Le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a pris une décision de taille.
En recevant une délégation de religieux, il a fait annoncer, par la dahira Moukhadimatoul Khadma, le passage de la dot pour les mariages d’un montant de 16 000 F CFA à 26 000 F CFA, soit une hausse de 10 000 F CFA.
Une hausse qui s’explique par le fait que le montant précédent a été fixé du temps de Serigne Fallou Mbacké, Khalife général des mourides de 1945 à 1968.
Plus d’un demi-siècle plus tard, l’inflation est telle qu’une telle hausse est largement justifiée selon le porte-parole du jour : « Cela obéit parfaitement aux préceptes de l’Islam par rapport aux clauses du mariage.
Ce qu’on pouvait acheter il y a cinquante ans avec 16 000 F CFA, on ne peut plus l’acheter aujourd’hui avec la même somme. Quand le Khalife a consulté ses relais sur ces questions, il est arrivé à une telle décision sur cette question qui appartient à tous les musulmans.
Car la dot a été instituée pour permettre à la future épouse de pouvoir s’offrir quelque chose de symbolique... »
MINA LA VOILÉE, LA RÉSISTANTE DE LA SCÈNE HIP-HOP SENEGALAISE
On lui avait dit que le voile et le rap n'étaient pas compatibles : Mina la voilée a prouvé le contraire. Artiste et féministe revendiquée, elle défend, avec un flow percutant, la liberté et les droits des femmes
"Quand je chante, je ne suis pas musulmane, ni catholique, ni animiste. Je suis juste une femme qui fait du rap." À 27 ans, Mina la voilée s'est imposée comme une artiste incontournable du hip-hop "galsen" (verlan de "Sénégal"). Une bataille durement menée pour celle qui cumule deux "stigmates" : femme et voilée.
Le rap et le voile, "ça colle pas ensemble"
Pour Mina, le rap a toujours été synonyme de résistance. Elle tombe dedans en 2012, alors que le Sénégal est en proie à une fronde populaire depuis plusieurs mois. La rue s'oppose à la candidature d'Abdulaye Wade à la présidentielle et les rappeurs sont en première ligne de la contestation. Alors que leur lycée du quartier de Parcelles, à Dakar, est tout le temps en grève, Mina et sa bande s'infusent des sons des rappeurs Keur Gui, Fou Malade ou 5kiem Underground, chefs de file du collectif "Y'en a marre", mouvement d'opposition qui porte les revendications de la jeunesse dans la rue.
"L'école était tout le temps fermée et avec mes copains, on redoutait une année blanche", raconte Mina à France 24 (une année scolaire est considérée comme blanche quand il y a plus de jours de grèves que de jours de cours, entraînant l'annulation des examens). "Le collectif de rap du lycée a sorti une chanson pour dénoncer la situation. Ils m'ont invitée à chanter."
Seule fille du groupe, elle impose son flow percutant. Mais Mina porte le voile : "Le collectif trouvait que le rap et le voile, ça collait pas ensemble. Alors ils m'ont demandé de l'enlever". Ce qu'elle fait. Elle tourne son premier clip à tête découverte et fait une entorse à sa pratique religieuse pendant plus d'un an, concession indispensable pour se faire sa place dans le milieu. "Je n'étais pas très à l'aise mais mon envie de rapper était plus forte", explique Mina.
Artiste "en cachette"
Elle doit aussi surmonter les pressions familiales. Mina a grandi dans une famille qu'elle qualifie de "conservatrice", et son père ne voit pas d'un bon œil ses velléités artistiques. "Chez moi, on doit se lever tôt, travailler et se coucher tôt. Je n'avais pas le droit de sortir le soir", nous raconte la jeune femme. Elle se entame des études de communication, mais sa passion ne la lâche pas.
"Je séchais les cours pour faire du free style et avec la complicité de ma mère, j'arrivais à aller à quelques concerts. Pendant quatre ans, j'ai vécu ma vie artistique en cachette", se souvient-elle. Puis en 2016, elle se décide de s'imposer : elle arrête ses études, enregistre un premier titre et assume le port du voile.
Son premier single "Sale Rap Malékoum", écrit en wolof, est un cri de colère. "J'y dénonce le rap qui favorise le business plutôt que l'engagement, celui qui ne montre que des filles nues, qui ne m'accepte pas. Je dénonce ceux qui veulent me dicter ma conduite, mon style vestimentaire. Je leur dis 'basta'."
Ce titre lui vaut de violentes charges sur les réseaux sociaux et elle rencontre des oppositions de toutes parts. Soit on lui reproche le port du voile, "incompatible avec la scène hip-hop"; soit on lui reproche la scène, "incompatible avec l'islam". "Beaucoup d'hommes m'ont insultée, m'ont dit que je gâchais la religion, que j'étais l'incarnation de Satan, etc.", se souvient Mina.
Le rap, acte de résistance féministe
Mais plutôt que de la décourager, ces attaques la rendent plus combative ; elle intègre Gënji Hip Hop ("gënji" qui veut dire "femme", en wolof), un collectif de plus de 70 femmes militantes issues des cultures urbaines (rappeuses, vidéastes, slameuses, graffeuses, désigneuses, techniciennes, journalistes, etc.). Ensemble, elles défendent leur place dans un milieu encore très largement dominé par les hommes.
"Même si ça va mieux qu'avant, les femmes du milieu restent plus 'renouvelables'. L'injonction socio-culturelle reste forte. Dès qu'une femme se marie, elle doit arrêter de chanter. Dès qu'elle fait des études, elle doit arrêter. C'est difficile de s'imposer sur le devant de la scène", nous explique Mina. "Aujourd'hui, on a envie de montrer qu'on peut être au premier plan et qu'on peut exister durablement dans la musique."
La collectif, qui a l'ambition de créer, à terme, des structures autonomes 100 % féminines, a élargi son combat pour défendre plus largement les droits des femmes au Sénégal. Dans leurs titres, les rappeuses du Gënji Hip Hop dénoncent les mariages précoces, l'excision ou les violences sexuelles. "La musique m'a forgée, m'a rendue plus combative, assure Mina. Je ne me laisserai plus jamais dicter ma conduite. C'est ce message de femme libre que je veux faire passer".
L’EXCISION ALTÈRE LA SANTE DE LA MÈRE ET DE L’ENFANT
Beaucoup de personnes, surtout celles qui ne connaissent pas la pratique, n’entendent parler de l’excision qu’à travers la presse ou dans les discussions de salon, mais elles ne savent exactement pas à quel point c’est horrible.
Beaucoup de personnes, surtout celles qui ne connaissent pas la pratique, n’entendent parler de l’excision qu’à travers la presse ou dans les discussions de salon, mais elles ne savent exactement pas à quel point c’est horrible. La vidéo choquante qui circule sur le Net nous laisse sans voix. Le Témoin, à l’occasion de la célébration de la journée de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (Mgf), célébrée chaque année le 06 février, revient sur la douleur sans complexe infligée à ces femmes, et qui ne manque pas de conséquences sanitaires, sociales comme psychologiques. Elles pourrissent même la santé de la mère et celle de l’enfant, selon le gynécologue Dr Abdoulaye Diop.
Les images sont horribles, et les cris stridents de la jeune fille glaçants. Jambes maladroitement écartées de force par quatre femmes qui lui bloquent également les deux mains et la tête, la tortionnaire s’apprête à lui couper une partie d’elle. En une fraction de secondes, la jeune fille va se retrouver avec une moitié de clitoris et le tiers et ses deux lèvres supérieures. Couteau presque rouillé et sans désinfectant à la main, l’exciseuse procède à l’amputation d’une bonne partie du clitoris de la jeune fille bien retenue. De même que les deux lèvres supérieures. Ces membranes, éliminées du corps de la jeune fille larmoyante, le sang gicle. Tout devient rouge autour d’elle, sur le couteau et sur les doigts de la femme exciseuse. Ce, sans anesthésie locale ! la jeune fille ne pouvant plus résister à la pratique plus que barbare, hurle de toutes ses forces. Elle pleure de rage. Des cris stridents, car ne pouvant plus calmer la douleur. Tellement elle est atroce. « Je suis morte », crie-t-elle de toutes ses forces. Oui, elle est « morte » ! Car son âme, -pour ne pas dire son corps toute entière-, lui a été volée par des femmes insensées. Lesquelles, en voulant respecter une tradition culturelle moyenâgeuse, font fi des conséquences physiques, psychologiques et sanitaires que peut engendrer une telle pratique inhumaine. La scène est horrible, indigne et plus que choquante. C’est à la limite une abomination.
Quelle épouvantable et abominable pratique !
La suppliée subit l’acte sans soins. Juste un petit pagne qu’on étale entre les deux jambes comme un « nguimb » d’un lutteur avant de l’aider à se relever, lui demandant d’être forte. Car « elle est devenue une grande fille maintenant. Mais elle a très mal, et peinait à marcher. Elle a subi et a survécu de cette torture à vie. Encore qu’elle est « chanceuse », comparée à ces milliers de femmes qui décèdent suite à une hémorragie. la vidéo dans laquelle on procède sans cœur à la mutilation d’une bonne partie de son sexe ; son clitoris et ses lèvres supérieures, ne constitue qu’un petit exemple dans la grande forêt de femmes qui ont traversé ce moment douloureux dans leur enfance. on leur a coupé leur féminité, leur intimité, et toute leur chair. Au nom d’une tradition, elles font aujourd’hui face à une déchirure hémorragique extrêmement douloureuse. C’est le cas de cette dame nouvellement mariée et qui a aussi subi cette atrocité. Qui l’aurait empêché de vivre pleinement. « Je me sens handicapée à vie. Cela m’a créé un énorme blocage. Ma nuit de noce a été un enfer », a témoigné cette femme dans l’anonymat.
«Les justifications aboutissent à l’effet inverse»
Le poids de la coutume semble être l’explication la plus fréquente pour justifier les mutilations génitales féminines. Seulement, les arguments avancés sont nombreux. D’aucuns pensent que la finalité de l’excision serait de « contrôler » la sexualité féminine. Elle permettrait de préserver la chasteté par l’inhibition du plaisir et du désir sexuel. Selon le docteur Abdoulaye Diop, « on voit dans ces pratiques le symbole de l’oppression masculine. Mais il est intéressant de noter qu’elles sont perpétuées essentiellement par les femmes, - mère ou grand-mère-, et le geste réalisé par des femmes ».
Concernant l’argument selon lequel, l’excision accroit la fécondité et protège le nouveau-né à l’accouchement ou assainit les organes génitaux de la femme, le gynécologue explique que « ces justifications aboutissent à l’effet inverse puisque, dit-il, ses actes altèrent aussi bien la santé de la mère que celle de l’enfant ». Toutefois, il tient à rappeler que « des milliers de femmes au Sénégal, où la pratique est interdite depuis le 13 janvier 1999, ignorent que les mutilations et leurs conséquences peuvent désormais être réparées pour leur permettre de retrouver une dignité perdue ».
À LA RECHERCHE DU PLAISIR PERDU
Excisée à la naissance, Fatoumata Tamba lutte contre les mutilations génitales féminines, qui touchent près de 200 millions de femmes dans le monde. Pour cette Sénégalaise, l’abolition de cette pratique ne peut passer que par l’éducation des jeunes
Excisée à la naissance, Fatoumata Tamba lutte contre les mutilations génitales féminines, qui touchent près de 200 millions de femmes dans le monde. Pour cette Sénégalaise, l’abolition de cette pratique ne peut passer que par l’éducation des jeunes. Dans sa consultation de Sédhiou, en Casamance, elle casse les mythes sur la sexualité féminine.
"Quand tu es excisée, il faut mettre en place des stratégies pour trouver le plaisir !" Fatoumata Tamba n’est pas revêche à la confidence. Après quelques minutes de conversation, cette Sénégalaise au sourire mutin envoie valser un tas d’idées reçues sur la sexualité et l’excision. Notamment celle qui voudrait que cette mutilation – qui consiste en l’ablation partielle du clitoris, le seul organe entièrement consacré au plaisir – empêcherait celles qui en ont été victimes d’avoir une sexualité épanouie.
À 37 ans, Fatoumata revendique une sexualité heureuse. Pour autant, ce n’est pas elle qui va défendre cette pratique traditionnelle, dont elle a fait les frais à sa naissance. Elle a même fait la route depuis Sédhiou, ville et district de sa Casamance natale, pour représenter l’Amref, ONG africaine de santé publique, à Paris lors de la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines, le 6 février. Au nom de croyances ancestrales et patriarcales, de conventions culturelles et sociales, ce fléau affecte toujours près de 200 millions de femmes, filles et fillettes dans le monde, selon l’Unicef.
Remise en cause de leur intégrité physique et morale, l'excision entraîne aussi de graves conséquences sanitaires, parmi lesquelles : infections, fuites urinaires, douleurs chroniques, hémorragies, fistules, complication à l’accouchement, etc. Quant au plaisir, certes l’excision ne l'interdit pas – seule la partie "émergée" du clitoris est coupée, le reste de cet organe d’une dizaine de centimètres restant innervé et donc sensible. Mais les rapports restent douloureux pour beaucoup. "Je rencontre des filles qui redoutent leur nuit de noce ou des femmes mariées qui se refusent à leur mari parce que ça leur fait trop mal", constate Fatoumata.
"Le plaisir, ça dépend de la manière de faire"
Fatoumata consacre chacune de ses journées, depuis près de 20 ans, à militer pour l’abandon de cette pratique. Elle fait un travail de sensibilisation dans les quartiers de Sédhiou et les villages environnants, dispensant aux jeunes filles et aux garçons une éducation à une sexualité heureuse et respectueuse du droit de chacun(e) à disposer de son corps. "Ce n’est pas facile d’aborder ces questions avec ses parents. Mais les jeunes savent que chez 'Tata Fatoumata', on peut tout dire, et surtout, tout demander."
Adossée à un lycée de Sédhiou, sa consultation ne désemplit pas. Pour cette ancienne laborantine, ces rendez-vous sont devenus un observatoire des lentes mutations qui s’opèrent dans l’intimité des jeunes Sénégalais. "L’excision fait partie de nos valeurs. Les anciens pensent que si on ne coupe pas les femmes, elles auront trop d’appétit sexuel et iront sans cesse chercher les hommes. C’est considéré comme un rite de purification", explique-t-elle.
Mais pour la nouvelle génération, mieux informée, plus éduquée et biberonnée à Internet, ces mythes ont fait long feu. "Les jeunes filles excisées prennent plus de risques et multiplient les partenaires pour rechercher le plaisir et celui qui saura leur donner", analyse Fatoumata, qui observe une augmentation des grossesses précoces chez les jeunes filles mutilées.
"Il faut dire que beaucoup d’hommes ne font pas attention au plaisir de leur partenaire !", ajoute-t-elle. Mais pour les intéressés, Fatoumata a un argument massue pour faire évoluer les mentalités : "J’explique aux jeunes hommes tous les efforts qu’ils devront faire pour satisfaire leur partenaire excisée". Aux jeunes femmes, elle distribue des vidéos érotiques, comme une sorte de manuel où piocher idées et positions qui ouvriraient les portes de l’orgasme malgré un sexe amputé. "Après on en reparle et on voit ce qui marche et ce qui ne marche pas ! Le plaisir, ça dépend de la manière de faire…"
L'avenir porteur d'espoir
En Afrique, près de trois millions de femmes subissent cette mutilation chaque année. Néanmoins, Fatoumata a bon espoir de voir la pratique disparaître dans sa région d'ici à la prochaine génération. Elle salue le travail d’éducation mené dans les écoles et la volonté politique des autorités. Le Sénégal a pénalisé l'excision en 1999 à la suite du lobbying intensif de femmes parlementaires. Et si la prévalence de l’excision reste élevée dans la région de Sédhiou - où elle atteint encore 43% des filles de 0 à 14 ans, les chiffres ont diminué de moitié en dix ans. "Ma mère a fait exciser ses cinq filles mais mes sœurs n’ont pas fait exciser les leurs. Et je ne leur ferai certainement pas."
À ce jour, Fatoumata n’est pas encore mère. Par choix. Par crainte aussi. Derrière l’humour et la langue déliée, se cachent les peurs et les cicatrices intimes. Elle redoute de subir à son tour le calvaire que peut être un accouchement sur une vulve cicatricielle. "Quand mon gynécologue me dit ‘Alors Fatoumata, quand est-ce que je te vois en salle d’accouchement ?’, je pars en courant !", raconte-t-elle en riant. Mais la féministe revendiquée n’est pas de celles qui se laissent guider leurs choix par des lois patriarcales. Ses droits ont été bafoué, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Depuis, elle a repris le contrôle de son corps et de sa vie. Elle envisage donc des enfants avec l’homme qu’elle s’apprête à épouser. "Mais pas plus de deux !", avertit-elle. L'heureux élu n’a qu’à bien se tenir.
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
FATIMATA DIALLO & BITY KEBE, LETTRES JUMELLES
EXCLUSIF SENEPLUS - Professeures de Lettres, écrivaines, féministes, amies voire complices, elles présentent tous les traits de la gémellité littéraire. Un tandem au cœur d’une littérature nationale en quête de renouveau - INVENTAIRE DES IDOLES
Professeures de Lettres, écrivaines, lectrices, féministes, dakaroises, mères de famille, amies voire complices, Bity Kebe & Fatimata Diallo présentent tous les traits de la gémellité littéraire. Un tandem au cœur d’une littérature nationale en quête de renouveau. Portrait croisé.
Au numéro 10 de VDN (Voie dégagée Nord) à Dakar, la façade du local de la maison d’édition l’Harmattan Sénégal est discrète. Sur l’auguste avenue qui fend la capitale en deux, on voit à peine les lettres vertes capitales orner la devanture sur une pâle peinture blanche. Au rez-de-chaussée, une fois le seuil franchi, le rayon des parutions récentes, les stocks de bouquins, un comptoir discret, donnent à la librairie des airs rustiques. Une fois dedans, on est saisi par la profusion et la vitalité productive de la littérature sénégalaise dont l’Harmattan Sénégal, non sans essuyer des critiques assassines, s’est fait le moteur et le catalyseur. Au premier étage, comme salle témoin de cette nouvelle vie des lettres nationales, une pièce où beaucoup de cérémonies de présentations de livres prennent place, comme cet après-midi d’avril 2019, où celle qui est l’affiche est une romancière qui vient d’offrir au public, un roman remarqué, Des cris sous la peau, publié aux éditions Presses Panafricaines en juin 2018. Fatimata Diallo Ba est presque noyée dans l’effervescence de son évènement, qui a rassemblé une partie du gotha des lettres locales : entre autres Pape Samba Kane écrivain, Kibili Demba Cissokho, journaliste culturel, Abdoulaye Diallo, docteur en littérature et boss de la maison Harmattan Sénégal, sont de la partie. Connaissances et anonymes garnissent aussi l’affluence. Dans le public, très endimanché, l’évènement ne manque pas de drainer une certaine solennité, et sur la scène ont déjà pris place les acteurs du jour qui doivent débattre du livre. Les choses se font en grand comme le veut la tradition des séances de lancement, au risque d’une atmosphère parfois un peu guindée. Un pupitre est dressé d’où le maître de cérémonie, à la manière d’une réunion politique, déroule le menu. Se succède ensuite série d’intervenants. Fatimata Diallo est en retrait. Sur son visage, la vedette du jour alterne des moues de pudeurs et de gratitude, habillée dans la majesté simple d’une tunique sénégalaise jaune et d’un foulard assorti. Elle scrute la salle, salue, congratule, du haut de ses 50 ans révolus, avec son visage sérieux où perce une joie notable.
Livres de femmes « empêchées »
Les avis sur ce livre ont été unanimes ou presque. Des échos de la rencontre le confirment, où on salue cette écriture visuelle, et la grande pondération dans la dénonciation de la condition des femmes. Des cris sous la peau est en effet un livre qui, sous de fausses apparences poétiques, glisse immanquablement dans l’abîme. On rencontre les tourments d’une « petite fille de 45 ans » qui tient la narration, le drame de sa cousine Arame, la rétrospection dans le drame fondateur, la pénétration presque surnaturelle avec un personnage venu des âges qui se nomme Saran. Tout à la fois féminin et féministe, le texte charrie une grande violence, même si – miracle - il ne tombe pas dans le précipice. L’écriture campe les paysages extérieurs comme intérieurs, dresse la psychologie des personnages, tous frappés par des malédictions indicibles. Roman de femmes, où les rares apparitions masculines sont minorées ou anonymes, il prend la société par le col, pour la forcer à voir comment la destruction des corps et des esprits peut être causée par le viol. Un traumatisme fil conducteur sourd, progressif et épilogue du livre. En période de procès de la domination masculine, l’art du récit fournit quelques pièces à convictions supplémentaires, dans une société conservatrice où la femme paye un double tribut, celui de la misère des corps et des âmes. L’intrigue est lente à être percée à jour, et tout au long des 150 pages ou presque, c’est le roman des vies volées. La violence sociale étouffée émerge comme un cri libérateur. La tentation est grande de dresser un parallèle entre cette « fille de 45 ans », et l’autrice d’une cinquantaine d’année. Elle balaie pourtant : « ce n’est pas elle, mais son avatar ». Des éléments biographiques ? « Oui », comme toujours. Mais ce qui a déclenché l’écriture de ce livre, qui a séduit jusqu’au jury du prix Les Afriques, où il a figuré sur la liste des sélectionnés, c’est un épisode récent, d’apologie du viol dont s’est rendu coupable un chroniqueur très écouté de la place dakaroise. Eprouvée par cette violence, la romancière agrège diverses expériences, pour expulser ce « cri » qui la démangeait.
Chez Presses panafricaines, maison canadienne fondée par des expatriés sénégalais, c’est comme si on s’était donné le mot. Quelques mois plus tôt, en janvier 2018, paraissait un autre ouvrage où on retrouve sinon les mêmes tonalités, au moins la même fibre du cri et le souci de l’esthétique. Mes vicissitudes, signé Bity Kebe, renoue avec un art poétique qui plante la plume dans le drame des amours contrariées, sans rien laisser des sentiments annexes, comme la gratitude, l’hommage, l’amitié. Le recueil de Bity Kebe, divisé en six parties, étend l’horizon de Fatimata Diallo et celui du roman. Dans ces tableaux dakarois, plane l’ombre de Baudelaire dont elle cite de mémoire les passages quand on pointe des affinités. Avec la souplesse des vers, l’incursion dans les calligrammes, une puissance de la simplicité coule le long des pages, où la pudeur et une certaine élégance viennent empêcher l’explosion finale. Au cœur du texte, la condition féminine, l’éloge de la femme, la thérapie face aux drames de la vie, tout se bouscule dans ces vers où le jeu avec la langue, marque une certaine maîtrise des petites subtilités linguistiques, au risque même de paraître parfois, scolaire. Bity Kebe a l’habitude des lettres, inculquées très tôt par un père comptable, avec une grande inclination littéraire et journalistique. Lire, elle en fait son hobby, sa routine, jusqu’à devenir une régulière de l’émission de TV Impressions de Sada Kane, où elle présente plusieurs ouvrages, ceux de Felwine Sarr notamment, dont elle admire l’œuvre. C’est sur cette scène, avec un visage calme qu’un ouragan ne saurait perturber, que le public sénégalais l’a découverte. Lectrice consciencieuse, elle entre dans les textes avec la minutie nécessaire et l’honneur de la restitution fidèle. Bity Kebe a des élans de grande royale, une pudeur naturelle, inculquée très jeune, un port et une tenue qui inspirent le respect. A 50 ans, la mère de 4 enfants cultive une élégance, celle de la mère sénégalaise marquée par le soin et la grande retenue. Toutes vertus que l’on retrouve dans son livre, au risque parfois d’être tenté, comme lecteur, par la frustration, tant l’on s’imagine, ce que pourrait donner plus d’audace.
Deux livres, accords et à cris
Lire ces deux ouvrages, à un intervalle rapproché, c’est expérimenter une télépathie peu commune, tant les deux livres paraissent avoir été écrit à quatre mains, par le même cœur et la même âme, comme en miroir dans des genres différents. Par leur âge, leurs affinités professionnelles - toutes deux sont professeurs de lettres à Dakar avec plus de 20 ans de métier - par leurs sujets, par une saisissante ressemblance physique et une amitié qui s’est déclarée sur le tard, comme par vocation, les deux femmes présentent tous les traits de la gémellité littéraire, qui dépasse le cadre de la simple intuition. Elles sont des ambassadrices des lettres sénégalaises actuelles, inscrites - à l’instar de Sokhna Benga - dans un calendrier national. Elles disent et perpétuent cette longue fibre présente dans la littérature sénégalaise, dont Mariama Ba fut l’une des pionnières et Fatou Diome, une autre réplique récente. A la tentation de dresser des filiations, les deux femmes ont deux réactions sensiblement différentes face à ces idoles devenues classiques. Bity Kebe a été, jeune lectrice, « choquée » par le Babob Fou de Ken Bugul, par sa liberté de ton, son impudeur, même si, elle a reconsidéré cette ancienne appréciation ; Fatimata Diallo elle, a été « surprise », mais adopte l’inclassable autrice dans ses références. Leurs tempéraments, même si Fatimata a eu la révolte précoce et encore tonique, font d’elles plutôt des héritières d’Aminata Sow Fall, dont la douceur et la componction toute bourgeoise ont créé un genre plus en phase avec l’image de sagesse maternelle. Elles s’en nourrissent, mais cultivent aussi, au milieu de la ressemblance, des trajectoires uniques. Le poids des contraintes, les conditionnements sociaux, pèsent de leur poids sur ces deux femmes mariées, tenues par une obligation de rassurer les inquisiteurs, et qui ne peuvent se permettre, au vu de ce pedigree, de s’autoriser les embardées d’une Ken Bugul ou d’une Fatou Diome chez qui, le cri avec forces et faiblesses mêlées, s’émancipe du qu’en dira-ton. Ce qui forge encore plus leur complicité, c’est que les deux femmes ont publié relativement tard, pour deux férues de lettres, lectrices précoces, qui citent volontiers Senghor et Victor Hugo dans leur panthéon commun. Si elles n’ont pas écrit plus tôt, peut-être la raison se trouve-t-elle dans des parcours atypiques, des contraintes conjugales. La conséquence elle, c’est que leurs livres portent le sceau de la maturité de l’âge mais aussi parfois celui de ses renonciations.
Jumelles précoces et tardives
C’est à Dakar, à la fin des années 60 que les deux femmes voient le jour. Fatimata grandit entre Liberté 5 et Baobab, deux quartiers dakarois. Scolarité sans secousses pour cette jeune fille brillante qui très tôt se révolte contre « l’assassinat des moutons pour la tabaski ». Expérience dont elle garde un souvenir précieux, comme l’annonce d’une vie de bienveillance au service des plus faibles. Cette fille d’enseignants fréquente tôt la bibliothèque, obtient son bac au Lycée Kennedy, une institution réputée de la capitale qui forme l’élite féminine. Elle enchaine avec une prépa en lettres à Poitiers. L’école normale supérieure se refuse à elle, elle est reçue toutefois au CAPES (Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) mais un imprévu se dresse sur son chemin : elle n’est pas française et ne peut être titularisée. Elle devient donc professeur contractuelle à l’académie de Paris, dans les prestigieux lycées comme Henry IV où elle enseigne les lettres, étudiées successivement, dans son cursus précédent, à la faculté de Poitiers et ensuite à la Sorbonne. En 99, elle obtient enfin cette nationalité et, bonne joueuse, repasse le CAPES qu’elle revalide, avant d’être affectée à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Comme contractuelle ou titulaire, elle transmet son savoir pendant plus de 15 ans en France, avant de demander un détachement à Dakar où depuis 2007 elle fait le bonheur des élèves du lycée français Jean Mermoz de Dakar. Ce même lycée, où Bity Kebe fait aussi des piges en 2019, après un parcours bluffant de ressemblance avec celui de Fatimata.
C’est aussi à Dakar que la professeure de Lettres naît, dans la banlieue à Pikine. Elle grandit sous la protection et l’influence de sa grand-mère, quand ses parents vivent eux à HLM Guédiawaye. Elle fréquente l’école Pikine, ensuite le CEM Canada, et le lycée Limamou Laye. En 88, l’année blanche a raison de son Bac. Par un stratagème savant, grâce à une connaissance de la famille, elle finit, avec ses résultats brillants, au lycée Kennedy. Comme un écho primal, les deux femmes manquent à peine de se croiser dans l’institution pour filles. Bity Kebe poursuit en Lettres à Dakar à l’université Cheikh Anta Diop, après avoir hésité entre le Droit, l’Anglais et la Sociologie. Elle décroche sa maîtrise mais suit son mari en France. Son mentor Bassirou Dieng, homme de lettres, lui conseille alors de tenter l’ENS de Dakar. Elle a aussi en vue le métier de journaliste avec le CESTI en ligne de mire. Elle est enceinte pendant la période du concours auquel elle renonce donc, et c’est finalement l’ENS qui la reçoit dans un scénario digne d’un film loufoque : alors que son nom est dans la liste des admis, elle ne le découvre qu’un mois après la rentrée, informée par des amies. Elle en sort avec le CAEM (Certificat d'Aptitude à l'Enseignement moyen), enseigne 10 ans dans son ancien lycée Limamou Laye dans un retour prodigue. Mais la jeune femme se sent incomplète, elle repasse à l’ENS pour décrocher le CAES qui lui permet de monter en grade, soutient un mémoire de DEA. Elle postule ensuite à une thèse à laquelle elle doit partiellement renoncer, à l’affut des dispositions idoines pour réveiller cette ambition. Restée à Dakar, elle n’est pas enchantée par une affectation à Diourbel qui se profile, elle la refuse, risquant ainsi sa place et une radiation. C’est finalement par un savant arrangement qu’elle obtient gain de cause : elle enseigne au Lycée Blaise Diagne. Depuis 2018, elle est formatrice, n’a plus les craies en main, mais ne renonce pas. Elle a un livre à paraître, son deuxième, incessamment sou peu chez Presses Panafricaines.
On s’imagine bien la réaction alors de Bity Kebe, quand Fatimata Diallo lui a proposé d’enseigner à Jean Mermoz en 2019. Elles y travaillent toutes deux désormais, Bity Kebe encadre les élèves en difficulté dans un programme « Mieux réussir ». Un signe ? Pour ces deux femmes, les signes sont se sont multipliés en réalité. C’est curieusement sur Facebook, très récemment, par post interposés, que les deux jumelles se sont mutuellement séduites. Fatimata admire alors « la précision des formules de Bity, et sa grande érudition sur les subtilités de la langue » ; Bity elle, « apprécie le don pour narrer les paysages » de Fatimata. Même virtuelle, l’amitié est scellée. Pour des jumelles, la vraie naissance est tardive, retardée seulement de cinquante années qui ont mûri une affection mutuelle. Elles ont fait leur entrée en littérature en même temps, chez le même éditeur, dans la même collection Soleil d’hiver, et continuent d’écrire cette histoire de la femme au cœur de la littérature, avec chacune une fibre qui fait écho en l’autre et surtout, un grand talent de plume. A Dakar, cette ressemblance commence à s’ébruiter de plus en plus, au-delà du trait physique. Leur regard sur la société sénégalaise est désenchanté mais elles confient leur espoir aux livres. Pourquoi écrire le cruel en le dépouillant, ce vernis d’une langue douce sur un épiderme malade ? Des cris sous la peau, l’image ne dit-elle pas le bâillonnement ? Fatimata plaide « l’intelligence des situations », la volonté de ne pas « heurter », de ne pas donner de la « matière pour les détracteurs de ne pas juger l’œuvre mais la personne ». Bity abonde dans le même sens, elle tient aux « liens de parenté, au tact », et recourt à cette anecdote sur ses frères qui avaient fait preuve de courage pour la protéger d’une agression contre des malfrats entre Niayes et Cambérène quand elle était jeune fille. La « franchise » et la « gratitude » en valeur cardinales, elle les partage avec Fatimata Diallo. Il y a chez elle, naturellement, « une mesure » jusque dans le regard à la fois magnétique et timide, qui n’est pas une fuite lâche, assure-t-elle. Elle parie sur la « force des écrits » pour sédimenter dans la société, dont toutes les deux fustigent le patriarcat.
Références classiques
A part les classiques français du 19e siècle qu’elles citent en chœur, les deux jeunes filles de 50 ans, citent volontiers des écrivains actuels comme lectures enrichissantes. Fatimata évoque Sami Tchak, singulier auteur togolais, même si elle n’a pas toujours aimé son œuvre, Mbougar Sarr et Khalil Diallo dont elle aime beaucoup l’écriture. Bity Kebe dit son admiration pour Felwine Sarr, Fatou Diome, Aminata Sow Fall… Les critiques de leurs livres ne sauraient manquer. Appréciations qui pourraient, légitimement, questionner l’ambition des deux textes dont l’écriture peut paraitre à certains « sirupeuse ». La littérature peut-elle frayer avec la volonté de maintenir certaines pudeurs, sans y perdre la force de son authenticité ? Le compromis n’est-il pas toujours au profit de l’ogre régnant ? Comment dire la vérité, sa vérité, si on doit faire une halte face au tribunal des élégances ? L’appréhension de la réaction du lectorat, ou des proches, n’est-elle pas signe d’autocensure ? La nuance est-elle un moyen temporaire ou l’horizon final, au risque d’être une sagesse de la démission ? Voilà autant de questions que les deux livres éludent partiellement tout en gardant une belle vigueur. Mais ils participent, mutatis mutandis, à l’édification de nouvelles lettres, avec leurs lieux, leurs temps forts, leur habitus, leurs thèmes forts inscrits au cœur du drame social, au cœur du pays et du continent. Fatimata Diallo s’est d’ailleurs un peu plus engagée dans la vulgarisation des activités littéraires d’une institution naissante, très volontariste, la CENE Littéraire. L’association, avec son prix Les Afriques, contribue au rayonnement des lettres africaines, sous la houlette de sa cheffe camerounaise, basée en Suisse, Flore Agnès Nda Zoa. Bity Kebe aide à faire infuser une tradition des livres, grâce à ses nouvelles fonctions et à sa présence à la télé comme chroniqueuse.
C’est sur le plan de la littérature, comme conscience du monde lointain et proche, qu’il s’agit de questionner ces deux livres qui en annoncent d’autres, pour les lire avec l’exigence, la critique, l’intransigeance, dont dépend toute véritable vie littéraire respectable. Au milieu de leur complicité, les deux jumelles divergent pourtant sur une question quand on les pousse dans leurs retranchements. Une question présente seulement en filigrane dans leurs livres : celle de la polygamie. Alors que la jeune génération s’accommode de plus en plus de la polygamie comme en attestent les statistiques affolantes de l’ANSD (Agence nationale de la statistique et de la démographie), les jeunes femmes n’y voyant pas une régression, les deux écrivaines disent elles, leur dégoût de ce fait patriarcal. Chacune cependant à sa manière, comme une métaphore de leur légère différence. Fatimata juge que la polygamie est « une trahison impardonnable » ; le jour où elle se présente dans son couple, elle y met fin déclare-t-elle. Pour Bity, la réaction est plus nuancée, « à son âge » dit-elle, son dégoût, bien que potentiellement réel, n’irait peut-être pas jusqu’à cette « extrémité ». C’est la seule éventualité de nature à séparer ces sœurs presque siamoises dans leurs conceptions. Peut-être un livre à quatre mains sur le sujet, un jour ? Quatre comme le chiffre maudit des droits maritaux de l’homme sur la femme…
EXCLUSIF SENEPLUS - Marie Angélique Savané, Penda Mbow, Selly Ba et Charles Faye, ont longuement discuté dans la nouvelle émission Sans Détour, des multiples crises que vit le pays au plan social, éducatif, politique, culturel, etc. - BANDE ANNONCE
Pour le premier numéro de l'année, l'émission Sans Détour a innové dans le respect de sa tradition. Présentatrice pour l'occasion, notre éditorialiste Penda Mbow, était en compagnie de l'invitée Marie Angélique Savané avec les partitions de hautes factures de Selly Ba et Carles Faye. Une discussion riche et agrémentée sur plusieurs sujets d'intérêt national.
Voir la bande annonce.
16 FEMMES TUEES DANS DES CONDITIONS ATROCES DEPUIS JANVIER 2019
S’il arrivait aux âmes sensibles de pleurnicher juste en regardant des films où des femmes étaient violentées ou sexuellement agressées, aujourd’hui au Sénégal, la fiction dépasse parfois la réalité
16 femmes, (14 en 2019 et deux en janvier 2020) ont été tuées dans notre pays ces 13 derniers mois. Ce sous différents motifs. Qu’il s’agisse de violences conjugales, d’agressions ou de banales disputes, ces femmes succombent sans défense. Le témoin a fait le décompte de ces féminicides
Un, deux, trois, quatre, cinq, six etc. le compte n’y est pas ! il faut aller jusqu’au chiffre 16 pour y poser le petit doigt car c’est le bon. Eh oui ! Depuis janvier 2019, 16 femmes ont été tuées au Sénégal dont deux au cours de l’année qui vient de commencer, c’est-à-dire 2020. Aujourd’hui, comme des feuilles mortes, les cadavres de femmes se ramassent à la pelle. Ces pauvres personnes du sexe dit faible sont retrouvées mortes soit dans des bâtiments en construction soit dans la cour de leur propre maison, à l’hôpital où elles succombent suite à des blessures infligées par des agresseurs, ou encore en pleine brousse comme la malheureuse dame de Kolda tuée il y a quelques jours.
S’il arrivait aux âmes sensibles de pleurnicher juste en regardant des films où des femmes étaient violentées ou sexuellement agressées, aujourd’hui, dans notre pays, la fiction dépasse parfois la réalité. les victimes de ces féminicides sont souvent très jeunes. Parmi ces femmes victimes de meurtres, il n’y a que quelque deux à trois femmes qui dépassent la trentaine. leur tranche d’âge tourne entre 20 et 30 ans !
Mis à part, bien sûr, les deux à trois mineures âgées entre 10 et 15 ans dont fait état la synergie des organisations de la société civile pour l’élimination des violences basées sur le genre. a part donc ces cas, une cohorte d’organisations a recensé environ 14 cas de crimes commis sur des femmes entre janvier et novembre 2019. Des chiffres qui n’intègrent pas les deux meurtres enregistrés en ce début d’année. il s’agit d’abord de celui de la jeune Ndioba Seck, 25 ans, et dont le corps sans vie a été retrouvé à Guinaw rail en face de la mosquée Sips dans la commune de Thiaroye-sur-mer. la malheureuse laisse derrière elle une fillette de 2 ans. le deuxième, survenu exactement le 16 janvier 2020, est celui de Yoba Baldé qui a été égorgée à Sare Yoro Diao dans le département de Kolda, et sa tête emportée. un crime barbare qui laissait penser à un sacrifice à quelques mois des locales avant que l’enquête ne se dirige vers l’époux de la défunte. C’est lui qui aurait massacré son épouse dans un accès de colère quand celle-ci lui a exigé le divorce. a côté de ces deux cas fraichement enregistrés, 14 autres cas ont été recensés par les organisations féminines et/ou féministes dont certaines, à l’image du collectif « Dafa Doy » — « ça suffit » — sont montées au créneau, début juin 2019, à la place de la nation sise à Colobane, pour dénoncer cette vague d’agressions mortelles dirigées contre le sexe dit faible. les manifestantes de l’ex-place de l’obélisque étaient venues pleurer la mort de deux femmes.
D’abord, l’assassinat à Tambacounda de la fille du directeur de l’agence du développement local (adl), Bineta Camara, tout juste âgée de 23 ans. en plein mois béni du ramadan, la pauvre fille a été étranglée à mort, le 18 mai 2019, par un habitué de la maison. autre meurtre, celui de la nommée Khady Sèye, qui, elle, a été poignardée à mort le 02 novembre 2019 à Touba par son colocataire. ce, alors qu’elle n’avait que 30 ans et était enceinte de trois à quatre mois. Dans la même semaine où Bineta Camara et Khady sèye avaient perdu la vie, une autre femme était tuée à Thiès. Presque au même moment, le corps d’une femme dénudée, et qui habite à Pout, précisément au lieudit Khodaba, était retrouvé le 21 mai à Ouakam, Dakar. Des faits ignobles qui avaient, au cours du mois de mai 2019, fait réagir le ministère en charge de la femme et du Genre qui, dans un communiqué, dénonçait la « recrudescence des violences faites aux femmes et aux filles ». mais comme si les tueurs ne peuvent plus contrôler ce que le sociologue Djiby Diakhaté appelle cette « partie animalière » qui dort en eux, 12 jours plus tard, exactement le 14 novembre, Aminata Kâ, âgée d’une vingtaine d’années et enceinte de quatre mois, était arrachée à l’affection de ses parents à Malika, dans la banlieue dakaroise, par son mari.
Toutes ces femmes ont été assassinées dans des conditions atroces et inhumaines. l’un des meurtres les plus ignobles de cette série reste celui de Aminata Ka, 22 ans et enceinte de trois mois, qui a succombé à ses blessures suite à une banale dispute avec son mari. les deux conjoints s’étaient mariés au mois d’août 2019. c’est dire que le ménage n’a duré que quelques mois avant de se terminer par un drame… rien qu’au mois de mai 2019, les vies de trois femmes ont été écourtées en l’espace d’une semaine. et deux autres femmes ont été tuées en octobre 2019. alors qu’on n’avait pas fini d’épiloguer sur le cas de cette femme âgée d’une quarantaine d’années retrouvée morte le 1er octobre 2019 dans un bassin, sur le site du technopole, survenait le meurtre de Yacine Sané, le 23 octobre 2019, dans la banlieue dakaroise. Plus précisément à Diamaguène.
Yacine Sané était une brave jeune dame de 30 ans qui se rendait à son lieu travail aux environs de 6 heures. Elle avait été agressée à mort d’un car rapide et avait chuté mortellement. Cette série noire concernant des femmes tuées n’est sans doute pas exhaustive. Elle explique en tout cas le plaidoyer lancé par la présidente du réseau « Siggil Jigeen », Mme Safiatou Diop, qui demande de corser les peines sanctionnant les féminicides…
LA CHRONIQUE HEBDO D'ELGAS
PENDA MBOW, À LA RECHERCHE D’UNE SOCIÉTÉ CIVILISÉE
EXCLUSIF SENEPLUS - Ses récentes prises de position sur la question du voile lui ont valu de vives critiques. Retour sur le parcours d’une progressiste forcenée, témoin de la grande Histoire sénégalaise récente - INVENTAIRE DES IDOLES
Historienne, militante, citoyenne, Penda Mbow est l’une des plus grandes figures de la société civile sénégalaise. Ses récentes prises de position, notamment sur la question du voile, lui ont valu de vives critiques, qui ont attaqué jusqu’à sa réputation. Retour sur le parcours d’une progressiste forcenée, témoin de la grande Histoire sénégalaise récente. Portrait.
La scène remonte aux treize ans de Penda Mbow et quand elle la raconte, la précision du détail est frappante et le tonus dans la voix encore perceptible. Flash-back dans les années 60. Elle est envoyée par sa mère pour apporter un plat de courtoisie à un dignitaire religieux à Dakar. Enthousiaste, elle arrive et souhaite serrer la main du clerc. Son bras sera le seul tendu jusqu’à ce que, quelques secondes plus tard, sans un égard pour elle, la femme de ce dernier ne la reprenne : « il ne serre pas la main aux femmes ». La déception vire vite à l’affront ; son enthousiasme douché. L’adolescente fond alors en larmes, jette le bol et rebrousse chemin, l’amertume vive. C’est sa naïveté qu’on lui arrache sans la prévenir d’un coup sec. Cette anecdote est-elle fondatrice de quelque chose ? En tout cas, c’est celle que raconte l’intéressée presqu’un demi-siècle plus tard, suggérant y avoir forgé des marques de son tempérament, sinon son destin tout entier. L’épisode a-t-il à voir quelque chose avec la soutenance de sa thèse bien des années plus tard, en 86, à Aix-en-Provence ? Dessinait-il les contours de la future figure d’icône du féminisme national ? Imprimait-il son attrait pour la spiritualité religieuse, en particulier le soufisme ; ou encore son discours progressiste sur la religion au Sénégal ? Annonçait-il les différents honneurs institutionnels reçus, au cours d’une carrière riche de celle que certains considèrent, avec son volontiers consentement, comme une réplique de Simone Veil au Sénégal ? Le risque pourrait être pris, tant s’enfoncer dans les archives personnelles de Penda Mbow, c’est plonger dans l’histoire récente du Sénégal, de ses grands hommes, de ses grands sujets, de ses dates majeures, grand maelström dont elle fut sinon témoin, grande actrice.
Impossibilité d’un débat serein sur l’islam
Première halte à Tivaouane. Ville intéressante à double titre chez Penda Mbow. L’histoire de la ville religieuse, fief de la Tijaniyya locale, a donné au Sénégal de grands hommes mais aussi une petite fille. Elle en garde l’empreinte et une part de sa spiritualité, inculquée par un père mécanicien et une mère ménagère, qui en sont originaires. Native de Dakar, la ville sainte près de Thiès reste pourtant le bastion où, régulièrement, en compagnie de son mari Saliou Mbaye, paléographe, elle va puiser une énergie pour tous les fronts où elle mène son combat. Récemment encore, elle en a eu besoin, pendant l’affaire dite du voile du lycée Jeanne D’arc. L’institution privée catholique avait interdit le port du signe religieux et créé l’émoi dans un vif débat national. Penda Mbow s’était alors fendue d’un avis, peu commun, qui lui avait valu une volée de bois vert. En prenant la défense de l’école et en pointant des dérives liées à l’abus de religiosité, la spécialiste de la civilisation musulmane s’était exposée jusqu’à susciter la défiance. Sa foi questionnée, ses intérêts jugés duplices, sa légitimité contestée, elle finit par un texte sur l’impossibilité du débat serein sur la religion au Sénégal, avec une pointe de déception. J’ai mal pour le Sénégal, titre de son adresse, commence par ce propos amer : « je suis bien malheureuse car je vois dans mon pays, une certaine forme de régression du débat intellectuel et le terrorisme verbal finit par s’incruster… » et s’achève sur une note résignée : « notre société devient tellement intolérante et anti-intellectuelle qu’on se demande s’il est nécessaire de partager et de débattre ». Le texte n’émeut pas tellement ses détracteurs. Sur cette période, elle revient généreusement, recourt au besoin à ses études en tant qu’arabisante, sur la technicité des notions de Hijab (voile) et de Himar (châle), et la compatibilité à ses yeux entre foi et raison. Pour preuve, le Himar, ce châle traditionnel, est plus « culturel que cultuel », selon elle. Elle en appelle à adopter l’islam sans « subir les influences arabes » en voyant dans le voile « le symbole d’une propagation d’un certain islam peu souhaitable ». Consternation dans une bonne frange de la population qui ne partage pas cette vision et même dans une partie du féminisme islamique qui a trouvé des accommodements avec la religion. Elle revendique pourtant, en guise de défense que sa piété va au-delà, éprouvant même de la sensibilité pour toute forme de spiritualité, juive ou catholique, se souvenant de tous les séjours dans ces endroits mystiques où elle a tiré une part de son identité. Elle a d’ailleurs reçu le prix Jean Paul II, en 2011, décerné par le Vatican. Dans son texte inquiet et savant, Penda Mbow a fait l’économie de recourir à ses études, à son background évoqué rapidement comme pour rappeler sa légitimité, mais le texte baigne dans une émotion contrariée. Pour elle qui a enseigné la tradition intellectuelle islamique longtemps, le raidissement de l’opinion sur ces sujets est préoccupant.
Pourquoi semble-t-il si difficile d’en discuter de manière apaisée ? La féministe tente une réponse. L’islam sénégalais a longtemps été un « islam civil » pour elle. Les dignitaires religieux, les grands fondateurs de confréries, avaient à cœur « l’éducation, la transmission ». Cette voie spirituelle était selon elle une singularité sénégalaise dans l’histoire de la religion dans la sous-région. Pour preuve, cet islam civil, s’opposait à un « islam politique », dans le califat de Sokoto par exemple. La fragmentation géopolitique, ainsi les changements générationnels dans les dynasties religieuses, ont « produit » cette politisation plus marquée de l’islam au Sénégal, aux dépens de la spiritualité. Un détour dans la littérature actuelle et ancienne, sur le djihadisme, les luttes de conquêtes ou de libération, dans le continent, contribue à accréditer cette scission. A la querelle habituelle, sur l’opposition entre soufisme et djihadisme, elle émet cette nuance capitale, préférant parler de « civil et de politique » et d’une convergence sous l’effet de la mondialisation de cette cristallisation néo-puritaine. Cette uniformisation et la perte des singularités l’émeuvent, d’autant plus que toute sa carrière, elle a enseigné « le fait religieux », et mené un combat pour une émancipation des dogmes.
Des mentors prestigieux et un éveil précoce à la chose politique
La polémique du voile a presque fait oublier la richesse du parcours de Penda Mbow. Un cheminement a commencé très tôt. De tous les marqueurs de sa carrière, ce qui frappe chez Penda Mbow, c’est un sens de l’histoire, au figuré comme au propre. Pensionnaire de l’école primaire des filles de la Médina, elle décroche, « en étant la seule », son entrée en 6ème, durant la fameuse grève de 68. En 72 c’est le BEPC, l’ancêtre du BFEM, et ensuite le Bac en 75, au lycée Van Vollenhoven. A l’école, la passion pour l’histoire s’affirme comme une évidence. « Une soif d’apprendre », dit-elle. Elle est « fascinée par le Coran », « l’histoire ancienne et récente et l’ébullition historique postindépendance ». La vocation est alors écrite, elle s’inscrit en histoire à l’université Cheikh Anta Diop. Pourtant, c’est surtout hors de l’école que la jeune fille dégourdie, engageante et effrontée, va aussi accrocher les premiers faits marquants à son tableau de conquête. D’abord en curieuse, convoyée par sa mère par habitude à diverses réunions politiques, dans un Dakar qui balbutie sa démocratie et goute à l’effervescence intellectuelle. Le contexte voit l’éclosion ou l’affirmation de plusieurs intellectuels de premier plan : Lamine Gueye, Babacar Sine, Cheikh Anta Diop, Senghor, Pathé Diagne, Amadou-Mahtar Mbow. Coïncidence ou miracle, avec tous ces glorieux précités, Penda Mbow a quasiment une histoire personnelle ; elle n’est pas en manque de mentors et d’anecdotes. Comme ce long après-midi, passé dans le bureau de son idole Cheikh Anta Diop, de « 16h à 20 » - elle est précise - où elle boit les paroles du maître de l’Ifan et sa bienveillance à l’endroit de la jeune admiratrice. Senghor aussi, dont elle sera la filleule symbolique, qui lui fait envoyer via le père de Rama Yade, ses ouvrages dédicacés ; Amadou-Mahtar Mbow, dont elle reçoit des sous pour des virées culturelles pendant ses séjours parisiens. Hors du Sénégal, les historiens Ki Zerbo, burkinabè, ou encore Ibrahima Baba Kaké, guinéen, jusqu’au sanctuaire de Présence Africaine. Une nostalgie enraye sa voix quand elle évoque ce passé. Mesure-t-elle la chance de cet alignement des étoiles ? C’est un « oui » catégorique, d’autant plus qu’ainsi couvée, elle a été aux premières loges pour vivre et éprouver l’Histoire, comme sa discipline et comme grand cours.
Aux origines d’un combat civique
De tout ceci, Penda Mbow fait son miel et soutient une thèse à Aix-en-Provence en 86 sur la société militaire des Mamelouks, ces esclaves affranchis reconvertis dans la défense des souverains. Elle milite précocement, dès la deuxième année d’histoire, sur les questions de l’eau, d’assainissement, de droits des femmes, et des castes. Elle consacre, dans le journal des africanistes, un texte remarqué à cette délicate question qu’elle achève avec ce vœu « disons en guise de conclusion que militer en faveur de la suppression des castes, est un principe élémentaire pour les droits de l’Homme ». Le texte, très riche, constelle les plus belles références sur la question, du pionnier Abdoulaye Bara Diop spécialiste de la société wolof, à Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Bathily, Landing Savané, en passant par Senghor, dont certains verbatims valent le détour : « je nomme les castés à des postes de responsabilité, car ils sont plus intelligents que la moyenne, et je donne mes nièces en mariage a des castés bien éduqués. » Sans rappeler le contexte, le propos du poète peut paraitre brutal mais il dit la réalité d’une époque. Tous ces combats de Penda Mbow sont consignés dans des textes, articles et interviews, de celle qui s’impose comme l’égérie principale de la société civile, dont l’avatar le plus prestigieux, sera les Assises nationales. Elle crée le mouvement citoyen. En 2011, le temps fort contre les tentations antidémocratiques de Wade revivifie le front civil. Société civile, comme une marque déposée, poursuivra la femme combattive. Elle est de tous les combats, au risque de se perdre et de laisser des ressources en route.
Ecrasée dans un débat politique qui n’a cessé de s’appauvrir, peu sollicitée par un univers médiatique occupé par sa survie, la société civile s’est déclinée, à mesure du temps, comme un vaste ensemble hétéroclite qui sert de variable d’ajustement, et sur lequel divers pouvoirs s’appuient pour gagner en sursis et en tranquillité. Si les syndicats, les restes des grands bastions politiques et intellectuels, le monde universitaire, la masse non partisane, les initiatives transversales, les nouvelles vigies démocratiques, les mobilisations citoyennes des jeunes générations comme Y’en à marre, sont venus redonner un autre contenu à la société civile, elle reste fragmentée, plus que jamais utile, et vit une recomposition. Comment dans ce grand chamboulement, garder encore des traces de cette histoire qui l’a forgée, sans la trahir ? Tenir encore les rênes ? Rester fidèle à des idées qui ne sont plus forcément populaires, percutées par les clivages générationnels, les nouvelles donnes technologiques ? Est-elle larguée ? Penda Mbow déporte le combat sans tout à fait renoncer, avec un poil de regrets et de déceptions mêlés. Elle aimerait « se rendre utile », « offrir son expérience » mais pour l’heure, rien de consistant. Elle a encore un cours à l’université qu’elle dispense et un titre honorifique de représentant du chef de l’Etat auprès de la francophonie qui barre sa carte aux couleurs de la république. Des titres pour voiler son aplomb et l’anesthésier ? L’ensevelir sous les honneurs pour la dépolitiser ? Ça en a tout l’air. Cette retraite précoce ne convient pas à cette femme qui reste énergique, la voix maternelle et la confession généreuse. Elle a gardé sur le visage, des airs mutins malgré la grande chaleur pouponne.
Des honneurs et des horizons de luttes intacts
Les titres justement, elle croule dessous. Elle a reçu plusieurs bourses dans les années 80 de différentes fondations. Elle a dirigé en 1998 le Gender Institute du prestigieux CODESRIA. D’autres honneurs ? Elle est commandeur de l’Ordre national du mérite, chevalier de la Légion d’Honneur française. Aux quatre coins du monde, on la célèbre, Docteur Honoris Causa de l’université d’Uppsala (Suède) de Cluj (Roumanie). Ses discours de réception sont autant d’occasions pour prêcher cette parole d’historienne, avec une pénétration scientifique et une coloration politique progressiste. De sa fascination pour le soufisme, à ses études et lectures, notamment son grand respect pour Souleymane Bachir Diagne autre fin connaisseur de la tradition de la pensée dans l’islam, Penda Mbow n’a pas renoncé aux lumières intellectuelles. Si elle semble en retrait, elle empile les convictions sous de savantes réflexions. Le paradigme décolonial actuel la séduit-elle ? Elle y trouve « un grand intérêt » mais pousse le bouchon plus loin en revendiquant sa très grande affinité avec Boubacar Boris Diop. Elle désire une authenticité plus marquée, libérée de toutes les hégémonies. Le « discours de Dakar » a été pour elle, « révélateur » de quelque chose. Alors qu’on la conviait à répondre à Sarkozy, elle refusa, préférant se préoccuper du sort « des locaux et de leur survie ». D’ailleurs, elle en veut « aux africanistes depuis Paris, qui disent la météo politique de l’Afrique » …Elle croit même se voir dans le texte très controversé d’Axelle Kabou (Et si l’Afrique refusait le développement, 1991) qui la cite de façon détournée à l’en croire, et dont elle reprend certains arguments. Mais son constat le plus terrible, c’est que « l’école n’est plus le référentiel de promotion » au niveau national. Cette « désacralisation de l’école » est le problème central, croit-elle. Elle ose même une analyse sur l’existence d’un « centre » et d’une « périphérie », entre, respectivement, un centre géographique, du bassin arachidier à la capitale, qui a dévalué l’école et une périphérie provinciale qui la sanctifie encore comme mode d’ascension sociale. La réflexion peut prêter le flanc, face à des détracteurs de ce régionalisme inversé. Mais elle persiste et voit en Ousmane Sonko un ou le symbole de cette géographie de l’attachement à l’école plus marqué hors du centre du pays.
Du parcours, émerge clairement une fibre politique, intellectuelle et spirituelle. Une stature grignotée par des coups inhérents à la vie politique. Si Penda Mbow a milité quelques années au RND (le rassemblement national démocratique) fondé par Cheikh Anta Diop, et plus tard côtoyé de façon éphémère Abdoulaye Wade président, comme ministre de la culture au début des années 2000, c’est surtout une femme intellectuelle dont les combats historiques, jadis évidents comme voix unique de l’émancipation, entrent en zone de turbulence dans une période de destitution des idoles et de leurs héritages. Edifier une société civile, mieux, une société civilisée, où l’affrontement des idées serait encore possible sans l’hostilité, le débat sans anathèmes, la radicalité sans la violence, est la nouvelle quête de Penda Mbow. Une nostalgie et un rêve. Un art de la conversation. La croyance en la possibilité d’un dialogue toujours vainqueur comme marque de l’intelligence de toute une société. Ce n’est qu’un pari. Civilisation ou barbarie ? La société est appelée à faire son choix, pressée par une de ses filles.
LA BANQUE MONDIALE A LA RESCOUSSE DES FEMMES ENTREPRENEUSES
Afin de faciliter l'accès des Pme gérées par les femmes (Pmef) à la commande publique, la Banque mondiale, Onu Femmes et le ministère de la Femme ont officiellement lancé hier le Projet Wefi Sénégal.
Afin de faciliter l'accès des Pme gérées par les femmes (Pmef) à la commande publique, la Banque mondiale, Onu Femmes et le ministère de la Femme ont officiellement lancé hier le Projet Wefi Sénégal. Selon les initiateurs de ce projet, les femmes sont confrontées à des difficultés pour accéder à la commande publique. Ainsi, le Wefi permettra de développer les capacités des Pmef à répondre aux opportunités conséquentes sur le marché public
Le Wefi (qui signifie en français l'initiative de financement en faveur des femmes entrepreneurs) est une collaboration mondiale entre plusieurs gouvernements et banques multilatérales de développement dont l’objectif est «d’alléger les contraintes financières et non financières auxquelles sont confrontées les Pme dirigées par ou appartenant à des femmes», de l’avis de la représentante de la Banque Mondiale, Me Sophie Naudeau.
Au Sénégal, la Banque mondiale, en tant que partenaire d’exécution du We-Fi, pilote un projet visant à établir un lien entre la commande publique et les Pme appartenant à des femmes, ou Pmef.
En collaboration avec ONU Femmes au Sénégal, ce projet vise à stimuler la croissance des Pmef en facilitant leur accès aux marchés publics et au renforcement des capacités. «La Banque mondiale met l’accent sur l’entrepreneuriat féminin du fait que, selon l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (Ansd), 33% des entrepreneurs sénégalais sont des femmes.
Vu que les Pme qui comprennent les entreprenants – représentent la quasi-totalité des entreprises au Sénégal, cela implique une contribution importante des femmes au tissu économique du pays». Or, les femmes sont souvent disproportionnellement confrontées à des contraintes qui freinent la croissance de leurs entreprises, y compris leur accès aux marchés. Dès lors, pour Mme Naudeau, il est temps que les Pmef profitent aussi des opportunités conséquentes. Cette discrimination entre les hommes et les femmes sur l'accès de la commande publique est due, selon le Directeur Général de l'Armp, Saer Niang, au fait que les Pmef n’ont souvent même pas connaissance des marchés publics. «Au plan technique, les femmes ne sont pas toujours outillées pour pouvoir compétir dans la commande publique. 80% des entreprises qui gagnent la commande publique savent comment organiser leurs dossiers», soutient le directeur général de l'Armp, Saër Niang.
Ainsi, selon lui, le projet WeFi vient à son heure. Car il a pour objectif de développer les capacités des Pmef à répondre aux opportunités conséquentes sur le marché public. Pour le conseiller technique au ministère de la Femme, Mouhamed Ndiaye, dans une population constituée à 50% de femmes, le budget de la commande publique devrait être répartie à due concurrence. Malheureusement pour lui, les femmes sont de loin derrière les hommes sur un certain nombre de considérations. «Elles ont quatre fois moins accès au système bancaire que les hommes. Nous constatons que dans notre économie au Sénégal, quatre secteurs ont une forte présence des femmes, l'agriculture, l'élevage, l'halieutique et l'artisanat. Mais les métiers du futur sont dépourvus de femmes.
Or nous souhaitons que les femmes accèdent à la commande publique», dit-il. Mais «ces problématiques ont été prises en compte dans une nouvelle stratégie que l'Etat du Sénégal vient de mettre en place et qui est en cours de validation. Elle est initiée par le ministère de la Femme sous le nom de : «Stratégie Nationale pour l'Autonomisation des femmes et des filles. Avec un programme d'actions prioritaires 2020-2024, qui embarque 20 projets prioritaires budgétisés à hauteur de 199 milliards Fcfa», a-t-il indiqué.
LE JUGE DOIT CREUSER L'AFFAIRE
La famille de Fatoumata Makhtar Ndiaye réclame la comparution de Awa Niang et compagnie
Les travaux forcés à perpétuité et une amende de 350 millions FCFA à verser aux parties civiles pour Samba Sow, reconnu coupable du meurtre de Fatoumata Mactar Ndiaye. Le juge a rejeté les exceptions soulevées par la défense avant de disqualifier les faits d’assassinat initialement retenus contre l’accusé en tentative de vol avec effraction et usage d’arme, violence ayant entrainé la mort.
L’accusé est également reconnu coupable de tentative d’assassinat contre Adama Ba, fils de la défunte. Malgré cette décision, la famille de Fatoumata Matar Ndiaye reste insatisfaite du verdict. « Nous ne sommes pas satisfaits de cette décision. Quelqu’un qui a tué et on le condamne aux travaux forcés à perpétuité, cela n’a pas de sens. Il va continuer à vivre. Même si on l’avait exécuté, cela ne nous aurait également pas satisfait », a déclaré Amadou Mactar Ndiaye dit Ciré, frère de la défunte.
Il estime que les personnes qui ont été indexées comme étant les commanditaires devraient être jugées. « Depuis trois ans, il y a deux personnes qui sont citées dans cette affaire comme étant les commanditaires : Il s’agit de Fatou Sow, tante de l’accusé et la député Awa Niang. Pourquoi la justice ne les appelle pas pour éclaircir ces zones d’ombres. Dans un pays sérieux, même si une personne ment, on doit démontrer la vérité. Nous attendons cela de notre justice », soutient-il.
Poursuivant, il indique que la famille ne percevra pas les dommages et intérêts d’autant que l’accusé ne dispose pas de ce montant. « 200 et 150 millions où est-ce que Samba Sow va trouver cet argent pour nous le payer », s’interroge le frère de la défunte qui sollicite la comparution des personnes citées pour édifier l’opinion. Car, précise-t-il, tant que cela n’est pas fait, ces deux personnes seront toujours soupçonnées d’être les commanditaires même si elles ne sont pas mêlées. « Le juge d’instruction doit creuser l’affaire », martèle-t-il.
Me Abdou Dialy Kane : « La thèse de la commande criminelle ne tient pas »
Contrairement à la famille de la défunte, Me Abdou Dialy Kane s’est dit satisfait de la décision qui a été rendue par la chambre criminelle de Dakar. « J’apprécie cette décision positivement. C’est une décision qui ne me surprend pas dans la mesure où je l’avais dit comme lors de ma plaidoirie. L’accusé avait fait preuve d’une barbarie spéciale qui a emporté la vie d’une femme », a réagi Me Kane.
Pour lui, cette affaire doit amener les autorités à réfléchir sur la suppression de la peine mort. L’avocat estime que l’abolition de la peine de mort a été fait sans consulter le peuple. « Aujourd’hui, le gros du peuple est contre la suppression de la peine de mort parce que le Sénégal, de plus en plus, devient un pays violent. Chaque jour, vous voyez un enfant égorgé, une femme violée, un homme tué à chaque coin de rue. Vous pensez que cela peut continuer », s’interroge Me Abdou Dialy Kane.
Qui rejette catégoriquement la thèse de la commande criminelle. « La chambre criminelle a compris qu’elle avait en face d’elle non seulement un criminel mais également un manipulateur parce que l’accusé a essayé de manipuler les juges et l’opinion en faisant croire que ce crime était consécutif à une commande criminelle qui aurait été faite par Fatou Sow et Awa Niang et, tout le monde a compris que c’était un faux alibi. S’il avait une commande criminelle de la part de ces dames pourquoi le criminel ne s’est pas limité à la dame Fatoumata Matar Ndiaye. Mais, il a failli tuer son fils. C’est pourquoi cette thèse de la commande criminelle ne tient pas », défend la robe noire.