Alors que l'élection présidentielle devait se tenir le 25 février 2024, le président Macky Sall, a décidé de reporter la date du scrutin. Surpris, beaucoup l'ont été, quoique, avec Macky Sall, en 12 ans de règne, rien n'est de trop, que, pour chaque acte qu'il pose, il envisage cette réponse-ci : est-ce qu'à la fin de la journée je suis président ? Si la réponse est oui, il fonce ; qu'importe s'il laisse des vies humaines sur le bitume, qu'importe s'il ravale la soupe qu'il a vomie la veille, qu'importe s'il faille pactiser avec l'ennemi, qu'importe, qu'importe...
Si la réponse est non, alors faudra travestir l'impossible, tordre le destin, revenir sur le temps, forcer, forcer et forcer pour encore se demander : est-ce qu'à la fin de la journée je suis président ?
Imaginer Macky Sall président quoiqu'il puisse arriver, c'est l'imaginer dans une dictature écrite avec les arguments de la démocratie, c'est l'imaginer dans la peau d'un démocrate qui a le fantasme d'un tyran, c'est l'imaginer en pèlerin, avec une carotte et un bâton, qui cherche pénitence dans la violence et la colère; c'est en langage plus simple comprendre un système qui s'accroche à "ce quelque chose" qu'il essaie de contrôler depuis des années : le temps, du temps pour mieux s'armer, du temps pour donner l'impression de partir, un pas vers la porte, un autre pour revenir, revenir pour mieux cogner, cogner et se vautrer plus confortablement dans son fauteuil.
Á chaque sortie, il révèle encore plus un des traits d'une personnalité complexe : qu'attendre de celui qui a forcé le bureau et voté sans présenter une pièce d'identité, de celui qui a promis de faire un premier mandat de cinq ans (pour finalement en faire 7), de celui qui s'est toujours arrangé pour se présenter aux élections face à plus faible, de celui qui a fait du pouvoir de nomination une arme redoutable pour toujours châtier l'impertinent qui oserait défier la machine, de celui qui a réussi à scinder la nation en deux : bénis ceux qui savent flatter l'égo du chef, gare à ceux qui oseraient dire au chef que son nez est un peu trop gauche, zut !...
Soit, ce report, comme certains veulent nous faire croire, n'est pas un coup sorti ex-nihilo de la besace du chef. Tout était prévu, et encore une fois, excusez si je me répète, il a posé sur la table, la seule question qui prévaut ses actes : est-ce qu'à la fin de la journée je suis président ?
Et cette fois-ci, comme n'étant pas sûr d'avoir un argument infaillible à faire avancer, alors, il pose le joker : reset, le jeu reprend à zéro ! Macky fait du Macky en se disant, j'en ai fait, fait et refait, je suis toujours président, je reste encore un peu, du temps, j'en ai, j'en aurais probablement, je retourne le jeu, échec et mat ! Mais il est difficile de l'imaginer encore revenir dans le jeu. Une barrière l'empêche d'avancer : ni lui-même, ni la communauté internationale, ni le peuple. Il attend le salut d'un homme, un homme qu'il "accuse" d'avoir sabordé son projet de 3e mandat, de l'avoir mis en mal avec le monde, d'avoir (probablement) anéanti ses chances pour un poste à l'international après le pouvoir : Ousmane Sonko. De lui, il en espère désormais une petite main tendue, un clin d'œil, une causerie... advienne que pourra même s'il lui faudra jouer sa survie à la roulette russe-que ça passe ou ça fracasse—, même si le susnommé est en prison, que de lourds chefs d'accusation pèsent ses épaules, l'essentiel est ailleurs pour le Macky : « viens, on oublie tout. », parce qu'il n'a pas vu venir Diomaye émerger de l'ombre, grandir, grandir si vite qu'on aurait pensé qu'il est Sonko lui-même.
« Diomaye Mooy Sonko » (littéralement : Diomaye c'est Sonko) pour un politique comme Macky qui n'a foi qu'aux sondages, est un horizon à ne pas ne jamais voir naître, une perspective à ne jamais entrevoir ; le scenario aurait été terrible pour lui : Diomaye en prison, son leader emprisonné, le parti qui le porte dissout, une bonne partie du directoire et des militants de 1ère heure en prison, voir ce même Diomaye, échappé du filtre du conseil constitutionnel avec une côte de popularité qui monte de jour en jour nonobstant les arguties tirées par les cheveux des sbires du régimes, journalistes pouilleux et éditorialistes en quête lambris au nom de la « mansuétude légendaire et de la magnitude » du chef et qui, sans nous voiler la face, probablement allait sortir au 1er tour, cette carte-là sur la table, pour le régime, elle était à déchirer ! Et tout le reste n'aura été que poudre de perlimpinpin : « des Yérimiades » pour soutenir l'insoutenable, la vieille rengaine absurde de « la raison d'Etat », une pseudo crise des institutions, une soudaine compassion pour un "petit vieux" exilé au Qatar, une commission d'enquête d'on ne sait quel motif (report, ou corruption de magistrat) jusqu'au jour où lors d'une récente interview, Macky parachève l'œuvre : c'est soit moi, soit l'armée, moi je suis une moindre, venez donc on dialogue.
Mais il oublie Macky que ce dialogue, c'est avec le peuple, un peuple qu'il a méprisé, un peuple auquel son régime a fait tant mal : une centaine de personnes tuées, des milliers de détenus politiques, des familles disloquées, des exilées...
Et comment pourra-t-il convaincre ce peuple, que l'ultime poignard (la confiscation de leur droit de vote), c'était pour son bien ?!
Car à vouloir toujours gagner un jour de plus pour organiser sa mort, on finit par se faire surprendre par la mort : tout ceci donne l'impression que ce report, dans l'imaginaire collectif, sonne comme une mort inéluctable, qu'il essaie de contrôler tant bien que mal. Et à partir du 2 Avril (date de la fin officielle de son mandat), il risque de se rendre compte qu'il fallait mieux partir un peu plus tôt, hélas un peu tard pour s'acheter un linceul et un cercueil...
Par Pape NDIAYE
COMME A SERENGETI
Jeudi 15 février 2024 au quartier populaire de Rebeuss, nous y sommes ! Entre l’immense portail de la prison centrale et la rue, une foule s’est massée en haie d’honneur servant de passerelle aux détenus en route vers la liberté.
Jeudi 15 février 2024 au quartier populaire de Rebeuss, nous y sommes ! Entre l’immense portail de la prison centrale et la rue, une foule s’est massée en haie d’honneur servant de passerelle aux détenus en route vers la liberté. Parmi eux, des activistes, des adolescents, des personnes âgées, des militants d’Ousmane Sonko, pour la plupart, arrêtés et incarcérés lors des récentes manifestations politiques. Ou pour avoir commis le « crime » d’avoir porté un bracelet ou un tee-shirt aux couleurs de Pastef.
Munis de leurs billets de sortie, ils sont précipités vers le bout du tunnel. A l’arrivée, parents et amis les ont acclamés et embrassés comme des héros de l’injustice. Des scènes de retrouvailles joyeuses filmées et photographiées sous tous les angles par les reporters de la presse nationale et internationale. Mais aussi immortalisées par les smartphones. Cette horde de détenus retrouvant la liberté constitue une véritable « faune » carcérale qui nous renvoie à l’immense savane du Serengeti située en Tanzanie.
Un parc sauvage où se déroule la plus grande et spectaculaire migration animale au monde. En effet pour échapper à l’enfer des félins (lions et tigres), zèbres, buffles et antilopes font la périlleuse traversée de la rivière « Mara » infectée de crocodiles. Exactement comme à la prison de Rebeuss où des centaines de jeunes détenus « politiques » dont la majorité sont arbitrairement arrêtés et emprisonnés ont réussi à traverser la rivière d’apaisement aux eaux douces afin de se défaire de l’étau autoritaire gouvernemental.
En tout cas, ces arrestations massivement ciblées suivies de mandats de dépôt systématiques décernés aux partisans d’Ousmane Sonko n’étaient rien d’autre qu’une grande rafle de masse de « juifs pastefiens » jamais organisée par les forces de défense et de sécurité sur le territoire sénégalais à l’image du…Vél d’Hiv. A bien des égards, il s’agissait d’une vaste et violente campagne de répression contre les partis d’opposition afin d’éliminer la concurrence à l’approche de la présidentielle 2024 dont la date du scrutin, initialement fixée ce 25 février, a été repoussée.
Une accusation que la ministre de la Justice, e Aissata Tall Sall n’a pas voulu reconnaitre ou soutenir, hier, lors de sa conférence de presse. Pour mieux garder et sécuriser les « seaux » contenant le pouvoir politique de l’Apr, Me Aissata Tall Sall a précisé qu’aucune des 344 personnes libérées n’avait été détenue ou n’a été libérée pour des raisons politiques. « C’est « faux, complètement faux ! », assure-t-elle.
Une chose est sûre, jamais le Sénégal n’avait connu autant d’arrestations et de répressions pré-électorales que durant ces trois dernières années. C’est-à-dire depuis mars 2021. Plus jamais ça !
Par Professeur Abdoul Azize KEBE
DIALOGUER N’EST PAS CAPITULER
Réeroo amul, ñakka waxtaan a am. Il n’y a pas de malentendu, seulement subsiste l’absence de dialogue.
Il n’y a pas de malentendu, seulement subsiste l’absence de dialogue.
Il n’est pas besoin d’être un expert ou un acteur politique chevronné pour comprendre que nous sommes dans un tourment collectif, malgré la décision du Conseil constitutionnel qui apporte un bol d’air, sans mettre à disposition toutes les réponses. Les problèmes demeurent, relativement au processus électoral, avec la multitude de contestations des spoliés par là, des recalés par ci, des partisans du statu quo ante, ou des attentes de ceux qui désirent une remise à zéro des compteurs. La floraison d’interrogations sur la date du scrutin, sur la fiabilité du fichier, sur la double nationalité des candidats admis à participer aux élections, etc., tout cela est révélateur d’un désordre que la simple évocation des codes et règles de Droit ne résoud pas automatiquement. La diversité et le nombre d’interprétations, de la part des agrégés et experts juridiques, en sont la preuve.
Dans de telles conditions, être dans le fétichisme des dates et des principes, pour reprendre les propos de Me Ousmane Ngom à un média de la place, ne nous permet pas d’avancer. C’est même d’une certaine manière reporter les problèmes aux lendemains tout proches, avec le risque de leur aggravation. Par ailleurs, le fétichisme n’engendre, pour la plupart des cas, que de la désillusion. Face à ce tourment collectif, à cette épreuve qui fragilise notre stabilité et notre unité, face à cette crise de confiance, de légitimité et d’autorité qui se profile, une remise à l’ordre est nécessaire. J’entends la voix de mes jeunes amis, qui me dit qu’il n’y a d’ordre que républicain. Heu-reusement ! Car en dehors de la République, et de ses fondements et institutions, le péril nous guette. Mais l’ordre républicain n’est pas un dogme figé. L’ordre républicain, c’est une harmonie qui se réajuste face aux réalités et à ses désordres, sur la base de règles consensuelles, fondées sur la raison et les valeurs sociétales. C’est alors une construction permanente, mais partagée, entre les acteurs politiques et sociaux. Et là, il est grand temps !
J’emprunte la formule à mon homonyme et guide, Serigne Abdoul Aziz Sy al-Amine, qu’Allah agrée ses œuvres. Il est grand temps ! Il est grand temps que nous nous parlions, que nous dissipions ces voiles de suspicion, de méfiance réciproque et de défiance, que nous démolissions ces cloisons de peur qui nous font nous dresser les uns contre les autres, pour nous retrouver autour de ce que nous avons en commun et que nous ne pouvons pas nous partager, le Sénégal.
Ce n’est pas la première fois que, sur le long chemin de la démocratie, notre pays traverse des écueils qui menacent sa stabilité et son unité. Et nous nous en sommes sortis, car nous avons toujours pu retrouver notre nature, en tant que pays de dialogue. A l’image de l’adage qui dit qu’il est facile à l’oiseau de voler, car c’est sa nature, on peut dire qu’il doit être facile alors pour le Sénégal de dialoguer, puisque c’est un pays de dialogue.
Dialoguer, c’est permettre les mutations positives
Dialoguer n’est pas un aveu de faiblesse ni de capitulation, c’est une posture de sagesse et de grandeur que seuls peuvent adopter ceux et celles qui sont conscients des enjeux. Ce sont de tels guides qui sont capables de prendre des décisions qui semblent ramer à contre-courant de leurs intérêts du moment, mais qui concourent à la victoire des lendemains proches, sur la base d’acquis consolidés. C’est une posture de maturité, que de faire des arrangements aujourd’hui, à la place d’une épreuve de force inféconde, et construire les conditions d’arriver aux objectifs, dans le futur. Le dialogue est un outil qui permet les mutations positives pour éviter les fractures irréversibles.
Deux ou trois exemples pour illustrer mon propos.
Le premier porte sur la posture du Messager d’Allah lors de l’arrangement avec les Qurayshites, qui a conclu «l’accord de Hudaybiya». Alors qu’il était tout proche de la Mecque avec ses compagnons et les fidèles, pour accomplir le rituel de la umra, il fut stoppé à Hudaybiya et empêché de poursuivre son chemin. Et il dut, après des pourparlers avec des négociateurs qurayshites, reporter sa umra à l’année suivante. Cet arrangement, connu sous le nom de «pacte de Hudaybiya», avait irrité certains de ses compagnons dont Ali, son cousin et gendre, qui avaient manifesté leur désaccord. Certes cette décision n’était pas agréable à prendre, c’était comme une reddition, mais le Messager d’Allah avait compris qu’aussi difficile soit-elle, c’était la bonne à prendre. Et le triomphe de la conquête de la Mecque sans effusion de sang en fut la résultante.
Le 2e exemple se rapporte à Mandela. Après 27 années d’une longue, âpre et meurtrière lutte contre l’apartheid, alors qu’il était encore en prison, il a encouragé et conduit la réconciliation, a négocié avec ses plus irréductibles adversaires, pour entrer dans le gouvernement de Klerk. Cela a contribué à créer les bases de la nouvelle Afrique du Sud, Nation arc-en-ciel, et lui a valu le Prix Nobel de la Paix.
Le 3e exemple est bien de chez nous, avec les présidents Diouf et Wade, et avec eux une partie de la classe politique sénégalaise d’alors. Ils avaient compris que s’arc-bouter sur des positions irréductibles risquait de nous précipiter dans le gouffre. Leurs conversations secrètes, leurs concertations et négociations confidentielles ont balisé la route à l’alternance de 2000, grâce aux cadres consensuels établis pour une vie politique apaisée. C’est dire que le dialogue, loin d’être une capitulation, est une posture de dépassement et de progrès, même si, sur le cliché de l’instantané, certains le perçoivent comme une abdication. Il n’en est rien ! Le dialogue est un moyen de retrouver la bonne direction et de s’y engager, pour sortir des impasses de la passion aveugle et aller de l’avant, avec la boussole de la raison.
Convertir une réalité conflictuelle en réalité consensuelle
Aujourd’hui, tout le monde constate que le climat sociopolitique actuel est vicié par la méfiance réciproque, et c’est un défi complexe de vouloir le transformer en environnement propice à la construction de la paix sociale. Complexe oui, mais pas impossible, il y a bien des chemins pour y parvenir si nous voulons rester ce pays distingué dans le concert des nations. Et plus tôt nous redeviendrons unis, grâce à la gestion intelligente et sage de la diversité et de la pluralité politique, mieux ce sera pour nous et nos enfants. Plus tôt nous comprendrons que les divergences une fois exprimées et bien exprimées, sont des invitations à trouver un minimum de convergence, mieux ce sera pour réduire les fractures, apaiser les souffrances et rassurer sur l’avenir de notre démocratie.
Pour cela, il est impératif que nous empruntions le chemin de la rencontre et de la conversation, avec un sentiment autre que la haine. Car la haine fausse le chemin, par sa capacité à distordre les perceptions et à crisper les positions. Et il est illusoire de vouloir sortir de la crise par le radicalisme des uns et des autres, l’héroïsme aveugle sur le front de la rue, l’outrance du discours des oppositions, ou l’arrogance des hommes au pouvoir. Ce dont il s’agit, c’est d’adresser une réalité conflictuelle et la redresser pour la convertir en une réalité consensuelle. Pour ce faire, il urge de s’engager ensemble, ou à la majorité des acteurs, exposer courageusement le mal qui nous divise et coopérer avec honnêteté pour lui trouver un remède durable. Cela peut se faire si, comme le disait Serigne Abdoul Aziz Sy al-Amine, nous plaçons le Sénégal au-dessus de nous tous. Diouf et Wade avaient emprunté ce chemin qui fut difficile en son temps, et nous avons hérité de l’alternance démocratique.
Commençons alors par bâtir des ponts de confiance qui nous mènent aux convergences des intérêts en commun. Ainsi, toutes les actions d’apaisement et de reconversion vers la paix sociale pourraient être examinées de part et d’autre : accords de renoncement à la violence de part et d’autre, remise des peines pour les détenus concernés par les manifestations violentes, établissement de cadres garantissant les règles équitables, consensuelles, pour le jeu démocratique, etc. Bien sûr, tout cela doit se faire dans le sens de préserver et consolider la République et l’Etat de Droit, sans fétichisme ni aventurisme.
Il faut aussi, dans ce cadre, que le leadership politique, pouvoir comme opposition, adopte une attitude empathique qui reflète sa volonté sincère de construire la paix, pour tous et avec tous. Il serait décevant que, pour une raison ou une autre, chaque camp se retranche dans ses certitudes, refuse de faire un pas vers l’autre et chauffe ses troupes pour la bagarre. Or, on constate que, le plus souvent, ce qui est obtenu par la force, est aussi perdu par la force. Les leçons sont nombreuses dans la sous-région et ailleurs dans le monde. Des entités politiques dans la sous-région ont été enivrées par la détermination de la foule à faire tomber leur régime, le peu de démocratie qui leur avait permis ces rassemblements, est mort avec la chute des régimes auxquels ils ont refusé le dialogue. Les printemps arabes n’ont pas du tout enfanté la démocratie, pour la plupart du temps. Et il est clair que les régimes portés par ces printemps ont plutôt engendré un long hiver pour la vie de la démocratie dans ces pays. Ouvrons les yeux !
Restaurer la confiance et soutenir les efforts de dialogue
Grande peut être la tentation de surfer sur les lignes de défense réciproques, sur les sujets qui nous divisent, de titiller l’amour propre des troupes pour créer une opinion contre le dialogue. Grand pourrait être le risque, pour les Forces de défense et de sécurité d’être débordées dans leur devoir régalien de sécurité et de répression pour établir l’ordre public. Mais tout radicalisme fait le jeu des mouvements radicaux de quelque obédience qu’ils puissent se réclamer. Ils attisent le feu de la discorde et de la division pour nous encourager dans notre affrontement, ce qui va nous précipiter dans l’abîme.
Il est alors grand temps que nous ayons une conscience aiguë du sérieux de la situation et que nous nous engagions, citoyens organisés dans des cadres ou non, acteurs politiques aux côtés des autres acteurs sociaux, sans préjugés, pour restaurer la confiance entre nous et créer les conditions d’une vie politique apaisée et d’une compétition équitable. Il est grand temps que nous nous dressions au travers de tout ce qui menace la paix et l’unité nationales, en soutenant avec force les efforts de dialogue. Allons à la rencontre de l’autre avec l’esprit du croyant qui, animé par l’enseignement du Messager d’Allah, désire pour l’autre ce qu’il désire pour lui-même. Là, les peurs et les pièges ne seront pas de mise. Tout cela pour rester fidèles à notre devise : Un Peuple, Un But, Une Foi, dans le respect de l’esprit de la Constitution, la lettre étant déjà dépassée par les délais et la complexité des attentes divergentes des différents acteurs.
Professeur Abdoul Azize KEBE
Ministre conseiller aux Affaires religieuses
Par Gorgui Wade Ndoye
LE SENEGAL DOIT RESTER PAISIBLE ET DEMOCRATIQUE
Hier, à Genève, des Sénégalais ont manifesté sous la chaise cassée, place des Nations, devant l’ONU, pour que leur pays connu pour sa stabilité et sa démocratie ne sombre pas dans l’incertitude et le chaos.
Hier, à Genève, des Sénégalais ont manifesté sous la chaise cassée, place des Nations, devant l’ONU, pour que leur pays connu pour sa stabilité et sa démocratie ne sombre pas dans l’incertitude et le chaos. Le président Macky Sall a décidé, le 3 février dernier, de reporter sine die l’élection présidentielle qui était prévue le 25 de ce mois. Une décision surprenante prise sous la pression du Parti démocratique sénégalais. C’est le PDS de l’ancien président Wade, aujourd’hui dirigé par son fils Karim en exil au Qatar et candidat recalé à la candidature pour la présidentielle.
Le Conseil constitutionnel a rejeté la candidature de Wade fils à cause de sa double nationalité française et sénégalaise. Alors le PDS et ses nouveaux alliés de la coalition BENNO du parti au pouvoir APR (Alliance pour la République) décident d’attaquer le Conseil constitutionnel, accusant deux juges d’être corrompus par l’actuel premier ministre, qui n’est autre que le candidat de la coalition présidentielle ! On y perd la raison !
En procédure d’urgence, le 5 février, le parlement décide, sans débat, d’une loi de révision de la Constitution autorisant le chef de l’État à reporter l’élection au 15 décembre pour pouvoir inclure le fils de l’ancien président et éventuellement d’autres recalés comme Ousmane Sonko, actuellement en prison et sorti troisième de la présidentielle de 2019.
«Un groupe de consultation a lancé l’Appel de Genève pour la paix et la démocratie»
Attachés à la démocratie et à l’idée de la République, des Sénégalais ont manifesté et exprimé leur déception. Pour eux, l’actuel président n’a pas protégé la Constitution. Il a préféré se donner un bonus, d’autres parlent même de coup d’État constitutionnel. Il y a eu trois morts de trop dont un étudiant de mon ancienne université à Saint-Louis. L’image du Sénégal se retrouve craquelée, écornée et balafrée. Les appels à l’ordre des organisations sous-régionales, régionales et internationales montrent, au-delà de la gravité de la situation politique, la place qu’occupe le Sénégal dans le concert des nations.
C’est pourquoi, à Genève, un groupe de consultation composé d’éminentes personnalités de la diaspora a lancé l’Appel de Genève pour la paix et la démocratie publié en Suisse par «Le Temps» et largement par la presse sénégalaise.
Ce qui est attendu : le respect du calendrier électoral, l’organisation d’une élection transparente avec les 20 candidats déjà retenus par le Conseil constitutionnel, l’autorisation des manifestations et leur encadrement pour éviter la violence et la dégradation des biens publics et privés, la libération des manifestants, l’indemnisation des familles des victimes. Enfin le départ du président le 2 avril date d’expiration de son mandat.
Dans ses décisions du 15 février, le Conseil constitutionnel a dit que le décret de report de l’élection pris par le président est anticonstitutionnel autant que la loi du Parlement. Cette décision historique a remis du baume au cœur à des millions de Sénégalais attristés et traumatisés par la situation politique actuelle.
Le suspense demeure, cependant, car Macky Sall, qui assure qu’il respectera ces décisions, n’a pas encore fixé la nouvelle date de la présidentielle. Quinze candidats à la présidentielle sur les vingt insistent sur le respect de la Constitution. A Genève, nous réaffirmons notre appel à toutes les composantes de la nation à un sursaut d’honneur pour promouvoir le pardon et la réconciliation dans la vérité et la justice, afin de retrouver les bases solides d’un vivre ensemble paisible et conduisant au développement et l’État de droit, aspiration profonde du peuple sénégalais.
PAR MOUSTAPHA DIENE
LA DEMOCRATIE SENEGALAISE : D’UN REPORT « SINE DIE » A UNE TENTATIVE D’OBLITERATION.
L’opposant Ousmane Sonko fera-t-il office d’un moise Katoumbi ? Monsieur Amadou Ba risque-t-il le sort de Shadary ? Qui pour jour le rôle de Tshisekedi ? En tout état de cause la pièce de théâtre aura besoin d’un bon casting.
Les évolutions de la vie politique sénégalaise depuis l’indépendance se sont accompagnées d’oscillations non moins importantes. Le processus démocratique fut jalonné, durant ces vingt dernières années, de multiples péripéties dont certaines furent portées à la connaissance du grand public grâce à la révolution technologique des instruments d’information et de communication. La progression des moyens de communication et l’émergence de groupes de presse privés permirent à l’opposition de tenir l’opinion nationale et internationale informée de la réalité des situations et de l’évolution de sa lutte pour l’avènement de la démocratie au Sénégal[1]. En effet, le contexte actuel, marqué par l’accès facile à l’information, la détérioration les revenus les plus bas et ceux des membres des classes moyennes, l’accentuation du désir de participation politique etc. va accoucher des luttes politiques et syndicales qui se sont intensifiées pendant les dix (1O) dernières années. On assite alors à de nouvelles exigences du « peuple » en termes de bonne gouvernance, de respect de l’Etat de droit, de gestion transparente mais aussi et surtout de respect des droits fondamentaux et des libertés publiques.
Depuis le tournant des années 2012, la fermeté et la rigidité du style de gouvernance du président Macky Sall ont buté sur l’émergence du discours d’alerte et de conscientisation de monsieur Ousmane Sonko. La perspective quelque peu populiste de l’Opposant Sonko a su cristalliser l’espoir d’une frange importante de la jeunesse sénégalaise, laissant les tenants du régime en marge de crédibilité et de légitimité.
La démocratie sénégalaise est confrontée à un grave tournant. Le 31 juillet 2023, par un acte administratif, les autorités sénégalaises ont annoncé la dissolution du PASTEF, le parti politique de l’opposant et candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle Ousmane Sonko. La raison invoquée était que celui-ci aurait fréquemment appelé ses partisanes à des mouvements insurrectionnels ayant entraîné des morts, plusieurs blessées et des actes de pillages et de destructions de biens publics. Ceci étant l’aboutissement d’un long processus de musèlement de l’opposition accompagnés de vagues de violences et de protestations plongeant le pays dans ce que l’ancien Premier ministre Habib Thiam avait qualifiées d’« années de braise ».
L’élection présidentielle prévue pour le 25 février prochain se verra reportée par la décision du président Macky Sall d’abroger la loi portant convocation du corps électoral. Le projet de loi pour la prorogation du mandat du président de la République a été adopté par les députés à l’Assemblée nationale suite à un marathon verbal finalement estompé par l’intervention de la gendarmerie.
Cette conjoncture politique nous laisse présager trois scénarios à l’horizon. Ainsi, loin d’une tentative de prophétie politique, cette réflexion s’inscrit dans une perspective d’élucidation du réel politique sénégalais en ces heures sombres d’une démocratie en crise d’épilepsie.
Le « scénario Kabila-Shadary » en procédure d’ablation
La République démocratique du Congo (RDC), immense pays d'Afrique centrale et un des plus pauvres du continent en dépit de son fort potentiel minier, est dirigée depuis 2001 par Joseph Kabila. Investi à 29 ans président, après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila par un garde du corps, Joseph Kabila est élu président en 2006 lors des premières élections libres depuis l'indépendance, puis réélu en 2011, lors d'un scrutin marqué par des violences et des fraudes. Devant l’impossibilité de briguer un troisième mandat Kabila fils se trouve dans le besoin de choisir « son candidat ». Le choix fut porté sur l’ancien ministre de l’intérieur Emmanuel Ramazani Shadary qui, devient de facto son dauphin.
Sans revenir sur les péripéties qui ont jalonnées les différentes échéances électorales qui ont porté le président Sall à la magistrature suprême du Sénégal, nous avons fait le parti-pris de considérer le choix de monsieur Amadou Ba comme dauphin. En effet, tout comme le choix de Joseph Kabila avait mis fin aux nombreuses spéculations sur le respecte de la Constitution, celui du président Sall semblait être cohérent au regard du rapport de force, du jeu d’influence mais aussi du devoir de respecter la parole donnée.
Toutefois, l’histoire a montré que le choix du président Kabila de mettre les atouts en faveur de Shadary en prenant comme principal menace l’opposant Moise Katoumbi, n’a pas porter ses fruits. Un outsider Félix-Antoine Tshisekedi va hériter du pouvoir congolais malgré les subterfuges politiques favorables à Shadary.
L’opposant Ousmane Sonko fera-t-il office d’un moise Katoumbi ? Monsieur Amadou Ba risque-t-il le sort de Shadary ? Qui pour jour le rôle de Tshisekedi ? En tout état de cause la pièce de théâtre aura besoin d’un bon casting.
Allons voir le second épisode…
Le « scénario Gbagbo » en gestation
Laurent Gbagbo a été élu en octobre 2000, pour un mandat quinquennal qui devait expirer en octobre 2005. Mais le scrutin prévu à cette date a été annulé à cause de la guerre.
Par la résolution 1633, le Conseil de sécurité a souscrit à la décision du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) selon laquelle le Président Gbagbo, demeure chef de l’État au-delà du 31 octobre 2005 correspondant à la date d’expiration de son mandat. Toutefois, la prolongation du mandat est pour une période n’excédant pas 12 mois.
Les dates proposées par la suite, notamment octobre 2006, octobre 2007, janvier 2008, juin 2008, novembre 2008 et novembre 2009, ont connu le sort d’un bébé mort-né et premier tour de l'élection attendue depuis 2005 se tiendra finalement le 31 octobre 2010. Le deuxième tour de la présidentielle, tenu le 28 novembre 2010, se solde dans la controverse alors que les deux candidats en lice, le président sortant Laurent Gbagbo et l’ex-premier ministre Alassane Ouattara, revendiquent la victoire. Gbagbo sera assermenté, avant d’être renversé à la suite d’une intervention armée, en avril 2011. La CPI sera sa future destination.
Gagner un mandat de plus suite à un report de l’élection et finir à la Cour pénale internationale est-il une carte que le président Sall doit tirer ?
Encore un troisième épisode…
Le « scénario Compaoré » encore évitable.
Arrivé au pouvoir à la faveur du coup d’État contre son ancien frère d’armes Thomas Sankara en 1987, "Blaise", comme l’appellent ses pairs africains, n’avait pas prévu une telle fin de règne. Malgré deux septennats (1992-2005) puis deux quinquennats (2005-2015), il souhaitait se maintenir à la tête du Burkina Faso après la fin de son mandat en décembre 2015, en révisant la Constitution.
C’est cette volonté de s’accrocher au pouvoir qui a finalement eu raison de son régime en suscitant l’ire de l’opposition, des syndicats, d’une grande partie de la société civile et de la jeunesse de ce pays où plus de 60 % des 17 millions d’habitants avaient moins de 25 ans. Fait rare au Burkina Faso, plusieurs dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées, le 28 octobre, dans les rues de la capitale Ouagadougou pour demander au régime de renoncer à son projet. Attentions au président Sall !
Justement, au-dessus de la foule de protestataires s’élevaient des milliers de pancartes exigeant du président qu’il se plie à la Constitution : « 27 ans, c'est assez », « Judas, libérez les lieux » ou encore « Blaise dégage ». Trois jours plus tard, Blaise Compaoré s’est résigné à lâcher prise au profit de l’armée qui a pris les commandes du pays. La démocratie sénégalaise mérite-t-elle un tel coup de fouet ?
Il (Compaoré) démissionne en 2014, après 27 ans au pouvoir, à la suite du soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014. En 2022, alors qu'il s'est réfugié en Côte d'Ivoire, il est condamné par contumace, à Ouagadougou, à la prison à perpétuité pour « complicité d'assassinats » et « atteinte à la sûreté de l'État ». On pouvait lire sur les lignes d’un texte de France 24 « Blaise Compaoré, le médiateur privilégié des crises en Afrique de l'Ouest, n’a pas résisté au vent de révolte qui a soufflé sur son pays ces derniers jours. » Le président Sall va-t-il s’offrir une telle fin ? et à quelles fins ?
Moustapha DIENE, Enseignant en Science politique et Formateur en conception et pilotage des politiques publiques.
[1] Bathily, Abdoulaye. « IV. Les pas hésitants de la démocratie au Sénégal et en Afrique (1983-2000) », Passion de liberté. Mémoires, sous la direction de Bathily Abdoulaye. Éditions Présence Africaine, 2022, pp. 291-307.
Par Mohamed GUEYE
NOUS ATTENDONS LE DIALOGUE SUR L’ÉCONOMIE
Ce n’est pas par des coups de baguette magique que des pays aussi moins dotés que la Suisse, la Belgique, Maurice ou les îles du Cap-Vert peuvent aujourd’hui faire état de l’état d’abondance pour leurs populations.
Bien longtemps après le scrutin présidentiel, le pays devrait accueillir ses premiers barils de pétrole et ses camions de gaz liquéfié au dernier trimestre de l’année, au plus tard. Quand les devises tirées des ventes de ces produits commenceront à rentrer dans l’économie, le Sénégalais moyen se rendra sans doute compte que nous avons basculé dans une autre économie. La question sera alors de savoir si ce basculement fera le bonheur du pays, ou comme on le voit dans la plupart des pays africains, son malheur.
Le Sénégal, malgré tous ses efforts, n’a pas encore pu former une masse critique de personnes qualifiées aux questions du pétrole et du gaz, ce qui fait que sur les plateformes et dans toutes les chaînes logistiques, les compagnies nationales continueront à solliciter les compagnies étrangères. Même dans les domaines des services liés aux hydrocarbures, comme les logements des personnels, leur alimentation, ainsi que plusieurs autres menus services indispensables au confort de ces personnels, les compagnies installées au Sénégal font plus facilement recours à des clients avec lesquels elles sont habituées à travailler. La loi sur le contenu local est facilement contournée, avant même que l’exploitation ne batte son plein. Cela, au vu et au su des pouvoirs publics.
Sur le plan théorique et juridique, le gouvernement du Sénégal a pris tous les textes de lois nécessaires à l’installation d’un réseau de compagnies à même de pouvoir jouer leur rôle pour que les retombées économiques de nos matières premières n’échappent pas aux nationaux. Mais de manière concrète, l’engagement économique des entrepreneurs sénégalais tourne plus au mirage. Avant de parler des hydrocarbures, qui sont un secteur encore peu maîtrisé pour les Sénégalais, on devrait regarder les autres industries extractives. Qu’a fait le Sénégal pour préserver ses parts dans l’exploitation des ressources de son sol, et même de les renforcer ?
Aujourd’hui, notre phosphate va d’abord en Inde avant de nous revenir à des taux prohibitifs. Les Industries chimiques du Sénégal ont été bradées au franc symbolique après avoir été mises en faillite. D’exportateur net de phosphates, le Sénégal est devenu importateur. Cet échec n’est pas le seul. Dans la cimenterie, où l’on cherche à accréditer d’autres opérateurs, il n’y en a qu’un qui soit Sénégalais, si l’on veut. Tous les autres sont à capitaux étrangers. Et puisque l’Etat veut avoir avec eux des rapports mercantiles, il ne leur permet pas de modérer leurs produits de manière à ce que le Sénégalais moyen, qui voit son environnement se dégrader, trouve une certaine consolation dans le prix d’achat de son sac de ciment. Au contraire, comme avec l’or, le zircon ou le poisson, le sentiment général est que l’Etat laisse les étrangers venir piller nos ressources et nous laisser un environnement pollué et appauvri, juste pour les intérêts d’un petit groupe de privilégiés. Il faut que cet état d’esprit change, et l’Etat doit monter en première ligne pour cela.
Les Sénégalais doivent prendre en main l’exploitation de leurs ressources, et surtout, en tirer le plus de bénéfices possible. Ce ne sont pas de vaines incantations qui permettront de réaliser ces ambitions, mais une politique économique concertée. C’est à cela que notre classe politique devrait se sentir interpellée, et organiser un dialogue sur des objectifs atteignables à terme. On peut ne pas être d’accord sur des objectifs politiques, mais tous les acteurs devraient pouvoir s’accorder sur la recherche du bien-être pour une bonne majorité de nos concitoyens. Si nous nous concertons pour mesurer ce dont la nature nous a dotés, nous devrions pouvoir savoir comment nous en servir.
Ce n’est pas par des coups de baguette magique que des pays aussi moins dotés que la Suisse, la Belgique, Maurice ou les îles du Cap-Vert peuvent aujourd’hui faire état de l’état d’abondance pour leurs populations. Les Chaebols, ces conglomérats d’entreprises coréennes, qui sont devenus des géants industriels enviés aujourd’hui partout dans le monde, alors que leur pays était moins riche en 1960 que le Sénégal, n’ont pris cette dimension que parce que leur Etat a décidé, en dépit de toutes autres considérations politiques ou sociales, de les porter à ce niveau. Les Sénégalais, leurs dirigeants en tête, aux côtés de ceux qui aspirent à les diriger, devraient savoir le meilleur chemin à suivre. Nous avons atteint un niveau de maturité politique et intellectuelle qui fait que ce n’est plus acceptable qu’un dirigeant qui arrive au pouvoir cherche à imposer ses orientations sans consultation. Le temps où le pouvoir en place se faisait élire sous le slogan économique du Yoonu yokkuté pour bifurquer après quelque temps et imposer le Plan Sénégal émergent (Pse) envers et contre tous, ne peut plus être. Car, si de nouveaux dirigeants arrivaient à la tête du pays, ils s’empresseraient de les effacer. Il y a donc besoin de concertation, ou de dialogue, ou même d’assises si l’on veut. Pas pour parler de calendrier électoral ou des pouvoirs du Conseil constitutionnel. Il devra s’agir de ne parler que de la vision économique, et des ambitions pour améliorer les conditions de vie des citoyens de ce pays. Mettre en place des choses qu’aucun pouvoir ne viendrait bouleverser pour discréditer ses prédécesseurs. Pour installer le pays sur des voies que la politique ne ferait pas dérailler.
Texte Collectif
LES CANDIDATS DÉCRIENT LE SABOTAGE EN COURS DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE PAR MACKY SALL
Les opérations électorales peinent à reprendre leur cours normal malgré la décision du Conseil constitutionnel. Tout fonctionne au rythme de la mauvaise volonté du président. Sa responsabilité personnelle reste engagée dans cette périlleuse entreprise
Depuis la Décision du Conseil constitutionnel du jeudi 15 février 2024 annulant le report de l'élection présidentielle tenté par le régime de Macky Sall et enjoignant l'indication d'une nouvelle date dans les meilleurs délais, une lenteur inexplicable est constatée.
Rien n'a été entrepris. Pourtant, le cadre légal est clairement fixé et aucun obstacle juridique ou de fait ne se dresse contre la fixation d'une date que le Sénégal et la communauté internationale attendent avec impatience et inquiétude.
De plus, nous constatons que les opérations électorales peinent à reprendre leur cours normal malgré la décision du Conseil constitutionnel exigeant leur poursuite.
En effet, les mandataires des candidats rencontrent des difficultés pour prendre possession du fichier électoral et tout fonctionne au rythme de la mauvaise volonté du président Macky pour déclencher le processus de sa succession inévitable.
Il est manifeste que cette situation révèle un refus du président de la République de prendre en charge sa mission régalienne d'organisation d'une élection libre et transparente.
Nous prenons acte de la décision du Conseil constitutionnel mettant à jour une nouvelle liste de 19 candidats, ce qui vient confirmer, s'il en était encore besoin, l'impérieuse nécessité de poursuivre le processus électoral en cours.
Le cas du Sénégal est au bout de toutes les lèvres et écorne l'image de notre pays jadis considéré comme une vitrine de la démocratie en Afrique.
Tout porte à croire que Macky Sall n'arrive pas à digérer la mise en échec par le Conseil constitutionnel et le peuple de sa tentative de saboter l'élection présidentielle.
Le FC 25 dénonce les tentatives de discréditer nos institutions, notamment le Conseil constitutionnel.
Le FC 25 précise que la responsabilité personnelle de Macky Sall reste engagée dans cette périlleuse entreprise et met également en garde tous ceux qui contribuent, de près ou de loin, au sabotage de l'élection présidentielle.
Le FC25 est déterminé à défendre les droits du peuple et convie la presse nationale et internationale à une conférence de presse le jeudi 22 février 2024 pour annoncer une série d'actions visant à garantir la tenue du scrutin dans les délais impartis.
Il est impératif que le président Macky Sall respecte la volonté du peuple sénégalais et fixe une date pour l'élection présidentielle.
En tout état de cause, le FC 25 rappelle qu'à compter du 2 avril 2024, il ne sera plus président de la République du Sénégal. Il doit respecter le peuple sénégalais qui a toujours fait preuve de maturité en choisissant son président de la République. Il ne faut pas lui voler cette occasion ! On ne négocie pas la démocratie et le respect du droit fondamental de voter.
Le FC 25 condamne fermement toute tentative de retarder le processus électoral et de violer les droits légitimes des candidats.
Les Signataires :
Aliou Mamadou DIA
Mamadou Lamine DIALLO
Elhadii Mamadou DIAO
Cheikh Tidiane DIEYE
Déthié FALL
Pape Djibril FALL
Diomaye Diakhère FAYE (représenté par son mandataire Amadou BA)
Malick GAKOU
Serigne MBOUP
Aly Ngouille NDIAYE
Daouda NDIAYE
Anta Babacar NGOM
Khalifa Ababacar SALL
Thierno Alassane SALL
Habib SY
Boubacar CAMARA
PAR René Lake
LE COUP D’ÉTAT CONSTITUTIONNEL NE SEMBLE PLUS RAMPANT
EXCLUSIF SENEPLUS - La stratégie de Macky se dessine à travers les propos de sa ministre de la Justice : utiliser le dialogue pour imposer un agenda. L'appel à des idées fortes et à des actions civiles non-violentes est plus que jamais pertinent
Au cœur d'une période délicate de son histoire politique, le Sénégal voit se dessiner la stratégie du président Macky Sall, à travers les déclarations de son ministre de la Justice, Aissata Tall Sall. Cette stratégie soulève un débat profond sur les enjeux démocratiques et les mécanismes de gouvernance.
À travers les propos de son ministre de la Justice, Aissata Tall Sall, lors de sa conférence de presse de ce mardi 20 février 2024, se dessine une volonté de naviguer dans les tumultes constitutionnels et politiques avec une approche qui semble à la fois conciliante et calculatrice.
Aissata Tall Sall, en sa qualité de ministre de la Justice, vice-présidente du Conseil supérieur de la magistrature, éclaire la position officielle du gouvernement face à la décision du Conseil constitutionnel, mentionnant explicitement que le président Macky Sall “a pris acte“ de cette décision et invite au dialogue.
Cette ouverture au dialogue, selon elle, est destinée à écouter toutes les parties prenantes. Toutefois, elle reconnaît l'incertitude quant aux résultats de ce dialogue, soulignant une situation où la voie à suivre reste indéterminée, en particulier concernant la vacance de pouvoir annoncée pour le 2 avril.
Elle s’interroge concernant le dialogue, “qu'est-ce qu'il en sortira“ ? “Je ne sais pas“, répond-elle avant d’ajouter, « par contre, ceux qui disent qu’à partir du 2 avril il y a vacance de pouvoir, moi j'ai ma réponse en tant que juriste. C'est un débat entre juristes, entre constitutionnalistes et ma réponse importe peu. Le 2 avril arrivera, prions tous d'être là et observons ce qui se passera“.
“Ce à quoi nous sommes astreints, c'est d'organiser l'élection dans les meilleurs délais. C'est quand le meilleur délai ? C'est lorsque les acteurs du dialogue se mettront ensemble et diront ce qu'ils pensent des meilleurs délais. Moi j'ai ma façon de penser les meilleurs délais, mais ce n’est pas ça qui intéresse. Aujourd'hui, le président de la République a sa façon de penser, il aurait pu dire voilà ce que je pense et l’imposer, mais il a trouvé que c'était plus sage de réunir tous les acteurs et de s'entendre. Donc, sous les meilleurs délais, vous aurez la signification des meilleurs délais du Conseil constitutionnel“.
Aissata Tall met donc l'accent sur l'obligation d'organiser les élections dans les “meilleurs délais“, pour indiquer qu’il s’agit là d’une formulation qui prête à interprétation et qui devra être précisée par le consensus des acteurs du dialogue national. Cette démarche qui dans de toutes autres conditions pourrait apparaître comme démocratique et consensuelle, n’est rien d’autre qu’un masque d’une stratégie bien plus nuancée, voire machiavélique, de la part du président Macky Sall.
Premièrement, en insistant sur l'utilisation du dialogue pour définir les “meilleurs délais“, Macky Sall semble embrasser une tactique de dilatoire, retardant potentiellement la date de l'élection pour manœuvrer selon ses intérêts politiques du moment.
Deuxièmement, en ramenant la question de la date limite de son mandat à un débat juridique, il cherche à minimiser l'importance politique de cette échéance, la réduisant à une simple question technique.
Cette stratégie révèle une tentative de Macky Sall de contrôler le narratif autour de la fin de son mandat, en utilisant le Droit comme un outil pour légitimer une approche qui s'éloigne des principes démocratiques. Par ailleurs, cette approche marginalise la voix du citoyen et réduit l'espace public de débat à une arène technique inaccessible au grand public.
Il est impératif de reconnaître que, au-delà des arguments juridiques, la question de la gouvernance et du respect des délais constitutionnels est fondamentalement politique.
Elle concerne le respect des règles du jeu démocratique et la légitimité du pouvoir en place. Le dialogue national, tout en étant nécessaire dans d’autres conditions que celles actuelles, ne doit pas servir de prétexte pour éluder ces questions fondamentales ou pour imposer un agenda politique qui sape les fondements de la démocratie.
Face à cette situation, il est crucial que les forces vives de la nation, au-delà des clivages politiques et juridiques, se mobilisent pour exiger la transparence, le respect des procédures démocratiques et l'engagement envers les principes qui fondent le vivre-ensemble. Il s'agit non seulement de répondre sur le terrain du droit, mais surtout sur le terrain politique, où chaque citoyen a le droit de s'exprimer et d'exiger le respect des engagements pris.
L'appel à des idées fortes et à des actions civiles non-violentes est plus que jamais pertinent pour contrer la réussite de toute tentative de coup d'État constitutionnel. La mobilisation citoyenne, informée et pacifique, reste l'outil le plus puissant pour défendre la démocratie et assurer que le futur politique du Sénégal reflète la volonté du peuple, dans le respect des normes démocratiques et constitutionnelles qui ont uni la nation.
PAR Thierno Guèye
POURQUOI DEVONS-NOUS FORCER LE PRÉSIDENT MACKY SALL À REDEVENIR LIBRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Le sens commun et certains dictionnaires généralistes ont pris l’habitude de définir la liberté comme l’absence de contrainte. Mais, autant dire tout de suite qu’il n’en est rien. Selon moi, la liberté est la seconde âme de l'humain
Le sens commun et certains dictionnaires généralistes ont pris l’habitude de définir la liberté comme l’absence de contrainte. Mais, autant dire tout de suite qu’il n’en est rien. Selon moi, la liberté est la seconde âme de l'humain. C'est ce qui fait qu'on peut le condamner ou le porter aux nues, le punir ou le récompenser... Quiconque perd cette liberté, on ne peut plus lui demander légitimement des comptes, il redevient comme l'enfant ou même l'animal. C'est uniquement grâce à elle qu'il est imputable et qu'on peut le mettre sur le banc des accusés. Une personne dont la liberté n'est pas attestée ne saurait être justement condamnée, lorsqu’elle pose des actes répréhensibles. Point d'enfer ni de paradis sans liberté ! Perdre sa liberté, c’est perdre sa responsabilité !
À ce sujet, Jean-Jacques Rousseau nous rappelle que la liberté ne saurait se confondre avec l’indépendance. En effet, une posture sous-jacente à l’indépendance est de considérer que les personnes indépendantes les unes des autres peuvent faire ce qu’elles veulent. Or, dit Rousseau : « Quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un état libre[1]. » En quoi consiste alors la liberté ?
Selon Rousseau : « La liberté consiste moins à agir selon sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ; elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. » Ce qui signifie que je reste libre tant et aussi longtemps que ma volonté n’est soumise à aucune autre volonté et que ma volonté ne soumet aucune autre volonté. Si telle est la liberté du citoyen, qu’en est-il de la liberté du Maître ?
La réponse de Rousseau à cette question est sans appel : « Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c’est obéir. » Le secret du commandement est dans la servitude et l’abandon de soi au profit exclusif de sa communauté. Ce fut le cas de l’empereur du Ier siècle, Othon, qui pour éviter de plonger son empire dans une guerre civile, a préféré mettre fin à ses jours. C'est ainsi que le 16 avril 69, il se suicida après avoir déclaré, d’après l’Histoire romaine de Dion Cassius : « Je vais me libérer afin que tous (sic) puissent apprendre de l'événement que vous avez choisi pour votre empereur celui qui ne vous abandonna pas pour se sauver lui-même, mais choisit plutôt de s'abandonner pour vous sauver[2]. »
Concernant la mort de cet empereur, Suétone nous dit ceci : « Othon décida de se suicider. Il est plus probable que sa conscience l'empêcha de continuer à risquer des vies et des trésors dans une quête à la souveraineté que penser que ses hommes étaient devenus démoralisés et peu fiables... » Ses hommes, cependant, lui restèrent fidèles, même dans la mort. « Plusieurs soldats se rendirent sur son lit de mort où ils lui baisèrent les mains et les pieds, le louant comme l'homme le plus courageux qu'ils aient jamais connu, et le meilleur empereur que l'on puisse imaginer[3]... »
Bien entendu, personne ne demande au président Macky Sall de se suicider, mais simplement de faire la seule chose qui fait de nous des sénégalais libres et dignes : obéir aux lois que nous nous sommes collégialement fixées et auxquelles nous avons décidé de nous soumettre tant qu’elles seront en vigueur.
Selon le théoricien du Contrat social, il n’y a de volonté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance. « Dans la liberté commune, nul n’a le droit de faire ce que la liberté d’un autre lui interdit, et la vraie liberté n’est jamais destructive d’elle-même. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction ; car comme qu’on s’y prenne tout gêne dans l’exécution d’une volonté désordonnée[4]. » Puisque la liberté est impossible sans la justice et qu’aux fondements de cette justice il n’y a pas n’importe quelles lois, mais des lois justes. C’est pourquoi : « Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois : dans l’état même de nature, l’homme n’est libre qu’à la faveur de la Loi naturelle qui commande à tous. »
En définitive, si les Sénégalais restent libres, c’est parce qu’ils ne servent ni le président Macky Sall ni aucune autorité autre que la Loi qui est au-dessus de tous et que personne ne peut surplomber ou mettre sous son coude. Ce qu’il faut que le Président et ses alliés sachent pour de bon, c’est qu’« Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. (….). Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi[5]. »
Si le président de la République et ses acolytes refusent d’être libres, malgré tout, nous, en tant que peuple et partie prenante du contrat initial qui nous lie les uns aux autres, devons, par pure générosité citoyenne, les forcer à rester libres en usant de tous les moyens prévus par la Loi et particulièrement notre Loi fondamentale, la Constitution de la République sénégalaise. Rousseau ne dit rien d’autre lorsqu’il affirme que :
Afin donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera à être libre ; car telle est la condition qui donnant chaque citoyen à la patrie le garantit de toute dépendance personnelle ; condition qui fait l’artifice et le jeu de la machine politique, et qui seule rend légitimes les engagements civils, lesquels sans cela seraient absurdes, tyranniques, et sujets aux plus énormes abus.
Jean-Jacques Rousseau (2001), Du contrat social ou principes du droit politique, Éditions Mozambook, p. 27
Seriñ Tuuba ne : « Kuy def lu ko neex, dina daje ak lu ko naqari ta du ko mën a faj. » Seriñ Saam Mbay yokku si ne : « Ku la yàqal sa adduna, nga yàqal ko alaaxiraam. »
[1] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[4] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[5] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
Thierno Guèye est Docteur en Philosophie et M.A. en Science politique, Enseignant-chercheur/Formateur à la FASTEF [U.CAD], syndicaliste/Membre du Collectif des Universitaires pour la Démocratie [CUD]. Auteur et co-auteur du Manuel de Philosophie : Cours et textes pour apprendre à philosopher, présenté au public en janvier 2024.
[1] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[4] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
[5] Rousseau, Jean-Jacques, Lettres écrites de la Montagne. In Œuvres, Tome II, Bibliothèques de la Pléiade, Ed. Gallimard, p. 841
Par Mamadou Ndiaye
EFFORT, RÉCONFORT
La politique imprègne tous les aspects de vie au Sénégal. Elles inspire et aspire à la fois. Sa trop forte propension à envahir les espaces dépouille la société de sa diversité et de ses attributs de solidité.
La politique imprègne tous les aspects de vie au Sénégal. Elles inspire et aspire à la fois. Sa trop forte propension à envahir les espaces dépouille la société de sa diversité et de ses attributs de solidité. Celle-ci se fragilise par le jeu des ambitions mal définies et surtout des égoïsmes pernicieux.
La conjoncture qui sévit en ce moment traduit une profonde crise politique à ramifications multiples. Pour preuve : l’économie est reléguée aux calendes sénégalaises alors qu’elle devrait, en bonne logique, être la locomotive du progrès que tous appellent de leurs vœux. Que nenni !
Dans ce Sénégal qui se banalise à force de recul et de renonciations à l’effort, la destruction l’emporte sur l’édification, le défi s’estompe au profit de la bravade, l’individu s’affiche à mesure que s’effiloche le collectif.
Face aux situations complexes, chacun tente de se sauver à l’image d’un loup dominant, forcément solitaire. Seul le bal des célébrités intéresse nos hommes politiques. Ils devant une certaine presse gagnée par la paresse et faussement conquise ou complice de ce rituel peu valorisant.
Sans jouer les Cassandre ou passer pour un oiseau de mauvais, notre économie sombre dans l’abîme. Elle n’est pas robuste. A ce rythme, le sera-t-elle un jour ? A tous, il doit être évident que la nécessité de maintenir l’économie à flot reste la consigne pour remonter la pente raide sur laquelle elle glisse.
Tout se passe comme si le poids des travers et des avatars dicte sa loi à une assemblée de gens dépourvus d’ancrage mais en quête de voie de salut. D’obscurs hommes occupent la scène politique à côté d’autres qui n’en sont pas moins des esprits distingués. Ce voisinage est flatteur pour les premiers et certainement ruineux pour les seconds.
La semaine précédente, le Premier ministre Amadou Ba a reçu en audience une imposante délégation de chefs d’entreprise et d’opérateurs venus partager avec lui de vives préoccupations relatives à l’état catastrophique de notre économie. Le vacarme politique a noyé cette rencontre pourtant significative des enjeux du moment.
Il ne sert à rien de plastronner sous les lambris dorés pour cueillir la mansuétude des politiques. Les dirigeants d’entreprises cultivent certes la discrétion. Cela peut être apprécié comme une qualité. Néanmoins, la défense et l’illustration de l’outil de travail requièrent opiniâtreté, endurance, une certaine résilience et une grande flexibilité opérationnelle pour slalomer entre les difficultés qui se dressent sur leur chemin.
Notre économie doit-elle être assujettie aux humeurs et aux facéties d’une classe politique indifférente à son sort ? Elle est atone. Une année électorale ralentit souvent l’économie à fortiori quand les signaux de violence s’accumulent. Selon des observateurs avertis, une élection majeure dans un pays donné vit un gel des investissements sur une longue période.
Les lendemains qui chantent se raréfient. Le retour au calme après des troubles s’opère lentement. Les stigmates de la violence s’effacent tout aussi lentement avec son lot de malheurs : magasins éventrés, stations d’essence mises à sac, des succursales défigurées, des boutiques et des surfaces commerciales saccagées. Pire, il y a mort d’homme. Inacceptable quand on connaît la sacralité de toute vie sur terre.
L’usage excessif de la force, en débordant dans la rue comme lieu d’exaltation, traduit l’esprit passionnel dont la politique est le vicieux terreau. Vu sous cet angle, notre pays a fini de s’installer dans des cycles de violence qui perturbent sa trajectoire de projection.
Déjà notre croissance bat de l’aile. Certes il n‘est pas ridicule comparé à la moyenne pondéré dans la sous région. En revanche la dette s’alourdit même si le Ministère des Finances rassure sur la conformité aux critères de convergence de l’UEMOA. Nous n’en sommes pas loin.
Pour sa part, l’industrie stagne, faute de carnets de commande bien remplis. Cas aggravant, la vétusté du parc représente un désavantage compétitif devant une invasion de produits importés. A terme, une réelle menace pèse sur la production nationale aléatoire et peu soutenue par les pouvoirs publics pour imposer des « lignes Maginot » infranchissables en guise de protection de nos filières de transformation.
En d’autres termes la manufacture accomplit de timides progrès qui ne sont guère de nature à inverser la courbe de la décroissance. Or les pistes ne manquent pas. A elles seules, l’agriculture et l’horticulture constituent de potentiels secteurs de relance avec d’indéniables atouts pour amorcer le décollage.
Les politiques, pour se faire bonne conscience, ânonnent des refrains de reprise. Ils mettent toutefois plus de hargne à conquérir des parcelles de pouvoir qu’à doter notre économie de puissants outils d’expansion et de souveraineté. En clair, ils ne soutiennent pas l’entreprise. Autant le dire d’emblée.
Et pourtant, la dignité républicaine devrait les inciter à défendre autant les droits de l’homme et le respect de la loi fondamentale que l’entreprise, à la fois creuset de liens et facteur de création d’emplois. Non seulement un emploi créé entretient une famille mais il lui procure une relative stabilité dans un environnement pollué par des surenchères sociales.
Comparaison n’étant pas raison, le Maroc, dont l’abondance en eau faiblit selon les saisons, met en place d’habiles stratégies pour pérenniser sa vocation agricole ; de l’atlas à l’oued en passant par ses zones oasiennes. Son agriculture, disent les spécialistes, traverse une phase critique avec une baisse drastique de l’ordre de 67 % de précipitation et une sécheresse encore plus sévère.
Les phénomènes climatiques ne découragent les volontés au Maroc qui anticipe tout à travers des études rondement menées pour placer le royaume à l’abri des crises alimentaires, des ruptures d’approvisionnement et des pénuries. Sans ambages, Rabat s’arc-boute à ce conducteur de volontés.
Chez nous par contre, une telle absence de lisibilité est imputable à des naufrageurs restés impunis en dépit de retentissantes faillites de politiques publiques. Ceux qui n’ont pas d’éthique de conviction ne peuvent se prévaloir d’une éthique de responsabilité. A fortiori si cette dernière engendre une conséquence négative. Plus proche de nous encore, la Côte d’Ivoire aligne d’impressionnants acquis. A commencer son titre de Champion d’Afrique à l’issue de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qu’elle a vaillamment remportée.
Une organisation réussie, des infrastructures de qualité, un époustouflant timing qui a séduit les hauts dirigeants du football africain et mondial. Les Ivoiriens célèbrent enfin des victoires sous la bannière de leur propre drapeau et de leur hymne national, formidable trait d’union.
N’évoque-t-on pas la possibilité pour le pays des éléphants d’organiser une édition de la Coupe du monde, tant Infantino, son patron, a été séduit par le charme du pays et l’hospitalité des Ivoiriens. Le pays capte des investissements et se destine à intégrer le club très fermé des économies émergentes. Le réconfort après l’effort…