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4 avril 2025
Politique
DEPUIS SA CELLULE, LA VOIX DU MILITANT PRO-PALESTINIEN MAHMOUD KHALIL
Cet homme arrêté sans mandat présenté le 8 mars dernier sur ordre de l'administration Trump, voit dans son incarcération le symbole d'une répression systémique contre les voix critiques de la politique israélienne
(SenePlus) - Mahmoud Khalil, militant pro-palestinien, a fait parvenir une lettre poignante depuis le centre de détention où il est actuellement incarcéré en Louisiane. Dans ce document daté du 18 mars 2025, il dénonce ce qu'il considère comme une détention politique liée à son militantisme en faveur de la Palestine.
"Je suis un prisonnier politique", affirme d'emblée Khalil, qui décrit les conditions difficiles de sa détention et celle d'autres migrants privés de leurs droits fondamentaux. "Justice escapes the contours of this nation's immigration facilities" (La justice échappe aux contours des centres d'immigration de ce pays), écrit-il avec éloquence.
Selon son témoignage, Khalil a été arrêté le 8 mars dernier par des agents du Département de la Sécurité intérieure (DHS) alors qu'il rentrait d'un dîner avec son épouse. Il affirme que les agents n'ont présenté aucun mandat et l'ont menotté avant de le forcer à monter dans une voiture banalisée. Des images de cette arrestation ont depuis été rendues publiques.
"Avant de comprendre ce qui se passait, des agents m'ont menotté et forcé à entrer dans une voiture banalisée. À ce moment-là, ma seule préoccupation était la sécurité de Noor", explique-t-il, faisant référence à son épouse. Il ajoute avoir été maintenu dans l'ignorance des motifs de son arrestation pendant plusieurs heures et avoir dû dormir sur le sol froid, sans couverture malgré ses demandes.
Mahmoud Khalil établit un lien direct entre son arrestation et son engagement militant : "Mon arrestation était une conséquence directe de l'exercice de mon droit à la liberté d'expression alors que je plaidais pour une Palestine libre et la fin du génocide à Gaza."
Né dans un camp de réfugiés palestiniens en Syrie, Khalil appartient à une famille déplacée depuis la Nakba de 1948. Il compare sa situation actuelle à la pratique israélienne de la détention administrative - l'emprisonnement sans procès ni inculpation - utilisée contre les Palestiniens.
Dans sa lettre, Khalil n'hésite pas à mettre en cause son ancienne université. "Columbia m'a ciblé pour mon activisme, créant un nouveau bureau disciplinaire autoritaire pour contourner la procédure régulière et faire taire les étudiants critiquant Israël", écrit-il, citant notamment les présidents Shafik, Armstrong et le doyen Yarhi-Milo comme ayant "préparé le terrain" pour son arrestation.
Il mentionne également l'expulsion ou la suspension d'au moins 22 étudiants de Columbia, dont certains se seraient vu retirer leur diplôme de licence quelques semaines seulement avant l'obtention de leur diplôme.
Le militant voit dans sa détention "un témoignage de la force du mouvement étudiant dans le changement de l'opinion publique en faveur de la libération palestinienne". Il appelle à une mobilisation collective : "Dans les semaines à venir, étudiants, défenseurs et élus doivent s'unir pour défendre le droit de manifester pour la Palestine. Ce ne sont pas seulement nos voix qui sont en jeu, mais les libertés civiles fondamentales de tous."
Khalil, qui attend la naissance de son premier enfant, conclut sa lettre par un souhait personnel : "En sachant pleinement que ce moment transcende ma situation individuelle, j'espère néanmoins être libre pour assister à la naissance de mon premier enfant."
SONKO ATTENDU À KOUMPENTOUM VENDREDI
Le Premier ministre va présider le lancement officiel du Programme d’appui aux acteurs de l’économie sociale et solidaire (PROGRESS) et des coopératives productives solidaires (CPS).
Tambacounda, 20 mars (APS) – Le Premier ministre, Ousmane Sonko, est attendu vendredi à Koumpentoum, un département de la région de Tambacounda (est), où il va présider le lancement officiel du Programme d’appui aux acteurs de l’économie sociale et solidaire (PROGRESS) et des coopératives productives solidaires (CPS).
Le PROGRESS correspond à la phase pilote du Programme de développement de l’Économie sociale et solidaire (ESS) pour la création de richesses immédiates (PRECOSOL).
Il a pour mission de promouvoir et de renforcer la durabilité des initiatives locales pour un développement économique harmonieux des terroirs, en s’appuyant sur les coopératives productives solidaires (CPS).
Le PROGRESS vise une meilleure efficience des mécanismes d’accompagnement technique et financier de l’Etat aux citoyens dans leurs activités économiques qui ont un impact social et environnemental avéré.
LES NOUVELLES ORIENTATIONS DU PRÉSIDENT POUR LA MODERNISATION DU SYSTÈME DE RETRAITE
Conscient des enjeux liés à la protection sociale et à la valorisation du travail, le Président de la République a demandé au Gouvernement de faire de la modernisation du système de retraite et de sécurité sociale une priorité.
Conscient des enjeux liés à la protection sociale et à la valorisation du travail, le Président de la République a demandé au Gouvernement de faire de la modernisation du système de retraite et de sécurité sociale une priorité. Face à l’évolution démographique et à l’allongement de l’espérance de vie, il a souligné l’importance d’anticiper et d’adapter la gestion financière des dépenses sanitaires et sociales, notamment celles liées à la retraite et à la sécurité sociale.
Dans cette optique, le Chef de l’État a instruit le ministre en charge du Travail et de l’Emploi de finaliser, en concertation avec les partenaires sociaux, le projet de Code unique de Sécurité sociale. Ce texte législatif devra contribuer à l’amélioration de la gouvernance des institutions de prévoyance sociale, en particulier : l’Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal (IPRES), la Caisse de Sécurité sociale (CSS), les Institutions de Prévoyance Maladie (IPM)
Par ailleurs, le Président a également insisté sur la nécessité de maîtriser les dépenses de santé des agents de l’État et de garantir la viabilité financière de la Couverture Sanitaire Universelle. Il a exhorté le ministre des Finances et du Budget à accorder une attention particulière à l’équilibre durable du Fonds national de Retraite (FNR), un enjeu clé pour assurer la pérennité du système.
À cet effet, le Chef de l’État a demandé aux ministres concernés de dresser un état des lieux précis du système de retraite (FNR et IPRES) et de proposer des solutions adaptées aux dynamiques du marché du travail à court, moyen et long terme. Ce rapport devra être finalisé avant fin juillet 2025 afin d’orienter les réformes nécessaires et d’assurer une gestion plus efficiente et pérenne du système de retraite et de sécurité sociale.
Ces mesures visent à renforcer la protection sociale des travailleurs, à garantir la durabilité du système et à répondre aux défis économiques et démographiques du pays.
PASTEF S’ISOLE
L'alliance improbable entre la société civile, les adversaires politiques et même certains sympathisants du régime autour de l'exigence d'abrogation totale de la loi d'amnistie place Sonko dans une position délicate à la veille de l'examen parlementaire
Alors que le passage de la proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie en commission technique de l’Assemblée nationale est prévu demain, vendredi 21 mars, le gouvernement se retrouve de plus en plus isolé. En effet, de nombreuses voix s’élèvent de pour dénoncer cette approche choisie par le régime en place, préférant une relecture partielle à une suppression pure et simple de la loi.
En optant pour une relecture de la loi d’amnistie au lieu de son abrogation complète, le régime Pastef estil en train de s’éloigner de sa position radicale contre cette loi, imposée à l’époque par l’ancien chef de l’État, Macky Sall mais qui avait permis à des centaines de jeunes sympathisants ainsi qu’à plusieurs responsables de Pastef, dont l’actuel président de la République et son Premier ministre, de passer de la prison aux commandes de l’État ? La question mérite d’être posée. En effet, le 26 février dernier, le bureau de l’Assemblée nationale, dans un arbitrage très controversé, a rejeté une proposition de loi du député non-inscrit Thierno Alassane Sall visant à abroger la loi d’amnistie. Cette abrogation était pourtant conforme au programme législatif de la coalition « Senegaal Kese », qu’il dirigeait lors des dernières législatives. Le rejet a été justifié par un « non-respect des exigences constitutionnelles en matière budgétaire ». Parallèlement, cet organe dirigeant de l’Assemblée nationale a jugé recevable la proposition de loi déposée par Amadou Ba, député du groupe majoritaire Pastef. Cette proposition se mue à une loi interprétative de l’amnistie, consistant en une abrogation partielle et une révision de certains articles de cette loi controversée.
Il faut dire que cette nouvelle donne tranche avec la position officielle, plusieurs fois affirmée et réaffirmée par le leader du parti au pouvoir, Ousmane Sonko. Devant la représentation nationale, le 27 décembre 2024 lors de son discours de politique générale, Ousmane Sonko avait annoncé que son gouvernement va élaborer un projet de loi portant abrogation de la loi d’amnistie votée le 6 mars 2024. « En plus de l’inscription budgétaire de crédits destinés aux victimes, il sera proposé à votre auguste Assemblée dans les semaines à venir un projet de loi rapportant la loi d’amnistie votée le 6 mars 2024 pour que toute la lumière soit faite et les responsabilités établies de quelque bord qu’elles se situent », avaitil indiqué avant de préciser dans la foulée au sujet de cette abrogation qu’«il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, encore moins de vengeance » mais plutôt de « justice, pilier sans lequel aucune paix sociale ne peut être bâtie. » A travers ces propos, le chef du gouvernement et leader du parti Pastef a ainsi réitéré sa position vis-vis de cette loi d’amnistie, plusieurs fois affirmée, notamment lors de la campagne électorale des législatives anticipées du 17 novembre dernier. « Utiliser les moyens de l’Etat pour comploter, tirer, tuer des manifestants désarmés, on ne peut pas l’effacer comme si ça n’avait jamais existé. (…) Une loi d’amnistie qui crée l’impunité pour des assassins, on ne l’accepte pas !», avait-il lancé lors de son meeting à Ziguinchor en rappelant qu’il avait refusé de soutenir cette loi quand il était en prison.
Société civile et acteurs politiques vent debout
Aujourd’hui, en optant pour une initiative parlementaire en lieu et place de celle gouvernementale pour interpréter ou abroger partiellement cette controversée loi d’amnistie, le régime Pastef s’isole davantage. En effet, alors qu’une réunion de la commission technique de l’Assemblée nationale portant sur une analyse approfondie de cette proposition de loi interprétative est annoncée pour le 21 mars avant la tenue d’une plénière le 2 avril, des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer ce changement d’option du régime en place. Dans une déclaration rendue publique le 7 mars dernier, Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal est monté au créneau pour rappeler aux tenants actuels du pouvoir, leurs engagements vis-à-vis de cette loi. « Pendant la campagne électorale pour les élections législatives anticipées de novembre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a promis d’abroger la loi d’amnistie pour rendre justice aux victimes des manifestations entre 2021-2024. Le 17 novembre 2024, la liste parlementaire dirigée par M. Sonko a remporté les élections législatives avec une marge importante. Les autorités sénégalaises doivent abroger la loi d’amnistie et rendre justice à toutes les victimes des violations des droits humains commises lors de manifestations ».
En conférence de presse ce mardi 18 mars, le mouvement "Y’en a marre" s’est également démarqué de cette proposition de la majorité en réclamant purement et simplement l’abrogation totale de la loi d’amnistie. Estimant que cette proposition est inopportune et en décalage avec les engagements du nouveau régime, Alioune Sané et ses camarades ont soutenu que « cette loi est plus dangereuse que le projet de réforme constitutionnelle instaurant un « quart bloquant » avec un seuil minimum de 25 % des voix pour élire un ticket présidentiel du président sénégalais Abdoulaye Wade en 2011 et qui était à l’origine des manifestations du 23 juin ». S’exprimant également sur cette proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie, Alioune Souaré, ancien député et spécialiste du droit parlementaire s’est démarqué en martelant dans un texte partagé sur son profil Facebook que « le concept de la loi interprétative est juridiquement incompatible avec l'abrogation partielle ou totale ! »
Au-delà des personnalités de la société civile, certains acteurs politiques élèvent également la voix contre cette proposition de loi. C’est le cas de Doudou Wade, membre du comité directeur du Pds et ancien président du groupe parlementaire Libéral et Démocratique (Parti démocratique sénégalais). Dans une publication sur ses plateformes numérique le 14 mars dernier, l’ancien chef de file de la majorité parlementaire libérale dénonce une « Loi interprétative dissimulatrice et protectrice des auteurs organisateurs et complices des événements 2021/24 ». Abondant dans le même sens, l’ancien Premier ministre et leader de l'Alliance pour la Citoyenneté et le Travail (ACT), Abdoul Mbaye n’est pas allé par quatre chemins. « Quand on annonce être contre une loi on l’abroge dès qu’on en a le pouvoir. La maintenir en facilitant son interprétation cela signifie que l’on y tient. Abrogez donc la loi d’amnistie de 2024 et votez-en une autre prenant en compte vos nouveaux objectifs. Et ce sera plus clair pour tout le monde. Et ne pas oublier de se faire conseiller pour la nouvelle loi par la Cour Suprême et le Conseil constitutionnel, bref par de vrais sachants des grands principes du droit et de la justice. »
Dans un communiqué rendu public ce mardi 18 mars, l’ancien parti au pouvoir, l’Alliance Pour la République (APR) qui a toujours défendu le bienfondé de cette loi est monté au créneau à travers son Secrétariat exécutif national (Sen) pour non seulement dénoncer la manipulation politique mais aussi exiger l’abrogation pure et simple de la loi. A plusieurs reprises, le président de la République, son chef, le Premier ministre et les membres du gouvernement ont promis l’abrogation pure et simple de la loi d’amnistie en cas de majorité parlementaire. Mais comme, il fallait s’y attendre, ces gens, qui n’ont tenu aucune promesse, et qui sont dans le reniement permanent, reviennent sur leur engagement pris devant le Peuple sénégalais d’abroger la loi d’amnistie ».
Il faut dire qu’au regard de la plupart des réactions, le régime en place est parti pour être seul contre tous, sur cette question de révision de la loi d’amnistie. Une véritable patate chaude !
VERS UNE RÉFORME DES RETRAITES
Dans le cadre de la modernisation du système de retraite et de sécurité sociale, le président de la République a insisté sur la nécessité d’améliorer les pensions les plus faibles afin de renforcer le pouvoir d’achat des retraités.
Dans le cadre de la modernisation du système de retraite et de sécurité sociale, le Président de la République a insisté sur la nécessité d’examiner les possibilités de revalorisation des pensions de retraite les plus faibles. Conscient des difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux retraités, il a appelé à des mesures concrètes pour améliorer leur pouvoir d’achat et renforcer leur protection sociale.
En outre, le Chef de l’État a exhorté le Gouvernement à engager un dialogue avec les agents de l’État, les travailleurs et les partenaires sociaux afin de promouvoir la mise en place accélérée de retraites supplémentaires par capitalisation. Cette approche vise à garantir aux futurs retraités des revenus complémentaires, en plus des pensions servies par les régimes de base actuels.
Pour assurer la réussite de ces réformes, le Président a demandé aux ministères compétents d’étudier les mécanismes les plus adaptés à la réalité économique du pays, en tenant compte des capacités contributives des travailleurs et des entreprises.
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LA POLÉMIQUE MOUSTAPHA SARRÉ
En affirmant que Moustapha Ba a été "tué dans des conditions troubles", le porte-parole du gouvernement a franchi une ligne rouge que sa clarification ultérieure peine à effacer. Pendant ce temps, l'enquête pour "mort non naturelle" suit son cours
Lors d'une intervention qui circule largement sur les réseaux sociaux, Moustapha Sarré, porte-parole du gouvernement, a tenu certains propos, suscitant de vives réactions. "Il a été tué dans des conditions troubles", avait-il affirmé en parlant de l'ancien ministre des Finances et du Budget, Mamadou Moustapha Ba. Le ministre a ajouté que "plusieurs jours" se seraient écoulés avant que des informations sur les circonstances du décès ne soient rendues publiques, soulevant selon lui des questions légitimes sur ce qui s'est réellement passé.
Ces déclarations prennent une dimension particulière dans la mesure où la mort de l'ancien argentier national survenue en France en novembre dernier, fait actuellement l'objet d'une enquête judiciaire. Le procureur de la République avait d'ailleurs justifié l'ouverture de cette procédure en évoquant explicitement une "mort non naturelle"
Face à l'ampleur prise par la controverse, Moustapha Sarré a tenu à clarifier sa position dans une publication sur sa page Facebook ce mercredi 19 mars 2025. Le ministre y affirme que ses propos ont été sortis de leur contexte et manipulés pour créer une polémique stérile.
"Quand on manque d'arguments, on fabrique des polémiques," écrit-il, ajoutant que "les champions du maquillage des chiffres et de la diversion tentent aujourd'hui d'exister autrement qu'en assumant leur bilan."
Il précise surtout que, "comme tout citoyen", il a simplement exercé son "droit de s'interroger sur des faits marquants de notre actualité, sans pour autant faire d'affirmations".
Cette controverse s'inscrit dans un climat politique particulièrement tendu au Sénégal, où le nouveau régime procède à l'examen minutieux de la gestion de l'administration précédente.
"Pendant qu'ils polémiquent, nous avançons, déterminés à bâtir un Sénégal nouveau, sur la base de la vérité, de la rigueur et du développement pour tous", le porte-parole du gouvernement dans sa publication.
LE COMMUNIQUÉ DU CONSEIL DES MINISTRES DU MERCREDI 19 MARS 2025
Le chef de l'Etat a souligné la nécessité d’examiner les possibilités de revalorisation des pensions de retraite les plus faibles et d’engager avec les agents de l’Etat, les travailleurs et les partenaires sociaux.
Le Chef de l’Etat, Son Excellence, Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye a présidé, ce mercredi 19 mars 2025, la réunion hebdomadaire du Conseil des Ministres, au Palais de la République.
A l’entame de sa communication, le Chef de l’Etat a évoqué les visites de courtoisie et de présentation de condoléances qu’il a effectuées à Touba et à Darou Mouhty, le samedi 15 mars 2025. Il a adressé ses remerciements au Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké et à l’ensemble des chefs religieux rencontrés, pour leur accueil chaleureux, la qualité des échanges et les prières formulées pour un Sénégal de paix, de prospérité et de solidarité.
Le Président de la République a abordé la problématique de l’audit des chantiers et travaux inachevés et du changement de paradigme dans le pilotage de la réalisation optimale des infrastructures publiques. En effet, il est constaté, depuis plusieurs années, un nombre important de chantiers inachevés dans plusieurs localités du Sénégal. C’est le cas dans les secteurs de l’enseignement supérieur, de l’éducation, de la formation professionnelle et technique, de la santé, de l’énergie, de l’assainissement, des routes et des sports.
Aussi, a-t-il demandé au Premier Ministre de faire procéder dans chaque ministère, au recensement exhaustif des projets de construction inachevés et de proposer les voies et moyens de restructuration et de relance desdits chantiers, dans le respect du code des marchés publics et des procédures du ressort de l’Agence judiciaire de l’Etat.
Il a également souligné l’urgence de faire le point sur les projets relevant du PUDC, de PROMOVILLES, du PNDL et du PUMA, différents programmes dont la mutualisation des interventions participe du renforcement de l’efficacité de la territorialisation des politiques publiques.
Le Chef de l’Etat a, en outre, demandé au Premier Ministre d’examiner les possibilités de repositionnement institutionnel de l’Agence de Construction des Bâtiments et Edifices publics (ACBEP) dans le pilotage de la réalisation de certaines infrastructures publiques de base avec des coûts plafonds homologués et un mode de financement pluriannuel budgétaire maitrisé.
Dans le même sillage, il a indiqué au Premier Ministre, au Ministre des Finances et du Budget et au Ministre en charge des Collectivités territoriales, la nécessité de définir avec les partenaires techniques et financiers de l’Etat, un nouveau format d’intervention de l’Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt public contre le sous-emploi (AGETIP) et de l’Agence de Développement municipal (ADM) en cohérence avec le cadrage budgétaire, les principes directeurs de l’Agenda national de Transformation et les stratégies de promotion de l’emploi des jeunes. Dès lors, il a relevé la nécessité de faire la situation exhaustive de tous les projets sectoriels développés ou placés sous la maitrise d’ouvrage déléguée de l’AGETIP et de l’ADM et de veiller à la synergie d’actions de ces deux entités publiques aux statuts particuliers.
Par ailleurs, le Président de la République a invité le Ministre des Finances et du Budget et le Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires à engager la réflexion, avec toutes les parties prenantes, sur un nouveau modèle de consolidation des financements disponibles en vue de la réalisation de projets publics prioritaires dans chaque pôle-territoire identifié.
Soulignant la priorité accordée à l’emploi des jeunes, le Chef de l’Etat a rappelé au Gouvernement que la jeunesse de la population doit inciter l’Etat et les acteurs économiques et sociaux à travailler ensemble pour promouvoir l’entreprenariat et l’insertion des jeunes demandeurs d’emploi sur l’étendue du territoire national. Il a demandé au Premier Ministre et au Ministre en charge de l’Emploi d’accélérer la finalisation, avant fin avril 2025, du document portant « Nouvelle Politique nationale de l’Emploi ». Il a souligné l’impératif d’asseoir un système d’information gouvernemental performant et fiable sur le marché du travail en cohérence avec les bases de données des diplômés de la formation professionnelle et technique dans les centres et les Instituts supérieurs d’Enseignement professionnel (ISEP)
notamment.
Le Président de la République a invité le Premier Ministre à accélérer l’harmonisation des interventions et la mutualisation des ressources de toutes les structures publiques de promotion de l’entreprenariat et de l’emploi des jeunes.
Abordant la question de la modernisation du système de retraite et de sécurité sociale, le Chef de l’Etat a demandé au Gouvernement de placer cette problématique au cœur de la valorisation du travail et de la politique de protection sociale de l’Etat. Aujourd’hui, la structure de la population sénégalaise et l’allongement progressif de l’espérance de vie appellent une anticipation dans la gestion financière des dépenses sanitaires et sociales notamment celles liées à la retraite et à la sécurité sociale. Il a demandé au Ministre en charge du Travail et de l’Emploi, de finaliser, en relation avec les partenaires sociaux, le projet de Code unique de Sécurité sociale, texte de loi devant contribuer à améliorer significativement la gouvernance des institutions de prévoyance sociale [Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal (IPRES), Caisse de Sécurité sociale (CSS) et Institution de Prévoyance Maladie (IPM)].
Dans le même élan, le Président de la République a invité le Ministre des Finances et du Budget à attacher une importance particulière à la maitrise des dépenses de santé des agents de l’Etat, à la viabilité financière de la Couverture sanitaire Universelle et surtout à l’équilibre systématique et durable du Fonds national de Retraite (FNR). A cet effet, il a invité le Ministre des Finances et du Budget et le Ministre en charge du Travail à faire le point, avant fin juillet 2025, sur la situation financière du système de retraites (FNR et IPRES) et ses perspectives d’évolution, au regard des dynamiques du marché du travail à court, moyen et long terme.
Enfin, il a souligné la nécessité d’examiner les possibilités de revalorisation des pensions de retraite les plus faibles et d’engager avec les agents de l’Etat, les travailleurs et
les partenaires sociaux, un processus d’incitation à la mise en place accélérée de retraites supplémentaires par capitalisation.
Dans sa communication, le Premier Ministre a souligné les préoccupations récurrentes des producteurs agricoles relativement aux difficultés d’écoulement des récoltes de certains produits, notamment arachidiers, horticoles et de maïs, du fait principalement de dysfonctionnements notés dans les circuits de commercialisation.
À cet égard, il a noté l’exigence de garantir le fonctionnement adéquat de toutes les composantes des filières agricoles, y compris l’intervention des intermédiaires financiers, au regard de l’objectif de souveraineté alimentaire de l’Agenda Vision Sénégal 2050. Face à cette situation, et en perspective des fêtes de Korité et de Pâques, avec les charges encourues par les ménages, il a invité les Ministres en charge de l’Agriculture, des Finances et du Commerce, à lui soumettre, en vue de l’approbation par le Président de la République, les mesures urgentes à déployer, au plus tard le lundi 24 mars 2025, pour trouver une solution à la situation des stocks en souffrance de la production notamment arachidière, horticole et de maïs. De manière plus structurelle, il a demandé aux Ministres susvisés de mettre en place, au plus tard à mi-avril 2025, un cadre de concertation interministériel consacré à la problématique de la commercialisation des produits agricoles de façon plus globale.
Abordant le deuxième point de sa communication, le Premier Ministre a rappelé que l’option fondamentale du Gouvernement pour la transformation systémique du Sénégal requiert le renforcement de la culture de la performance dans l’Administration publique aussi bien à l’échelle de chaque entité des secteurs publics et parapublics qu’à celle des agents de ces entités. Il a noté les avancées induites, au niveau réglementaire, par la transposition par le Sénégal du cadre harmonisé des finances publiques de l’UEMOA, notamment l’institution de la gestion axée sur les résultats.
Toutefois, le Premier Ministre a déploré l’inefficacité du dispositif du fait de la faible adhésion des acteurs clés, du retard accusé dans la mise en place de ce dispositif dans son volet suivi-évaluation mais, surtout, de l’absence de solides règles établies en matière de fixation d’objectifs individuels annuels aux agents et d’évaluation de leurs performances. Cette situation explique l’impossibilité de différencier les performances individuelles des agents. Par conséquent, le Premier Ministre a demandé au Ministre chargé de la Fonction publique, en relation avec le Ministre chargé des Finances et le Ministre, Secrétaire général du Gouvernement, d’accorder une priorité absolue à la problématique de l’évaluation de la performance individuelle des agents dans la feuille de route 2025 du Plan d’action 2025-2029 de l’Agenda Vision Sénégal 2050.
Enfin, le Premier Ministre a relevé la nécessité de se pencher sur le non-respect de l’obligation de ravalement des façades des bâtiments publics et privés. À cet effet, il a
demandé au Ministre en charge de l’Urbanisme de lui proposer des mesures sur cette problématique conformément à la réglementation en vigueur.
AU TITRE DES COMMUNICATIONS DES MINISTRES :
le Ministre de l’Industrie et du Commerce a fait une communication sur l’approvisionnement du marché en denrées de première nécessité ;
le Ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage a fait le point sur la campagne de commercialisation de l’arachide et le suivi de la campagne
horticole.
Le Ministre de la Formation professionnelle et technique,
Porte-Parole du Gouvernement
Amadou Moustapha Njekk Sarré
LA SENELEC FREINÉE À BRAZZAVILLE
L'énergéticien sénégalais, qui avait devancé des concurrents internationaux de renom comme Hydro Operation International ou PowerCom, voit sa première grande percée en Afrique centrale compromise par des considérations de politique intérieure congolaise
(SenePlus) - La Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) vient de voir son expansion internationale brutalement freinée au Congo-Brazzaville. L'énergéticien sénégalais, qui avait remporté un important contrat d'affermage pour la distribution et la commercialisation d'électricité dans ce pays d'Afrique centrale, se retrouve au cœur d'une controverse diplomatico-syndicale.
La Senelec avait réussi un tour de force en s'imposant face à plusieurs concurrents internationaux de renom. Comme le rapporte Jeune Afrique, l'entreprise sénégalaise avait devancé "le Suisse Hydro Operation International, le Chinois Inhemeter, l'Israélien PowerCom ou encore le Libanais Mrad Company for Trade, Industry and Contracting" lors d'un appel d'offres international lancé en mai dernier.
Ce succès, qui marquait une étape cruciale dans la stratégie d'expansion régionale de la Senelec, n'aura été que de courte durée. Selon les informations publiées par l'hebdomadaire panafricain, le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso a ordonné la suspension du contrat à peine deux semaines après sa signature, cédant aux pressions des syndicats d'Énergie électrique du Congo (E2C).
Le directeur général de la Senelec, Pape Toby Gaye, a reçu une notification officielle du ministre congolais de l'Énergie et de l'Hydraulique, Émile Ouosso, l'informant de cette décision prise "en vue d'optimiser la gestion des relations sociales au sein de la société Énergie électrique du Congo dans un contexte caractérisé par une contestation syndicale".
L'entreprise sénégalaise se retrouve ainsi prise en étau dans un conflit social dont elle n'est pas responsable. D'après JA, une source proche du gouvernement congolais affirme que "le processus de sélection s'est pourtant passé dans la transparence la plus totale" et suggère que "ce qui pose visiblement problème, c'est qu'il s'agit d'une société étrangère".
La Senelec avait pourtant été sélectionnée pour son expertise et ses compétences, conformément aux critères énoncés par le ministre Ouosso lui-même. Interrogé par Jeune Afrique en juin dernier, il avait déclaré : "Le délégataire n'apportera aucun franc. Nous le choisirons en fonction de sa compétence et de son expertise dans le secteur".
Le contrat s'inscrivait dans le cadre d'un ambitieux programme de modernisation du secteur électrique congolais, soutenu par "un accord de prêt de 100 millions de dollars accordé par la Banque mondiale", précise le magazine.
L'espoir n'est pas totalement perdu pour la Senelec. Selon Olivier Mazaba Ntondele, coordonnateur du Projet d'amélioration des services d'électricité (PASEL) et responsable au sein de l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel), cité par le magazine, "le contrat restera suspendu mais il n'est pas résilié".
Le gouvernement congolais a mis en place une commission technique interministérielle chargée de vérifier les conditions de conclusion de l'accord. Les conclusions de cette commission seront déterminantes pour l'avenir de la présence de la Senelec au Congo.
Cette suspension représente néanmoins un coup dur pour l'entreprise sénégalaise qui voyait dans ce contrat une opportunité d'affirmer son expertise au-delà des frontières de l'Afrique de l'Ouest. La Senelec devra patienter avant de savoir si elle pourra finalement apporter son savoir-faire à un secteur électrique congolais en grande difficulté, caractérisé par "d'importantes pertes commerciales qui s'élèvent à plus de 41% en 2023", selon les chiffres rapportés par Jeune Afrique.
PAR Ousseynou Nar GUEYE
TRADUIRE EN ACTES LE NOUVEAU PARADIGME ÉTATIQUE DE PATRIOTISME ÉCONOMIQUE
La récente audience accordée par le ministre Yankhoba Diémé au géant chinois CSCE, qui souhaite "élargir ses réalisations" dans le pays, contraste douloureusement avec les promesses de contenu local faites aux entrepreneurs nationaux du bâtiment
La semaine dernière, à la fin de cette première quinzaine de mars, le magazine panafricain négropolitain «Jeune Afrique», auquel j’ai l’heur de collaborer en qualité d’auteur indépendant de tribunes depuis sept ans, publie un article économique au titre passablement alarmiste (mais, à juste… titre !), sous la plume du journaliste Bilal Mousjid : Pourquoi le Btp a le moral en berne au Sénégal.
En chapeau de cet article fouillé : «Impayés, arrêt des chantiers dans certaines zones, notamment sur le littoral de Dakar, conditions d’octroi des marchés publics… Le secteur du Btp sénégalais peine à sortir la tête de l’eau malgré la forte demande de logements et les nombreux projets d’infrastructures dans le pays.»
Dans cet article de Jeune Afrique, une voix autorisée, l’entrepreneur de second-œuvre de bâtiment Oumar Ndir, élu depuis septembre dernier président du Spebtps, le syndicat patronal du Btp affilié au Conseil National du Patronat Sénégalais, y analyse notamment que «la dette intérieure (Ndlr : estimée à 300 milliards de F Cfa) s’est aggravée depuis 2023, mettant en péril la capacité des entreprises à honorer leurs engagements financiers et sociaux, (compromettant) leur capacité d’investissement, freinant l’embauche et fragilisant l’ensemble de l’écosystème économique.(…) Plus de 10 000 emplois ont été perdus et 20 000 emplois ont été suspendus».
Diantre ! Ceci, pour un secteur stratégique, le Btp, représentant près de 30% des investissements publics de l’Etat sénégalais, plus de 4% du Pib du pays et plus de 200 000 emplois directs.
A cet égard, dans une rencontre récente avec les représentants du Btp sénégalais, en ce mois de mars toujours, le ministre Yankhoba Diémé (portefeuille des Infrastructures et des transports terrestres et aériens) a tôt fait de les rassurer de ce que «leurs «préoccupations en termes forts» ont bien été enregistrées : paiement de la dette intérieure, préférence nationale, contenu local, souveraineté économique […]».
Sans toutefois que ce représentant du gouvernement ne promette de mesures précises.
Or, ne voilà-t-il pas que cette semaine en cours débute, par une information, sur le constructeur chinois Csce (China Construction Engineering Company), reçu par le même ministre Diémé. Csce, considérée comme l’une des quatre plus grandes sociétés chinoises de construction, a, à son actif, la réhabilitation de quatre stades au Sénégal dont trois déjà livrés, et le quatrième (le Stade Léopold Sédar Senghor) qui le sera en avril prochain. Csce, à la suite de cette audience ministérielle, comme dans une audience précédente avec le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, déclare par communiqué, «vouloir poursuivre et élargir ses réalisations au Sénégal. (…), à commencer par l’élargissement de la route Kaolack-Tambacounda (280 km) et l’extension de l’Aibd».
L’auteur de ces lignes s’est entretenu à ce sujet avec des acteurs nationaux du secteur de la construction et les a interrogés, et tous considèrent qu’il y a là comme un problème de… dissonance cognitive. Le ministre Diémé, s’il est déjà riche d’une longue et fructueuse carrière politique au sein de Pastef, est également un ancien employé de banque. Ce qui présume plutôt favorablement de sa capacité de compréhension des attentes des acteurs économiques nationaux. Ces acteurs ne réclament pas moins que des mesures politiques fortes soient prises au sommet de l’Etat pour encadrer et réguler «la concurrence étrangère».
Leurs arguments pour expliquer, justifier et défendre cela, peuvent s’entendre. Cette concurrence étrangère a eu la part du lion depuis 25 ans. Tant qu’il s’est agi de grands travaux effectués sur financement par des dons de pays bailleurs, il a pu se comprendre que lesdits pays «exigent» que la commande des travaux et des intrants soit faite auprès des entrepreneurs de leurs pays respectifs. Toutefois, depuis quinze années au moins, les grands travaux structurants dans le Btp ont été effectués avec des financements sous forme d’emprunts lourds de l’Etat sénégalais (pour la construction de l’Aibd, de routes nationales et de ponts dans l’Hinterland, d’autoroutes à péage, de barrages hydro-électriques…). Des emprunts à rembourser par nos compatriotes contemporains et par les générations futures. «Qui paie, commande.» Cela ne se justifie donc pas - (ou plus !) - que la commande publique n’aille pas prioritairement aux opérateurs sénégalais du Btp, qui «ont beaucoup souffert d’être écartés systématiquement» des grands travaux durant les deux mandats du président Macky Sall, au profit d’entreprises du Btp étrangères : turques indiennes, chinoises…
L’espoir est revenu. Aussi, nos constructeurs nationaux n’ont de cesse de s’étonner du fait qu’à l’heure de la souveraineté économique et du patriotisme économique fortement proclamés par nos nouveaux dirigeants, on entende encore des entreprises étrangères du Btp réclamer la plus grosse part des marchés publics et vouloir ne leur laisser que la portion congrue. A une ère où les Usa se ferment aux biens manufacturiers étrangers, où la Chine n’ouvre ses frontières à aucun acteur économique grand ou moyen… : apprenons des leaders économiques de ce monde !
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que donner un franc Cfa à une société à capitaux majoritairement étrangers et à personnels fortement composés d’expatriés (pesant le plus lourd dans la masse salariale de ces sociétés), c’est… «exporter nos emplois». Au nom de quoi ? Peut-être pour «faire faire rapidement» et «inaugurer tout aussi rapidement» ? Sous pression des bailleurs multilatéraux ? Sous pression (fictive !) de l’opinion publique nationale ? Il serait malvenu, en tous les cas, que l’on persiste en haut lieu à privilégier des entrepreneurs étrangers.
Et c’est là le lieu de souligner que ce n’est pourtant pas l’expertise nationale qui manque. Il y a des champions nationaux du Btp, et il faut œuvrer à faire émerger plus de champions nationaux encore. Toute autre vison est du court-termisme. Inspirons-nous donc, en cela, de pays africains géographiquement et socio-culturellement proches, comme le Maroc ! Le Maroc a su faire émerger ses champions nationaux du Btp, et même dans d’autres filières, comme la fabrication d’automobiles et la construction ferroviaire.
Nos rares (trois ?) champions nationaux du Btp que sont la Cse, la Cde et Eiffage ont une expertise reconnue, non seulement au Sénégal, mais aussi dans la sous-région ouest-africaine, et jusque dans la Cemac francophone d’Afrique centrale. Ce trio est aussi la locomotive de plusieurs entreprises sénégalaises de second-œuvre de bâtiment auxquelles elles sous-traitent avec réussite les travaux d’électricité, d’étanchéité, de climatisation, d’ascenseurs, etc. Il y a là tout un écosystème sénégalais du Btp, du secteur national de la construction et du second-œuvre de bâtiment, à préserver et à promouvoir. Ici et en dehors de nos proches frontières, au sein des espaces économiques dont nous sommes membres et dans lesquels les entreprises sénégalaises ont vocation naturelle à se mouvoir, y compris comme leaders (Uemoa, Cedeao, Omvs, Omvg, et pourquoi pas, Zlecaf…).
Dans la haute Administration sénégalaise, il y a des technocrates à hautes responsabilités qui en sont d’accord, conseillent en ce sens et pensent que «les choses doivent et vont changer» : en effet, contre toute logique développementale, il n’est pas possible que nos nouvelles autorités emboîtent le pas des «douze années bétonnières» de Macky Sall ; qu’elles semblent persister à faire peu de cas du Btp sénégalais et fassent systématiquement recours aux entreprises à capitaux étrangers et à implantation extravertie, pour la réalisation de nos grands travaux. Ce serait un paradoxe difficile, voire impossible à défendre, pour et par un régime politique qui se targue d’être patriote, y compris en matière d’investissements publics.
Dans le nouvel Etat pétrolier et gazier qu’est le Sénégal, de forts engagements étatiques ont été pris avant lui, puis réaffirmés par le président Diomaye, en faveur d’une politique de «contenu local», à hauteur de 70% des dépenses effectuées dans les filières gazière et pétrolière ; 70% de ces dépenses devant être effectuées auprès d’entrepreneurs nationaux. Eh bien, faisons-en autant pour des chaînes de valeur plus traditionnelles, mais tout aussi structurantes : et le Btp est, sans conteste, un de ces secteurs stratégiques.
Et le Btp sénégalais prouve le mouvement en marchant («to walk the talk») : ses deux syndicats patronaux les plus en vue se sont engagés pour la mise en place d’un consortium, réunissant aussi les promoteurs immobiliers et les banques, pour construire 300 000 des 500 000 logements sociaux dont a besoin l’Etat sénégalais sur les dix prochaines années, en en respectant la territorialisation spatiale prévue.
Il n’est pire (Etat) sourd que celui qui ne veut entendre ? Mais, encore faut-il que les principaux «dépositaires d’enjeux» (pour tenter une traduction personnelle de l’anglais «stakeholders») parlent à haute et intelligible voix à cet Etat (sénégalais). Et ne cessent de lui murmurer à l’oreille. Nous en prenons de plus en plus le chemin. Désormais, il apparait que notre Btp entend faire savoir qu’il refuse -(et aidons-les à la réfuter)- la «fausse vérité tacite» selon laquelle «donner du travail aux entreprises nationales n’est pas une priorité». Eh bien si, c’est même une surpriorité. Ces entreprises nationales redistribuent localement de la richesse et empêchent les gens de prendre les pirogues.
Il y a là comme un nouvel état d’esprit, la forte émergence et l’enracinement d’une mentalité de conquérants, des préalables qui font les champions économiques nationaux. En effet, on n’avait pas souvenance d’une forte activité de plaidoyer public des syndicats patronaux du Btp, depuis plusieurs années. Qu’ils le fassent aujourd’hui, et ce depuis plusieurs mois, cela est plutôt une bonne nouvelle. Bien nommer quelque chose, c’est déjà le réaliser à moitié.
Ousseynou Nar Gueye est Associé-Gérant d'Axes & Cibles Com
Les récentes rencontres entre les cadres des deux formations politiques marquent un tournant dans les relations entre les deux formations, distantes depuis l'accession au pouvoir d'Ousmane Sonko
Les hauts responsables du Parti de l’unité et du rassemblement (Pur) et ceux du Pastef se sont rencontrés. Une rencontre qui laisse apparaître des signes de rapprochements entre les deux formations politiques autrefois alliés et fondateurs de la très réussie coalition électorale Yewwi askan Wi.
Une rencontre. Puis des images postées sur les réseaux sociaux. D’abord celles entre le guide politico-religieux et leader du Pur, Serigne Moustapha Sy et le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, Secrétaire national à la communication du Pastef. La rencontre s’est tenue, le mardi 18 mars 2025, au domicile de Serigne Moustapha Sy. C’est ce qu’a rapporté le Secrétaire général national du Pur, Cheikh Ahmed Tidiane Youm, sur ses pages sur les réseaux sociaux. En dehors de lui, d’autres membres du Pur dont l’ex député Sokhna Ba, benjamine de la quatorzième législature, ont pris part à la rencontre. Selon le Secrétaire général national du Pur, la visite a été riche en «échanges» et en émotions».
Toujours sur ses pages, le Secrétaire général national du Pur a également posté une photo sur laquelle il s’est affiché, avec un large sourire, aux côtés du Premier ministre Ousmane Sonko, par ailleurs leader du Pastef. En dehors des images qui ont été rendues publiques, rien ne filtre sur la nature des discussions entre les hauts responsables du parti au pouvoir, le Pastef et le Pur. Elle sonne tout de même comme un rapprochement entre les deux entités politiques. En effet, alliés au sein de la coalition Yewwi Askan Wi dont ils ont été avec Taxawu Sénégal de Khalifa Sall les géniteurs, le Pastef et le Pur avaient fini par se séparer. Conformément à la charte de cette coalition d’alors, les deux organisations étaient parties chacune de son côté à la conquête du magistère suprême. Mais, après la présidentielle de mars 2024 qui a vu l’arrivée au pouvoir du Pastef, les retrouvailles ne se sont jamais faites. Pourtant entre les deux formations politiques, ces retrouvailles semblaient une évidence du point de vue de leur entente face au régime de Macky Sall. Mais, ce qui ne devrait être qu’un simple au-revoir a viré au clash. Un climat glacial est perceptible à bien des égards. En effet, après son entrée en service, le Premier ministre s’est rendu dans les foyers religieux et même à Tivaouane à plusieurs reprises sans se rendre au domicile du guide des «Moustarchidines», Serigne Moustapha Sy. Pourtant, lors de ses démêlés avec la Justice, le guide politico-religieux s’était montré fervent défenseur de l’actuel Premier ministre alors dans l’opposition. En conséquence, en 2022, Ousmane Sonko s’était rendu à Tivaouane pour le remercier de son soutien.
Mais, après l’arrivée au pouvoir, le courant entre les deux hommes ne semblait plus passer. Et le leader du Pur l’avait fait savoir à son ancien «allié» qu’il avait accusé, depuis les champs de courses lors du Gamou 2024, de vouloir exercer une forme de chantage ou de pression sur lui. «Il (ndlr, Ousmane Sonko) ne peut pas me faire chanter. S'il est encore en vie, j'y ai joué un grand rôle. Il cherche à m'ignorer mais je l'attends aux prochaines élections législatives. Quand il était plongé dans le coma, c'est moi qui ai appelé le Président Wade afin que Ousmane Sonko et Pape Alé Niang soient pris en charge parce que j'avais l'information que le régime voulait les liquider», s’irritait le guide des Moustarchidines.
C’est pourquoi les rencontres entre les hauts responsables du Pastef et du Pur semblent obéir à un besoin préalable d’aplanir les angles entre les deux hommes avant toute rencontre. Selon nos informations, Ousmane Sonko a tenté à plusieurs reprises de s'asseoir avec Serigne Moustapha Sy pour «dissiper les malentendus». D’ailleurs, le guide religieux avait même révélé, dans sa sortie, qu’il a refusé des rencontres avec des émissaires du Premier ministre. Sous ce rapport, elles ressemblent à des prises de contact avant un éventuel tête-à-tête entre les leaders des deux organisations politiques autrefois alliées contre le régime de Macky Sall. Surtout qu’il faut noter que la rencontre entre le Secrétaire général national du Pastef, Cheikh Ahmed Tidiane Youm et le président du Pastef s’est tenue, lundi 17 mars, avec celle entre Serigne Moustapha Sy et le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, par ailleurs, Secrétaire national à la communication du Pastef. En attendant la suite, ces rencontres sonnent comme les prémices d’un rapprochement entre le Pastef et le Pur.