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3 avril 2025
Opinions
Par Mbagnick DIOP
LE DÉFI OUTRAGEANT LANCÉ À LA RÉPUBLIQUE
Dés lors que nos liens de sang demeurent invulnérables à la division, nous disons casse-cou à ceux qui prétendent détenir les armes secrètes pour décréter hic et nunc l’indépendance de la région de Casamance.
Dans l’édition du quotidien « Le Témoin » numéro 1656 en date du jeudi 24 mars 2022, nous écrivons ce qui suit : Entre des révoltés sans cause et des bandits de grand chemin, la Casamance veut garder son âme.
Depuis décembre 1982, cette région du Sénégal est en proie à l’irrédentisme d’une bande de scélérats autoproclamés branche armée du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Sous prétexte d’une histoire que le défunt Abbé Diamacoune Senghor (Paix à son âme) entendait réécrire à sa convenance, des extrémistes ont choisi de bouleverser la région pour décréter son indépendance. Toléré par le Président Léopold Sédar Senghor, le curé tribun a eu la latitude d’amplifier son discours ou son cours d’histoire, pour faire adhérer des naïfs à sa thèse indépendantiste. Le pacifisme du Président Senghor a pourtant été contesté au sein de l’État-Major de l’Armée nationale dont le service de renseignements surveillait de très près les agissements d’éléments suspects dans certaines localités de la région.
Il est certain qu’à cette époque, l’Armée nationale pouvait tuer le poussin dans l’œuf. Elle n’en avait pas reçu l’ordre du fait d’un choix politique inadéquat. Ainsi, cette option du Président Senghor a fini par donner aux irrédentistes un sentiment de vainqueur avant la lettre. L’embrasement de la région a pris une dimension étendue, préjudiciable à la République déjà secouée au plan économique par l’entame de la politique d’ajustement structurel.
Par respect pour nos compatriotes douloureusement éprouvés, nous faisons fi d’une rétrospective des affrontements entre l’Armée nationale et les maquisards qui se réclament d’un mouvement politique (Mfdc) sabordé de longue date par leurs créateurs, tous intégrés à l’Union progressiste sénégalaise, après la transition à la section sénégalaise du parti du rassemblement africain (Pra-Sénégal), du Bloc démocratique sénégalais (Bds) et du mouvement autonomiste de la Casamance (Mac).
C’est le lieu de saluer leur mémoire et la justesse de leur vision qui a sous-tendu le réalisme politique et battu en brèche toute idée de balkanisation du Sénégal, à partir d’une revendication indépendantiste mal fondée.
La Casamance n’est pas le legs de Diamacoune
Une faction autoproclamée héritière de l’abbé Diamacoune Senghor a vertement pris à partie le Premier ministre Ousmane Sonko dont le seul tort est d’avoir tenu un discours politique, politiquement courageux, sans ambiguïté, sur la situation en Casamance, lors d’un meeting organisé par son parti, Pastef, dans le cadre des législatives du 17 novembre 2024.
Au motif que leur honneur est atteint par le Premier Ministre, certaines gens se dressent comme des héritiers légitimes de l’histoire et cela en vertu des seuls enseignements de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor. Leur narcissisme est si fort qu’ils lancent, sans sourciller, un défi à la République et dénient à l’autorité toute parcelle de pouvoir pour engager un dialogue constructif avec nos compatriotes momentanément perdus par leur fougue.
L’option d’une guerre totale qu’ils prônent, ne leur est nullement autorisée par les populations de la région dont l’appartenance et l’identification à la nation sénégalaise sont indiscutablement établies depuis la nuit des temps.
Même si nous devons nous accorder sur le principe qu’au Sénégal comme ailleurs, la nation est un processus de construction permanent, il n’en demeure pas moins que la région naturelle de Casamance restera éternellement ancrée dans notre espace géographique où l’amélioration des conditions de vie constitue un chantier commun.
Dés lors que nos liens de sang demeurent invulnérables à la division, nous disons casse-cou à ceux qui prétendent détenir les armes secrètes pour décréter hic et nunc l’indépendance de la région de Casamance.
Un peuple un but une foi
La Nation debout, la République droite dans ses bottes !
Par Vieux SAVANÉ
AUX ÉTATS-uNIS, LA DÉMOCRATIE À L'ÉPREUVE
La seule certitude est que nous avons affaire à une élection fortement polarisée et d’une violence inouïe avec le candidat Donald Trump complétement désinhibé, se livrant à toutes sortes d’outrances
Alors que plus de 75 millions d’Américains ont voté par correspondance et de manière anticipée, notamment dans les sept Etats-pivots (le Nevada, la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, la Georgie, la Caroline du Nord, l’Arizona), c’est aujourd’hui que les électeurs et grands électeurs américains vont décider qui sera le prochain ou la prochaine présidente des Etats-unis d’Amérique. Si l’on en croit les sondages, le scrutin sera très serré.
La seule certitude est que nous avons affaire à une élection fortement polarisée et d’une violence inouïe avec le candidat Donald Trump complétement désinhibé, se livrant à toutes sortes d’outrances.
D’ores et déjà, Donald Trump affirme avec un étonnant aplomb que s’il perd l’élection, c’est tout simplement qu’il aura été battu par la triche. Rien d’étonnant du reste puisque, sans preuve aucune, il a refusé et refuse toujours de reconnaître sa défaite contre Joe Biden lors de leur confrontation en 2020 alors qu’il était président de la République. On est en face d’une posture noyée dans le complotisme et les «fake news» avec un candidat autoritaire qui donne l’impression d’être plutôt entouré par des groupies, en somme des gens tombés en fascination, installés dans une adhésion totale, bien loin du recul que nécessite l’usage de la raison.
En face, il y a Kamala Harris, une ancienne procureure habituée à se confronter aux faits, à les disséquer pour démêler le vrai du faux. Dans cette élection qui a lieu dans un pays dont on vante la force des institutions, il est surprenant de constater qu’il est rarement question de confrontations programmatiques mais de « fake news », de suspicions de fraudes non documentées.
Dans toute cette confusion où le souvenir de l’invasion du Capitole est encore vivace, ce jour d’élection est visité par la crainte de troubles voire de déferlement de violences incontrôlables. L’Amérique retient son souffle, tant l’issue de cette élection est incertaine et grosse de dangers. Redoutant le pire, la capitale Washington se barricade
PAR Fadel Dia
LE SYNDROME FAHRENHEIT 451
Dans son film intitulé « Fahrenheit 451 »; François Truffaut conte une société imaginaire, située dans un avenir proche, où le savoir et la lecture sont considérés comme un danger pour le pouvoir
L ’annonce de la présentation dans une librairie de la place d’un ouvrage consacré à l’histoire coloniale de la Casamance a provoqué une bruyante levée de boucliers, suscitée principalement par des membres de l’ancien parti au pouvoir, et avait poussé deux éminents professeurs d’histoire à s’élever contre ce qu’ils avaient appelé la « mise à l’index » d’un travail qui est, selon eux, le fruit d’une investigation scientifique.
Ils avaient donc pris la défense de leur métier commun, le « métier d’historien. Ils avaient porté un témoignage élogieux sur les qualités et le professionnalisme de son auteure et tancé vertement les responsables de la cabale montée contre elle, en s’en prenant directement à l’ancien parti au pouvoir et à ses dirigeants. Ils avaient enfin interpellé directement le président de la République et son Premier ministre et, se fondant sans doute sur l’engagement qu’ils avaient pris, avant d’arriver au pouvoir, de ne pas céder aux « pratiques d’un autre temps », ils avaient exprimé leur conviction qu’ils ne se laisseront pas entraîner dans ce qui ressemble à un bâillonnement de la recherche historique.
La réponse n’a pas tardé, vite relayée par la presse. Elle vient du Premier ministre qui s’est prévalu du soutien du président de la République. Ce n’était certainement pas la réponse qu’ils attendaient. Loin d’être rassurante, elle est même, d’une certaine manière, plus inquiétante que les prises de position des parties qu’ils avaient mise en cause !
Passons sur le fait que le Premier ministre ait servi sa réponse, sur une question aussi sensible, au cours d’un meeting électoral, qui n’est pas précisément le lieu le mieux indiqué pour délivrer un message empreint de sérénité et de mesure. Sa prise de position publique est d’autant plus surprenante que c’était probablement la première fois qu’il s’exprimait aussi clairement sur ce sujet brûlant et qu’il prenait le risque de se mettre à dos un mouvement qui en avait fait son dogme et, qu’à tort ou à raison, certains supposaient plutôt favorable à sa cause. Passons sur le fait que même si l’histoire n’appartient pas qu’aux historiens, il n’est pas la personne la mieux placée pour juger du contenu d’un livre d’histoire, surtout s’il n’a pas pris la peine de le lire méticuleusement. Sa réaction est en tout cas un désaveu de la qualité et des compétences des historiens sénégalais qui, en la matière, auraient dû lui servir de référents et de caution. On aurait mieux compris que, tenant compte de ses limites sur ce sujet et surtout du pouvoir que lui confère la loi, qu’il choisisse de faire appel à la justice pour qu’une enquête préliminaire soit lancée , s’il juge que l’auteure de l’ouvrage s’est « drapée dans une dignité qui n’est pas la sienne, celle de la science historique », comme Robert Badinter l’avait reproché au négationniste Robert Faurisson, que son livre est plus polémique que scientifique, qu’il occulte ou travestit la vérité, qu’il propage des thèses complotistes ou qu’il met en danger la cohésion nationale. Interdire la diffusion et la commercialisation d’un livre, sur la seule base d’une impression personnelle, est un acte de censure qu’on n’attendait pas de quelqu’un qui s’était retrouvé lui-même, il n’y a guère longtemps, sous la menace d’une telle mesure.
Passons sur l’accusation, gratuite jusqu’à preuve du contraire, portée sur l’auteure du livre, dont pourtant la probité et l’expérience avaient été vantées par ses collègues sénégalais, mais qui, selon le Premier ministre, ne serait qu’un maillon du réseau de manipulateurs dont se servirait la France, qui aurait saisi l’occasion pour se venger de sa déconvenue après le travail d’investigation mené par un autre historien.
Attardons-nous en revanche sur une autre partie de la péroraison du Premier ministre, celle où il affirme que l’auteure de l’ouvrage, par le seul fait qu’elle est de nationalité française, n’a pas « à écrire sur le Sénégal » et devrait consacrer son métier d’historienne à parler de la Corse ou de la Nouvelle Calédonie ! C’est faire fi de cette règle qu’un historien, un bon historien, n’est lié sérieusement que par les lois de sa discipline et qu’il est un juge juste et étranger à tous. C’est aussi suggérer que la Grèce ou l’Allemagne auraient le droit d’interdire à Souleymane Bachir Diagne de parler de Platon ou de Kant !
L’Histoire a certes ses faussaires, mais elle n’a pas de patrie
Dans son film intitulé « Fahrenheit 451 » François Truffaut conte une société imaginaire, située dans un avenir proche, où le savoir et la lecture sont considérés comme un danger pour le pouvoir. Leurs principaux vecteurs, les livres, ne sont pas seulement prohibés mais détruits systématiquement et le rôle des pompiers est de les brûler et non plus d’éteindre les incendies. On n’est pas dans la même situation et nous n’en sommes pas heureusement là, mais la décision prise par la deuxième personnalité de notre pays apparait, volontairement ou non, comme une manière d’empêcher les Sénégalais en général, et ceux d’entre eux qui ont accès à la lecture en particulier, de réfléchir, de juger par eux-mêmes sur un sujet qui est au cœur de notre vie politique et sécuritaire, et c’est sans précèdent dans notre histoire récente.
Les résistants de « Fahrenheit 451 » avaient trouvé comme solution pour sauver les livres de les apprendre par cœur, les Sénégalais que les propos du Premier Ministre ont mis en appétit se passent le livre dont il a interdit la vente par la toile, et gratuitement ! On peut dire que, par ses propos incendiaires, il n’a pas seulement fâché les défenseurs du droit à l’expression et les passionnés d’histoire locale, il a aussi fait à cet ouvrage qui, nous dit-on, a provoqué chez lui une colère noire, une énorme publicité dont on peut se demander si elle est méritée!
par Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle
LES PROJECTIONS IMPOSSIBLES DU FMI CONCERNANT L’INflATION AU SÉNÉGAL
Des taux impossibles sont avancés pour 2025 et 2026, sans aucun fondement logique ou historique. Cette situation est d'autant plus préoccupante que le pays s'apprête à négocier un nouveau programme avec l'institution.
Financial Afrik |
Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle |
Publication 05/11/2024
Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment lancé en grande pompe ses Perspectives del’économie mondiale (World Economic Outlook en Anglais, WEO) à Washington. Compte tenu de l’influence majeure que cette institution exerce en matière de formulation des politiques publiques dans la plupart des pays du monde, il est important d’être vigilant quant à la qualité de ses analyses.
En effet, comme nous le savons tous, les vies de milliards de personnes sont affectées par les programmes du FMI et les conditionnalités et prescriptions politiques qui y sont attachées. Les erreurs d’analyse du FMI peuvent donc avoir des conséquences dévastatrices.
Au Sénégal, le FMI est revenu au devant de l’actualité à la faveur des débats en cours sur les finances publiques du pays. Un nouveau programme est en train d’être négocié avec les autorités sénégalaises.
Dans ce court article, nous souhaitons attirer l’attention sur les erreurs grossières dans les projections du FMI pour le Sénégal, notamment en ce qui concerne l’inflation.
Comme le montre la base de données du WEO, le FMI prévoit un taux d’inflation moyen d’environ 2 % chaque année entre 2025 et 2029. Ces estimations sont globalement conformes à la version d’avril 2024 du WEO (voir figure 1), bien qu’elles puissent être considérées comme optimistes pour la période 2024-2026, compte tenu de la réduction attendue des subventions à l’énergie. Jusque-là, tout va bien.
Cependant, les récentes projections du FMI concernant l’inflation en fin de période sont tout simplement impossibles. Le WEO d’octobre 2024 prévoit une inflation en fin de période (ou sur 12 mois) de -13,4 % en 2025 et de 41,9 % en 2026 (voir figure 2).
Ces projections ne reposent sur aucune base logique ou factuelle. Elles contredisent même les propres projections du FMI concernant l’inflation annuelle moyenne pour les années 2025 et 2026. La seule fois où l’inflation en fin de période a atteint plus de 20 %, c’était en 1994, l’année où le franc CFA a été dévalué de 50 % par rapport au franc français. L’inflation de fin de période s’est élevée à 37,5 % au cours de cette année exceptionnelle (voir figure 3). Et même alors, le taux d’inflation de fin de période de l’année précédente, c’est à dire 1993, n’était certainement pas un nombre négatif au-delà de 10 %.
Des erreurs aussi flagrantes de la part du FMI pour le Sénégal, dans son analyse la plus récente et la plus en vue, sont très préoccupantes si, comme c’est souvent le cas, elles constituent la partie émergée de l’iceberg en termes d’erreurs ailleurs dans les projections du FMI dans lesquelles ces chiffres sont incorporés.
Dans ce cas, il existe un risque évident d’imposer au Sénégal des conditionnalités inappropriées. Et il ne s’agit pas d’un risque théorique. Des erreurs dans les conditionnalités résultant d’erreurs de calcul du FMI ont été constatées récemment dans d’autres programmes du FMI en Afrique, y compris dans la dernière revue du programme du FMI pour le Kenya. Là, non seulement les projections d’inflation du FMI en fin de période pour 2024 sont tout simplement impossibles, mais en plus, ses projections en ce qui concerne la dette publique ne parviennent pas à réconcilier les flux fiscaux (emprunts) avec les stocks fiscaux (dette).
Il est essentiel, ne serait-ce que par respect pour la souveraineté de ses pays membres, que le FMI s’assure que ses projections répondent aux normes professionnelles les plus élevées. Dans le cas des projections d’inflation au Sénégal, à l’heure actuelle, cette exigence n’est tout simplement – et manifestement – pas respectée.
Ndongo Samba Sylla est économiste sénégalais, Directeur de Recherche à l’International Development Economics Associates (IDEAs).
Peter Doyle est économiste américain, ancien cadre du FMI et de la Banque d’Angleterre.
par Thierno Alassane Sall
TRANSHUMANCE ET REDDITION DES COMPTES
Le stratagème de Sonko pour récupérer les chefs de famille APR est à présent clair. D'abord, annoncer une grande battue des pilleurs de la République. Ensuite, interdire de sortie du territoire tous ceux qui parmi le gotha BBY se présentent aux frontières
Le stratagème mis en place par Ousmane Sonko pour récupérer les chefs de famille APR est à présent très clair.
D'abord, annoncer une grande battue des pilleurs de la République. Ensuite, interdire de sortie du territoire presque tous ceux qui parmi le gotha Bennoo se présentent aux frontières. Puis, faire savoir qu'il y a une liste rouge, en laissant le doute ronger les plus frileux (trois ou quatre ont pu passer avant que la nasse ne se referme avait dit Sonko). Enfin, attendre.
Et voici que se déclenche soudain une massive transhumance de politiciens pressés par la peur de la prison. Les moins courageux prennent la carte du Pastef sans condition. Les revirements les plus improbables se produisent aux grands jours. Les « démons » deviennent des « anges » dès qu'ils passent des herbes mortes marron-beige aux prairies vertes du Pastef
Pastef nous avait promis de restaurer l'éthique en politique et de ne jamais accepter la transhumance. Au grand jour, il l'a hissée à une échelle qui pourrait tuer pour longtemps la morale en politique.
PAR EL AMATH THIAM
LES LOIS D’AMNISTIE ENTRE FLEURS ET PLEURS
La révision de la loi d’amnistie pourrait être un tournant pour la justice transitionnelle au Sénégal, mais elle impose de prendre en compte des obstacles juridiques et pratiques majeurs
Une loi d'amnistie, par nature, est une mesure législative qui efface les infractions et leurs conséquences pénales pour les personnes visées, sans passer par un jugement ou une reconnaissance de non-culpabilité. Elle est juridiquement possible de modifier ou d’abroger une loi d’amnistie, car comme toute loi, elle peut être révoquée par un nouvel acte législatif. Elle diffère d’une décision de justice, car elle ne repose pas sur l’examen d’une affaire par un tribunal, mais plutôt sur une décision politique qui absout certains actes dans un but de réconciliation ou de pacification sociale.
La volonté exprimée par le candidat du parti Pastef, également Premier ministre, de réexaminer la loi d’amnistie controversée, afin de rouvrir les dossiers des faits délictuels et criminels liés à des événements politiques tragiques, traduit une démarche audacieuse en faveur de la vérité et de la justice. Cette initiative suscite une vague d’adhésion dans l’opinion publique, en particulier auprès des familles des victimes, qui nourrissent l’espoir d’une reconnaissance et d’un apaisement moral après de longues années de souffrance. Elle envoie également un message fort : la justice ne saurait être sacrifiée sur l’autel des impératifs politiques. Pourtant, ce projet divise : certains y voient une opportunité de construire un avenir apaisé, tandis que d’autres le perçoivent comme une menace pour les droits des bénéficiaires de l’amnistie.
La rétroactivité "in mitius" : principe humaniste et garantie des libertés :
Le principe de la rétroactivité "in mitius" – qui consiste à appliquer immédiatement une loi pénale plus douce – incarne une garantie fondamentale des libertés individuelles. Il repose sur l’idée qu’une disposition moins sévère, lorsqu’elle est édictée, doit bénéficier aux personnes concernées. Mais que signifie exactement "loi pénale plus douce" ? C’est, par exemple, une loi qui supprime purement et simplement une infraction, effaçant ainsi la responsabilité pénale attachée aux actes antérieurement qualifiés d’illégaux.
Cependant, l’abrogation d’une loi d’amnistie soulève des défis juridiques redoutables. Par leur essence, les lois d’amnistie effacent les infractions et exonèrent les individus concernés de toute poursuite pénale, hormis les réparations civiles. Leur remise en cause heurte les principes cardinaux de la non-rétroactivité des lois et de la sécurité juridique. Ces principes, enracinés dans les systèmes juridiques modernes, protègent les droits acquis et offrent aux citoyens une prévisibilité indispensable dans l’application de la loi.
1. Obstacles juridiques : la non-rétroactivité et la sécurité juridique :
Le principe de non-rétroactivité, inscrit dans le droit sénégalais comme dans le droit français, implique que nul ne peut être puni en vertu d’une loi postérieure plus sévère. Ainsi, une loi d’amnistie crée des droits acquis pour les bénéficiaires. Abroger cette loi pour rétablir des poursuites reviendrait à violer ce principe, et ce serait également contraire à la sécurité juridique. Ce principe garantit que les citoyens ne subissent pas des changements imprévisibles dans leur situation juridique en raison d'une modification rétroactive de la loi.
En France, l’abrogation d’une loi d’amnistie ne peut pas être appliquée rétroactivement aux infractions déjà couvertes. La Cour de Cassation, dans l’arrêt "Boudarel", a souligné que les effets d’une loi d’amnistie sont définitifs, empêchant ainsi toute reprise des poursuites pour des faits amnistiés.
Au Sénégal, bien que la jurisprudence ne se soit pas prononcée directement sur ce point, l’application de la "loi Ezzan" de 2005 a montré la difficulté de remettre en question des amnisties antérieures sans remettre en cause la stabilité juridique acquise.
2. Les précédents internationaux et leur impact sur le Sénégal :
Divers contextes internationaux offrent des perspectives intéressantes sur l’annulation des lois d’amnistie.
En Argentine, les lois d’amnistie de la "guerre sale" avaient d'abord protégé les responsables des crimes de la dictature militaire, avant d'être annulées dans les années 2000 sous la pression des familles des victimes. Ce retour en arrière a été possible grâce à un contexte juridique et politique unique, accompagné d'un large consensus national.
En Afrique du Sud, la Commission Vérité et Réconciliation a accordé des amnisties pour les crimes de l’apartheid sans qu’elles ne soient par la suite remises en cause. Ce modèle de justice transitionnelle repose sur une balance entre justice et réconciliation, soulignant la complexité de revenir sur une loi d’amnistie une fois ses effets produits.
Ces exemples montrent que si certaines lois d’amnistie ont pu être révoquées, cela dépendait largement du contexte et du consensus national. Le Sénégal pourrait s’inspirer de ces modèles, mais rouvrir des dossiers nécessiterait un consensus sociopolitique fort, voire des adaptations constitutionnelles.
3. Obstacles factuels et institutionnels :
Le temps et la preuve Rouvrir des enquêtes sur des faits anciens pose également des défis probants. Avec le temps, les preuves s’effacent, les témoins disparaissent ou voient leur mémoire altérée, compromettant ainsi l’efficacité des investigations et la solidité des poursuites. En l’absence de preuves nouvelles, les enquêtes pourraient apparaître comme des actions politiquement motivées, minant la confiance publique dans la justice.
4. Vers une réconciliation entre justice et pardon :
La révision de la loi d’amnistie pourrait être un tournant pour la justice transitionnelle au Sénégal, mais elle impose de prendre en compte des obstacles juridiques et pratiques majeurs. Les principes de non-rétroactivité et de sécurité juridique, ainsi que les défis liés à la preuve, ne sauraient être ignorés. La solution pourrait passer par des mécanismes comme des commissions Vérité et Réconciliation, qui associent justice restaurative et transparence, permettant aux "fleurs" de la réconciliation de s’épanouir sans faire taire les "pleurs" des victimes.
KHADY GADIAGA
POUR UNE CAMPAGNE DES IDEES
La campagne des élections législatives du 17 novembre 2024 bat son plein depuis une semaine. Quarante et une listes concurrentes dont quatre à cinq attelages de bêtes politiques qui recueillent l'attention de l'électorat.
La campagne des élections législatives du 17 novembre 2024 bat son plein depuis une semaine. Quarante et une listes concurrentes dont quatre à cinq attelages de bêtes politiques qui recueillent l'attention de l'électorat.
Le reste du lot est composé de candidats presque inconnus au bataillon, et qui semble t-il ont adopté la politique de leurs modestes moyens loin de l'armada logistique des caravanes et meetings budgétivores et de leur tintamarre en privilégiant l'approche de proximité ou le porte à porte.
Le numérique fait son effet dans la sphère libérale avec des têtes de liste battant campagne via WhatsApp pendant que le PROS, héros des temps modernes, ennemi juré de la nouvelle opposition et objet de ses rengaines mutualisées déroule son rouleau compresseur sans merci.
Les états-majors se sont mis en branle, la substance et le chiffrage des programmes sont à peine évoqués, les polémiques et les invectives font florès. C’est le jeu normal de la démocratie, nous dirait-on. Ce qui n’a pas encore commencé, en revanche, c’est la campagne des idées. Les candidats peinent à présenter leurs projets à terme pour le pays qui a soif de renouveau...
De nombreuses questions restent en suspens, des débats cruciaux sont tus ou oubliés.
Pour nourrir le débat, le seul sujet de la jeunesse et par-delà, la capture de la dividende démographique aurait largement suffit à abonder dans les sens des aspirations des 3/4 de la population.
Une jeunesse malade de sa relégation
Qui peut oublier qu'on est face à une jeunesse désenchantée mais riche de son pouvoir instituant? On déchante, comme on dit, et on ne peut déchanter qu’après avoir chanté. Paradoxalement notre jeune relève est revenue de tout sans avoir été nulle part...
Des décennies qu'on s’interrogeait sur les modalités d’insertion professionnelle d’une jeunesse qui grinçait fortement des dents sur sa non reconnaissance dans l’espace public, dans le champ politique et économique, et qui dénonçait déjà les réalités et la violence de sa relégation.
Déshéritée par des gouvernants cupides, dépourvus de vision et par excellence briseurs de rêves et d'espoir juvéniles.
Éliminons l’hypothèse naïve que seuls les bancs de l’école construisent une jeunesse.
Il y a, pour le meilleur et pour le pire, d’autres canaux et lieux qui participent à cette construction ou castration d’un désir d'accomplissement.
Il y a la rue qui constitue l’étape temporaire à l’issue incertaine d’un processus social d’apprentissage qui déconstruit les rapports entre espace privé et espace public.
Il y a les médias : aux mains tantôt des garants de la démocratisation de bêtises sur fond de «temps de cerveau disponible », tantôt à celles de la fabrique d’une politique-spectacle, pâle mise en scène d’égos aussi boursouflés qu’impuissants à proposer le réenchantement d’un avenir pour les plus jeunes, enkysté dans le calendrier électoral.
Il y a la magie des réseaux sociaux qui entretiennent la douce illusion d’une communauté de connivences générationnelles malheureusement pénétrées par les vautours conspirationnistes fournissant gracieusement la juste dose de paranoïa.
Et il y a désormais la peur, le carburant le plus néfaste de l’inscription au monde.
Le pire, c'est qu'il n’y a pas de révolte dans cette désillusion, même s'indigner est au-dessus des forces de cette jeunesse oubliée. Quand on ne trouve plus un sens à sa vie, chez soi, l'ailleurs quoi qu'incertain devient un horizon de survie. Il résulte de cette tragédie une tristesse infinie, et bien souvent une amertume. On est morose dans la façon dont on accepte une situation qu’on sent sans issue.
Si on devait évaluer l'indice du bonheur national sous nos cieux, il friserait le ras de pâquerettes... La faute à qui?
Pour un référentiel de compétences et d'idées neuves...
Un référentiel de transformation structurelle vient de voir le jour, sous la houlette du nouveau régime souverainiste dirigé par le tandem Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye et qui espérons le, guidant l’élaboration de l’action envers la jeunesse, est lisible, vulgarisable et appropriable par tous. Autrement dit, qui nous indiquera clairement ce qu’affiche une ville, une région où une collectivité locale, comme ambitions et moyens chiffrés et planifiés pour sa jeunesse en général, et pour celle de ses quartiers populaires en particulier...
Comment s’organise l’offre en direction des jeunes et comment est-elle perçue par les professionnels d’une part et les jeunes, d’autre part ? Quels peuvent être les freins à une politique de jeunesse et comment les juguler ?
Ce qui pose la question du pilotage et de la coordination, de même que de la construction et de la mise en débat de cette politique avec ses différents enjeux.
D'autres sujets ne sont pas moins brûlants, toujours est-il que la démocratie vit de débats, d’idées, de confrontations intellectuelles, de propositions concurrentes. Il serait regrettable que ces joutes délibératives se réduisent à des querelles de personnes et des jeux d’appareils.
Les sciences sociales, qui contribuent à produire des idées neuves, doivent nécessairement entrer en campagne !
Par Hamidou ANNE
MON GENERAL, JE VOUS SALUE
Gouverner, c’est tâcher d’être en toutes circonstances à la hauteur des responsabilités qui s’imposent à nous. C’est se méfier du reflet de sa propre image pour ne sacraliser que l’intérêt général et le culte de l’Etat.
Gouverner, c’est tâcher d’être en toutes circonstances à la hauteur des responsabilités qui s’imposent à nous. C’est se méfier du reflet de sa propre image pour ne sacraliser que l’intérêt général et le culte de l’Etat. La menace, l’outrance et l’intimidation constituent non seulement une perte de temps dans une société ouverte comme le Sénégal, mais elles révèlent surtout une absence de tenue pour ceux-là que le destin a conduits aux responsabilités. Le miracle de notre démocratie, c’est qu’elle peut élever n’importe qui aux stations les plus élevées de l’Etat. C’est charmant, car ainsi s’exprime ce principe sacré de l’égalité devant les opportunités de la République. Mais ce charme, quand les incompétents, en plus d’être incapables, exercent le pouvoir, peut vite devenir une tache, voire une gangrène sur le corps d’un pays. La percée populiste constitue une tache hideuse sur un grand pays comme le nôtre.
Nous sommes en temps de campagne électorale en vue des Législatives anticipées du 17 novembre, les états-majors politiques rivalisent d’ardeur pour convaincre les citoyens. Les candidats investis des 41 listes en compétition sont invités à s’armer non pas de couteaux ou de machettes, mais de programmes et de propositions concrètes pour s’attirer les votes des électeurs. L’animation politique et les propos dits de campagne conduisent à certains excès pardonnables. Ce qui, en revanche, relève d’une pure mesquinerie, et donc est impardonnable, est l’acharnement à salir ses honorables concitoyens devant les foules. Surtout quand on n’a pas le millième de ces personnalités en termes d’éthique, de talent, de tenue, de parcours et de respectabilité. En plus de la lâcheté qui pousse un homme à formuler des propos graveleux vis-à-vis d’un officier militaire, donc astreint au devoir de réserve. Aucune personne sensée ne croira aux allusions répugnantes à l’encontre du Général Souleymane Kandé, car les citoyens, par leur sagacité et par habitude, ont certifié l’autre comme un diseur de contrevérités.
J’ai lu récemment une phrase de Kamala Harris, rappelant qu’elle venait en campagne avec une liste de choses à faire une fois élue, pendant que son adversaire populiste arrivait avec sa liste d’ennemis à abattre. Cette phrase m’a fait automatiquement penser au contexte sénégalais : aucune proposition sérieuse de la tête de liste de Pastef autre que les habituels excès dont nos oreilles sont rebattues. Sur les 41 têtes de liste, il s’agit du seul qui s’acharne à salir les gens, à s’inventer des ennemis et à sortir des énormités quotidiennes comme le compte bancaire à 1000 milliards. «Donnez-nous la majorité pour mettre des citoyens en prison.» «Donnez-nous la majorité pour qu’on aille récupérer les milliards pillés.» Ces gens dirigent le pays depuis sept mois et n’ont formulé aucune proposition sérieuse, ne faisant que persister dans les anathèmes, les vanités et la pollution sonore permanente. Ils agissent comme des enfants, mais s’amusent avec, non pas un ballon de baudruche, mais avec les instruments d’un Etat que des générations de Sénégalais ont bâti, des décennies durant. Pour illustrer mon propos ainsi que le personnage burlesque auquel nous avons à faire, je renvoie au délicieux texte du brillant Serigne Saliou Diagne intitulé «L’enfant gâté de la République et son univers dystopique», publié il y a un an dans ces colonnes.
Je ne développerai pas outre mesure sur la chose militaire, car il faut que nous, citoyens, soyons plus responsables que le Premier ministre. L’Armée doit être enlevée du débat politicien, il s’agit d’un pan essentiel de l’Etat et d’un symbole du prestige de l’Etat. Ce n’est guère un hasard si la tradition de la pratique parlementaire consiste à voter le budget des Armées sans débat. La responsabilité et la précaution obligent à rester muet sur les choses relevant de la Grande Muette. Pour rappel, le Président Sall a remercié dare-dare le directeur de l’Administration générale et de l’équipement de la présidence de la République quand ce dernier avait émis publiquement un curieux avis sur le devoir de réserve des soldats en matière politique. Un homme d’Etat était à l’époque chef de l’Etat et avait ainsi agi en responsabilité et conformément à l’exigence de rester fidèle à nos usages républicains.
Souleymane Kandé, en bon soldat, est réservé et discret. Avant de porter ses étoiles de Général acquises sur les théâtres d’opération, au milieu des coups de feu, il a risqué sa vie en Centrafrique, au Congo, en Côte d’Ivoire, comme il a risqué sa vie au nom de l’intégrité territoriale du Sénégal, à Bamoune-Bilass, à Boussoloum, à Badiong ou à Sikoune. Ce sont ses états de service qui ont fait sa notoriété. Les allusions nauséabondes de certaines personnes ne sont qu’une nouvelle médaille sur une poitrine déjà garnie de distinctions. Souleymane Kandé est un officier digne, un homme d’honneur, un patriote et un républicain. Ceux qui s’en prennent au Général Kandé, avec la lâcheté qui les caractérise et le dégoût qu’ils inspirent, ne renvoient aux Sénégalais que l’expression de leur propre vulgarité. Mais le penseur chrétien Georges Bernanos avait averti : «Les ratés ne vous rateront pas.»
par Thierno Alassane Sall
SOMMES-NOUS ENCORE LE SÉNÉGAL ?
Un discours anti-étrangers prend racine de façon inquiétante au pays, il est attisé par des marchands de la haine. Ce discours est dangereux, et notre devoir est de le stopper avant qu’il ne s’ancre davantage
Un discours anti-étrangers prend racine de façon inquiétante au Sénégal, il est attisé par des marchands de la haine. Ce discours est dangereux, et notre devoir est de le stopper avant qu’il ne s’ancre davantage.
Mieux encore, il nous faut légiférer pour bannir la xénophobie ainsi que toutes les formes de racisme de notre société. La singularité du Sénégal, c’est la Teraanga, cet esprit d’accueil chaleureux et unique qui fait de notre pays une terre chère aux « hôtes et étrangers » qui vivent parmi nous et bien au-delà de nos frontières.
C'est le serment de notre hymne national qui veut rassembler l'Afrique. Le Sénégal a aussi une diaspora dispersée aux quatre coins du monde, qui a tissé des liens forts entre les continents.
Nos « frères et sœurs africains » sont chez eux au Sénégal, tout comme nous le sommes à Treichville, Kinshasa, Labé ou Maputo.
PAR SEYDINA OUMAR SEYE
ALTERNATIVES FACE À DES MESURES D'AUSTÉRITÉ
Les inquiétudes concernant la gestion budgétaire influencent directement les décisions d'investissement (OCDE, 2023). Les bailleurs tels que la Banque africaine de développement (BAD) ont déjà exprimé des préoccupations sur la durabilité de la dette du Sé
Le Sénégal, pays de l'Afrique de l'Ouest, se trouve à un carrefour critique de son développement économique. Récemment, des allégations de manipulation des chiffres concernant le déficit public et la dette ont ébranlé momentanément ( incertitute du moment: internaliser l'information) la confiance dans les institutions économiques du pays. Ce contexte soulève des questions cruciales sur la manière de rassurer les marchés, maintenir un climat d'affaires favorable et renforcer les liens avec les bailleurs de fonds, tout en évaluant le potentiel du pays sous le nouveau régime en place.
Contexte Économique et Manipulation des Chiffres
Situation Actuelle
Selon la BCEAO (Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest), le déficit budgétaire du Sénégal s'élevait à 4,9% du PIB en 2022, alors que les estimations révisées de certains analystes indiquent un taux effectif pouvant atteindre 6,5%. De plus, la dette publique aurait été sous-estimée, atteignant environ 70% du PIB, alors que les données officielles suggèrent un taux de 60%. Ces manipulations soulèvent des préoccupations majeures pour les investisseurs et les partenaires techniques et financiers. Par ailleurs, une situation similaire a été soulignée par les services du nouveau ministre de l'économie.
Exemples Empiriques
La situation s'inspire de cas similaires dans d'autres pays africains ayant subi des ajustements structurels, comme le Ghana, dont la manipulation des chiffres a conduit à des doutes sur la capacité du gouvernement à rembourser sa dette, entraînant une crise de la confiance sur le marché obligataire, in fine, la dégradation de leurs signatures-pays par certaines agences de notations.
Rassurer le Marché et Maintenir le Climat d'Affaires
Pour restaurer la confiance des investisseurs et maintenir un climat d'affaires positif, plusieurs mesures peuvent être envisagées :
1. Transparence et Communication : Il est crucial d'améliorer la transparence des données économiques ( harmonisation entre DPEE et ANSD). Le gouvernement devrait établir un cadre pour la publication régulière de rapports financiers, en collaboration avec des organismes externes comme le FMI ou la Banque mondiale.
2. Engagement avec les Bailleurs de Fonds : Renforcer les dialogues avec les partenaires techniques et financiers, en s'engageant à respecter les recommandations sociales et économiques en phase avec l'approche économie endogène du PROJET. Cela pourrait inclure des réformes structurelles dans la gestion de la dette et des finances publiques.
3. Instauration d’un Cadre Légal : Adopter des lois pour renforcer l'indépendance des institutions financières, garantissant que les chiffres économiques ne peuvent pas être manipulés.
Impact des Inquiétudes sur les Investissements
Les inquiétudes concernant la gestion budgétaire influencent directement les décisions d'investissement (OCDE, 2023). Les bailleurs tels que la Banque africaine de développement (BAD) ont déjà exprimé des préoccupations sur la durabilité de la dette du Sénégal. Une perte de confiance peut conduire à des taux d'intérêt plus élevés, rendant l'emprunt coûteux pour le gouvernement.
Alternatives aux Mesures d'Austérité
Face à la nécessité de stabiliser l'économie, le gouvernement pourrait explorer des alternatives aux mesures d'austérité, qui peuvent souvent plonger l'économie davantage dans une récession :
1. Investissement dans les Secteurs Stratégiques : Le Sénégal dispose d'importantes ressources naturelles, notamment dans les secteurs minier, gazier et pétrolier. Sous le nouveau régime et la direction du Président Diomaye et de son Premier ministre Sonko, un accent pourrait être mis sur l'attraction d'investissements étrangers directs dans ces secteurs.
2. Partenariats Public-Privé (PPP) et la mise en place d'un consortium économique sur secteur privénational : Encourager les PPP pourrait apporter des financements nécessaires pour construire des infrastructures tout en évitant une charge supplémentaire sur le budget public. Au demeurant, inciter à la naissance d'un consortium.
3. Diversification de l'Économie : Augmenter les investissements dans des secteurs comme l'agriculture, le tourisme et la technologie pourrait réduire la dépendance aux ressources naturelles et accroître la résilience de l'économie.
Le PROJET et le Potentiel Économique
Le nouveau référentiel de politique économique appelé *PROJET* vise à moderniser l'économie sénégalaise, en capitalisant sur ses ressources naturelles. Le gouvernement devrait envisager :
- Mise en place de Régulations Adequates : Créer un cadre réglementaire qui encourage la transparence et réduit les risques liés à l'exploitation des ressources.
- Développement Durable : Assurer que les projets dans les domaines minier, gazier et pétrolier répondent à des normes durables pour protéger l'environnement et les communautés locales.
Le Sénégal, bien que confronté à des défis de transparence et de confiance, possède des opportunités considérables à travers son programme PROJET et ses ressources naturelles. En adoptant des pratiques transparentes et en engageant un dialogue ouvert avec les bailleurs de fonds, le pays peut renforcer la confiance des investisseurs et assurer un avenir économique durable. L'enjeu pour le nouveau régime sera de naviguer ces défis tout en maintenant une stabilité politique et économique, créant un environnement propice à la croissance et à l'investissement: la croissance pro pauvre est atteignable.