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6 avril 2025
Opinions
PAR Djibril Gningue
BATAILLE JURIDIQUE ETAT DU SENEGAL-AVOCATS DE SONKO : UN VERITABLE CAS D’ECOLE
Les obstructions et les refus opposés au mandataire de Monsieur Ousmane Sonko par la DGE et la CDC ont constitué aux yeux de plusieurs observateurs et spécialistes un grave précédent
Les obstructions et les refus opposés au mandataire de Monsieur Ousmane Sonko par l’administration en l’occurrence par la DGE et la CDC à la suite des décisions de justice du tribunal d’instance de Ziguinchor d’abord, et ensuite du tribunal de grande instance de Dakar annulant la radiation de son candidat des listes électorales et ordonnant sa réintégration ont constitué aux yeux de plusieurs observateurs et spécialistes un grave précédent de nature à remettre en cause les dispositions pourtant très claires du code électoral en matière de contentieux des inscriptions sur les listes électorales.
En effet, depuis la non observation de la «notification écrit» de l’acte de radiation édictée par le code électoral en son art. L. 41 qui dispose que «l’électeur qui a fait l’objet d’une radiation d’office pour d’autres causes que le décès reçoit de l’autorité administrative compétente notification écrite des motifs de la procédure intentée contre son inscription à sa dernière résidence connue» jusqu’au dernier acte de blocage de l’accès à la DGE et à la CDC opposé à son mandataire venu signifier la décision rendue par le tribunal hors classe de Dakar ordonnant comme le tribunal d’instance de Ziguinchor la réinscription de Ousmane Sonko sur les listes électorales force est de constater que le dans le contentieux opposant Monsieur Ousmane Sonko a l’Etat du Sénégal la procédure est frappée de nombreux et substantiels vices de procédure dont on peut se demander s’ils n’ont pas été commis à dessein ou par méconnaissance et le cas échéant comment ceci a été possible et à quelles fins ?
En tout cas quoi qu’il en soit il faut constater que la conséquence directe d’un tel acte devait simplement empêcher Monsieur Ousmane Sonko à la lumière de l’article L. 41 du code électoral d’exercer son droit de recours et par voie de conséquence à perdre toute possibilité d’être remis sur les listes électorales et donc d’être éligible pour se présenter à la présidentielle dès lors que comme le précise bien cet article il n’aurait pas intenté de recours faute d’avoir reçu ou su contourner à temps le défaut de notification écrite «dans les cinq jours qui suivent devant le Président du tribunal d’instance». En tout état de cause pour une bonne partie de l’opinion cette opération ressemble fort bien à une tentative consistant à museler un candidat potentiel qui pourrait être gênant quand on sait qu’en lieu et place de cette notification un simple courrier lui a été servi pour lui signifier sa radiation ; lequel a de surcroît été déposée à la sous-préfecture du plateau en totale violation des dispositions du code électoral. Car le voudraiton qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Cette hypothèse est d’autant plus plausibles que le principal argument avancé par la DGE et la CDC pour ne pas délivrer â son mandataire les fiches de parrainage et lui permettre de déposer sa caution à la suite des deux décisions de justice repose curieusement sur l’absence du nom de Monsieur Sonko sur les listes électorales d’une part et l’inexistence d’une décision de justice définitive d’autre part. Mais à ce moment-là on peut alors fort légitimement se demander que valent donc de tels arguments devant la loi régissant l’organisation et le fonctionnement du processus électoral ? Concernant l’argument relatif à l’absence du nom de Ousmane Sonko sur les listes électorales il faut se rendre à l’évidence pour constater qu’il est tout simplement anéanti par les décisions rendues par les tribunaux de Ziguinchor et de Dakar tel qu’on peut le constater du reste d’abord avec l’article L. 44 du code électoral qui dispose que «la décision du Président du tribunal d’instance est rendue en dernier ressort. Elle peut être déférée en cassation devant la cour suprême». Mais ensuite par l’article L.47 du code électoral qui pour prémunir le processus électoral des délais en vigueur au niveau de certaines juridictions indique très clairement que : «en tout état de cause compte tenu des délais en vigueur au niveau de certaines juridictions les décisions de justice rendues et transmises à l’autorité compétente ou au service de gestion du fichier électoral seront immédiatement prises en compte et traitées dans le sens prescrit nonobstant la clôture de la période de révision et du traitement des mouvements». il faut donc comprendre par-là que sur le terrain du droit électoral le caractère non définitif d’une décision de justice ne saurait lui enlever sa force et sa valeur exécutoires en raison surtout des délais légaux incompressibles du calendrier électoral fixés par la constitution les lois et règlements. Et c’est pourquoi la commission électorale nationale autonome en tant qu’organe de supervision et de contrôle du processus électoral gardienne du respect du cadre légal régissant les élections et garante de l’application du droit électoral saisie par le mandataire et les avocats de Monsieur Sonko usant de ses pouvoirs de rectification d’injonction de dessaisissement et de substitution que lui confère le code électoral avait adressé une correspondance à la DGE pour lui demander de remettre Ousmane Sonko sur les listes électorales et de donner à son représentant les fiches de parrainage. A partir de ce moment les termes du problème étant ainsi clairement posés l’attitude adoptée par de la DGE pour s’opposer à l’injonction de la CENA confortée en cela par le décret 2023-2152 du 03 novembre 2023 du Président de la République portant nomination des membres de la CENA ainsi que la décision incompréhensible de la cours suprême de renvoyer le recours de l’AJE à une autre juridiction au regard des prescriptions du code électoral avait fini de transférer le contentieux électoral opposant Monsieur Ousmane Sonko à l’Etat du Sénégal du terrain du droit électoral à celui du droit commun sur lequel non seulement les juridictions ne sont pas toujours tenues par les délais du calendrier électoral mais encore où les décisions de justice ne sont exécutoires que lorsqu’elles sont définitives.
Aussi est-il important de relever qu’au regard de l’alinéas 2 de l’art. L. 47 qui dispose que «le greffier adresse sans frais la requête accompagnée de toutes les autres pièces fournies par les parties au greffe de la cours suprême qui la transcrit sur son registre» et de l’alinéa 3 qui précise que : «La cours suprême porte aussitôt l’affaire à l’audience et statue sans frais le procureur général entendu.» Il est clair qu’au lieu de renvoyer la cour suprême devait plutôt impérativement statuer. Au total Au vu de tout ce charivari politico judiciaire. L’heure est-elle peut-être venue pour le Sénégal à l’instar de certains pays devant une telle situation porteuse d’énormes risques de porter atteinte à l’intégrité et à la transparence du processus électoral et de remise cause des droits fondamentaux des candidats ou listes de candidats de revoir son système électoral fondé sur une justice électorale mixte pour aller vers la mise en place d’un tribunal électoral en tant qu’instance juridictionnelle autonome dotée du personnel et des moyens adéquats pour trancher les contentieux électoraux sur la base stricte des normes du droit électoral et du respect de la loi électorale aussi bien par les autorités administratives les partis politiques les candidats que les électeurs.
Par Makhily GASSAMA
BREF REGARD SUR LA FRANCOPHONIE ET LES LANGUES D’AFRIQUE A L’OCCASION DE LA JOURNEE NATIONALE DES DAARAS
Le plus grand des crimes, c’est de tuer la langue d’une nation avec tout ce qu’elle renferme d’espérance et de génie. (Charles Nodier -La Fée aux miettes, 1794)
Le plus grand des crimes, c’est de tuer la langue d’une nation avec tout ce qu’elle renferme d’espérance et de génie. (Charles Nodier -La Fée aux miettes, 1794)
Tout le monde sait, même dans nos zones rurales où l’activité culturelle est intense, dont les productions sont souvent de hautes qualités littéraires en arabe ou dans les langues locales, que la Francophonie est proprement linguistique : son existence est étroitement liée à celle de la langue française. Ambition énorme pour une institution internationale, car, dans son dictionnaire intraduisible (éd. Schena, 2006), C. Boubal écrit que « l’arme défensive suprême d’un peuple n’est pas la bombe atomique, c’est la langue : vous gagnerez sans faire la guerre ! » Partager une langue, c’est incontestablement partager un destin ; et quand nous croyons avoir un destin en commun, on ne se fait pas la guerre, on est de plain-pied dans la fraternité, dans le respect mutuel. La colonisation la plus intelligente est bien celle qui sait que les terres à conquérir ne sont pas vierges de valeurs humaines ; or partout, la colonisation française fait table rase de ces valeurs : pas de coexistence pacifique entre ses valeurs et celles qui ont déjà poussé sur les terres conquises ou à conquérir : comme des vampires, les valeurs françaises devaient absorber, digérer toutes autres valeurs existantes.
Les spécialistes reconnaissent que trois grands domaines linguistiques se partagent la littérature sud-africaine dès le début de la colonisation : le domaine des langues bantoues (sotho, khosa et zoulou), le domaine afrikaner et le domaine de la littérature de langue anglaise. Le premier domaine est le plus ancien, tout comme chez nous. On connaît le rôle pertinent et courageux que ce domaine a joué dans la longue et pénible lutte des Noirs. Très tôt, les missionnaires avaient entrepris la traduction en langues bantoues de certains livres comme la Bible ; au Sénégal, on n’avait pas besoin d’une traduction par un tiers du Coran dans nos langues ; une traduction polie par le temps et l’usage existe dans nos principales langues dans un style franchement littéraire. Il suffit d’en faire la collecte et éditer les textes. Pendant tout le temps des colonies et depuis l’Indépendance ce travail élémentaire n’a pas été fait. Il est vrai que l’école coloniale nous a appris à mépriser nos propres valeurs. Il n’existe pratiquement pas d’outils pédagogiques efficaces pour enseigner nos langues dans nos écoles. Or, paradoxalement, des outils pédagogiques de hautes qualités abondent dans nos daaras, parfois en pleine brousse. Des traductions, hautement littéraires des œuvres préislamiques et antéislamiques existent dans les principales langues de notre sous-région. Et autres œuvres en langues locales abondent. Elles ne sont pas recensées, elles ne sont pas collectées systématiquement.
Il semble, malheureusement, que la vigoureuse politique linguistique de la Francophonie a été éteinte depuis la création de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)). Cette Organisation spécifiquement politique a éloigné la Francophonie des préoccupations culturelles, alors intelligemment menées par l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT)), devenue malencontreusement Agence Intergouvernementale de la Francophonie. La seule revue culturelle de ce merveilleux organisme de coopération multilatérale, connue sous le nom d’AGECOOP, avait largement permis de faire connaître les divers programmes de la Francophonie dans nos grandes villes mais surtout dans nos milieux ruraux. Aujourd’hui, qui sait ce que fait la Francophonie dans notre coopération avec les pays du Nord et surtout avec l’ancien colonisateur ? au temps de l’ACCT, autrement appelée l’AGECOOP (nom de sa célèbre revue) un écolier de brousse aurait pu répondre clairement à la question.
Alors que j’étais son Conseiller culturel, je n’avais jamais partagé les perceptions du président Léopold Sédar Senghor sur la création d’un organisme politique comme l’OIF. Il faut quand même reconnaître que la France, elle-même, ne l’avait pas suivi dans cette voie. Le président sénégalais s’était beaucoup investi dans la création du nouvel organisme de la Francophonie et il ridiculisait, à tort, les programmes dynamiques de l’ACCT en parlant de « Francophonie des minitels ». Il a fallu plusieurs années de tergiversations avant que l’OIF ne vît le jour. Cet organisme a donné un autre visage à la Francophonie, pas du tout rassurant, mais, bien au contraire, suspicieux aux yeux des anciens colonisés. Eu égard au vaste génie tout particulier de ses écrivains, la France a su séduire facilement le monde, à travers des siècles, même à ébranler le cœur de ceux qu’elle a colonisés dans les conditions que nous savons. Nous pouvons honnir les diverses élites de ce pays, mauvais colonisateur, mais nous recevrons toujours les œuvres de ses penseurs, de ses écrivains dans la plus profonde intimité de notre être. Ce n’est pas vrai seulement pour l’ancien colonisé, mais pour tous les amoureux de la culture, pour toute âme sensible aux productions de l’esprit. C’est bien ce qui fait de nous, de gré ou de force, les métis culturels authentiques des temps modernes, déjà des hommes de demain, qui possèdent leurs cultures et les cultures des autres : nous ne sommes plus la « somme de toutes les douleurs », comme le chantait le regretté Bernard Dadié, mais la somme de toutes les valeurs humaines… C’est ça l’orgueilleux « métissage culturel » de L. S. Senghor : Je ne suis plus seul en moi ; je suis en moi et il est en moi : comme je suis bouffi d’orgueil ! Arithmétiquement, je suis double et je suis riche ! Je suis toujours comme ébloui quand je pense que ces marabouts, en pleine brousse, parlent la langue du Coran et non pas les dialectes du Maghreb, si proche de nous dans le temps et dans l’espace ; ils parlent comme l’on parlait dans la cour du Prophète Mohamed (salut sur lui), il y a 1444 ans à Médine ! Et nous osons négliger un tel patrimoine ! Que savons-nous donc du développement humain ? L’homme n’est pas qu’ « un digestif ambulant » comme se plaisait à me dire mon cher Professeur de Lettres, mon ami, le brillant Amadou Samb (qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui ).
Il faut se rendre à l’évidence : la Francophonie est devenue très ambiguë depuis la création de son organisme politique. Nous n’avons nullement besoin des interventions politiques de la Francophonie dans nos affaires. Nous avons besoin de la culture et de la technique de ses pays membres ; d’où l’importance, à nos yeux, d’un organisme comme l’ancienne Agence de Coopération Culturelle et Technique. Doublon avec les Centres culturels français ? Peut-être ; ci-gît le problème ; mais il faut bien choisir, dans ce domaine délicat du développement humain, entre la coopération bilatérale et la coopération multilatérale. La France a osé choisir pour elle et pour nous, la coopération bilatérale pour éviter de céder la moindre parcelle de sa puissance ou de son autorité dans les anciennes colonies : mauvais choix pour le long terme ; c’est une erreur car ce choix de l’hyène affamée est au détriment de l’expansion harmonieuse de sa langue et de sa pensée dans le monde, surtout dans ce qu’on appelait naguère le Tiers-monde.
La Francophonie choisie par la France ne laisse pas de place à une politique linguistique transparente, cohérente, dynamique et efficace. Même au temps de l’ACCT, on ne note pas un dialogue concret et sincère entre la langue française et les langues africaines, en dehors des tentatives isolées plus ou moins heureuses de nos écrivains comme les Léopold Sédar Senghor, Gontran Damas ou même des écrivains iconoclastes comme Ahmadou Kourouma qui, du reste, par manque de vision des éditeurs français, n’a pu faire éditer son œuvre la plus célèbre que par le Canada francophone et aussi en dehors des efforts considérables accomplis par l’ACCT dans le développement de l’édition francophone. D’ailleurs des institutions prestigieuses comme l’UNESCO, elle-même, faisaient appel à l’immense expertise de l’ACCT dans le domaine de l’édition. Et l’ACCT n’est pas étrangère à la prolifération des maisons d’éditions dans la partie francophone de l’Afrique. Tout cela a été éteint depuis la création de l’OIF, une ogresse « aux appétits funèbres » et on la soupçonne de « faire bouillir et manger son cœur » pour reprendre les mots de Baudelaire : elle a détruit la dynamique et aimable ACCT en voulant se substituer à elle ; ce qu’elle ne réussira jamais. Elle est plus proche de la Françafrique que de la Francophonie originelle. La Francophonie a été toujours suffisamment pudique pour ne pas se mêler des affaires toujours ténébreuses de la Françafrique. Ce n’est plus le cas.
Au fait, les diverses élites françaises ont une vision tristement courte de la coopération avec leurs anciennes colonies ; quant aux nôtres, elles ne sont pas capables de voir au-delà du mandat que les peuples imprudents leur ont confié : les élites françaises ne parviennent pas à croire à la maturité politique des peuples qui leur étaient soumis pendant des siècles. D’où, aujourd’hui, l’étonnement agacé et agaçant des élites françaises et africaines de ma génération devant les révoltes légitimes de notre jeunesse contre les politiques européennes dans nos pays. D’ailleurs, les élites françaises ont subtilement passé ce virus vicieux et dangereux à nos élites dans tous les domaines du développement humain. Nous sommes les premiers à nous étonner de l’attitude constructive de notre jeunesse, qui ne supporte plus notre indifférence et cette absence regrettable de dignité dans nos relations avec les pays dits développés. C’est pourquoi, malgré nous, un autre monde est en train de naître sous nos yeux incrédules. La vérité est que, à l’instar de l’ancien colonisateur, nous ne croyons pas à la maturité de notre jeunesse ni même de nos peuples sur le continent ; en conséquence, l’Histoire nous réservera de nombreuses surprises. Le virus qui en est la cause est robuste ; le mal est profond. Est-ce une seule fois les représentants de nos peuples à l’OUA puis à l’UA ont-ils consulté leur peuple par référendum sur certaines questions qui y sont souvent traitées comme celles liées à l’unité africaine ? pourtant leurs homologues à l’UE organisent bien des référendums pour pouvoir répondre à telle ou telle question majeure.
Le mépris pour nos peuples est un virus qui ronge nos hauts représentants dès qu’ils prêtent serment de nous servir. Il faut s’y attarder. J’ai souvent écrit que l’école occidentale nous a appris à faire table rase de nos valeurs, à mépriser la vie menée par nos parents à tel point que les valeurs qu’incarne la pédagogie pratiquée dans les daaras nous ont toujours échappé.
Même un homme, un génie politique et littéraire, en dépit de ses grandes qualités humaines, comme François Mitterrand, n'a pas échappé à ce virus singulier, né, développé et dompté par les élites politique, intellectuelle et économique de son pays avec la lourde complicité de nos dirigeants au plus haut sommet de nos États. Mitterrand était fortement attaché à nos dirigeants politiques individuellement, mais il semblait indifférent devant le hideux spectacle qu’offraient les dirigeants de notre continent au monde souvent ébahi devant nos gestes insolites et imprévisibles. Le regard de la France, du Gouvernement de Mitterrand, sur le génocide rwandais demeure énigmatique. Quel rôle ont joué les élites politiques françaises dans la genèse et la conduite des atroces tueries, le massacre de presque tout un peuple ? Si ce n’est pas encore su, on le saura tôt ou tard.
Il est à reconnaitre que depuis l’irruption de la Traite négrière dans notre histoire, on a assisté à une sorte de culte de l’infantilisme éternel de l’Africain, habilement cultivé et répandu dans le monde par l’ancien colonisateur pour justifier son comportement sur nos terres. Comme tous les chefs d’État français depuis la fin des deux Grandes Guerres, même Mitterrand a été, dans une certaine perspective, un agent impitoyable de la Françafrique, qui agit toujours sans état d’âme. Pourtant il avait tout - sauf l’accord de nos chefs d’État ! - pour mettre fin aux crimes de la Françafrique : la culture, le courage, la lucidité, les outils que lui offre la puissance publique et tous les outils intellectuels pour mener à bien une œuvre qui était la sienne, pensions-nous non sans affection pour l’homme multidimensionnel. Parmi les chefs d’État admirablement cultivés du monde de l’époque, L. S. Senghor me citait souvent le président François Mitterrand et le roi Hassane II. Il les admirait.
La France a tout intérêt à mener autour de la langue de Hugo, de Baudelaire, de Verlaine, de Prévert, une politique de coopération multilatérale intelligente et honnête. En ces temps modernes, au milieu d’une multitude d’intelligences artificielles, tout le monde est intelligent et notre intelligence est quotidiennement surexcitée par les Nouvelles Technologies qui élargissent nos champs d’investigation et nous rendent ainsi plus soucieux de nos intérêts individuels et collectifs. Mieux vaut donc agir, dans nos efforts de coopération, avec lucidité et honnêteté. Entre la langue française qui est une langue internationale prestigieuse et aussi une langue de création souple, généreuse et « honnête » parce que capable d’exprimer toutes les pensées venues de divers horizons, même les plus sinueuses (je vous renvoie aux œuvres de L. S. Senghor, de Hampaté Bâ, de Cheikh Anta Diop, de Césaire, de France Fanon, des jeunes poètes congolais…).
Au fait, la Francophonie a servi comme une puissante soupape de sécurité sérieuse et efficace entre l’ancien colonisateur et ses anciens sujets à la veille et au lendemain de l’indépendance de nos pays. Excepté le cas guinéen, la Francophonie a minimisé des tensions susceptibles d’opposer les deux parties. Sa véritable adversaire, pour ne pas dire son ennemie jurée, n’est rien d’autre que la Françafrique que personne n’a cherché à abattre ni en France ni en Afrique. Une sorte de fille bâtarde de la nouvelle coopération entre les élites des deux parties, non pas entre la France et ses anciennes colonies. Et cette Françafrique a ruiné tout ce que la Francophonie a construit grâce à son prestigieux organisme, l’ACCT qui, de plus en plus, n’est que l’ombre d’elle-même.
Il est temps de se ressaisir. C’est ce que le président Emmanuel Macron est en train d’accomplir ; certains observateurs semblent penser qu’il le fait par maladresses, voire par étourderie. Peu importe. L’essentiel est que la Françafrique soit enterrée. Macron l’étouffe. Il faut dépolitiser la Francophonie et ne pas avoir peur de l’élargir à d’autres pays développés utilisant partiellement ou désireux d’utiliser la langue française avec le statut qu’ils désirent lui donner librement dans leur politique linguistique. Le président Macron me paraît parfaitement conscient de la situation faite à la Francophonie par ceux qui croient que la politique peut tout résoudre entre nos pays. La récente création de la Cité Internationale de la Langue Française constitue une preuve. Son discours d’ouverture de ce nouvel organisme de la Francophonie est clair ; certes il s’agit d’un hommage à la Langue française, il faut enfin que cette langue coopère avec d’autres langues, en particulier avec les langues africaines. Des projets concrets dans ce sens existent sur le terrain en Afrique et la CILF doit accompagner les promoteurs dans l’exécution de ces projets. Le président français, avec une lucidité qu’il faut saluer, avait insisté sur les programmes de traduction des œuvres. Ce sera déjà un grand pas dans le dialogue nécessaire entre nos élites et entre nos peuples. Jusque-là, la Francophonie ne s’y était jamais intéressée. Or c’est l’initiative qui aurait dû être mise à l’œuvre dès la mise en place de la Francophonie institutionnelle. La création d’une Cité Internationale de la Langue Française fait du président français actuel un visionnaire sans conteste si cette cité devient un lieu de rencontre et de coopération entre la langue française et les autres langues du monde francophone.
« L’Afrique de papa » ne doit plus exister, ni en Afrique ni en France ; et ces générations à vernir feront tout pour que cette Afrique n’existe plus. Devant un parterre d’investisseurs étrangers, le président Houphouët Boigny ne disait-il pas sans gêne mais avec fierté, comme l’époque l’exigeait, que « Celui qui a l’Afrique a le monde » ! Non l’Afrique n’est pas à vendre à l’encan ; elle n’appartiendra à personne en dehors des Africains eux-mêmes : le comportement courageux et déterminé de la jeunesse africaine de nos jours l’annonce avec force, avec dignité et fierté.
Il est temps d’établir un véritable dialogue non pas entre politiciens africains comme le tente maladroitement l’OIF, mais entre la langue et la culture françaises d’une part et les langues et les cultures africaines d’autre part. Cela est possible : une multitude de projets peut naître d’une telle volonté. Des deux côtés il y a déjà des volontés qui s’expriment tous les jours à travers des projets qui trouvent rarement des bailleurs : celle de la jeunesse africaine et celle de la jeunesse française ; il convient de les écouter, de les supporter et de les accompagner.
Les autorités compétentes de l’époque n’avaient pas voulu écouter Jean Dard, qui avait ouvert, en 1817, la première école d’Afrique noire francophone à Saint-Louis du Sénégal, auteur du premier dictionnaire français-wolof et français-bambara et un ouvrage sur la grammaire wolof. Mort à SaintLouis le 1er octobre 1833. Il avait préconisé l’enseignement dans les langues locales et dans la langue française avec la certitude que l’enfant maîtrisera mieux les deux langues. Du reste, c’est la pédagogie toujours en cours dans nos daara où l’enseignement est pratiqué dans les deux langues : arabe et langue locale. Cette pratique de la transmission du savoir existe dans toutes nos communautés islamisées : bambara, wolof, soninké, pulaar, manding… le constat est amer plus de deux siècles après : le disciple, sorti du daara où l’enseignement se pratique dans les deux langues (maternelle et étrangère), maîtrise mieux les deux langues que l’enfant sorti d’une école où l’enseignement ne se pratique que dans la langue étrangère. On semble oublier que nos premiers et plus grands écrivains dans une langue étrangère sont restés inégalables dans la création littéraire : Cheikh El Hadj Omar Foutiyou Tall, Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh El Hadj Malick Sy, sans compter d’autres grandes familles et tous ces grands érudits dans nos villages de brousse, qui ont une maîtrise de la langue arabe classique, reconnue par les Oulémas les plus éminents du monde arabe. Ils maîtrisent mieux la langue arabe classique que nous ne maitrisons la langue française ; quels sont ceux parmi nous, formés à l’école occidentale, qui soient capables de traduire correctement un poème d’un génie français dans nos langues ? Très peu. Alors que n’importe quel marabout, à la tête d’un daara, est capable de traduire n’importe quel poème arabe, même préislamique, dans la langue maternelle, une langue littéraire construite à cet effet, depuis des siècles, de génération en génération (pulaar, wolof, bambara, soninké…). Cela a été possible parce que, dans ces milieux, la langue arabe et la langue maternelle ne se manifestent pas l’une sans l’autre dans la transmission du savoir.
Un fâcheux phénomène linguistique est en train d’ailleurs de se produire au Sénégal et qui risque de peser lourd sur notre développement parce qu’il tend à brouiller la communication avec l’interlocuteur surtout s’il est étranger : notre jeunesse n’est plus capable de parler notre langue maternelle sans l’intrusion du français et elle n’est plus en mesure de parler français, comme naguère, sans l’intrusion de la langue maternelle. Cela est loin de la conduire à créer une langue dite créole ou pidgin, ou petit nègre, mais un galimatias de mots et un fatras de constructions grammaticales impropres n’obéissant à aucune logique linguistique, un odieux charabia ! Or, même la croustillante langue de création du romancier ivoirien Ahmadou Kourouma est articulée autour des éléments apparemment soudés les uns aux autres. Pourtant, le Sénégal se croit francophone bien plus que les autres pays d’Afrique ! Ce qui est un leurre : le Gabon, en Afrique Centrale, est bien plus francophone que le Sénégal. La réputation du Sénégal est surfaite. Pas seulement en Francophonie mais sur d’autres terrains aussi, comme la création des produits de l’esprit. De nos jours, le Congo Brazza compte plus de grands poètes que le Sénégal ; le Congo a eu l’avantage de compter, dans sa jeunesse, des génies dans la création poétique. Au Sénégal, nos grands poètes appartiennent déjà à l’Histoire.
Bref, il est à se féliciter des résultats obtenus par nos daaras, dont les produits sont extraordinaires parce que d’une valeur incommensurable : mais où sont leurs productions ? Comment sont-elles exploitées dans nos efforts de transmission du savoir de génération en génération ?
A ce propos, nous invitons le chercheur sénégalais Birahim Thioune à conclure ces réflexions sur la rencontre et la cohabitation de la langue française et les langues africaines dans les anciennes colonies françaises (cf. Manuel de lecture et initiation littéraire au Sénégal et en Guinée, éd. L’Harmattan, p.107, Dakar, 2015) :
« Quelle place pour les langues africaines dans les systèmes francophones ? Les solutions envisagées sont nombreuses, en rapport avec l’idée de l’efficacité de la langue de scolarisation, mais également avec la perspective d’une promotion pour les langues locales. Au Sénégal, depuis 1971, la question est agitée mais aucune décision concrète et opérationnelle n’a été réellement prise, si on exclut les tâches d’expérimentation. Pourtant la formule d’une francophonie plus solidaire, respectueuse des identités plurielles qui la composent, est la meilleure solution pour assurer le meilleur destin à la langue française.
Quel que soit le type de bilinguisme envisagé (additif lorsque les deux langues sont valorisées ou soustractif lorsque l’une d’elle est dévalorisée, ou mixte, dans le cadre d’une utilisation indifférenciée), l’enseignement dans les langues nationales, assumé conjointement avec la langue française, apparait comme l’option irréversible ».
MAKHILY GASSAMA
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DE QUOI VOTRE AUDACE EST-ELLE LE NOM ?
"Où sont les grands leaders ? Où est la vision politique ?", s'interroge Penda Mbow. Pour cette figure intellectuelle, la multiplication des candidatures à la présidentielle révèle une crise du leadership politique que le parrainage n'a pas su résoudre
La présidentielle de 25 février ne rassure pas grand nombre d’observateurs de la vie politique pour des raisons bien évidentes. Dans cette entrevue exclusive, Penda Mbow, observatrice avertie de la vie politique sénégalaise et grande figure de la société civile livre sa fine analyse sur le processus électoral et expose ses craintes, ses doutes et son incompréhension sur cette floraison de candidature et le processus de validation qui pose question.
En effet, l’ouverture de dépôt de parrainage révèle une kyrielle de candidatures qui défie le bon sens. Le parrainage a quelque chose de mystérieux. En effet des acteurs et actrices avec une expérience politique réelle, des appareils politique échouent à faire valider leur parrainage tandis que des novices sans expérience ni envergure, passent sans encombre le filtre.
Des partis politiques insignifiants, irrespectueux de la loi et qui auraient dû être dissouts purement et simplement continuent de souffler le chaud et le froid dans l’arène de politique. Ils sont autorisés à présenter leurs candidats alors qu’on s’est permis de dissoudre un vrai parti politique influent qui a un vrai poids politique. Pour Penda Mbow, beaucoup de zone d’ombre méritent un éclairage, ne serait-ce qu’a posteriori et pour la postérité. Cela est d’autant plus urgent que presque personne ne comprend comment ça marche concrètement
Cette ’universitaire prolifique et figure de proue de la société civile sénégalaise se désole d'une expérience démocratique qui semble en panne, une démocratie qui prend des allures d’une ploutocratie (système politique tenu par le pouvoir de l’argent et des riches) et qui mérite que l’on marque une pause pour se réorganiser avant de repartir de plus belle sur de nouvelles bases. C’est peut-être le moment plus que jamais d’appliquer le résultats des Assises nationales et le recommandations de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI).
Par Pr Aliou Lam
PRESIDENTIELLE 2024, LES BIAIS INADMISSIBLES DE LA SELECTION DES CANDIDATS QUI EBRECHENT LA NAVETTE AVANT LE DECOLLAGE
Dans une compétition l’objectif de l’organisateur est de sortir un vainqueur, premier du classement des concurrents. Pour ce faire des règles claires sont édictées et doivent guider le processus.
Dans une compétition l’objectif de l’organisateur est de sortir un vainqueur, premier du classement des concurrents. Pour ce faire des règles claires sont édictées et doivent guider le processus. S’engager sous-entend accepter de facto les conditions et les règles du jeu qui sont supposées être contrôlées par des arbitres qualifiés, avertis et entrainés à toute épreuve. Dans le sport l’arbitre est de surcroit assisté de nos jours par l’ordinateur et la vidéo. La VAR soucis de précision et de traçabilité en est l’illustration la plus populaire.
*Le candidat face à l’arbitre*
Par analogie, la candidature à l’élection présidentielle du 25 février 2024 est une compétition exceptionnelle pour l’avenir du pays et doit être arbitrée avec le maximum de professionnalisme par des instances dédiées et supposées pour ce qu’elles représentent, infaillibles pour le minimum perceptible car bien préparées, bienveillantes et très vigilantes pour répondre au risque zéro. Les opérations de cette année semblent particulièrement complexes eu égard au nombre de candidats engagés à la candidature. Mais je dirais à l’endroit de ceux qui souffrent du nombre et de la qualité des candidats déclarés qu’ils ont certes raisons d’être élitistes, mais l’habit ne fait pas toujours le moine. Avoir 200 ou 300 candidats à la candidature pour 360 partis et plus de 6 millions de sénégalais âgés de 35 à 75 ans est bien concevable et ne signifie point la banalisation de la fonction de président de la république, mais, s’apparente plus à l’inclusivité tant souhaitée par les acteurs politiques eux-mêmes et la société civile en particulier. L’idéal pour rassurer, ne serait certainement pas que quelques initiés seulement puissent briguer le suffrage des sénégalais quelques soient les casseroles et l’immaturité qu’ils charrient. Certains candidats n’ont vraiment pas fait bonne figure en déposant un dossier incomplet, sans parrains ou délibérément avec d’autres documents à la place de ce qui leur a été demandé. L’erreur est humaine. Cependant, de part et d’autre , pour les candidats et pour les arbitres du jeu démocratique, assumer certaines charges implique non seulement qu’on soit apte à le faire mais aussi, assez conscient des responsabilités et conséquences qui en découlent. A certain niveau tout doit être impeccablement exécuté. Malheureusement tel n’est pas encore le cas dans ce processus que le Sénégal compte parmi les plus importants de son agenda, à savoir choisir celui à qui incomberont les charges de présider à la destinée de notre pays les 5 prochaines années.
*Les dés semblent pipés*
D’abord tout ne paraît pas fin prêt. Et à l’étape de la candidature, on peut sans se tromper, attester que l’élection présidentielle de 2024 est déjà entachée d’irrégularités qui sont loin d’être terminées. Elle ne sera plus, par sa transparence, la belle réussite à laquelle on pouvait s’attendre. Les dés sont pipés de fait, volontairement, par négligence ou par excès de confiance. Dommage car pour la première fois dans notre histoire politique le tenant du siège ne sera pas candidat à sa propre succession. Ceci devrait constituer un point d’encrage solide dans notre démocratie et nous ouvrir l’ère des alternances pacifiques, fluides et régulières, mues par les intérêts supérieurs de la nation qui nous pousseraient non seulement à pacifiquement s’opposer politiquement parlant, mais à gouverner ensemble tant que faire se pourra. La gouvernance démocratique appellerait à ce que l’opposition participe à la gestion des affaires au prorata des voies bien que minoritaires qui lui ont fait confiance sans que cela ne soit de l’entrisme ou un gouvernement d’union national. Seulement à l’ouverture de la compétition les arguments ne manquent pas pour étayer la thèse d’un choix déjà biaisé.
*Primo, le fichier fantôme*
Ni les acteurs engagés dans cette compétition ni leurs juges ne savent pas sur quel fichier le parrainage a été arrimé : 2017 ; 2019 2022 2023 ? Et qu’est ce qui porte ou justifie réellement les 0,6 à 0,8% qui font des 44231 et 58957, le minimum et le maximum de parrains requis ? Un fichier de 7 371 833 électeurs ! C’est bien lequel ? Quand le véritable fichier sera dévoilé et connu est ce que ces chiffres garderons leurs sens et la valeur qui ont permis de sélectionner et de valider des candidatures, pipées par une foultitude de parrains qui bien que réels restent non identifiés sur le fichier utilisé par la commission de vérification du parrainage?
*Secundo, le casse-tête des doublons*
Le processus du contrôle des candidatures se déroule en plusieurs phases où chacune peut être un barrage, le starting-block étant l’obtention d’une fiche de parrainage. N’est-il pas envisageable que des Sénégalais désireux de participer n’aient pas pu franchir cet obstacle ? La réponse est bien que si. Les concertations et les préalables mettant tous les acteurs d’accords sur le fichier à utiliser et le paramétrage de certaines données qui le composent n’ayant pas eu lieu, le problème de doublons dans les fiches de parrainages reste insolvable. Leur origine est multiple. Des entités politiques ont gardé des données personnelles collectées depuis les parrainages des élections de 2019 à maintenant. En outre il y a une base de données personnelles des citoyens sénégalais, qui circule librement, détenue par des personnes tierces qui les utilisent en pareilles occasions et d’autres détenues par des dizaines d’agences, de sociétés et de services qui l’exigent de leurs usagers et clients sans pour autant être en mesure de les sécuriser ou de les rendre inutilisables à leur insu par des tiers. Cela expliquerait en partie la possibilité des doublons externes retrouvés sur plusieurs candidats sans que la personne impliquée ne soit responsable, car elle n’est plus la seule détentrice de sa volonté de parrainer un seul candidat mais elle a été utilisée par de multiples artifices pour parrainer d’autres personnes. Ainsi des candidats ont été des doublons externes sur leur propre fiche de parrainage. Des preuves existent et ont été relayées par les concernés.La question : ce parrainage est-il suffisamment fiable pour être validé ?
*Tertio, le traitement inéquitable des candidats une véritable forfaiture*
Le processus de contrôle, de sélection et de validation des candidatures s’est avéré être un tamis troué à plusieurs niveaux et n’a pas permis au finish d’accorder la même chance à tous les candidats, tant bien même qu’à cet effet certaines dispositions aient été annoncées au préalable. Le contrôle des parrainages qu’on le veuille ou non fait partie des contrôles de fond comme celui d’autre pièces qui composent le dossier de candidature et aurait eu plus d’impact par le tirage au sort qui remet une note aléatoire sur la sélection, si certaines étapes étaient bien marquées comme prévu. Parmi 260 fiches retirées ceux qui ne sont pas venus déposer, se sont éliminés eux-mêmes. Lors du dépôt ceux qui ne réalisaient pas les conditions du dépôt ont été éliminées de la course le 26 décembre à minuit. Puisqu’il fallait tirer au sort pour procéder à l’étude de fond des parrainages, il aurait été plus équitable d’emblée comme prévu, d’exclure ceux qui ne réunissaient pas les conditions globalement sur la forme, c’est à dire la mise à disposition des 9 points cités comme indispensables au dossier. Cela aurait permis encore comme tous les candidats s’y attendaient, d’éliminer ceux qui ne répondaient pas à ce critère de dossier incomplet par défaut du nombre de pièces exigés ou par production d’un autre document que celui demandé (par exemple la quittance de la CDC à la place de l’attestation de la CDC). Ainsi le tirage au sort aurait concerné moins de candidats et permis de tenir l’examen du parrainage dans de meilleures conditions.
Le tirage au sort donnant au candidat une chance d’être bien placé ou la malchance d’être le dernier, la détection et l’effet de doublons imputés sur toute la chaine à ceux qui se suivent, a trop favorisé le premier de la liste et anéanti le dernier qui n’avait pratiquement aucune chance de s’en tirer. Les candidats relancés pour le deuxième tour n’ont pas non plus eu la même chance de repasser devant la commission. Quand les premiers au lieu de 48 h, ont eu du 31 décembre au 08 janvier (8 jours) pour recharger le plein de parrains, Les derniers en plus d’être obligés de passer en dernier ressort n’ont eu que 48 heures du 06 janvier au 08 janvier pour compléter leurs parrainages. Un deuxième tirage au sort qui aurait pu rééquilibrer cette perte de chance bien que sollicité, n’a pas été jugé nécessaire. Il s’est encore passé une injustice notoire au détriment des derniers candidats du deuxième tour qui constitue un biais supplémentaire dans la sélection. N’est-ce pas là encore une preuve irréfutable du mauvais déroulement de cette phase de sélections des candidats qui appelle à annuler tout bonnement le processus déjà mal embarqué?
*Les leçons d’une compétition majeure mal arbitrée.*
La notion de perte de chance qui apparait a plusieurs niveau du processus et qui n’a jamais été prise en compte est ainsi restée une lacune inadmissible qui va participer à entacher le processus à la base en attendant les multiples autres qui ne manqueront pas de surgir dans les jours et semaines à venir.
Les leçons à tirer de tout ce qui précède, sont que toute compétition a des règles et elles doivent être claires et s’appliquer équitablement à tous. Aujourd’hui plus que jamais, dans nos sociétés assez dotées de moyens et de connaissances ces règles doivent être bien connues, maitrisées et partagées pour donner la même chance à tous les acteurs de participer mais aussi d’être jugés pareillement. Le cas échéant, quand les dés semblent aussi bien pipés et leurs conséquences mal considérées, cela peut être à l’origine de nombreux et regrettables contentieux difficilement surmontables. En outre on retiendra que le parrainage citoyen dans sa forme actuelle a atteint ses limites et ne pourra plus prévaloir, dans la mesure où il est assuré par la carte d’électeur qui en cette circonstance n’est plus la propriété exclusive du citoyen, bien qu’il en garde toujours et heureusement le contrôle en tant qu’électeur pour le vote physique.
Dans l’arène quand l’arbitre commet trop d’erreurs le combat est tout simplement arrêté. Pour cette fois-ci, certainement le fairplay citoyen va prévaloir, mais il faudrait que les détenteurs de l’ordre et de l’équité en matière électorale soient plus vigilants et plus exigeants envers tout le système. Alors à messieurs du jury de la présidentielle 2024 bon courage, le peuple en bon veilleur vous assistera.
*Pr Aliou Lam
Candidat recalé à la présidentielle de 2024*
Par Mohamed GUEYE
LA DETTE N’EST PAS UNE FATALITE
Pourtant, si les dirigeants politiques le voulaient, ils pourraient commencer à travailler à renverser la tendance, pour nous sortir du cycle infernal de l’endettement pour investir et transférer les profits à l’étranger, pour aller encore s’endetter.
Pour poursuivre le débat sur la dette, que nous avions entamé la semaine dernière, des lecteurs nous ont interpellés, qui n’étaient pas tous de notre avis. Et c’est une bonne chose. On ne progresse pas en stagnant dans une appauvrissante unanimité. Pour en revenir à la dette, il est constant que le système économique impose à des Etats comme le Sénégal de s’endetter auprès de partenaires étrangers, en devises étrangères. Ce qui nous conduit à la situation que nous connaissons actuellement, qui fait que beaucoup d’observateurs, et même des institutions multilatérales, commencent à tirer la sonnette d’alarme sur le niveau d’endettement du pays, qui a atteint les 75% du Pib, bien au-dessus des critères de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (Uemoa).
Pourtant, si les dirigeants politiques le voulaient, ils pourraient commencer à travailler à renverser la tendance, pour nous sortir du cycle infernal de l’endettement pour investir et transférer les profits à l’étranger, pour aller encore s’endetter. Et cela est bien possible, quand il y a la volonté, car le pays aura tout à y gagner. Il suffit de se rendre compte des énormes montants que le Sénégal perd du fait des accords de partenariat ou des investissements mal négociés, ou dont les conditions ont été particulièrement déséquilibrées.
Il y a 4 ans environ, le dirigeant de l’une des plus grosses banques de la place de Dakar m’indiquait que l’un des moments les plus pénibles pour les banques au Sénégal, c’est quand la Sonatel paie ses dividendes à ses actionnaires. Car, soulignait-il, ce sont près de 100 milliards de francs Cfa qui sortent des caisses pour l’étranger, d’un seul coup ! Il disait qu’à cette période, presque aucune banque n’était en mesure de faire face à aucune autre demande de liquidités. Or, la Sonatel et Orange Sénégal sont peut-être la multinationale qui ponctionne le plus gros montant, mais elle n’est pas la seule. Bien d’autres entreprises étrangères, françaises principalement, mais pas que, rapatrient régulièrement leurs bénéfices dans leurs pays ou dans des comptes offshore, en payant des impôts ridicules par rapport aux sommes qu’elles collectent ici.
Alors que le Sénégal devient de plus en plus un pays producteur de minerais et bientôt d’hydrocarbures, on ne peut s’empêcher de se désoler que, depuis les décennies qu’elles exploitent les ressources du Sénégal, les industries extractives soient toujours exonérées d’impôts pour leur activité. Et les taxes qu’elles paient couvrent à peine les dégâts qu’elles commettent sur l’environnement. L’une des choses les plus déplorables est que ces grosses entreprises, dont on veut toujours se vanter de les avoir attirées chez nous, ne sont même pas réputées pour être de grosses créatrices d’emplois. Dans leurs zones d’activités se notent le plus souvent des gros taux de chômage, du fait selon le discours officiel, d’un défaut de qualification des populations locales.
Cela revient à dire que l’Etat doit être en mesure de suppléer les limitations de ces investisseurs. Or, il a besoin pour cela, des ressources financières dont ces dits investisseurs privent le pays en grande quantité, et qui sont l’une des causes de l’appauvrissement de ces populations. L’économiste Ndongo Samba Sylla, que nous avions cité la semaine dernière, est décidément l’un des Sénégalais qui ont beaucoup produit sur la question de la dette. Il vient d’ailleurs de publier un autre article sur le sujet dont malheureusement, on ne trouve encore que la version anglaise. (https://www.project-syndicate.org/commentary/conceptualroots-of-global-south-debt-crisis-byndongo-samba-sylla-1-2024-01).
Il y montre le paradoxe auquel sont soumis des pays comme la Zambie, très riche exportatrice de cuivre, mais qui étouffe et s’appauvrit sous le poids d’une dette devenue insupportable. Les bénéfices tirés de ses ressources minières, s’ils ne sortaient pas du pays en termes des bénéfices transférés, ou sous forme de fonds détournés, auraient pu largement compenser les montants des dettes contractés par le pays, et qui l’ont mis à la merci de ses créanciers étrangers. Le cas peut-être reproduit dans plusieurs pays dont même le Sénégal. Combien auraiton pu s’épargner d’emprunt si les investisseurs étrangers ne transféraient pas tout ce qu’ils gagnent ici, ou s’ils en réinvestissaient une bonne part dans le développement effectif de leurs zones d’exploitation. Qui peut comprendre et accepter que la région de Kédougou, d’où est tiré l’or, qui tend à devenir le premier produit d’exportation actuellement, soit toujours dans un état de pauvreté ahurissante ? Les populations, qui voient passer les gros véhicules des compagnies qui exploitent les mines, doivent pour la plupart, se contenter d’avaler la poussière en saison sèche, et de supporter la boue quand il pleut.
S’il est difficile de connaître actuellement l’ampleur des flux financiers illicites au Sénégal, on ne peut que craindre qu’ils s’amplifient une fois que les pompes à pétrole et à gaz vont commencer à tourner, en ajoutant de nouvelles ressources. Il faut souhaiter que nos dirigeants, aussi bien au pouvoir que dans la Société civile, fassent preuve de vigilance pour que nous n’ayons pas à payer les dégâts provoqués par des richesses dont la population n’aurait pas profité.
Par EL HADJI SOW
LE LAC ROSE, UN SITE NATUREL PROCHE DE L’AGONIE
Le lac Retba, plus connu sous son nom touristique de lac Rose, est situé à environ 35 km au nord-nord-est de la ville de Dakar, Sénégal. Il occupe une dépression dont la côte est située à 6,5 m au-dessous du niveau marin.
Le lac Retba, plus connu sous son nom touristique de lac Rose, est situé à environ 35 km au nord-nord-est de la ville de Dakar, Sénégal. Il occupe une dépression dont la côte est située à 6,5 m au-dessous du niveau marin.
Ce lac est isolé de la mer par des cordons dunaires sur environ 1 km. Cette profondeur de la dépression est à l’origine de son alimentation en eau douce (provenant de la nappe saisonnière des sables littoraux) et d’eau salée provenant de la mer à travers les dunes. Ainsi, la mer assure l’essentiel de l’alimentation du lac en eau et l’intégralité de son alimentation en sel.
Les eaux du lac sont pratiquement sans traces de vie à l’exception de quelques algues microscopiques et bactéries.
Le lac Rose est l’une des principales destinations touristiques dans la région de Dakar en raison notamment de la couleur rose de ses eaux. Mais il perd de plus en plus son attrait pour plusieurs raisons. En dehors du tourisme, l’exploitation artisanale du sel a constitué une des activités dominantes autour de ce lac Rose. Cette activité mobilise entre 1500 et 3000 personnes avec une production annuelle estimée à 140 000 tonnes durant les années 2010 vendue partout dans le pays et certains pays limitrophes.
Je suis un chercheur qui étudie ce lac depuis 1995 dans le cadre de la thèse de doctorat d’Etat. Depuis cette date, je suis avec attention ce lac avec à la clé de nombreux travaux de recherche (thèses et articles scientifiques) menés par mon équipe et moi, ainsi que la direction du volet “Étude du lac Rose” dans le cadre du Programme d’appui au secteur minier (PASMI). Les recommandations faites à la fin de ce projet que j’ai conduit entre 2008 et 2010 n’ont pas été suivies. J’explique dans cet article pourquoi les eaux de ce lac ont une couleur rose et les défis actuels auxquels il est confronté et qui l’ont plongé dans l’agonie.
POURQUOI L’EAU EST ROSE?
La coloration rose est liée à la prolifération de l’algue verte halophile (vivant en milieu salé), Dunaliella salina, qui renferme des pigments rouges à l’origine de la couleur rose/rouge. Elle est associée à des bactéries halophiles du genre Halobacterium. La résistance au sel de cette algue microscopique vient de sa forte concentration en pigments caroténoïdes qui la protègent de la lumière et des teneurs élevées en glycérol.
En effet, Dunaliella salina contient au moins quatre pigments antioxydants (bêta carotène, astaxanthine, lutéine et zéaxanthine) qui sont des pigments riches en vitamines et oligo-éléments. Ces conditions peu favorables engendrent une pression osmotique élevée que l’algue arrive à compenser. Lorsque la salinité de l’eau baisse, la coloration vire au vert du fait de la prédominance d’algues de cette couleur.
LES DEFIS
Aujourd’hui, ce lac est confronté à un certain nombre de défis localisés sur la rive sud et sur la rive nord, mais aussi liés à l’accumulation du sel. Sur la rive sud, le canal de délestage créé en août 2022 pour l’évacuation des eaux usées et pluviales des banlieues alentour a eu pour conséquence :
• l’apport d’une charge solide contribuant au comblement du lac,
• une dilution des eaux avec une salinité faible ne permettant pas la précipitation de sel et incompatible avec le développement de l’algue verte Dunaliella salina;
La rive nord constitue la partie la plus sensible du lac pour plusieurs raisons :
• la présence des dunes fixées par une haie de filaos vieillissante est menacée par les parcours automobiles. La destruction de ces filaos entraînera un envahissement de la dépression par le sable mouvant,
• l’alimentation du lac en eau à travers les dunes : ces nappes (eau douce et eau salée) étant très superficielles, leur qualité est facilement affectée par l’urbanisation galopante dans cette partie nord.
Cette zone est jalonnée d’étangs installés sur la partie nord de l’ancien chenal qui liait le lac à la mer tandis que la partie nord de ce chenal est comblée par les dunes. Depuis 2004, nous suivons l’évolution des paramètres physico-chimiques et certains paramètres biologiques le long de ces étangs.
MENACE DE DISPARITION
Les résultats des analyses chimiques d’échantillons prélevés en fin mai 2023 le long de ces étangs viennent de nous parvenir et ces résultats montrent des teneurs extrêmement élevés de nitrates (12491,71 à 15394,75 mg/l en mai 2023 contre 5,82 à 12,05 mg/l en décembre 2022). Or, la limite des nitrates établie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est de 50 mg/l pour que l’eau soit considérée comme potable.
Cette augmentation brusque du taux des nitrates serait liée à l’installation d’hôtels aux abords immédiats du lac et des étangs et à l’urbanisation rapide et anarchique de cette partie nord sans réseau d’assainissement. Ces eaux polluées vont se jeter dans le lac et se retrouver dans le sel qui devient alors impropre à la consommation.
Il convient ainsi de contrôler régulièrement la qualité du sel à la reprise de l’exploitation.
L’alimentation du lac en sel à travers les dunes est un phénomène permanent et s’élevait à environ 360 000 tonnes par an selon les résultats de nos études en 2008-2009. Ce dépôt de sel était supérieur au taux d’exploitation estimée à environ 100 000 tonnes par an en son temps. Contrairement à l’idée la plus répandue, l’extraction du sel n’a jamais été néfaste à la survie du lac mais évite plutôt son asphyxie. Imaginez ce qu’on obtiendrait en reversant dans le lac la quantité de sel extraite durant seulement les dix dernières années. Cela donnerait une montagne de sel en lieu et place du lac. Si le sel est pollué au point d’être impropre à la consommation, l’extraction sera interdite et le dépôt de sel comblera la dépression. Ainsi, les apports détritiques provenant de la brèche et des dunes ainsi que l’accumulation du sel rendu impropre à la consommation combleront en quelques années la dépression et le lac Rose disparaîtra complètement.
QUELQUES RECOMMANDATIONS POUR LA SAUVEGARDE DU LAC
Pour mettre un terme aux menaces qui pèsent sur le lac et le préserver, les autorités doivent:
- Interdire l’exploitation des amas coquilliers qui jouent un rôle de dallage et protègent le sol contre l’érosion ;
- Interdire l’exploitation du sable de dune qui servent de barrière entre la mer et le lac;
- Encadrer les activités maraîchères et arboricoles en évitant leur implantation sur les versants immédiats des points d’eau, l’installation des réceptifs touristiques et l’exploitation du sel pour éviter de dépasser la limite maximale; Renouveler la haie de filaos qui fixe les dunes ;
- Interdire totalement l’urbanisation et l’installation des réceptifs touristiques sur les dunes séparant le lac et la mer.
Mettre en place une gestion intégrée profitable à la faune et aux populations locales, une éducation environnementale et une sensibilisation des populations.
EL HADJI SOW
Enseignant-chercheur, Université Cheikh Anta Diop de Dakar
THECONVERSATION.COM
Par Mamadou Ndiaye
LA DECHE !
De nos jours les politiques font peu de promesses. Le plus souvent, ils simulent ou dissimulent. Cette pratique est si répandue que ses adeptes l’ont érigée en art sur la scène politique.
De nos jours les politiques font peu de promesses. Le plus souvent, ils simulent ou dissimulent. Cette pratique est si répandue que ses adeptes l’ont érigée en art sur la scène politique.
Confrontés à différentes situations, les acteurs ne renoncent pas à s’afficher, à fendre les foules mais ils ne veulent plus s’exposer, sous peine « d’être la risée » du monde. Le Var est sans pitié !
Ainsi, s’arrangent-ils du mieux qu’ils peuvent à être fidèles à la « parole donnée » ! Mais justement quelle est cette « parole donnée » dès lors qu’elle est volubile, évasive, saccadée et dépourvue de consistance. Ils s’amusent à ruser avec les circonstances pour séduire les gens.
En apparence, ils feignent de se donner à tous. Or en réalité, ils ne se donnent à personne d’autre qu’à eux-mêmes ! En clair, les époques changent ou diffèrent. Somme toute, les recettes d’hier restent les mêmes.
Ce qui change c’est l’échelle du temps. L’action politique revêtait une telle dimension qu’elle se préparait longtemps à l’avance. Chaque acte posé avait une signification propre. En les agrégeant, ils révélaient une pensée, une réflexion, une démarche.
Les réunions en assemblée étaient des creusets de rencontres au cours desquels s’échangeaient les « bonnes et belles paroles ». Elles ne blessaient pas. Par leur profondeur et leur puissance d’évocation, elles véhiculaient des messages pleins d’enseignements.
Selon les circonstances, ces paroles étaient piquantes ou mordantes, mais jamais offensantes ni vulgaires. De Senghor à Lamine Guèye, de NGalandou Diouf à Ibrahima Seydou Ndao, de Mamadou Dia et Valdiodio (Waly Diodio) à Maurice Guèye et Émile Badiane, le pays disposait d’une brochette d’hommes politiques brillants, séduisants et très convaincants. Ils ne se donnaient pas en spectacle. Le sérieux les caractérisait.
Tous s’accordaient à considérer le peuple sénégalais comme la source de toute légitimité politique. Il inspirait le respect pour sa résilience aux chocs exogènes et sa vaillance, notamment dans les travaux champêtres avec des instruments très rudimentaires.
Mais leur prise de parole en public était tout un spectacle, un art consommé de convoquer les mots pour enthousiasmer les assistances avec une trame pédagogique éprouvée.
Les propos sonnaient rarement faux parce que les hommes politiques d’alors, toutes obédiences confondues, tenaient à leurs rangs respectifs. Ils s’évertuaient à être authentiques pour ressembler aux populations qui, conquises ou désarçonnées, n’en saluaient pas moins les efforts de proximité.
Avec tact et panache, les dirigeants de l’époque pouvaient exprimer sans excès leurs divergences. Ils avaient en commun le Sénégal qui « pouvait leur arracher des larmes ». Mieux, le souci de préserver la cohésion sociale les incitait à la tenue et à la retenue. Ils furetaient les interrogations politiques auxquelles ils apportaient, avec finesse, des réponses tout aussi politiques.
L’aspiration au pouvoir n’occultait pas l’éthique de responsabilité. Ils tenaient compte de l’avenir pour ne pas mettre en péril la vie des générations futures. Or l’accaparement presque boulimique d’aujourd’hui contraste étonnamment avec la sobriété de la classe dirigeante d’alors.
Elle était dans une disposition préventive. Un tel état d’esprit ne prévaut plus de nos jours. Et d’ailleurs les rares à être catalogués « honnêtes et propres » n’attirent pas les foules qui se passionnent désormais pour les joutes verbales, les diatribes, les quolibets et les « dénonciations calomnieuses ».
Ces mêmes foules ne retiennent plus rien des discours mais assimilent et mémorisent les formules à l’emporte-pièce prononcées par les orateurs du jour. Et Dieu sait combien ils sont nombreux.
En monopolisant la parole, ils orientent les opinions. Ils deviennent des « vedettes » courtisées pour leur talent oratoire et sillonnent les villes et les communes à l’invitation des « chefs locaux » en mal d’audience. Cette espèce est en voie d’expansion. Elle participe du décor politique.
Par des arguties, elle est capable de relayer le message en l’édulcorant pour sauver le messager en panne d’initiatives. On assiste à l’émergence d’individualités qui, par leur envahissement de la scène, finissent par devenir acteurs à la place des acteurs. Ils peuplent la scène et y prennent goût.
Le ver est-il dans le fruit ? Vaste équation qui, pour dire vrai, demeure une exception sénégalaise. Nombre d’entre eux ont de la dèche sur le visage. Désormais, on parle moins. Certains se cachent pour jouir d’une immunité factice.
D’autres, plus nantis, s’affichent avec ostentation et distribuent des billets de banques dont l’épaisseur le dispute à la fraîcheur, réduisant la foule au rang de moyen, autrement dit de « marche pied » pour accéder à d’autres sommets.
Entre ce type d’ambition et les espoirs qu’ils nourris se faufilent des citoyens pris pour des individus dépourvus de dignité. Ils massifient les caravanes et les marches par l’effet nombre. Ils se livrent au plus offrant moyennant des « frais de bouche », des babioles, quelques effets vestimentaires, une laborieuse mobilité et une ristourne financière pour « services rendus ».
Pour mobiliser du monde, tous les arguments sont sollicités : la famille, le clan, la région, le terroir, l’ancêtre commun, la confession, le guide (en religion) ou le patriarche (vénéré pour son âge).
Ces facteurs d’appartenance rassemblent et divisent à la fois. Par moment une rivalité, servie par des intérêts politiques divergents, surgit et émiette les forces. Le « bras de fer » qui s’ensuit alimente une chronique politique entretenue avec une succession d’épisodes au grand bonheur des rentiers occasionnels et des « spectateurs » qui s’en délectent sous le caïlcédrat et se nourrissent d’anecdotes foisonnantes et futiles à la fois.
Faut-il voir dans ces furtives ambiances des prétextes pour sortir ces zones isolées de leur torpeur habituelle ? La vie renaît avec les interminables convois qui déchirent la brousse. Mais ces entrelacs de visites de proximité ne font pas la politique. Au contraire.
Il faut même y voir un signe d’affaiblissement de notre modèle démocratique. Comment s’explique la prise de distance des citoyens vis-à-vis de la politique ?
Le vote, éminent acte de citoyenneté, a perdu du terrain. Sa valeur s’étiole même. Si le même comportement est décelable chez nombre de votants potentiels, le choix politique faiblit à son tour.
Pour s’en convaincre, le fichier électoral est édifiant : le nombre d’inscrits correspond presque au tiers de la population totale. Tandis que les votants moins les abstentions équivalent à la moitié du corps. Si bien que les citoyens votent peu. Équation ponctuelle ?
Les politiques sont avertis : faute de passion et de vivacité, il y aura de moins en moins d’ingrédients pour animer la vie politique et surtout mobiliser l’électeur. Autant dire que l’indifférence menace la démocratie.
par Ibrahima Anne
ON N’Y ENTRE PAS COMME DANS LES ORDRES
Il est loin, très loin le temps où on adhérait en politique comme on entre en religion. A cet alimentaire, parlez-lui de Cheikh Anta Diop, il vous dira que le «Pharaon noir» ne savait pas ce qu’il voulait...
La politique, pense-t-on, est plus affaire d’intérêts immédiats que de convictions fortes. La preuve, ils sont nombreux des compatriotes à avoir milité dans beaucoup de partis, l’essentiel étant que ceux-ci soient au pouvoir, procèdent aux nominations, distribuent les privilèges et les prébendes, permettent les passe-droits… Chez ces alimentaires, le but recherché justifie les postures. Et les impostures. Le sobriquet de caméléon va comme un gant à ces spécimens qui n’en a cure qu’on puise dans le vocabulaire animal pour qualifier sa reptation : la transhumance. Parce que c’est leur pointure. Et ils n’en ont cure de ces railleries, ces politiciens d’un genre si particulier. Au diable les idéologies. Chez eux, tout se conjugue en espèces sonnantes, trébuchantes, ronflantes et immédiatement disponibles.
Il est loin, très loin le temps où on adhérait en politique comme on entre en religion. A cet alimentaire, parlez-lui de Cheikh Anta Diop, il vous dira que le «Pharaon noir» ne savait pas ce qu’il voulait. Dans la petite cervelle du commensal, savoir ce que l’on veut, c’est savoir monnayer ses convictions, peu importe le coût moral. D’ailleurs, si vous vous hasardez à lui parler de morale, vous avez une forte chance de vous voir répliquer que «politique ak morale andoul». Autrement dit, politique et morale ne font pas bon ménage, selon ce disciple lointain de Machiavel. Malheureusement, c’est cette classe de rapaces qui ont pris en otage le jeu politique, faussé le libre choix démocratique en passant allègrement du camp des vaincus à celui des vainqueurs. Au grand dam de l’électeur qui se sent floué voire escroqué dans son vote.
Il est loin, trop loin le temps où les formations politiques étaient un véritable creuset de formation de l’homme tout court : dans sa tenue et sa retenue. A cette époque, on était communiste et en mourait ; socialiste un jour, socialiste pour toujours, libéral, un jour, libéral pour l’éternité. Le débat politique était de haute facture parce que ceux qui avaient droit à la parole dans l’espace public ne parlaient pas la bouche pleine mais la tête remplie d’idées. Etre libéral, socialiste ou communiste avait un sens chez ce type de Sénégalais en voie de disparition s’ils n’ont déjà quitté la scène pour l’Au-delà. Aujourd’hui, être politicien, c’est savoir ruser, enjamber allègrement les frontières idéologiques et se servir à la petite cuillère de la misère des plébéiens pour son profit personnel.
Hélas, ce saltimbanque chez qui les acrobaties politiques n’ont guère de secret a de beaux jours devant lui en ce qu’il trouve toujours justification dans notre substrat socio-culturel qui veut que le pouvoir étant de l’ordre du divin, ce serait un sacrilège que de s’opposer à son dépositaire du moment. Toute chose ayant une fin, il faudra bien que, un jour, ce cinéma cesse pour laisser la place à un jeu politique lisible où la morale est restaurée. A défaut, ce sera l’éternel recommencement : déshabillé, Madou change de veste et devient Douma. Au grand malheur du citoyen-électeur dont le choix, aussi éclairé soit-il, compte, finalement, pour du beurre.
CENA-ZE
Dans quel pays sommes-nous ? Hana Sénégal ! Pardon Galsen. Parce que tout est à l’envers. Pardon à verlan. La Cena qui supervise le processus ne sait pas sur quel pied danser.
Dans quel pays sommes-nous ? Hana Sénégal ! Pardon Galsen. Parce que tout est à l’envers. Pardon à verlan. La Cena qui supervise le processus ne sait pas sur quel pied danser. Sur quel fichier se baser. Sans gêne, elle dit aux baadoolos que le fichier sur son site n’est pas le bon. Et elle ne fait rien pour trouver le bon. Le «vrai». Comment peut-on contrôler ce qu’on ne maîtrise pas ? Or le fichier, ce n’est pas un élément du processus. C’est le processus. Lii tamit… Cena-ze !
par Oumar Mbaye
KHALIFA ABABACAR SALL, LE SOUFFLE DÉMOCRATIQUE DONT LE SÉNÉGAL AVAIT BESOIN
En prenant le risque de s’adresser directement au peuple sénégalais mercredi 3 janvier à travers les plateaux de la 2stv, le candidat à la présidentielle montre la voie
Le rendez-vous est donné sur la 2stv, première chaîne de télévision privée du Sénégal. Nous y retrouvons le candidat Khalifa Ababacar Sall, entouré des citoyens, qui se soumet volontiers aux interrogations des journalistes et d’un jury inclusif (Nina Penda Faye, journaliste pour les questions sociales et liées à l’égalité de genre, Sobel Ngom, Entrepreneur social pour les questions liées à la Jeunesse et l’Education, Moundiaye Cissé, sur l’Etat de droit et les institutions, Souleymane Niang, sur les sujets économiques).
Ailleurs, l’exercice paraîtrait presque banal tant les acquis démocratiques sont ancrés. Ce soir du mercredi 3 janvier, sur ce plateau à l’air libre, l’innovation est pourtant majeure au Sénégal : pour la première fois, un candidat à la présidentielle accepte de se confronter en transmission directe sur les plateformes TV & internet, à des représentants du peuple du l’élira, sur les axes stratégiques de son programme articulé autour du triptyque : l’Humain, l’Eau et la Terre. Le candidat s’est montré à l’aise sur les sujets économiques, sociaux y compris de genre, sur l’industrialisation, la dette souveraine, la jeunesse, le coût de la vie, comme sur la création d’emplois. Mais un autre constat retient tout particulièrement notre attention : le caractère inédit de l’émission.
Dans un pays où la scène politique est dominée par une instrumentalisation de la justice, un acharnement des dépositaires du pouvoir sur tout candidat susceptible de menacer leurs privilèges et des querelles de chapelle qui détournent de l’essentiel que sont la dignité des Sénégalais et la soutenabilité de la vie dans le pays, Khalifa Ababacar Sall a choisi d’élever de plusieurs niveaux le débat politique et la méthode du discours électoral.
En prenant le risque colossal de s’adresser directement au peuple sénégalais, de se soumettre à son jugement non pas sur des promesses creuses mais un programme solidement bâti et enrichi grâce à la tournée Mottali Yéene dans le Sénégal des profondeurs, le candidat à la présidentielle montre la voie.
Tant par ce nouvel exercice qu’en insistant sur son intention de garantir aux populations et aux collectivités territoriales une réelle capacité à agir, Khalifa Ababacar Sall jette les bases d’une vision qui place l’humain au cœur des politiques publiques. Surtout, et la précision est importante, le candidat donne le ton de la campagne électorale à venir, impose sa posture présidentielle et s’affirme comme une véritable alternative. De quoi inspirer les autres candidats et rehausser la qualité du débat démocratique que tous les Sénégalais sont en droit d’attendre.