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6 avril 2025
Opinions
PAR Thierno Guèye
POURQUOI DEVONS-NOUS FORCER LE PRÉSIDENT MACKY SALL À REDEVENIR LIBRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le sens commun et certains dictionnaires généralistes ont pris l’habitude de définir la liberté comme l’absence de contrainte. Mais, autant dire tout de suite qu’il n’en est rien. Selon moi, la liberté est la seconde âme de l'humain
Le sens commun et certains dictionnaires généralistes ont pris l’habitude de définir la liberté comme l’absence de contrainte. Mais, autant dire tout de suite qu’il n’en est rien. Selon moi, la liberté est la seconde âme de l'humain. C'est ce qui fait qu'on peut le condamner ou le porter aux nues, le punir ou le récompenser... Quiconque perd cette liberté, on ne peut plus lui demander légitimement des comptes, il redevient comme l'enfant ou même l'animal. C'est uniquement grâce à elle qu'il est imputable et qu'on peut le mettre sur le banc des accusés. Une personne dont la liberté n'est pas attestée ne saurait être justement condamnée, lorsqu’elle pose des actes répréhensibles. Point d'enfer ni de paradis sans liberté ! Perdre sa liberté, c’est perdre sa responsabilité !
À ce sujet, Jean-Jacques Rousseau nous rappelle que la liberté ne saurait se confondre avec l’indépendance. En effet, une posture sous-jacente à l’indépendance est de considérer que les personnes indépendantes les unes des autres peuvent faire ce qu’elles veulent. Or, dit Rousseau : « Quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un état libre[1]. » En quoi consiste alors la liberté ?
Selon Rousseau : « La liberté consiste moins à agir selon sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. » Ce qui signifie que je reste libre tant et aussi longtemps que ma volonté n’est soumise à aucune autre volonté et que ma volonté ne soumet aucune autre volonté. Si telle est la liberté du citoyen, qu’en est-il de la liberté du Maître ?
La réponse de Rousseau à cette question est sans appel : « Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c’est obéir. » Le secret du commandement est dans la servitude et l’abandon de soi au profit exclusif de sa communauté. Ce fut le cas de l’empereur du Ier siècle, Othon, qui pour éviter de plonger son empire dans une guerre civile, a préféré mettre fin à ses jours. C'est ainsi que le 16 avril 69, il se suicida après avoir déclaré, d’après l’Histoire romaine de Dion Cassius : « Je vais me libérer afin que tous (sic) puissent apprendre de l'événement que vous avez choisi pour votre empereur celui qui ne vous abandonna pas pour se sauver lui-même, mais choisit plutôt de s'abandonner pour vous sauver[2]. »
Concernant la mort de cet empereur, Suétone nous dit ceci : « Othon décida de se suicider. Il est plus probable que sa conscience l'empêcha de continuer à risquer des vies et des trésors dans une quête à la souveraineté que penser que ses hommes étaient devenus démoralisés et peu fiables... » Ses hommes, cependant, lui restèrent fidèles, même dans la mort. « Plusieurs soldats se rendirent sur son lit de mort où ils lui baisèrent les mains et les pieds, le louant comme l'homme le plus courageux qu'ils aient jamais connu, et le meilleur empereur que l'on puisse imaginer[3]... »
Bien entendu, personne ne demande au président Macky Sall de se suicider, mais simplement de faire la seule chose qui fait de nous des sénégalais libres et dignes : obéir aux lois que nous nous sommes collégialement fixées et auxquelles nous avons décidé de nous soumettre tant qu’elles seront en vigueur.
Selon le théoricien du Contrat social, il n’y a de volonté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance. « Dans la liberté commune, nul n’a le droit de faire ce que la liberté d’un autre lui interdit, et la vraie liberté n’est jamais destructive d’elle-même. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction ; car comme qu’on s’y prenne tout gêne dans l’exécution d’une volonté désordonnée[4]. » Puisque la liberté est impossible sans la justice et qu’aux fondements de cette justice il n’y a pas n’importe quelles lois, mais des lois justes. C’est pourquoi : « Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’état même de nature, l’homme n’est libre qu’à la faveur de la Loi naturelle qui commande à tous. »
En définitive, si les Sénégalais restent libres, c’est parce qu’ils ne servent ni le président Macky Sall ni aucune autorité autre que la Loi qui est au-dessus de tous et que personne ne peut surplomber ou mettre sous son coude. Ce qu’il faut que le Président et ses alliés sachent pour de bon, c’est qu’« Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. (….). Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi[5]. »
Si le président de la République et ses acolytes refusent d’être libres, malgré tout, nous, en tant que peuple et partie prenante du contrat initial qui nous lie les uns aux autres, devons, par pure générosité citoyenne, les forcer à rester libres en usant de tous les moyens prévus par la Loi et particulièrement notre Loi fondamentale, la Constitution de la République sénégalaise. Rousseau ne dit rien d’autre lorsqu’il affirme que :
Afin donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera à être libre ; car telle est la condition qui donnant chaque citoyen à la patrie le garantit de toute dépendance personnelle ; condition qui fait l’artifice et le jeu de la machine politique, et qui seule rend légitimes les engagements civils, lesquels sans cela seraient absurdes, tyranniques, et sujets aux plus énormes abus.
Jean-Jacques Rousseau (2001), Du contrat social ou principes du droit politique, Éditions Mozambook, p. 27
Seriñ Tuuba ne : « Kuy def lu ko neex, dina daje ak lu ko naqari ta du ko mën a faj. » Seriñ Saam Mbay yokku si ne : « Ku la yàqal sa adduna, nga yàqal ko alaaxiraam. »
[1] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[4] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[5] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
Thierno Guèye est Docteur en Philosophie et M.A. en Science politique, Enseignant-chercheur/Formateur à la FASTEF [U.CAD], syndicaliste/Membre du Collectif des Universitaires pour la Démocratie [CUD]. Auteur et co-auteur du Manuel de Philosophie : Cours et textes pour apprendre à philosopher, présenté au public en janvier 2024.
[1] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[4] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[5] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
Par Mamadou Ndiaye
EFFORT, RÉCONFORT
La politique imprègne tous les aspects de vie au Sénégal. Elles inspire et aspire à la fois. Sa trop forte propension à envahir les espaces dépouille la société de sa diversité et de ses attributs de solidité.
La politique imprègne tous les aspects de vie au Sénégal. Elles inspire et aspire à la fois. Sa trop forte propension à envahir les espaces dépouille la société de sa diversité et de ses attributs de solidité. Celle-ci se fragilise par le jeu des ambitions mal définies et surtout des égoïsmes pernicieux.
La conjoncture qui sévit en ce moment traduit une profonde crise politique à ramifications multiples. Pour preuve : l’économie est reléguée aux calendes sénégalaises alors qu’elle devrait, en bonne logique, être la locomotive du progrès que tous appellent de leurs vœux. Que nenni !
Dans ce Sénégal qui se banalise à force de recul et de renonciations à l’effort, la destruction l’emporte sur l’édification, le défi s’estompe au profit de la bravade, l’individu s’affiche à mesure que s’effiloche le collectif.
Face aux situations complexes, chacun tente de se sauver à l’image d’un loup dominant, forcément solitaire. Seul le bal des célébrités intéresse nos hommes politiques. Ils devant une certaine presse gagnée par la paresse et faussement conquise ou complice de ce rituel peu valorisant.
Sans jouer les Cassandre ou passer pour un oiseau de mauvais, notre économie sombre dans l’abîme. Elle n’est pas robuste. A ce rythme, le sera-t-elle un jour ? A tous, il doit être évident que la nécessité de maintenir l’économie à flot reste la consigne pour remonter la pente raide sur laquelle elle glisse.
Tout se passe comme si le poids des travers et des avatars dicte sa loi à une assemblée de gens dépourvus d’ancrage mais en quête de voie de salut. D’obscurs hommes occupent la scène politique à côté d’autres qui n’en sont pas moins des esprits distingués. Ce voisinage est flatteur pour les premiers et certainement ruineux pour les seconds.
La semaine précédente, le Premier ministre Amadou Ba a reçu en audience une imposante délégation de chefs d’entreprise et d’opérateurs venus partager avec lui de vives préoccupations relatives à l’état catastrophique de notre économie. Le vacarme politique a noyé cette rencontre pourtant significative des enjeux du moment.
Il ne sert à rien de plastronner sous les lambris dorés pour cueillir la mansuétude des politiques. Les dirigeants d’entreprises cultivent certes la discrétion. Cela peut être apprécié comme une qualité. Néanmoins, la défense et l’illustration de l’outil de travail requièrent opiniâtreté, endurance, une certaine résilience et une grande flexibilité opérationnelle pour slalomer entre les difficultés qui se dressent sur leur chemin.
Notre économie doit-elle être assujettie aux humeurs et aux facéties d’une classe politique indifférente à son sort ? Elle est atone. Une année électorale ralentit souvent l’économie à fortiori quand les signaux de violence s’accumulent. Selon des observateurs avertis, une élection majeure dans un pays donné vit un gel des investissements sur une longue période.
Les lendemains qui chantent se raréfient. Le retour au calme après des troubles s’opère lentement. Les stigmates de la violence s’effacent tout aussi lentement avec son lot de malheurs : magasins éventrés, stations d’essence mises à sac, des succursales défigurées, des boutiques et des surfaces commerciales saccagées. Pire, il y a mort d’homme. Inacceptable quand on connaît la sacralité de toute vie sur terre.
L’usage excessif de la force, en débordant dans la rue comme lieu d’exaltation, traduit l’esprit passionnel dont la politique est le vicieux terreau. Vu sous cet angle, notre pays a fini de s’installer dans des cycles de violence qui perturbent sa trajectoire de projection.
Déjà notre croissance bat de l’aile. Certes il n‘est pas ridicule comparé à la moyenne pondéré dans la sous région. En revanche la dette s’alourdit même si le Ministère des Finances rassure sur la conformité aux critères de convergence de l’UEMOA. Nous n’en sommes pas loin.
Pour sa part, l’industrie stagne, faute de carnets de commande bien remplis. Cas aggravant, la vétusté du parc représente un désavantage compétitif devant une invasion de produits importés. A terme, une réelle menace pèse sur la production nationale aléatoire et peu soutenue par les pouvoirs publics pour imposer des « lignes Maginot » infranchissables en guise de protection de nos filières de transformation.
En d’autres termes la manufacture accomplit de timides progrès qui ne sont guère de nature à inverser la courbe de la décroissance. Or les pistes ne manquent pas. A elles seules, l’agriculture et l’horticulture constituent de potentiels secteurs de relance avec d’indéniables atouts pour amorcer le décollage.
Les politiques, pour se faire bonne conscience, ânonnent des refrains de reprise. Ils mettent toutefois plus de hargne à conquérir des parcelles de pouvoir qu’à doter notre économie de puissants outils d’expansion et de souveraineté. En clair, ils ne soutiennent pas l’entreprise. Autant le dire d’emblée.
Et pourtant, la dignité républicaine devrait les inciter à défendre autant les droits de l’homme et le respect de la loi fondamentale que l’entreprise, à la fois creuset de liens et facteur de création d’emplois. Non seulement un emploi créé entretient une famille mais il lui procure une relative stabilité dans un environnement pollué par des surenchères sociales.
Comparaison n’étant pas raison, le Maroc, dont l’abondance en eau faiblit selon les saisons, met en place d’habiles stratégies pour pérenniser sa vocation agricole ; de l’atlas à l’oued en passant par ses zones oasiennes. Son agriculture, disent les spécialistes, traverse une phase critique avec une baisse drastique de l’ordre de 67 % de précipitation et une sécheresse encore plus sévère.
Les phénomènes climatiques ne découragent les volontés au Maroc qui anticipe tout à travers des études rondement menées pour placer le royaume à l’abri des crises alimentaires, des ruptures d’approvisionnement et des pénuries. Sans ambages, Rabat s’arc-boute à ce conducteur de volontés.
Chez nous par contre, une telle absence de lisibilité est imputable à des naufrageurs restés impunis en dépit de retentissantes faillites de politiques publiques. Ceux qui n’ont pas d’éthique de conviction ne peuvent se prévaloir d’une éthique de responsabilité. A fortiori si cette dernière engendre une conséquence négative. Plus proche de nous encore, la Côte d’Ivoire aligne d’impressionnants acquis. A commencer son titre de Champion d’Afrique à l’issue de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qu’elle a vaillamment remportée.
Une organisation réussie, des infrastructures de qualité, un époustouflant timing qui a séduit les hauts dirigeants du football africain et mondial. Les Ivoiriens célèbrent enfin des victoires sous la bannière de leur propre drapeau et de leur hymne national, formidable trait d’union.
N’évoque-t-on pas la possibilité pour le pays des éléphants d’organiser une édition de la Coupe du monde, tant Infantino, son patron, a été séduit par le charme du pays et l’hospitalité des Ivoiriens. Le pays capte des investissements et se destine à intégrer le club très fermé des économies émergentes. Le réconfort après l’effort…
Par Moubarack LO
COMPRENDRE LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL
La Décision numéro 1/c/2024 a été saluée par tous les citoyens comme une grande victoire du Droit qui repositionne le Sénégal sur les rails d’une grande démocratie régie par les principes de l’Etat républicain et de la séparation des pouvoirs.
Par la Décision numéro 1/c/2024 en date du 16 février 2024, le Conseil constitutionnel a rejeté la loi numéro 4/2024, adoptée par l’Assemblée nationale, en sa séance du 5 février 2024, portant dérogation aux dispositions de l’article 31 de la Constitution, arguant que la durée du mandat du président de la République ne peut être réduite ou allongée au gré des circonstances politiques, conformément à sa jurisprudence constante. Selon le Conseil constitutionnel, «la loi votée par l’Assemblée nationale est contraire aux dispositions des articles 27 et 103 de la Constitution et au principe à valeur constitutionnelle de sécurité juridique et de stabilité des institutions». Il a également annulé le décret numéro 2024-106 du 03 février 2024, portant abrogation du décret convoquant le corps électoral, en relevant que celui-ci manquait clairement de base légale.
Cette décision a été saluée par tous les citoyens comme une grande victoire du Droit qui repositionne le Sénégal sur les rails d’une grande démocratie régie par les principes de l’Etat républicain et de la séparation des pouvoirs.
Les «Sages», armés uniquement de leur foi, de leur courage et de leur sens du devoir, ont su dire non aussi bien à l’Exécutif qu’au Législatif, en rappelant, avec fermeté et délicatesse, leur rôle de régulateur du respect des dispositions constitutionnelles par toutes les institutions de la République, ainsi que leur mission de préservation de l’ordre public, de la paix, de la stabilité des institutions et du principe de la continuité de leur fonctionnement.
Le président de la République, réagissant à ladite décision du Conseil constitutionnel, s’est engagé à l’appliquer strictement et à suivre les orientations qui lui ont été tracées. Désormais, il lui appartient de passer de l’engagement à l’action, et de dérouler, au cours des premières semaines, un agenda permettant de sortir définitivement notre pays de la crise générée par des membres de l’Assemblée nationale qui ont contesté la liste des candidats à l’élection présidentielle retenue par le Conseil constitutionnel.
Le président de la République a retenu d’engager des consultations avec des acteurs politiques, afin de mieux préparer ledit agenda. Néanmoins, son choix devra demeurer conforme aux prescriptions du Conseil constitutionnel et aux dispositions de la Constitution et du Code électoral que l’on peut résumer en trois points.
La fixation de la date de l’élection présidentielle, dans les meilleurs délais possibles, est du ressort des autorités compétentes. En choisissant cette formule, plutôt que de déterminer lui-même la nouvelle date à observer, le Conseil Constitutionnel n’a fait que respecter l’article 30 alinéa 2 de la Constitution qui stipule que «les électeurs sont convoqués par décret». Le Conseil constitutionnel, par prudence, n’a pas voulu s’immiscer dans les attributions réglementaires de l’Exécutif, en dépit des courts délais menant à la date limite du mandat présidentiel (le 3 avril 2024).
La Constitution, en son article 31 alinéa 1, indique que «le scrutin pour l’élection du président de la République a lieu quarante-cinq jours francs au plus et trente jours francs au moins avant la date de l’expiration du mandat du président de la République en fonction». Suivant cette disposition, le scrutin doit obligatoirement se dérouler au plus tard le dimanche 3 mars 2024, pour ne pas dépasser le délai fixé dans la Constitution, étant entendu que le Conseil constitutionnel a relevé que la date du 25 février 2024 était devenue impossible à respecter.
L’Article L.O. 137 du Code électoral indique que «les électeurs (pour l’élection présidentielle) sont convoqués par décret publié au Journal officiel, au moins 80 jours avant la date du scrutin». Etant donné que le décret convoquant les électeurs doit être repris, cela mènerait au plus tôt au 6 mai 2024 pour la tenue du scrutin, si ledit décret était publié le 17 février 2024. Ce qui enjamberait la date du 3 avril 2024 prévue comme terme du mandat présidentiel. Pour rester conforme aux dispositions de la Constitution et du Code électoral, il conviendrait donc de faire voter, en urgence, par l’Assemblée nationale, une révision de la Loi 2021-35 du 12 juillet 2021 portant Code électoral, pour raccourcir le délai relatif à la convocation des électeurs. En clair, le Président se verrait, exceptionnellement, offrir la capacité, de convoquer les électeurs le 3 mars 2024 (soit dans un délai de 12 jours au lieu de 80 jours), sachant que le Conseil constitutionnel a déjà arrêté et publié (le 20 janvier 2024) la liste des candidats. La campagne entre les deux tours serait maintenue à trois semaines. Le second tour éventuel se tiendrait ainsi le 24 mars. La Commission nationale de recensement des votes publierait les résultats provisoires du second tour éventuel le mercredi 27 mars dans la matinée. Le Conseil constitutionnel publierait le vainqueur du second tour éventuel au plus tard le dimanche 31 mars.
En définitive, en combinant les différentes dispositions de la Constitution et du Code électoral, on constate que le Conseil Constitutionnel n’a offert qu’une très faible marge de manœuvre aux autorités dites compétentes pour organiser l’élection, et ce délai ne dépasse guère une semaine (en déplaçant la tenue du scrutin du 25 février au 3 mars 2024). Toute autre mesure sortirait du cadre strict du Droit, tel qu’organisé par la Constitution.
Moubarack LO
Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (section Service public) moubaracklo@gmail.com
LinkedIn : Moubarack LO
Par Hamidou ANNE
DANS LA DOUCE DICTATURE TROPICALE DU SENEGAL
Les mêmes qui saluent la décision du Conseil constitutionnel, ont outragé et injurié ses membres, criant au «complot», quand ils ont invalidé la candidature de leur champion sous le coup de plusieurs condamnations.
Le Conseil constitutionnel a retoqué et le décret n°2024-106 du 03 février 2024 portant abrogation du décret convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle du 25 février 2024 et la loi n°4/2024 adoptée par l’Assemblée nationale en sa séance du 5 février 2024 portant dérogation aux dispositions l’article 31 de la Constitution.
Au regard de notre Charte fondamentale, «les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucune voie de recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles». Je n’arrive pas à verser dans l’hystérie collective ni à joindre ma voix au concert de celles qui font d’une décision ordinaire un événement. Le Sénégal est une démocratie, encore à parfaire, mais bien loin des dictatures tropicales du continent. Il s’agissait selon moi d’un jour normal dans notre grand pays. L’Exécutif a pris un acte réglementaire et les députés ont voté une loi ; les deux ont été jugés sans fondement légal par les «Sages».
Le chef de l’Etat peut nommer sept juges, qui cassent sa décision sur une matière d’une importance capitale pour le présent et l’avenir du pays. Ces juges vont ensuite vaquer librement à leurs occupations sans craindre ni pour leur vie ni pour celle de leurs familles.
Une démocratie majeure se construit dans le temps grâce aux actes posés par les trois pouvoirs qui en sont les chevilles ouvrières. On arrive à un Etat de Droit par la sédimentation dans le temps des arbitrages juridiques et des décisions des autorités légales et légitimes qui renforcent la liberté et la paix civile.
Ce concert d’extases chez les politiques, intellectuels et dans l’opinion renseigne sur le personnel public qui n’est pas à la hauteur de notre démocratie. Il faut être peu ambitieux pour parcourir les médias du pays et de l’étranger et chanter les louanges du juge, qui dit, selon lui, le Droit, et dont nous devons nous conformer tous à la décision.
Dans un passé récent, les juges Sabassy Faye et Ousmane Racine Thione ont donné tort à l’Etat au profit d’un adversaire politique. C’est en banalisant les décisions de Justice que l’on construit un espace public serein. C’est ainsi que l’on arrive à ce que soutient souvent mon ami Yoro Dia ; pour lui il faut que le Sénégal passe de «l’ère des furies» à celle du «règne de l’opinion».
Au contraire, nous sommes à l’ère d’une démocratie du bavardage sans consistance d’un corps politique dont beaucoup d’acteurs sont indignes d’être les légataires de l’héritage de nos pères fondateurs. Sinon comment comprendre que Aminata Touré -vu son aridité et son agitation, je me demande encore comment elle a pu arriver à la station de cheffe du gouvernement- puisse ne serait-ce qu’oser être candidate à la magistrature suprême. Elle n’est pas la seule certes à être davantage un objet de curiosité qu’un acteur politique sérieux. L’ancienne Première ministre avait accusé en janvier 2024 le Conseil constitutionnel d’avoir «volé» ses parrainages. En février, sans transition aucune, elle salue la décision de ceux qu’elles refusaient d’appeler «Sages» quelques semaines auparavant. C’est cela le Sénégal d’aujourd’hui, ces individus de peu de vertu pullulent dans l’espace politique et poussent d’autres bien plus responsables à prendre la porte. Sur ce sujet, on attribue à Pierre Mauroy cette phrase lumineuse : «Quand les dégoûtés partent, il ne reste que les dégoûtants.»
Nous ne pouvons pas bâtir une démocratie solide sans démocrates, comme il est impossible de construire une République sans républicains. Les juges sont conspués quand ils prennent une décision qui ne va pas dans le sens souhaité par les acteurs d’un camp ; très souvent les mêmes biberonnés à la haine des institutions républicaines, à l’injure et à l’outrance.
A la lecture de la Décision des «Sages», j’ai pensé aux manifestes des 102, des 49, des 117, puis des 104 intellectuels qui proclamaient que nous n’étions plus un Etat de Droit. Sans oublier les échappées solitaires d’intellectuels et de politiques qui se sont passé le mot pour manipuler nos concitoyens et salir notre pays à l’étranger.
Les mêmes qui saluent la décision du Conseil constitutionnel, ont outragé et injurié ses membres, criant au «complot», quand ils ont invalidé la candidature de leur champion sous le coup de plusieurs condamnations. Lui-même les accusait le 8 juin 2022 de «haute trahison», poursuivant de plus belle, il les traitait de «délinquants de la loi». Nos pétitionnaires si prompts à défendre la Justice n’avaient rien entendu…
«Tout ce qui est excessif est insignifiant.» Les pétitions signées par les mêmes et publiées sur la même plateforme, -seuls les titres changent- à la fin, relèvent du radotage, et ça ne fait plus très sérieux. La politique n’est pas un jogging du dimanche matin ni une activité qu’on pratique par intermittence. La politique, c’est l’essence-même pour faire société.
Le Sénégal est une démocratie, certes en chemin. La République a prévu des textes pour résoudre nos différends. Demander à des enfants de descendre dans la rue quand on a introduit un recours -finalement ayant obtenu gain de cause- c’est irresponsable. Mais qu’attendre de gens qui ont formulé ou soutenu deux années durant des insultes et menaces vis-à-vis de magistrats ?
Nous demeurons sur la même ligne de l’attachement viscérale à la République. Vous, qui avez injurié les «Sages» en janvier, venez les féliciter en février. Nous, républicains, sommes restés constants et sur la même ligne car nous ne parlons qu’au nom de notre conscience et de notre attachement à la démocratie et à la République. Quid des enfants qui ont perdu la vie à cause d’adultes de peu de foi ? On ne vient pas en politique pour mourir. Les invocations sacrificielles, les termes «martyr» et «gloire aux morts» sont dangereux et relèvent d’un imaginaire fondamentaliste et extrémiste. On ne peut s’habituer à la mort d’enfants pour ensuite leur accorder un post sur Facebook. C’est d’une sidérante indécence.
Concernant la suite, le gouvernement du Sénégal a eu raison de prendre acte de la décision des juges et de décider de l’exécuter. Il n’y a pas d’alternative à la loi. Imaginons ensemble, en puisant dans le génie sénégalais, les moyens de sortir de l’impasse.
Une dernière chose : ceux qui exigent du président de la République qu’il «arrête de s’immiscer dans l’action judiciaire» sont ceux qui applaudissent la libération de centaines de personnes sur décision individuelle au mépris des procédures en cours. Quand sont libérés sans préavis des gens sur qui pèsent parfois des charges très lourdes, je ne vois curieusement pas les pétitionnaires aux grands principes hausser la voix, signer une pétition et dénoncer une «forfaiture», une «dictature sanguinaire» et appeler le «peuple» à la «résistance». Tout ça au fond contient une seule vertu : voir les masques tomber pour identifier ainsi qui est qui.
par Thierno Alassane Sall
UN PUTSCHISTE QUI N’EN DÉMORD PAS
Visiblement, Macky Sall n’a toujours pas renoncé. Son objectif reste d’annuler le processus en cours, en faisant du troc : amnistie contre inclusion. C'est cela qui explique le dilatoire qu'il observe actuellement
À la suite de la décision n°1/C/2024 du Conseil constitutionnel en date du 15 février, qui réaffirme l'impératif de poursuivre le processus électoral conformément à ses décisions précédentes, notamment celle portant validation définitive de la liste des 20 candidats, la présidence de la République faisait savoir que Macky Sall allait se conformer à cette nouvelle décision.
L'histoire récente nous enseigne cependant à accueillir avec prudence les promesses de Macky Sall. Pas plus tard que le 24 janvier dernier, il faisait publier un communiqué à la suite d'une audience avec des candidats recalés venus solliciter son intervention pour "une élection inclusive". Par ce communiqué, Macky Sall réaffirmait devant le Sénégal et le monde le caractère définitif et sans recours des décisions du Conseil constitutionnel. Il confirmait que l'élection présidentielle se tiendrait le 25 février. On sait ce qu'il advint de ce bel esprit républicain et légaliste : le 3 février, le chef suprême des Armées, Macky Sall se mit devant les Sénégalais pour annoncer ce qui s'avère être un coup d'État constitutionnel.
Il apparaît donc que les discussions avec les candidats recalés n'étaient qu'une vaste mascarade pour justifier son coup d'État constitutionnel. On sait aujourd'hui que bien avant cette rencontre, des rencontres discrètes avaient lieu qui visaient rien moins que le report de l'élection. Ceux qui ont proposé des compromis coupables, tels que "l'amnistie contre une élection inclusive", sont complices de la déstabilisation orchestrée par Macky Sall sous nos yeux. Ils portent également une grande responsabilité dans le cycle de violence vers lequel le Sénégal se dirige, ainsi que les 3 morts déjà enregistrés. On ne fonde pas une paix durable sur le mépris des lois.
Visiblement, Macky Sall n’a toujours pas renoncé. Son objectif reste d’annuler le processus en cours, en faisant du troc : amnistie contre inclusion. C'est cela qui explique le dilatoire qu'il observe actuellement qui est source de toute sorte de spéculations.
En conséquence, le seul sujet pertinent de discussion avec l'administration est la date du premier tour de l'élection présidentielle.
Nous exhortons les Sénégalais à rester vigilants. Nous exhortons les dialogueurs de l'ombre à se départir de la tentation de marcher sur la Constitution en acceptant le report de l'élection. Nous exhortons le Conseil constitutionnel à constater la carence de Macky Sall à exécuter sa décision 1/C/2024, et à en tirer le seul verdict qui vaille : Macky Sall est décidément un putschiste qui n'en démord pas.
PAR Tiébilé Dramé
HOMMAGE AU PEUPLE SÉNÉGALAIS ET À SA DÉMOCRATIE
EXCLUSIF SENEPLUS - Vous nous avez donné tous une belle occasion de relever la tête et de garder allumée la lueur de l’espoir en une Afrique démocratique. Merci Sénégal !
Vendredi matin, 16 février, toute l'Afrique s'est réveillée un peu moins inquiète. Grâce au Sénégal. Grâce au Conseil constitutionnel de ce pays démocratique !
De l'abrogation du décret convoquant le collège électoral, le 3 février, à l'arrêt salvateur du 15 février, nous avons rasé les murs. Si le Sénégal nous fait ça, qu'allons-nous avoir à dire ailleurs sur le continent ?
Hommage au peuple sénégalais, à sa démocratie qui résiste, à sa vibrante société civile, à son opposition politique, à son élite consciente et dynamique, à sa presse toujours debout et à son Conseil constitutionnel !
Au président Macky Sall qui s'est incliné devant le verdict des Sages ! À la mouvance présidentielle qui a accepté le jeu normal des institutions démocratiques.
Vous nous avez donné tous une belle occasion de relever la tête et de garder allumée la lueur de l’espoir en une Afrique démocratique.
Merci Sénégal !
par Amadou Sarr Diop
L’IMPÉRATIF DÉMOCRATIQUE ET LES ENJEUX DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le processus démocratique depuis le paradigme des trois courants instauré par Senghor n’a pas engendré dans l’histoire politique postcoloniale de notre pays une mobilisation citoyenne sur des questions de développement
La crise suscitée par la tentative de report du scrutin présidentiel a failli ouvrir une ère d’incertitudes, préjudiciable à notre modèle démocratique tant vanté. Mais au-delà de la guerre des « régimes de vérité » et des « régimes de discours » suscitée par la situation de l’heure, la crise révèle deux constats. D’une part, elle est l’indice probant d’un processus de transformation d’un modèle démocratique qui a atteint ses limites, car les turbulences qui ont accompagné le processus électoral révèlent une fin de cycle politique. D’autre part, la crise du moment peut produire de l’inédit dans un désordre fécond d’où naîtront des changements positifs pour notre démocratie si les acteurs s’accorderont, après les élections, à refonder le modèle.
La totalisation démocratique : un lieu de questionnement de la crise politique actuelle
La totalisation démocratique traduit la violation des règles démocratiques par un abus démesuré des espaces de liberté et par la banalisation des institutions de la part des acteurs politiques. Elle indique une sorte de malaise dans le vécu démocratique généré par le divorce entre l’impératif démocratique fondé sur le principe éthico-politique et la manipulation des institutions pour des intérêts partisans. La lecture du contexte politique sénégalais des deux années passées renseigne sur la totalisation démocratique qui a fini par fragiliser les institutions et à développer l’image d’une démocratie balafrée. Au nom de la logique de conservation du pouvoir à tout prix, la gouvernance de Macky Sall a contribué à la dissolution des règles du jeu démocratique jusqu’à produire dans les rapports entre acteurs politiques l’indice d’une rupture de consensus. Ce qui était vendu aux Sénégalais comme un nouveau paradigme, par une gouvernance vertueuse, n’a pas évidemment produit les effets attendus pour éloigner définitivement le Sénégal du cycle de fragilité démocratique dans lequel Wade avait fini par installer notre pays. Avec la seconde alternance, la gouvernance politique n’a pas varié, la pratique démocratique au Sénégal flirte avec la cacophonie du fait de l’irresponsabilité de ses acteurs. Dans ce jeu de l’ombre d’un président fondamentalement partisan, s’est développée une mise en stratégie de la ruse politique, faite de calcul et de manipulation. Au lieu de situer le débat politique au niveau des réalisations factuelles et sur la vision de faire du Sénégal un pays émergent, les politologues et conseillers de tous bords du régime de Macky Sall ont été piégés par l’opposition qui a choisi la stratégie de la délation et la rhétorique de l'engagement politique.
Par ailleurs, les stratégies politiques initiées par l’opposition sénégalaise dans sa stratégie de prise du pouvoir ont été actées en dehors du principe de la modération et de l’intelligence stratégique dans la conquête démocratique du pouvoir. L’opposition radicale qui a porté la lutte politique contre le pouvoir, sous la houlette du théoricien de l’anti-système Ousmane Sonko, a opté pour l’instrumentalisation du désordre. C’est un rapport pouvoir et opposition qui se déploie dans une logique de conflictualité extrême qui a prévalu et dont les conséquences ont conduit à la transgression, par la violence organisée, de l'ordre démocratique dans ses fondements intrinsèques jusqu’à occasionner, selon certaines sources, plus de 50 morts. Le tort de l’opposition à l'endroit du peuple sénégalais a été de privilégier dans son option l'excès de la violence politique dans sa stratégie de lutte contre le régime de Macky Sall. Même dans les régimes de discours destinés à la communication politique, la violence et la radicalité dans le propos ont prévalu. La communication politique depuis bientôt trois années se révèle par l'émergence de régimes discursifs nourris de polémiques continues faites de paroles relâchées et violentes, en dehors des positions programmatiques. L’usage de la violence dans les sociétés démocratiques où les processus d’institutionnalisation des conflits sont très développés et fonctionnent dans son cadre normatif, témoigne d’une impatience ou/et de manque de lucidité politique et de capacité à faire usage de l’intelligence stratégique dans la conquête démocratique du pouvoir.
L’image trompeuse d’une démocratie politique vantée dans le monde
En reportant de manière sine die l’élection à quelques heures de l’ouverture de la campagne électorale, prenant comme prétextes les soupçons de corruption portés sur certains membres du Conseil constitutionnel et le cas Wardini, le président Macky Sall a franchi le Rubicon en oubliant qu’en politique personne ne peut sauter au-delà de son ombre. La décision inattendue a été un coup de poignard pour le peuple sénégalais. C’est comme si les crises sociales et politiques qui ont frappé le Sénégal ces deux dernières années, du fait des hésitations et des errements du régime dans leur résolution, ne suffisaient pas pour établir une crise de confiance entre le citoyen sénégalais et les institutions. Pris dans un contexte fortement politisé, fait de tension permanente où les Sénégalais sont intellectuellement affamés de débats programmatiques autour de leurs préoccupations réelles, la tentative de report de l’élection a réveillé les velléités d’une opposition colérique. Tout pouvait arriver pour notre pays, devenu un enjeu géoéconomique et géostratégique pour les multinationales et les lobbies de tous bords, du fait des récentes découvertes pétrolières et gazières. Cette crainte est justifiée par un contexte géopolitique sous-régional qui a favorisé la présence dans notre pays divers acteurs parasites qui ont investi le champ politique pour en faire une variable déstabilisatrice. Ces acteurs profitent des contextes d’instabilité et de leurs points de ruptures, en amont d’intérêts particuliers à échelles variables : irrédentisme, contrôle des routes du trafic et de la criminalité, islamisme radical. Heureusement, le Conseil constitutionnel a rétabli l’impératif démocratique pour sauver notre pays de la déstabilisation.
Il est évident que des éléments d’histoire peuvent participer à clarifier la situation actuelle. En convoquant quelques constats relatifs à l’histoire politique du Sénégal, on peut comprendre la base explicative des dérives actuelles comme une résurgence des travers d'une démocratie malade de ses acteurs. En interrogeant la pratique de ces derniers et la quintessence de notre modèle démocratique tant vanté, on constate que les élites dirigeantes ont toujours eu la latitude de procéder à des manipulations de nos institutions à des fins de conservation du pouvoir. Le mal de notre système démocratique est l’existence d'un hyperprésidentialisme que certains juristes considèrent comme une pathologie fondatrice des fréquentes retouches constitutionnelles au gré d’intérêts partisans. De Senghor à Macky Sall, en passant par Diouf et Wade, chacun a eu à abuser de notre charte démocratique à des fins partisanes. La démocratie s’est réduite à la seule sphère politique par l’organisation d’élections souvent sources de conflits socio-politiques, de violence et de fragmentation sociale. En réalité, les échéances électorales ont été depuis 1963 des moments de tension : les élections ont alors oscillé entre mode de régulation conservatrice de l’élite gouvernante et moyen de réduire l’opposition à un simple rôle figuratif et décoratif. Le constat est la prééminence d’une démocratie politique où le calendrier électoral est le seul emblème identitaire d’un système amputé de ses véritables missions régaliennes. En effet, le processus démocratique depuis le paradigme des trois courants instauré par Senghor n’a pas engendré dans l’histoire politique postcoloniale de notre pays une mobilisation citoyenne sur des questions essentielles de citoyenneté et de développement. L’adoption de la démocratie, au plan des principes, ne s’est pas traduite dans la réalité de l’exercice du pouvoir encore moins dans les stratégies de développement. Le processus démocratique n'a pas engendré pour notre pays la culture du développement, le culte du travail, bref la conscience citoyenne dans sa plénitude, de manière à induire un engagement citoyen pour l'émergence véritable. Le modèle démocratique sénégalais n’a pas contribué à des stratégies d’auto-expression et d’auto-détermination des citoyens constitués en collectivités à la base pour entreprendre de véritables dynamiques de développement territorial. Nous vivons les avatars d’une démocratie piégée par les travers de son élite politique qui place sa survie au premier de ses agendas. Sous ce rapport, notre système démocratique n’a jamais été un levier de gouvernance en termes d’assomptions de forces d’alternance et de progrès. La figuration et la reconfiguration des forces politiques depuis les indépendances, et les formes d’alliances qui se sont nouées et se sont dénouées au gré des circonstances et des intérêts partisans, donnent l’image d’une démocratie qui ne sert qu’une élite politique de rentiers qui mangent sur le dos du peuple. Or, la mission de l’élite politique dans l’ordre démocratique est d’inscrire le sens de son engagement dans la résolution des préoccupations des populations.
Au-delà des effets de la crise : l'impératif de refondation de la société sénégalaise
Dans le projet de conjurer la crise actuelle, il nous faut sortir des paradoxes structurels d’un modèle démocratique qui propose de fausses solutions à une crise profonde et systémique. Toute tentative de réconciliation même le plus diplomatiquement menée ne peut avoir d’assise solide que fondée sur un principe éthique comme soubassement. Dans son ambition de faire régner l’ordre raisonnable pour éviter les dérives de l’irrationalité du désordre social, la démocratie ne peut se passer du principe éthico-politique qui transcende les intérêts partisans au nom de la souveraineté du peuple. Face au projet de report des élections, perçu comme un coup fatal dans le processus démocratique, se jouent plusieurs enjeux dont leur prise en compte par l’intelligence politique augure, au-delà de la restrictive sphère des agendas politiques, un horizon des possibles dont les contours s’inscrivent dans le vaste projet de refondation de la société sénégalaise pour l'émergence d’un espace politique libéré du piège des politiques. La crise induite par le report de l’élection charrie alors des enjeux dont il faudra tenir compte pour négocier, dans le futur des rencontres, ce qu’il convient d’appeler les bases du consensus refondateur de notre modèle démocratique.
Le premier enjeu est d’ordre citoyen. Il transcende les appartenances politiques partisanes et interpelle les citoyens sénégalais à imposer dans le choix de leurs dirigeants la rigueur de principe. Il faut en finir avec l’effet de sensation dans le choix de nos élites. La lucidité des citoyens dans le choix des dirigeants est l’expression de vitalité démocratique et de maturité citoyenne pour conjurer les dérives dans l'exercice du pouvoir. Sous ce rapport, le piège des convergences d’intérêts partisans dans la fabrique des alliances politiques par des acteurs, mus par leurs propres intérêts, est le premier défi à combattre au regard des dernières échéances électorales municipales et législatives qui ont fait émerger des élus dont les ambitions personnelles et l'immaturité politique laissent loin derrière les projets programmatiques. Les nouveaux opposants du régime de Macky Sall, hier adeptes du système et aujourd'hui au service de l'antisystème, symbolisent un cas de figure d’une élite politique sans doctrine, ni éthique encore de cadre programmatique dans leur engagement politique.
Le second enjeu nous situe dans la problématique du renouvellement de la vieille garde politique hantée par le spectre de l'échec et de l'immobilisme dans le management de nos institutions. L’enjeu est de libérer la démocratie de cette horde de professionnels de la politique qui tirent leurs subsistances des fonctions de sinécure. Il convient de conjurer une situation où des acteurs du jeu politique, qui n’ont ni l'épaisseur intellectuelle ni la compétence, décident de notre destin. Il faut travailler à l’avènement d’une recomposition élitaire autour de l'État pour l’avènement d’une nouvelle forme de gouvernance incarnée par des élites programmatiques pour mettre fin aux tâtonnements dans la gouvernance et surtout pour mettre fin aux détournements et aux gaspillages de nos ressources par une élite politique et administrative corrompue, experte dans les stratégies d’accaparement de ressources et de rentes.
Le troisième enjeu est relatif à l’éducation à la citoyenneté par la fabrique d’un citoyen conscient de ses droits et devoirs. A ce niveau, c'est la refondation de l’école qui s’invite au débat politique et interpelle sur la crise des savoirs enseignés et sur la nécessaire prise en compte de l’éducation aux valeurs et à la citoyenneté. Sous l’angle de la réforme de notre système éducatif, il faut procéder à la refonte de nos curricula pour que la construction des compétences soit corrélée à l’éducation aux valeurs et à la citoyenneté. Le citoyen vit un déficit d’engagement social et privé du sens de l'éthique citoyenne par l’effort dans le travail et dans le respect des règles de vie, à partir de valeurs citoyennes partagées. L’enjeu est de faire participer l’école à la naissance d’un espace politique citoyen qui soit un levier de progrès, d’intégration, de fabrique de l’esprit de citoyenneté.
La réalisation à l’échelle territoriale d’une gouvernance porteuse de dynamiques territoriales de développement est un autre enjeu pour l’impératif démocratique. Elle participe à fixer les jeunes dans leurs terroirs par l'entrepreneuriat à l’échelle territorial autour des activités endogènes liées aux métiers d'artisanat, d'agriculture, d’élevage et de pêche. C’est l’option d’une démocratie à la base porteuse d’initiatives pour la création de projets générateurs de revenus, qui est la voie indiquée pour endiguer la clameur juvénile, revendiquant un bien être pour une reconnaissance sociale.
Enfin, le dernier enjeu est d’ordre médiatique, d'ordre communicationnel. Il s'agit de réaliser des mécanismes pour assainir l’espace médiatique sénégalais devenu un facteur de fracture sociale par la manipulation, par les abus d’opinion, par la brutalisation du débat, sous le prisme de l’«ensauvagement» des relations sociales. L’ampleur du mal de vivre que prend l’ère des nouvelles technologies, et spécifiquement des réseaux sociaux, font le jeu des artisans de l’injure publique. Il est vrai que la subversion à l'égard des modèles de communication classiques a généré un abus de droit à la liberté d’expression, par l’amalgame et l’hypermédiatisation du politique dans le champ communicationnel. Les plateaux de télévision, les antennes de radios, de même que les réseaux sociaux, sont capturés par une horde de journalistes et de chroniqueurs attachés au style porteur des débats de sensation, donnant naissance à ce que certains spécialistes de la science politique appellent les apories de la totalisation démocratique par le dérapage médiatique. L’éducation à la citoyenneté et les débats politiques autour des offres programmatiques peuvent participer à un éveil des consciences, à la construction d’un esprit citoyen.
En définitive, l’annonce du report de l’élection a été une épreuve pour tous les démocrates de ce pays. Mais, au-delà du désastre social et politique qu’elle a occasionné, la crise politique du moment indique à l’horizon, indépendamment de l’alchimie politicienne en cours, un changement de paradigme. L’exigence de rupture par rapport à la manière de faire politique au Sénégal s’impose aux acteurs politiques. Eu égard à ces différents enjeux énoncés dans notre propos, il nous faut regarder l’avenir au-delà de la muraille du désordre actuel. Ce sursaut pour notre pays dépendra de la façon dont seront réglés les problèmes de démocratisation, de gouvernance, de gestion des ressources et de pacification des espaces sociaux où les jeunes seraient pleinement épanouis. L’espoir est permis pour ceux qui savent lire la crise actuelle dans le sens de l’histoire : “l’avenir est plus vrai que le présent”.
Amadou Sarr Diop est sociologue, enseignant-chercheur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
par Jean-Louis Correa et Abdou Khadre Diop
ANALYSE FURTIVE D’UNE DÉCISION ATTENDUE
EXCLUSIF SENEPLUS - Pour la première fois, la haute juridiction s'autorise à travers la décision 1/C/2024 du 15 février 2024 à contrôler une loi nominalement constitutionnelle. Cela ancre le Sénégal un peu plus dans l'État de droit démocratique
Jean-Louis Correa et Abdou Khadre Diop |
Publication 20/02/2024
Comme souvent, cette fois un peu plus, la postérité nous édifiera, le Conseil constitutionnel du Sénégal vient de rendre une décision qui fera date. Saisi à la fois par des députés et des candidats à l’élection présidentielle, le juge constitutionnel, avec la décision 1/C/2024 du 15 février 2024, pose un jalon supplémentaire dans l’œuvre de construction de l’État de droit et de la démocratie au Sénégal.
Dans une écriture à quatre mains d’un privatiste et d’un publiciste, dans une volonté conjointe de décloisonnement de la science juridique, pour mieux visiter les confins des choses, nous vous proposons cette lecture furtive d’une décision attendue.
Une décision de principe et non un revirement jurisprudentiel
Plusieurs enseignements juridiques peuvent être tirés de cette décision. D’un point de vue procédural, la décision 1/C/2024 peut être envisagée comme une décision de principe ou arrêt de principe, comme diraient les privatistes. Le marqueur de l’arrêt de principe étant soit la composition particulière de la juridiction (chambres réunies de la Cour suprême) ou le caractère inédit de la décision rendue par la juridiction saisie. Mais en s’attachant à ce dernier critère, on peut constater le caractère fondateur et principiel des solutions ici dégagées par le juge. On ne saurait ici parler de revirement jurisprudentiel dans la mesure où le Conseil constitutionnel ne change pas sa doctrine. La décision 1/C/2024 est donc une décision de principe, parce qu’étant doublement inédite.
L’acte administratif et le juge constitutionnel : l’audace des requérants
L'originalité première de cette décision réside dans la compétence du Conseil constitutionnel pour connaître d’un recours en contestation de légalité d’un acte administratif. Bien que reconnaissant la plénitude de juridiction de la Cour suprême relativement au contentieux portant sur l’excès de pouvoir des actes administratifs, le juge constitutionnel se déclare tout de même compétent en affirmant que « considérant que s'il est vrai que la Cour suprême est juge de l’excès de pouvoir des autorités exécutives, le Conseil constitutionnel, juge de la régularité des élections nationales, dispose d'une plénitude de juridiction en matière électorale, sur le fondement de l’utile 92 de la constitution ; que cette plénitude de juridiction lui confère compétence pour connaître de la contestation des actes administratifs participant directement à la régularité d’une élection nationale, lorsque ces actes sont propres à ce scrutin. »
Les requérants ont fait preuve d'une grande audace, en saisissant le Conseil constitutionnel en contestation de la légalité d’un décret, en toute connaissance de l’organisation judiciaire du Sénégal et des compétences respectives de chaque juridiction. C’est un véritable coup de poker juridique qui a fonctionné, comme quoi qui ne tente rien n’a rien. Parce que la Cour suprême du Sénégal, dans sa jurisprudence constante, considère les décrets portant sur la convocation du corps électoral, la convocation de l’Assemblée nationale, comme des actes de gouvernement, insusceptibles d’être contrôlés par elle (par ex : CS, arrêt n°19 du 17 mars 2016, Ousmane Sonko c/ État du Sénégal). Cette possibilité judiciaire étant certaine, saisir le juge constitutionnel en contestation de la légalité d’un acte administratif relève d’une réelle témérité procédurale. Si l’auteur de pareille gageure procédurale n’est pas un maître, que nos intercesseurs agréés n’en prennent ombrage, leur profession gardée n’est pas en danger.
Le Conseil constitutionnel, en retenant sa compétence, a comblé un vide, un interstice juridique brandi comme pouvant être un obstacle dirimant à l’intervention du juge. L’acte de gouvernement, que d’aucuns n’ont de cesse de brocarder, est un autoritarisme exécutif d’un autre âge, contraire au jeu de check and balances utile en démocratie. Dans son Considérant 7, le juge constitutionnel, après avoir rappelé la plénitude de juridiction de la Cour suprême pour l’excès de pouvoir des actes administratifs n’en rappelle pas moins sa plénitude de juridiction pour tout ce qui a trait aux élections nationales, qu’elle qu’ait été l’instrument juridique utilisé, acte administratif ou loi.
Ce qui fonde la compétence du juge constitutionnel en contestation de légalité d’un acte administratif, c’est la notion de matière électorale sur laquelle le juge constitutionnel exerce « une plénitude de juridiction ». C’est donc cette pleine compétence qui lui octroie le droit de connaître du contentieux d’un acte administratif parce que ce dernier « participe directement à la régularité d’une élection nationale ». En écho au Code électoral, le Conseil constitutionnel accepte de connaître d’un acte administratif en raison de son rattachement aux élections nationales. Cela constitue en soi un fait inédit et reconfigure le flux du contentieux des actes administratifs.
Sur ce point, il serait curieux de voir le sort des recours formés contre le décret 2024-106 du 3 février 2024 devant la Cour suprême. Celle-ci semble être liée par les dispositions de l’article 92 de la Constitution qui consacrent l’autorité de chose jugée des décisions rendues par le Conseil constitutionnel aussi bien à l’endroit des autorités administratives que juridictionnelles.
Loi constitutionnelle ou loi de dérogation à la Constitution
L'originalité seconde attachée à la décision 1/C/2024 réside dans le fait que pour la première fois, le Conseil constitutionnel entreprend de contrôler la conformité d’une loi constitutionnelle à la Constitution. Rappelons que le périmètre du contrôle de la constitutionnalité des lois se limitait, en pratique, aux lois organiques et aux lois ordinaires. Les lois constitutionnelles en étaient, en principe, exclues.
Une loi constitutionnelle est une loi de révision de la Constitution adoptée par le constituant dérivé selon une procédure prévue par la Constitution, d’où son autre appellation de loi de révision constitutionnelle. A priori, cela peut s’entendre qu’une telle loi ne puisse être contrôlée par le Conseil constitutionnel. L’Assemblée nationale est la représentation du peuple, lorsqu’elle s’engage dans la révision de la Constitution, cette expression de volonté populaire ne saurait être censurée par un Conseil, fut-il constitutionnel, dont les membres sont élus par le président de la République. Si les juges pouvaient s’autoriser de révoquer les lois de révision constitutionnelle, le gouvernement des juges ne serait plus ce spectre décrit par Michel Troper.
Mais en réalité, la loi n°4/2024 adoptée par l'Assemblée nationale, en sa séance du 5 février 2024, est une loi constitutionnelle seulement du point de vue nominal et formel mais, d’un point de vue substantiel et matériel, elle n’est pas une loi constitutionnelle. A s’en tenir qu’à sa dénomination, la loi est dite « loi portant dérogation à l’article 31 de la Constitution ». Le dessein de construction d’un véritable artefact juridique trouve son prélude dans le titre même de la loi.
Pour précision, il n’existe pas dans la Constitution, ni dans le droit constitutionnel, une catégorie de loi dérogatoire à la Constitution. Il n’existe pas non plus de procédure de dérogation à la Constitution qui serait autonome, différente ou détachable de la procédure de révision. Ce qui existe, c’est une loi de révision de la Constitution, encore appelée loi constitutionnelle qui se matérialise par une procédure de révision soit par le biais de l’article 51 ou de l’article 103. La dérogation, par contre, est une modalité et non une alternative à la révision. Comme l’a indiqué le Conseil constitutionnel dans sa décision 3/C/2005 du 18 janvier 2006, une loi de révision constitutionnelle peut avoir pour objet d’« abroger, modifier ou compléter les dispositions de valeur constitutionnelle » et que la dérogation peut être « transitoire ou définitive » (considérant 3).
Le juge constitutionnel, les lois de révision constitutionnelles et le processus électoral
Le Conseil constitutionnel était confronté à deux situations que sont le contrôle des lois de révision constitutionnelle et le contrôle du processus électoral. Sur ces deux questions, le juge constitutionnel est sorti des sentiers battus. Sur le premier point, la haute juridiction constitutionnelle opère un contrôle minimum en retenant sa compétence pour connaître des lois constitutionnelles qui ont pour effet et non pour objet de porter atteinte à des règles intangibles fixées par la Constitution (art. 27 et 103) et à des principes à valeur constitutionnelle de sécurité juridique et de stabilité des institutions. (Considérant 17). Sur le contrôle du processus électoral, le Conseil constitutionnel étend sa compétence à l’appréciation d’actes administratifs intervenant dans ce processus se fondant sur une plénitude de juridiction du Conseil en la matière, même lorsqu’il s’agit d’un décret. Donc les décrets adoptés dans le cadre des élections nationales sont de la compétence du Conseil constitutionnel et non de la Cour suprême.
Constitutionnalisme moderne et résilience du modèle démocratique sénégalais
A l’ère du constitutionnalisme moderne, l’idée de souveraineté ou d’immunité absolue du pouvoir constituant dérivé est de plus en plus remise en cause. Le pouvoir de révision constitutionnelle n’échappe plus au contrôle du juge régional, dès l’instant qu’il porte atteinte aux principes de convergence constitutionnelle définis dans le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance et la Charte africaine sur la démocratie, les élections et de la gouvernance. Cette tendance est attestée par la décision de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples du 4 décembre 2020, Houngue Éric Noudehouenou c/ Benin.
Le recours au droit comparé permet aussi de relativiser l’absolutisme de la souveraineté du pouvoir constituant, car le contrôle que vient d’opérer le juge constitutionnel sénégalais est déjà consacré depuis 2006 dans la jurisprudence constitutionnelle du Bénin (décision 8 juillet 2006 DCC 06-074) 2001 au Mali (décision du 12 décembre 2001), 1994 au Burundi (décision du 18 avril 1994, Jean Ndeberi, RCCB-40).
Comme la perfection n’est pas de ce monde, il est reproché au Conseil constitutionnel d’inviter les autorités compétentes à organiser l’élection présidentielle dans « les meilleurs délais », alors que l’exercice de son pouvoir de régulation lui aurait permis d’aller plus loin. D’aucuns ont proposé des scénarios, mais notre propos est volontairement élusif à ce sujet. Sauf à respecter la date butoir du 2 avril 2024, la responsabilité et le devoir incombent au président de la République d’organiser l’élection…dans les meilleurs délais.
Quoi qu’il en soit, le modèle de démocratie sénégalais demeure résilient. La démocratie n’est pas un long fleuve tranquille, elle se nourrit de dialectique, de furie et d’impétuosité, au-delà de la simple rhétorique. La conscience démocratique du peuple sénégalais, son attachement viscéral à l’acte de voter ne peuvent être entravés et entamés par aucune circonstance. Mais comme disait Cocteau, « le tact dans l’audace est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin ». Souvent alarmés par les secousses et autres soubresauts de la démocratie sénégalaise, celle-ci montre, jusqu’à présent, son aptitude à s’en sortir par le haut. Il ne reste plus que l’intervention du président de la République pour que du haut l’on passât au sommet.
Jean-Louis Correa est Agrégé des facultés de droit, Droit privé, UN-CHK (Ex : UVS).
Abdou Khadre Diop est Agrégé des facultés de droit, Droit public, UN-CHK (Ex : UVS).
par Pape Samba Kane
PRÉSIDENTIELLE AU SÉNÉGAL : LA FRANCE VEUT JOUER EN ÉTANT SÛRE DE GAGNER
EXCLUSIF SENEPLUS - Paris tenterait à travers le décret français retirant la nationalité à Karim Wade de se racheter une conduite en Afrique après avoir perdu de nombreux soutiens. Mais son implication malavisée risque d'aggraver son déficit d'influence
La France veut-elle redorer son blason en Afrique sur le dos du Sénégal ? D'Europe 1, à RFI-France 24, en passant par une bonne partie de la presse écrite, le tout largement relayé par des sites internet dédiés ou non, les médias français s'en donnent à cœur joie sur le Sénégal, dans une sorte de bashing systématique, depuis le report de l'élection présidentielle au Sénégal ; et avec une telle frénésie, d'ailleurs, que des mots, quelque peu tabous pour eux et, à vrai dire, démodés, comme "Françafrique", "pré-carré", y sont convoqués à tout-va. Même le retoquage, par notre Conseil constitutionnel, du décret présidentiel du 3 février n'y a rien changé. Cela, après que le Quai d'Orsay, pour la première fois de toute l'histoire politique de notre pays, eut pris une position tranchée contre une décision de nature si éminemment politique d'un pouvoir en place chez nous, et réclamé la tenue de l'élection présidentielle à date. Cela, juste après l'annonce du Président Macky Sall. Il n'avait même pas attendu le vote de la loi par l'Assemblée nationale, prévu pour le lendemain seulement.
Face à des options politiques ou décisions gouvernementales contestées de son ancienne colonie chouchoute, la France s'était toujours réfugiée derrière une langue de bois d'ébène, quand elle n'avait pas été, de façon nette ou nuancée, en parfait accord avec ses gouvernants.
Avec la complexité de la situation ayant découlé de cette décision de reporter l'élection, elle-même partie d'une affaire inédite ou d'affaires toutes inédites chez nous, pas la moindre prudence n'a été observée par un pays étroitement lié au nôtre, et dont le moindre cillement d'yeux de ses officiels, même de second rang, sur ce qui se passe chez nous, est scruté et interprété dans tous les sens, souvent de façon subjective, parfois irrationnelle ! - Pas seulement de ses officiels d'ailleurs : la présence la plus remarquée lors du rassemblement de l'opposition, vendredi dernier, 16 février, en France est celle de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise. De quelque façon, la France n'est jamais loin de nos affaires ; parfois, hélas, à la demande de nos politiques de tous bords.
Aujourd'hui plus que jamais, quand, touchée coulée sur le plan géopolitique par... Wagner - des "mercenaires" qu'ils disent -, elle cherche à quoi s'agripper pour surnager, ces railleries des médias français m'interpellent pour deux raisons, l'une relevant de la situation globalement inconfortable de l'ancienne puissance coloniale en Afrique de l'Ouest francophone, où les fondations mêmes de sa politique s'effondrent pilier après pilier, et de façon accélérée ; l'autre partant de ses relations étroites avec notre pays, dont une des manifestations - qui, me semble-t-il, est passée inaperçue aux yeux des observateurs - est directement liée à ce report de l'élection présidentielle - et donc forcément, à toutes ses consequences présentes et à venir. C'est ce décret portant déchéance de la nationalité française pour Karim Wade.
Parlons de cette dernière déjà !
Thierno Alassane Sall, qui avait saisi le Conseil constitutionnel sur la double nationalité de Karim, semblait bien en peine d'en apporter la preuve. Le Conseil constitutionnel, pour sa part, qui avait déjà enregistré et validé la déclaration sur l'honneur du candidat du PDS sur sa nationalité sénégalaise exclusive, n'a pas vocation, et certainement pas compétence d'enquêteur...
Ce décret venu de France - et qui apportait surtout la preuve qu'au moment de sa déclaration sur l'honneur Karim était encore français - n'avait assurément pas pour but de sauver la candidature du fils d'Abdoulaye Wade. Au contraire, et l'autorité française qui l'a fourni le savait très bien. Car au cas où il y aurait eu une brèche quelconque, Karim serait tombé, comme Mme Wardini, sous le coup de la loi, pour parjure.
On peut spéculer dans tous les sens sur ce décret, venu comme un cheveu sur la soupe déjà riche d'ingrédients étranges de cette élection présidentielle inédite au Sénégal, par les complications qu'elle charrie.
La France, par ce coup presque pour rien, sauf qu'il représente la goutte de trop ayant fait déborder le vase vers ce report controversé, tient à sa quête fiévreuse de se remettre dans le jeu en Afrique ! À trop bon compte, il me semble. Elle, qui ne sait plus où elle habite sur le continent noir, étant en train d'être chassée de partout sous les quolibets - "France dégage !", et autres haro - cherche à se remettre avec plus de confort autour de la table du poker géopolitique africain - et le Sénégal, quel que soit le régime qui s'y installera après celui de Macky Sall, en restera une carte majeure. Seulement, elle le fait avec une frénésie parfaitement improductive. Comme dernièrement après le coup d'État militaire au Niger, avec les mouvements de menton du président Macron. On a vu comment cela s'est terminé, la France est allée à Canossa face aux putschistes. - Pour en finir avec ce chapitre, au moment où je vais boucler ce texte, j'apprends par un quotidien (Dakar Times du 19/2) qu'il faut ajouter au grief des Occidentaux envers le Sénégal des accords militaires signés avec la Russie de Poutine par Macky Sall.
Marianne devrait prendre acte que les temps ont changé, peut-être prendre du recul, réfléchir plus longuement à comment se trouver une nouvelle place autour de la table. Avec une nouvelle mentalité. Jouer en étant sûr de gagner - comme elle en à l'habitude en Afrique depuis les indépendances - est la meilleure définition que l'on puisse donner au mot tricher.
Abdoulaye Wade, politicien hors classe et juriste chevronné, coach et principale ligne de défense de son fils, lucide, lui - et c'est soit dit en passant - à choisi cette belle confusion apportée par Paris pour remettre son parti en jeu dans une partie dont il avait été exclu, tout en faisant oublier, dans le brouhaha généralisé, le parjure de fiston. Et ça, ça va être absorbé, dissous dans le dialogue prévu. La très rapide remise en liberté de Mme Rose Wardini l'augure parfaitement.
Macky, lui, et son parti, boivent du petit lait.
Parce que, même si la dernière carte du président a été annulée par le Conseil constitutionnel, la nature hypertrophiée de notre présidentialisme a fait que les sept sages n'ont pu que (ne pouvaient que) remettre la main à Macky Sall, aujourd'hui encore à la tête de son administration, celle-ci chargée d'organiser l'élection, à une date que Sall choisira, le plus rapidement (certes) possible. Vu sa position inconfortable, il ne le fera pas sans concertation avec son opposition, et tous ces gens qui grenouillent autour des politiques pour grappiller de la renommée ou du cash, et que l'on nomme "société civile". Ainsi, le président Sall redevient maître du jeu politique, un jeu qu'il devra quitter le 2 avril prochain, quoi qu'il en soit.
Seulement, à cause de ce présidentialisme... royal - dont nous sommes tous comptables et que personne ne veut vraiment changer - mille possibilités lui sont ouvertes de peser sur l'avenir politique immédiat de ce pays ; surtout si l'on prend en compte toutes ces spéculations autour des raisons qui fondent ces libérations en veux-tu en-voilà de ces centaines de prisonniers dits politiques.
Si la France de Macron, dont on dit aussi qu'elle ne lui a jamais pardonné d'avoir ouvert sa porte à Marine Le Pen - principale menace pour Macron à l'horizon - a jeté ce pavé dans la mare, pensant ainsi sauver ses derniers meubles par la réhabilitation de Karim Wade, et jouer donc, par ricochet, la carte d'une opposition radicale donnée favorite - et depuis quelques temps couvée par ses médias -, eh bien, c'est tout l'effet contraire qui s'est produit...
On verra ce que le pouvoir marron beige et ses alliés feront (politiquement s'entend et dans le cadre de la loi) de l'aubaine d'avoir à fixer une date pour l'élection, qui leur est retombée entre les mains, fournie par un Conseil constitutionnel qui ne pouvait pas faire autrement, n'ayant pas pour vocation d'organiser des élections (et donc d'en fixer la date), mais de les arbitrer !
par Serigne Touba Mbacké Gueye
LE DANGEREUX MENDIANT DE MANDAT
Le deuil de l’exercice du pouvoir présidentiel semble inopérant et difficile pour Macky Sall. Ne nous laissons pas manipuler par des hommes politiques aux ambitions douteuses
« Nous ne sommes pas riches de ce que nous possédons, mais de ce dont nous pouvons nous passer » - Kant.
Admettre que son mandat ne peut être prolongé, sous quel que prétexte que cela puisse être, et devoir recourir à l’Assemblée nationale puis au Conseil constitutionnel, revient à reconnaître que Macky Sall quémande une prolongation qui ne dépendra pas de lui ou de sa boulimique volonté de continuer à nous diriger. Il y a, à point nommé, quelque chose, dans cette attitude inélégante de confiscation du pouvoir de représentativité, ce que volontiers nous appelons une mendicité politico-juridique. Qu’est-ce alors que la mendicité ?
En règle générale, un mendiant est une personne qui vit matériellement d'aumônes, d’argent ou de la nourriture donnée par charité. Il est habituellement un itinérant sans lieu de résidence fixe. Ainsi, il est à noter que l’on ne naît pas mendiant ; on le devient par le fruit ou le résultat d'un processus de décadence sociale voire d'une chute socioéconomique. Se rapprochant aux termes ptôchos (« mendiant »), ptôcheia (« mendicité ») et au verbe piptô, « chuter », il est plausible de définir le mendiant comme quelqu’un qui a chuté de la possession de quelque chose. Par ailleurs, il serait, en effet, important de ne pas confondre, de manière systématique, mendicité avec pauvreté. De manière générale, le pauvre travaille et gagne sa vie à la sueur de son front tandis que le mendiant, quant à lui, contrevient aux principes de base afférents à l'effort et la participation à l'économie et le développement sociocommunautaire.
Compte tenu de ce démantèlement sémantique, il nous est maintenant aisé de justifier en quoi Macky Sall est-il réduit à un statut de mendiant de mandat digne de ce nom ? Après la forte chute de sa légitimité, et s’accrochant, par tous les moyens possibles, à l’usage exagéré de la force répressive, il ne lui reste maintenant qu’à tendre la main pour une augmentation, ne serait-ce que pour quelques mois, de son mandat. Il ne comptait pas les jours pendant ses douze années calamiteuses de règne, mais pour l’heure, les instants sont précieux pour le parachèvement de la correction de ses innombrables frasques politico-économico-socio-juridiques. L’aumône parlementaire et constitutionnelle sont, par conséquent, deux éléments présents dans ce que souhaite Macky Sall, car il a beau vouloir bomber le torse et se prévaloir d’une notoriété hégémonique sur ses concurrents, il devient subitement un précaire politique dont l’avenir dépend de ce qu’il obtiendra des institutions censées garantir la Constitution au nom du peuple sénégalais. Nous assistons, en ce moment, à une chute vertigineuse d’un président anciennement plébiscité par son peuple – rappelons qu’il fut élu à 65 % au second tour en 2012 et à 58% en 2019, et ce dès le premier tour – et qui aujourd’hui se retrouve dans une posture descendante, humiliante et dévalorisante. Car avoir été l’espoir de tout un peuple (à l’issue du second tour de 2012, les chroniqueurs et analystes politiques nous vendaient l’idée qu’il ferait mieux que ses prédécesseurs pour être né après les indépendances comme si cela suffisait principiellement à développer un pays) et devenir le désespoir et le pire cauchemar de celui-ci est de l’ordre d’un déclin politique qui ne l’honore pas, mais qu’il a bien mérité en raison de sa méchanceté sanguinaire et de son cynisme mortifère. Jamais, un président de la République n’a causé autant de tort à notre vaillant peuple d’antan bien adulé, chéri et envié de tous les aspirants et amoureux de la démocratie. Nous voilà aujourd’hui réduits à la situation chaotique d’un peuple calfeutré dans sa triste marche vers un combat certes important, mais qui pouvait être évité si le mendiant de mandat ne s’était pas plongé dans les bras de l’aventure hasardeuse d’un désir dictatorial qu’il sait lui-même impossible sous les tropiques sénégalais. Comment alors Macky Sall a-t-il enregistré sa chute politique au point de devenir un piètre mendiant de prolongation de mandat ?
Avant les évènements de mars 2021, l’actuel mendiant de mandat se croyait tout puissant et pensait que rien ni personne ne pouvait l’arrêter. D’ailleurs, il se permit de dire, à l’occasion de sa rencontre avec la presse sénégalaise du 31 décembre 2020, que pour ce qui a trait à son troisième mandat, il ne répondra ni oui ni non. Pensant avoir neutralisé son opposition et imbu de sa pauvre personne, il considéra que rien ne pouvait l’arrêter et que le moment venu, annoncer sa candidature à un troisième mandat ne serait qu’une simple formalité administrative de cela même qu’aucune résistance ne saurait lui être opposée par le peuple sénégalais qu’il crut, à l’époque, avoir suffisamment domestiqué par le règne de la terreur répressive voire oppressive, la propagande médiatique et la corruption de la presque totalité des voix dissidentes. Le chemin vers un troisième mandat presque acquis sembla balisé et dépourvu de toute impasse oppositionnelle et de tout soulèvement populaire citoyen. Après les évènements de mars, tous les analystes politiques, bien au fait de la marche d’un peuple dans ses multiples variations et métamorphoses, savaient que le troisième mandat était hypothéqué. D’ailleurs, dans une entrevue accordée à SenePlus en date du 10 mars 2021, Boubacar Boris Diop, brillant intellectuel engagé, affirmait à juste titre que la question du troisième mandat était définitivement réglée. L’histoire semble lui avoir donné raison.
Comme si l’histoire ne pouvait faire l’économie de se répéter, en juin 2023, soit deux années après, d’autres évènements de confirmation de la détermination des Sénégalais à ne pas se laisser faire, avaient fini par confirmer l’impossible troisième candidature, pour ne pas dire un troisième mandat. Sur le plan politique, c’est tout un renversement situationnel. La montée de la colère et d’une nouvelle conscience de devoir de résistance semblent avoir pris le dessus sur les velléités de briguer un troisième mandat. À partir de ce moment, les Sénégalais ont commencé à intégrer dans leurs schèmes de pensée que le président sortant n'avait aucune raison de déclarer sa candidature à un troisième mandat, car l’espoir et le désir de changement étaient si forts qu’un seul et unique choix s’offrait à lui : renoncer à la passion du mandat de trop. Dans une déclaration publique diffusée en direct le 3 juillet 2023, l’actuel mendiant de mois de plus déclara qu’il ne briguera pas un troisième mandat même si la Constitution le lui permit (ce qui est absolument faux, car cette dernière est bien claire là-dessus « nul ne peut exercer plus de deux mandats successifs »). Ce fut à contrecœur qu’il fit cette déclaration. Les signes qui affleuraient au travers de son visage et ses gestes, lors de ses sorties officielles, laissaient voir un malaise, un désarroi et un dépit qui ne pouvaient que déboucher ultérieurement sur une mendicité éhontée de mandat sous le prétexte d’un report des élections du 25 février 2024. Le deuil de l’exercice du pouvoir présidentiel semble inopérant et difficile pour Macky Sall. Voilà un homme qui n’a aucune estime de lui-même contrairement à ce qu’il laisse penser au travers de ses sorties et déclarations pompeuses au sujet de son avenir. Il est un pur accident de l’histoire politique du Sénégal. Macky Sall est un homme de pouvoir qui ne se voit pas hors de la station présidentielle dont il pense être le summum de sa carrière. Il n’envisage pas de carrière autre que politique, car après tout c’est ce dans quoi il a toujours navigué, y gravissant tous les échelons au fil des ans. De plus, avec toutes les erreurs politiques et génocides économiques qu’il a commises, il n’ose même pas s’imaginer être hissé au panthéon des hautes personnalités qui, après la présidence de la République, occuperont des postes dans les plus grandes institutions ou organisations internationales. Il ne rêve même pas d’une vie après le pouvoir présidentiel. Ce deuil difficile et amer serait, entre autres, à l’origine de sa chute tragique l’ayant conduit droit au mur de la mendicité de prolongation de mandat.
S’il est vrai qu’au Sénégal nous savons élire des présidents, il est également vrai que n’avons jamais eu l’occasion de les accompagner dans leur deuil de règne présidentiel. Senghor quitta le pouvoir pour se retrouver en Normandie dans les bras de la poésie et des lettres, oubliant complètement le Sénégal. Abdou Diouf, pour avoir permis la première alternance démocratique au Sénégal, avait la chance d’occuper le poste de secrétaire général de la francophonie de 20023 à 2015. Quant à Abdoulaye Wade dont la renommée, du temps où il était opposant, était incontestable, il brille par son absence sur la scène internationale pour avoir eu une fin de règne déshonorante en 2012. Macky Sall se sachant destiné à un futur pathétique s’accroche au pouvoir quitte à mendier 8 mois de plus à l’Assemblée nationale et au Conseil constitutionnel. Ce dernier a, pour sa part, fini par annuler la loi portant prolongation du mandat présidentiel, mais rien n’est encore fait pour nous rassurer que Macky Sall partira le 2 avril. Car, si le gouvernement décide de ne pas organiser les élections avec la complicité de l’administration partisane et les forces de défense et de sécurité alors rien ne se fera avant la date de fin de son mandat. Avec son communiqué de presse affirmant qu’il accepte la décision du Conseil constitutionnel, il se joue allègrement de nous pour gagner du temps. Soyons alors prudents et moins emballés par cette décision du Conseil constitutionnel, car le chemin vers l’organisation de l’élection est encore loin d’être totalement parcouru. Que Macky Sall ne nous surprenne plus une énième fois.
Laissé à l’abandon par ses premiers compagnons de parti et entouré de ses anciens adversaires devenus ses thuriféraires, il n’est pas bien loti dans le deuil du pouvoir et subit, du même coup, un traumatisme qu’il n’est pas capable d’affronter. Pour répondre à ses peurs et angoisses, il est prêt à trouver les moyens les plus farfelus pour conserver le pouvoir y compris libérer massivement des prisonniers qui ne devaient passer, dans un État normal, une seule minute en prison. Qui alors pour arrêter le mendiant de mandat ?
Le peuple sénégalais qui seul est souverain est le maître actuel du jeu. N’attendons rien de quelle qu’institution que ce soit, pour autant même qu’aucune d’entre elles n’est foncièrement libre de ses décisions y compris le Conseil constitutionnel qui durant les douze ans de règne de Macky Sall n’a brillé que par des décisions généralement partisanes au lot desquelles nous mettons volontiers celle qui annule le décret de Macky Sall de report des élections de 2024 (c’est la seule décision qui arrange Macky Sall en ce moment pour désamorcer la crise et espérer encore endormir le peuple sénégalais). Qui pouvait imaginer que le Conseil constitutionnel oserait dire non à la prolongation de mandat du mendiant Macky Sall ? Ce Conseil constitutionnel longtemps dyslexique, dyscalculique et dysorthographique dès qu’il s’agissait de trouver des subterfuges à Macky Sall ne peut pas devenir subitement attaché aux règles de droit. Il y a indubitablement anguille sous roche. Restons vigilants si nous ne voulons pas que le mendiant obtienne la prolongation tant voulue de son mandat. Ne nous laissons pas manipuler par des hommes politiques aux ambitions douteuses et sachons que notre seul credo doit être de dire non à Macky Sall avec qui dialoguer n’est pas possible sans se faire avoir. Nul besoin de s’asseoir avec lui : il n’a qu’à choisir une date dans les plus brefs délais, mettre en branle l’administration et mobiliser les forces de sécurité pour assurer la sincérité du scrutin. Aucune occasion ne doit lui être donnée pour obtenir un seul jour de plus après le 2 avril. Le dialogue fait partie de l’aumône qu’il demande pour rester encore un peu plus au pouvoir. Comme le stipule un proverbe lituanien « chaque mendiant loue sa béquille ». Macky Sall est et restera toujours manipulateur, égotique, malicieux, sadique, cynique, narcissique, perfide, vaniteux, faux, orgueilleux et lâche même si aujourd’hui il se ramasse les pieds dans le tapis pour mendier des jours ou mois de plus. Gare à ceux qui lui feront confiance au point de s’asseoir avec lui autour d’une table de dialogue-discussion-concertation-conversation ! Jean de la Fontaine avait bien raison de conclure, dans Les loups et les brebis, « Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle. La paix est fort bonne en soi : J’en conviens ; mais de quoi sert-elle avec des ennemis sans foi ». Il urge de libérer le peuple sénégalais de cette association de malfaiteurs à la tête de notre pays : ICI ET MAINTENANT.