Un an déjà que tu as faussé compagnie à tes auditeurs, tes lecteurs, tes amis, tes collègues et ta famille. Pas parce que tu auras été pris à défaut de courtoisie et de respect, mais à cause du décret divin qui a eu raison de ta détermination à avoir le dessus sur ta maladie !
Certains de tes compatriotes ont eu à exprimer leur regret de t’avoir pas rendu de ton vivant l’hommage que tu méritais ! Peut-être bien qu’ils souhaitassent se déplacer pour honorer de leur présence cette mémorable cérémonie du 25 juin 2022, faisant de toi le Parrain de la 15ème Promotion du Programme Leadership Politique 2021 sous l’égide de la Fondation Friedrich-Ebert Mais avec ta culture de l’effacement et ta distance envers les honneurs l’information a pratiquement été distillée.
Mais heureusement ! Ne serait-ce que pour formuler à l’endroit de Jean Paul Sartre l’exception qui confirme la règle : rappelé à Dieu, tu n’as pas été, pour autant, une proie des vivants !
Dès le lendemain de ton décès, le président de la République, Macky Sall, recevant le cahier de doléances du Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication prit cette mesure qui soulagea la douleur de plus d’un Sénégalais : le CESTI portera désormais ton nom. Et comme pour témoigner davantage de ta fonction de boussole pour la profession, tes pairs choisirent, quelques semaines après la reconnaissance de la Nation, de donner ton nom à leur toute nouvelle cité, située à Thiéo dans la communauté de Notto Diobass.
Toutefois, mon cher Less, ces mesures, quoiqu’ importantes, ne sauraient suffire pour marquer ta présence parmi nous. Et celle-ci est dans ton héritage décliné en termes d’élégance dans l’expression, de finesse dans l’analyse et de penchant pour l’élaboration théorique.
Et faute de disposer de l’expertise et de l’espace pour parler de l’intégralité de ton œuvre, je me contenterai de quelques cas d’illustration.
Le premier renvoie à ta réaction au sujet du procès dont la presse est l’objet. Ainsi, à la question posée par un de tes jeunes collègues lors de la cérémonie de parrainage évoquée plus haut ta réponse fut : « il y a toujours eu des journalistes plus favorables au pouvoir qu’à l’opposition ou l’inverse. Et cela nous a tous attiré des quolibets et des injures. Cette critique a toujours existé. Maintenant ce qui est nouveau, c’est que ce sont les journalistes eux-mêmes qui répètent les préjugés sur eux. »
Pour mesurer à sa juste valeur ton propos, il convient de révéler que ce n’est pas seulement la posture d’un journaliste en fin de carrière, affectueusement appelé Pa Less, mais il s’agit plutôt de la fidélité à des principes directeurs que le jeune journaliste que tu fus a su s’approprier dès l’entame de sa carrière. Pour preuve, cette analyse pointue servie à des politiciens irrités par le développement « d’un pôle de pouvoir qui ne tire sa force que dans la manière de s’acquitter de sa mission et du respect scrupuleux avec lequel il observe les règles de déontologie » Je te rappelle ton propos : « . Oh bien sûr, il existe de vrais gangsters dans le microcosme du journalisme sénégalais, mais il existe trois ou quatre titres dont la tenue et le sérieux imposent le respect, même aux esprits les plus soupçonneux. On ne saurait en dire autant de la politique où la seule règle consiste à violer – en les contournant habilement – les règles établies, tout en proclamant sa probité et son attachement à la légalité.»
Il est vrai qu’à travers cette prise de position empreinte d’audace et de perspicacité transparait tout l’esprit d’une ère nouvelle qui allait enterrer de sa belle mort le monolithisme médiatique hérité de la culture pernicieuse du parti unique. Et ce combat mené avec abnégation et esprit de suite, tu l’avais en partage avec tes ainés, tes promotionnaires et tes cadets au nombre desquels Babacar Touré, Sidy Lamine Niass, Abdoulaye Ndiaga Sylla et Ibrahima Fall.
Le second cas d’illustration, je vais le puiser dans l’une de tes pertinentes chroniques de janvier 1993. Les impasses auxquelles avaient débouché la démocratisation en Afrique noire t’avaient inspiré cette réflexion : « Il y a un problème africain, presqu’existentiel, qui réside dans une grande difficulté voire une quasi-impossibilité à vivre en harmonie avec des valeurs qui, de manière générale, ont leur origine en Europe. Comme ces sapins de Noël transplantés de ce même continent, juste pour servir de décorum mais sans jamais prendre réellement racine »
La portée de cette métaphore organiciste est qu’elle met le doigt sur cette perversion consistant à penser le modèle démocratique en dehors de la véritable histoire des peuples concernés. Ce faisant, l’avènement de la démocratisation s’est opéré sous le mode de la greffe que rejette le réel africain comme le ferait tout organisme à tout corps étranger.
Trente ans après, tes propos restent d’une brûlante actualité. La quasi-totalité des pays de l’Afrique francophones traversent de redoutables zone de turbulence. Et des Etats en sont venus à remettre en cause le projet démocratique. Ton pays lui-même allait être emporté par une terrible bourrasque politique.
Et si je peux aujourd’hui t’adresser en toute quiétude cette correspondance outre-tombe c’est parce que, en plus de l’esprit républicain qui a animé les différentes institutions du pays, du sens retrouvé de la responsabilité des politiciens et du professionnalisme de tes pairs, les citoyens-électeurs ont confirmé leur certitude selon laquelle la roche tarpéienne est toujours près de l’urne.
Et si à l’instar des sapins de Noël, la démocratie a du mal à prendre racine en Afrique c’est moins dû à l’inaptitude des peuples africains qu’à l’incapacité notoire des classes dirigeantes qui vivent de rente à s’approprier le projet républicain.
Pour preuve, l’écrasante majorité des Sénégalais, même victime d’un déficit d’instruction civique dont l’Etat, les organisations politiques et la société civile sont responsables, se sont clairement exprimés par les urnes. Il fallait voir avec quelle maturité et hors de toute consigne de vote ils s’étaient décidés à conjuguer la présidentielle au passé !
Au demeurant, il est juste de souligner que, dans la configuration politique du Sénégal à la veille des législatives, tu avais déjà perçu les signes avant- coureurs de l’effondrement de la digue que constitue ton pays. Aussi, sous l’éclairage de la vieille sagesse africaine et de ta respectable expérience, mettais-tu en garde tes concitoyens : « …Je vois que la folie est plus grande cette fois-ci. (…) Si dans la poussière et le délire, on s’en va vers les urnes en s’insultant et en se donnant des coups, (on n’atteindra pas le résultat des urnes), c’est-à-dire la légitimité populaire (…) Il faut arrêter la cadence et se parler, parce que ce qui doit être au centre de nos préoccupations c’est le bon vieux Sénégal. Nous sommes tous issus d’un pays où la sagesse recommande de retourner d’où l’on vient si on se sait plus d’où l’on va »
Hélas ! Cette sérieuse mise en garde, comme tant d’autres formulées par des observateurs avertis, ne reçut pas l’écho qu’elle méritait. Sous ce rapport, tu ne fis pas seulement un enseignant doué en communication, ni un journaliste intégral mais un intellectuel usant d’une grille de lecture suffisamment performante pour alerter et prévenir !
Mon cher Less, jusqu’à ton ultime souffle tu as tenu à t’acquitter de ta tâche générationnelle, pour reprendre Frantz Fanon. Tu es resté à la fois la sentinelle et la boussole !
Et si le Sénégal entend s’engager résolument dans la perspective de ne plus s’amuser avec le feu, il sera mis en demeure, entre autres, d’organiser des ateliers et des colloques pour l’appropriation des savoirs, des savoir-faire de ses filles et de ses fils.
Mon cher Less, je suis d’autant plus convaincu de cet impératif que la demande est plus que forte au niveau de tes jeunes collègues aussi respectueux et admiratifs du modeste serviteur que tu as été, Pa Less. Pour t’en persuader, il suffit de te remémorer de cet aprèsmidi de ton parrainage évoqué plus haut, nous avons dû t’arracher à leur commerce tant leurs questions étaient à la fois nombreuses et pertinentes. Mais à l’évidence, ta volonté, jamais prise à défaut de répondre à leurs interpellations, était inversement proportionnelle à tes capacités physiques.
Ce rendez-vous, je crois, fut ta dernière apparition publique, tout au moins le dernier banquet généreusement offert à toutes celles et à tous ceux qui ne se lassent de t’écouter et de te lire et qui, aujourd’hui plus que jamais, te portent dans leur cœur ! Adieu, l’ami ! Que Firdaws soit ta dernière demeure !
Alpha Amadou Sy,
Auteur, entre autres, de L’espace politique de l’Afrique francophone (vingt-cinq ans après le Sommet de la Baule), Paris, éditions l’harmattan, 2017, Préface de Mame Less Camara
Par Ciré Clédor Ly
L'ÉTAT DE DROIT EST LA CHARPENTE DE TOUTE SOCIÉTÉ DÉMOCRATIQUE
Il inspire la confiance, apaise les esprits, garantit la sécurité juridique et l'épanouissement dans tous les domaines de la vie.
Il inspire la confiance, apaise les esprits, garantit la sécurité juridique et l'épanouissement dans tous les domaines de la vie.
En s'attaquant à l'anarchie juridique et aux injustices enrobées d'une fausse légalité par le pouvoir battu démocratiquement à plate couture, lors des dernières élections, le tandem Diomaye-Ousmane qui a commencé par abroger les décrets de la dernière heure, a donné un signal fort sur le sort réservé à tous les actes administratifs et contractuels qui lèsent les intérêts des citoyens, ne sont pas compatibles avec la bonne gouvernance et les intérêts de la nation, ou, puent la corruption à mille coudées, les délits d'initiés, le népotisme ou le favoritisme.
Plusieurs actes de dernières minutes ou post-électoraux savamment pensés et froidement exécutés pour des objectifs de déstabilisation socio-économiques, ne relèvent pas seulement de l'inélégance ou de l'indélicatesse princière, mais de la haute trahison et méritent une mise en accusation, en raison des conséquences désastreuses qu'ils induisent si la nouvelle gouvernance ne trouve une parade rapide.
L'Amérique et l'Occident, le monde Arabe et le monde asiatique ainsi que les gouvernants Africains, ont le devoir de ne protéger personne sous peine de complicité et de recels de malfaiteurs engageant la responsabilité personnelle des États responsables et des chefs d'états receleurs, car la convention de Vienne n'a pas vocation de protéger les corrupteurs, les <<blanchisseurs>> d'argent sale, les criminels financiers et ceux qui ont commis des atteintes graves à la démocratie et à l'Etat de droit.
Ceux qui prétendent défendre des valeurs universelles inscrites dans les deux premiers pactes après la déclaration universelle d'intention, ne pourraient ne pas rendre justice au Sénégal et à tous ces peuples d'Afrique saignés par des prédateurs qui planquent leurs fortunes illicites à l'étranger aux vues et aux sues des gouvernants qui sont précurseurs de la convention de Mérida.
Le Tandem Diomaye-Ousmane doit avoir le soutien de tous les Sénégalais de quelque côté de l'univers qu'ils se trouvent, de tous les panafricanistes qui ont largement et admirablement été de la lutte, de ceux qui dans le monde sont épris de justice et de souveraineté dans la coopération multipolaire juste et équitable.
Le soutien au tendam Diomaye-Ousmane doit bannir le criticisme, la critique hâtive et prématurée. Il appelle à davantage de tolérance, le temps qu'il finisse de poser son baluchon et fixe ses repères, car avec la terre brûlée par les vaincus, tout est à reconstruire et à présenter comme modèle de réussite.
La décision prise de ne pas extrader le jeune guinéen et fondée sur l'opportunité, le droit interne, le Pacte international sur les droits civils et politiques, la jurisprudence et la doctrine autorisée, est un acte.
Par Mohamed GASSAMA
PAN OU LA RESURRECTION DE LA RTS
À dire vrai, nous n’imaginons pas un seul instant que Pape Alé puisse suivre les pas du «DG/Maire», à savoir, passer son temps à traquer des agents, à licencier d’honorables serviteurs de l’État ou à «mettre au frigo» des employés sans cause réelle
Avec la nomination de Pape Alé NIANG, il est de bon ton d’espérer voir en direct la Radiotélévision du Sénégal sortir du coma médiatique dans lequel l’avait plongée l’ancien dirlo. En attendant, nous voudrions adresser à notre confrère et frère nos chaleureuses félicitations pour la confiance que Monsieur le Président de la République, conformément aux dispositions de la Constitution, a bien voulu placer en lui. Qu’ALLAH l’assiste dans ses nouvelles fonctions et le guide vers la réussite. À ce propos, nous avons bon espoir parce que nous avons l’intime conviction que «PAN» ne fera pas moins que le désormais ancien «DG/RTS». D’ailleurs, peut-on faire pire que ce dernier ? Absolument pas.
À dire vrai, nous n’imaginons pas un seul instant que Pape Alé puisse suivre les pas du «DG/Maire», à savoir, passer son temps à traquer des agents, à licencier d’honorables serviteurs de l’État ou à «mettre au frigo» des employés sans cause réelle et sérieuse. Au contraire, vu ses qualités humaines et professionnelles, il part avec la faveur des pronostics. On ne lui apprendra pas, en effet, que la «RTS» est un microcosme et qu’elle représente une microsociété qui reflète les caractéristiques de notre pays. Sous ce rapport, qu’il nous soit permis, en toute humilité, de procurer quelques viatiques, qui pensons-nous, pourront servir de provisions pour la route du «Triangle sud», siège de la Radiotélévision. Il s’agit, notamment, de la nécessité d’apaiser le climat social, de réconcilier les cœurs et de générer un nouvel état esprit afin que tous les salariés se retrouvent dans un même idéal, renouent avec la liberté de travailler en faisant de la déontologie et de l’éthique, leur seule boussole. Bref, le slogan «Le public, notre raison d’être» doit désormais prendre toute sa signification.
Sans aucun doute, observateurs et auditeurs, friands de programmes variés et d’informations plurielles, s’accordent à reconnaître que depuis plus d’une décennie, le service public de l’audiovisuel n’émet que des ondes négatives au point que la situation est devenue intenable. Personne n’ignore que ne passait à la «RTS» que ce que le Directeur général sortant voulait bien passer. Du jamais vu ! D’où le rejet de la quasi-totalité des populations. Même du temps de la «radio-télé unique», on s’attelait, bon an mal an, à ouvrir des temps d’antenne qui regroupaient des invités de sensibilités opposées ou des voix discordantes. Nous fûmes acteurs de premier plan et témoins oculaires. À titre d’exemple, «TGP», la célèbre production du grand Babacar DIAGNE qui, avec des sommités mondiales, visait des sujets d’intérêt général en très gros plan.
Idem pour le rendez-vous politique «PLURIEL» que dirigeait avec clairvoyance et professionnalisme notre très regretté doyen Amadou Mbaye LOUM et le magazine «PASTEF» de la doyenne Arame DIOP, qui mettait l’accent sur les questions de société, d’éducation et de genre..
Venant à la radio nationale, dans le souci de se rapprocher davantage des citoyens, il sied de rappeler, particulièrement, la création d’une «Unité des informations de proximité», sous l’égide de l’expérimentée Gnagna SIDIBÉ DIAGNE. La liste est loin d’être exhaustive. En tout état de cause, le potentiel existe sur place et s’exprime à travers de brillantes émissions et de grandes éditions d’informations dont les présentateurs demeurent des modèles. Justement, on ne comprend toujours pas comment tout ce trésor a été tourneboulé et pour quelle raison la «RTS» est tombée dans un état de déliquescence avancée. Une agonie qui diverge d’avec la vision des valeureuses personnalités qui se sont succédé depuis le 04 décembre 1973, date de la création de l'Office de Radiodiffusion Télévision du Sénégal « ORTS », ancêtre de la Société nationale de Radiodiffusion Télévision Sénégalaise « RTS », créée par la Loi n° 92-02 du 06 janvier 1992. Au-delà de leurs missions traditionnelles, les différentes composantes ont toujours privilégié l’esprit d’équipe, mieux, dans une parfaite synergie, elles ont su ériger la « RTS » au rang d’une véritable Institution. Disons-le tout de go, « la maison » ressemble indéniablement à une école de formation continue ou d‘approfondissement des compétences. S’y côtoient tous les âges, tous les savoirs et tous les savoir-faire. Alors, rien ne devrait faire perdre au Service public de l’audiovisuel ses lettres de noblesse. En tout cas, l’ensemble des agents, hommes et femmes, continuent d’être des professionnels rompus à la tâche. Engagés, dévoués, vertueux et responsables, ils n’attendent qu’à être associés aux efforts de redressement et de progression. Ainsi, au nouveau Directeur Général d’être un solide manager. Pour ce faire, Pape Alé NIANG devrait, tout d’abord, libérer la « RTS » du joug politique, ensuite, exhorter au travail et à la rigueur, veiller à devenir le garant du bien-être individuel et collectif et enfin, rester régulièrement à l’écoute de ses collaborateurs, quel que soit leur rang ou grade.
QU’ALLAH FACILITE TOUT.
Mohamed GASSAMA
Citoyen sénégalais de la Diaspora / Ancien journaliste de la « RTS »
par Jean-Hervé Jézéquel
UN SÉISME SÉNÉGALAIS, DES RÉPILIQUES OUEST-AFRICAINES
Dans cette région polarisée, l’élection de Diomaye ouvre la perspective d’une troisième voie. La région en quête de nouveaux modèles suivra la manière dont ce pouvoir saura ou non incarner un changement désiré partout ailleurs
Il y a encore quelques semaines l’Afrique de l’Ouest, en particulier les pays de la zone francophone, semblait engluée dans l’opposition entre deux styles de régime politique. D’un côté, des systèmes à façade démocratique dirigés par des élites vieillissantes ayant capturé durablement le pouvoir et souvent incapables de répondre au profond désir de changement des nouvelles générations. De l’autre côté, des régimes militaires imposés à l’issue de putschs peu sanglants ayant largement – mais pas entièrement – balayées les anciennes élites dirigeantes. Ces nouveaux dirigeants militaires ont suscité un vent d‘espoir assez inédit auprès d’une partie des populations, leur bilan est pourtant jusqu’ici assez maigre. L’aura dont ils bénéficient pourrait s‘effriter d’autant que ces pouvoirs s’engagent volontiers dans une répression brutale de toute opposition.
Deux impasses, une troisième voie
Le fossé entre ces deux types de régime, démocraties usées d’un côté et autoritarismes militaires de l’autre, s’est élargi ces derniers mois. En aout 2023, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a brandi la menace d‘une intervention armée pour faire entendre raison aux putschistes qui venaient de renverser le président Mohamed Bazoum à Niamey. La Cedeao n’a finalement pas osé traduire ses menaces en actes mais, en réaction, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont créé en septembre, leur propre union des « régimes kaki », l’Alliance des États du Sahel (AES). En janvier 2024, ils ont unilatéralement et simultanément annoncé leur retrait « sans délai » de la Cedeao.
Dans cette région polarisée, où les systèmes politiques oscillent entre Charybde et Scylla, l’élection du président Bassirou Diomaye Faye au Sénégal ouvre la perspective presque inespérée d’une troisième voie. Après avoir frôlé un ultime et dangereux déraillement en janvier, la démocratie sénégalaise a non seulement résisté, mais également démontré qu’un processus électoral libre, aux résultats que nul ne songe aujourd’hui contester, peut répondre à la profonde aspiration au changement.
Lors de l’investiture du président Diomaye Faye, le 2 avril 2024, la salle a certes applaudi les représentants des régimes militaires et largement boudé les représentants des autres pays ouest-africains. Il ne faut pourtant pas s’y tromper : l’élection de Diomaye Faye renvoie dos à dos les deux impasses que sont les démocraties usées et les autoritarismes militaires. Elle indique une troisième voie dans laquelle une démocratie peut incarner le changement à condition de s’appuyer sur une mobilisation forte des citoyens sur l’espace civique, des institutions politiques consolidées et surtout un processus électoral véritablement libre et transparent.
Tout reste encore à faire
Évidemment, cette troisième voie n’est encore qu’un espoir. Pouvoir rajeuni ne rime pas forcément avec progressisme systémique comme l’atteste la composition d‘un gouvernement sénégalais qui compte fort peu de femmes. Le chemin du changement est également semé d’embûches et l’échec reste possible. Après avoir fait d’aussi nombreuses promesses à la jeunesse, le désenchantement serait alors terrible. Tout reste encore à faire pour le nouveau président, son premier ministre et leur premier gouvernement. Les sénégalais auront sans nul doute les yeux braqués sur eux.
Au-delà, c’est toute la région en quête de nouveaux modèles qui suivra la manière dont ce pouvoir issu des urnes saura ou non incarner un changement désiré partout ailleurs. Les dossiers de dimension nationale ou régionale sont nombreux sur le bureau du nouveau président : lutte effective contre la corruption, partage des ressources et rénovation du lien avec les citoyens, sortie du franc CFA et adoption d‘une nouvelle monnaie, recomposition des partenariats, etc. Il y aura, à n’en pas douter, des moments difficiles et des choix tendus.
La gestion délicate de la crise provoquée par le retrait des pays de l’AES de la Cedeao est l’un des premiers grands dossiers sur lequel la diplomatie sénégalaise est attendue. Le président Diomaye Faye a déjà annoncé son ambition de jouer les médiateurs pour ramener les trois pays sahéliens dans le giron de la Cedeao. Une organisation régionale qu’il faudra sans doute également réformer pour qu’elle fonctionne et reflète mieux les aspirations des citoyens ouest-africains. Après plusieurs mois de confrontation entre la Cédéao et l’AES, c’est un positionnement habile qui, s’il réussit, donnera toute son importance à la diplomatie sénégalaise à un moment clé de l’histoire de la sous-région.
Des gagnants et des perdants
Dans les mois à venir, les partenaires internationaux du Sénégal ne devront pas se tromper non plus : le changement n’est pas simple, il aura ses gagnants et ses perdants. Il s’accompagnera d’une bonne dose d’incertitudes. De trop nombreux partenaires ont privilégié ces dernières années l’impératif de sécurité et de stabilité dans une région en soif de renouvellement. Cela les a souvent conduits à préserver des ordres politiques pourtant honnis et, dès lors, à subir une grande partie du discrédit qui frappait ces régimes. La perspective d’une troisième voie devrait aussi inspirer ces partenaires internationaux à adopter de nouvelles approches au Sénégal et dans le reste de la région, des approches qui ne conçoivent plus le Sahel et plus largement l’Afrique de l’Ouest comme une litanie de risques, mais comme une série d’opportunités.
Même si le futur de la sous-région reste incertain, la bouffée d’espoir offerte par la démocratie sénégalaise reste particulièrement bienvenue. Dans la région, les occasions de se réjouir des dynamiques politiques ont été plutôt rares ces dernières années.
Jean-Hervé Jézéquel est directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group (ICG).
Par Aoua Bocar LY-Tall
DE QUOI SE MÊLE FAOUZIA ZOUARI ?
J’ai lu avec étonnement l’article de l’écrivaine Faouzia Zouari dans Jeune Afrique qui se dit «révulsée par l’image. Celle du nouveau Président Sénégalais s’avançant à la tribune avec ses deux épouses » lors de son investiture.
Bés Bi le Jour |
Aoua Bocar LY-Tall |
Publication 27/04/2024
J’ai lu avec étonnement l’article de l’écrivaine Faouzia Zouari dans Jeune Afrique qui se dit «révulsée par l’image. Celle du nouveau Président Sénégalais s’avançant à la tribune avec ses deux épouses » lors de son investiture.
Ce qui est étonnant c’est que madame Faouzia Zouari semble être plus "RÉVULSÉE" par la vue d’un chef d’État avec ses deux épouses que par la polygamie, elle-même. «Du jamais vu, une telle scène dans l’espace politique contemporain», affirme-t-elle. Ignore t’elle que les musulmans sont polygames ? Ou alors, pour elle c’est plutôt du «cachez-moi cette 2e épouse que je ne saurai voir.» Pour une intellectuelle réputée être une défenseuse des droits des femmes, c’est là une position fort curieuse. Car, Mme Zouari semble préconiser qu’en dehors de la première, que les autres épouses doivent rester dans les placards, sans reconnaissance maritale et des droits qu’elle confère. Qu’elles souffrent en silence, elles et leurs enfants, comme ce fut le cas d’Anne Pingeot et sa fille Mazarine Pingeot qui, furent respectivement la seconde épouse et la fille d’un des grands présidents de la France contemporaine (1981 - 1995), feu le président, François MITTERAND (1916-1996).
Pendant 35 ans, mère et fille PINGEOT vécurent dans l’ombre, sans reconnaissance officielle, se contentant de ce que monsieur le président pouvait leur offrir en temps et en privilèges. Si madame Pingeot s’est murée dans le silence durant toute sa vie de "Seconde" (1961-1996), sa fille Mazarine née en décembre 1974 usera de l’écriture pour sortir de cette Omerta. Selon les Laurent Valdiguié qui mena une Enquête et produisit un rapport intitulé "Anne PINGEOT, la clandestine", un des membres de la famille Mitterrand lui a confié que : "Chez nous, tout le monde savait, mais personne n’en parlait jamais" (https://www.lejdd.fr/Polit ique/anne-pingeot-lamaman-de-mazarine-etl-amoureuse-deMitterrand-252897- 3107366).
Dans son livre "Bouche cousue" paru en 2005 (Édition Julliard), Mazarine y raconte les frustrations, les souffrances, les pleurs de sa mère, mais aussi sa propre quête existentielle et de reconstruction identitaire. Notons que son père ne la reconnaitra qu’à l’âge de 10 ans, soit, un 25 janvier 1984. Aussi, conformément à son testament, elle et sa mère, aurons quand même le droit d’assister aux funérailles du président Mitterand aux côtés de la première épouse de celui-ci, madame Danielle Mittérand et de ses demi-frères, Jean Christophe, et Gilbert Mittérand, respectivement leur ainée de 3 et de 6 ans. Est-ce le sort que madame Zouari veut qu’on réserve à la 2e épouse du président sénégalais, c’est-à-dire vivre dans l’ombre, dans la souffrance et sans aucun droit ?
Madame F.F., monsieur Bassirou Diomaye FAYE en a décidé autrement, en prenant totalement ses responsabilités. Vu qu’il a deux épouses, s’il s’était présenté avec une seule, n’est pas là qu’il aurait fait preuve d’opacité ? Il a choisi la transparence. Du même coup, il se conforme aux recommandations de sa religion, l’Islam qui limite le nombre d’épouses à quatre au maximum, mettant fin aux harems antéislamiques (10 à 300 épouses et plus). En effet, à la Sourate An-Nisa, verset 3 sur "Les femmes", Dieu a dit aux hommes : «Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent. Mais, si vous craignez de n’être justes avec celles-ci, alors une seule, …». C’est la raison pour laquelle, le président du Sénégal a donné le droit à chacune de ses deux épouses d’être présente à ses cotés en ce jour historique de son investiture. En fait, il a même innové. On ne peut que l’en féliciter. Et, les secondes, troisièmes et quatrièmes épouses devraient désormais "sortir des placards" et occupaient leur place de pleine épouse. Car, chacune d’elle est une première dame de la Nation. Comme vous le dit si bien, Mme Zouari, le président de la république du Sénégal a fait ce qu’«aucun président arabe ou africain n’avait osé …» Il a osé aussi ce qu’aucun monarque français n’avait osé faire. On sait que parmi ceux-ci, à coté de la Reine, avaient plusieurs compagnes dénommées les "favorites". Certaines ont vécu sous le même toit que leurs coépouses et ont eu des enfants légitimés. Le cas de Louis XIV (1638-1715) dit le "Roi Soleil" est un exemple hautement significatif dans cette pratique polygamique française.
Certes, je ne suis pas pour la polygamie, mais, je respecte la liberté de choix des femmes qui optent pour la polygamie. Madame Zouari devait en faire de même. Car, ce qu’elle affirme à savoir que «la polygamie n’est jamais un choix pour les femmes, mais une contrainte ;» est faux. La polygamie n’est pas toujours une contrainte. Beaucoup de femmes dont des européennes et des nord-américaines que j’ai personnellement connues ont eu à opter pour la polygamie. C’est d’ailleurs le cas, de la seconde épouse du président du Sénégal, madame Absa FAYE. Elle n’a pas été mariée contre son gré. C’est une femme majeure, moderne et hautement éduquée. C’est donc en toute connaissance de cause qu’elle a opté pour un mariage polygamique. Et, croyez-moi, c’est un mariage d’amour entre lui et le président FAYE ( https://actuguinee.org/ mme-absa-faye-etdiomaye-faye-voici-lhistoire-dun-professeur-etde-son-etudiante/ ), tout comme c’était le cas entre madame Anne Pingeot et le président de la France, François Mitterand. Leur différence, c’est que la première est officielle et dans la lumière alors que la seconde, fut dans l’ombre durant trente et cinq (35) années.
D’ailleurs, Mme Zouari at-elle pensé aux femmes qui partagent toute leurs vies, leur époux avec une multitude de maitresses de celui-ci ? N’est-ce pas là une forme de polygamie désordonnée ? Mesurez-vous leur degré de souffrances voire leur désarroi ? Cette situation, n’engendre elle pas autant, si non plus de "souffrance, d’injustice et de tensions familiales" que la polygamie officielle ? Pensons aux souffrances de Mme Danielle Mittérand face à la maitresse officielle de son mari de président ? Son cas est celui de plusieurs femmes dont certaines en Europe, finissent par se suicider.
Dans son article, madame Faouzi s’est montrée irrespectueuse à bien des égards. En plus du président du Sénégal, des femmes en mariage polygamique dont elle parle en termes d’être "exhibées", elle va jusqu’à condamner le Sénégal et son peuple, qui dit-elle : "… affiche un symbole aussi rétrograde et officialise, au sommet de l’État, une pratique inégalitaire par essence " Qu’appelle-t-elle d’ailleurs «tradition moderniste et démocratique» ? Est-ce marcher aveuglément dans les bottes de la Culture et la "Démocratie" françaises ? Il est vrai que les sénégalais-e-s sont beaucoup moins aliéné-e-s culturellement que les tunisien-e-s. En outre, par retenue et par respect de l’Autre, les Sénégalais-e-s tout comme les autres Africain-e-s ne se permettraient pas de dire ce qui les «révulsent» dans le gouvernement français. Alors, madame F.F., un peu de respect, SVP !
Fort malheureusement, bien qu’Africaine, madame Faouzi Zouari analyse la polygamie à l’aune d’une vision occidentale qui fait fi des réalités sociales des peuples, de leur foi, nie leur souveraineté culturelle et leur liberté de choix ; s’érigeant ainsi comme toujours en donneuse de leçons. Mais, cela ne passe plus à notre époque. À moins que sa devise ne soit, "parler de moi en bien ou parler de moi en mal, mais parler de moi", la franco-tunisienne, Faouzi Zouari devrait faire preuve de plus de retenue et de rigueur, mieux se documenter, tester la pertinence de ses points de vue avant de livrer aux yeux du monde les résultats de ses analyses dans des médias aussi prestigieux que Jeune Afrique.
Par Papa Chimère Diop
IMPATIENCE ET INDISCIPLINE : LES VÉRITABLES ENNEMIS DU PROGRÈS SÉNÉGALAIS
Il est temps pour nous, Sénégalais, de reconnaître que chaque minute passée dans l'impulsivité et le désordre nous éloigne de nos objectifs de nation prospère et harmonieuse. Nous devons apprendre à donner du temps au temps, à respecter les processus
Dans les rues tumultueuses de Dakar, où la cacophonie des klaxons rencontre le ballet chaotique des motos et des piétons, on découvre le visage de l'indiscipline et de l'impatience qui caractérisent notre société. Ce n'est pas seulement une question de circulation; c'est une métaphore élargie de notre comportement collectif. À peine trois semaines après l'arrivée d'un nouveau gouvernement, une vague de critiques précipitées a déjà déferlé, reflétant une tendance nationale à l'impatience, qui, lorsqu'elle est combinée à une indiscipline chronique, menace de saper les fondations de notre progrès.
Cette impatience manifeste s'illustre par une attente irréaliste de changements immédiats, ignorant les complexités des défis hérités et les nécessités du temps pour les surmonter. L'indiscipline, quant à elle, se traduit par un refus de se conformer aux règles, une préférence pour les raccourcis au détriment du bien commun. Ensemble, elles forment un cycle destructeur, engendrant un environnement où le stress et l'anxiété prévalent, exacerbant les tensions sociales et mettant en péril notre santé collective.
Les effets de ce double fléau ne se limitent pas aux embouteillages, mais imprègnent chaque secteur de notre vie, de l'éducation à l'économie, de la politique à la gestion quotidienne des affaires publiques. L'impatience et l'indiscipline affaiblissent notre tissu social et économique, inhibent l'innovation et retardent les réformes essentielles.
La solution réside dans une prise de conscience collective de la nécessité de briser ce cycle. Nous devons valoriser la patience non seulement comme une vertu mais comme un impératif stratégique pour le développement durable. La discipline doit être perçue non comme une contrainte mais comme la clé de voûte d'une société respectueuse et ordonnée.
Il est temps pour nous, Sénégalais, de reconnaître que chaque minute passée dans l'impulsivité et le désordre nous éloigne de nos objectifs de nation prospère et harmonieuse. Nous devons apprendre à donner du temps au temps, à respecter les processus et à persévérer avec intégrité. La transformation que nous désirons commence par un changement dans nos attitudes quotidiennes et nos actions.
Ce changement de perspective est impératif pour notre avenir. Si nous parvenons à intégrer la patience et la discipline dans notre quotidien, nous ne ferons pas seulement avancer notre société sur la voie du progrès, mais nous élèverons également la qualité de notre coexistence.
Chaque Sénégalais est appelé à contribuer à cet effort. Partagez cet appel, engagez-vous dans le dialogue, et surtout, pratiquez la patience et la discipline. Ensemble, façonnons un Sénégal qui ne se contente pas de rêver à un avenir meilleur, mais qui agit concrètement pour le réaliser.
Par Moussa DIOP
L'APPEL À CANDIDATURE POUR LES POSTES : UNE REFORME QUI SEMBLE IRRÉALISABLE POUR L’INSTANT
Le défi consiste à réaliser ces changements sans compromettre la cohésion et la stabilité politiques.
Les premières nominations réalisées sans appel à candidatures ont été accueillies avec un mélange de satisfaction et de scepticisme, soulevant des questions sur la cohérence entre les engagements de campagne et les actions du gouvernement. L'engagement du Président Bassirou Diomaye FAYE dans son livre-programme, affirmant que : « Nous consacrerons l'appel à candidatures pour certains emplois de la haute fonction publique et du secteur parapublic, et normaliserons les recrutements civils et militaires par des concours, garantissant ainsi l'égalité des chances », figure parmi les promesses les plus séduisantes. Toutefois, réaliser une telle réforme en quelques semaines semble irréaliste, surtout compte tenu des priorités et de la nécessité d'efficacité.
Il est néanmoins encourageant de voir les premières nominations et d'espérer que l'État poursuivra le processus pour faire fonctionner le gouvernement de manière optimale. La confiance accordée aux jeunes lors des premières nominations témoigne de l'engagement envers le renouvellement et la diversification de la haute fonction publique.
La promesse d'appels à candidatures pour certains postes de la fonction publique est certes louable, mais elle doit être mise en œuvre avec précaution pour éviter des conséquences indésirables. Une transition rapide vers un mode de recrutement basé sur des appels à candidatures peut perturber la stabilité institutionnelle et générer des conflits politiques internes. Le défi consiste à réaliser ces changements sans compromettre la cohésion et la stabilité politiques. Les appels à candidatures ouverts peuvent offrir des opportunités équitables à tous les citoyens, mais ils peuvent aussi comporter des risques. Par exemple, des profils recrutés uniquement pour leurs compétences techniques pourraient ne pas partager les valeurs ou les convictions politiques du gouvernement, créant ainsi des tensions internes. Car la première condition de nomination c'est la confiance du chef et la loyauté à son égard.
Pour mener à bien cette réforme, une réflexion approfondie est nécessaire. Un comité impartial pourrait aider à définir les modalités de mise en œuvre et proposer des recommandations éclairées. L'adoption d'une approche collaborative, impliquant gouvernement, société civile et citoyens, pourrait garantir le succès de cette réforme et contribuer à bâtir un avenir plus juste pour le Sénégal.
En soutenant cette initiative, nous exprimons notre confiance envers le gouvernement et son engagement envers une gouvernance plus transparente et équitable. Avec des actions concrètes, le gouvernement peut démontrer son dévouement à des valeurs solides, car dans le domaine complexe de la politique, la transformation réelle découle des actes, qu'ils soient modestes ou audacieux.
Moussa DIOP est le président du Parti Sénégal Debout
par le chroniqueur de seneplus, Jean Pierre Corréa
ON EFFACE TOUT ET ON RECOMMENCE ?
EXCLUSIF SENEPLUS - Tant de virements et nominations dans la foulée, se justifiaient-ils dans ce sentiment de précipitation ? Il ne faudrait pas donner l’impression que la Rupture signifie « Otez-vous de là que nous nous allongions dans vos sinécures »
Jean Pierre Corréa de SenePlus |
Publication 27/04/2024
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre Ousmane Sonko prennent petit à petit leurs marques et déroulent leur « PROJET », celui pour lequel plus de deux millions d’électeurs ont voté sans parfois même l’avoir lu.
L’adaptation aux rigueurs de la realpolitik se fait tranquillement, on reçoit, malgré des principes contraires, un hôte homosexuel et marié à un autre homme, mais qui tient certains cordons de certaines bourses, c’est la vie, et on va écouter les démons des institutions de Bretton Wodds, se rendant compte que l’apprentissage a parfois des allures de grosses couleuvres à avaler.
Mais la pression des ultras aidant, on a eu l’impression que le discours de rupture concernant le train de vie de l’État, totalement justifié et souhaité par des millions de concitoyens, avait subi des modifications sur le volet vertueux du « CV seulement », pour dessiner des images de renvois d’ascenseurs et de récompenses aux allures de médailles de guerre.
Que des postes stratégiques soient réservés à des personnalités non seulement et nécessairement outillées pour la charge, mais du même bord politique, c’est parfaitement concevable.
Mais l’impression a été donnée qu’il fallait vite fait récompenser des personnages qui avaient fait leur part du boulot et donné de leur énergie et aussi de leur santé. Il ne faudrait pas fâcher des impatients qui peuvent être désobligeants sur les réseaux sociaux peut-être… Quelle était l’urgence de dégommer le DG de l’agence de la Muraille Verte, pour ceux qui savaient qu’elle existait d’ailleurs ? Tant de virements et nominations dans la foulée, se justifiaient-ils dans ce sentiment de précipitation ? Il ne faudrait pas donner l’impression que la Rupture signifie « Otez-vous de là que nous nous allongions dans vos sinécures » …
Nous espérons que les si bien vus lanceurs d’alertes seront vigilants pour suivre les probables déménagements de certaines institutions vers d’autres immeubles appartenant à…d’autres amis à récompenser…mais je m’égare.
PAR M. Demba Ndiaye
LA PRISE EN CHARGE SOCIO-MÉDICALE AU SÉNÉGAL, UN POIDS DEUX MESURES ?
10 ans après le lancement de la CMU, une étude exhaustive s’impose pour apporter les correctifs nécessaires à son réalignement au paysage national de l’indice de pauvreté nationale
Le Trésor public sénégalais dépenserait plus de 4,7 milliards F Cfa par an. Chaque année, 40 à 50 agents sont pris en charge par le Trésor public, pour la bagatelle de 4,7 milliards de francs Cfa. L’Etat dépenserait environ 180 millions pour la prise en charge d’un agent. “Quarante fonctionnaires de l’Etat bénéficient d’évacuation vers l’étranger, sur décision médicale du Conseil de santé dirigé par le médecin-chef du centre médico-social. Cent quatre-vingt millions sont dépensés par malade. Cette somme comporte les frais de transport, l’hospitalisation y compris la nourriture, en plus de la prise en charge médicale. S’il s’agit d’une haute autorité, la somme est presque doublée’’, nous confie-t-on.
Alors que l’écrasante majorité de la population, pauvre, ne peut se soigner correctement, les initiatives de prise en charge socio-médicales souffrant de ressources adéquates, voici que les dignitaires du Sénégal utilisent les fonds publics pour accéder aux soins dans des cliniques et hôpitaux en Occident et au Maghreb, aux allures de tourisme de relaxation pure.
Un contraste trompe-l’œil qui a du mal à prendre forme :
En 2013, l'État sénégalais avait mis en place un dispositif de couverture sanitaire dénommé Couverture Maladie Universelle (CMU) visant à fournir une prise en charge -partielle ou totale- des frais de #santé pour l'ensemble de la population, ainsi qu'un programme de Bourse de sécurité familiale (BSF) pour les familles défavorisées, assujetties à des critères de revenus, d’inscription et d’assiduité à l’école des enfants, afin de combattre les injustices sociales et les inégalités pour une meilleure répartition des richesses nationales. Autant de mesures théoriquement viables mais dont l’application reste encore un rêve pour la majorité!
Dans le cadre d’un plan de déploiement d’un modèle de prise en charge compensatoire, avec quelques experts et collaborateurs de la diaspora, lors d’une visite de terrain au Senegal en 2017-18, on s’est rendu compte que la majorité des Sénégalais ne connaissaient pas du tout, et peu bien, l’existence du concept de la CMU. Un bien mal communiqué.
Étant nous-mêmes proches directs de parents et amis restés au pays, qui mieux que nous connaît la charge financière du coût de la Santé au Sénégal ?
Ainsi les dépenses médicales comprennent : la consultation ; les examens biologiques ; l'imagerie médicale (radiographie, électrocardiogramme, échographie) ; les médicaments prescrits ; les éventuelles autres dépenses médicales. Pour chaque type de dépense, plusieurs niveaux d’intervention en jeu : au-delà du co-paiement, via une structure de prise en charge, une mutuelle ou une autre personne proche, tout encore en l'absence du digital.
Expérimenté des modalités de prise en charge socio-médicale, l’on se demande bien au Sénégal comment l’État d’antan était parvenu à instituer un ratio de prise en charge 80-20%. A savoir la décision imposée aux structures de santé de fournir gratuitement un ensemble de prestations en sus des délais de compensation par l'État (jamais à temps et trop de dilatoire) ont privé ces structures d'une part, de leurs ressources et créé des déséquilibres budgétaires dans leur gestion. La plupart ont réagi en restreignant l'offre de service aux bénéficiaires ; par exemple, aucune structure de santé ne fournit gratuitement les médicaments, et beaucoup d’autres, loin du tintamarre médiatique ont simplement fermé boutique par défaut de retard dans la contribution attendue de l’État providence… mais aussi des piètres sommes perçues entre 3000 et 7000 fCFA par membre, l’année. Un scenario prétentieux au départ qui malheureusement requiert une réévaluation majeure!
Quid des raisons politiques, tous les professionnels de santé rencontrés affichaient une adhésion au principe de la couverture maladie (dans l'esprit) mais la plupart avaient des connaissances limitées et parfois imprécises sur les dispositifs existants, les modalités d'accès ou les prestations couvertes. « Nous, on fait les consultations. Pour savoir qui a accès, comment ça marche, il faut voir avec le service social », conseillait un infirmier. Un médecin reconnaissait : « Vous savez, quand on est médecin, on n'a pas trop besoin de ça [mutuelle]. Quand on a un membre de notre famille qui est malade, on va voir un collègue et il nous règle notre problème.» Peu ou mal informés sur les dispositifs en place, ils n'abordaient quasiment jamais ce sujet avec les patients lors des consultations. Occasion manquée de relations publiques à revisiter.
Enfin, un levier tout aussi capital : la rigueur dans l’allocation des ressources aux plus démunis (BSF et autres filets de securite sociale). L’audit de la Cour des comptes du Sénégal portant sur les dépenses faites en 2020 et 2021 sur le "Fonds de riposte contre les effets du Covid-19" d'un montant de plus de 740 milliards de FCFA (plus de 1,1 milliard d'euros), financé par des bailleurs et l'Etat, et selon ce rapport publié sur le site de l'institution de contrôle rattachée à la présidence de la République :
"Le montant total des dépenses (faites par différents ministères et) sans lien avec la Covid-19 s’élève à 19 727 096 727 FCFA" (environ 30 millions d'euros), soulève des inquiétudes notoires..
10 ans après le lancement de la CMU, une étude exhaustive s’impose pour apporter les correctifs nécessaires à son réalignement au paysage national de l’indice de pauvreté nationale. Le manque d’eau potable au Sénégal est en soi un indice d’insolvabilité des politiques de santé publique. La concentration à Dakar de l’essentiel du personnel soignant étant un autre indicateur tout aussi incriminant. C’est pourquoi l’apport de la diaspora dans ce domaine est d’une nécessité vitale pour le rééquilibrage de l’offre de services de santé de base alliée à la télémédecine.
La nutrition basée sur nos produits locaux demeure une innovation majeure à intégrer à notre concept de la prise en charge socio-médicale, avec l’expertise d’acteurs de la diaspora, nous entendons aussi mettre le focus sur la nutrition, le parent pauvre de la prise en charge socio-médicale en Afrique.
par Lamine Niang
CE FAUX DÉBAT SUR L’APPEL À CANDIDATURE
EXCLUSIF SENEPLUS - L’État ne se gère pas comme une entreprise privée désincarnée. Le nouvel élu, pour assurer sa survie politique, doit s’entourer d’hommes et de femmes de confiance dont la fidélité au même idéal ne souffre d’aucun doute
Depuis la sortie de la liste des premiers nommés aux postes directions générales, le débat sur l’appel à candidatures, délibérément nourri par une certaine presse et quelques analystes politiques, tente d’édulcorer l’audace et la perspicacité de ce nouveau régime. C’est pourtant dans un français limpide et accessible qu’il est écrit dans le programme politique présenté aux Sénégalais que l’appel à candidature sera consacré à « certains emplois de la haute fonction publique et du secteur parapublic ». Qu’est-ce que qui explique alors tout ce tintamarre inutile si ce n’est de tenter insidieusement de ternir l’image d’un pouvoir politique qui a commencé son magistère de fort belle manière en marquant positivement les esprits? Jusqu’ici, rien de ce qui a été promis n’a encore trahi. Bien au contraire, des actes fort courageux ont été posés et des décisions significatives prises depuis l’installation au pouvoir du duo Diomaye-Sonko.
Entre le choix risqué, à des fins d’efficacité et de rationalisation des dépenses, d’un gouvernement réduit et concentré alors que les enjeux de chaque sous-entité ministérielle sont énormes, l’instruction donnée à l’OFNAC de publier les rapports d’enquête de ces dernières années, ce qui met à la face du monde l’ampleur de la gabegie du régime sortant, et la mise en place prochaine d’un « plan d’urgence opérationnel de lutte contre la vie chère» dans un contexte économique extrêmement fragile, une certaine presse préfère plutôt s’époumoner volontairement sur ce qui serait faussement une «promesse non tenue.»
Faites un tour dans quelques pays occidentaux, en France ou aux États-Unis par exemple, vous remarquerez aisément que leurs présidents respectifs s’entourent de ministres, de directeurs généraux et même de juges proches de leur idéologie politique à défaut d’être des militants connus et encartés de leur parti politique. C’est le fonctionnement classique de la gouvernance d’un parti ou d’une coalition de partis qui accède au pouvoir par le truchement d’un appareil politique. Et c’est ainsi depuis la nuit des temps dans toutes les grandes démocraties. Un gouvernement républicain ou démocrate puise en priorité dans le bassin de ses profils de candidats qui épousent sa vision et partage ses valeurs lorsque ces derniers remplissent les conditions de compétence professionnelle et de probité morale.
L’État ne se gère pas comme une entreprise privée désincarnée et dépolitisée. Ceux qui sont élus au pouvoir l’ont été très souvent à la suite de longues luttes politiques acharnées et éprouvantes. Le pouvoir ne se donne pas sur plateau d’argent et ce n’est point l’exposition dithyrambique d’un portfolio professionnel qui fait davantage foi aux yeux de l’électeur. Par conséquent, le nouvel élu à la tête d’un pays, pour assurer sa survie politique, doit s’entourer d’hommes et de femmes de confiance dont la fidélité au même idéal politique ne souffre d’aucun doute. En effet, la gestion d’un pays n’est pas un long fleuve tranquille et la lune de miel avec l’opinion publique dure souvent le temps d’une rose. En dehors des défis socioéconomiques mondiaux sur lesquels nos jeunes États n’ont aucune emprise, l’opposition politique locale et les groupes de pression internes veillent au grain et attendent les moindres ratés ou manquements à venir, par ailleurs inévitables, pour monter au créneau et donner un écho à ce qui ne fonctionne pas. Ce sera aux responsables politiques qui ont croient au PROJET et qui l’ont défendu contre vents et marrées de leur apporter la réplique nécessaire. Tout part et revient à la politique…
De plus, pour qui connait moindrement l’organisation interne de Pastef et les individualités qui s’y meuvent, c’est un parti politique qui regorge de personnes compétentes dont les meilleures ne sont même pas connues du grand public. Plus important encore, ce sont des profils animés d’une volonté insatiable de montrer de quoi ils sont capables après toutes ces années passées à critiquer et à montrer les limites de la gestion de Macky Sall.
Cela fait exactement un mois que le duo Diomaye-Sonko est installé au pouvoir, héritant d’un pays économiquement en lambeaux et d’un personnel du système de Macky qui occupe jusqu’ici les plus hautes fonctions de l’État. Le coup de balai sera inévitable et le remplacement se fera avec des hommes et des femmes à l’image du président majoritairement élu par 54,28% des électeurs.
Le vrai bilan est attendu en 2029 et les électeurs jugeront de nouveau.