacles de la détresse et de toutes les expressions de la misère dans le pays. Sur ces sentiers-repères, à Dakar comme en province, pour celle qui les sillonne, tantôt en actrice tantôt en promeneuse, ce qui surprend et marque, c’est « l’invibilisitation », et à termes, le « déni ». Un poil de fatalisme dans l’air. Le flot quotidien passe et repasse, arpente la rue, sans rien voir de la détresse qui y a élu domicile, souvent de façon déchirante. Pour Aminata Mbengue, c’est une scène parmi mille, qui la hante et la travaille. Elle qui a vu les trottoirs de Dakar, les bouts de villes conquis par les mendiants, les dortoirs de fortune, tant de plaies au cœur de la ville, c’est au pont de Hann, dans la capitale, qu’un jour, son chemin se fige : une mère accompagne sa fille handicapée motrice, dans un fauteuil roulant. La petite est accablée par sa mère, frappée. A l’incompréhension succède un mélange de colère et de retenue. La scène est la fois un cauchemar et un questionnement, tant il ne semble n’y avoir de bourreau évident et de victime entre mère et fille, mais seulement des données de l’amour familial chahutées par la question du dénuement. Se pose presque une question philosophique pour elle devant cette violence : celle du handicap, son traitement, son acceptation dans la société et les mesures prises pour inclure les sujets fragiles. C’est ultimement, la question du soin, du devoir de solidarité, envers les personnes vivant avec un handicap, qui se révèle être au cœur du destin de la jeune femme, dont les combats émergent pluriels et urgents.
Le handicap, un impensé national
Côtoyer quotidiennement ces rudesses prépare-t-il la jeune femme de 33 ans à supporter mieux l’éprouvant spectacle qu’elle doit endurer ? Aminata Mbengue a maintenant de l’expérience et une énergie à affoler la catastrophe pour reprendre Hugo. Psychologue clinicienne de formation, elle a déjà eu le temps de se confronter à la détresse et aux situations délicates. D’abord à Paris, où dans les Hauts-de-Seine, à Suresnes, elle a appris à s’occuper dans son premier travail, des enfants autistes pendant deux ans. Leur inclusion, leur insertion, dans un environnement scolaire qui n’offre pas encore des conditions idoines, a été l’une de ses premières missions. De quoi se tanner le cuir, apprendre la patience au front. En s’installant au Sénégal en 2014, la réalité la rattrape. La question du Handicap est une question « taboue », reléguée, à tel point, qu’il semble ne point exister. Si elle liste des établissements comme l’hôpital Fann ou Diamniadio qui offre un espace, rien en revanche pour offrir une « vie sociale aux personnes vivant avec un handicap », note-t-elle. Les écoles publiques ne sont pas équipées. Seules les rares familles aisées, peuvent se permettre des dépenses pour trouver l’idéal pour leur enfant. Elle qui était spécialiste du « handicap physique », découvre l’autre champ aussi du « handicap mental ». Les problèmes sont les mêmes : rien dans l’arsenal et l’offre de l’Etat, n’inclut suffisamment les malades, marginalisés, qui finissent par être adoptés par la seule rue, et les pratiques occultes, qui s’affirment comme seules thérapies à leur portée. Des cas psychiatriques qui font de la santé mentale, le grand absent des débats, où la démission semble collective entre les familles, les responsables, laissant au front, les seules associations, comme l'Association sénégalaise pour le suivi et l'assistance aux malades mentaux (Assamm).
Une vocation naturelle
De fil en aiguille, se tisse chez la jeune femme, comme vocation tardive, ce grand élan d’empathie, bâti sur des piliers de solidarité dans la famille, pour elle qui a perdu son père à 13 ans et son frère plus tard. Lors d’une première expérience au Cegid (centre de guidance infantile et familiale) à Dakar, la question de la détresse des femmes, devient aussi la sienne comme par évidence. Avec des équipes de gendarmes, de sagefemme, elle s’occupe de fournir conseils aux demandeuses. Chez elle, rien ne semble écrit d’avance. Tout se fait naturellement, au gré des rencontres et des opportunités. Née à Pikine, en banlieue de Dakar, elle se dit « pikinoise historique parmi les premiers habitants ». Elle grandit dans une famille polygame. Son père, professeur d’arabe, féru de culture, est un grand lecteur. La bibliothèque de la maison est fournie. Un premier rêve l’anime, celui de devenir enseignant, poursuivre la lignée. Après son Bac au lycée Limamoulaye, elle fait une pige en socio, à l’UCAD avant de poser ses bagages à Poitiers, en France, pour suivre des études de Psychologie. Le choix en désarçonne plus d’un, tant les études de psycho n’ont pas la côte, souvent perçues comme synonyme de la paresse et de feignantise. Pourquoi de la psycho ? Elle ne sait « vraiment pas pourquoi ». Peut-être pour répondre à des questionnements personnels demeurés irrésolus ? Rien n’arrive par hasard, pourrait-on avancer, en faisant de la psychologie de bazar. L’inconscient trace-t-il le fil rouge discret de sa trajectoire ? On ne se risquera toujours pas à trancher. Toujours est-il que la jeune femme décroche son diplôme et la voilà, psychologue clinicienne. Aujourd’hui, elle collabore avec une grande agence internationale pour aider les migrants et dégage du temps personnel pour militer sur le plan associatif, pour défendre le droit des personnes vivant avec un handicap et de plus en plus, celui des femmes. Les deux questions communiquent. Si rien ne la prédestinait à développer une fibre de féministe, voilà, qu’elle l’est devenue pleinement, sans l’air d’y toucher, sans forcer son destin, jusqu’à incarner l’image de la nouvelle génération féministe, prise entre les feux de la question des conflits générationnel et culturel.
Les rencontres décisives
Quand on creuse, c’est par la lecture que sa vocation s’est affinée. Virginie Despentes a des allures de mentor pour elle. L’icône trash, autrice des célèbres Baise-moi, ou encore King Kong théorie, laisse un souvenir formidable à la jeune femme. Elle découvre (ou confirme) dans la liberté de ton et le féminisme cru de l’écrivaine française, des échos à des tendances internes. Il y a aussi Leila Slimani, la romancière franco-marocaine, dans les modèles. La misère sexuelle que l’auteur dépeint au sujet du Maroc, fait écho à ce qu’elle découvre elle-même au Sénégal. Le sexe entravé, libère peu les esprits, encore moins les corps. La fibre gagne en épaisseur, à côté du handicap, la nouvelle cause se dessine plus nettement. Au niveau national, elle découvre les travaux de Fatou Kiné Camara, juriste et grand nom du féminisme sénégalais, c’est alors le grand « coup de foudre » pour cette enseignante-chercheure. Elle est « subjuguée » par ses séminaires et interventions. Et par cette entremise, elle découvre une riche et ancienne histoire féministe dans le pays, dont la professeure Fatou Sow, est l’une des autres égéries les plus connues. Il n’y a guère plus de doutes, elle a trouvé un chemin. En réalité, longtemps matriarcal, le pays n’a cessé d’avoir une histoire de lutte pour l’émancipation dont les vestiges peuplent les manuels d’histoires. Si les travaux sociologiques ont du mal à infuser dans la société, c’est à cause de leur nature trop technique, emprisonnés dans les sphères d’initiés. Mais la littérature nationale a consacré des destins épiques, et on ne compte plus le nombre d’ouvrages, fiction ou essai, qui traitent de la question. Même à l’échelle des femmes au foyer, sans ressources intellectuelles, la lutte oscillait entre intégration des codes de domination et révolte. C’est justement sur ce front, que le sujet se complexifie : l’ennemi des féministes, c’est bien souvent, en plus des hommes, des femmes. Conditionnées par un discours qui les soumet et les relègue tout en les sacralisant de façade, elles finissent pour certaines, par s’approprier cette infériorisation, comme une part de leur condition.
Aminata Mbengue n’est pas dupe de la manœuvre car il semble se produire actuellement, un regain dans le combat féministe dont les échos, avec le combat anti-raciste, étendent un champ vaste dit intersectionnel. Les épisodes, « meeto », « balancetonporc », « balancetonsaïsaï », ont réveillé de leur torpeur d’anciennes colères qui remontent désormais en surface. La féministe cite dans le mouvement, l’impact considérable de la sérieMaîtresse d’un homme marié, dont le succès international, a permis de redécouvrir, la question de la liberté et de la libération des femmes. Aminata tresse des lauriers à Khadija Sy, la scénariste de la série. En revisitant les canaux de diffusion du message féministe, ce que la série réussit, mille ouvrages sociologiques ne sauraient y parvenir : le message est direct, l’identification immédiate, et les codes modernes du feuilleton, donnent une esthétique et un suspense qui démocratisent l’audience. Le pari est gagné, la série fait un carton et montre l’arrière-cuisine de ces réalités qui réinstituent les femmes, au cœur d’une société où elles sont exclues du pouvoir. A côté de Khadija Sy, Aminata Mbengue cite des alliées générationnelles comme Fatou Kiné Diop, cadre chez Amnesty International, Ndèye Fatou Kane, écrivaine féministe et doctorante à L’EHESS, Régina Sambou journaliste culturelle…. Tout un beau monde à l’assaut des bastions du privilège masculin, au risque de se faire traiter de tous les noms dans une société pas prête à faire sa mue.
Une nouvelle vague ?
La psychologue rappelle pour se défendre de toute radicalité, que l’ennemi, c’est le « privilège », pas le mâle. Elle cite Fatou Sow : « le pays est désespéramment masculin. ». Pour elle, tout ce qui est vu comme « une menace de cet équilibre », est « étiqueté » en vue de le disqualifier. Elle est étiquetée nouvelle « dëm » (sorcière). Par ce processus de « bannissement des féministes », on cherche selon elle, à les « faire taire ». Attaquer l’ordre social, c’est s’exposer. Elle en fait les frais et dégaine, pro-domo, la grille affolante des inégalités de salaires dans le pays. Une étude de l’agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), en 2018, indique qu’à poste égal, les femmes gagnent 600 000 francs CFA lors que les hommes en gagnent 900 000. Un tiers de différence qui montre encore la longueur du chemin. On pourrait à loisir citer la question des viols, de la violence conjugale, du harcèlement, des mutilations génitales, parmi les sujets historiques d’un féminisme qui doit affronter les pesanteurs traditionnelles et religieuses… Son féminisme n’est ni hargneux, ni vengeur. Constructif, il lui a valu un texte de France info, qui met en lumière son combat pour la criminalisation viol, qui a débouché sur une loi nouvelle sur le plan national. Elle s’appuie sur des données factuelles, sans verser dans l’aigreur que l’on prête bien souvent aux féministes. D’ailleurs, elle en veut pour preuve, avoir grandi dans une famille polygame, d’y avoir connu « le bonheur en tant que privilégiée ». Aujourd’hui, elle milite pour la liberté de chacune de choisir ; à ce titre, elle ne condamne pas la polygamie, même si elle ne l’encourage pas.
Le tropisme du plaisir sexuel : ode au clitoris
Là où elle se distingue de toutes les autres, c’est par une fraicheur de ton, et une effronterie quand elle aborde le sujet sexuel. Si les féministes ont toujours lutté au Sénégal, peu d’entre elles, ont abordé la question de la liberté sexuelle, avec autant d’allégresse, de gourmandise, au risque de choquer ou d’intimider les hommes. Avec elle, c’est le retour du clitoris au cœur de la pièce. Longtemps organe maudit, associée à la mutilation, elle lui redonne sa splendeur. A Aminata Mbengue, lectrice assidue de Maïa Mazaurette, la papesse sexe du « Monde », on n’a jamais dit que « le clitoris était dédié au plaisir, et que c’était sa fonction unique ». Cette redécouverte est un miracle chez la jeune hédoniste qui se fait promotrice du « cunnilingus » sur les réseaux dans un mélange de jeu et de conviction. Même des proches sont désorientées par son audace et sa liberté. C’est la valse des reproches dans ses messages mais aussi des soutiens. La jeune femme assume. « Le sexe n’a jamais été tabou au Sénégal pour elle ; le plaisir féminin oui », tranche-t-elle nettement. De ce qu’elle lit, voit, observe, c’est une grande blessure, que cette misère sexuelle dont elle mesure les ravages. Partout le sexe est diffusé mais uniquement pour le bénéfice des mâles. « Les femmes rivalisent d’astuces pour combler leurs maris ou amants, sans la réciproque. » En atteste, cette remarquable anthropologie des atours féminins, discutés lors des assemblées de femmes, explorée par Ismaël Moya. Un plaisir égoïste qui laisse, frustrées, nombres de femmes qui se le confient, sans oser ébruiter le manque sur la place publique. Aminata Mbengue, à dose homéopathiques, vole à leur rescousse.
Le sujet est épineux et casse-gueule. Elle est doublement étiquetée par des détracteurs mais elle ne veut perdre le sens de son combat féministe : « en fait, précise-t-elle, je veux pouvoir parler de sexualité pour reprendre ma place du sujet, pour inciter à la connaissance de son corps, de son désir ». Le dessein est noble, mais prête le flanc au détournement facile. « Les féministes ont déserté le sujet à la longue de peur d’être caricaturées », remarque-t-elle. Elle, ne se démonte pas et se laisse à peine déstabiliser. Elle souhaite regagner le droit d’être « autorisée » à parler du clitoris, en légitime protagoniste. Plus généralement, les femmes libres ont de tout temps fait peur. Elles terrorisent davantage les hommes pas sûrs de leur virilité, pour reprendre Simone de Beauvoir. Elle œuvre donc elle pour une éducation sexuelle précoce. Si le pays a produit de nombreuses figures féministes, il y a eu souvent une forme d’injonction au respect, à la prudence, à la pudeur, qui a souvent bridé les énergies. Dans Mes hommes à moi, entre autres, Ken Bugul, a donné à voir cette liberté sexuelle souvent taxée de nymphomanie, car bien souvent la libido des femmes est niée et pathologisée quand elle défie celle des hommes. La jeune fille sait donc à quoi s’attendre, la pente est savonneuse. Pour la passionnée de « marche », hédoniste qui croque à pleine dent dans la vie, cette initiation au plaisir, pourrait être une carte maitresse dans l’élévation du niveau de bonheur national. La critique, on la voit d’ici débouler, et l’accuser, de contrarier le calendrier, entre autres passions puritaines, de l’association, Jamra, gardienne des mœurs nationales. Son insouciance la protège, sa sincérité l’immunise. Elle s’est installée, en peu de temps, comme une figure de la nouvelle ère, qui a sa page à écrire, avec tous les défis inhérents à la cause. Un genre et un sexe, libres comme une vague naissante, qui appellent à la révolution sans jeter les flammes hostiles de la guerre des genres car là n’est ni le sujet, ni l’enjeu. Au bout du compte, de ce profil humaniste total, ce qu’on lui souhaite c’est de l’énergie. De la ténacité aussi à cette belle jeune femme, avec ses rastas, son regard presque moqueur, et sa voix claire. Une femme qui vous veut du bien, car le féminisme est bien souvent comme l’amour, il faut être deux, Hommes et femmes, pour en écrire les victoires. Regarder dans la même direction malgré toutes les grivoiseries et sarcasmes.
Si elles peuvent aujourd’hui espérer accéder au perchoir, les femmes doivent en revanche redoubler d’efforts pour prendre la présidence, tout aussi stratégique, des commissions parlementaires
Jamais, depuis les décolonisations, autant de femmes n’avaient été à la tête du pouvoir législatif en Afrique. Sur un continent qui compte pas moins de 75 entités législatives, elles sont 16, selon l’Union interparlementaire, à occuper un perchoir en ce début de 2020 (en RD Congo, au Gabon, en Gambie, en Guinée équatoriale, en Eswatini, en Éthiopie, au Liberia, au Lesotho, à Madagascar, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Togo et au Zimbabwe). Sur ce terrain, l’Afrique fait ainsi presque jeu égal avec l’Europe, avec ses 17 présidentes pour 70 chambres, dépasse largement les pays asiatiques, où huit femmes occupent un tel poste, et surtout le monde arabe, qui ne compte que deux cheffes d’Assemblée, à Bahreïn et aux Émirats arabes unis.
La percée de ces femmes découle d’un changement de mentalité: elles sont en effet de plus en plus nombreuses à oser présenter leur candidature, malgré les difficultés à lever des fonds pour mener leurs campagnes et le climat parfois sexiste dans lequel celles-ci se déroulent. Et les citoyens leur font enfin confiance : selon une enquête de l’Afrobaromètre, 66 % des Africains interrogés approuvent aujourd’hui l’idée que les femmes soient des dirigeantes politiques. Enfin, les députés semblent également prêts, une fois passées les législatives, à désigner une femme pour les diriger pour la législature à venir.
Une présidente d’Assemblée est davantage qu’un symbole: depuis le perchoir, elle pèse en effet sur la vie politique de son pays. En tant que speaker, elle définit l’ordre du jour et modère les débats, un rôle essentiel dans le processus d’élaboration des lois. Dans un certain nombre de cas, comme au Togo ou au Gabon, cette position fait même d’elle le dauphin constitutionnel du chef de l’État, amené à prendre sa succession par intérim en cas de décès.
Kigali à l’avant-garde
Surtout, le fait que des femmes occupent ces postes à forte responsabilité a eu un impact sur la qualité des lois votées. Une étude menée auprès de 800 élues parlementaires en Afrique subsaharienne a révélé qu’elles avaient tendance à défendre les droits des femmes bien plus que les citoyennes ellesmêmes, se plaçant ainsi à l’avant-garde du changement. Au sommet du classement mondial de la représentativité des femmes, avec pas moins de 61 % de députées au sein de son Assemblée nationale, le Rwanda a fait passer ces dernières décennies plusieurs textes clés. Il a ainsi établi l’égalité des droits fonciers entre les sexes ou encore la transmission à parts égales de l’héritage entre hommes et femmes.
Troisième pays d’Afrique dans ce domaine, avec 41,8 % de femmes au sein de son Parlement, le Sénégal a pour sa part fait passer une loi historique criminalisant le viol et la pédophilie en décembre dernier.
Si le continent a pu devenir le théâtre de ces changements, c’est en bonne partie grâce à des dispositifs innovants, mis en place principalement en Afrique australe et en Afrique orientale, où l’on retrouve aujourd’hui la plupart des présidentes de Parlement du continent. Dans les années 1990, au sein de ces régions, un certain nombre d’Assemblées ont fait passer des lois réservant entre 20 % et 30 % des sièges parlementaires aux femmes. Ces hémicycles ont soit réservé des circonscriptions aux candidates de sexe féminin, soit accordé aux partis politiques un nombre de sièges à attribuer obligatoirement à des femmes, proportionnel à leur score lors des élections. Treize Parlements africains ont mis en place de tels mécanismes. Le Kenya a également innové : il a imposé un plafond de deux tiers de membres du même sexe au sein d’une même institution. En Namibie, le parti au pouvoir, la Swapo, imitée par plusieurs formations de l’opposition, a de son côté instauré un « zebra system » imposant un colistier du sexe opposé à tout candidat à un scrutin.
Une bonne partie de ces mesures se sont même étendues au-delà des Parlements et s’appliquent également aux gouvernements, aux municipalités et à d’autres institutions. Et cela fonctionne : dès 2015, le continent africain a dépassé la moyenne mondiale d’élues au sein des hémicycles, avec 22,3 %, contre 9,8 % vingt ans plus tôt.
Pas de mission régalienne
Mais ces bons résultats enregistrés dans certains pays ne doivent pas faire oublier les disparités qui persistent à l’échelle du continent. Ainsi, les Parlements ouest-africains sont dans leur écrasante majorité présidés par des hommes et affichent parfois des scores très bas de représentativité des femmes. Le Nigeria ne compte par exemple que 3 % de femmes au sein de sa Chambre basse, quand elles ne sont que 7 % dans celle du Bénin voisin et 9,5 % dans celle du Mali. La tendance est néanmoins à la hausse: sur les vingt dernières années, le pourcentage de députées est passé de 3,6 % à 17 % au sein de l’Assemblée du Niger et de 5 % à 16,5 % dans l’hémicycle togolais. Même sans l’instauration de quotas, les femmes progressent.
Pour les soutenir, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a adopté un plan d’action quinquennal (2017-2022) visant à offrir aux candidates en campagne un encadrement dans les domaines du leadership, de l’engagement politique et des techniques de communication. Elle met également à leur disposition des financements spéciaux pour garantir l’égalité avec leurs concurrents sur ce terrain.
Mais la présence de femmes à la tête des Assemblées ne doit pas être l’arbre cachant la forêt de défis qui attend « l’autre moitié de l’humanité ». Si elles peuvent aujourd’hui espérer accéder au perchoir, les femmes doivent en revanche redoubler d’efforts pour prendre la présidence, tout aussi stratégique, des commissions parlementaires.
Les élues sont souvent écartées des commissions considérées comme régaliennes, prestigieuses et influentes, comme celles qui t o u c h e n t a u x finance s ou à la défense. Elles ont encore tendance à être reléguées à des commissions perçues comme étant d e s e c o n d p l a n , comme celles liées aux affaires sociales, à la famille ou encore à l’éducation. Les nominations sont en effet toujours l’apanage des partis politiques et des groupes parlementaires, qui n’ont pas systématiquement mis en place de politiques en matière d’égalité des genres en leur sein. Une femme speaker ne garantit pas nécessairement un Parlement féministe.
Préséance de l’exécutif
Enfin, le poids réel qu’auront ces élues est intrinsèquement lié à celui des Parlements dans les débats publics africains. Les institutions législatives demeurent souvent dans l’ombre de l’exécutif, dont les pouvoirs se sont accrus dans un certain nombre de pays à la faveur de révisions constitutionnelles contestées ou contestables.
Malgré certaines exceptions notables – l’Afrique du Sud a par exemple nommé son premier gouvernement totalement paritaire en mai 2019 –, ces exécutifs, et principalement les ministères régaliens, restent largement dominés par les hommes.
En attendant que les gouvernements se décident à puiser dans le vivier formé par le nombre croiss a n t d e f e m m e s parlementaires lors des remaniements m i n i s té r i e l s , d e s actions concrètes peuvent être entreprises. Et c’est ici que les femmes qui siègent déjà dans les Parlements ont un rôle à jouer : dans toute démocratie, le pouvoir législatif a pour mission fondamentale de contrôler l’action du gouvernement. Aux élues d’auditionner les ministres et de leur demander des comptes sur leur action en faveur de l’égalité des sexes. À elles de proposer des lois – encore trop souvent soumises par l’exécutif dans la plupart des pays africains – améliorant leur représentativité et leurs conditions de vie dans toutes les sphères de la société. Aux femmes, enfin, de s’unir entre elles mais aussi avec tous les hommes de bonne volonté afin qu’elles soient de plus en plus nombreuses à se présenter aux élections. Les sociétés en sortiront grandies. Car, comme le dit le proverbe éthiopien: « Quand une femme règne, les cours d’eau montent. »
Nayé Anna Bathily est Responsable de l’engagement parlementaire global au sein du Groupe de la Banque mondiale, diplômée de Havard.
LA CHRONIQUE HEBDO DE PAAP SEEN
BULLETIN DU CLANDO (ÉPISODE 2)
EXCLUSIF SENEPLUS - La femme doit reprendre le pouvoir, laissé entre les mains d’hommes jusque-là impuissants à faire évoluer la société, et sortir notre pays de “la longue nuit” - Le patriarcat ne marche pas au Sénégal, il faut l’abolir
Vendredi 28 février 2020. Le clando, après un détour kamikaze, où il a failli écraser un scooter et son conducteur, rejoint la file de voitures. Le chauffeur s’impatiente et klaxonne. Il n’y a pourtant rien à faire. A ce moment de la journée, la circulation est bloquée. C’est l'heure de pointe. En plus, c'est la fin de semaine. Et le mois se termine. Je n’arrive pas à comprendre l’empressement de certains chauffeurs de clando. Parfois, leurs agissements sont dangereux et frôlent l’inconscience. A l’arrêt dit “Butigu naar”, la voiture s’immobilise. Plusieurs coxeurs rameutent des passagers. Deux “kàrapid” sont positionnés devant le clando.
Une femme profite de l’arrêt pour monter dans l’automobile. Elle s’assied d’abord à l’entrée du clando. Apparemment, la place est inconfortable. Elle rouspète contre l’apprenti. Un passager lui indique un siège, juste en face de moi. Elle se lève et change de place. La manœuvre est délicate. Il y a très peu d’espace à l’intérieur du clando. En s’asseyant, elle piétine mon pied gauche. Elle ne s’en rend pas compte. Je ne proteste pas. Elle prend son temps, refait son habit plissé en l’étirant avec le pouce et l’index de chaque main, accroche son sac sous le bras droit, pour étaler son charme. L’odeur sucrée de son parfum se répand à l’intérieur de la voiture.
Je l’ai observée. Un petit moment. C’est une femme de moins de 30 ans. Elle porte une robe africaine, taille basse, bleu majorelle. Un petit foulard, assorti à sa tenue, attache les longues tresses qui descendent jusqu’à ses épaules. Des boucles d’oreilles rondes, couleur or, pendent au bout de ses lobes. Son poignet est paré d’un bracelet en spirale. Dans sa main gauche, elle tient un Iphone, protégé par une coque rose. L’apprenti est taquin. Il lui demande si elle est bien à l’aise. Elle ne semble pas avoir entendu, ou peut-être qu’elle fait semblant. Elle a une moue boudeuse.
Le fond de teint, imprimé sur son visage, n’est pas totalement unifié. Mais sa peau, d’un noir éclatant et naturel, ne laisse transparaître aucune imperfection. Elle a appliqué discrètement du rouge à lèvre autour de sa bouche. Un trait noir, tracé au crayon, se confond avec ses minces sourcils. Ses cils supérieurs sont légèrement rehaussés. Son nez est semi-long, un peu épaté. Elle a des yeux communs. Un regard souverain et savoureux. L’harmonie de ce visage, presque parfait, est gâchée par les Airpods blancs enfilés dans ses oreilles.
La Dakaroise est délicieuse. De beauté et de charisme. Ce qui interpelle le plus, c’est ce style flamboyant, qui appelle le grand air du large. Comme si elle était ivre d’une liberté absolue, encore insaisissable. Elle est encore d’une splendeur rare, lorsqu’elle est vêtue en robe africaine. Si j’avais manqué de pudeur et de retenue, j'aurais dévisagé cette femme. Elle était belle, d’une beauté sophistiquée et en même temps innée. Telle une œuvre majestueuse, qui renferme plusieurs significations paradoxales, et qu’on est obligé de contempler pour non pas essayer de saisir les caractères fondamentales de sa forme ou de faire un jugement de goût, mais pour se laisser bercer par un ravissement tendre.
Le vendredi est un jour béni, où l’on assiste à un défilé sublime de fin de semaine. Juste à l’abribus qui est en face d’Auchan, à Mermoz, elle a demandé d’une voix ferme et mélodieuse à l’apprenti de marquer l’arrêt. La commande validée, elle a saisi délicatement son sac, a redressé son habit, et s’est faufilée entre les quatre passagers assis à côté de la porte. Elle est descendue prestement. Je l’ai vue marcher sur le trottoir, sans précipitation, en se dandinant légèrement. Le corps souple et fluide. Tout dans son mouvement était altier. Sa silhouette étalait une élégance généreuse. Elle avait cette assurance naturelle qui est l’ADN de la femme sénégalaise. Sans même faire exprès, je l’ai contemplée jusqu’à ce que la voiture s’élance. J’étais accaparé par une sorte d’éblouissement résigné.
La femme sénégalaise, c’est l’histoire d’un grand mélange. Elle est la quintessence de la coquetterie et de l’indépendance de caractère héritées de l’ancien modèle social matriarcal, du système phallocratique actuellement dominant, et de la modernité occidentale. Elle n’a pas de valeurs uniques. Tout au plus, elle négocie avec un patrimoine multiple et en sort le meilleur. Elle est un alliage complexe forgé par l'histoire sociale et politique. Elle sera la source principale de la vitalité future de notre pays. Car elle incarne, le plus, l’esprit de résilience et d’ouverture. Ce sera à elle d’éclairer l’avenir de notre nation. C’est pourquoi elle doit reprendre le pouvoir, laissé entre les mains d’hommes jusque-là impuissants à faire évoluer la société, et sortir notre pays de “la longue nuit”. Comment ? En revendiquant sa place prééminente dans le jeu social. En luttant sans concession pour inverser le rapport de domination, imposé par les forces d’inertie. Le patriarcat ne marche pas au Sénégal. Il faut l’abolir. C’est d’abord le combat des femmes ! Les hommes sensés le mèneront avec elles.
Se faire belle, aimer et être admirée, c’est le désir de toutes les femmes. Pour révéler sa beauté, la femme a recours à plusieurs astuces et artifices. De la coiffure à la pose des ongles, des cils, en passant par la pédicure, la manucure, tatouage… rien n’est négligé. Et la femme sénégalais ne déroge pas à cette règle. Mais, tout cela à un prix. Comme le dit un dicton, «Pour se faire belle, il faut souffrir», mais aussi cela demande parfois des sacrifices financiers qui peuvent parfois nuire à la santé, selon le médecin généraliste, docteur Ismaïla Ndour.
Le beau est communément défini comme la caractéristique d’une chose qui, à travers une perception sensorielle, procure une sensation de plaisir ou un sentiment de satisfaction. Et, pour cela, chez les femmes, particulièrement, tous les moyens sont bons pour se faire belle. En effet, la femme aime se faire remarquer, se sentir belle. Et pour ce faire, elles ont recours souvent à l’esthétique, faisant appel à des professionnels, pour celles qui en ont les moyens, et à ces nombreux jeunes qui ont investi ce créneau, sans aucune qualification, pour gagner leur vie.
Coiffures, pose des ongles, pédicure, manucure, pose des cils, maquillages, tatouages… tout y passe et rien n’est négligé. Ailleurs en occident surtout, au-delà de ces artifices qui s’élargissement jusqu’au fausses tailles (hanches et fesses) et poitrines (seins), des femmes (stars…) utilisent même la chirurgie esthétique pour se donner la forme et visage qu’elles veulent.
«Pour se faire belle, il faut souffrir», dit un dicton. Mais, cette beauté «artificielle et forcée» demande parfois des sacrifices financiers qui peuvent nuire à la santé. Bref, la beauté chez les dames à un coût. Et des femmes sont prêtes à mettre le prix, rien que pour se faire belle, remarquer et se sentir… aimée. Elles déboursent des sommes considérables à cette fin. «Je dépense 30.000 jusqu’à 50.000 F CFA par mois pour mes soins esthétiques», confesse Aminata, une cliente trouvée dans un salon de coiffure.
Dans un cadre élégant où règne une ambiance chaleureuse, les murs peints en mauve, des casques, des miroirs, des mèches et des greffages, des chaises bien rangées, tout un arsenal de matériels pour… sublimer les dames. A l’intérieur, des femmes sous casques, ou pieds dans l’eau, pour un petit massage, magazines de mode en main, sont en train de discuter des dernières tendances de la mode. Nous sommes dans un salon de coiffure sis à Liberté 6.
Fatim, la propriétaire des lieux, usant de son savoir-faire pour satisfaire une cliente qui fait un tissage, explique son métier. «Je fais des tresses, tissage, pédicure, manucure, maquillage, traitement de cheveux, tout ce dont la femme a besoin pour sa beauté», note l’esthéticienne. Aminata, la cliente, dit sa satisfaction. «Je suis toujours satisfaite en sortant de ce lieux, même si je dépense beaucoup ; c’est le résultat qui compte pour moi».
Pratiquant ce métier depuis 15 ans, Fatim soutient qu’elle s’en sort très bien. «Je reçois des clientes Sénégalaises, Burkinabè, Ivoiriennes, ça dépend. Ça va, je rends grâce à Dieu, je satisfais tous mes besoins avec mon métier». Apres 1h passée à se faire belle, Aminata jette un dernier coup d’œil au miroir ; la cliente sort du salon ravie. «Waouh ! Je me sens plus belle, Fatim vraiment, tu es une magicienne», s’exclame la dame.
16 heures 30 minutes, plus loin toujours à Liberté 6, à quelques minutes du centre-ville, Dakar, c’est une autre réalité. Cette fois-ci dans une ambiance moins chic, pas du tout discrète. «Sokhna si loo beugue ? Pose ?» («Entendez madame que désirez-vous ? Des poses ?» En wolof), questionnent des femmes assises dans un coin, avec à leur côté un panier contenant des produits et artifices de beautés qu’elles proposent aux passants. En face, des hommes, tenant chacun à la main un tube contenant une substance colorante destinée, par effraction cutanée, à créer une marque, des dessins sur des parties superficielles du corps, appelés tatouages. Nous sommes au marché HLM de la capitale Sénégalaise, au cœur du quartier et commune d’arrondissement du même nom (HLM).
Un marché grouillant, vivant et coloré, où on trouve des tissus de toutes sortes et marques et à tous les prix. Tailleurs et vendeurs s’activent côte à côte mais chacun dans son domaine. C’est un marché privilégié, incontournable ou presque, pour le shopping. Toutes les femmes ou presque, pour se faire belle, ont besoin d’y faire un tour.
Trouvée sur place, avec son panier contenant des faux ongles, faux cils, émaux (émail), bref toutes sortes de produits et artifices de beauté, Khady Dieng qui se présente comme une «spécialiste des ongles et des cils» dit que les femmes n’ont plus besoin de dépenser beaucoup d’argent pour se faire belle. «Maintenant, c’est facile de se faire belle. Par exemple, les poses-cils, je le fais à 1000 francs et les poses ongles à 2000 francs. Mes prix sont accessibles pour toutes les femmes. Et je rends grâce à Dieu, j’y gagne bien ma vie».
Khoudia Diop, la cliente de Khady, justifie que le recours à tous ces artifices, «c’est juste pour se faire plus belle. Tu sais, les faux cils, ça sublime le regard ; les longues ongles avec émail sont jolies à voir aussi. C’est juste pour accentuer notre beauté. Ce sont des accessoires qui nous embellissent», soutient la jeune femme qui dépense moins de 10.000 francs pour tous ses soins. «Les prix sont accessibles, c’est pour cela que chaque quinze jours, je viens ici pour changer de modèle».
Les femmes ne sont plus seules dans ce métier envahi de plus en plus par des hommes. D’ailleurs même les esthéticiennes laissent tout ce qui est tatouages à ces derniers. Babacar, qui a un master en poche, s’est reconverti en tatoueur professionnel, depuis 4 ans. Et il ne trouve pas d’inconvénients dans la cohabitation entre les hommes et les femmes. «Dans le secteur informel, il n’y a pas de jalousie, on s’entraide (avec les femmes). Chacun gagne ce qu’il a à gagner. Et, pour mon cas, je gagne entre 300.000 et 400.000 francs CFA par mois».
Tenant entre les mains un tube contenant un liquide noir et une lame, le jeune homme est en train de dessiner sur les mains d’une dame. Utilisant des objets tels que des lames, des ciseaux, des aiguilles, Babacar déclare qu’il ne badine pas avec la stérilisation de son matériels. «A chaque fois je change de lame, après utilisation, le stérilise : donc une lame, une personne. D’ailleurs même ce sont les clientes qui exigent ça parce qu’elles savent les conséquences de partager des objets tranchants», précise Babacar.
Selon Khady, il y a un peu de ralentissement dans leur travail. La cause, «ces temps-ci, beaucoup de femmes fuient les poses-cils et tatouages à causes d’informations véhiculées par des médias. On a dit télé et à la radio que les faux-cils et les tatouages ne sont pas bons pour la santé des femmes. Les docteurs en parlent, les ophtalmologues, tout le monde en parle. Conséquence, on ne gagne plus ce qu’on gagnait auparavant», se plaint la jeune femme.
DOCTEUR ISMAILA NDOUR, MEDECIN GENERALISTE : «Le tatouage ouvre des centaines de portes aux infections virales»
«Un tatouage n’est pas un simple dessin sur la peau. Il s’agit d’un geste médical qui consiste à introduire des pigments de couleurs dans le derme. L’introduction d’une substance étrangère n’est donc pas un geste anodin. Elle génère un phénomène d’inflammation et ouvre des centaines de portes aux infections virales. Le tatouage occasionne des centaines de petites plaies qui vont devoir se cicatriser. La personne récemment tatouée doit, par conséquent, suivre l’évolution de la cicatrisation et s’assurer qu’aucune infection liée au tatouage ne se développe.
En effet, se faire tatouer peut provoquer différentes complications de la peau comme : des risques infectieux locaux comme des granulomes ou des infections bactériennes à staphylocoques ; des risques infectieux viraux comme l’hépatite B, le VIH ou l’hépatite C ; des risques d’allergies dues à l’encre : les symptômes d’allergie au tatouage sont la peau qui gonfle et qui gratte. Il faut savoir qu’un traitement local à base de corticoïdes est souvent insuffisant, la source d’allergie restant active sous la peau. Dans certains cas extrêmes d’allergie, le tatouage doit être retiré soit par laser, soit par chirurgie», prévient docteur Ismaïla Ndour.
Toutes les femmes d’avoir un regard de biche. Pour nous satisfaire, les marques de cosmétiques inventent toujours plus de mascarades révolutionnaires : volume extrême, effet 3D, et j’en passe. Sauf que la tendance actuelle est à l’extension de cils. Une technique qui séduit de plus en plus de femmes, mais qui comporte aussi quelques risques.
Et pour cause, les cils sont censés protéger l’œil. «La longueur moyenne d’un cil correspond à un tiers de la largeur de l’œil (…), elle permet de réduire le flux d’air sur la surface de l’œil et limite donc la déshydratation et le dépôt de particules aériennes», explique médecin généraliste. Or, «plus les cils sont longs plus l’œil est exposé : dessèchement, picotements, infections du type conjonctivite, larmoiement, etc. Il est donc conseillé de porter des faux-cils occasionnellement, voire uniquement quelques heures».
COUMBA TOURÉ, LAURÉATE DU ’’PRIX MARTIN ET CORRETA KING POUR L’UNITE INTERNATIONALE’’
La présidente du Conseil d’administration du think thank Trust Africa, Coumba Touré, recevra le 1er mars à Selma, dans l’Etat d’Alabama aux USA, le prix ’’Martin et Correta King pour l’unite internationale’’ (The Martin and Coretta King International Unit
Dakar, 23 fev (APS) - La présidente du Conseil d’administration du think Thank Trust Africa, Coumba Touré, recevra le 1er mars à Selma, dans l’Etat d’Alabama aux USA, le prix ’’Martin et Correta King pour l’unite internationale’’ (The Martin and Coretta King International Unity Award), a appris l’APS.
Mme Touré recevra cette distinction lors de la célébration des Mouvements pour le droit de vote des Afro-américains, en présence d’illustres militants du monde entier qui vont revisiter les acquis démocratiques des manifestations de 1965.
Elle recevra sa distinction en même temps que Stacy Abram, la député de l’Etat de Gorgia, et trois autres nominés Martin Luther King III, son épouse et sa fille, indique le thinh thank TrustAfrica dans un communiqué.
La structure souligne que ce prix récompense ’’les efforts de Madame Coumba Touré pour faire avancer le respect des droits humains, en Afrique et ailleurs dans le monde’’.
Présidente du Conseil d’administration de TrustAfrica depuis 2018, Coumba Touré, par ailleurs Coordinatrice du Mouvement africans Rising, ’’s’illustre particulièrement dans les actions pour une Afrique unie, indépendante et prospère’’, rappelle la même source.
Le communiqué indique qu’’’au-delà de Madame Coumba Touré, de TrustAfrica et d’Africans Rising, c’est le Sénégal et toute l’Afrique qui seront honorés’’, le 1er mars 2020, dans la ville américaine de Selma, rendue célèbre par les marches de protestation menées en 1965 pour le respect des droits civiques des Afro-americains.
par Awa Ngom Diop Telfort
MOTION D’INDIGNATION
Notre société, que j’aime tant pour tout le bonheur qu’elle m’a procuré jadis, est devenue méconnaissable. Combien ? Combien de femmes, combien d’enfants seront sacrifiés à l’autel du « ndeyssane », du « tchey adina » et du « ndoguelou yalla » ?
Encore une fois, ma plume a tremblé, comme à mon habitude, comme à chaque fois que je suis sous le choc. A l’instar de ma plume, moi aussi, je tremble, sous l’emprise de l’affliction et de l’ire sourde qui battent dans ma jugulaire et résonnent dans mes tempes.
Africaine, Sénégalaise surtout, je suis issue d’un peuple, j’appartiens à une patrie, je fais partie d’une nation avec une diverse et riche culture. Cela représente un héritage précieux, indélébile, éternel, transcendant la simple mortelle que je suis. Je dis bien un héritage. Pas dans le sens d’un bien cédé mais d’un ensemble de valeurs à moi confié par des hommes et des femmes de qualité, proches et non proches, qui ont marqué toutes les étapes de ma vie.
De la maison à l’école, du bureau au marché, partout où je suis passée, dans ce pays où je suis née, où j’ai vécu, grandi et me suis accomplie, j’ai rencontré des gens formidables, Sénégalais et Sénégalaises extraordinaires, qui m’ont toujours fait ressentir une vraie joie de vivre et la grande chance d’être des leurs. De décrire l’attachement et l’estime que j’éprouve à leur égard, « samay nitt[1] », me fait plonger dans une émotion grisante, pour dire combien ils me sont chers, ceux que j’appelle affectueusement mes pairs de patrie, que je les connaisse de près, de loin ou pas du tout, juste parce que ce sont mes compatriotes, juste parce que je me sens liée à eux par ce fil abstrait mais profondément sacré, juste parce que me sentant partie de ce grand ensemble.
Au cours de mes voyages et dans toutes mes interactions, je ne taris pas d’éloges sur eux. Avec une mention particulière pour la Femme Sénégalaise, celle-là même dont j’aime évoquer avec fierté la combativité, la détermination et sa capacité à être une épouse modèle, respectée et convoitée jusque chez nos voisins. Cette mère dotée d’un sens du sacrifice sans pareille, cette amazone du travail qui ne rechigne à aucune tâche. Celle qui, bandant ses poings face à la misère, ne lésine sur rien pour préserver sa dignité et celle de sa famille, gardant toujours la tête haute, le sourire large et une bonne humeur contagieuse.
Je parle aussi des enfants de chez moi. Je décris leur beauté et leur intelligence, combien ils sont espiègles et amusants, vibrants de joie et de gaîté. Les regarder vivre et exister me remplit de bonheur. J’aime leur compagnie, j’aime me laisser corrompre par leur vitalité et leur insouciance.
Dans mes conversations enfin, j’invite toujours à visiter mon Sénégal, que je dépeins comme une terre bénie et guérisseuse, où tous les maux disparaissent tellement les gens sont accueillants, fins d’esprit, moulés de sagesse et de spiritualité.
Comme j’aurais voulu prêter à mes enfants mes yeux pour qu’ils voient le Sénégal de mon enfance et de ma jeunesse, où nous flânions à toute heure de la journée et sans crainte dans les rues de nos quartiers. Comme j’aurais voulu qu’il soit resté inaltéré !
Je suis nostalgique de ces années, où dans mon rituel de socialisation, je sillonnais les artères du centre-ville. Du Boulevard de la République où j’ai étudié et travaillé jusqu’au marché Soumbedioune où j’avais mes habitudes de ravitaillement, j’allais allègrement chaque jour, me faisant, avec beaucoup d’amusement, emboîter le pas par mon trio de petits talibés que j’aimais chouchouter ; m’arrêtant souvent pour rire des histoires de Seynabou, la vendeuse de légumes, qui prenait les symptômes de sa ménopause non diagnostiquée pour des tentatives de sorcellerie de sa coépouse. Saluant Diallo, le marchand de fruits en faction devant l’école Ste Jeanne d’Arc, qui m’avait vue grandir depuis la maternelle et chez qui j’ai acheté des fruits pendant 20 ans. Au détour, je me faisais gentiment harceler par Serigne, mon vendeur ambulant préféré, qui cherchait coûte que coûte à me refourguer sa quincaillerie contre un petit billet, et aussi pour alléger le poids de sa boutique mobile qu’il portait à bout d’épaule toute la sainte journée.
Bref, j’ai eu des moments de bonheur simple, teinté de légèreté et d’insouciance, sans menace majeure. Une vie de « Mademoiselle Sans Soucis », ce surnom dont m’avait affublé M. Coly, mon professeur d’éducation physique au collège.
Cette époque, hélas, évoque un passé très récent mais qui, pourtant, s’éloigne à grand pas de façon inquiétante. Lorsque je détourne la tête de mes souvenirs d’enfance pour tenter d’entrevoir le futur, tous mes heureux repères ont changé. Ce que je vois à la place est un tableau de mauvais goût, un système à l’envers et méconnaissable qui renvoie à une image d’œufs brouillés. Ce que j’entends, ce sont des histoires sordides qui me donnent des spasmes et des insomnies. À les lire ou à les écouter, je ne peux m’empêcher d’invoquer la miséricorde divine en psalmodiant nerveusement « Soubhanallah, Soubhanallah, Soubhanallah », comme pour conjurer le mauvais sort.
Et je souffre. Dans mon âme.
Et je souffre encore. Dans ma tête.
Et je souffre toujours. Dans toute ma chair.
Je souffre en imaginant la misérable corvée de cette sage-femme mandatée pour constater les parties génitales défoncées de la petite fille de quatre ans qui a été violée hier.
Je souffre en imaginant la triste journée de travail de son collègue médecin légiste qui a examiné le crâne de la fille du maçon, fracassé pour une malheureuse pièce de 25 Fcfa, l’avant-veille.
Il y a trois jours, j’ai souffert de mon impuissance à m’interposer entre la receveuse de Dakar Dem Dikk et ce passager manifestement agité qui venait de l’empoigner et de lui asséner une violente gifle, avant de lui arracher sa perruque.
Il y a une semaine, ma douleur a atteint son paroxysme quand j’ai ressenti 64 coups de couteaux dans le ventre.
Je me souviens, encore fraîchement, des chaudes larmes que j’ai partagées, il y a quelques mois, avec Thiabe, pour pleurer la mort de notre sœur Dibe, retrouvée pendue, la tête ouverte et sanglante.
Et, oh comme j’aurais voulu m’agenouiller pour consoler la mère du petit Fallou, quand on est venu lui annoncer que son fils ne rentrera pas du Daara où il a succombé à des coups infligés à cause d’une désobéissance mineure.
Le coup de grâce m’est venu de Wuhan lorsqu’on m’a annoncé sans finesse que « sauver le soldat Ryan[2] » était « hors de portée » de mon Sénégal.
Notre société, que j’aime tant pour tout le bonheur qu’elle m’a procuré jadis, est à vrai dire devenue méconnaissable. Et je me pose bien des questions sur ce que nous avons fait de travers.
Une autre question me turlupine : combien ? Combien de femmes, combien d’enfants seront sacrifiés à l’autel du « ndeyssane[3] », du « tchey adina[4] » et du « ndoguelou yalla[5] ? Combien de femmes Sénégalaises devront se barricader chez elles pour ne pas devenir des Bineta, des Fatoumata, des Ndioba ? Ces survivantes-là, auront-elles alors au moins la sécurité quand il leur faudra aller acheter les linceuls de leurs fils, ramenés corps sans tête pour avoir eu le malheur de croiser un diabolique trafiquant d’organes sur le chemin de la boutique, ou ceux de leurs filles, fauchées par un chauffard sirouman[6] en revenant de l’école ?
Notre pays, le Sénégal, est-il en passe d’atterrir sur la liste des destinations infréquentables et à risques, où prendre une vie est devenu une banalité, un fait divers de plus à la rubrique des chiens écrasés ?
Une loi a été votée, me direz-vous. Protègera-t-elle vraiment nos enfants et nos femmes au-delà de l’effet d’annonce qu’elle a suscité ? Posons le débat autrement. En attendant que cette loi soit débattue, amendée, questionnée jusque dans ses points virgules, en attendant qu’elle soit réellement applicable et effective, dans cet intervalle où elle ne sera utile qu’à épaissir le registre de lois, que faisons-nous ???
Allons-nous abdiquer et reconnaître que nous avons failli dans la transmission de cet héritage à nous confié ? Allons-nous accepter de faire pour nos enfants moins que nos parents et grands-parents ont accompli ? Pourrons-nous assumer d’être la génération qui aura inscrit dans son passif la dérive et la déperdition de notre système social ?
C’est une question sérieuse qui exige une réponse de la même teneur !
Pour tenter d’y répondre, je suis allée puiser au plus profond de ma « Sénégalité » pour dénicher ce que je pense pouvoir faire la différence, juste en attendant que lois et règlements se mettent en place.
C’est ainsi que dans mon introspection, il s’est révélé à moi quelque chose de sublime, d’inédit, de parfait pour la circonstance. Une chose que nous avons tous en commun, à laquelle rien ni personne ne peut porter atteinte et dont, qui plus est, nous pouvons user sans risquer le couperet de l’offense à quiconque.
Cette chose, c’est notre droit inaliénable à l’indignation !
Car je considère que s’indigner est un bon début quand le corps social est en déluge. « La colère », écrira Victor Hugo, « peut être folle ou absurde ; on peut être irrité à tort mais on n'est indigné au fond que lorsqu'on a raison par quelque côté ».
Alors indignons-nous !
Indignons-nous d’abord, en tant que parents, pour être en train de faillir à transmettre avec décence et rigueur le trousseau des valeurs léguées par nos ancêtres ;
Indignons-nous, en tant que parents encore, de ne pas veiller scrupuleusement à l’éducation sociale et comportementale, à la protection, la sécurité et l’intégrité physique et morale de nos filles et garçons dans nos foyers ;
Indignons-nous, en tant que parents enfin, de ne pas contrôler et restreindre l’exposition pernicieuse de notre progéniture à des modèles importés de culture de masse ;
Indignons-nous, en tant que Père de la Nation, de céder à la renonciation et au fatalisme sur des questions vitales et de nous en contenter à défaut comme d’un pis-aller ;
Indignons-nous, en tant qu’enseignants, de ne pas persister à inculquer, de la Case des Tout-Petits à l’Université, la valeur du savoir, du respect de l’autre et du bien commun ;
Indignons-nous, en tant que tenants et conquérants du pouvoir, de ne pas nous associer, dans une démarche concertée, civile et sereine, pour ancrer dans la conscience citoyenne une notion objective de la normalité, sans chercher ni gloire, ni buzz, ni mandat ;
Indignons-nous, en tant qu’automobilistes, de faire fi de la prudence routière et par conséquent de la vie des piétons et des passagers ;
Indignons-nous, en tant que guides suprêmes religieux, Khalifes généraux et Cardinaux, de ne pas être farouchement inflexibles sur la préservation du patrimoine spirituel que les dévots reposant dans nos cimetières ont pétri au prix de leur liberté ;
Indignons-nous, en tant que leaders d’opinion et porte-voix, de manquer, dans nos débats, d’examiner les questions sociétales sous un angle rigoureusement sociologique et non politique, ni partisan, ni activiste ;
Indignons-nous en wolof, en pulaar, en diola, en soninké, en sérère, en toucouleur, en malinké, chez les Mourides, Tidianes, Khadres, Layènes et Niassène confondus et unis, dans nos chambres, salons et cours, dans nos bureaux et nos commerces, sur nos étals et nos boulevards, dans nos écoles et pendant nos assemblées de prières.
Indignons-nous enfin pour reconquérir notre unicité Sénégalaise et redorer le blason de ce qui nous lie.
Puissions-nous tous user de notre capacité d’indignation et de notre droit à l’exprimer afin de déployer collectivement et froidement les fondations d’un modèle de société viable, qui nous soit propre et qui profitera à tous, Sénégalais, résidents, émigrés, visiteurs et sympathisants, par amour pour notre Sénégal. Que la paix soit avec nous.
Awa Ngom Diop Telfort est spécialiste en communication
[6] Rabatteur de véhicule de transport en commun qui n’est pas doté d’une grande expérience ou qui ne détient pas un permis de conduire en bonne et due forme
UNE FILLE DE 3 ANS LIGOTÉE, VIOLÉE ET TUÉE
Le corps sans vie d’une fillette âgée de 3 ans a été retrouvé, ce mercredi 12 février, dans une maison abandonnée dans le quartier N’Diourbel Extension de Rosso
Le corps sans vie d’une fillette âgée de 3 ans a été retrouvé, ce mercredi 12 février, dans une maison abandonnée dans le quartier N’Diourbel Extension de Rosso, au Sud-Ouest de la Mauritanie. Cette fillette a été violée puis tuée par un inconnu. Elle a été retrouvée ligotée et les yeux bandés.
Alertées, les autorités judiciaires et sécuritaires se sont rendues sur le lieu, où, une immense foule de personnes en colère s’était massée.
Après constat de la mort de la fille, les autorités ont ordonné à ce que les services de la police ouvrent une enquête et que l’auteur de ce crime soit déniché. Suite à ce crime qui plongé toute la ville dans la consternation, les populations exigent à ce que le malfaiteur soit arrêté et sévèrement châtié.