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6 avril 2025
Politique
LA MÉMOIRE COMPLEXE DES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS
"Traîtres" ou "héros ?" Ces soldats, qui ont combattu sous le drapeau français, incarnent les paradoxes de l'histoire coloniale. L'enjeu est de construire un récit national sans tomber dans le giège d'une lecture uniquement héroïque ou accusatrice
(SenePlus) - Le récent limogeage de Cheikh Oumar Diagne, le 31 décembre 2024, après avoir qualifié les tirailleurs de "traîtres", révèle les tensions profondes qui entourent la mémoire de ces soldats africains. Selon Le Monde, cette polémique illustre la complexité d'un héritage colonial qui continue de diviser la société sénégalaise.
La figure du tirailleur cristallise des perceptions contradictoires. D'un côté, ces hommes sont célébrés comme des héros ayant payé un lourd tribut, notamment lors du massacre de Thiaroye en 1944, où des dizaines, voire des centaines de soldats africains furent tués par l'armée française alors qu'ils réclamaient leur solde. De l'autre, leur participation à la répression coloniale soulève des questions délicates : ils ont été déployés pour mater des soulèvements à Madagascar, au Maroc, en Algérie et au Cameroun.
"Après les indépendances, ils ont pu être considérés de manière négative", explique l'historien Martin Mourre au Monde. Cette ambivalence se reflète dans le témoignage poignant de N'Dongo Dieng, ancien tirailleur, qui évoque son malaise lors de son déploiement en Algérie, confronté à d'autres musulmans "comme nous".
L'historien Pape Chérif Bertrand Bassène souligne la nécessité de dépasser les jugements simplistes : "Héros, traîtres, victimes, il est de toute manière restrictif de résumer ainsi ce que furent les tirailleurs." Il rappelle notamment que certains d'entre eux étaient d'anciens esclaves "rachetés" par la France, complexifiant encore leur statut.
Le chantier mémoriel lancé par le président Bassirou Diomaye Faye, incluant une commission sur Thiaroye et un conseil national de la mémoire, s'annonce donc délicat. "Un tel chantier mémoriel ne peut pas se faire sans débats et oppositions", affirme Bassène, citant les paradoxes inhérents à ce travail : le pont Louis Faidherbe à Saint-Louis, symbole colonial contesté, rappelle que cet administrateur s'appuyait lui-même sur des tirailleurs.
Cette complexité se retrouve même dans la célébration des héros nationaux. Bassène évoque le cas de Fodé Kaba : "Pour beaucoup, c'est un grand résistant, mais dans bien des villages de la Casamance, c'est un homme autoritaire arrivé là par la conquête."
La récente reconnaissance par la France du "massacre" de Thiaroye, qualifié par le ministre Jean-Noël Barrot de "plaie béante dans notre histoire commune", marque une étape importante. Mais elle souligne aussi la nécessité d'un dialogue approfondi sur cette histoire partagée, alors que le Sénégal s'engage dans une redéfinition de ses relations avec son ancienne puissance coloniale.
Ce travail de mémoire, nécessairement complexe et parfois contradictoire, devra, selon Bassène, s'appuyer sur les historiens et les universités pour éviter les écueils d'une vision simplificatrice du passé. L'enjeu est de taille : construire un récit national qui fasse justice à la complexité de cette histoire, sans tomber dans les travers d'une lecture uniquement héroïque ou accusatrice.
L'AFRIQUE DES PUTSCHS VUE PAR ACHILLE MBEMBÉ
L'intellectuel camerounais décrypte l'émergence d'un modèle étatique hostile aux libertés fondamentales. En toile de fond, une économie de prédation s'installe, mêlant mercenaires, exploitation minière et répression politique
(SenePlus) - Dans une tribune publiée par Le Monde ce samedi 11 janvier 2025, le philosophe et historien Achille Mbembé, dresse un constat alarmant de la situation politique en Afrique de l'Ouest, où se dessine un nouveau modèle étatique hostile aux libertés fondamentales.
Selon l'intellectuel camerounais, deux visions s'affrontent aujourd'hui sur le continent africain. D'un côté, un projet de "démocratie substantive" porté par une nouvelle génération d'activistes, qui lie étroitement décolonisation et démocratisation. De l'autre, un courant souverainiste qui, sous couvert d'anti-impérialisme, "considère la démocratie libérale comme un piège, le cheval de Troie de la domination occidentale", écrit Mbembé.
C'est particulièrement en Afrique de l'Ouest que ce second modèle s'enracine, avec l'émergence d'"États-casernes" au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Niger. "L'armée se veut l'État", analyse le philosophe, qui souligne que "loin de chercher à domestiquer la violence et de civiliser les mœurs politiques, le gouvernement est assimilé au commandement et le politique à une guerre larvée."
La Guinée comme laboratoire de la répression
Le directeur général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie basée en Afrique du Sud, pointe particulièrement du doigt la situation en Guinée sous le régime de Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d'État le 5 septembre 2021. Le pays est devenu, selon lui, le "terreau le plus fertile" de la dérive liberticide. "La machine répressive fonctionne désormais à plein régime", affirme-t-il, détaillant un système où les opposants sont arrêtés de nuit et détenus sur l'île de Kassa, "où en règle générale, ils sont malmenés physiquement et soumis à des traitements dégradants."
L'auteur révèle des chiffres glaçants : "Entre 60 000 et 75 000 Guinéens ont été tués par les régimes successifs" depuis l'indépendance, selon les organisations internationales de défense des droits humains qu'il cite. Sous le seul régime de Lansana Conté, "plus d'1,5 million d'habitants ont fui le pays."
Un écosystème de prédation
Le philosophe décrit un système qui dépasse la simple répression politique. Les régimes militaires ouest-africains ont mis en place ce qu'il nomme une "matrice élargie de la prédation", où s'entremêlent "la guerre, l'économie de ponction, l'extraction et la prédation." Il pointe notamment le recours croissant aux mercenaires et l'externalisation de la sécurité vers des opérateurs privés.
En Guinée, la situation économique se dégrade dramatiquement : "Les prix à la consommation enregistrent de fréquentes hausses et près de 10 % de Guinéens n'arrivent plus à manger à leur faim", alerte Mbembé. Pendant ce temps, "la lutte pour le contrôle des moyens de prédation ne cesse de s'envenimer au sein des différentes fractions de l'armée", particulièrement dans le secteur minier.
Pour l'intellectuel, cette situation fait de la Guinée "une menace objective pour la paix, la sécurité et la stabilité régionale." Il prédit une "intensification des tensions sociales" et une "radicalisation de l'opposition", tandis que la junte s'apprête à organiser "des élections en trompe-l'œil" pour se maintenir au pouvoir.
par Bachir Fofana
DIOMAYE RÈGNE, SONKO GOUVERNE
Cet esprit de primauté du parti sur la patrie rend le Premier ministre otage de ses affidés et par la même occasion, fragilise le président de la République
Le dimanche 5 janvier 2025, dans la nuit, Ousmane Sonko, Premier ministre et président du parti Pastef, s’est senti obligé de se présenter devant ses militants pour s’expliquer sur les nominations des nouveaux membres Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). Notamment la très controversée nomination d'Aoua Bocar Ly-Tall. Lors d’un live sur Facebook, pour éclairer sur les motivations de cette décision et apaiser les tensions, il a rejeté toute interprétation politisée de cette nomination : «Le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie. Si certains pensent que nous identifions tous nos détracteurs, ils se trompent. Le président de la République n’a jamais pris la défense de ceux qui étaient là pour insulter Ousmane Sonko.» Pour lui, l’intérêt général doit primer sur les rivalités personnelles. «Les Sénégalais doivent comprendre que le président de la République est au service de tous les citoyens, sans distinction. Il est impératif que les menaces cessent. Etre patriote ne donne pas le droit de dire tout et n’importe quoi», a estimé le leader de Pastef, non sans souligner qu’il n’y a pas «plus patriote que Bassirou Diomaye Faye qui a fait la prison pour (le) défendre».
Pour faire simple, ce sont des «Pastéfiens» qui attaquent Pastef et c’est le leader, en vrai gourou, qui apaise ses partisans. C’est du «eux dans eux». Normalement, cela ne devrait nullement valoir une ligne, mais dès l’instant que cela touche à la République, cela devient une affaire sérieuse qui mérite qu’on y prête attention. En effet, nous voici dans une nouvelle manifestation de ce que Alioune Tine appelle «l’Etat pastéfien», cette démarche qui voudrait que les intérêts d’une association privée soient au-dessus de République et de l’intérêt général. «De mon point de vue, après avoir assisté à ce qu’on peut appeler un Etat agressif, nous n’avons pas l’impression d’avoir tourné la page de l’Etat-partisan. On a l’impression qu’il se met en place petit à petit un Etat «pastéfien»», avertissait Tine le 7 juin 2024.
Cet esprit de primauté du parti sur la Patrie rend Ousmane Sonko otage de ses affidés et par la même occasion fragilise le président de la République. Que des militants ou même des citoyens trouvent quelque chose à dire sur des nominations, c’est normal et même acceptable en démocratie. Mais que le chef du gouvernement se sente obligé de s’expliquer, ne met pas celui-ci à la hauteur de la fonction qu’il occupe. Car il n’a pas le recul nécessaire pour apprécier les situations. Il a la chance d’avoir une meute qui ne jure que par lui et pour lui au point de voir certains parmi eux s’en prendre violemment au chef de l’Etat sans que cela ne déclenche chez le ministre de la Justice et le procureur de la République, les mécanismes habituels de protection de la clé de voûte des institutions.
Mieux, en disant : «le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie», Sonko confirme à nouveau Aliou Tine qui prévenait aussi sur «l’inversion qu’il y a au niveau de la hiérarchie du parti au pouvoir (Pastef)…», mais fait arracher les cheveux aux juristes quant au sens à donner à l’article 44 de la Constitution («Le président de la République nomme aux emplois civils»). En effet, le président de la République peut consulter ses collaborateurs, notamment le Premier ministre, sur les nominations qu’il veut faire. Sonko aurait dû dire «le Président m’a consulté …».
Ce lapsus (ou propos fait à dessein) ne fait que confirmer là où se trouve le centre de décisions actuellement au Sénégal en dépit des dénégations. Diomaye règne, Sonko gouverne.
Et il gouverne en s’arrogeant des pouvoirs du président de la République, et même ceux de ses ministres. Et le communiqué du Conseil des ministres du 8 janvier dernier indique que le chef du gouvernement veut se donner le pouvoir de valider désormais toutes les dépenses d’investissement. A ce jour, c’est une mission qui revenait au ministre des Finances, Ordonnateur principal des dépenses et des recettes de l’Etat. Or, ce dernier est sous l’autorité directe du chef de l’Etat, tout comme les ministres des Affaires étrangères ou de la Justice. Tout ce monde a vu le Premier ministre empiéter sur leurs prérogatives.
«Le Premier ministre a décidé que toutes les dépenses d’investissement seront validées à son niveau. Un tableau prévisionnel des opérations financières de l’Etat sera soumis par quinzaine», lit-on dans ledit communiqué qui ajoute que Sonko est «soucieux d’une exécution efficace des politiques publiques», surtout concernant le suivi et l’évaluation des projets «découlant des 26 objectifs stratégiques et des réformes du plan quinquennal 2025-2029». Il s’agit de ne pas oublier que «la rationalisation, la priorisation et l’efficience dans l’utilisation des ressources publiques restent un enjeu majeur pour le gouvernement». Qui trop embrasse mal étreint, dit l’adage.
L’on se rappelle la chanson de Talla Sylla au début des années 2000 sur le président Abdoulaye Wade, caricaturé comme un chauffeur de «Car rapide» qui conduit, encaisse les passagers et même change des écrous. Nous n’en sommes pas loin en tout cas.
Alioune Sall, symbole de l’inaptocratie
Pouvait-il en être autrement ? Nous nageons en plein dans l’inaptocratie, ou ineptocratie. C’est ce système de gouvernement dans lequel les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire. Les électeurs sont les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir. Les inaptes sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. Et le ministre de la Communication semble en être la parfaite illustration. Le ministre de la Communication, c’est une calamité pour tous les secteurs dont il a la charge. La démarche classique, c’est que ce sont les acteurs qui amènent des problèmes et le ministre trouve des solutions. L’autorité publique règle les problèmes du secteur. Mais nous voici en face d’un ministre qui créée des problèmes sur du faux.
Sur l’aide à la presse, il a sciemment présenté les choses de façon à donner aux médias une image de suceurs des deniers publics. Lors de sa conférence de presse en août dernier, il avait présenté la rubrique «Autres » dans l’aide à la presse de façon très manipulatrice pour laisser entendre que c’est une nébuleuse, en oubliant de dire que dans celle-ci il y a le financement des formations des journalistes, le budget des associations telles que le Cored, ou les subventions aux 200 radios communautaires qui foisonnent dans tout le pays.
Quelques jours plus tard, le voici qui ouvre un nouveau front avec les médias, avec cette histoire de reconnaissance des organes de presse. Laquelle reconnaissance s’est faite en violation du Code de la presse sur lequel il a pourtant voulu s’appuyer pour effectuer ce travail digne de Goebbels. Le parallèle entre Goebbels et Pastef est troublant, non pas en raison d’une similitude absolue des contextes ou des idéologies, mais par des méthodes communes de manipulation et de contrôle de l’information.
En contrôlant les médias, en limitant la liberté de la presse et en renforçant une rhétorique divisive, le régime actuel risque de fragiliser encore davantage une société déjà marquée par des tensions profondes. L’histoire enseigne que la manipulation de l’information et la marginalisation des voix discordantes sont les premiers signes d’une démocratie en péril. Les médias, lorsqu’ils deviennent des instruments de propagande, perdent leur rôle fondamental de contre-pouvoir. Ce fut le cas en Allemagne nazie, où la propagande de Goebbels a permis de justifier les pires abus. Ce risque guette aujourd’hui le Sénégal.
Vient ensuite la nomination des membres du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) pendant que les professionnels de l’information attendaient la mise en place de la Haute Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle (Harca), conformément aux textes pertinents du nouveau Code de la presse, tout en respectant les critères objectifs de nomination. Le «jub, jubal, jubanti» commence par le respect des lois en vigueur, sinon il reste un slogan creux.
Et Alioune Sall semble s’inscrire dans du «maa tey» dans toute sa démarche. Pour preuve, le Cdeps a dénoncé son exclusion de «l’avant-projet de la loi sur la publicité (…), tant dans sa phase d’élaboration que dans l’identification des acteurs du secteur». A l’instar du Cdeps, la Fédération des acteurs de la communication et de l’information du Sénégal (Facs) s’en est aussi prise aux façons de la tutelle, en commençant par son attitude «cavalière et non inclusive». Selon le Ben de la Facs, le ministre de la Communication traîne une autre faiblesse, à savoir «sa méconnaissance manifeste de la structuration du tissu des entreprises de presse du Sénégal majoritairement composé d’entreprises de type informel à l’image du reste du tissu économique sénégalais et l’absence de mesures d’accompagnement de ces entreprises vers la formalisation». On fait mieux quand on sait pourquoi on fait, mais Alioune Sall ne semble pas savoir où aller.
Outre le secteur des médias, les autres pans du ministère (Poste, télécommunications, Economie numérique,…) souffrent de la démarche cavalière d’un ministre sous l’emprise de son Conseiller Vieux Aïdara, sorte de Raspoutine à la sauce tropicale. D’ailleurs, l’on se demande, comme le journal L’Obs, comment se fait-il que ce contumax soit encore en liberté ? En 2015, dans le dossier concernant Karim Wade relativement à l’enrichissement illicite, Vieux Aïdara, exilé depuis 2012, avait été condamné par défaut à 10 ans de prison pour complicité d’enrichissement illicite.
Sûrement que le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, qui se veut chantre de l’application rigoureuse de la loi, « sans état d’âme », ne sait que Aïdara « mâchouille » l’oreille de son collègue. Mais ce qui est certain c’est qu’aucun régime qui veut opérer une rupture systémique ne devrait couvrir dans ses basques pareille personne. Quelles que soient ses idées et ses relations, un repris de justice reste un justiciable comme tout le monde et doit expier sa sentence dans sa globalité avant de prétendre à toute réhabilitation.
LOMPOUL, L’OASIS DE LA DISCORDE
L'oasis artificielle créée par la GCO pour deux milliards ne convainc pas les populations locales, témoins impuissants de la dégradation de leur écosystème. Cette situation cristallise le débat plus large sur la gestion des ressources minières au Sénégal
Dix ans après sa phase de production, Grande côte opérations (Gco) fait toujours face à la défiance des populations impactées par l’exploitation du zircon. L’oasis d’un investissement de 2 milliards de FCfa de la Gco, implantée à Lompoul, au cœur du désert, n’a pas rabaissé la tension entre deux camps qui se regardent en chiens de faïence. Pollution des sols et de la nappe, retombées économiques sans effets sur les impactés, péril environnemental… le zircon embrase cette partie de la zone des Niayes.
Autour des dunes de sable, hauts monticules dignes du grand erg de la Mauritanie, aucune trace de vie, si ce n’est un groupe de vaches qui déambule péniblement pour traverser l’asphalte brûlant. A Lompoul, dans le désert de Louga, à 190 km de Dakar, l’exploitation du zircon et autres minerais a détruit la végétation. Pourtant, le panorama lunaire laisse soudain place à une immense étendue verdoyante : l’oasis du désert. Des cases à l’architecture saharienne, des tentes en dur et des suites avec chacune une piscine privée. Cerise sur le gâteau : une piscine de 2000 m2. « Nous n’avons pas encore commencé à exploiter, on est dans la mise en place. Les travaux sont finis depuis fin octobre 2024. On attend des démarches pour exploiter. C’est tout un circuit qui part du ministre des Mines au ministère du Tourisme », explique Mamadou Kabirou Ba, Directeur de l’hôtel « Oasis du désert ».
A Lompoul, une partie de la zone des Niayes, situé dans la commune de Kab Gaye (département de Louga), il souffle un vent sec et bouillant de chaleur, étouffant l’horizon et le ciel, ce jeudi 12 décembre. Un no man’s land que la Grande côte opérations (Gco) a choisi pour relancer le tourisme.
« L’oasis du Sénégal a été voulu et conçu dans des zones où l’activité minière s’est déjà déroulée. Nous avons jugé nécessaire de bâtir cet édifice pour redynamiser le tourisme dans la zone », explique Frédéric Zanklan, directeur général de la Gco. D’après lui, l’oasis érigé sur 200 ha pour un financement de 2 milliards de FCfa, fait partie des 900 ha que l’entreprise filiale du groupe Eramet compte restituer à l’Etat du Sénégal dans les jours à venir. « 80% du désert sont détruits par Gco » Le réceptif hôtelier bénéficie d’un réseau d’adduction d’eau et électrique. « Le site est magnifique et on espère faire une très bonne exploitation », s’enthousiasme le directeur de l’hôtel.
Dans cette partie du désert, jadis forêt classée sous le contrôle du Direction des eaux et forêts, se déroule la phase de concentration des minerais de sable. On est à un moment émerveillé par la drague qui recueille le sable humide et les concentre notamment par moyen de spirales. Cette usine flottante appelée Wcp récupère 2% de minéraux concentrés et restitue à l’arrière de l’usine les 98% du sable extraits ne comportant pas de sables minéralisés : zircon, ilménite, rutile…Mais tout le monde n’est pas conquis. Cette oasis ne nous intéresse pas », rejette Gora, maire de Diokoul Dieuwrigne.
En effet, les communes de Kab Gaye, de Thieppe et de Diokoul Dieuwrigne ont décidé de faire front commun dans la lutte contre la Gco. Leur porte-parole, Gora Gaye, définit leurs priorités : « Nous menons un combat de justice. Il s’agit d’arrêter la destruction de notre écosystème, d’évaluer les dégâts avec la disparition du désert de Lompoul. On veut panser nos plaies et redonner espoir à nos populations. » Selon l’édile, la stratégie de Gco est de tenter de se détourner de l’essentiel en parlant d’oasis. « C’est un épiphénomène. Malheureusement, cette entreprise minière veut et embarque déjà certains dans cette affaire. Aujourd’hui, 80% du désert sont détruits par Gco », déplore-t-il. Le maire Gora Gaye demande ainsi au ministère des Mines et au ministère du Tourisme de réaliser une étude d’évaluation relative à l’impact de la disparition du désert de Lompoul sur l’économie du Sénégal.
Interrogations sur le montant versé comme part de l’Etat
Le Code minier 2016 prévoit en son article 33, que l’État peut conclure des contrats de partage de production avec les sociétés minières. En effet, le but est de fixer les rapports entre l’État et le contractant pendant toute la durée des opérations minières. A la Grande côte opérations (Gco) qui détient un permis de 25 ans, le groupe Eramet détient les 90% du capital laissant 10% à l’Etat du Sénégal. Toutefois, l’avenant 1 à la convention minière avec Gco a prévu exceptionnellement dans son article 24 que pendant la durée du projet, l’État aura le droit d’acquérir 10% de la production de la société d’exploitation sur la base de la formule du coût majoré telle que définit à l’annexe dudit avenant.
Dans sa livraison du 23 décembre, le journal sénégalais « Libération » révélait que Gco, « n’a jamais versé de gains à l’Etat » et « verse une ridicule redevance de 4% sur la valeur marchande à l’État ». Cependant, pour maximiser ses profits et dribbler l’Etat, écrit le quotidien spécialisé dans les scandales financiers et faits divers, « Gco a signé un contrat de distribution du zircon avec la société Emas qui est…contrôlée par Eramet ; le zircon lui est vendu trois fois moins cher que les prix du marché ».
« Le Soleil » a fouillé le rapport de l’Itie pour savoir qu’en 2023, la déclaration de la Gco fait état d’un paiement de 5 milliards 957 millions 227 mille 301 FCfa au titre du partage de production pour le projet Diogo, effectué le 8 novembre 2023. Interpellée, la Direction générale des mines a précisé qu’il s’agissait d’une redevance minière et non une part de l’État. Cette entité du ministère de l’Energie, du Pétrole et des Mines concède aussi qu’il s’agit d’une spécificité prévue dans l’accord avec Gco.
« Toutefois, la Dgm traite ce paiement comme redevance minière spécifique, impliquant une vérification de l’application de la formule prévue dans l’avenant », indique le rapport de l’Itie. Le document note que la part en nature de l’Etat n’a pas été déclarée ni par la Dgm ni par la société. Contacté, Ngagne Demba Touré, directeur général de la Société des Mines du Sénégal (Somisen) dit être en train de réaliser un audit de la gestion des entreprises minières.
Gco a fait plus de 141 milliards de FCfa de chiffres d’affaires en 2023
D’après le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, ITIE la Grande côte opérations a extrait au cours de cette année 292.630 tonnes d’ilménite 54 et 28956 tonnes de zircon premium. Pour le zircon standard, la filiale du groupe français Eramet a sorti du sol 19.442 tonnes et 110.527 tonnes d’ilménite 58. Pour le leucoxène, c’est 4.942 tonnes tandis que le rutile en est à 3.081 tonnes. 24.927 tonnes de médium grade zircon sand et 18 238 tonnes d’ilménite 56 sont sorties des terres de Diogo par la Gco. D’après l’Itie, en 2023, Gco a réalisé un chiffre d’affaires de 141 milliards 64 millions 555 mille 704 FCfa.
Toutefois, de 2013 à 2023, exploitant les rapports de la Gco, le maire Gora Gaye relève que l’entreprise a versé à l’Etat 51 milliards 293 millions 677 mille 862 FCfa en termes de redevances minières, soit 4,6 milliards par an. « Si on y ajoute ce que Gco donne à la Cedeao, à l’Uemoa et les cotisations sociales, c’est 110 milliards 349 millions de FCfa, soit à peu près 10 milliards par an. Ce que Gco coûte à l’économie, à notre écosystème, tout ce que l’Etat a investi pendant 80 ans pour réserver cette zone, est-ce que 10 milliards par an en valent la peine ? », s’interroge-t-il.
NE RIEN CÉDEZ À LA TENTATION DU PARTI-ÉTAT
L'imam Kanté rappelle au président Bassirou Diomaye Faye ses obligations constitutionnelles et l'importance de maintenir l'égalité entre tous les citoyens
L’imam Ahmadou Mactar Kanté n’est pas pour le retour au parti-Etat comme théorisé par certains Sénégalais. Ainsi, il conseille au chef de l’Etat à ne pas céder à la tentation de ce système qui n’a apporté que «l’arrogance du pouvoir». Revenir à ce système, amènerait à être en déphasage avec le principe constitutionnel d’égalité citoyenne qu’offre l’Etat et du «jub jubal, jubanti »
« Vigilance. » C’est ce à quoi l’imam Ahmadou Mactar Kanté appelle le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye. Dans un post publié hier sur sa page Facebook, le guide religieux exhorte le président de la République à ne pas céder à la tentation du parti-Etat. «Il faut encourager le Président à ne rien céder à la tentation du parti-Etat», a-t-il déclaré. D’après imam Kanté, «il semble que certains veulent faire revenir, après l’avoir dénoncé hier, ce système moche et injuste qui a tellement retardé nos pays». Mais, à en croire l’imam Kanté, depuis son expérimentation jusqu’à ce jour, ce système n’a rien apporté de nouveau, sinon que «l’arrogance du pouvoir». Suffisant pour lui de rappeler dans son texte que «le Sénégal est plus grand que les partis et parties qui le composent et que le Président a juré d’en être le garant».
Selon l’imam Kanté, «le problème ne se limite pas à la contestation des prérogatives constitutionnelles du président de la République. Car d’autres responsables, ministres, directeurs, Pca, etc., peuvent licencier ou recruter sur des bases partisanes».
Ainsi, pour le guide religieux, ramener ce principe serait synonyme de «remettre en cause le principe constitutionnel d’égalité citoyenne qu’offre l’Etat». Et en le faisant, le chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, s’écarte du triptyque «jub, jubal, jubanti».
«Si patriotisme rime avec discrimination d’appartenance politique, on n’est pas sorti de l’ornière, mais on est sorti du jub, jubal, jubanti ! Et si on a le prophète (Saws) comme mentor politique, il y a des postures à éviter et des options à privilégier», a soutenu le religieux. Avant de préciser : «Chaque citoyen sénégalais a le droit d’être en phase avec un parti ou non sans que cela n’autorise les pouvoirs publics à faire montre de discrimination le concernant. Sous ce rapport, il urge que le président de la République soit soutenu comme il sied face aux velléités de le faire dévier de ses obligations constitutionnelles, quels qu’en soient les auteurs.»
L’imam Ahmadou Mactar Kanté suggère ainsi au parti Pastef de diriger le pays avec beaucoup d’humilité et de justice. «Le parti Pastef doit non pas savoir, il le sait, mais assumer avec humilité, justice et efficacité, son statut de parti que le Peuple sénégalais a plébiscité pour qu’il gouverne dans le bien, le vrai, le juste et le beau afin que Sunugal arrive à bon port», a-t-il conclu son propos, tout en promettant de veiller à la bonne marche du pays si Dieu lui en donne les moyens.
LES PATRONS SONNENT L'ALARME POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
Les chefs d'entreprises, banquiers et représentants de l'État appellent à une refonte complète des stratégies d'investissement et de développement industriel. Cette transformation passe par un renforcement des compétences locales
Dans le cadre de la célébration des 18 ans du magazine « Réussir Business », un panel a été organisé à Dakar sur le thème « Le Sénégal à l'heure du développement endogène : les principaux leviers d'une rupture systémique ». Cet événement a rassemblé des représentants de l'État, des chefs d'entreprises, des experts et des dirigeants d'établissements financiers, notamment des banques et des sociétés d'assurance.
Les participants ont déploré la fermeture de plusieurs usines emblématiques, telles que SEIB, SOTIBA et BATA, ainsi que la persistance d'investissements jugés obsolètes. Ils ont souligné que le Sénégal ne peut rester isolé dans un monde marqué par une ouverture croissante des marchés. Toutefois, ils ont plaidé pour la protection des entreprises émergentes, souvent vulnérables face aux multinationales, et pour des réformes permettant une pleine participation des acteurs nationaux à l'activité économique.
Le panel a également évoqué le rôle du nouveau référentiel des politiques publiques intitulé « Sénégal 2025 : agenda national de transformation », qui vise à faire du pays une nation souveraine, juste et prospère. Pour y parvenir, les panélistes ont mis en avant la nécessité de rompre avec des modèles économiques basés sur la dépendance à l'aide extérieure et la dette publique. À la place, ils prônent une mobilisation des ressources pour renforcer l'autonomie économique, énergétique, alimentaire, sociale et culturelle.
Le Président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), M. Adama Lam, a insisté sur le potentiel du secteur privé, composé de nombreux entrepreneurs compétents et engagés. Selon lui, l'accompagnement de ce secteur est essentiel pour relancer l'économie nationale et poser les bases d'un développement endogène. Il a toutefois déploré le manque d'opportunités d'investissement au Sénégal comparé à d'autres pays de la sous-région, ainsi que les procédures longues et complexes liées aux appels à candidature.
Les interventions ont en outre mis en lumière plusieurs axes d'amélioration dont la révision des textes structurants de l'investissement. Les six textes qui encadrent l'investissement doivent ainsi être réformés pour stimuler le développement. Il est également urgent pour ces acteurs de promouvoir l'autosuffisance économique. Chaque année, 135 milliards de FCFA sont dépensés pour importer des moutons de Tabaski, principalement du Mali. Cette situation pourrait être corrigée en développant des capacités locales.
Il est de même question d'encourager la formation technique et professionnelle car il est urgent de renforcer les compétences dans les métiers industriels et d'accélérer la mécanisation de l'agriculture. Le développement des infrastructures industrielles reste aussi une priorité et, pour les panélistes, cela inclut la création de pôles de développement et la structuration des filières industrielles pour favoriser la création de chaînes de valeur complètes, comme dans les secteurs du coton, de l'arachide et de l'anacarde. Un autre point qui a attiré l'attention des acteurs est de favoriser les énergies renouvelables par le biais de la promotion et de l'intensification de l'énergie solaire et éolienne.
Le panel a conclu sur la nécessité d'un travail acharné et d'une mobilisation collective pour relever le défi du développement endogène. Des actions concrètes et immédiates doivent remplacer les discours et slogans pour faire du Sénégal une économie prospère et autonome, ont-ils signifié.
LA GENDARMERIE SÉNÉGALAISE RENFORCÉE PAR LE SOUTIEN AMÉRICAIN
La coopération militaire entre les États-Unis et le Sénégal franchit un nouveau cap avec un don d'équipements stratégiques d'une valeur de 750 000 dollars
Dans le cadre d'un partenariat stratégique, les États-Unis ont remis, le 7 janvier 2025, à la Gendarmerie nationale du Sénégal un ensemble d'équipements modernes destinés à renforcer la sécurité des frontières. Ces matériels, d'une valeur de plus de 750 000 dollars (plus de 450 millions de francs CFA), incluent des lunettes de vision nocturne, des appareils GPS, des casques, des boucliers balistiques ainsi que des équipements médicaux essentiels.
La cérémonie officielle de remise s'est tenue au Centre régional d'entraînement tactique de Thiès. Elle a mis en évidence le soutien constant des États-Unis aux efforts du Sénégal pour protéger ses frontières et assurer la sécurité de ses citoyens. Cette initiative s'inscrit dans le cadre d'un programme quadriennal visant à améliorer les capacités des forces de sécurité sénégalaises.
L'objectif principal de ce programme est de développer une collaboration efficace pour identifier et contrer les menaces transfrontalières, notamment le trafic illicite de stupéfiants, d'armes et d'êtres humains. À travers des initiatives conjuguant formation et partage de ressources, ce partenariat renforce non seulement la sécurité nationale du Sénégal, mais contribue également à la stabilité régionale.
L'ambassadeur des États-Unis au Sénégal, Michael Raynor, a exprimé sa satisfaction lors de la cérémonie : « Les États-Unis sont fiers de soutenir les efforts du Sénégal pour protéger ses frontières en fournissant des équipements modernes et de haute qualité qui renforceront les capacités opérationnelles de la Gendarmerie nationale. Notre partenariat continu pour renforcer la sécurité des frontières reflète notre engagement permanent envers la sécurité et le bien-être du peuple sénégalais. »
Cette initiative souligne une fois de plus la profondeur du partenariat entre les deux nations et leur détermination commune à promouvoir la paix et la sécurité dans la région. Elle souligne une fois de plus la profondeur du partenariat entre les deux nations et leur détermination commune à promouvoir la paix et la sécurité dans la région, relèvent les responsables.
CE GRAND CHANTIER DE L'ÉTAT
Depuis huit ans, chaque nouvelle tentative de mise aux normes du secteur des deux roues s'est soldée par un échec. Le nouveau pouvoir s'attaque à son tour à ce dossier sensible, mêlant enjeux de sécurité publique et réalités socio-économiques
L'État a annoncé, à plusieurs occasions, la réglementation de la circulation des deux-roues. En attendant la mise en œuvre des directives édictées dont l'immatriculation systématique, force est de relever que les autorités publiques se sont déjà attaquées, au cours des huit dernières années et sans grands résultats, à la question de la régulation de cette nouvelle forme de transport public urbain dont l'essor s'accompagne de moult désagréments dans le quotidien des Sénégalais, même s'il y a des avantages dans la lutte contre le sous-emploi des jeunes.
Le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens (MITTA) a récemment décidé que les détenteurs de motos 2 roues de cylindrée supérieure à 49 cc et non immatriculées, ont un délai de trois mois pour se faire immatriculer. Ce qui n'a pas manqué de susciter des mouvements d'humeur et des manifestations de rue, quoique sporadiques, de la part des conducteurs de deux-roues aussi bien à Ziguinchor, Sédhiou et Dakar (rond-point Cambérène). Cette nouvelle tentative des pouvoirs publics ravive les difficultés à faire régner l'ordre dans le secteur.
En effet, l'État avait annoncé des mesures en grande pompe, allant dans le sens de l'immatriculation, le port obligatoire de casques et le respect du Code de la route, entre autres. En son temps, un délai de six (6) mois avait été accordé aux propriétaires et conducteurs de deux-roues pour se mettre en règle, notamment en ce qui concerne les titres de transport (permis, visite technique, immatriculation) gratuitement.
Rien n'a changé. Déjà, en 2017, lors d'une conférence de presse tenue le 28 février, le chef du Bureau des relations publiques de la Police nationale, Henry Boumy Ciss, avait fait état de mesures prises pour renforcer la sécurité des citoyens. Il s'agissait de l'immatriculation systématique des deux-roues. L'adjudant Henry Boumy Ciss disait, à l'époque, que d'après la législation, seules les motos de 125 cm³ devaient faire l'objet d'immatriculation. Il était aussi annoncé la généralisation des vidéos de surveillance dans les rues de la capitale.
En novembre 2023, lors du vote du budget de son ministère à l'Assemblée nationale, Mansour Faye, alors ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, a reconnu les difficultés causées par la circulation des deux-roues, dont le transport de personnes, alors qu'ils n'en ont pas droit. Un texte avait ainsi été annoncé pour encadrer leur circulation. Plusieurs directives ont été édictées par l'ancien régime sans que le résultat escompté ne soit atteint.
Rappelons que lors des derniers événements politiques, la circulation des motos était interdite à plusieurs occasions, pour des raisons de sécurité, disait-on. Justement, pour les mêmes raisons et faute de conformité à la réglementation, des contrôles réguliers sont menés, chaque fois que de besoin, par des agents de la circulation à différents endroits (routes, intersections, ronds-points...) de Dakar et sa banlieue.
Ces contrôles débouchent souvent sur l'arrestation de plusieurs dizaines de motos pour défaut d'immatriculation, de titres et documents de transport (papiers de la moto, permis, assurance, carte grise...). Mais, des minutes plus tard, leurs conducteurs retrouvent tous la circulation, après paiement d'une contravention/amende, sans pour autant qu'ils ne soient en règle. Au grand dam... de la sécurité routière et publique.
Dans les villes et villages sénégalaises, on note de plus en plus la circulation des motocyclistes qui concurrencent partout ou presque les véhicules de transport en commun de voyageurs. Après les villes et localités de l'intérieur du pays, Dakar est actuellement fortement envahi par ces moyens de transport. Leur forte présence ces dernières années n'est pas sans conséquence souvent néfaste sur la sécurité routière et même publique.
Accidents de la route, agressions multiples, vols à l'arrachée, non-respect du Code de la route et de la réglementation, défaut de documents et titres de transport (permis de conduire, assurance, carte grise/visite technique, défaut d'immatriculation...) et mauvais comportements des conducteurs (non-respect du port de casques et des feux tricolores, faire fi des indications des agents régulant la circulation...), sont la marque de ce secteur investi en majorité par des jeunes à peine sortis de l'adolescence.
Reste maintenant à savoir si le bras de fer engagé par les nouvelles autorités contre les deux-roues va déboucher, pour de bon, sur la régularisation et la régulation de ce sous-secteur du transport.
TRUMP, PREMIER PRÉSIDENT AMÉRICAIN CRIMINEL, MAIS ÉPARGNÉ
Le prochain locataire de la Maison Blanche, reconnu coupable de 34 chefs d'accusation de falsification de documents, ne fera pas de prison. Selon le juge, seule la fonction présidentielle le protège des conséquences de ce verdict
(SenePlus) - Selon les informations rapportées par le New York Times, Donald Trump est devenu vendredi le premier président américain élu à être officiellement reconnu comme un criminel, tout en évitant la prison dans une affaire de falsification de documents commerciaux.
Lors d'une audience virtuelle depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, l'ancien et futur président des États-Unis a reçu une "décharge inconditionnelle" de sa peine - une alternative clémente à l'emprisonnement ou à la mise à l'épreuve - pour 34 chefs d'accusation de falsification de documents commerciaux.
"Jamais auparavant ce tribunal n'a été confronté à des circonstances aussi uniques et remarquables", a déclaré le juge Juan M. Merchan, cité par le New York Times, avant d'expliquer que seule la fonction présidentielle protégeait l'accusé de la gravité du verdict. "Ce tribunal a déterminé que la seule peine légale permettant l'entrée en vigueur de la condamnation sans empiéter sur la plus haute fonction du pays est une décharge inconditionnelle", a-t-il précisé.
L'affaire remonte à 2016, lorsque Trump avait fait verser de l'argent à l'actrice de films pornographiques Stormy Daniels pour acheter son silence concernant une liaison présumée. Selon le quotidien new-yorkais, un jury de douze New-Yorkais avait conclu en mai que Trump avait remboursé son homme de main Michael D. Cohen pour cet argent, puis ordonné la falsification de documents pour dissimuler le paiement.
"C'est un fait, je suis totalement innocent", a déclaré Trump pendant l'audience, qualifiant cette procédure de "très terrible expérience". Son avocat Todd Blanche a dénoncé une ingérence électorale, évoquant "un jour triste" pour la famille Trump et le pays.
Le procureur Joshua Steinglass a quant à lui fustigé l'attitude de l'ancien président : "Loin d'exprimer un quelconque remords pour sa conduite criminelle, l'accusé a délibérément semé le mépris pour nos institutions et l'État de droit", rapporte le New York Times. Il a ajouté que Trump "a causé des dommages durables à la perception publique du système de justice pénale".
Bien que Trump puisse désormais faire appel de sa condamnation, il ne pourra pas s'accorder un pardon présidentiel, celui-ci ne s'appliquant pas aux accusations au niveau des États. Cette décision intervient après que la Cour suprême a rejeté jeudi sa demande de report de l'audience, dans ce que le New York Times qualifie de "surprenante démonstration d'indépendance".
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L'ARMÉE FANTÔME DE MACRON EN AFRIQUE
Derrière ses départs médiatisés du continent africain se cache une réalité plus complexe : dans des aéroports désaffectés, des écoles de cybersécurité et des missions de conseil, l'armée française réinvente sa présence
Du déploiement spectaculaire aux opérations furtives, l'armée française opère une mutation sans précédent sur le continent africain. Exit les bases militaires imposantes et les défilés de Mirage dans le ciel sahélien. Une nouvelle stratégie, plus discrète mais tout aussi stratégique, prend forme dans l'ombre.
Cette métamorphose s'illustre parfaitement au Bénin. Là où jadis les uniformes français s'affichaient ouvertement, des agents opèrent désormais sous couvert d'instructeurs. L'aéroport supposément désaffecté de Tourou s'est transformé en hub secret de surveillance, où drones et avions de reconnaissance scrutent silencieusement les frontières avec le Niger et le Mali.
En Côte d'Ivoire, la transformation est encore plus subtile. Le retrait très médiatisé du 43e BIMA masque une réinvention complète du dispositif militaire. Une école de cybersécurité a pris racine, pendant qu'un réseau discret de renseignement se déploie dans l'ombre des anciennes installations.
Le changement s'étend jusqu'aux méthodes d'influence. Les bataillons d'infanterie cèdent la place aux experts en guerre numérique. Les réseaux sociaux deviennent le nouveau champ de bataille, où des cellules spécialisées mènent des opérations d'influence sophistiquées.
Cette transformation forcée, née des expulsions successives du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et du Sénégal, dessine les contours d'une nouvelle ère. L'armée française, autrefois symbole de puissance visible, se réinvente en force invisible. Une révolution silencieuse qui marque la fin d'une époque et le début d'une autre, plus discrètement mais non moins présente.