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4 avril 2025
Politique
PAR Pape Touty Makhtar Sow
BA BOCAR MOUSSA, UN PANAFRICANISTE BÂTISSEUR DE PONTS DE FRATERNITÉ
Bocar n’était pas seulement un dirigeant politique clairvoyant, armé de la théorie marxiste, il était surtout un militant ingénieux, en liaison avec les masses, impliqué dans les tâches pratiques à la base
Une illustre figure du combat patriotique africain a rejoint son adresse destinale. En effet, Ba Bocar Moussa, militant infatigable de la démocratie et de la justice au service des peuples, était une passerelle entre le mouvement national démocratique (MND) mauritanien et le MND sénégalais. Les camarades sénégalais se souviennent encore de sa prise de parole au 1er congrès légal de And-MRDN tenu en 1983. Ses propos prononcés avec une rare éloquence avaient fortement retenti dans la salle du cinéma El Mansour pour exprimer la solidarité du Parti des Kadihines de la Mauritanie (PKM) à son parti frère du Sénégal.
De Nouakchott à Saint-Louis (lycée Charles de Gaulle) à l'Université de Dakar, puis à Paris, Bocar, par son engagement et son enthousiasme, a constitué un liant stimulant entre militants sénégalais et mauritaniens. Bâtisseur de ponts, il a su relier les mouvements progressistes du Nord et du Sud du Sahara. Ainsi, Il a été l'artisan discret de l’odyssée de solidarité aux militants et combattants du Front Polisario sous les bombardements de l’armée marocaine que Landing Savane et moi-même avons menée à la fin des années 70 à Tindouf, puis Al Ayoun et Dahla au nom de And Jef pour exprimer le soutien du peuple sénégalais contre l’injustice imposée aux populations Saharoui. Il a également coordonné avec bonheur la délicate opération de sauvetage et d'évacuation du principal responsable du parti le Mouvement pour la Justice en Afrique (MOJA- Gambie), Koro Sallah, blessé et poursuivi au moment des événements sanglants du putsch perpétré par Kukoi Samba en Gambie en 1981. Avec les progressistes et démocrates du Mali, de la Guinée et particulièrement du Burkina Faso sous la présidence de Thomas Sankara, Bocar avait tissé des liens étroits de solidarité et d’amitié.
Au sein de la communauté mauritanienne, il était aussi un trait d'union. Il a prôné, sans jamais se lasser, l'unité de la nation mauritanienne dans le respect des diversités ethniques et culturelles ; ni chauvinisme ni nationalisme étroit ! Lui-même était un modèle accompli d’intégration : il parlait couramment le hassania, l’arabe, le poular, le français et l'anglais voire même le soninké si je ne m’abuse. Chercheur, il se passionnait autant pour les structures et dynamiques sociales des populations de la région du Gorgol que pour les tribus du Trarza, de l’Adrar ou du Zemour.
Bocar n’était pas seulement un dirigeant politique clairvoyant, armé de la théorie marxiste, il était surtout un militant ingénieux, en liaison avec les masses, impliqué dans les tâches pratiques à la base. Pendant la période de la clandestinité, nous avons arpenté les ruelles des banlieues dakaroises de jour et de nuit pour conduire des missions, en évitant de tomber sous les fourches d’un Etat policier, répressif. Nous avions ainsi établi une base au marché de la Rue 6 de la Médina où nous nous mouvions comme des poissons dans l’eau. Cet espace jalonné d’étals maures nous servait de cadre de rencontres, d'échanges d'expériences, de support de distribution de journaux clandestins. Un jour, au cours d’une séance d’instruction sur les mesures préventives en vue d’échapper à une descente policière éventuelle, il suggéra à un camarade de prévoir d’utiliser les carcasses de mouton comme cache de documents sensibles.
Bocar, toujours en alerte, disposait d’une intelligence stratégique exceptionnelle qui lui donnait une capacité d’analyse et d’adaptation. Qualités que Abdoulaye Bathily a détectées très tôt alors que Bocar siégeait au Comité Directeur (CD) de l’Union des Etudiants de Dakar (UED) en notant dès cette époque : « la pertinence de ses réflexions, adossée à son courage dans l’action, lui donna très vite la stature morale du dirigeant qui va continuer de s’affirmer à l’épreuve des luttes… ». Pour ma part, j’ai été impressionné par la lucidité des enseignements qu’il a tirés de son expérience de participation à un gouvernement pour le compte de son parti l’Union des forces du progrès (UFP). Il me confia, autour d’un thé à la menthe et avec un grand humour, que le pouvoir politique est une épreuve terrible pour un militant qui veut rester conforme à ses principes. On ne peut être totalement indifférent, avoua-t-il avec franchise, des délices du pouvoir qui modifient forcément la perception des choses. A son avis, il faut une vigilance à toute épreuve et une pratique constante de la critique et l’autocritique avec rigueur et sincérité pour espérer rester fidèle à ses idéaux.
Sorti indemne de ce qu’il nomme l’aventure du pouvoir, il remit le métier sur l’ouvrage et reprit une vie normale de citoyen toujours proche des simples gens. Au-delà du combattant, Bocar était un homme plein de sollicitude, généreux dans le partage du savoir, doté d’une vaste culture générale, scientifique et politique, attentif aux autres avec un sens élevé de l’écoute ; il mettait d’abord l’accent sur les forces de chacun en vue de le stimuler avant de relever les faiblesses à corriger. Il avait une foi inébranlable en la force du collectif face à l’adversité et en la capacité des peuples à s’unir et à se libérer.
Cher Bocar, les ponts que tu as jetés n’ont pas cédé. Ce matin, c’est du Sénégal, ta patrie de choix que tu as été conduit à ta patrie d'origine en Mauritanie. Ainsi tu as bénéficié d'une double levée de corps à Dakar et à Nouakchott, avec des hommages poignants livrés par des camarades, auxquels tu es resté fidèle depuis plus de 60 ans, des amis et des parents. Ton fils Moctar a su rappeler avec adresse et délicatesse ton principe de retenue dans les rapports avec les pouvoirs politiques.
A sa compagne Fanna Hann Ba, à sa famille et à ses camarades de l’Union des forces du progrès (UFP) de la Mauritanie, aux peuples d’Afrique, j’exprime ma compassion et mes condoléances. Je porte témoignage que Ba Bocar Moussa a accompli sa part de mission dans la marche pour la liberté, l’émancipation et l’avènement de la justice sociale en Afrique
Que les portes de la miséricorde divine lui soient largement ouvertes !
par Mamadou Lamine Sow
LA RESTRUCTURATION DE AIBD SA, UN ENGAGEMENT NATIONAL POUR L’EXCELLENCE
Une refonte complète du modèle économique et de gouvernance s'impose, avec des actions concrètes sur la fiscalité excessive, les monopoles d'établissement et les synergies insuffisantes entre AIBD SA et Air Sénégal SA
Notre pays le Sénégal, en tant que territoire en développement en Afrique de l’Ouest, a formulé dans le passé, plusieurs visions et stratégies économiques et politiques pour stimuler son développement et améliorer les conditions de vie de ses citoyens.
Aujourd’hui, une stratégie globale est poursuivie dans le cadre de la vision Sénégal 2050 pour transformer son économie, renforcer sa gouvernance et réformer ses secteurs clés pour maintenir encore une hypothétique position de leader dans le secteur aérien en Afrique de l’Ouest.
Contexte
L’État du Sénégal a affiché son ambition de positionner stratégiquement le Sénégal comme un hub aérien régional majeur et Dakar comme une escale technique préférentielle en Afrique de l’ouest.
Cette vision implique cependant, plusieurs initiatives et des étapes clés pour arriver à se positionner comme un hub aérien significatif en Afrique de l’Ouest :
améliorer et développer les infrastructures existantes pour répondre aux standards internationaux ;
augmenter le nombre de destinations accessibles en développant des partenariats avec des compagnies internationales pour de nouvelles lignes, de nouvelles connectivités et attirer plus de passagers en transit ;
soutenir le développement de compagnies nationales robustes et compétitives, capables de desservir des liaisons locales, régionales et internationales ;
À ces points clés,
veiller en collaboration avec l’Anacim, sur les aspects réglementaires de sécurité et de sureté aux normes internationales ;
en plus d’investir dans des programmes de formation pour développer une main d’œuvre hautement qualifiée dans le secteur,
encourager les partenariats entre le secteur public et secteur privé pour financer les projets d’infrastructures et d’innovation,
tirer parti du hub aérien pour stimuler le secteur du Tourisme et attirer des investissements.
Cette vision doit également mobiliser le soutien gouvernemental avec une volonté politique pour la mise en œuvre de stratégies coordonnées visant à établir le Sénégal comme un point nodal du trafic aérien régional.
En tout état de cause, c’est sur la base d’une telle vision que d’importants investissements ont été consentis et des réformes engagées pour sa réalisation.
L’Aéroport International Blaise Diagne, AIBD SA représente dix (10) ans de travaux et plus de 600 millions d’euros, Air Sénégal SA, un Capital social initial de 40 Milliards XOF et autant en acquisition d’actifs et compensation de pertes d’exploitation.
Après huit (8) ans d’exploitation, malgré les réformes ayant sous tendu ces investissements colossaux, le saut qualitatif attendu n’est pas au rendez-vous et les résultats économiques et financiers affichés sont bien en deçà de ce que le Sénégal est en droit d’attendre.
AIBD SA et Air Sénégal SA, deux acteurs interdépendants, maillons centraux de la chaine de valeur où AIBD SA fournit l’infrastructure nécessaire à Air Sénégal SA pour son développement et Air Sénégal SA apporte le trafic nécessaire à AIBD pour sa croissance, sont ainsi devenus les maillons faibles du système aérien sénégalais.
Leur défaillance pourrait affecter durablement l’économie du secteur aérien et indirectement la viabilité de secteurs clés de l’économie nationale, comme le tourisme consubstantiel au transport aérien, mais aussi, l’accessibilité internationale, l’attractivité économique et la compétitivité territoriale du Sénégal.
Contexte spécifique
Certains indicateurs de performance notamment, ceux de novembre 2024 affichent un véritable effondrement du volume du trafic du fret aérien de 17,4%, de la quantité de mouvements d’aéronefs de 7,3% et du nombre de passagers de 4,6%, illustrant un secteur en perte de vitesse et en quête de relance.
Entre absence de performances économiques, difficultés financières, faible rentabilité, la restructuration devient nécessité pour assurer la viabilité à long terme. Restructurer pour encourager l’investissement et le développement durable du secteur, attirer plus de compagnies aériennes pour augmenter le trafic et compenser un marché aérien sénégalais non compétitif par rapport à ses voisins.
Malgré les efforts déployés, une grande partie du trafic aérien transite par quelques aéroports, en particulier ceux du Caire, de Johannesburg, de Casablanca et d’Addis-Abeba, de nombreuses autres routes ne sont pas ou peu desservies.
Le gouvernement, dans le cadre des politiques de rupture et d’assainissement des secteurs de croissance, a retenu la nécessité d’entreprendre la restructuration de ces opérateurs.
L’État dispose pour cela, de tous les leviers d’actions, en tant qu’actionnaire, concédant mais aussi, fournisseur de services de la navigation aérienne à travers l’ASECNA, superviseur et régulateur du système aérien à travers l’ANACIM, dépositaire des prérogatives d’autoriser les opérateurs, d’organiser le secteur et d’attribuer le ciel, les droits de trafic.
Problématique
Le transfert des opérations de l’aéroport Léopold Sédar Senghor vers l’aéroport International Blaise Diagne en 2017, n'a pas été l'occasion pour l’État du Sénégal de combler certaines défaillances structurelles pour bénéficier de plus de connectivité, de plus d’emplois et de croissance que permet le secteur en le réorganisant et l’alignant sur les objectifs nationaux de moyen et long terme, un impératif pour garantir sa résilience et sa croissance.
On s’est plutôt contenté de dupliquer les mêmes travers jadis observés à l’aéroport international Léopold Sédar Senghor.
Il en résulte une série d’adaptations opérées au fil des ans, en lieu et place de véritables restructurations, ce qui a engendré des insuffisances croisées rendant quasi-impossible leur compréhension et l’atteinte des objectifs assignés.
Alors que nos aéroports souffrent des mêmes handicaps et font tous face aux mêmes épreuves : insuffisance d’infrastructures, défauts de gestion et de gouvernance, utilisation sous-optimale des ressources, mauvaise planification induisant une faible rentabilité, le tout avec une connectivité limitée qui décourage les investissements directs étrangers et le tourisme à cause des couts d’exploitation élevés, des frais imposés aux compagnies qui réduisent la compétitivité et exacerbent une concurrence régionale, avec des hubs régionaux émergents qui détournent le trafic vers des aéroports mieux équipés ou mieux situés stratégiquement.
Facteurs de progrès
Il est donc crucial de promouvoir des partenariats PPP, améliorer la gestion et la gouvernance, encourager les politiques qui soutiennent le développement durable des infrastructures avec plus de coopération régionale pour améliorer la connectivité, et la compétitivité globale.
En termes d’infrastructures
La programmation de la mise à niveau de l’infrastructure (AIBD) s’impose par l’extension de l’aérogare Terminal passager, Terminal fret, Création d’une Zone de transit (hub), Création de hangar Cargo-fret, hangar abri avion, hangar de maintenance et une Zone technique.
En termes de mode de gestion
La privatisation de la gestion n’est pas la solution magique, pas plus que la concession ou la nationalisation, mais plutôt le choix d’une gouvernance d’entreprise qui fait la distinction entre l’actionnariat (l’État) et le management et dans laquelle le gouvernement définit la stratégie sur les sujets majeurs et au jour le jour, la direction composée de gens de métiers de l’aviation exécute les tâches de gestion. Procéder au rééquilibrage entre la société de patrimoine et celle de gestion et pourquoi pas consolider les deux missions.
En termes de fiscalité
Un réel handicap pour le transport aérien africain et pas seulement sénégalais et où le Sénégal s’illustre dans le top 10 des pays de l’Afrique de l’ouest et du centre aux redevances les plus élevés. Le régime des taxes et redevances plombe le coût des billets, influence la croissance du secteur et rend les vols hors de portée.
En termes de partenariats public-privé
Veiller à concilier davantage, les intérêts pas toujours convergents de l’État, du Partenaire technique et du Privé.
En termes de coûts d’exploitation
Veiller à l’effectivité des politiques de réduction de couts dans la gestion quotidienne ; les couts élevés associés au faible trafic de passagers entraînent des hausses de tarifs.
En termes de monopole d’établissement
Les situations de monopoles au niveau des plateformes aéroportuaires rendent les services inefficaces et contribuent fortement à obérer les coûts de production, alors que les retours sur investissement s’établissent à environ (-2,6%) pour la plupart de nos aéroports Ouest-africains et qu’en-dessous de 1 million de passagers, un aéroport n’atteint pas encore son seuil de rentabilité.
En termes de synergies AIBD SA-Air Sénégal sa
AIBD SA doit se concentrer sur sa capacité à construire un véritable hub capable de rivaliser avec ceux de l’Afrique de l’Est pas seulement d’Abidjan et de Lomé pendant qu’Air Sénégal SA travaille sur des stratégies d’alliances et à résoudre les problèmes de surcapacité.
AIBD SA doit travailler sur le tissu régional et le développement des aéroports secondaires pendant qu’Air Sénégal SA se transforme en un véritable levier de développement du tourisme au Sénégal et de la connectivité.
AIBD SA doit tendre vers « les aéroports de demain » avec des modèles économiques en réponse aux attentes des consommateurs et le besoin de nouvelles sources de revenu, en allant vers plus d’intégration avec ses partenaires aériens et non-aériens, en utilisant des technologies centrées sur le passager pour réduire les couts, améliorer l’expérience de voyage et accroitre la fidélité, en renforçant l’acceptation environnementale et sociétale.
AIBD SA doit intégrer des leviers d’actions clés, étendre ses services en renforçant et en digitalisant les commerces ; utiliser des systèmes d’incitation des compagnies, développer des partenariats sur mesure et des services réinventés.
Changer de méthode de développement des projets, du fait des budgets souvent déficitaires qui font peser leurs charges sur les compagnies aériennes qui les répercutent sur les prix des billets rendant les voyages plus onéreux, avec conséquences de baisser à terme, le trafic.
Enfin, AIBD SA doit tenter de répondre aux problématiques clés suivantes :
Où en sont les aéroports du Sénégal par rapport aux plans stratégiques passés et à l’environnement du marché ? Quelle est la feuille de route stratégique de AIBD ? Quels axes stratégiques peuvent en être dérivés et comment les mettre en œuvre ?
Dans quelles activités : commerces, aéronautiques, parking, immobilier, assistance, catering etc., les aéroports du Sénégal doivent- ils investir ? Comment les revenus des activités non-régulées doivent-ils être réinvestis ou réalloués ? Quelle stratégie d’investissement ?
La structure de redevance actuelle est-elle compétitive par rapport aux autres aéroports de la région et hors région ? Quel est le positionnement des aéroports sénégalais en termes de taxes d’aéroport ? et l’ impact négatif potentiel sur le trafic. Quelle stratégie doit-être définie pour renégocier la structure des redevances ?
Quelle est l’intensité de la relation entre AIBD et ses principales compagnies ? Quels sont les divers drivers du trafic des aéroports du Sénégal ? Les infrastructures des aéroports du Sénégal sont-elles adaptées aux perspectives d’évolution et les impacts en termes de revenus et d’investissements requis ?
Comment aligner les intérêts de la compagnie nationale et ceux des aéroports du Sénégal (Air Sénégal SA et AIBD SA), quelle génération et quel partage de valeur ? en réponse à quelle stratégie et quelles ambitions de l’État ? Les directions de AIBD SA et celle de Air Sénégal SA, partagent-elles la même vision des enjeux et priorités ? quelle valeur ajoutée peut-être ciblée ? Sur quel support politique, Ministère ou Régulateur (ANACIM), les deux entreprises peuvent-elles compter pour collaborer ? Comment une structure commune de coopération peut-elle être mise en place et comment les actions communes peuvent-elles être améliorées à court termes ?
Comment maintenir un positionnement attractif ? accroitre la fidélité des compagnies et des passagers ? Comment accroitre la consommation des passagers au sein de AIBD ? Comment équilibrer les baisses de revenus liés au trafic et les revenus complémentaires ? Comment améliorer l’efficacité et la performance aéroport en termes de gouvernance de chaque aéroport et gouvernance commune de tous les aéroports grâce à une organisation rationalisée ?
Comment s’assurer que l’organisation de AIBD SA délivrera le plus haut niveau de service ? Comment améliorer la performance opérationnelle et les fonctions support pour plus de productivité et de gain de temps ? Comment réduire les couts tout en étant plus efficace ?
Mamadou Lamine Sow est spécialiste en transport aérien.
Il est urgent de soustraire du projet de loi portant statut des Notaires, avant son adoption par l’Assemblée nationale, toutes les voies d’accès projetées par une simple poignée de notaires, autre que le concours
Monsieur le président de la République,
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le ministre de la Justice, Garde des Sceaux,
Le Notariat sénégalais a de tout temps été confronté à un problème d’accès à la profession imposé par des personnes qui en assuraient la gestion au niveau de la Chambre des notaires. Des indépendances jusqu’en 2013, date du premier concours, l’accès ne s’est fait que par le choix opéré par des titulaires de charges soit sur des membres de leur famille soit sur des personnes qui leur étaient soumises au détriment des Sénégalais méritants « sans parrain ».
En 2011 déjà, la Cour suprême rendait un arrêt par lequel, elle déboutait des personnes ayant passé des dizaines d’années dans les Études de Notaire parce qu’à l’époque, la Chambre des Notaires refusait catégoriquement que ces personnes soient nommées.
En 2013, contre vents et marrées et malgré une forte résistance et un fort lobbying des notaires, Madame Aminata Mimi Touré, Ministre de la Justice, avait organisé le premier concours d’accès au stage de l’histoire du Notariat offrant ainsi la chance au pauvre fils du paysan, du pêcheur, del’éleveur et du Sénégalais moyen, d’avoir enfin accès à cette profession où, seule l’excellence doit être de mise.
La Chambre des Notaires ne pouvant empêcher la tenue du concours, n’en baissait pas moins les bras continuant le combat contre le ministre de la Justice, en refusant dans un premier temps d’intégrer certains stagiaires (issus du concours) et en renvoyant même d’autres en cours de stage pour les faire sortir de la profession. Cela n’avait pas manqué de provoquer une forte résistance de la part des stagiaires qui avaient saisi le ministre la Justice, organisé des points de presse et donné des interviews. Certains avaient même été arrêtés lors d’une manifestation devant le Palais présidentiel.
C’est à la suite de sept (07) années de stage qui était pourtant fixé à trois (03) ans par le statut des notaires, que le président Macky Sall, lui aussi, contre vents et marrées et un fort lobbying a créé vingt (20) charges et nommé quarante (40) notaires dont vingt-deux (22) issus du concours et dix-huit (18) issus de la liste alors appelée « viviers » pour résorber tous les problèmes du Notariat. Avec cet acte posé, il scellait ainsi toute possibilité de nomination en tant que notaire, d'une personne qui ne réussirait plus dorénavant au concours :
De 2014 à 2022, des personnes ayant échoué au concours (la fameuse liste dite des 15) ont, avec l’appui de leur parrain « Notaire » et au détriment du métier, essayé de se faire nommer notaire. Ce qui a été refusé tour à tour par Monsieur Malick Sall et Monsieur Ismaila Madior Fall tous deux ministre de la Justice, estimant tous les deux que de telles nominations iraient à l’encontre du respect de l’égalité des chances et participaient à privilégier une certaine classe « neveux, fils, nièces, amis, etc. de notaires » au détriment des autres.
En 2023, le second concours a été organisé dix (10) années après le premier et trente (30) personnes ont été déclarées admises dont vingt (20) pour le concours direct et dix (10) pour le concours professionnel.
Aujourd’hui, les vingt (20) stagiaires issus du même concours n’ont pas les mêmes dates d’inscription sur le registre alors qu’ils ont réussi au même concours. Cela étant dû au retard enregistré dans leur intégration dans les cabinets. Ces derniers ont même adressé récemment une correspondance à la chambre des notaires pour demander la baisse de la durée de stage qui devrait passer de cinq (05) à trois ans, comme pour le concours du Barreau.
Fort de tout ceci, le Notariat que l’on croyait avoir rompu avec ces pratiques d’un autre âge (népotisme,parachutage, parrainage, etc.) continue toujours, à travers quelques un de ses membres (qui avaient pourtant fermement combattu l’accès aux 22 stagiaires légitimes issus du concours), à vouloir intégrer des personnes « leurs protégés » qui n’en ont pas le droit et qui se répartissent comme suit :
- Celles qui ont échoué au premier concours et ont refusé de se présenter à nouveau pour le second estimant que c’est leur droit d’être nommé directement comme notaires du fait de leur ancienneté ;
- Celles et ceux qui sont titulaires du diplôme supérieur du Notariat (diplôme français) qui ne peut être considéré comme diplôme de référence et qui a été rejeté par 99% des notaires sur l’actuel projet de projet de loi portant statuts des notaires. Le diplôme ne justifie pas la compétence. Si le titulaire dudit diplôme est aussi apte, il n’aurait pas de difficultés à passer avec succès tout concours.
Il est cependant à noter que malgré « l’adoption » du projet de projet de loi des statuts en plénière de la Direction des Affaires Civiles et du Sceau, certains continuent toujours à vouloir l’amender pour réintégrer tous les points négatifs déjà enlevés lors de la soumission du projet à tous les notaires (la majorité devant l’emporter). Certains notaires sont prêts à tout pour que certaines personnes intègrent la profession et de ce fait, ils essaient de vouloir masquer leurs forfaits en intégrant d’autres personnes qui seraient dans la même posture que « leurs protégés » de sorte que, si la loi est adoptée avec leurs dernières observations taillées sur mesure et non soumises à la majorité pour observations (tricherie), qu’ils en profitent pour les faire nommer avant son abrogation future pour faire valoir par la suite, la théorie des droits acquis.
Monsieur le président de la République et Monsieur le Premier ministre, vous avez été une fois abusés à travers le décret N 2024-1181 par lequel vous avez nommé une personne aux fonctions de notaire alors qu’elle ne remplissait pas les conditions requises. Il est donc urgent que vous preniez en main le projet de projet de loi portant statut des Notaires pour y soustraire, avant adoption par l’Assemblée nationale, toutes les voies d’accès projetées par une simple poignée de notaires, autre que le concours qui demeure le soubassement de votre crédo au niveau des populations et le parachèvement ultime de l’égalité des chances et des citoyens devant la loi.
Pour l’accès uniquement par voie de concours.
Pour que vive l’égalité des chances.
LES DEUX VIES DE MACKY SALL
Entre ses nouvelles fonctions au sein du prestigieux think tank Atlantic Council et les ambitions qu'on lui prête pour le secrétariat général des Nations Unies, l'ancien chef d'État semble vouloir tourner la page de la politique sénégalaise
(SenePlus) - L'ancien président Macky Sall semble avoir entamé une nouvelle étape de sa vie, partagée entre ses activités de consultant au Maroc et les remous politiques qui agitent son pays natal. Selon un récent article de Jeune Afrique, l'ancien chef d'État cherche à prendre ses distances avec la scène politique sénégalaise, tout en conservant son influence sur son parti, l'Alliance pour la République (APR).
Depuis son départ du pouvoir après l'élection présidentielle de mars 2024, Macky Sall a choisi de s'installer à Marrakech, au Maroc. Il y a lancé en novembre 2024 son cabinet de conseil, Semo Holding. Parallèlement, il a rejoint le conseil consultatif de l'Atlantic Council, un think tank américain spécialisé dans les relations internationales. D'après Jeune Afrique, "certains de ses proches le verraient bien, à terme, décrocher le poste de secrétaire général des Nations unies", bien que sa décision controversée de reporter l'élection présidentielle en février 2024 ait pu ternir son image internationale.
Pour ses activités, Macky Sall continue de s'appuyer sur son ancien premier conseiller diplomatique, Oumar Demba Ba, qui l'accompagne lors de ses déplacements et coordonne les activités de sa fondation dédiée aux questions de paix et de développement.
Le séjour prolongé de l'ancien président au Maroc alimente les spéculations au Sénégal. Selon Jeune Afrique, la publication en février d'un rapport de la Cour des comptes mettant en cause sa gestion des finances publiques a ravivé les tensions. Le document affirme que "Macky Sall et son administration auraient minimisé l'ampleur de la dette et du déficit à travers une série de pratiques opaques".
Les déclarations du porte-parole du gouvernement, Moustapha Ndjekk Sarré, ont particulièrement attisé la polémique. Jeune Afrique rapporte qu'il a déclaré le 28 février qu'il était "inévitable" que Macky Sall finisse par faire "face à la justice", allant jusqu'à le qualifier de "chef de gang qui a commis des actes criminels", avant de revenir sur ses propos face à l'ampleur de la controverse.
Face à ces accusations, l'ancien président s'est défendu lors d'un entretien avec Jeune Afrique à Johannesburg, qualifiant de "ridicules" les accusations portées contre lui. "Je n'ai peur de rien. Rien ne m'empêche d'aller au Sénégal et je n'exclus pas d'y retourner", a-t-il affirmé.
En l'absence physique de son leader, l'Alliance pour la République traverse une période difficile. "Macky Sall veut s'éloigner de toutes ces affaires. Mais il demeure à la tête d'un parti qui traverse une crise de leadership", confie à JA l'un de ses intimes.
Le magazine panafricain révèle que la formation politique peine à se remettre de sa défaite électorale. Plusieurs cadres ont quitté le pays après la présidentielle, et certains font face à des poursuites judiciaires. C'est notamment le cas de l'homme d'affaires Farba Ngom, "proche de Macky Sall qui a été placé sous mandat de dépôt début mars", ou encore de l'ancien ministre Lat Diop, "qui se trouve lui aussi derrière les barreaux".
Plus récemment, Mansour Faye, ancien ministre et beau-frère de l'ex-président, a été empêché de quitter le territoire, suscitant l'indignation de l'ancienne première dame. "Ce qu'il s'est passé est un abus de pouvoir. Mon grand frère n'a rien fait. Depuis neuf mois, ils le traquent, mais ils n'ont rien trouvé. Nous allons faire face", a réagi Marième Faye Sall sur les ondes de la radio RFM, selon Jeune Afrique.
Comment fonctionne l'APR en l'absence de son fondateur ? "Le parti se gère de manière collégiale. Les réunions sont présidées à tour de rôle par les ténors de la formation politique", explique à Jeune Afrique le député Abdou Mbow. D'après le magazine, c'est d'abord l'ancien président de l'Assemblée nationale, Amadou Mame Diop, qui s'en est chargé, avant de céder sa place à Sidiki Kaba, dernier Premier ministre de l'ère Macky Sall.
Ce dernier présenterait "l'avantage d'être moins clivant que Mahmoud Saleh", un ancien directeur de cabinet politique que Macky Sall avait initialement envisagé pour réorganiser le parti.
Malgré cette distance géographique, l'ancien président continuerait à exercer son autorité sur son parti. "Macky Sall reste le chef, et pilote de loin. C'est lui qui donne les grandes lignes et les orientations de ces réunions", affirme à Jeune Afrique un responsable de l'APR.
L'un des objectifs principaux du parti est désormais de "resserrer les rangs et trouver de nouvelles recrues", notamment en s'ouvrant aux voix critiques envers le régime actuel. "Nous sommes très attentifs à ce qui se passe sur la scène politique et aux voix qui émergent contre Pastef", conclut Pape Malick Ndour, ancien ministre de Macky Sall, dans les colonnes de Jeune Afrique.
ABDOUL MBAYE APPELLE À UNE ABROGATION DE LA LOI D’AMNISTIE
«Parlons simple : quand on annonce être contre une loi on l’abroge dès qu’on en a le pouvoir.» C’est là, l’opinion de l'ancien Premier ministre sur le débat qui entoure la volonté de Pastef, de faire adopter une loi interprétative de la loi d’amnistie.
iGFM - (Dakar) La proposition de loi du député Amadou Bâ, sur la loi d’Amnistie, fait couler de la salive. Abdoul Mbaye, le leader de l’Alliance pour la Citoyenneté et le Travail a donné son opinion sur le débat.
«Parlons simple : quand on annonce être contre une loi on l’abroge dès qu’on en a le pouvoir.» C’est là, l’opinion de Abdoul Mbaye sur le débat qui entoure la volonté de Pastef, de faire adopter une loi interprétative de la loi d’Amnistie. Ce, en lieu et place d’une abrogation pure et simple de la loi de 2024. «La maintenir en facilitant son interprétation cela signifie que l’on y tient», déclare l’ancien premier ministre.
Abdoul Mbaye a donc lancé un message aux nouveaux gouvernants, non sans leur prodiguer un conseil sur la procédure : «Abrogez donc la loi d’amnistie de 2024 et votez-en une autre prenant en compte vos nouveaux objectifs. Et ce sera plus clair pour tout le monde. Et ne pas oublier de se faire conseiller pour la nouvelle loi par la Cour Suprême et le Conseil constitutionnel, bref par de vrais sachants des grands principes du droit et de la justice.»
SEPT MILLIARDS DÉPENSES DANS LE VENT
La Commission électorale nationale autonome (CENA) informe que 25 listes n'ont pas atteint 0.5% des suffrages exprimés lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024
La Commission électorale nationale autonome (CENA) vient de publier son rapport sur les élections législatives anticipées du 17 novembre 2024. L’organe est ainsi revenu sur les effets pervers de la pléthore de candidatures; non sans informer que 25 listes n’ont pas atteint 0,5% des suffrages exprimés soit un montant total de sept (7) milliards de francs dépensés dans le vent.
La CENA analyse froidement les résultats du scrutin du 17 novembre 2024. Son examen montre que seules deux listes ont atteint au moins 10% des suffrages exprimés. Et que seules cinq listes ont atteint au moins 1% des suffrages exprimés sur les quarante-et-une (41) listes qui ont concouru.
A en croire toujours la CENA, la représentativité de la plupart des partis ou coalitions de partis est très faible. Non sans ajouter que la pléthore des candidatures lors des élections a principalement deux effets pervers relativement à la vitalité du débat démocratique et à l'efficacité de la dépense publique.
Le Président de la CENA, Abdoulaye Sylla et Cie soutiennent que le trop grand nombre de partis politiques et de candidats aux élections rend inaudibles les principales offres politiques et ne milite pas à l’approfondissement des débats sur les problèmes économiques, sociaux ou environnementaux qui interpellent les populations. Ainsi, soulignent-ils, le raccourci et la recherche du retentissement médiatique immédiat deviennent les stratégies les plus utilisées.
En plus, précisent-ils, dans un pays en développement, où les ressources sont rares, une bonne allocation des crédits disponibles est nécessaire.
Selon la CENA, lors des élections législatives, vingt-cinq (25) listes de candidats n’ont pas atteint 0,5% des suffrages exprimés.“Chacune de ces listes a coûté 280 millions de francs au contribuable, soit un montant total de sept (7) milliards de francs”, lit-on dans le rapport.
En outre, la CENA indique que le refus, par la majorité des candidats de l'utilisation des bulletins à format réduit a empêché l’État de faire une économie de huit (8) milliards de francs. Il apparaît, dès lors, urgent de réunir les parties prenantes sur la rationalisation des partis politiques (339 partis au 26 mai 2023) et des candidatures aux élections pour une expression démocratique plus dynamique, affirme l’organe de contrôle et de supervision des élections.
Auparavant, la CENA a rappelé qu’à l’issue du scrutin, la liste Pastef, dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko, a obtenu cent trente (130) sièges sur cent-soixante-cinq (165) sièges. “La liste gagnante est suivie par les listes Takku Wallu Senegaal (16 sièges), Jàmm Ak Njariñ (7 sièges) et Samm Sa Kaddu (3 sièges)”, a-t-elle ajouté.
Par ailleurs, elle a indiqué que si des incidents ont été constatés pendant la campagne électorale, le scrutin s’est, partout, déroulé dans le calme. Non sans dire que le dispositif électoral a été jugé satisfaisant par les observateurs tant en ce qui concerne la disponibilité du matériel et la présence des forces de sécurité que le fonctionnement des bureaux de vote.
En définitive, la CENA relève que les leaders des listes de candidats ont fait preuve d’une citoyenneté remarquable après la proclamation des résultats provisoires : “ils ont félicité la liste gagnante”. Et qu’aucun recours n’a été déposé auprès du Conseil constitutionnel, qui a confirmé les résultats issus des travaux de la Commission nationale de recensement des votes.
LES TRANSPORTEURS DÉNONCENT UN BLOCUS ORGANISÉ AU PORT
Ces professionnels dénoncent un système qui paralyse leur activité depuis l'avènement du nouveau régime. Entre restrictions d'accès et allégations de corruption, les camionneurs pointent du doigt la gestion opaque de DP World, l'opérateur portuaire
Le syndicat des acteurs du transport national et transnational (Satrains) est monté au créneau hier pour tirer la sonnette d’alarme sur les difficultés auxquelles ils font face depuis l’avènement du nouveau régime. Confrontés à des problèmes pour accéder au port de Dakar et charger leurs marchandises, ils dénoncent la gestion opaque du port et des pratiques abusives qui paralysent leur activité. Malgré plusieurs démarches auprès des autorités, leurs revendications restent sans réponse.
Les transporteurs routiers sont très en colère contre les autorités qu’ils accusent de protéger DP World. En effet, réunis au sein du syndicat des acteurs du transport national et transnational (Satrains), ils dénoncent le blocage de leurs véhicules au port et des tracasseries administratives pesantes. Selon eux, DP World refuse de charger leurs conteneurs, précisant qu’ils n’ont pas d’agrément. Malgré des échanges avec les autorités, leurs revendications restent sans réponse.
S’exprimant face à la presse le week-end, le porte-parole du jour, Pape Mamadou Malaye, a indiqué que le syndicat a adressé des correspondances au directeur du Port autonome de Dakar, au Premier ministre et à son ministère de tutelle. Seul le Directeur du Port, Wally Diout Bodian, les a reçus. « Nous avons été reçus à trois reprises par le directeur général du port. Il donne instruction à DP World de suspendre sa décision, mais aujourd’hui, seuls 100 voitures sont autorisées à embarquer. Pendant ce temps, les transporteurs maliens n’ont pas ces problèmes », déplore-t-il.
En plus des restrictions d’accès au port, des transporteurs dénoncent des pratiques de corruption. Mamadou Paye, chauffeur routier, affirme avoir été sollicité pour un pot-de-vin. « On m’a proposé 100 000 F CFA pour pouvoir charger chez DP World. J’ai refusé et nous sommes en panne depuis deux mois à cause de leurs pratiques », confie-t-il. La douane sénégalaise est également accusée d’imposer des frais exorbitants aux transporteurs. « Ils nous demandent parfois jusqu’à 500 000 F CFA sous prétexte que la déclaration est mal faite. Et ce n’est pas tout : nous subissons des tracasseries routières à chaque étape. Que devient le reste ? » s’interrogent-ils.
À en croire Mamadou Malaye, Wally Diout Bodian a donné des instructions pour améliorer la situation, mais elles tardent à être appliquées. Les transporteurs ont également dénoncé les multiples contrôles routiers auxquels ils font face, notamment à Diamniadio, Mbour, Kaffrine, Tambacounda et Kidira. « À chaque étape, on nous trouve une nouvelle irrégularité et on nous impose des amendes. Cela freine complètement notre travail », explique Mamadou Malaye.
Malgré ces difficultés, les transporteurs assurent être prêts à respecter les règles en vigueur. « Nous organisons chaque mois des campagnes de sensibilisation sur la sécurité routière. Mais nous avons besoin d’un cadre de travail juste et transparent », insiste Malaye. Face à ces nombreux manquements, ces travailleurs réclament une intervention immédiate du gouvernement pour mettre fin à ces blocages et assurer un accès équitable au port. Sans solution, ils avertissent que la crise pourrait avoir des conséquences économiques majeures sur le commerce national et transnational.
PAR Mamadou Lamine Sow
RESTRUCTURER AIR SENEGAL, UN CHOIX CORNÉLIEN
EXCLUSIF SENEPLUS - Entre dette croissante, gouvernance contestée et modèle économique fragile, l'heure est venue de trancher: faut-il transformer radicalement la structure existante ou opter pour une dissolution suivie d'une nouvelle création ?
Se positionner comme l’une des destinations d’Afrique de l’Ouest qui comptent en matière de tourisme, s’affirmer comme un hub aérien régional et logistique majeur, s’investir comme le leader dans le secteur des exportations et autant de moteurs de croissance, restent des motivations stratégiques qui ont conduit le Sénégal à miser sur son pavillon national Air Sénégal SA.
Air Sénégal SA est un acteur capital pour l’économie nationale. Son activité s’inscrit dans l’agenda Sénégal 2050 Transformation structurelle de l’économie et croissance, articulée aux orientations sectorielles de l’objectif “ Hub aérien régional”.
Du fait que l’aérien est considéré comme un secteur stratégique, il comporte un enjeu de souveraineté qui fait que l’omniprésence de l’État dans le processus décisionnel de la compagnie nationale demeure une réalité.
Créée en 2016 pour devenir un acteur majeur dans le transport aérien en Afrique de l’Ouest, Air Sénégal SA fait face à des difficultés multiples et multiformes.
Pour une compagnie aérienne, on considère en général qu’il faut quatre à cinq ans avant d’arriver à l’équilibre.
Cependant, voilà huit (8) ans qu’Air Sénégal SA n’a pas réussi à établir une réputation solide sur les marchés. Lourdement endetté et soumis à une image amochée, le pavillon national a du mal à rentabiliser ses investissements et à remplir sa mission. Un réaménagement pour s’adapter à certaines contraintes devient une nécessité : fusion, scission ? fusion-absorption, fusion-réunion avec dissolution sans liquidation ou encore transmission universelle de patrimoine … ?
En tout état de cause, Air Sénégal SA est à la croisée des chemins. Faudrait-il envisager de déposer le bilan et créer une nouvelle société plutôt que de continuer à opérer avec ses dettes abyssales ? Un choix cornélien se pose aux autorités et décideurs nationaux.
Si la création d’une nouvelle société permet en effet, de repartir sur des bases saines, éviter certaines charges comme le coût de la dette, mieux structurer la nouvelle entreprise en changeant son modèle commercial pour une meilleure flexibilité opérationnelle, avec la possibilité d’attirer de nouveaux investisseurs et négocier de nouveaux accords avec ses partenaires sociaux, profiter des incitations gouvernementales et mieux s'adapter aux conditions changeantes pour saisir de nouvelles opportunités en fonction des perspectives du marché, en revanche, la transformation reste une exigence pour assurer la viabilité à long terme, solidifier sa position sur le marché, améliorer ses performances opérationnelles et financières et se préparer pour l’avenir avec un historique certain.
Il ne faudrait pas se tromper ! Aujourd’hui, Air Sénégal SA se caractérise par des contre-performances. Ses plans sont contrariés par des difficultés financières, des actifs vieillissants et des capacités réduites pour soutenir la croissance du trafic, alors que les conditions essentielles de sa viabilité sont claires :
se doter d’une capitalisation suffisante et des moyens financiers robustes, d’un modèle économique viable et durable, d’une gouvernance exemplaire, exempte d’ingérence politique et fondée sur les meilleures pratiques managériales, d’une flotte de génération récente d’au moins vingt (20) appareils pour garantir une taille critique gage de rentabilité, d’une maitrise de la chaîne d’approvisionnement de certains facteurs de production (notamment, la production de kérosène et du carburant d’aviation SAF par la SAR, pour faire face à la transition énergétique) et enfin de l'établissement de partenariats stratégiques avec des acteurs influents, comme ceux des États du Golfe et du Moyen-Orient.
Le gouvernement, dans le cadre des politiques de rupture et d’assainissement des secteurs de croissance, retient la nécessité d’entreprendre la transformation du transporteur national : un choix cornélien.
En effet, l’absence de restructuration peut avoir plusieurs conséquences potentielles, notamment, l’incapacité à résoudre les problèmes financiers et opérationnels au sein d’Air Sénégal SA, ce qui peut affecter durablement la rentabilité de ses opérations, dissuader les potentiels clients et partenaires commerciaux et surtout, accroitre sa dépendance aux aides extérieures.
Air Sénégal devra compter dans ces conditions, sur des soutiens financiers externes, ce qui ne saurait être durable à long terme.
L’accumulation continue des pertes financières fait exercer une pression sur les ressources de l’État. Elle conduit à une perte de compétitivité avec un risque de perte de parts de marché face à des concurrents mieux structurés, avec des contraintes budgétaires qui pourraient conduire à une réduction de la qualité du service (entretien des avions, respect des horaires, service client …), à des suppressions de postes et d’emplois et nuire à la réputation et à l’image de marque.
La question est alors de savoir pour combien de temps encore l’État, frappé par des contraintes budgétaires sans précédents, va pouvoir soutenir sa compagnie structurellement déficitaire ?
Sachant qu’avant de générer des bénéfices, une compagnie aérienne nécessite beaucoup de temps et d’investissements donc, jusqu’où l’État du Sénégal va vouloir et pouvoir intervenir pour sauver son pavillon ?
Aujourd’hui, aucun pays singulièrement, ouest-africain n’a les moyens de porter une compagnie aérienne rentable. On le voit bien, si les États tiennent autant à leurs pavillons, c’est parce qu’ils représentent des instruments politiques.
En attendant et malgré les ambitions affichées, Air Sénégal SA fait face à des enjeux majeurs, devant d’une part, prouver sa crédibilité pour attirer des partenaires stratégiques après des tentatives infructueuses et d’autre part, en tant que corps d’un secteur stratégique soumis à des considérations de souveraineté nationale, où l’ingérence politique peut parfois prévaloir sur les impératifs économiques du fait que c’est l’État qui vient à la rescousse et met la main à la poche en cas de coup dur.
Faut-il pour autant, que l’État se désengage de sa compagnie nationale ? Entre l’État et la compagnie publique soumise aux choix des politiques économiques et sociales du gouvernement, chacun doit trouver sa place et l’implication de l’État devra se concevoir par moins d’influence dans la gestion opérationnelle de la compagnie.
Mamadou Lamine Sow est pilote de ligne, ancien DG de l’agence nationale de l’aviation civile (anacim), ancien DG Air Sénégal SA.
Le royaume saoudien est devenu le cimetière des rêves de milliers d'Africaines, victimes d'exploitation qui enrichit les élites des deux continents. Le New York Times lève le voile sur ce système qui traite les femmes africaines comme des marchandises
(SenePlus) - Un système cynique de trafic humain prospère entre l'Afrique de l'Est et l'Arabie saoudite, entraînant la mort de centaines de femmes parties travailler comme domestiques. Une récente enquête du New York Times révèle que ce commerce lucratif et mortel est soutenu par des personnalités influentes des deux côtés.
À l'aéroport international de Nairobi, chaque jour, des dizaines de Kényanes s'apprêtent à s'envoler vers l'Arabie saoudite. Pleines d'espoir, elles se prennent en selfie, discutant de la façon dont elles dépenseront l'argent gagné dans leur nouveau travail. Comme le rapporte le NYT, ces femmes sont attirées par une promesse alléchante : "Passez deux ans en Arabie saoudite comme femme de ménage ou nounou, et vous pourrez gagner assez pour construire une maison, éduquer vos enfants et économiser pour l'avenir."
Mais cette promesse se heurte souvent à une réalité brutale. "Tandis que le terminal de départ bourdonne d'anticipation, la zone des arrivées est l'endroit où l'espoir rencontre la dure réalité," écrit le quotidien américain. "Des femmes aux joues creuses reviennent, souvent écrasées par des salaires impayés, des coups, la famine et des agressions sexuelles. Certaines sont ruinées. D'autres sont dans des cercueils."
Les chiffres sont alarmants : au moins 274 travailleurs kényans, principalement des femmes, sont morts en Arabie saoudite au cours des cinq dernières années. "Un chiffre extraordinaire pour une main-d'œuvre jeune effectuant des emplois qui, dans la plupart des pays, sont considérés comme extrêmement sûrs," souligne le New York Times. Rien que l'année dernière, au moins 55 travailleurs kényans sont décédés, soit deux fois plus que l'année précédente.
Des autopsies douteuses et des politiciens impliqués
Les rapports d'autopsie sont souvent vagues et contradictoires. Le New York Times indique qu'ils "décrivent des femmes présentant des signes de traumatismes, y compris des brûlures et des chocs électriques, tous étiquetés comme morts naturelles." Pour une femme, la cause du décès était simplement indiquée comme "mort cérébrale".
L'enquête du journal américain révèle un système profondément corrompu où les personnes censées protéger ces femmes sont souvent celles qui profitent de leur exploitation. Fabian Kyule Muli, vice-président du comité du travail à l'Assemblée nationale du Kenya, est aussi propriétaire d'une agence de recrutement qui envoie des femmes en Arabie saoudite.
Une de ces femmes, Margaret Mutheu Mueni, a raconté au quotidien new-yorkais que son patron saoudien avait saisi son passeport, déclaré qu'il l'avait "achetée" et lui refusait fréquemment de la nourriture. Lorsqu'elle a appelé l'agence pour demander de l'aide, un représentant de l'entreprise lui a répondu : "Vous pouvez traverser la mer Rouge à la nage et retourner au Kenya par vous-même."
Le mois dernier, quatre Ougandaises en uniforme de domestique ont envoyé une vidéo d'appel à l'aide à une organisation humanitaire, affirmant qu'elles étaient détenues depuis six mois en Arabie saoudite. "Nous sommes épuisées d'être retenues contre notre volonté," a déclaré l'une des femmes. L'entreprise qui l'a envoyée à l'étranger appartient à Sedrack Nzaire, un responsable du parti au pouvoir en Ouganda, identifié dans les médias ougandais comme le frère du président Yoweri Museveni.
Un réseau d'influence des deux côtés de la mer Rouge
Au Kenya et en Ouganda, les propriétaires d'agences de recrutement comprennent des politiciens influents et leurs proches. Le président kényan William Ruto affirme vouloir envoyer jusqu'à un demi-million de travailleurs en Arabie saoudite dans les années à venir. L'un de ses principaux conseillers, Moses Kuria, a possédé une agence de recrutement, et son frère, un politicien au niveau du comté, en possède toujours une.
Le porte-parole de M. Ruto, Hussein Mohamed, a déclaré que "la migration de main-d'œuvre profitait à l'économie" et que le gouvernement prenait des mesures pour protéger les travailleurs, notamment en éliminant les sociétés de recrutement non autorisées.
En Ouganda, les propriétaires d'entreprises de recrutement incluent un haut responsable de la police récemment retraité et le général de division Leopold Kyanda, ancien attaché militaire aux États-Unis.
Côté saoudien, les agences de recrutement sont également bien connectées. "Des descendants du roi Fayçal figurent parmi les principaux actionnaires de deux des plus grandes agences," rapporte le New York Times. Un directeur d'un conseil gouvernemental saoudien des droits de l'homme occupe le poste de vice-président d'une importante agence de recrutement, tout comme un ancien ministre de l'Intérieur, un responsable du ministère de l'Investissement et plusieurs conseillers gouvernementaux.
Des récits glaçants de violences et d'abus
Les témoignages recueillis par le New York Times dressent un tableau effroyable. Une employée de maison kényane, Eunice Achieng, a appelé chez elle en panique en 2022, disant que son patron avait menacé de la tuer et de la jeter dans un réservoir d'eau. "Elle criait 'S'il vous plaît, venez me sauver !'" se souvient sa mère. Peu après, Mme Achieng a été retrouvée morte dans un réservoir d'eau sur un toit. Les autorités sanitaires saoudiennes ont déclaré que son corps était trop décomposé pour déterminer comment elle était morte, et la police saoudienne a qualifié son décès de "mort naturelle".
Une jeune mère a sauté d'un toit au troisième étage pour échapper à un employeur abusif, se brisant le dos. Une autre a raconté que son patron l'avait violée puis renvoyée chez elle enceinte et sans le sou.
En Ouganda, Isiko Moses Waiswa a raconté que lorsqu'il a appris que sa femme était morte en Arabie saoudite, son employeur lui a donné le choix : son corps ou ses 2 800 dollars de salaire. "Je lui ai dit que, que vous m'envoyiez l'argent ou non, moi, je veux le corps de ma femme," a déclaré M. Waiswa. L'autopsie saoudienne a révélé que sa femme, Aisha Meeme, était émaciée, présentait de nombreuses contusions, trois côtes cassées et ce qui semblait être de graves brûlures d'électrocution à l'oreille, à la main et aux pieds. Les autorités saoudiennes ont déclaré qu'elle était morte de causes naturelles.
Environ un demi-million de travailleurs kényans et ougandais se trouvent aujourd'hui en Arabie saoudite, selon le gouvernement saoudien. La plupart sont des femmes qui cuisinent, nettoient ou s'occupent d'enfants.
Le New York Times a interviewé plus de 90 travailleurs et membres de familles de personnes décédées, découvrant que ce système traite les femmes comme des biens ménagers — achetées, vendues et jetées. "Certains sites web d'entreprises ont un bouton 'ajouter au panier' à côté des photos des travailleuses. L'un d'eux fait la publicité de 'bonnes kényanes à vendre'," rapporte le journal.
Un porte-parole du ministère saoudien des Ressources humaines a déclaré que des mesures avaient été prises pour protéger les travailleurs. "Toute forme d'exploitation ou d'abus de travailleurs domestiques est totalement inacceptable, et les allégations de tels comportements font l'objet d'enquêtes approfondies," a écrit le porte-parole, Mike Goldstein.
Cependant, Milton Turyasiima, commissaire adjoint au ministère ougandais du Genre, du Travail et du Développement social, a déclaré que les abus restaient omniprésents. "Nous recevons des plaintes quotidiennement," a-t-il affirmé.
Des accords bilatéraux insuffisants
L'enquête révèle que les gouvernements kényan et ougandais ont ignoré les avertissements concernant les abus et ont signé des accords avec l'Arabie saoudite qui manquaient de protections que d'autres pays avaient exigées.
L'accord des Philippines en 2012, par exemple, garantissait un salaire minimum mensuel de 400 dollars, l'accès à des comptes bancaires et la promesse que les passeports des travailleurs ne seraient pas confisqués. Le Kenya a initialement demandé des salaires similaires, selon un rapport gouvernemental, mais lorsque l'Arabie saoudite a refusé, le pays a accepté en 2015 un accord sans aucun salaire minimum.
Le traité ne contenait guère plus qu'une promesse d'établir un comité pour surveiller les questions de travail. "La commission n'a jamais été formée," indique un rapport gouvernemental.
Quand l'Ouganda a conclu son accord avec le gouvernement saoudien, aucune mention n'a été faite d'un salaire minimum, malgré les discussions sur les mauvais traitements infligés aux travailleurs.
En 2021, un comité du Sénat kényan a constaté des "conditions qui se détériorent" en Arabie saoudite et une "augmentation des appels de détresse de ceux qui allèguent torture et mauvais traitements." Le comité a recommandé de suspendre les transferts de travailleurs. Pourtant, lorsque William Ruto a été élu président en 2022, la campagne pour envoyer des travailleurs à l'étranger s'est intensifiée.
"C'est un cycle d'abus que personne ne traite," a déclaré Stephanie Marigu, une avocate kényane qui représente des travailleurs.
Maintenant, quelques fois par mois, des Kényans des zones rurales se rendent à Nairobi pour récupérer un cercueil à l'aéroport. Comme celui de Millicent Moraa Obwocha, 24 ans, dont les funérailles ont rassemblé des centaines de personnes en septembre dernier. Elle avait laissé derrière elle son mari et son jeune fils quelques mois plus tôt. Selon son mari, son employeur l'avait harcelée et agressée sexuellement. La situation était devenue si grave l'été dernier qu'elle avait demandé à son recruteur saoudien de la secourir. Quelques jours plus tard, son mari a appris qu'elle était morte. Le gouvernement kényan a attribué son décès à des "problèmes nerveux".
À ses funérailles, le corps de Mme Obwocha reposait dans un cercueil ouvert, vêtu d'une robe et d'un voile blancs. À côté d'elle se trouvait une photo de deux mètres de haut. On la voit sourire, les doigts levés en V, devant l'aéroport, débordante d'optimisme.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
KEN BUGUL OU LA CONSCIENCE DE LA RENAISSANCE
EXCLUSIF SENEPLUS - Par sa puissance littéraire, l'auteure de La Folie et la Mort nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La Folie et la Mort de Ken Bugul est un roman déchirant qui accuse la force du pouvoir et les dérives sanglantes d’un continent en proie au déséquilibre. Le style de Ken Bugul possède un souffle narratif qui mêle réalisme, fantastique, allégorie tout en explorant l’univers secret des croyances africaines et la réalité brutale d’un monde qui a perdu ses valeurs. L’écriture elle-même oscille entre le récit romanesque, la prose poétique et l’épopée onirique. C’est un roman captivant par sa forme et par son propos. L’auteure tisse une histoire contemporaine sans rien oublier des injustices cruelles que traverse l’Afrique.
Dans un pays imaginaire, à quelques détails près, les habitants obéissent au grand Timonier qui a décidé de faire disparaître tous les fous « qui raisonnent et ceux qui ne raisonnent pas ».
On suit ainsi le destin de plusieurs personnages dont les histoires sont tragiques et empreintes de folie. L’espoir de vie est si réduit que malgré le courage, l’honnêteté et la lucidité qui les animent, ils sont voués à errer dans la nuit terrifiante des horreurs qu’ils ont traversées.
Mom Dioum, jeune femme qui a bravé la capitale pour étudier, revient au village désemparée. Un terrible secret semble l’habiter et elle décide de « se tuer pour renaître ». Pour cela, elle choisit de se faire tatouer les lèvres pour échapper à ses démons. Elle disparaît et sa décision va la conduire dans une longue errance initiatique et douloureuse. Inquiète, Fatou Ngouye, son amie d’enfance, part à sa recherche, accompagnée de Yoro le cousin de Mom Dioum. Arrivés à la capitale, les deux jeunes gens sont arrêtés par la police puis séparés. Et leur calvaire ne fait que commencer. Fatou Ngouye, déshonorée, connaît un sort tragique. Brûlée sur la place du marché, elle devient une figure de martyre. Yoro lui cède à la déchéance et s’allie, corps et âme, au pouvoir machiavélique pour survivre mais il n’y parviendra pas.
Mom Dioum, quant à elle ayant échoué son rite initiatique, est défigurée et se retrouve à l’hôpital psychiatrique. Elle y fait la connaissance de Yaw que des images de sang et de meurtres ont rendu irresponsable. C’est le seul espoir que propose le récit de Ken Bugul, la rencontre de deux êtres qui ont souffert et qui veulent retrouver la force et la voie de l’amour. Mais la folie ne peut survivre au désespoir et la mort vaut mieux que l’aliénation totale. C’est le message que semble délivrer Ken Bugul.
A travers ces récits irréels, et pourtant réalistes, haletants de blessures profondes, Ken Bugul nous entraine dans son univers littéraire singulier, fabuleux, chimérique et terriblement juste. La lecture de ce roman ne nous laisse pas indifférent car l’auteur sait aussi dénoncer ce qui peut mener le continent africain à la folie et à la mort : les humiliations de la dépendance, la misère, les guerres fratricides, les chefs d’Etat criminels avides de pouvoir, l’exploitation des peuples, la déshumanisation de l’esprit africain, la perte des valeurs et la course vers l’espoir sans cesse brisée.
Cette vision terriblement pessimiste est une sorte de métaphore poussée à l’extrême qui bouscule nos certitudes et nous force à réfléchir sur les enjeux de l’avenir du continent africain. Ken Bugul, par sa puissance littéraire, nous oblige à raisonner sur nous-mêmes pour construire le chemin de la Renaissance.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
La Folie et la Mort, Ken Bugul, Présence Africaine, Paris, 2000.