SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
3 avril 2025
Femmes
CORONAVIRUS : "CE QUI FAIT TENIR LA SOCIÉTÉ, C'EST D'ABORD UNE BANDE DE FEMMES"
Christiane Taubira rend hommage aux femmes, "majoritaires dans les équipes soignantes, aux caisses des supermarchés, dans les équipes qui nettoient les établissements"
Le ton martial ("Nous sommes en guerre") du président Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée du 16 mars dernier, n'était pas le bon, a jugé lundi 13 avril sur France Inter Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice. "Je pense que des femmes en situation d'autorité, de pouvoir, auraient abordé les choses différemment", a-t-elle ajouté. "Elles auraient vu plus facilement que ce qui fait tenir la société, c'est d'abord une bande de femmes", a salué Christiane Taubira, rappelant qu'elles sont "majoritaires dans les équipes soignantes, aux caisses des supermarchés, dans les équipes qui nettoient les établissements".
"Je n'ai pas envie de sombrer dans la facilité et dire que le président s'est trompé de registre, a déclaré Christiane Taubira. Il a probablement intentionnellement voulu secouer les consciences et bousculer les emportements. Ceci étant, je pense très sincèrement que des femmes en situation d'autorité de pouvoir auraient abordé les choses différemment.Plutôt que d'avoir recours à ce corpus viril, martial, sans doute qu'elles auraient vu plus facilement que ce qui fait tenir la société, c'est d'abord une bande de femmes, parce que les femmes sont majoritaires dans les équipes soignantes - même si nous saluons aussi avec autant gratitude les hommes - parce que les femmes sont majoritaires aux caisses des supermarchés, parce que les femmes sont majoritaires dans les équipes qui nettoient les établissements qui travaillent encore, et qu'elles sont souvent majoritaires dans la fonction publique qui tient encore."
"Et elles le font depuis longtemps ou presque. Depuis toujours, ce sont les femmes qui portent les métiers de soin, le soin en général, dans sa conception la plus large", a expliqué l'ancienne Garde des Sceaux.
"Il ne s'agit pas de révoquer les hommes" pour autant, a plaidé Christiane Taubira. "Mais c'est un effet de loupe tout à fait intéressant et qui doit interroger la société, qui doit interroger le pouvoir dans sa nature, dans sa masculinité et dans ses projections viriles. Qui doit nous interroger, nous, parce que la source du pouvoir, c'est nous, nous sommes encore une démocratie. Qui doit nous interroger aussi sur l'impact du regard sur la société", a développé l'ancienne ministre, qui a rappelé que "le patrimoine, le corpus culturel des femmes, historiquement, est différent que celui des hommes, qui ont été dans des positions, de génération en génération, de domination".
L'AFFAIRE ROKIA TRAORÉ, SYMPTOMATIQUE D'UNE EXASPÉRATION POST-COLONIALE
Des mères africaines se sont reconnues dans l’affaire, emblématique d’un deux poids deux mesures dans le règlement des litiges chez les couples mixtes
Blog du Monde Diplo |
Sabine Cessou |
Publication 28/03/2020
La chanteuse malienne a été « élargie » de la prison de Fleury-Mérogis, où elle a passé quinze jours (et fait la grève de la faim), en raison d’un mandat d’arrêt européen lancé contre elle par la Belgique en octobre 2019 pour enlèvement, séquestration et prise d’otage de son propre enfant — sa fille Uma, 5 ans, qui vit avec elle à Bamako. Une remise en liberté qui « va lui permettre de se battre à la fois pour la levée du contrôle judiciaire dont elle fait encore l’objet à Paris, et contre le mandat d’arrêt en lui-même », précise son avocat Kenneth Feliho. Pour ce faire, elle va se pourvoir en cassation en France.
L’affaire oppose Rokia Traoré à son ex-compagnon Jan Goossens, ancien directeur du prestigieux Théâtre royal flamand (KVS), actuel directeur du Festival de Marseille. Un an après leur séparation en août 2018, et une première plainte déposée à Bruxelles par Rokia Traoré pour attouchements sexuels du père sur la fille, il a obtenu la garde principale de sa fille (60 % du temps) en première instance en Belgique. Une décision dont Rokia Traoré fait appel — appel en cours pour lequel elle s’est rendue à Paris, où elle a été arrêtée. Depuis, elle a porté deux autres plaintes pour attouchements, et elle ne « présente » l’enfant ni à son père, ni à la justice belge — qui a classé sa plainte sans suite. Or, l’article 432 du code pénal belge estime que retenir l’enfant dans un pays « étranger » représente une circonstance aggravante, passible de un à cinq ans de prison.
La scène artistique et intellectuelle remontée
Le contentieux privé s’est étalé sur la place publique, où les réactions ont été symptomatiques d’un « ras-le-bol » post-colonial diffus, qui dépasse largement ce fait divers. L’emprisonnement de la diva malienne a fait bouillir le monde artistique, intellectuel ainsi qu’une partie de l’opinion africaine et afrodescendante. Felwine Sarr, écrivain et économiste sénégalais, a le premier crié « au scandale » sur sa page Facebook. Youssou N’Dour, Salif Keita et Angélique Kidjo ont emboîté le pas.
Une pétition lancée par l’association belge de mères monoparentales, les Mères veilleuses, a rassemblé 30 000 signatures, tandis qu’une tribune publiée par Libération a estimé « inacceptable qu’à l’heure où il est de bon ton de distinguer l’homme de l’artiste, la mère, la femme, la Noire et la musicienne subissent sans égards un sort d’une telle violence ». Ce texte a été signé par Edgar Morin, Barbara Cassin, Achille Mbembe et Souleymane Bachir Diagne, entre autres sommités.
Simon Njami, commissaire d’exposition renommé, ancien directeur des Rencontres photographiques africaines de Bamako et maître d’œuvre de la Biennale des arts de Dakar en 2016 et 2018, a transmis au Monde diplomatique ce billet d’humeur : « Cette année 2020 où à la demande du Président de la République devrait s’ouvrir Africa 2020, la Saison artistique africaine, le signe qui vient d’être donné aux artistes africains est pour le moins clair : vous serez traités comme des moins que rien. Et la criante contradiction entre les discours et les faits me contraint à me demander ce que la France attend de l’Afrique et des Africains. Imaginez un instant Élisabeth Huppert ou Catherine Deneuve accueillies de la sorte dans un quelconque pays. L’événement provoquerait un scandale planétaire. Mais que pèse l’Afrique dans le débat international ? Que pèse l’Afrique dans la conscience de l’ancien colonisateur ? Bien peu semble-t-il. »
Deux poids deux mesures
Des mères africaines se sont reconnues dans l’affaire, emblématique d’un deux poids deux mesures dans le règlement des litiges chez les couples mixtes. Le cas Rokia Traoré irrite d’autant plus en Belgique que l’un des avocats de Jan Goossens s’est forgé une réputation de misogyne notoire. Sven Mary a dit à la presse en mars 2019 qu’il n’engagerait plus de femme stagiaire dans son cabinet. La raison ? Une mauvaise expérience avec une jeune femme « qui prétendait avoir eu une mauvaise évaluation à cause du fait qu’elle n’avait pas cédé à mes avances, et je ne veux plus m’exposer à ce genre de risque ». Et de préciser : « Évidemment, elle a fait chou blanc car sa plainte n’était basée sur rien ». De son côté, une ancienne employée du KVS, à Bruxelles, n’est pas étonnée du jusqu’au-boutisme de Jan Goossens, qu’elle décrit comme un « dictateur qui faisait régner la peur au théâtre », et dont le « seul comportement a incité beaucoup de collègues à signer la pétition pour Rokia Traoré, même si nous ne la connaissons pas ».
La chanteuse, qui a la double nationalité française et malienne, et dont la fille a la double nationalité belge et malienne, refuse de se plier à une justice belge à laquelle les mères afrodescendantes reprochent un lourd passif colonial. En Belgique, l’enfant d’un couple mixte se verrait le plus souvent confié au conjoint belge de souche, estimé a priori comme un parent plus responsable, dénoncent des collectifs.
L’histoire particulière des métis belgo-africains
Pour mémoire, les enfants métis des colonies belges (République démocratique du Congo, Rwanda et Burundi) ont fait l’objet d’une « ségrégation ciblée », ne devant se mélanger ni avec les colons belges, ni avec les « indigènes ». Entre 14 000 et 20 000 d’entre eux ont été arrachés à leur mère africaine avant les Indépendances pour être confiés à des religieux, dans des orphelinats ou des pensionnats. Entre 1959 et 1962, un millier de métis ont été « rapatriés » en Belgique, séparés de leurs mères et de leurs fratries, pour être placés auprès de familles d’accueil ou d’institutions. Les 90 % qui n’étaient pas reconnus par leur père n’avaient pas la nationalité belge, et ont dû se battre pour l’obtenir.
Le drame n’a fait l’objet d’excuses officielles de la Belgique qu’en avril 2019, par la voix du premier ministre Charles Michel. François d’Adesky, cofondateur de l’association Métis de Belgique, né en 1946 d’un père belge employé d’une société minière et d’une mère rwandaise, a vu son long combat enfin reconnu.
« Je souhaite aussi exprimer notre compassion envers les mamans africaines, dont les enfants leur ont été arrachés », a déclaré à cette occasion le premier ministre, souhaitant que « ce moment solennel soit une étape supplémentaire vers une prise de conscience de cette partie de notre histoire nationale ».
Quoi qu’il en soit, les parents africains ou afrodescendants qui entrent dans des litiges autour de la garde de leurs enfants estiment avoir du mal à faire valoir leurs droits. Un chercheur italien, Maurizio Ambrosini, a pointé dans la Revue européenne des migrations internationales la « complexité » par nature des situations familiales transnationales. En France, la récurrence des litiges au sujet d’enfants issus de couples franco-algériens a donné lieu à des conventions entre les autorités des deux pays. Mais faute de statistiques et d’enquêtes sur le sujet précis des couples mixtes afro-européens, un sentiment d’injustice diffus émerge dans le débat public en Belgique.
« Il y a un patriarcat et un racisme encore largement inconscients dans les tribunaux belges, même chez les avocats et même quand le père est africain, témoigne ainsi une mère belgo-béninoise qui s’est battue pour obtenir une pension alimentaire. J’ai dû me justifier auprès du juge sur l’utilité des dépenses pour les loisirs de mes enfants, comme s’ils n’en avaient pas besoin. J’ai été choquée d’entendre des propos au tribunal sur un prétendu « modèle de famille africaine » dans lequel le père serait de toute façon absent. C’est très humiliant ».
Passeport diplomatique malien
Certains se demandent pourquoi Rokia Traoré a choisi de faire escale à Paris, où elle savait qu’elle se jetait dans la gueule du loup, même avec son passeport diplomatique malien — que la police française lui a indiqué « ne rien valoir » dans son cas — au lieu d’aller directement à Bruxelles. Déjà arrêtée une première fois à Dakar, en octobre, elle avait été libérée après intervention des autorités sénégalaises auprès d’Interpol. Elle a ensuite passé deux jours de garde à vue à Paris fin novembre, en route vers la Russie, après une escale à Bruxelles, où le juge d’instruction lui a donné deux mois pour « présenter » l’enfant à son père, puis encore un mois en janvier 2020.
Son passage en prison, retentissant, devrait faire bouger les lignes — et pas seulement pour son seul cas. La décision de la justice belge est remise en question par les avocats, d’autant plus que le Mali a rendu un jugement en référé — qui ne pèse pas plus lourd en Europe qu’un passeport diplomatique malien — confiant la garde exclusive de la fillette à sa mère.
En dehors de cet imbroglio, pour nombre d’observateurs africains, toute l’affaire relève d’une question de principe : pour un seul cas symbolique et aussi médiatisé que celui de Rokia Traoré, qu’en est-il de tous les anonymes africains qui traversent ce type de conflit ? Si le sort réservé à une ambassadrice de la culture ouest-africaine heurte autant, c’est qu’il renvoie à un profond mépris, dénoncé en ces termes par Koyo Kouoh, commissaire d’exposition et directrice du musée d’art contemporain Zeitz Mocaa au Cap, en Afrique du Sud : « On ne peut nous célébrer et nous humilier en même temps ».
par Oumou Wane
PAS D'ÉMERGENCE SANS ÉGALITÉ DES CHANCES
Il est indispensable de faire progresser les normes sociales liées au genre, de promouvoir l'égalité et le respect entre les hommes et les femmes même s’il faut pour cela réviser le code de la famille
Ne nous le cachons pas, dans notre pays, l’un des principaux obstacles à l’émergence d’une société solidaire, harmonieuse et égalitaire est le machisme ambiant qui règne en maître et sa réticence au changement. Viols, violences faites aux femmes, féminicides, quand il ne s’agit pas de tueries d’enfants ou d’autres crimes de sang dont ils sont les victimes dans notre quotidien.
Cette situation est inacceptable, durant ces 12 derniers mois, plus de 20 cas de meurtres de femmes ont été perpétrés au Sénégal. C’est pourquoi, au lendemain de la célébration de la journée internationale des droits des femmes, je veux rappeler l’importance de l’autonomisation des femmes et de l'égalité des genres pour le développement d’une nation digne de ce nom, où chaque fille et chaque femme peut vivre librement, sans harcèlement et sans violence, aller à l’école, participer à la vie sociale et recevoir un salaire égal à un homme pour un travail égal.
Lorsque les femmes se voient garantir l'égalité des droits, c'est l'ensemble de la société qui s’épanouit, en termes de développement de l'éducation, de la santé, c’est pour cela qu’il faut voir les choses en grand avec plus d’audace et d’innovation, car l’éducation et la santé des filles et des femmes sont des priorités absolues.
Notre président Macky Sall a rappelé hier en Conseil des ministres sa vision avant-gardiste sur le sujet et demandé à son gouvernement de « conforter le rôle des femmes dans la gouvernance publique en intégrant systématiquement l’approche genre dans la conception, la mise en œuvre et le suivi-évaluation des politiques publiques ». Il a invité les ministres à veiller au renforcement permanent de l’autonomisation économique durable des femmes et à faire bénéficier davantage aux femmes rurales de l’encadrement et de l’accompagnement des structures et projets publics.
Il faut bien reconnaître une nette avancée des droits de la femme sénégalaise sous la gouvernance du président Macky Sall avec notamment la loi sur la criminalisation du viol et de la pédophilie qui garantit aux femmes et aux enfants une plus grande sécurité avec le durcissement des condamnations, lesquelles pourront aller jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité à l’encontre d’éventuels coupables.
Mais il faut faire plus et plus vite contre cette idéologie de la suprématie du mâle et ce comportement macho dans notre société.
Il faut briser les tabous qui entourent les violences contre les femmes. Les mutilations génitales et les mariages forcés qui certes reculent sous la mobilisation des femmes, mais restent une réalité obstinée. Ces filles mariées de force avant l’âge de 18 ans voient leurs droits à l’enfance et leur éducation bafoués, sans parler de leurs rêves brisés. Les mariages forcés et précoces maintiennent les jeunes filles dans des conditions de pauvreté et d’infériorité. Ces violences que subissent bien trop de petites filles, violences physiques ou sexuelles, crimes d'honneur, mariages forcés, mutilations génitales, sont insupportables. Leurs conséquences sont la peur, la culpabilité, la perte de l’estime de soi, l’isolement, la dépression.
Il est donc indispensable de faire progresser les normes sociales liées au genre, de promouvoir l'égalité et le respect entre les hommes et les femmes même s’il faut pour cela réviser le code de la famille.
Dans ce contexte alarmant, le sujet de l’autonomisation de la femme, qui s’entend souvent à travers l’entrepreneuriat féminin est une lueur d’espoir pour beaucoup d’entre nous.
En Afrique subsaharienne, 22 % des femmes en âge de travailler se sont récemment lancées dans l’entrepreneuriat. L’entrepreneuriat peut en effet être une alternative puissante pour les femmes face à des options d’emploi inexistantes ou précaires.
À ce titre, il faut saluer la création il y a deux ans de la Délégation générale à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et des Jeunes qui vient de tirer un bilan de ses deux années d’activité. Il en ressort que 56% des financements alloués depuis 24 mois par la DER, concernent l’autonomisation économique et que 1 894 entreprises ont bénéficié de financements créant ainsi des milliers d’emplois directs et indirects dans leurs secteurs d’activités.
Ce ne sont peut-être que des gouttes d’eau, mais qui valent mieux que les larmes d’une femme, et en priant pour que les années qui arrivent fassent une grande différence pour les femmes et les filles du Sénégal et du monde entier, je me console en me disant que l'océan est une multitude de gouttes d'eau.
LE FARDEAU DU VEUVAGE
Entre le regard des autres, les pesanteurs sociales et les enfants, il est difficile pour les veuves de rebondir. Avec elles, le veuvage va parfois bien au-delà de la période de viduité de quatre mois et dix jours prévue par l’Islam
« Pour le meilleur et pour le pire », mari et femme se le promettent au mariage. Le pire, c’est sans doute quand la mort frappe à la porte du couple et arrache l’un des deux conjoints à l’affection de l’autre, plongeant le dernier dans un veuvage qui ne finit très souvent jamais. Entre le regard des autres, les pesanteurs sociales et les enfants, il est difficile pour les veuves de rebondir. Avec elles, le veuvage va parfois bien au-delà de la période de viduité de quatre mois et dix jours prévue par l’Islam.
Sa mine joyeuse et son apparence attirante cachent bien le vécu d’une veuve qui traîne encore les stigmates de la perte de son mari il y a de cela dix ans. Intérieurement, Ndioba Fall, ancienne vendeuse de poisson, dit vivre le même chagrin qu’au moment où elle a perdu son âme sœur. « Le problème, ce n’est pas moi », s’empresse-t-elle de préciser. En effet, elle dit faire face à des contraintes sociales qui l’écrasent. « Même mon habillement est épié. Les gens ont tendance à penser que le deuil ne finit jamais. Il m’est arrivé de m’habiller en tenue moderne, mais les regards des autres étaient parlants. Même mes proches m’ont rappelée à l’ordre », se souvient la veuve. Et ces remontrances l’ont replongée dans le deuil. « Je me suis dit que j’étais condamnée », se morfond-elle. Le regard extérieur l’a plongée dans une bulle, et elle a du mal à en sortir.
Fatou Diagne, aujourd’hui active dans la haute couture, a subi, elle aussi, la dure épreuve du veuvage. Elle ne s’est toujours pas remariée, mais elle reconnaît avoir trouvé un nouveau souffle. « J’ai perdu mon mari à l’âge de 35 ans. J’avais deux enfants. C’est le seul homme que j’ai connu de ma vie. Sur le coup, je ne m’imaginais pas refaire ma vie avec un autre. Mais avec le temps, j’ai compris qu’il fallait plus ou moins tourner la page », dit-elle. Si au fond elle se sentait prête à rebondir, des questions taraudaient son esprit. Comment les enfants prendraient-ils l’arrivée d’un nouvel homme ? Qu’en diraient les proches ? L’ex-belle famille ? « Je n’ai jamais trouvé de réponses, mais en discutant çà et là, je me suis dit que c’est mon destin », confie Fatou Diagne.
Pour la sociologue Ndèye Bercy Kane, le veuvage est encore plus pesant pour la femme qui travaille. En effet, après le deuil, l’éplorée doit forcément retourner à son lieu de travail. Mais le drame, c’est que ses moindres faits et gestes sont épiés, note la sociologue. « Elle ne doit plus s’habiller comme avant. Ce qui constitue un blocage psychologique qui, à terme, peut changer sa vie. Parce que, quelles que soient les circonstances, il est toujours difficile de rebondir après un deuil, si en plus, on doit faire avec le regard de la société, le veuvage devient presque éternel », analyse-t-elle.
L’équation des enfants
Si aujourd’hui Fatou Diagne s’est refait une nouvelle jeunesse comme le laisse apparaître sa belle mine, elle n’arrive pas à trouver chaussure à ses pieds. « La plupart des hommes, quand ils découvrent que tu as des enfants, font machine arrière. Ils ont peut-être peur d’être rejetés par les enfants d’autrui », pense-t-elle.
Cette dame, vendeuse de beignets, en a fait l’expérience. Elle témoigne sous le couvert de l’anonymat. En effet, même si elle reconnaît traîner encore le poids du veuvage, elle était prête à rebondir, mais s’est heurtée à la réticence de ses enfants. « Ils sont restés très proches de moi. Quand j’ai fait la connaissance d’un homme qui était prêt à m’épouser, je me suis confiée à un de leurs oncles pour avoir leur avis. Mais depuis lors, ils sont devenus distants avec moi. Je l’ai très mal pris au début. Mais j’ai fini par comprendre leur attitude », témoigne la dame, le regard meurtri.
Regain de spiritualité
Rouguy, elle, a perdu son mari après deux ans de mariage, laissant derrière lui un bébé de deux ans. Très marquée par ce drame, elle ne s’est toujours pas remise. Sa vie se limite aujourd’hui à la prière et aux soins de son enfant. « C’est vrai que j’ai fini la période de veuvage, mais je ne me suis pas départie du voile et je ne le regrette pas. C’est une partie de moi que j’ai perdue. À chaque fois que je regarde mon fils qui lui ressemble terriblement, l’image de mon défunt mari me revient », se confie-t-elle. N’ayant toujours pas quitté le domicile conjugal, Rouguy se réjouit d’avoir la chance de pouvoir compter sur une belle famille aimante. Devenue très pratiquante, elle a mémorisé le Coran durant cette période de viduité.
Presque dans le même cas, N. S. ne s’est jamais remariée depuis qu’elle a perdu son mari il y a de cela dix ans. « Peut-être que je fais peur ou c’est parce que je suis un peu trop âgée », s’interroge-t-elle. Seule, sans mari, ni enfant, N. S. n’a qu’un seul recours : la prière. « C’est tout ce qui me permet de ne pas flancher », dit-elle.
Veuves, porte-malheur ?
En plus de n’avoir pas eu d’enfants, N. S. perd son mari. Un drame qui la plonge dans une profonde solitude. Comme si son désarroi ne suffit pas, elle doit faire face au regard d’une société qui l’a, à la limite, stigmatisée. « Je vis très difficilement mon veuvage. Au vu de la société, une veuve porte malheur. Au début, quand je sortais, je sentais cette méfiance. Et le fait que je n’ai jamais eu d’enfants n’a fait que conforter cette croyance. Du coup, j’étais obligée de ne sortir que la nuit. Ma vie a été plus métamorphosée par ce regard que par la perte de mon mari », témoigne-t-elle. Selon le vendeur de lait Aliou Dème, la soixantaine sonnée, dans son Thilogne natal, les considérations à l’endroit des veuves sont encore plus compliquées, surtout s’il s’agit d’une femme qui a perdu deux maris. « Elle est isolée même au sein de sa famille. Il est même dit que quand on rencontre une femme pareille, on revient sur ses pas et, si on est courageux, on lui jette un morceau de charbon », raconte-t-il.
Remariage : le lévirat et le sororat de plus en plus prisés
Très souvent, dans certaines ethnies, le mari qui perd son épouse se voit proposer une parente proche de sa défunte. Une pratique appelée sororat qui, dans certaines familles, peut peser sur l’ambiance. Sous le couvert de l’anonymat, A. D. révèle que sa famille s’est transformée quand, suite à la mort de sa mère, son père a épousé une de ses tantes. « La sœur de ma défunte mère et moi sommes presque de la même génération. Elle était attentionnée, toujours aux petits soins, mais il nous était impossible d’admettre que c’est elle qui occupe désormais la place de maman dans le foyer. Nos relations ont changé », confie-t-elle.
Cette dame, sous le couvert de l’anonymat, s’est remariée au petit frère de son défunt époux. Mais ce lévirat ne se passe pas très bien car elle vit difficilement les relations froides entre ses enfants et son mari. « Je sens une certaine jalousie. Parce que c’est quelqu’un de très collant. Dans une vie normale, ce ne serait peut-être pas de trop, mais le contexte fait que les enfants l’acceptent difficilement », tente-t-elle d’analyser.
MEURTRE DE MARIÈME DIAGNE : LE PASSÉ CARCÉRAL D’ASSANE GUÈYE RESSURGIT
Assane Gueye le présumé meurtrier de Marième Diagne, la jeune fille poignardée à mort alors qu’elle était en état de grossesse, a un passé carcéral. L’homme a déjà fait de la prison suite à une condamnation à 2 mois de prison ferme pour vol d’ordinateur.
D’après ses confessions au cours de son audition complémentaire, hier mardi, 10 mars, par les enquêteurs du poste de police de Nguinth, les faits remontent à 2014. Marchand ambulant à l’époque, il écoulait ses marchandises entre Mbour et Thiès. Pris en flagrant délit pour vol d’ordinateur, il sera jugé au Tribunal de grande instance et purgera sa peine à la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Thiès.
Dans les colonnes de L’Obs de ce mercredi, sa mère, Sokhna Ndiaye Touré, le décrit "un garçon perturbé qui ne fait que des bêtises". Le 7 mars 2020, Assane Guèye fera le trajet du Maroc à Thiès, pour réclamer un montant de 3 millions F CFA, à son ex-petite amie, Marième Diagne, 25 ans, qu’il a poignardée à mort.
Avant de passer à l’acte, il a eu à un échange téléphonique avec l’époux de la victime, Cheikh Faye. Ce dernier, alité ce samedi tragique à la suite d’une opération subie à l’épaule, demandait des comptes à Assane Gueye, après que son épouse lui a dit que ce dernier l’avait menacée de mort. Le rival aurait nié les faits, soutenant que la jeune étudiante lui devait une somme d’argent. Somme que l’époux acceptait de lui payer à la condition qu’il lui apporte les preuves des transactions financières. Mais Assane est passé à l’ignoble acte, le même jour. Ce, après que la défunte et sa maman se sont rendues à la police pour déposer une plainte, sur recommandation du mari, pour menaces de mort.
La jeune femme a été inhumée hier au cimetière Gouye Tékhé du quartier Médina Fall. Venu d’Espagne, le veuf a tenu à assister à l’inhumation, rendant hommage à son épouse qu’il décrit comme "une femme modèle, exemplaire et obéissante". Il a porté plainte contre Assane Gueye, qui sera présenté, aujourd’hui, au Procureur Thierno Demba Sow.
VIDEO
MOI, MARIE MADELEINE
Ses fausses couches, son amour pour Jacob, sa carrière…Marie Madeleine Diallo se livre
Elle a fait les beaux jours de la comédie, avant de disparaitre de la scène pendant un bon moment. Récemment, elle est réapparue sur le petit écran, à travers la série «Idoles». Des séquences qui ont eu le don de replonger les amoureux du théâtre dans les années 90, où la troupe «Bara Yégo» faisait tabac dans les ménages sénégalais.
IGFM est allé à la rencontre de Marie Madeleine Diallo à Saint-Louis. Dans cette interview, elle nous parle de sa longue absence, du décès de son époux, de ses fausses couches et de ses enfants mort nés, de ses 8 grossesses alors qu’elle n’a que deux enfants (un garçon et une fille), de sa carrière, de son amour pour Jacob, entre autres…
Rappelons que Marie Madeleine Diallo est née en 1948 à Saint-Louis du Sénégal, actrice sénégalaise et ancienne animatrice de la radio Rts, elle commence à se faire remarquer lors des spectacles de fin d’année organisés à l’école Saint Joseph de Cluny à Saint-Louis. À 16 ans, elle intègre la section théâtrale de l’association culturelle et sportive « La Saint-louisienne ».
En 1975, elle devient animatrice sur la radio RTS Saint-Louis, puis rejoint en 1983 la troupe théâtrale du même média. Elle interprète plusieurs pièces radiophoniques sur les ondes. En 1990, sa prestation dans le téléfilm « Bara Yegoo » lui offre une renommée nationale au Sénégal.
Elle est la veuve de l’artiste peintre Jacob Yakouba, décédé en 2014. Elle est la sœur des musiciens sénégalais Edouard Valfroy et Benjamin Valfroy. En 2014, Marie Madeleine Diallo est élevée au grade d’officier de l’ordre national du mérite par le président de la République sénégalaise, Macky Sall.
En 1992, le chanteur Youssou Ndour lui avait dédié une chanson intitulée Marie – Madeleine, la Saint-Louisienne dans l’album «Eyes Open ». A l’occasion de la journée internationale de la femme, elle a accepté de recevoir chez elle à Saint-Louis, une équipe de IGFM.
DES FEMMES RÉCLAMENT LA FERMETURE DES USINES DE FARINE ET D’HUILE DE POISSON EN AFRIQUE DE L’OUEST
Les femmes transformatrices de poisson appellent les femmes du monde entier à se joindre à leur appel urgent pour la fermeture des usines de farine et d’huile de poisson
Dakar, 10 mars (APS) – Des femmes transformatrices de poisson au Sénégal appellent les Etats d’Afrique de l’Ouest à fermer les usines de farine et d’huile de poisson, annonce un communiqué de l’organisation non gouvernementale (ONG) Greenpeace Afrique reçu à l’APS.
Elles ont exprimé cette revendication à l’occasion de la célébration, dimanche dernier, de la Journée internationale de la femme, selon le texte.
‘’Les femmes transformatrices de poisson appellent les femmes du monde entier à se joindre à leur appel urgent pour la fermeture des usines de farine et d’huile de poisson qui menacent les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire de près de 40 millions de personnes en Afrique de l’Ouest’’, lit-on dans le communiqué.
‘’L’Etat doit forcer les usines de farine et d’huile de poisson à ne pas acheter du poisson destiné à être transformé pour l’aquaculture industrielle et l’alimentation du bétail. Ce poisson est indispensable pour ceux qui vivent au Sénégal et dans la région de l’Afrique de l’Ouest, comme source de protéines et moyen de subsistance’’, déclare Fatou Samba, la présidente d’une association de femmes transformatrices de poisson à Bargny, au Sénégal.
Mme Samba ‘’s’est efforcée de demander au gouvernement [sénégalais] de mettre un terme à l’expansion des industries de la farine et de l’huile de poisson’’, ajoute-t-elle dans le communiqué reçu de Greenpeace Afrique, qui s’active dans la protection de l’environnement.
‘’Avec une communauté autour de 40 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, les femmes transformatrices de poisson sont au premier rang de la lutte pour les droits fondamentaux comme l’accès à la nourriture, à l’emploi et aux ressources maritimes’’, argue Diaba Diop.
‘’Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, nous lançons un appel aux populations du monde entier pour qu’elles soutiennent nos efforts’’, ajoute Mme Diop, présidente d’un groupement de femmes transformatrices de poisson à Thiaroye, au Sénégal.
L’industrie de la farine et de l’huile de poisson, en pleine expansion en Afrique de l’Ouest, absorbe et traite d’énormes volumes de poisson frais, dont le produit fini est expédié en Europe et en Asie pour alimenter l’industrie de l’aquaculture, de la volaille et des animaux compagnie, selon le texte. Une ‘’importante source alimentaire’’
Le poisson est une source de protéines vitale pour les populations d’Afrique de l’Ouest, où ‘’les usines de farine et d’huile de poisson perturbent cette importante source alimentaire’’, souligne le communiqué.
Il signale que la proportion de protéines provenant du poisson est extrêmement élevée au Sénégal.
‘’Avant l’usine de farine de poisson, nous nous en sortions très bien. Maintenant, nous n’avons plus de poisson. Nous travaillons dur, mais nous ne nous en sortons pas’’, déplore Maïmouna Sabaly, une transformatrice de poisson à Joal, au Sénégal.
‘’Nous ne pouvons pas faire face à une compétition aussi rude, avec les usines de farine de poisson’’, affirme Mme Sabaly dans le communiqué.
Greenpeace Afrique estime que ‘’la protection de la profession de transformatrices est importante, vu le rôle que ces femmes jouent dans l’éducation des enfants, la stabilité sociale des familles, la santé de la population, la sécurité alimentaire et la création d’emplois’’.
Abdoulaye Ndiaye, un chargé de campagne de Greenpeace Afrique, ‘’appelle (…) le gouvernement sénégalais à cesser d’accorder des permis pour de nouvelles usines de farine de poisson et à prendre des mesures pour fermer les usines existantes’’.
‘’Au cours de ces dernières décennies, les stocks de poissons en Afrique de l’Ouest ont été surexploités. Malgré cette situation, les gouvernements de la région ont favorisé l’implantation et le développement de l’industrie de la farine et de l’huile de poisson’’, affirme l’ONG.
Cette industrie ‘’prive les consommateurs du poisson, une situation qui entraîne la surpêche et une augmentation des prix du poisson sur les marchés locaux’’, ajoute-t-elle. Une ‘’concurrence déloyale et intenable’’
‘’Par conséquent, le poisson est devenu encore plus rare, et un grand nombre de femmes transformatrices de poisson commencent à perdre leur emploi à cause de cette concurrence déloyale et intenable’’, argue Greenpeace Afrique.
‘’La priorité des gouvernements et des autorités de la pêche d’Afrique de l’Ouest ne devrait pas être l’industrie de la farine et de l’huile de poisson, mais la professionnalisation du sous-secteur de la transformation artisanale du poisson’’, soutient Diaba Diop.
Elle réclame ‘’un statut professionnel’’ des transformatrices de poisson, afin qu’elles puissent ‘’améliorer leurs produits’’ et ‘’obtenir un accès aux marchés les plus porteurs’’.
‘’Durant ces dernières années, les usines de farine et d’huile de poisson se sont développées dans tout le Sénégal, notamment [à] Gandiole, Cayar, Mbour, Joal, Kafountine, etc. Selon les populations locales, ces usines sont à l’origine d’un grand nombre de problèmes environnementaux graves tels que la pollution maritime, la destruction des terres agricoles et des pâturages’’, déplore Greenpeace Afrique. Ces usines ‘’sont également la source d’odeurs insupportables qui (…) nuisent à [la] santé’’ des communautés locales.
‘’Il est temps pour les gouvernements d’Afrique de l’Ouest de mettre un terme aux usines de farine et d’huile de poisson qui absorbent d’énormes volumes de poissons frais, mettant ainsi en danger la durabilité des stocks de poissons, la sécurité alimentaire et les emplois de millions de personnes dans la région’’, a déclaré Abdoulaye Ndiaye.
par Jean Pierre Corréa
DROIT CAPITAL AU RESPECT
Le 8 mars c’est tous les jours qu’il faut le célébrer en faisant du respect absolu des femmes, de leur liberté et de leur dignité un enjeu essentiel de civilisation
Habitués que nous sommes à ne réagir que sous le coup de nos émotions, même si elles sont parfois légitimes, nous oublions souvent l’essentiel pour ne discuter que des détails.
Loin de moi l’idée que les femmes victimes de meurtres ou de viols soient considérées comme un « détail de l’histoire ». Mais les histoires sordides qui constituent notre actualité la plus brûlante, concernant des femmes, l’une battue à mort par son ex-compagnon, et l’autre victime supposée d’un viol suivi de grossesse par un homme qui se voulait être son protecteur, nous interrogent.
Nos femmes et nos souvent très jeunes filles, sont exposées à ce sentiment de domination masculine qui s’exprime souvent violemment et dans une totale acceptation qu’elles ont cherché ce qui leur arrive. Nous sommes dans un pays qui vient seulement en 2020 de criminaliser le viol. Un pays où une jeune fille de 14 ans est obligée de fuir pour échapper à son vieil époux que ses parents lui ont imposé. Nous vivons dans un pays où beaucoup de jeunes filles sont à la merci d’hommes qui promettent de leur servir de moyens d’accès à un confort matériel uniquement, I-Phone, bijoux et fringues, voire appartements le temps que dure l’idylle, et ce, en totale complicité avec leurs propres parents.
Malgré tout ce pouvoir des hommes, il serait temps que l’on parle d’autre chose que de parité et d’égalité, et qu’on exige enfin du respect pour ce genre qui est avant tout celui de nos mères, de nos sœurs et de nos filles. Quel que soit le niveau de pouvoir des hommes qui détruisent l’avenir de ces jeunes filles, quels que soient la beauté d’une jeune fille et l’attrait de ses atours, il faut que les hommes du Sénégal sachent que : « un homme ça s’empêche ». Et comment « ça s’empêche » ? En calmant sa braguette en pensant à sa mère, à sa sœur, à sa fille. Tout simplement.
Le 8 mars c’est tous les jours qu’il faut le célébrer en faisant du respect absolu des femmes, de leur liberté et de leur dignité un enjeu essentiel de civilisation. Cela nous éviterait de vivre comme des bêtes.
ENTRE AVANCEES ET DEFIS !
Pour marquer la journée 8 mars, Sud Quotidien, en plus de revenir sur des avancées des femmes au Sénégal et des niches à conquérir, s’intéresse à des femmes leaders et battantes mais «anonymes», qui font bouger les lignes en faveur de… l’égalité.
Officialisée en 1977 par les Nations Unies (ONU), et dans la foulée de l’Année internationale de la femme (1975) proclamée par l’Assemblée générale de l’ONU, la Journée internationale des femmes (ou Journée internationale des droits des femmes, dans certains pays) est toutefois apparue dans le contexte des mouvements sociaux au tournant du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. Célébrée le 8 mars de chaque année, cette journée met en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes. L’édition 2020 fêtée hier, dimanche 8 mars, partout dans le monde, excepté, entre autres, au Sénégal où, pour cause de l’apparition du coronavirus (Covid-19) à Dakar, l’Etat a décidé de reporter tout rassemblement dans ce cadre, a pour thème : «Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes». Un thème coïncidant avec la nouvelle campagne «plurigénérationnelle» d’ONU-Femmes, «Génération Égalité», qui marque le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing. Pour marquer cette journée, Sud Quotidien, en plus de revenir sur des avancées des femmes au Sénégal et des niches à conquérir, s’intéresse à des femmes leaders et battantes mais «anonymes», qui font bouger les lignes en faveur de… l’égalité.
LOI CRIMINALISANT LES ACTES DE VIOL ET DE PEDOPHILIE, POSSIBILITE DE LA FEMME D’ACCORDER LA NATIONALITE SENEGALAISE A SON ENFANT OU A SON EPOUX, LA PARITE… : Ces avancées des femmes sénégalaises
La loi sur la criminalisation du viol, la parité et la possibilité pour la femme de pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux sont autant de points marqués par les femmes dans leurs combats pour leur émancipation. Toutefois, plusieurs défis restent encore à relever en ce qui concerne les droits des femmes et l’effectivité de certaines lois.
Au Sénégal, des avancées sont notées en ce qui concerne les combats des femmes. Il s’agit, entre autres, du vote de la loi sur la criminalisation du viol, la possibilité de la femme à pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux mais aussi la parité. En effet, le projet de loi criminalisant les actes de viol et de pédophilie, modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 relative au Code pénal, a été voté le lundi 30 décembre 2019 par les députés, après avoir été adopté en Conseil des ministres le 27 novembre 2019. Ce, après une longue bataille des associations de défense des droits des femmes à la suite d’une série d’agressions sexuelles qui avaient parfois conduit à des morts surtout en 2019. Les coupables de viol seront ainsi condamnés à une peine d’emprisonnement allant de 10 à 20 ans tandis que les pédophiles encourent une peine qui varie de 5 à 20 ans.
Et, en cas de «circonstances aggravantes», une condamnation à perpétuité est prévue. Toutefois, certains députés avaient émis des réserves quant à l’application de la loi. Ils avaient ainsi invité le gouvernement à prendre des mesures d’accompagnement et des garde-fous afin d’encadrer la loi pour éviter des dérives.
Autre bataille que les femmes ont encore gagné, c’est la possibilité pour la femme de pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux. Après un long combat engagé par les organisations de femmes au Sénégal, la loi est votée en 2013. Il s’agit du projet de loi, portant modification de la loi n°03/2013 modifiant la loi n° 61-10 du 07 mars 1961 déterminant la nationalité.
Concernant la loi sur la parité votée le 14 mai 2010 par l’Assemblée nationale après avoir été adoptée par le Sénat le 19 mai et promulguée le 28 mai 2010, le Sénégal s’est retrouvé depuis 2012 avec 64 femmes sur 150 députés à l’Assemblée nationale, soit 42,7%. Cependant, même si cela a été une formidable avancée pour les femmes issues de partis politiques, de syndicats ou d’organisations de la société civile, son application effective souffre encore. Nonobstant toutes ces avancées des femmes au Sénégal, il reste encore des défis à relever surtout dans le cadre de l’effectivité des lois.
INSTITUTIONS : Quand les femmes tiennent le haut du pavé
De Mame Madior Boye à Aminata Touré jusqu’à Soham El Wardini pour ne citer que celles-là, l’image de la femme sénégalaise a connu une grande transformation. En effet, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des femmes, Sud Quotidien revient sur les quelques femmes qui ont gravi des échelons.
Le top départ avait été donné par Mame Madior Boye. Première femme à occuper la fonction de Premier ministre au Sénégal « 2001-2002) sous l’ère Abdoulaye Wade après avoir été a été première vice-présidente du Tribunal régional hors classe de Dakar, puis présidente de Chambre à la Cour d’appel. Du foyer aux commandes d’une institution chasse-gardée des hommes, les femmes ont gravi des échelons au Sénégal même si les clichés et les stéréotypes persistent toujours. A ces femmes qui ont gravi des échelons, il faut ajouter Aminata Mbengue Ndiaye, présidente du Haut conseil des collectivités territoriales. Nommée en novembre dernier à ce poste, elle succède à Feu Ousmane Tanor Dieng. Parmi ces femmes qui dirigent les institutions. Il y a également Aminata Touré. Premier ministre de 2013 à 2014, sous le régime de Macky Sall avant d’être nommée spéciale du Président de la République, elle est aujourd’hui présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese) en remplacement d’Aminata Tall. A ces femmes, s’ajoute Anna Sémou Faye qui a été aux commandes de la Police nationale. Commissaire de police divisionnaire, elle a été nommée Directrice générale de la Police nationale le 25 juillet 2013 au lendemain du scandale de drogue qui avait secoué la Police sénégalaise, avant d’être nommée ambassadrice en Guinée en 2016. Elle devient ainsi la première femme à diriger la Police nationale. Dans cette institution, on a eu à retrouver une femme qui a dirigé le Bureau des relations publiques de la Police nationale en avril 2017 avant d’être remplacée. Il s’agit du commissaire de Police Tabara Ndiaye. Les femmes ont ainsi fini de faire preuve de leur leadership et leur capacité à présider aux destinées du pays. En 2018, Soham El Wardini est élue maire de Dakar, une grande première dans l’histoire de la municipalité de la capitale sénégalaise puisqu’elle est 22ème maire depuis 1887 avec Alexandre Jean. Soham El Wardini devient la première femme à être la tête de la municipalité de Dakar. Parmi les femmes ayant occupé de hautes positions, il y a aussi l’ancienne présidente du Conseil constitutionnel, Mireille Ndiaye. Une femme est à la tête d’une institution, le Haut Conseil du Dialogue Social que dirige Innocence Ntap Ndiaye. Bref, en dehors du Perchoir de l’Assemblée nationale et la Présidence de la République, les femmes auront occupé tous les postes, pouvoirs et sphères de décisions (électifs et nominatifs) ou presque. Toutefois, des femmes se sont aussi faites remarquer dans le landerneau politique. Par exemple, Marième Wane Ly a été la première femme chef de parti politique au Sénégal. elle a été suivie par le professeur Amsatou Sow Sidibé, Me Aissata Tall Sall, Aïda Mbodj, Mme Nafissatou Wade, Mme Yacine Fall, etc.
SAINT–LOUIS : Fatoumata Bâ, la traqueuse de l’apnée du sommeil
Fatoumata Bâ est plus que déterminée à faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de la santé.
Cette célébration de la journée de la femme est l’occasion pour nous de nous intéresser à Fatoumata Bâ, une chercheuse devenue spécialiste de l’apnée du sommeil. La scientifique a toujours participé à l’encadrement des étudiants en médecine dans le cadre de l’enseignement de la psychopathologie médicale. Aujourd’hui, elle se fixe pour objectif de mieux faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de la santé. Elle œuvre aussi pour améliorer la prise en charge et offrir un accompagnement aux patients atteints.
En cette célébration de la journée de la femme, Fatoumata Bâ d’exhorter les femmes à se battre au quotidien.
Fatoumata Bâ est née et a grandi dans une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise. Elle a fait ses études dans cette banlieue, entre les lycées Seydina Limamoulaye de Guédiawaye et Abdoulaye Sadji de Rufisque. Après avoir décroché son diplôme de Baccalauréat scientifique, la nouvelle bachelière s’orienta vers les études médicales à la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elle réussit au prestigieux concours d’Internat des Hôpitaux de Dakar, en tête de liste (option Psychiatrie). Sa passion pour les études la poussa toujours à aller plus loin. C’est ainsi qu’elle s’inscrit, parallèlement à sa formation en psychiatrie, au Master en Sciences Biologiques et Médicales, option Physiologie. Naturellement, elle obtint aussi les diplômes universitaires d’Epileptologie et de Médecine Tropicale Appliquée.
Après avoir fréquenté différentes structures psychiatriques du pays dans le cadre de sa formation, elle fut recrutée par la Fonction Publique et affectée au Centre Hospitalier National Universitaire de Fann où une division d’hospitalisation psychiatrique lui fut confiée, sous le magistère d’un de ses Maîtres, le Pr Momar GUEYE. Sa vocation pour l’enseignement et la recherche justifia les vacations qu’elle assurait au sein de l’Institut d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie (IREP) de l’UCAD.
Poussée par une volonté manifeste d’aller de l’avant, ambitieuse et déterminée, elle décida de quitter «Dakar, la capitale» où elle s’était déjà installée pour rejoindre le Pr Lamine Guèye à l’UFR des Sciences de la Santé de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis en 2011, pour un poste d’enseignant chercheur en Physiologie. Une très jeune UFR, certes éloignée de la capitale, mais où les défis sont très énormes.
ALLIANCE VIE PROFESSIONNELLE ET VIE DE FAMILLE
Issue d’une famille à vocation scientifique, Fatoumata Bâ a suivi très tôt les pas de ses aînés. Elle est mariée et mère de deux filles. “J’ai toujours participé à l’encadrement des étudiants en médecine dans le cadre de l’enseignement de la psychopathologie médicale et j’ai aussi participé à la formation des plus jeunes internes et ceci pendant les années où j’ai servi à Fann. J’ai rejoint l’UGB en 2011, l’UFR des Sciences de la Santé venait d’être créée en 2010 et j’avais choisi délibérément d’y aller”, a-t-elle renseigné.
Certes, d’après elle, il n’est pas toujours facile pour les femmes d’allier la vie professionnelle et la vie familiale. Les exigences sont multiples de part et d’autre, les contraintes aussi. La vie est un éternel combat, donc, il faut se battre en permanence, ce qu’elle a très tôt compris.
“Par moments, j’ai eu à faire des choix difficiles entre la carrière professionnelle et la vie familiale”, confie Fatoumata Bâ. Et la scientifique de poursuivre toujours en revenant sur ses travaux de recherches : “mon travail sur le sommeil est innovateur dans un pays où peu de recherches sont effectuées dans ce domaine, faute de moyens et d’équipements adéquats. Pourtant, dans ma pratique, je me suis rendue compte que les troubles du sommeil étaient très fréquents et mal pris en charge, parfois même non diagnostiqués comme dans le cas de l’apnée du sommeil. Raison pour laquelle je me suis intéressée à cette question”, a-t-elle fait savoir.
S’agissant de ses objectifs, la spécialiste se dit déterminée à œuvrer pour mieux faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de santé, mais également d’améliorer la prise en charge et d’offrir un accompagnement aux patients atteints. “Les projets futurs ont toujours trait à ce syndrome. Nous allons continuer les travaux initiés dans ce domaine. Les perspectives sont multiples, prions seulement pour que les moyens puissent suivre”, a-t-elle ajouté. Cependant, en cette célébration de la journée de la femme, elle rend hommage à toutes les vaillantes dames. Également, elle les exhorte à se battre au quotidien et quelle que soit la place occupée dans la société. “Je leur dis que ce n’est pas impossible, mais il suffit juste d’y croire”, a-t-elle conclu.
MBOUR : Madame Diallo Anta Badiane, des salles de classe au combat contre la pauvreté
Maîtresse d’éducation physique sportive de formation, Madame Anta Badiane Diallo, a troqué sa tunique d’enseignante pour les affaires avec la performance en bandoulière. Depuis plus d’une trentaine d’années, son itinéraire l’a conduit dans le business. Elle tisse sa toile à travers des activités de petit commerce, fait de voyages avec des hauts et des bas, d’abord au niveau de la sous-région entre la Gambie et la Mauritanie puis vers les pays asiatiques. Préférant rester dans l’ombre, elle peine pourtant à rester dans l’anonymat. Tellement son combat contre la pauvreté l’expose davantage.
Elle s’investit dans la transformation des produits locaux, des fruits et légumes. Cette détermination finit par payer avec la mise en place d’un réseau de femmes du nom de Lawtan. Madame Diallo mène des activités entre Dakar, Thiès, Mbour et Touba.
L’illustration de son engagement fait d’elle, une héroïne, dans la promotion du consommer sénégalais avec la production des céréales locales et leur transformation. Son dévolu est jeté sur le riz sénégalais pour pousser les nationaux à le consommer.
Moundoumb–barrage dans la commune de Diama (Région de Saint-Louis) à 375 kilomètres de Dakar est le lieu où elle exploite des rizières. Toutefois, sa récolte souffre encore de promotion. A l’en croire lors du salon de Kaolack, il y a quelques jours, lui a permis de jauger le niveau de consommation du riz sénégalais dans la contrée du Sine-Saloum.
Auparavant, Madame Diallo, dans la promotion des produits locaux a mis en place à Mbour des unités de transformation de fruits et légumes mais aussi de produits halieutiques. Des jeunes filles et garçons des communes de Malicounda et Mbour, ayant reçu une formation soutenue de techniciens de haut niveau parviennent à y produire des jus et des boissons locales certifient par les autorités compétentes et très prisés. Elles ont fini de vendre leur label mais pas celui de la promotrice des produits. Certains de ses produits se vendent sur la petite Côte et à Dakar.
PREMIERE RECTRICE AU SENEGAL : Ramatoulaye Diagne Mbengue dompte l’université
Au titre des mesures individuelles du Conseil des ministres du mercredi 11 octobre 2017, «Madame Ramatoulaye Diagne Mbengue, Professeur titulaire des Universités, est nommée à compter du 1er décembre 2017, Recteur de l’Université de Thiès, en remplacement de Monsieur Matar Mour Seck, appelé à faire valoir ses droits à une pension de retraite.»
Par cette décision rapportée par le communiqué de ce Conseil des ministres, le Pr Ramatoulaye Diagne, Docteur d’Etat ès Lettres, Philosophe, est devenue la première «Rectrice» d’université au Sénégal. En effet, malgré les efforts et les compétences de la gent féminine. Jamais une femme n’a eu à diriger une institution aussi importante et prestigieuse qu’une université, surtout publique, dans notre pays.
Ainsi venait-elle de rentrer dans l’histoire, allongeant ainsi la série des «Premières dames» dans le combat et la promotion des femmes à de hautes fonctions, jusque-là chasse-gardée des hommes, au Sénégal, depuis l’indépendance. Ce, après Maïmouna Kane, première femme ministre, Mireille Ndiaye, connue comme étant la première et seule femme, ancienne présidente du Conseil constitutionnel (2004-2010), à avoir reçu la prestation de serment d’un président de République entrant (Me Abdoulaye Wade, en 2007), Mame Madior Boye, première femme Premier ministre, Viviane Laure Elisabeth Bampassy, première femme nommée préfet, puis gouverneur, Aminata Tall, première femme Secrétaire générale de la Présidence de la République puis présidente du Conseil économique social et environnemental (CESE), Aminata Touré, première femme ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Soham El Wardini, première femme maire de la capitale du Sénégal (Dakar) et Aminata Mbengue Ndiaye, première femme porté à la tête du Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT), au Sénégal, etc.
Mme Ramatoulaye Diagne Mbengue, Recteur de l’Université de Thiès a été la directrice de l’Ecole doctorale ETHOS, de la faculté des Lettres et des Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Elle a été conseillère technique chargée des Affaires académiques et point focal UEMOA au sein du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Mme Ramatoulaye Diagne Mbengue est également la sœur de l’éminent professeur Souleymane Bachir Diagne, enseignant à Colombia university, aux Etats-Unis, dont elle a pris la relève à l’UCAD. Elle a enseigné la logique qui était son domaine de prédilection, à l’instar de son frère.
Mieux, ils ont produit ensemble un livre. Par la suite, Pr Ramatoulaye Diagne Mbengue a eu à s’intéresser à plusieurs autres spécialités. Passionnée de recherche, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages et articles philosophiques dont «Le modernisme en Islam». La nouvelle Rectrice de Thiès a été aussi directrice de l’Ecole Doctorale ETHO, de la faculté des Lettres et des Sciences humaines de Dakar.
En outre, force est de relever qu’avant cette promotion du professeur Ramatoulaye Diagne Mbengue, le MESRI, sous l’ancien ministre Mary Teuw Niane à la tête de ce département, a promu plusieurs autres femmes dans le secteur de l’enseignement supérieur. C’est ainsi que le Pr Aminata Diassé Sarr a été portée à la tête de l’Institut supérieur d’enseignement professionnel (ISEP) de Matam et le Pr Awa Niang Faye nommé directrice de l’ISEP de Richard-Toll.
LA SENEGALO-AMERICAINE RAHMA NDAO : Une fierté pour le continent africain
surtout pour le Sénégal
Rahma NDAO est née aux Etats-Unis en 2002 de parents, d’origine sénégalaise, Ousmane Ndao et Aissata Sall qui vivent aux États-Unis depuis 28 ans.
Depuis son cycle primaire (first grade), Rahma s’est distinguée par ses brillants résultats et durant trois (3) années successives, elle a été choisie comme l’une des meilleurs élèves des Etats-Unis (tous Etats confondus) et à ce titre, elle a été invitée à rencontrer les Young scholars à Washington.
Dans une correspondance adressée aux parents de Rahma durant l’année scolaire 2013/2014, Mr Derrick Shelton, ancien directeur de l’école de Rahma notifiait à ces derniers que «Rahma avait eu une moyenne de 99% au Scranton Test ce qui faisait d’elle, l’une des meilleures élèves des Etats-Unis».
En août 2015, alors qu’elle avait douze (ans), Rahma a passé le test de psychologie à Pickerington Ridgeview junior pour déterminer si elle était une surdouée. Selon Mr Todd Stanley le coordinateur du service des surdoués, «Rahma a non seulement dépassé les 126 points requis mais elle était à deux déviations supérieures. Ce qui faisait d’elle une exceptionally gifted». Ainsi, elle a été acceptée au Mensa en mars 2016.
Mensa est une organisation internationale dont le seul critère d’admissibilité est d’obtenir des résultats supérieurs à ceux de 98 % de la population aux tests d’intelligence. Mensa a été fondée à Oxford en 1946 avec comme objectif promouvoir la paix et faire bénéficier l’humanité des bienfaits de l’intelligence en réunissant les personnes ayant une intelligence au-delà de la moyenne.
Avec plus de 140.000 membres dans le monde, MENSA regroupe cent (100) pays et jusqu’ici, l’Afrique du Sud était le seul pays du continent africain à y être présent.
Rahma avec sa double nationalité ne pouvant pas représenter le Sénégal et les Etats-Unis a fait le choix de quitter le «American Mensa pour représenter le Sénégal». Elle devient ainsi la première sénégalaise dans l’histoire à être membre du Mensa. L’histoire continue avec Rahma car le Pickerington school district existe depuis 1815 et Rahma est la première de ce «school district» à être membre du Mensa. En 2016 Rahma a subi le «PARC test» qui est un test national et a obtenu 813 points sur 814 alors que le «school average score» était 735, le «district average score» 708 et le state average score 702.
Rahma poursuit son cycle secondaire et prend en même temps des cours universitaires notamment en chimie. Elle a été honorée à Boston du 25 au 27 juin 2018 et a reçu le «National Academy of Future Physicians and Medical Scientist Award of Excellence». Parmi les participants à cet événement figurent : Sir Richards Robert, Prix Nobel en physiologie et médecine 1993 ; Michael Stuart Brown, Prix Nobel en physiologie et médecine 1985 ; Leland hartwell prix, Nobel en physiologie et médecine 2001 pour ne citer que ceux-là.
Rahma veut tendre la main aux cinquante-quatre (54) nations africaines et travailler pour le développement du continent en passant par les mathématiques, les Sciences et Technologies. Rahma à l’âge de 12 ans a révolutionné les mathématiques en changeant une théorie qui existait déjà pour une meilleure compréhension.
KOLDA : Aminata Ly, une businesswoman dans l’agropastorale
Originaire d’Oussouye, Aminata Ly avait décidé après l’obtention de son Baccalauréat de poursuivre ses études au Maroc afin d’obtenir un diplôme en Finances. Objectif atteint, elle revient au Sénégal pour travailler dans de l’Agroalimentaire. Mais plutôt à Kolda, auprès de son oncle, qui, après des années vécues aux USA, décide de rentrer au terroir avec une vision : «transformer sa ville natale» !
Suite à un défi lancé par son oncle, Aminata accepta de s’installer dans le village de Sibéré Kandé à 5 Km de la ville de Kolda où elle gère une équipe de plus 20 employés. L’activité de la ferme comprend l’élevage et la production laitière. Elle fonde la société SOWRANCH qui a une capacité de 8000 poulets de chairs et un domaine exclusif réservé au maraîchage sur 2 hectares. Une autre zone d’habitation de 2 ha, une zone arboricole de 3 ha avec 1200 pieds de Lime de Tahiti, 200 pieds d’oranges et de clémentine et 200 pieds de Moringa.
Ce n’est pas tout ! «Collé» comme on la surnomme dispose de pas moins de 5 hectares de plantations d’anacarde avec 15 ruches pour l’apiculture… Aminata Ly a également un projet pilote : Un centre d’Immersion Agro-écologique actuellement en construction, soit 20 chambres, un réfectoire, 2 salles de classes, un jardin botanique et un «milkbar»!
MATAM : Bineta Hanne, la patronne des SIPA
A la tête d’une entreprise paysanne rurale, la Société d’Intensification de la Production Agricole (SIPA) de Thiambé, Bineta Hanne la gérante, multiplie les initiatives pour la pérennisation des acquis de ce modèle créateur de richesse et d’emplois dans son terroir.
Comme la plupart des jeunes foutankaises, Bineta Hanne a dû arrêter des études scolaires pourtant très prometteuses pour se marier et rejoindre le domicile conjugal après une formation en secrétariat de bureau. Ce qui n’émouche en rien son esprit de battante car, avec ses quelques qualifications de base, elle réussit à monnayer ses compétences dans un projet de développement. Avec un maigre salaire dont elle épargne une partie parce que ambitionnant de se payer des études en secrétariat de direction dont elle rêve…
Face aux multiples exigences de la vie et malgré sa forte détermination, elle aura du mal à concrétiser cette ambition. En 2010, le PRODAM (Projet du Développement Agricole de Matam) qui développe les Sociétés d’Intensification de la Production Agricole (SIPA) qui sont des entreprises Paysannes de type SARL, gérées par des associés rémunérés avec les bénéfices réalisés qui lui ouvre les portes de l’entreprenariat. Ces entreprises rurales gèrent 120 à 150 jeunes et disposent d’un patrimoine foncier de 40 ha, d’un forage agricole d’un débit moyen de 150m 3 /h, d’un magasin de conditionnement et de groupe électrogène. Le dispositif technique mis en place permet d’assurer une agriculture permanente en 2 à 3 cycles de production par an. Elles se proposent de booster la production et la productivité agricoles pour passer de la sécurité alimentaire à la sécurité économique, de créer des emplois durables en milieu rural et de lutter contre l’émigration. Bineta se saisit de l’opportunité qui s’offre à elle et devient gérante de la SIPA de Thiambé qui se trouve dans sa localité. Ainsi, elle devient chef de l’entreprise en plaidant le respect, la sincérité dans le travail, la ponctualité, le respect des cotisations, la transmission et le partage des informations relatives à la SIPA et à son fonctionnement, aidée en cela par les chefs de groupes. Elle veille au grain au code de conduite édicté par le règlement pour la bonne mise en œuvre des activités de productions dans le périmètre.
Tout un challenge qui l’a forcée à batailler fort et bousculer certaines pesanteurs socio-culturelles pour mettre en place à travers son management un bon planning de production en fonction des besoins du marché avec l’accompagnement du Prodam. La Sipa cultive sur plusieurs hectares de sorgho, du niébé et du melon avec une bonne planification échelonnée en fonction des besoins du marché.
«Je travaille au quotidien pour la réussite de l’entreprise car, il n’y a pas de secret, c’est le travail qui construit la réussite. Je pousse mes sociétaires, surtout les femmes à relever le défis en changeant de comportement et à se concentrer sur le travail», déclare-t-elle. «Au début, nous avons rencontré des difficultés, en recevant de faibles revenus. Les choses se sont améliorées par la suite, l’entreprise a pu contractualiser avec des opérateurs et aujourd’hui nous exportons du gombo labellisé en Europe avec des revenus acceptables. Ce qui représente une avancée qualitative dans la vie des bénéficiaires en termes de scolarisation des enfants, de la santé et des moyens d’existence des ménages».
Avec l’avènement de l’exportation du gombo, la SIPA de Thiambé se professionnalise de plus en plus avec une grande dextérité dans la collecte, le tri, la préparation, le conditionnement et le transport du produit. Entre temps, le volume du travail devenu tellement important a favorisé le recrutement de journaliers rémunérés entre 2500 et 3000 F CFA, des sources de revenus qui appâtent les jeunes surtout les collégiens et les lycéens durant les vacances.
«Nous pouvons créer de la richesse car nous voyons grand en termes de productivité et de mise en marché. Le Prodam a mis en branle les rampes de la sécurité économique, c’est une opportunité que nous devons bien saisir par la consolidation des activités économiques que nous faisons depuis quelques années. Jusque là, c’est l’électricité (factures élevées) qui péjorait nos bénéfices, avec l’installation du solaire, l’avenir est plus radieux», explique la gérante qui est aujourd’hui la présidente des SIPA de la région.
ROKHAYE NDIAYE GNINGUE, LA «MERE THERESA» DES ENFANTS DEMUNIS
Eu égard au rôle primitif qui est accordé à la gent féminine en Afrique, Mme Rokhaya Ndiaye Gningue est une femme sénégalaise qui a su déconstruire ce stéréotype et transcender la place de femme au foyer qui lui a été assignée et imposée par sa société, surtout au cours de ces années 70 où les croyances coutumières demeuraient encore profondément ancrées dans la société sénégalaise. Elle a repoussé les préjugés et les pesanteurs de la société pour se hisser au haut niveau.
Titulaire d’un baccalauréat scientifique en 1972, Rokhaya Ndiaye Gningue est une ingénieure agroalimentaire sortie de l’école supérieure polytechnique de Dakar. Major de sa promotion, elle sera recrutée à l’Institut technologie alimentaire (ITA) avant même la fin de sa formation pour être nommée plus tard, grâce à ces compétences, cheffe laboratoire. Fonction qu’elle occupera pendant 32 ans. Mais, au-delà de cette casquette laborantine, Madame Gningue encadrait parallèlement des thésards respectivement à la faculté des médecines et dans certains instituts privés. Tout au long de sa carrière, avec l’évolution de la science, elle ne s’est pas lassée d’ajouter d’autres cordes à son arc en s’ouvrant vers d’autres filières en corrélation avec l’agroalimentaire. Ce qui lui a valu d’être un condensé de savoir dans le domaine des sciences agroalimentaires.
Après la retraite, Madame Gningue n’a pas voulu rester passive. Elle s’est de suite retroussée les manches dans le souci de vulgariser et de transmettre ses connaissances et son savoir-faire à la population, les inciter surtout à la consommation des produits locaux. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de créer un GIE rattaché à sa mission avec des femmes de Grand-Yoff et de la patte d’oie dénommé «AMINA MUTISERVICES» spécialisé dans la pâtisserie, des mets sucrés ou salés à base de céréale et d’autres produits locaux. De cette initiative, elle entendait transmettre avec tact les livrets de recettes qu’elle a eu à tirer de nos produits locaux au cours de ces recherches et expériences afin que celles-ci ne soient pas rangées dans les tiroirs.
Au cours de cette formation, Rokhaya Ndiaye Gningue initiait aussi les femmes de ces localités à la préparation sans bouillon et les apprenait en même temps comment conserver l’aspect nutritionnel des légumes sans oublier les bonnes pratiques de nutrition et de microbiologie.
Face au taux de chômage inquiétant qui secoue notre pays depuis un bon bout de temps, elle a eu la brillante idée, après moult réflexions, de créer une structure de formation sous le nom «cuisine du savoir-faire». Objectif, former des jeunes qui n’ont pas de diplômes, dans des modules divers à court terme afin de les pousser vers l’auto-emploi. Une manière pour elle d’apporter sa partition dans le développement socio-économique du pays et de créer en même temps de l’emploi.
Le faible résultats des élèves en banlieue sera un déclic pour notre «incontesté model» d’orienter sa généreuse mission vers les écoles en collaboration avec le GRDR qui s’active dans les cantines scolaires de la banlieue, pour aider ces élèves qui, la plupart, sont issus de familles démunies, restant des journées entières à l’école sans prendre un repas. Ce qui se répercutait sans nul doute sur leur résultat scolaire. C’est ainsi qu’elle a, par ailleurs, bénéficié aussi de l’appui de mains fortes qui la plupart étaient des mères de famille qui acceptaient de cuisiner pour les enfants lors des journées continues sans bourse délier.
Une collaboration féconde qui assurait lors de ces journées aux élèves et professeurs des plats traditionnels et économiques au petit matin et au déjeuner moyennant une participation de 100 F CFA. Après une année seulement, le charme attractif des retombées en matière de résultats a incité d’autres écoles à y adhérer. Aujourd’hui, la quasi-totalité des élèves, de Pikine, Guédiawaye et Thiaroye bénéficie des services de ces cantines scolaires
La récompense au bout de l’effort
Rokhaya Ndiaye Gningue ne s’est jamais plainte et ne croit pas d’ailleurs à la politique discriminatoire tant chantée par la plupart de ces pairs. Son sacerdoce a toujours été de travailler dur pour réussir. Attitude qu’elle a hérite de son père qui ne faisait pas de distinction entre ces enfants de sexe opposé. Pour elle, «la parité ne tient pas» mais «la méritocratie doit rythmer le monde professionnel». Et c’est dans ce sillage même qu’elle confie «que le travail d’une mère ne doit pas porter atteinte l’éducation de ces enfants.» Et de renchérir que «la femme est le socle de notre société, celle qui façonne l’avenir de notre pays, dessine les contours du monde de demain. Elle doit œuvrer sans relâche pour le bien être de sa famille et de sa communauté». Ainsi, malgré son âge avancé, Rokahaya Ndiaye Gningue continue jusqu’à ce jour d’œuvrer dans le social et compte rester dans la dynamique de mouiller le maillot pour son cher Sénégal jusqu’à son dernier souffle.
UN 8 MARS EN SOUVENIR DES HÉROÏNES DE NDER
Les femmes du village de Nder, une localité de la commune de Gnith, dans le département de Dagana, ont commémoré dimanche le bicentenaire de ‘’Talatey Nder’’
Saint-Louis, 8 mars (APS) - Les femmes du village de Nder, une localité de la commune de Gnith, dans le département de Dagana, ont commémoré dimanche le bicentenaire de ‘’Talatey Nder’’ (mardi de Nder), l’acte historique posé par les femmes de cette localité en 1820, en choisissant de se sacrifier collectivement en s’immolant par le feu plutôt que d’être réduites à l’esclavage, a appris l’APS.
Elles ont voulu ainsi ‘’résister à l’oppression et à l’invasion maure, pour sauvegarder la dignité de la femme face à l’esclavage de l’émir du Trarza’’, a magnifié Fatou Sidibé Guèye, coordonnatrice du comité de pilotage du bicentenaire.
La mobilisation culturelle organisée à l’occasion de la journée du 8 mars vise à ‘’inspirer les jeunes du Walo’’ en particulier et du Sénégal en général’’. Elle vise aussi à les amener à "s’ancrer aux valeurs de leurs ancêtres qui ont eu à sauvegarder la dignité humaine, en refusant l’humiliation et la domination’’.
Mme Sidibé souligne que l’histoire de Nder est ‘’un exemple de bravoure’’ de la part de ces femmes qui ‘’avaient montré la voie à toutes les femmes du Sénégal’’.
‘’Aujourd’hui, les femmes de Nder réclament une autonomisation pour un accès aux terres du Walo. Nous allons collecter 2020 signatures et faire un plaidoyer auprès du président de la République, afin que la journée du Talatey Nder, soit inscrite dans l’agenda culturel au Sénégal’’, a-t-elle martelé.