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6 avril 2025
Politique
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HALTE AU RETOUR DU PARTI-ÉTAT
Elimane Haby Kane démonte la logique d'appropriation partisane qui menace l'idéal démocratique. Son intervention rappelle que le pouvoir, dans une démocratie moderne, appartient à tous, pas seulement aux militants du parti victorieux
Dans une intervention remarquée lors de l'émission "Objection" de Sud FM ce dimanche 12 janvier 2025, Élimane Haby Kane, président du Think tank Legs Africa, a vivement critiqué les controverses suscitées par les récentes nominations au sein du Conseil National de Régulation de l'Audiovisuel (CNRA), y voyant les signes inquiétants d'un retour aux pratiques du "parti-État".
"Nous sommes en train de vivre un retard de 60 ans", a déclaré l'analyste politique, faisant référence aux premières années post-indépendance marquées par la primauté du parti sur l'État. Selon lui, les pratiques actuelles rappellent dangereusement la période des relations entre Senghor et Mamadou Dia, où le parti devait d'abord se réunir avant toute décision étatique.
Le président de Legs Africa a particulièrement insisté sur l'inadéquation de ces méthodes avec les aspirations démocratiques modernes. "Dans une démocratie moderne comme celle à laquelle nous aspirons, il est inacceptable de dire que ce projet c'est mon projet, c'est moi qui l'applique au détriment de tout le reste", a-t-il souligné, rappelant que le président de la République est élu par l'ensemble des citoyens et non uniquement par les membres de son parti.
Cette dérive vers des pratiques partisanes dans la gestion de l'État constitue, selon Elimane Kane, une menace pour la construction d'institutions véritablement républicaines et impersonnelles. Il a appelé à un retour rapide aux principes fondamentaux de la République, où chaque Sénégalais doit être "considéré au même pied d'égalité".
L'expert a également mis en garde contre les conséquences de cette situation sur le débat public, notant une montée inquiétante de la violence verbale sur les réseaux sociaux et un risque d'ingouvernabilité si ces pratiques persistent.
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PARFOIS LE PEUPLE FAIT DES BÊTISES
On le dit souverain, capable de congédier, par les urnes ou la rue, ceux qui président à ses destinées. Mais le peuple fait-il toujours les bons choix ? Le Pr Buuba Diop n’en est pas convaincu.
Tout souverain que soit le peuple en démocratie, il n’est pas à l’abri de commettre parfois des bêtises, allant à l’encontre de ses propres intérêts. C’est l’avis du professeur Buuba Diop, spécialistes de l’histoire ancienne et directeur de la Chaire sur la résistance de l’Afrique à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Buuba Diop répondait à nos questions, à bâtons rompus, en marge du panel qu’il a co-animé fin décembre, dans le cadre de la première édition d’Africa diaspora festival, initié par le journaliste et critique d’art Alassane Cissé.
Invité de la première édition d’Africa Diaspora Festival, initiée par le journaliste Alassane Cissé, le Pr Buuba Diop a co-animé un panel avec d’autres universitaires à la Maison de la culture Douta Seck le 29 décembre 2024. Pour lui, l’unité de l’Afrique est un impératif si le continent veut être écouté sur la scène internationale. Sans se préalable personne ne risque de prendre la voix de l’Afrique au sérieux.
Que ce soit l’union africaine ou des organisation régionale comme la CEDEAO, unité doit être une urgence. Le chercheur s’est désolé de la dislocation de la CEDEAO avec le départ consommé du Burikna, du Niger et du Mali qui ont créée l’alliance des États du Sahel, après avoir été égratigné par la CEDEAO suite au coups d’États intervenus dans ces trois pays.
Pour autant Buuba Dio marque son total désaccord vis-à-vis des coups de force à la tête des États quelle que soit la raison et quelle que puisse être la nature du putsch : « Les coups d’État, je n’y crois pas. Je crois au processus démocratique », a-t-il soutenu sans ambages.
Quand on lui rappelle que dans le cas du mali, tout est parti du peuple, il rétorque que parfois « le peuple fait des bêtises ».
Professeur d’histoire ancienne et militant de longue date de la société civile africaine, en particulier sénégalaise, le professeur Buuba Diop est directeur de la Chaire ICESCO de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar sur la Résistance africaine.
LA CAPITALE INTROUVABLE DE L'EMPIRE MALIEN
De la Guinée au Sénégal en passant par le Mali actuel, chaque pays d'Afrique de l'Ouest revendique avoir abrité cette cité mythique. Pourtant, malgré des décennies de recherches, son emplacement exact reste aujourd'hui un mystère
(SenePlus) - Dans un article fouillé, Le Monde revient sur l'une des plus grandes énigmes de l'histoire médiévale africaine : la localisation de la capitale de l'empire du Mali, cette puissance qui rayonna du XIIIe au XVIIe siècle sur une grande partie de l'Afrique de l'Ouest.
La description qu'en fait le célèbre voyageur Ibn Battuta évoque une cité médiévale prospère, dotée d'une mosquée, d'un palais, d'entrepôts et d'un quartier réservé aux étrangers. Les échanges commerciaux y étaient florissants, reliant la ville à Sijilmassa au Maroc et au Caire, mais aussi au sud du Sahel. On y négociait or, sel, cauris et céramiques dans des fours à poterie actifs.
Pourtant, comme le confirme l'archéologue malien Mamadou Cissé cité par Le Monde, "au stade actuel des connaissances, je ne peux pas déterminer l'emplacement de la capitale de l'empire du Mali". Cette disparition s'explique en partie par les matériaux de construction utilisés : le banco, un mélange de terre et de paille particulièrement vulnérable à l'érosion.
L'empire malien continue de fasciner les chercheurs, notamment pour sa richesse légendaire incarnée par Mansa Moussa, son dirigeant du XIVe siècle, dont la fortune est aujourd'hui comparée sur les réseaux sociaux à celle des milliardaires contemporains.
La quête de cette capitale perdue a donné lieu à de multiples théories. L'historien français Hadrien Collet parle même d'"obsession". Si l'anthropologue Claude Meillassoux a proposé l'est du Sénégal, c'est la ville de Niani en Guinée qui s'est longtemps imposée comme hypothèse privilégiée.
L'historien malien Doulaye Konaté rappelle le contexte politique de ces recherches : "À l'indépendance, les Républiques malienne et guinéenne ont voulu établir un lien avec la mémoire prestigieuse du sultanat". Modibo Keïta, premier président du Mali, revendiquait ainsi une filiation avec Soundiata Keïta, le fondateur de l'empire.
Une nouvelle piste a été proposée en 2021 par l'historien François-Xavier Fauvelle, qui identifie une zone au nord-est de Ségou, au Mali, décrite comme un "seuil" entre mondes islamique et païen, désertique et fluvial. Malheureusement, l'insécurité dans la région empêche toute fouille archéologique.
Cette recherche a néanmoins fait progresser la connaissance historique. Elle a notamment permis de remettre en question certaines idées reçues. Ainsi, comme le souligne Doulaye Konaté, "il semblerait que 'l'empire mandingue' était en fait très multiculturel, tant à son époque que dans ses héritages". Les chercheurs ont également découvert que la prospérité de l'empire reposait autant sur l'agriculture et l'artisanat que sur le commerce transsaharien.
La capitale pourrait même n'avoir jamais existé sous la forme imaginée, certains chercheurs évoquant la possibilité d'une cour itinérante, remettant ainsi en question une vision peut-être trop européenne du pouvoir médiéval africain.
LE CONTINENT AFRICAIN PRISONNIER DE SES VISAS
Pour la journaliste Marie de Vergès, "plus de soixante ans après les indépendances, l'Afrique aurait davantage à gagner à s'ouvrir à elle-même, plutôt qu'à protéger des frontières tracées par les colons européens il y a cent quarante ans"
(SenePlus) - Dans une chronique publiée le 9 janvier 2025 dans Le Monde, Marie de Vergès dresse un constat alarmant de la circulation des personnes sur le continent africain, révélant les nombreux obstacles qui entravent encore la mobilité des Africains au sein de leur propre continent.
Alors que le Ghana vient d'ouvrir ses frontières sans visa aux détenteurs de passeports africains depuis le début de l'année 2025, cette décision apparaît comme une exception notable. Selon la chronique, seuls quatre autres États sur les cinquante-quatre que compte le continent - le Bénin, la Gambie, le Rwanda et les Seychelles - accordent une telle exemption aux ressortissants africains.
Cette situation paradoxale n'épargne personne, pas même les plus influents. Le magnat nigérian Aliko Dangote, présenté comme l'homme le plus riche d'Afrique, s'en est publiquement plaint lors d'un forum économique au Rwanda en mai 2024 : "En tant qu'investisseur qui souhaite faire prospérer l'Afrique, je dois demander trente-cinq visas différents", a-t-il déclaré, soulignant l'absurdité de devoir "déposer [son] passeport dans les ambassades" malgré son statut d'investisseur majeur présent dans dix-huit pays du continent.
La chronique met en lumière des situations particulièrement aberrantes, comme celle des deux Congo. Les habitants de Brazzaville et de Kinshasa, dont les capitales ne sont séparées que par vingt minutes de traversée en ferry sur le fleuve Congo, doivent présenter passeport et visa pour se rendre d'une rive à l'autre.
Certes, des progrès ont été réalisés, comme le note Marie de Vergès. Selon l'indice d'ouverture en matière de visas de la Banque africaine de développement, le nombre de pays proposant des visas électroniques est passé de moins de dix à vingt-six depuis 2016. Des espaces de libre circulation existent également au sein de certains blocs régionaux, comme la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.
Pourtant, les obstacles demeurent nombreux. La chroniqueuse cite notamment "les critères d'éligibilité flous, la paperasserie, les longs délais de traitement" qui compliquent l'obtention des visas. Cette situation a des répercussions économiques majeures : le commerce intra-africain ne représente que 15 % des échanges commerciaux du continent.
Une solution existe pourtant sur le papier. En 2018, l'Union africaine a adopté un protocole visant à permettre aux Africains de voyager sans visa dans n'importe quel pays du continent pour une durée maximale de quatre-vingt-dix jours. Mais la chronique révèle que sur les trente-deux pays signataires, seuls quatre l'ont ratifié (Mali, Niger, Rwanda et Sao Tomé-et-Principe), bien loin des quinze ratifications nécessaires pour son entrée en vigueur.
Les réticences des États s'expliquent par diverses craintes : concurrence sur le marché du travail, augmentation de la contrebande et de la criminalité, ou encore propagation des maladies. Mais comme le conclut la journaliste du Monde, "plus de soixante ans après les indépendances, l'Afrique aurait davantage à gagner à s'ouvrir à elle-même, plutôt qu'à protéger des frontières tracées par les colons européens il y a cent quarante ans."
PURGE OU PURIFICATION ?
Le nouveau pouvoir remet en cause le principe de neutralité administrative, considérant certains hauts fonctionnaires comme trop liés à l'ancien régime. Une volonté de rupture qui suscite inquiétudes et controverses au sein de l'appareil d'État
Le Sénégal est en proie à une profonde mutation administrative. Les récents changements politiques ont relancé un débat houleux sur l'impartialité des fonctionnaires et le rôle de l'Administration dans la société. Les accusations de politisation de l'État, portées notamment par la presse, ont mis en lumière les tensions entre la volonté de rupture et la nécessité de préserver une Administration efficace et neutre. Alors que le nouveau régime cherche à imprimer sa marque, les questions se multiplient quant aux critères de sélection des agents publics et aux conséquences de ces choix sur la qualité des services rendus.
La question de l'impartialité au sein de l'Administration publique sénégalaise a été récemment relancée par les médias, dans un contexte politique marqué par des tensions. Les accusations portées à l'encontre de certains fonctionnaires ont ravivé le débat sur leur rôle et leur indépendance. Alors qu'un nouveau régime vise à instaurer un changement, des opinions divergentes se confrontent, souvent teintées de ressentiment et de manipulations.
Récemment, les médias ont soulevé un tollé en désignant plusieurs dirigeants du secteur énergétique comme des ‘’figures du système Macky Sall’’. Cette dénonciation a aussi bien suscité des applaudissements que des critiques virulentes. Les partisans de la nouvelle administration, notamment ceux du parti Pastef, saluent la volonté de séparer les partisans du passé des nouvelles dynamiques nécessaires à la construction d’un Sénégal nouveau.
En revanche, d'autres considèrent cette politique de ‘’purification’’ comme dangereuse pour le bon fonctionnement de l’Administration.
Pour les partisans de Pastef, l’heure n’est plus à la cohabitation avec ceux qui ont, par le passé, été perçus comme des obstacles à la mise en œuvre d'une gouvernance nouvelle. Ils soutiennent que l’Administration publique doit être composée de personnalités qui croient profondément aux nouvelles orientations politiques. Cette position traduit une volonté affirmée d'assainir le paysage administratif, de manière à ne plus laisser de la place à ceux qui pourraient freiner des initiatives jugées nécessaires à l'épanouissement du pays.
Dans cet esprit, les militants de Pastef soulignent la nécessité d'un changement radical, affirmant que les choix passés de certains fonctionnaires, notamment ceux ayant servi le régime précédent, doivent être réexaminés.
Loin de constituer un appel à la chasse aux sorcières, il s'agit d'une démarche perçue comme essentielle pour instaurer une confiance résolue entre le peuple, le gouvernement et l'Administration.
Cependant, cette approche, si elle est soutenue par une part significative de la population, suscite des questionnements quant à ses implications. L’exclusion systématique de fonctionnaires basés sur leur passé peut engendrer un climat de méfiance au sein de l’appareil d'État, nuisant à la continuité et à l'efficacité des services publics.
Les critiques émergent, notamment autour de la question de savoir si l'efficacité des services peut véritablement se fonder sur des affiliations politiques ou si elle ne devrait pas reposer davantage sur la compétence et l'intégrité des agents en place. Les récentes réalisations dans le secteur énergétique témoignent du fait que de nombreux hauts fonctionnaires ont accompli leur devoir avec loyauté, indépendamment des affiliations politiques.
Pour certains militants moins exigeants et partisans, cette démarche ne vise pas à instaurer une chasse aux sorcières, mais plutôt à garantir une Administration dynamique et efficace, capable de répondre aux défis actuels. La sélection des fonctionnaires devrait se baser sur le mérite, la compétence et l'engagement professionnel.
En procédant de la sorte, l'État peut non seulement renforcer son fonctionnement, mais aussi rétablir la confiance du public envers son Administration.
Conséquences de l'impartialité dans l'Administration
L'Administration sénégalaise a longtemps été perçue comme un bastion de continuité, transcendant les changements politiques. Les fonctionnaires, qu'ils soient hauts cadres ou simples agents, se sont souvent adaptés aux besoins des différents régimes.
Cependant, l'arrivée de Pastef a amorcé un changement de paradigme : ceux qui ne partagent pas les valeurs du nouveau régime se voient souvent exclus, ce qui constitue une dérive inquiétante. Fary Ndao, un acteur engagé, a partagé son inquiétude sur cette tendance, arguant que l'Administration doit rester un patrimoine commun, au service de tous, sans considération d'appartenance politique.
Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l'Énergie Birame Soulèye Diop, l’inspecteur Abdoulaye Sylla dénonce les attaques ad hominem dont sont victimes les professionnels du secteur. Il argumente que la désignation de certains fonctionnaires comme ‘’infréquentables’’ à cause de leurs liens passés avec le régime de Macky Sall n'est pas seulement infondée, mais constitue également une menace pour l’intégrité de l’Administration. Ces accusations, à son sens, relèvent plus de la délation que d'une véritable analyse critique.
Pour certains citoyens, l'ascension du discours irascible de certains médias et de militants met en lumière un phénomène préoccupant. Les dénigrements sans fondement visent à créer un climat de peur et de méfiance.
À cet effet, il est essentiel, pour ces premiers, de rappeler que le journalisme doit être un outil de conscientisation et non un instrument de destruction des réputations. Les organes de régulation de la presse comme le CNRA et le Cored, doivent s’intéresser de près à ces dérives pour préserver la démocratie sénégalaise.
Le débat sur l’intégrité des fonctions publiques
Le débat sur l’intégrité des fonctionnaires est complexe. Certains citoyens soutiennent que le ministre Birame Soulèye Diop prend ses décisions en se basant sur la compétence et l’expérience de ses collaborateurs, indépendamment de leur passé politique. En ce sens, chaque fonctionnaire, qu'il soit sous l'égide d'un ancien ou d'un nouveau régime, doit être évalué sur ses résultats et sa loyauté envers l'État.
Pour cet officier d’état civil qui a servi pendant 25 ans avec plusieurs maires de différents régimes, il est impératif de reconnaître que parmi les fonctionnaires, il existe une majorité d'agents apolitiques, dédiés à leur travail et qui ne sont affiliés à aucun parti politique. ‘’Ces professionnels s’efforcent de servir l’Administration avec loyauté, quel que soit le régime en place. Leur engagement envers le service public est souvent fondé sur une éthique professionnelle solide et un désir sincère de contribuer au développement du pays. Ils incarnent un maillon essentiel à la continuité et à l’efficacité de l’Administration, reflétant ainsi une véritable impartialité dans l’exercice de leurs fonctions’’.
Il estime donc que la question de la compétence au sein de l’Administration demeure cruciale. ‘’Il est indéniable que certains postes ont été pourvus sur la base de considérations politiques, souvent au détriment de l’efficacité et de la performance. Dans cette optique, il devient nécessaire de réévaluer les qualifications des agents qui, en raison de leur recrutement fondé sur des quotas politiques ou des affiliations partisanes, ne répondent pas aux exigences de leurs fonctions. Ces individus, qui manquent de compétences nécessaires pour gérer des responsabilités stratégiques, doivent être remplacés’’.
En somme, un renouvellement basé sur l’efficacité et la compétence doit aller de pair avec la reconnaissance du dévouement des fonctionnaires apolitiques qui constituent la colonne vertébrale de l'Administration sénégalaise. L’équilibre entre navigation dynamique vers la performance et respect des valeurs de service public sera déterminant pour édifier une Administration au service de tous les Sénégalais, indépendante des influences politiques.
LA MÉMOIRE COMPLEXE DES TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS
"Traîtres" ou "héros ?" Ces soldats, qui ont combattu sous le drapeau français, incarnent les paradoxes de l'histoire coloniale. L'enjeu est de construire un récit national sans tomber dans le giège d'une lecture uniquement héroïque ou accusatrice
(SenePlus) - Le récent limogeage de Cheikh Oumar Diagne, le 31 décembre 2024, après avoir qualifié les tirailleurs de "traîtres", révèle les tensions profondes qui entourent la mémoire de ces soldats africains. Selon Le Monde, cette polémique illustre la complexité d'un héritage colonial qui continue de diviser la société sénégalaise.
La figure du tirailleur cristallise des perceptions contradictoires. D'un côté, ces hommes sont célébrés comme des héros ayant payé un lourd tribut, notamment lors du massacre de Thiaroye en 1944, où des dizaines, voire des centaines de soldats africains furent tués par l'armée française alors qu'ils réclamaient leur solde. De l'autre, leur participation à la répression coloniale soulève des questions délicates : ils ont été déployés pour mater des soulèvements à Madagascar, au Maroc, en Algérie et au Cameroun.
"Après les indépendances, ils ont pu être considérés de manière négative", explique l'historien Martin Mourre au Monde. Cette ambivalence se reflète dans le témoignage poignant de N'Dongo Dieng, ancien tirailleur, qui évoque son malaise lors de son déploiement en Algérie, confronté à d'autres musulmans "comme nous".
L'historien Pape Chérif Bertrand Bassène souligne la nécessité de dépasser les jugements simplistes : "Héros, traîtres, victimes, il est de toute manière restrictif de résumer ainsi ce que furent les tirailleurs." Il rappelle notamment que certains d'entre eux étaient d'anciens esclaves "rachetés" par la France, complexifiant encore leur statut.
Le chantier mémoriel lancé par le président Bassirou Diomaye Faye, incluant une commission sur Thiaroye et un conseil national de la mémoire, s'annonce donc délicat. "Un tel chantier mémoriel ne peut pas se faire sans débats et oppositions", affirme Bassène, citant les paradoxes inhérents à ce travail : le pont Louis Faidherbe à Saint-Louis, symbole colonial contesté, rappelle que cet administrateur s'appuyait lui-même sur des tirailleurs.
Cette complexité se retrouve même dans la célébration des héros nationaux. Bassène évoque le cas de Fodé Kaba : "Pour beaucoup, c'est un grand résistant, mais dans bien des villages de la Casamance, c'est un homme autoritaire arrivé là par la conquête."
La récente reconnaissance par la France du "massacre" de Thiaroye, qualifié par le ministre Jean-Noël Barrot de "plaie béante dans notre histoire commune", marque une étape importante. Mais elle souligne aussi la nécessité d'un dialogue approfondi sur cette histoire partagée, alors que le Sénégal s'engage dans une redéfinition de ses relations avec son ancienne puissance coloniale.
Ce travail de mémoire, nécessairement complexe et parfois contradictoire, devra, selon Bassène, s'appuyer sur les historiens et les universités pour éviter les écueils d'une vision simplificatrice du passé. L'enjeu est de taille : construire un récit national qui fasse justice à la complexité de cette histoire, sans tomber dans les travers d'une lecture uniquement héroïque ou accusatrice.
L'AFRIQUE DES PUTSCHS VUE PAR ACHILLE MBEMBÉ
L'intellectuel camerounais décrypte l'émergence d'un modèle étatique hostile aux libertés fondamentales. En toile de fond, une économie de prédation s'installe, mêlant mercenaires, exploitation minière et répression politique
(SenePlus) - Dans une tribune publiée par Le Monde ce samedi 11 janvier 2025, le philosophe et historien Achille Mbembé, dresse un constat alarmant de la situation politique en Afrique de l'Ouest, où se dessine un nouveau modèle étatique hostile aux libertés fondamentales.
Selon l'intellectuel camerounais, deux visions s'affrontent aujourd'hui sur le continent africain. D'un côté, un projet de "démocratie substantive" porté par une nouvelle génération d'activistes, qui lie étroitement décolonisation et démocratisation. De l'autre, un courant souverainiste qui, sous couvert d'anti-impérialisme, "considère la démocratie libérale comme un piège, le cheval de Troie de la domination occidentale", écrit Mbembé.
C'est particulièrement en Afrique de l'Ouest que ce second modèle s'enracine, avec l'émergence d'"États-casernes" au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Niger. "L'armée se veut l'État", analyse le philosophe, qui souligne que "loin de chercher à domestiquer la violence et de civiliser les mœurs politiques, le gouvernement est assimilé au commandement et le politique à une guerre larvée."
La Guinée comme laboratoire de la répression
Le directeur général de la Fondation de l'innovation pour la démocratie basée en Afrique du Sud, pointe particulièrement du doigt la situation en Guinée sous le régime de Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d'État le 5 septembre 2021. Le pays est devenu, selon lui, le "terreau le plus fertile" de la dérive liberticide. "La machine répressive fonctionne désormais à plein régime", affirme-t-il, détaillant un système où les opposants sont arrêtés de nuit et détenus sur l'île de Kassa, "où en règle générale, ils sont malmenés physiquement et soumis à des traitements dégradants."
L'auteur révèle des chiffres glaçants : "Entre 60 000 et 75 000 Guinéens ont été tués par les régimes successifs" depuis l'indépendance, selon les organisations internationales de défense des droits humains qu'il cite. Sous le seul régime de Lansana Conté, "plus d'1,5 million d'habitants ont fui le pays."
Un écosystème de prédation
Le philosophe décrit un système qui dépasse la simple répression politique. Les régimes militaires ouest-africains ont mis en place ce qu'il nomme une "matrice élargie de la prédation", où s'entremêlent "la guerre, l'économie de ponction, l'extraction et la prédation." Il pointe notamment le recours croissant aux mercenaires et l'externalisation de la sécurité vers des opérateurs privés.
En Guinée, la situation économique se dégrade dramatiquement : "Les prix à la consommation enregistrent de fréquentes hausses et près de 10 % de Guinéens n'arrivent plus à manger à leur faim", alerte Mbembé. Pendant ce temps, "la lutte pour le contrôle des moyens de prédation ne cesse de s'envenimer au sein des différentes fractions de l'armée", particulièrement dans le secteur minier.
Pour l'intellectuel, cette situation fait de la Guinée "une menace objective pour la paix, la sécurité et la stabilité régionale." Il prédit une "intensification des tensions sociales" et une "radicalisation de l'opposition", tandis que la junte s'apprête à organiser "des élections en trompe-l'œil" pour se maintenir au pouvoir.
par Bachir Fofana
DIOMAYE RÈGNE, SONKO GOUVERNE
Cet esprit de primauté du parti sur la patrie rend le Premier ministre otage de ses affidés et par la même occasion, fragilise le président de la République
Le dimanche 5 janvier 2025, dans la nuit, Ousmane Sonko, Premier ministre et président du parti Pastef, s’est senti obligé de se présenter devant ses militants pour s’expliquer sur les nominations des nouveaux membres Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). Notamment la très controversée nomination d'Aoua Bocar Ly-Tall. Lors d’un live sur Facebook, pour éclairer sur les motivations de cette décision et apaiser les tensions, il a rejeté toute interprétation politisée de cette nomination : «Le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie. Si certains pensent que nous identifions tous nos détracteurs, ils se trompent. Le président de la République n’a jamais pris la défense de ceux qui étaient là pour insulter Ousmane Sonko.» Pour lui, l’intérêt général doit primer sur les rivalités personnelles. «Les Sénégalais doivent comprendre que le président de la République est au service de tous les citoyens, sans distinction. Il est impératif que les menaces cessent. Etre patriote ne donne pas le droit de dire tout et n’importe quoi», a estimé le leader de Pastef, non sans souligner qu’il n’y a pas «plus patriote que Bassirou Diomaye Faye qui a fait la prison pour (le) défendre».
Pour faire simple, ce sont des «Pastéfiens» qui attaquent Pastef et c’est le leader, en vrai gourou, qui apaise ses partisans. C’est du «eux dans eux». Normalement, cela ne devrait nullement valoir une ligne, mais dès l’instant que cela touche à la République, cela devient une affaire sérieuse qui mérite qu’on y prête attention. En effet, nous voici dans une nouvelle manifestation de ce que Alioune Tine appelle «l’Etat pastéfien», cette démarche qui voudrait que les intérêts d’une association privée soient au-dessus de République et de l’intérêt général. «De mon point de vue, après avoir assisté à ce qu’on peut appeler un Etat agressif, nous n’avons pas l’impression d’avoir tourné la page de l’Etat-partisan. On a l’impression qu’il se met en place petit à petit un Etat «pastéfien»», avertissait Tine le 7 juin 2024.
Cet esprit de primauté du parti sur la Patrie rend Ousmane Sonko otage de ses affidés et par la même occasion fragilise le président de la République. Que des militants ou même des citoyens trouvent quelque chose à dire sur des nominations, c’est normal et même acceptable en démocratie. Mais que le chef du gouvernement se sente obligé de s’expliquer, ne met pas celui-ci à la hauteur de la fonction qu’il occupe. Car il n’a pas le recul nécessaire pour apprécier les situations. Il a la chance d’avoir une meute qui ne jure que par lui et pour lui au point de voir certains parmi eux s’en prendre violemment au chef de l’Etat sans que cela ne déclenche chez le ministre de la Justice et le procureur de la République, les mécanismes habituels de protection de la clé de voûte des institutions.
Mieux, en disant : «le président de la République m’a soumis cette proposition, et je n’y ai décelé aucune anomalie», Sonko confirme à nouveau Aliou Tine qui prévenait aussi sur «l’inversion qu’il y a au niveau de la hiérarchie du parti au pouvoir (Pastef)…», mais fait arracher les cheveux aux juristes quant au sens à donner à l’article 44 de la Constitution («Le président de la République nomme aux emplois civils»). En effet, le président de la République peut consulter ses collaborateurs, notamment le Premier ministre, sur les nominations qu’il veut faire. Sonko aurait dû dire «le Président m’a consulté …».
Ce lapsus (ou propos fait à dessein) ne fait que confirmer là où se trouve le centre de décisions actuellement au Sénégal en dépit des dénégations. Diomaye règne, Sonko gouverne.
Et il gouverne en s’arrogeant des pouvoirs du président de la République, et même ceux de ses ministres. Et le communiqué du Conseil des ministres du 8 janvier dernier indique que le chef du gouvernement veut se donner le pouvoir de valider désormais toutes les dépenses d’investissement. A ce jour, c’est une mission qui revenait au ministre des Finances, Ordonnateur principal des dépenses et des recettes de l’Etat. Or, ce dernier est sous l’autorité directe du chef de l’Etat, tout comme les ministres des Affaires étrangères ou de la Justice. Tout ce monde a vu le Premier ministre empiéter sur leurs prérogatives.
«Le Premier ministre a décidé que toutes les dépenses d’investissement seront validées à son niveau. Un tableau prévisionnel des opérations financières de l’Etat sera soumis par quinzaine», lit-on dans ledit communiqué qui ajoute que Sonko est «soucieux d’une exécution efficace des politiques publiques», surtout concernant le suivi et l’évaluation des projets «découlant des 26 objectifs stratégiques et des réformes du plan quinquennal 2025-2029». Il s’agit de ne pas oublier que «la rationalisation, la priorisation et l’efficience dans l’utilisation des ressources publiques restent un enjeu majeur pour le gouvernement». Qui trop embrasse mal étreint, dit l’adage.
L’on se rappelle la chanson de Talla Sylla au début des années 2000 sur le président Abdoulaye Wade, caricaturé comme un chauffeur de «Car rapide» qui conduit, encaisse les passagers et même change des écrous. Nous n’en sommes pas loin en tout cas.
Alioune Sall, symbole de l’inaptocratie
Pouvait-il en être autrement ? Nous nageons en plein dans l’inaptocratie, ou ineptocratie. C’est ce système de gouvernement dans lequel les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire. Les électeurs sont les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir. Les inaptes sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. Et le ministre de la Communication semble en être la parfaite illustration. Le ministre de la Communication, c’est une calamité pour tous les secteurs dont il a la charge. La démarche classique, c’est que ce sont les acteurs qui amènent des problèmes et le ministre trouve des solutions. L’autorité publique règle les problèmes du secteur. Mais nous voici en face d’un ministre qui créée des problèmes sur du faux.
Sur l’aide à la presse, il a sciemment présenté les choses de façon à donner aux médias une image de suceurs des deniers publics. Lors de sa conférence de presse en août dernier, il avait présenté la rubrique «Autres » dans l’aide à la presse de façon très manipulatrice pour laisser entendre que c’est une nébuleuse, en oubliant de dire que dans celle-ci il y a le financement des formations des journalistes, le budget des associations telles que le Cored, ou les subventions aux 200 radios communautaires qui foisonnent dans tout le pays.
Quelques jours plus tard, le voici qui ouvre un nouveau front avec les médias, avec cette histoire de reconnaissance des organes de presse. Laquelle reconnaissance s’est faite en violation du Code de la presse sur lequel il a pourtant voulu s’appuyer pour effectuer ce travail digne de Goebbels. Le parallèle entre Goebbels et Pastef est troublant, non pas en raison d’une similitude absolue des contextes ou des idéologies, mais par des méthodes communes de manipulation et de contrôle de l’information.
En contrôlant les médias, en limitant la liberté de la presse et en renforçant une rhétorique divisive, le régime actuel risque de fragiliser encore davantage une société déjà marquée par des tensions profondes. L’histoire enseigne que la manipulation de l’information et la marginalisation des voix discordantes sont les premiers signes d’une démocratie en péril. Les médias, lorsqu’ils deviennent des instruments de propagande, perdent leur rôle fondamental de contre-pouvoir. Ce fut le cas en Allemagne nazie, où la propagande de Goebbels a permis de justifier les pires abus. Ce risque guette aujourd’hui le Sénégal.
Vient ensuite la nomination des membres du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) pendant que les professionnels de l’information attendaient la mise en place de la Haute Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle (Harca), conformément aux textes pertinents du nouveau Code de la presse, tout en respectant les critères objectifs de nomination. Le «jub, jubal, jubanti» commence par le respect des lois en vigueur, sinon il reste un slogan creux.
Et Alioune Sall semble s’inscrire dans du «maa tey» dans toute sa démarche. Pour preuve, le Cdeps a dénoncé son exclusion de «l’avant-projet de la loi sur la publicité (…), tant dans sa phase d’élaboration que dans l’identification des acteurs du secteur». A l’instar du Cdeps, la Fédération des acteurs de la communication et de l’information du Sénégal (Facs) s’en est aussi prise aux façons de la tutelle, en commençant par son attitude «cavalière et non inclusive». Selon le Ben de la Facs, le ministre de la Communication traîne une autre faiblesse, à savoir «sa méconnaissance manifeste de la structuration du tissu des entreprises de presse du Sénégal majoritairement composé d’entreprises de type informel à l’image du reste du tissu économique sénégalais et l’absence de mesures d’accompagnement de ces entreprises vers la formalisation». On fait mieux quand on sait pourquoi on fait, mais Alioune Sall ne semble pas savoir où aller.
Outre le secteur des médias, les autres pans du ministère (Poste, télécommunications, Economie numérique,…) souffrent de la démarche cavalière d’un ministre sous l’emprise de son Conseiller Vieux Aïdara, sorte de Raspoutine à la sauce tropicale. D’ailleurs, l’on se demande, comme le journal L’Obs, comment se fait-il que ce contumax soit encore en liberté ? En 2015, dans le dossier concernant Karim Wade relativement à l’enrichissement illicite, Vieux Aïdara, exilé depuis 2012, avait été condamné par défaut à 10 ans de prison pour complicité d’enrichissement illicite.
Sûrement que le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, qui se veut chantre de l’application rigoureuse de la loi, « sans état d’âme », ne sait que Aïdara « mâchouille » l’oreille de son collègue. Mais ce qui est certain c’est qu’aucun régime qui veut opérer une rupture systémique ne devrait couvrir dans ses basques pareille personne. Quelles que soient ses idées et ses relations, un repris de justice reste un justiciable comme tout le monde et doit expier sa sentence dans sa globalité avant de prétendre à toute réhabilitation.
LOMPOUL, L’OASIS DE LA DISCORDE
L'oasis artificielle créée par la GCO pour deux milliards ne convainc pas les populations locales, témoins impuissants de la dégradation de leur écosystème. Cette situation cristallise le débat plus large sur la gestion des ressources minières au Sénégal
Dix ans après sa phase de production, Grande côte opérations (Gco) fait toujours face à la défiance des populations impactées par l’exploitation du zircon. L’oasis d’un investissement de 2 milliards de FCfa de la Gco, implantée à Lompoul, au cœur du désert, n’a pas rabaissé la tension entre deux camps qui se regardent en chiens de faïence. Pollution des sols et de la nappe, retombées économiques sans effets sur les impactés, péril environnemental… le zircon embrase cette partie de la zone des Niayes.
Autour des dunes de sable, hauts monticules dignes du grand erg de la Mauritanie, aucune trace de vie, si ce n’est un groupe de vaches qui déambule péniblement pour traverser l’asphalte brûlant. A Lompoul, dans le désert de Louga, à 190 km de Dakar, l’exploitation du zircon et autres minerais a détruit la végétation. Pourtant, le panorama lunaire laisse soudain place à une immense étendue verdoyante : l’oasis du désert. Des cases à l’architecture saharienne, des tentes en dur et des suites avec chacune une piscine privée. Cerise sur le gâteau : une piscine de 2000 m2. « Nous n’avons pas encore commencé à exploiter, on est dans la mise en place. Les travaux sont finis depuis fin octobre 2024. On attend des démarches pour exploiter. C’est tout un circuit qui part du ministre des Mines au ministère du Tourisme », explique Mamadou Kabirou Ba, Directeur de l’hôtel « Oasis du désert ».
A Lompoul, une partie de la zone des Niayes, situé dans la commune de Kab Gaye (département de Louga), il souffle un vent sec et bouillant de chaleur, étouffant l’horizon et le ciel, ce jeudi 12 décembre. Un no man’s land que la Grande côte opérations (Gco) a choisi pour relancer le tourisme.
« L’oasis du Sénégal a été voulu et conçu dans des zones où l’activité minière s’est déjà déroulée. Nous avons jugé nécessaire de bâtir cet édifice pour redynamiser le tourisme dans la zone », explique Frédéric Zanklan, directeur général de la Gco. D’après lui, l’oasis érigé sur 200 ha pour un financement de 2 milliards de FCfa, fait partie des 900 ha que l’entreprise filiale du groupe Eramet compte restituer à l’Etat du Sénégal dans les jours à venir. « 80% du désert sont détruits par Gco » Le réceptif hôtelier bénéficie d’un réseau d’adduction d’eau et électrique. « Le site est magnifique et on espère faire une très bonne exploitation », s’enthousiasme le directeur de l’hôtel.
Dans cette partie du désert, jadis forêt classée sous le contrôle du Direction des eaux et forêts, se déroule la phase de concentration des minerais de sable. On est à un moment émerveillé par la drague qui recueille le sable humide et les concentre notamment par moyen de spirales. Cette usine flottante appelée Wcp récupère 2% de minéraux concentrés et restitue à l’arrière de l’usine les 98% du sable extraits ne comportant pas de sables minéralisés : zircon, ilménite, rutile…Mais tout le monde n’est pas conquis. Cette oasis ne nous intéresse pas », rejette Gora, maire de Diokoul Dieuwrigne.
En effet, les communes de Kab Gaye, de Thieppe et de Diokoul Dieuwrigne ont décidé de faire front commun dans la lutte contre la Gco. Leur porte-parole, Gora Gaye, définit leurs priorités : « Nous menons un combat de justice. Il s’agit d’arrêter la destruction de notre écosystème, d’évaluer les dégâts avec la disparition du désert de Lompoul. On veut panser nos plaies et redonner espoir à nos populations. » Selon l’édile, la stratégie de Gco est de tenter de se détourner de l’essentiel en parlant d’oasis. « C’est un épiphénomène. Malheureusement, cette entreprise minière veut et embarque déjà certains dans cette affaire. Aujourd’hui, 80% du désert sont détruits par Gco », déplore-t-il. Le maire Gora Gaye demande ainsi au ministère des Mines et au ministère du Tourisme de réaliser une étude d’évaluation relative à l’impact de la disparition du désert de Lompoul sur l’économie du Sénégal.
Interrogations sur le montant versé comme part de l’Etat
Le Code minier 2016 prévoit en son article 33, que l’État peut conclure des contrats de partage de production avec les sociétés minières. En effet, le but est de fixer les rapports entre l’État et le contractant pendant toute la durée des opérations minières. A la Grande côte opérations (Gco) qui détient un permis de 25 ans, le groupe Eramet détient les 90% du capital laissant 10% à l’Etat du Sénégal. Toutefois, l’avenant 1 à la convention minière avec Gco a prévu exceptionnellement dans son article 24 que pendant la durée du projet, l’État aura le droit d’acquérir 10% de la production de la société d’exploitation sur la base de la formule du coût majoré telle que définit à l’annexe dudit avenant.
Dans sa livraison du 23 décembre, le journal sénégalais « Libération » révélait que Gco, « n’a jamais versé de gains à l’Etat » et « verse une ridicule redevance de 4% sur la valeur marchande à l’État ». Cependant, pour maximiser ses profits et dribbler l’Etat, écrit le quotidien spécialisé dans les scandales financiers et faits divers, « Gco a signé un contrat de distribution du zircon avec la société Emas qui est…contrôlée par Eramet ; le zircon lui est vendu trois fois moins cher que les prix du marché ».
« Le Soleil » a fouillé le rapport de l’Itie pour savoir qu’en 2023, la déclaration de la Gco fait état d’un paiement de 5 milliards 957 millions 227 mille 301 FCfa au titre du partage de production pour le projet Diogo, effectué le 8 novembre 2023. Interpellée, la Direction générale des mines a précisé qu’il s’agissait d’une redevance minière et non une part de l’État. Cette entité du ministère de l’Energie, du Pétrole et des Mines concède aussi qu’il s’agit d’une spécificité prévue dans l’accord avec Gco.
« Toutefois, la Dgm traite ce paiement comme redevance minière spécifique, impliquant une vérification de l’application de la formule prévue dans l’avenant », indique le rapport de l’Itie. Le document note que la part en nature de l’Etat n’a pas été déclarée ni par la Dgm ni par la société. Contacté, Ngagne Demba Touré, directeur général de la Société des Mines du Sénégal (Somisen) dit être en train de réaliser un audit de la gestion des entreprises minières.
Gco a fait plus de 141 milliards de FCfa de chiffres d’affaires en 2023
D’après le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, ITIE la Grande côte opérations a extrait au cours de cette année 292.630 tonnes d’ilménite 54 et 28956 tonnes de zircon premium. Pour le zircon standard, la filiale du groupe français Eramet a sorti du sol 19.442 tonnes et 110.527 tonnes d’ilménite 58. Pour le leucoxène, c’est 4.942 tonnes tandis que le rutile en est à 3.081 tonnes. 24.927 tonnes de médium grade zircon sand et 18 238 tonnes d’ilménite 56 sont sorties des terres de Diogo par la Gco. D’après l’Itie, en 2023, Gco a réalisé un chiffre d’affaires de 141 milliards 64 millions 555 mille 704 FCfa.
Toutefois, de 2013 à 2023, exploitant les rapports de la Gco, le maire Gora Gaye relève que l’entreprise a versé à l’Etat 51 milliards 293 millions 677 mille 862 FCfa en termes de redevances minières, soit 4,6 milliards par an. « Si on y ajoute ce que Gco donne à la Cedeao, à l’Uemoa et les cotisations sociales, c’est 110 milliards 349 millions de FCfa, soit à peu près 10 milliards par an. Ce que Gco coûte à l’économie, à notre écosystème, tout ce que l’Etat a investi pendant 80 ans pour réserver cette zone, est-ce que 10 milliards par an en valent la peine ? », s’interroge-t-il.
NE RIEN CÉDEZ À LA TENTATION DU PARTI-ÉTAT
L'imam Kanté rappelle au président Bassirou Diomaye Faye ses obligations constitutionnelles et l'importance de maintenir l'égalité entre tous les citoyens
L’imam Ahmadou Mactar Kanté n’est pas pour le retour au parti-Etat comme théorisé par certains Sénégalais. Ainsi, il conseille au chef de l’Etat à ne pas céder à la tentation de ce système qui n’a apporté que «l’arrogance du pouvoir». Revenir à ce système, amènerait à être en déphasage avec le principe constitutionnel d’égalité citoyenne qu’offre l’Etat et du «jub jubal, jubanti »
« Vigilance. » C’est ce à quoi l’imam Ahmadou Mactar Kanté appelle le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye. Dans un post publié hier sur sa page Facebook, le guide religieux exhorte le président de la République à ne pas céder à la tentation du parti-Etat. «Il faut encourager le Président à ne rien céder à la tentation du parti-Etat», a-t-il déclaré. D’après imam Kanté, «il semble que certains veulent faire revenir, après l’avoir dénoncé hier, ce système moche et injuste qui a tellement retardé nos pays». Mais, à en croire l’imam Kanté, depuis son expérimentation jusqu’à ce jour, ce système n’a rien apporté de nouveau, sinon que «l’arrogance du pouvoir». Suffisant pour lui de rappeler dans son texte que «le Sénégal est plus grand que les partis et parties qui le composent et que le Président a juré d’en être le garant».
Selon l’imam Kanté, «le problème ne se limite pas à la contestation des prérogatives constitutionnelles du président de la République. Car d’autres responsables, ministres, directeurs, Pca, etc., peuvent licencier ou recruter sur des bases partisanes».
Ainsi, pour le guide religieux, ramener ce principe serait synonyme de «remettre en cause le principe constitutionnel d’égalité citoyenne qu’offre l’Etat». Et en le faisant, le chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, s’écarte du triptyque «jub, jubal, jubanti».
«Si patriotisme rime avec discrimination d’appartenance politique, on n’est pas sorti de l’ornière, mais on est sorti du jub, jubal, jubanti ! Et si on a le prophète (Saws) comme mentor politique, il y a des postures à éviter et des options à privilégier», a soutenu le religieux. Avant de préciser : «Chaque citoyen sénégalais a le droit d’être en phase avec un parti ou non sans que cela n’autorise les pouvoirs publics à faire montre de discrimination le concernant. Sous ce rapport, il urge que le président de la République soit soutenu comme il sied face aux velléités de le faire dévier de ses obligations constitutionnelles, quels qu’en soient les auteurs.»
L’imam Ahmadou Mactar Kanté suggère ainsi au parti Pastef de diriger le pays avec beaucoup d’humilité et de justice. «Le parti Pastef doit non pas savoir, il le sait, mais assumer avec humilité, justice et efficacité, son statut de parti que le Peuple sénégalais a plébiscité pour qu’il gouverne dans le bien, le vrai, le juste et le beau afin que Sunugal arrive à bon port», a-t-il conclu son propos, tout en promettant de veiller à la bonne marche du pays si Dieu lui en donne les moyens.