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4 avril 2025
Société
Par Mohamed GUEYE
LE TEMPS D’UN TOURISME RÉELLEMENT ENDOGÈNE
Au moment où le régime du président Diomaye Faye célèbre sa première année de pouvoir, il prend sans doute également le temps de se rendre compte de l’état de ruine dans lequel l’économie du Sénégal est plongée
Au moment où le régime du président Diomaye Faye célèbre sa première année de pouvoir, il prend sans doute également le temps de se rendre compte de l’état de ruine dans lequel l’économie du Sénégal est plongée. Les autorités semblent se comporter comme certains de leurs pairs de certains pays pétroliers, et croire qu’il suffirait au Peuple de patienter un tout petit peu, avant que la manne tirée du pétrole et du gaz vienne nous sortir de la pauvreté.
Du fait de cette conviction, on est en train de perdre des atouts qui ont fait la grandeur du Sénégal et dont certains pourraient encore servir à son rayonnement.
Dans ces colonnes, on avait traité une fois de la question du tourisme. Il n’est pas inutile d’y revenir car c’est l’un des domaines qui pourraient, plus que le pétrole et le gaz, servir encore plus au rayonnement et au développement économique du Sénégal.
Pendant longtemps, le tourisme et la pêche ont été les mamelles qui ont servi à nourrir l’économie du Sénégal. Plus que la pêche et l’agriculture, notamment l’arachide, le tourisme aurait pu servir à bâtir dans ce pays, une industrie de loisirs forte et attrayante. Mais il aurait fallu, pour lui donner de bonnes bases, une volonté politique bien affirmée.
S’est-on jamais demandé est-ce que notre pavillon national, «Air Sénégal», connaitrait une chute aussi rapide, en moins de dix ans, avec des aéronefs tout neufs dont certains ont été payés rubis sur l’ongle, si le pays avait une réelle politique d’attractivité touristique ? Depuis l’indépendance, le Président Senghor avait initié des activités culturelles qui ont permis de braquer le regard de l’étranger sur le pays et sa richesse culturelle. Abdoulaye Wade avait tenté de relancer le Festival mondial des arts nègres qui, malheureusement, n’a pas eu de suite. Pourtant, qui ne se rappelle pas l’engouement provoqué par le Fesman en 2010 et le nombre d’étrangers qui sont venus prendre part à cette activité ?
L’actuel gouvernement, dès son arrivée aux affaires, s’est empressé de reporter la Biennale de l’art africain, le Dak’Art, et de le repousser à plusieurs mois après. Cela avait contraint plusieurs artistes à annuler leur participation, du fait du changement de calendrier. Cela a été autant de nuitées d’hôtels perdues, ainsi que des activités sociales et culturelles annulées. Un gros manque à gagner pour les organisateurs. Et cela est certainement le cas de tour-operators qui auraient pu inclure l’évènement dans leur package pour touristes.
Au moment où les activités touristiques et culturelles se réduisent comme peau de chagrin, le chef de l’Etat est fier de s’afficher en train d’inaugurer un nouvel réceptif hôtelier sur le Pôle urbain de Diamniadio. Et il en promet d’autres encore, de marques parmi les plus prestigieuses. Les capitalistes qui viennent ouvrir ces nouveaux réceptifs ont sans doute des idées en tête. Mais est-ce les mêmes idées que celles de nos autorités ? Le Sénégalais lambda serait attiré à poser la question au chef de l’Etat de savoir quelle est la valeur touristique du Pôle de Diamniadio, dont il faudrait avoir le regard de Mohamadou Lamine Massaly pour le comparer à Dubaï. Est-ce une extension de la ville de Dakar ou l’ébauche de la future conurbation qui devra relier Dakar à Mbour et Thiès ? Ou alors, c’est juste un espace de villégiature pour ceux qui, venant de Diass, ne souhaiteraient pas se rendre à Dakar, à Mbour ou à Thiès ?
Si des ressources doivent être placées sur ce site, il faudrait que le plan directeur d’aménagement des lieux soit partagé avec tous les acteurs, pour éviter des conflits fonciers avec les populations locales, susceptibles de faire fuir les visiteurs et les investisseurs.
Et puisque, du fait d’une politique erratique, la destination Sénégal est plus onéreuse que toutes ses concurrentes, malgré notre propre compagnie aérienne -qui risque de ne plus exister bientôt-, le pays devrait tenter de développer au moins d’autres secteurs afin d’attirer les visiteurs et de les fidéliser. On a parlé de l’art et de l’artisanat. Que faudrait-il pour relancer les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) situées à Thiès ? Comme dans bien de domaines, les artistes sénégalais sont réputés dans le monde. Pourquoi les laisser patauger dans l’informel alors que des cadres bien structurés existent, qui pourraient leur permettre de s’épanouir encore plus ? S’il est vrai qu’un artiste se doit de se «vendre» et s’imposer par son art et par lui-même, une politique promotionnelle ne serait pas superflue. Cela pourrait être un volet à inclure dans le travail de l’Agence sénégalaise de promotion touristique (Aspt) dont on se demande pourquoi l’Etat veut la fondre avec la Sapco, qui n’a pas le même objet
Si l’on relançait vraiment le tourisme, il ne serait certainement plus nécessaire pour certains secteurs économiques comme la pêche, ou même certaines Pme, de se battre pour trouver des débouchés à l’étranger. Et ne parlons pas de ces artisans qui souvent squattent les entrées de certains hôtels, et que parfois l’on chasse comme des importuns, sans tenir compte de la valeur ajoutée qu’ils représentent.
Nous n’avons pas vraiment parlé de la formation des jeunes aux métiers de l’hôtellerie. Beaucoup d’hôteliers traitent leurs employés comme des manœuvres exploitables à leur merci, mal payés, surexploités. Cela joue sur leur motivation et leur professionnalisme. Ils sont pourtant les premiers contacts des touristes avec les pays qu’ils visitent. Et ce sont eux qui donnent au visiteur l’envie de revenir ou non dans le pays.
En résumant un article qui pourrait être plus long, on dirait que le développement du tourisme au Sénégal doit se faire de manière endogène. En dehors d’offrir des cadres que les étrangers pourraient trouver dans n’importe quel pays, comme la mer, le sable ou le soleil, il serait temps de mettre en avant les traits spécifiques du Sénégal, exploités par des ressources endogènes.
par Déthie Faye
LA LOI PORTANT AMNISTIE, UNE BOMBE À DÉSAMORCER
La simple persistance dans l'opinion que la loi interprétative vise les forces de défense et de sécurité commande que le processus d'adoption de la proposition de loi soit arrêté
L'opinion publique nationale et internationale est tenue en haleine depuis quelques jours par le débat sur la proposition de loi interprétative de la loi portant amnistie.
Cette initiative qui tendrait à limiter le champ d'application de la loi portant amnistie, ressemble plus à une modification qu'à une simple interprétation de dispositions qui manqueraient de clarté.
Il faut rappeler que cette loi est combattue non pas parce qu'elle souffre d'une quelconque ambiguïté mais plutôt parce qu’elle fait la promotion de tout ce qui va à l’encontre de la consolidation de la démocratie et du renforcement de l’Etat de droit.
Son annulation est attendue pour pouvoir connaître la vérité, toute la vérité sur les événements douloureux de février 2021 à février 2024:
Qui a fait quoi ?
Qui regrette ses actes ?
Qu'est ce que le peuple est disposé à pardonner ?
Quel pacte pour que le Sénégal n'ait plus à revivre de pareils drames ?
Une fois ce travail d'investigation achevé, il sera possible d'adopter une loi prenant en compte la problématique de la cohésion nationale et le nécessaire bannissement de la violence comme moyen de conquête ou de conservation du pouvoir.
Nous devons toujours garder à l'esprit que chacun a quelque chose à dire et le droit d'être écouté.
De larges concertations pour préserver notre Sénégal de ces menaces qui ont perdu beaucoup de pays sont devenues une nécessité urgente dont il serait dangereux de vouloir faire l'économie.
La simple persistance dans l'opinion que la loi interprétative vise les forces de défense et de sécurité (FDS) commande que le processus d'adoption de la proposition de loi soit arrêté.
Les Sénégalais sont inquiets. Il appartient au président de la République de les rassurer. Depuis son accession à la magistrature suprême, le président de la République s'évertue à donner l'image d'un père de la nation au-dessus de la mêlée et garant de l'unité nationale.
Son adresse à la nation à l'occasion de la célébration de la fête de l'indépendance est une bonne opportunité pour inviter les forces vives de la nation à un dialogue en vue d’engager le Sénégal dans une œuvre commune de construction nationale. La préservation de la cohésion nationale et de la stabilité du Sénégal exige une telle posture.
Pour accompagner cette dynamique qui va dans le sens d'une décrispation de l'espace politique, le groupe parlementaire de la majorité doit donner un signal fort en retirant la proposition de loi interprétative de la loi portant amnistie.
Il faut bannir cette logique qui veut que la mission de l'opposition soit de ne faire que de l'obstruction et celle de la majorité de piétiner tous ceux qui pensent autrement.
Accordons la priorité aux priorités pour que le Sénégal continue d'être une exception.
Déthie Faye est président de la Convergence pour la Démocratie et la République, C.D.R/ Fonk Sa Kaddu.
QUAND LE PENTAGONE DÉVOILE ACCIDENTELLEMENT SES PLANS DE GUERRE
Le rédacteur en chef du Atlantic a vécu une situation inédite : spectateur silencieux des préparatifs d'une opération militaire au Yémen après son ajout par erreur à un groupe Signal des hauts responsables de l'administration Trump
(SenePlus) - Une incroyable faille de sécurité a récemment exposé les plans militaires américains les plus sensibles à un journaliste qui n'aurait jamais dû y avoir accès. Cette histoire extraordinaire, relatée par Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine The Atlantic, révèle comment l'administration Trump a partagé par inadvertance ses stratégies d'attaque contre les Houthis au Yémen dans une conversation de groupe où le journaliste avait été inclus par erreur.
Tout a commencé le 11 mars lorsque Jeffrey Goldberg a reçu une demande de connexion sur Signal, application de messagerie cryptée, d'un utilisateur identifié comme "Michael Waltz", le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump. Comme il l'explique dans son article: "Je ne supposais pas, cependant, que la demande provenait du véritable Michael Waltz. [...] Il m'est immédiatement venu à l'esprit que quelqu'un pourrait se faire passer pour Waltz afin de me piéger."
Deux jours plus tard, le journaliste se retrouve intégré dans un groupe Signal nommé "Houthi PC small group" - PC faisant référence au "Principals Committee", qui réunit généralement les plus hauts responsables de la sécurité nationale américaine. Un message de "Michael Waltz" annonçait: "Équipe - établissement d'un groupe de principes pour la coordination sur les Houthis, particulièrement pour les 72 prochaines heures."
Le groupe réunissait apparemment plusieurs personnalités de premier plan du gouvernement américain, dont des comptes identifiés comme ceux de Pete Hegseth (secrétaire à la Défense), Marco Rubio (secrétaire d'État), JD Vance (vice-président), Tulsi Gabbard (directrice du renseignement national), et d'autres hauts responsables. Goldberg raconte sa surprise: "Je n'avais jamais entendu parler d'une réunion convoquée via une application de messagerie commerciale."
Le lendemain, les échanges sont devenus encore plus étonnants. Le compte identifié comme celui de JD Vance a exprimé des réserves sur l'opération militaire imminente: "Je pense que nous commettons une erreur. [...] Il existe un risque réel que le public ne comprenne pas cela ou pourquoi c'est nécessaire." Cette position semblait contradictoire avec l'alignement public du vice-président sur les positions de Trump.
Le compte "Pete Hegseth" a répondu: "VP: Je comprends vos préoccupations - et je soutiens pleinement que vous les soulevez avec POTUS. [...] Attendre quelques semaines ou un mois ne change pas fondamentalement le calcul." Ces échanges révélaient des désaccords internes sur l'opportunité et le timing des frappes.
C'est le samedi 15 mars que l'incroyable se produit. À 11h44, le compte "Pete Hegseth" a partagé des informations opérationnelles détaillées sur les frappes à venir au Yémen, incluant les cibles, les armes qui seraient déployées et la séquence d'attaque. Goldberg écrit: "Je ne citerai pas cette mise à jour... L'information qu'elle contenait, si elle avait été lue par un adversaire des États-Unis, aurait pu être utilisée pour nuire au personnel militaire et de renseignement américain."
Le message indiquait que les premières détonations au Yémen auraient lieu deux heures plus tard. Le journaliste a alors attendu pour vérifier si ces attaques se produiraient réellement : "Vers 13h55, j'ai vérifié X et recherché le Yémen. Des explosions étaient alors entendues dans tout Sanaa, la capitale."
Après les frappes, le groupe s'est félicité de l'opération. "Michael Waltz" a évoqué un "travail incroyable", tandis que "MAR" écrivait "Bon travail Pete et votre équipe !!" et que "Susie Wiles" ajoutait "Félicitations à tous - plus particulièrement à ceux sur le terrain et au CENTCOM ! Vraiment génial. Dieu bénisse."
Face à cette situation extraordinaire, Goldberg a contacté plusieurs responsables pour obtenir des explications. Brian Hughes, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, a confirmé l'authenticité des messages : "Il semble s'agir d'une chaîne de messages authentique, et nous examinons comment un numéro a été ajouté par inadvertance à la chaîne."
William Martin, porte-parole de Vance, a tenté de minimiser les désaccords apparents : "Le vice-président soutient sans équivoque la politique étrangère de cette administration. Le président et le vice-président ont eu des conversations ultérieures sur cette question et sont en parfait accord."
Cette faille de sécurité soulève des questions juridiques importantes. Selon plusieurs juristes spécialisés en sécurité nationale consultés par Shane Harris, collègue de Goldberg, cette utilisation de Signal pourrait violer plusieurs dispositions de la loi sur l'espionnage, qui régit le traitement des informations relatives à la "défense nationale".
"L'application Signal n'est pas approuvée par le gouvernement pour le partage d'informations classifiées. Le gouvernement dispose de ses propres systèmes à cette fin", explique l'article. Les responsables auraient dû utiliser des installations spécialement conçues comme un "SCIF" (Sensitive Compartmented Information Facility) ou communiquer uniquement sur des équipements gouvernementaux approuvés.
De plus, Waltz avait configuré certains messages pour disparaître après une semaine ou quatre semaines, ce qui soulève des questions sur le respect des lois fédérales sur les archives: "Les SMS concernant des actes officiels sont considérés comme des documents qui doivent être conservés", explique Jason R. Baron, ancien directeur du contentieux de l'Administration nationale des archives et des documents.
Cette extraordinaire série d'événements met en lumière les risques sécuritaires que peuvent poser l'utilisation de technologies modernes par les plus hauts responsables gouvernementaux. Comme le souligne Jeffrey Goldberg: "Je n'ai jamais vu une violation comme celle-ci." Cette affaire rappelle ironiquement les critiques virulentes de Donald Trump contre Hillary Clinton pour son utilisation d'un serveur de messagerie privé lorsqu'elle était secrétaire d'État.
par Thierno Alassane Sall
PASTEF PERSISTE DANS LA TROMPERIE
Face à l'exigence d'abrogation totale, le régime Pastef persiste dans une approche biaisée du droit, mélangeant volontairement les concepts juridiques pour protéger certains auteurs d'infractions tout en exposant d'autres à la justice.
La commission des lois a statué ce vendredi 21 mars sur la proposition de loi (introduite par Pastef) portant interprétation de la loi d'amnistie de 2024. On peut remarquer, avec surprise, que le texte a été entièrement réécrit au moyen d'un amendement déposé par le porteur même de la proposition de loi, le député Amadou Ba. En d'autres termes, le texte à l'égard duquel le président Bassirou Diomaye Faye avait donné un avis (favorable), comme l'exige l'article 60 du Règlement intérieur de l'Assemblée nationale, a complètement disparu dans le fond au profit d'une nouvelle version.
En réalité, il s'agit d'une nouvelle proposition de loi portant « interprétation » de la loi d'amnistie. Pastef reconnait ainsi, encore une fois, que sa volonté d'une justice à deux vitesses est rejetée par les Sénégalais. En revanche, au lieu de se résoudre définitivement à appliquer la demande claire du peuple d'une abrogation totale, le système Pastef continue dans la tromperie à travers la nouvelle mouture de sa proposition de loi. En lisant le texte issu de l'amendement, on est frappé par deux choses : l'exposé des motifs relève de l'enfumage, alors que l'interprétation proposée constitue de l'embobinage. Leur faux débat sémantique sur l'abrogation montre aussi qu'ils ignorent le sens de ce terme en droit constitutionnel, qui est différent de son contenu en droit administratif.
L'exposé des motifs : de l'enfumage juridique
Dans un texte de loi, l'exposé des motifs constitue une partie essentielle qui contribue à mieux comprendre l'économie des dispositions législatives. À titre d'illustration, le Conseil constitutionnel sénégalais avait déclaré inconstitutionnel l'article 2 de la loi EZZAN (loi d'amnistie concernant l'affaire Maître Babacar Sèye) au motif que cette disposition ne s'inscrivait pas dans le but poursuivi par la loi au regard de l'exposé des motifs (décision n° 1/C/2005 du 12 février 2005). La proposition de loi de Pastef risque de subir le même sort, tellement son exposé des motifs est (volontairement) confus.
La mention maladroite de jurisprudences étrangères, de surcroît inutiles, dans l'exposé des motifs
Pour donner le sens d'une loi interprétative, Pastef a jugé utile d'aller chercher dans la jurisprudence de la Cour de cassation française et de la Cour constitutionnelle béninoise. Le plus amusant est que les décisions citées ne nous apprennent absolument rien sur la loi interprétative. On y lit grosso modo qu'une loi interprétative fixe le sens exact d'une loi antérieure et pourrait être rétroactive. On ne peut pas dire que les Sénégalais seront plus instruits en lisant cela.
Alors qu'elles n'apportent aucune information nouvelle, les jurisprudences béninoise et française citées ne s'imposent pourtant pas au Sénégal. On aurait compris qu'on cite une juridiction internationale (comme la Cour pénale internationale) ou une juridiction communautaire (comme la Cour de justice de la CEDEAO, la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples, etc.) pour rappeler le droit applicable concernant le Sénégal. C'est à croire que nos « juristes Gondwanais » confondent « exposé des motifs d'une loi » et « note explicative d'une loi ». Ils devraient penser à prendre des cours de légistique (« ensemble des règles, principes et méthodes utiles à la conception et à la rédaction des textes normatifs visant, du point de vue de la forme et du fond, à assurer la cohérence et l'efficacité de ceux-ci »).
L'argument fallacieux de l'ambiguïté de la loi d'amnistie de 2024
L'argumentaire de Pastef pour justifier la loi interprétative repose essentiellement sur l'idée que la loi d'amnistie de 2024 prêterait à confusion en ce qu'elle laisserait entendre en substance que les crimes de sang y sont inclus. Le régime Pastef entretient sciemment une confusion entre son souhait (une amnistie partielle) et le contenu exact et clair de la loi d'amnistie (une amnistie totale). Il faut être malhonnête pour soutenir que la loi d'amnistie de 2024 est l'objet de controverses quant à son champ d'application exact.
L'article 1^er^ de la loi d'amnistie, qui n'avait pas contenu de modification depuis l'initiative jusqu'à l'adoption, a toujours indiqué que cette loi visait à effacer les faits commis dans la période ciblée qui sont susceptibles d'être qualifiés d'infractions criminelles ou correctionnelles se rapportant à des manifestations ou ayant une motivation politique. Le texte est écrit dans un français clair et dans un style simple qui n'est sujet à aucune équivoque. En outre, la loi d'amnistie n'avait fait l'objet d'aucune controverse quant à sa compréhension. Dès qu'elle a été promulguée, la loi d'amnistie avait été appliquée par la justice sans aucune contradiction : tous les prisonniers, dans toutes les prisons du Sénégal, ont été libérés.
À cela, il faut ajouter un fait qui montre une fois de plus que le régime Pastef fait dans la tromperie. Lors de l'examen en plénière de la proposition de loi d'amnistie, les députés de Pastef, par la voix du député Birame Soulèye Diop (actuel ministre de l'Énergie), avaient posé une question inutile qui avait reçu une réponse claire. Le député pastéfien avait posé la question suivante : « est-ce que les crimes de sang sont couverts par la loi d'amnistie » ? La réponse de la ministre de la Justice, Aïssata Tall Sall était la suivante : « toutes les infractions criminelles, délictuelles font partie du champ d'intervention de l'article 1^er^ de la loi d'amnistie ; c'est clair, c'est net, c'est du français, c'est même pas du droit, on peut lire et comprendre ». Cet échange montre encore, s'il en était besoin, que le sens de la loi d'amnistie n'a jamais été ambigu.
L'énumération du droit pénal pertinent, avec une conclusion décevante
En inventant, dans son propre imaginaire, l'équivoque, l'ambiguïté et la controverse au sujet de la loi d'amnistie, le régime de Pastef a rappelé dans sa nouvelle proposition de loi le droit international et le droit communautaire pertinents au sujet des violations graves des droits de l'homme qui ne peuvent pas faire l'objet d'amnistie. Après avoir énuméré une palette de textes et de jurisprudences qui s'inscrivent dans cette logique, la nouvelle proposition de loi de Pastef a choisi une conclusion peu ambitieuse en optant pour une interprétation qui n'est en réalité qu'une abrogation partielle.
L'exposé des motifs présente à cet égard une grande incohérence par rapport à la proposition finale. On peut être surpris d'ailleurs de constater que l'exposé des motifs omet de citer la jurisprudence pertinente de la Cour de justice de la CEDEAO qui résume le droit international et communautaire en la matière en bannissant l'amnistie concernant des faits similaires à ce qui s'est passé au Sénégal entre le 1^er^ février 2021 et le 25 février 2024. Dans son arrêt Sidi Amar Ibrahim et autres contre La République du Niger rendu le 9 février 2011 (n° ECW/CCJ/JUD/0I/14), la Cour de Justice de la CEDEAO rappelait que « la doctrine et la jurisprudence internationales [...] admettent exceptionnellement que pour les violations graves et massives des droits fondamentaux de l'homme, tels que consacrés par la coutume internationale et les instruments pertinents des droits de homme, retenir application de la loi d'amnistie équivaut à supprimer le droit à un recours effectif devant les tribunaux compétents ». Le régime Pastef a volontairement omis cette jurisprudence de la Cour de justice de la CEDEAO parce qu'elle ne convient pas à leur entreprise d'enfumage et de manipulation.
Les dispositions : de l'embobinage
Le maintien de l'amnistie pour des criminels présumés
La première chose qu'il convient de retenir au sujet de la nouvelle proposition de loi de Pastef est qu'elle maintient l'amnistie de faits susceptibles d'être qualifiés de crimes. En d'autres termes, si cette proposition est adoptée, des criminels pourraient échapper à la justice. Selon l'article 1^er^ de la nouvelle proposition de loi interprétative, « Au sens de l'article 1^er^ de la loi n° 2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie, les faits susceptibles de qualification criminelle ou correctionnelle ayant une motivation politique ou se rapportant des manifestations sont entendus des faits des faits liés à l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique ». Si on s'arrête sur cette première partie de l'article 1^er^ de la nouvelle proposition de loi, un criminel présumé pourra échapper à la justice s'il parvient à prouver que son acte était lié à l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique.
La nouvelle interprétation introduit de l'ambiguïté dans la loi d'amnistie qui est claire
Pour être objectif et complet, ce premier alinéa de l'article 1^er^ de la nouvelle proposition de loi doit être lu avec le second alinéa du même article dont le contenu est le suivant : « Au sens de l'article 1er de la loi n° 2024-09 du13 mars 2024 portant amnistie, sont exclus du champ de l'amnistie les faits survenus entre le 1^er^ février 2021 et le 25 février 2024 tant au Sénégal qu'à l'étranger, sans lien avec l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique et qualifiés, notamment, d'assassinat, de meurtre, de crime de torture, d'actes de barbarie, de traitements inhumains cruels ou dégradants, même si ces faits se rapportent à des manifestations, qu'elle qu'en soit la motivation et indifféremment de leurs auteurs ».
Après avoir lu cet article 1^er^ de la nouvelle proposition de loi interprétative de Pastef, on ne peut pas s'empêcher de se poser cette question : l'interprétation prétendue ne rend-elle pas plus compliquée la loi dont elle est censée établir la signification exacte ? Ce qui est clair dans cette nouvelle mouture, c'est ce qui n'a jamais embêté le Pastef : d'une part, les éléments des forces de l'ordre seront jugés ; d'autres part, les militants politiques seront épargnés. En effet, il suffira, par exemple (aux personnes qui ont incendié l'UCAD, détruit massivement des biens de Sénégalais, incendié les magasins Auchan et les Stations-Services) de soutenir que les faits commis l'ont été par mégarde lors de l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique (droit de manifester) pour bénéficier de la loi d'amnistie.
Par contre, la nouvelle proposition de loi de Pastef introduit de l'ambiguïté et de la confusion. En effet, dans le second alinéa de l'article 1^er^ du texte, il est dit que sont exclus de l'amnistie, c'est-à-dire pourront être jugés, « les faits [...] sans lien avec l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique et qualifiés, notamment, d'assassinat, de meurtre, de crime de torture, d'actes de barbarie, de traitements inhumains cruels ou dégradants, même si ces faits se rapportent à des manifestations, qu'elle qu'en soit la motivation et indifféremment de leurs auteurs ». Que doit-on comprendre par « faits sans lien avec l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique [...], même si ces faits se rapportent à des manifestations » ? Plus concrètement, les personnes qui ont incendié le bus de Yarakh n'ont-elles pas commis un fait criminel en lien avec l'exercice une liberté publique ou un droit démocratique ? Que devrait-on privilégier ici : « sans lien avec l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique » ou « même si ces faits se rapportent à des manifestations » ? Dans la première hypothèse (on considère que l'acte d'homicide a un lien avec l'exercice d'une liberté publique ou d'un droit démocratique), les criminels présumés sont couverts par l'amnistie. Dans la seconde hypothèse (on considère que l'acte d'homicide, même se rapportant à des manifestations, sera jugé), les criminels présumés pourraient être jugés.
En conclusion, l'interprétation de Pastef complique davantage la loi d'amnistie dont elle est censée établir la signification qui, en l'état actuel, ne fait l'objet d'aucune ambiguïté.
Ignorance du sens de l'abrogation en droit constitutionnel
Dans leur campagne de manipulation pour refuser l'abrogation totale de la loi d'amnistie de 2024, les partisans du Pastef se sôt engouffrés dans une querelle sémantique ridicule. Depuis quelques jours, leur discours consiste à dire que le terme « abrogation » ne conviendrait pas ici, car l'abrogation ne rétroagit pas et ne vaut que pour l'avenir. Par conséquent, la proposition de loi portant abrogation de la loi d'amnistie déposée par le député Thierno Alassane Sall ne supprimerait pas l'amnistie concernant les personnes qui ont été déjà jugées et condamnées avant l'intervention de l'amnistie.
Le rejet du terme « abrogation » après l'avoir utilisé plusieurs dans leurs promesses d'une abrogation de l'amnistie
Plusieurs questions pour mettre en évidence leur malhonnêteté : quand Ousmane Sonko, de formation juriste, promettait l'abrogation de la loi d'amnistie à Ziguinchor le 1^er^ novembre 2024 et devant l'Assemblée nationale le 27 décembre 2024, avait-il oublié alors ses cours de droit ? Quand le président Bassirou Diomaye Faye, juriste de formation, promettait l'abrogation de l'amnistie dans son discours à la Nation le 31 décembre 2024, lui et ses éminents conseillers juridiques auraient-ils oublié le sens juridique du terme abrogation ? Où étaient nos « juristes Gondwanais » pendant que toutes ces promesses d'abrogation de Pastef étaient faites aux Sénégalais ?
Une confusion entre l'abrogation en droit administratif et l'abrogation en droit constitutionnel
En réalité, Pastef s'accroche à un débat sémantique qu'il ne maitrise absolument pas. Il ne suffit pas d'avoir obtenu un diplôme de droit pour avoir la légitimité de décréter la Vérité juridique sur tous les sujets. Nos « juristes Gondwanais » confondent le droit administratif et le droit constitutionnel quant au sens du terme « abrogation ». En droit administratif, on distingue entre « retrait » et « abrogation » d'un acte administratif. Le retrait supprime l'acte pour le passé et pour l'avenir. L'acte administratif est alors considéré comme n'ayant jamais existé, même ses effets antérieurs au retrait sont supprimés. Quant à l'abrogation, elle ne vaut que pour l'avenir. Elle ne concerne pas les effets antérieurs de l'acte administratif abrogé.
Cette distinction reprise par Pastef pour rejeter le terme « abrogation » au profit de l'interprétation relève sans doute de l'ignorance. Puisqu'il est question de la fabrique de la loi, nous sommes en droit constitutionnel, et non en droit administratif. Or, le droit constitutionnel ne connaît pas la distinction entre le retrait et l'abrogation concernant la loi. Contrairement en droit administratif, l'abrogation n'y est pas une notion consacrée. Ainsi, il n'existe pas de « loi d'abrogation », comme il n'existe pas d'ailleurs de « loi d'amnistie ». On parle plutôt de « loi portant abrogation » ou de « loi portant amnistie ». Dans les deux cas, il s'agit d'une loi qui est régie par le régime de droit commun. Il existe des types de lois particuliers : loi de finances, loi de validation, loi interprétative, etc. La loi portant abrogation d'une loi antérieure constitue une loi simple au sens général.
La loi simple est régie par le principe de non-rétroactivité. En droit pénal, cette non-rétroactivité est consacrée par l'article 9 de la Constitution qui dispose que « nul ne peut être condamné si ce n'est en vertu d'une loi entrée en vigueur avant l'acte commis » (voir aussi l'article 8 de la DDHC de 1789 qui fait partie de notre bloc de constitutionnalité). Au regard de ce principe de non-rétroactivité, une loi portant abrogation ne rétroagit pas en principe. Cette non-rétroactivité n'est pas liée au terme « abrogation », mais plutôt à la loi.
Une loi portant abrogation peut bien rétroagir. Pourquoi ? Le principe de non-rétroactivité de la loi est assorti de trois exceptions : les lois interprétatives, les lois de validation et les lois déclarées rétroactives par le législateur. Concernant la dernière exception, on y apprend qu'une loi peut rétroagir lorsque le législateur le mentionne expressément. Pour revenir à notre affaire, une loi portant abrogation peut donc bel et bien rétroagir si le législateur le précise. Il en résulte donc que, contrairement à ce que soutiennent nos « juristes Gondwanais », l'abrogation n'a pas une signification en droit constitutionnel qui est soit rédhibitoire à la rétroactivité. La non-rétroactivité s'attache à la loi, non au contenu de la loi (l'abrogation). Une loi d'abrogation peut techniquement rétroagir.
Pourquoi il n'était pas nécessaire de préciser que la loi d'abrogation sera rétroactive dans le cas d'espèce ? Une telle précision serait redondante et superfétatoire au regard de la particularité de la loi dont on vise l'abrogation. La loi d'amnistie est une loi à application unique, elle efface des faits susceptibles d'être qualifiés d'infractions pénales. Dès lors, son abrogation viendra restaurer ces faits dans leur entièreté, qu'ils aient été déjà jugés ou non avant l'entrée en vigueur de la loi d'amnistie. Il est irrelevant et insensé de discuter sur le caractère rétroactif ou non de la loi d'abrogation, au regard de la nature même de la loi d'amnistie. La loi d'amnistie ayant visé une période allant du 1^er^ février 2021 au 25 février 2024, une loi qui l'abroge rétroagit naturellement et on n'a pas besoin de le préciser.
Puisque la loi d'abrogation sera rétroactive, que fait-on des droits acquis et du principe de non-rétroactivité de la loi pénale la plus sévère ? Tous les obstacles juridiques invoqués pour rejeter l'abrogation reposent sur la nécessité de protéger les droits des personnes amnistiées. Quid des victimes et de leurs familles respectives ? N'ont-ils pas de droits fondamentaux protégés par le droit pénal international, le droit communautaire et le droit constitutionnel ? Est-il juridiquement admissible d'invoquer le respect des droits acquis en matière pénale pour dénier à d'autres personnes le droit d'obtenir justice ? La réponse est évidemment non, au regard du droit applicable, notamment la jurisprudence de la Cour de justice de la CEDEAO rappelée au haut. La vérité est que cette loi d'amnistie n'aurait jamais dû exister. Une saisine devant le Conseil constitutionnel avant sa promulgation aurait entrainé sa déclaration d'inconstitutionnalité. Pastef avait la possibilité de saisir le Conseil à l'époque car il disposait du nombre de députés requis (au moins 17 députés), mais avait préféré fermer les yeux.
Une proposition de loi faussement interprétative
Par ailleurs, tout en proclamant avoir opté pour la loi d'interprétation pour échapper au principe de non-rétroactivité de la loi, le régime Pastef s'est davantage fourvoyé. Il est vrai que la loi interprétative peut rétroagir car elle précise le sens d'une loi antérieure. Cette exception au principe de non-rétroactivité se justifie par le fait que la loi interprétative n'ajoute rien au texte initial, elle en établit simplement la signification.
Force est de constater cependant que la proposition de loi interprétative de Pastef ne se contente pas de préciser la loi d'amnistie, elle la réécrit totalement. La proposition de loi de Pastef, appelée proposition de loi interprétative, constitue en réalité une modification de la loi d'amnistie. Elle vise à redéfinir, et non à préciser, en effet le champ d'application de l'amnistie ; elle vise à modifier la loi d'amnistie. Par conséquent, elle vient se heurter, si on reste dans leur logique, au principe de la non-rétroactivité de la loi.
À titre illustratif, toujours pour rester dans la logique de Pastef qui cite notamment le juge français, rappelons la jurisprudence de la Cour de cassation (Cour de cassation, Chambre sociale, 8 juin 2011, n° 09-67051, 19 salariés c/ Sté Dalkia France). Selon cet arrêt, « une loi est interprétative lorsqu'elle se borne à reconnaître, sans rien innover, un droit préexistant qu'une définition imparfaite a rendu susceptible de controverse ». Ayant constaté que la loi était faussement interprétative, la Cour de cassation conclut : « ayant ainsi caractérisé l'innovation apportée par le nouveau texte, la cour d'appel en a déduit à bon droit que celui-ci n'avait pas de caractère interprétatif et qu'il n'était pas applicable à des faits antérieurs à son entrée en vigueur ». Le régime Pastef qui cite la jurisprudence de la Cour de cassation française a omis de rappeler que cette même juridiction refuse la rétroactivité des lois que le législateur veut interprétatives mais qui sont réellement dépourvues de caractère interprétatif. Pastef est donc rattrapé par sa fausse polémique sur la rétroactivité.
En définitive, Pastef insiste dans sa volonté initiale d'une abrogation partielle de l'amnistie. Ils ont formulé ce souhait de plusieurs manières : abroger partiellement, rapporter, réécrire, interpréter... Les Sénégalais les rappellent à l'essentiel : la loi d'amnistie doit être abrogée totalement. Le droit international, le droit communautaire et le droit constitutionnel sénégalais ne s'y opposent absolument pas, contrairement à la manipulation de Pastef. Les principes du droit pénal protègent principalement les victimes au détriment des bourreaux. Le discours tenu par le Pastef pour écarter l'abrogation laisse entendre que les droits des bourreaux au regard de l'amnistie priment ceux des victimes qui doivent être restaurés conformément au droit en vigueur. Tout le reste n'est que tromperie et manipulation.
Thierno Alassane Sall est député à l’Assemblée nationale.
LE SÉNÉGAL BRILLE AUX OLYMPIADES FRANCOPHONES DE MATHÉMATIQUES
Avec quatre médailles de bronze et une mention honorable, la délégation sénégalaise signe une performance remarquable pour sa deuxième participation à cette prestigieuse compétition internationale.
Le Sénégal s’est distingué lors de la 6ème édition des Olympiades Francophones de Mathématiques qui s’est déroulée les 22 et 23 mars derniers. La délégation sénégalaise a décroché quatre médailles de bronze et une mention honorable, un résultat impressionnant pour ce pays qui n’en est qu’à sa deuxième participation à cette prestigieuse compétition internationale.
Cette réussite est d’autant plus significative qu’elle a été rendue possible grâce à l’engagement de l’association TerangaMath, créée en 2023, qui a pris en charge l’intégralité du programme de préparation. Les membres de l’association ont financé de leur propre poche l’ensemble des activités, démontrant une détermination exceptionnelle à développer l’excellence mathématique au Sénégal.
« Ces médailles représentent bien plus que des récompenses individuelles. Elles symbolisent ce que nous pouvons accomplir lorsque nous croyons en notre jeunesse », a déclaré Cheikh Fall, Président de TerangaMath. « Obtenir ces résultats face à des nations qui excellent traditionnellement aux compétitions internationales de mathématiques est particulièrement significatif. »
Le programme de préparation mis en place par TerangaMath a été à la fois rigoureux et ambitieux. Pas moins de 70 élèves ont bénéficié d’un entraînement intensif tout au long de l’année scolaire, aboutissant à la sélection d’une équipe d’élite de 12 jeunes talents.
Les cinq lauréats qui ont fait la fierté du Sénégal sont tous issus du Lycée Scientifique d’Excellence de Diourbel, encadrés par le professeur Mafal Diop. Moustapha Mbodj et Isidore Coly ont remporté des médailles de bronze dans la catégorie Junior, tandis que Seydina Mouhamed Diallo et Assane Sène ont obtenu des médailles de bronze dans la catégorie Senior. Awa Ndiaye a quant à elle reçu une mention honorable dans la catégorie Junior.
Cette victoire du Sénégal démontre l’impact significatif que peut avoir une initiative citoyenne, même avec des ressources limitées. Elle souligne également l’urgence d’un soutien institutionnel plus important pour étendre le programme de préparation à davantage d’établissements et assurer la pérennité des activités de TerangaMath.
L’association plaide pour la création d’un centre d’excellence mathématique permanent qui permettrait de faciliter la participation du Sénégal à d’autres compétitions internationales, y compris les prestigieuses Olympiades Internationales de Mathématiques (IMO).
Les Olympiades Francophones de Mathématiques, créées en 2020 pendant la période du confinement, sont devenues l’une des compétitions mathématiques les plus prestigieuses de l’espace francophone. L’édition 2025 a réuni douze pays, dont la France, la Belgique, le Canada, le Maroc et l’Algérie, avec un total de 132 participants répartis entre les catégories Junior et Senior.
par Birane Diop
UNE ANALYSE APPROFONDIE DES QUATRE ANNÉES DE SANKARA AU POUVOIR
Dans "Enterrer Sankara – Essai sur les économies africaines", Joël Té-Léssia Assoko désacralise le capitaine révolutionnaire en le ramenant à sa condition d’homme, avec ses zones d’ombre, ses failles et ses rétropédalages
Du 14 au 16 mars 2025, s'est tenu à Paris le Salon du livre africain, un événement chaleureux et humain. J’ai assisté à de passionnantes conférences, dont l'une, modérée par le camarade d’esprit Elgas, portait sur la thématique « Partir pour exister ».
Au regard de ma situation, en tant qu’enfant du Sénégal ayant quitté mon pays de naissance et mes premières émotions pour aller en France poursuivre mes études supérieures, et ayant finalement choisi d’y rester pour plusieurs raisons, cette thématique de l’exil me parlait profondément. Cela dit, l’occasion faisant le larron, j’en ai profité pour me procurer le livre Enterrer Sankara – Essai sur les économies africaines, de Joël Té-Léssia Assoko, paru chez Riveneuve. Je l’ai lu en deux nuits : 54 pages la première nuit et 97 pages la nuit suivante.
Je le dis en toute objectivité : ce texte est l’un des plus brillants essais sur l’Afrique et sur certains leaders déifiés, à l’image du capitaine Thomas Isidore Sankara, chef d’État du Burkina Faso de 1983 à 1987, victime d’un coup d’État orchestré par quelques-uns de ses frères d’armes, que j’ai lus ces dix dernières années.
Joël Té-Léssia Assoko, journaliste économique talentueux comptant dix ans d’expérience professionnelle, revient sur l’époque du défunt capitaine révolutionnaire sans langue de bois, en s’appuyant sur une rigueur scientifique et intellectuelle que tout journaliste ou universitaire sérieux devrait avoir dans sa besace lorsqu’il analyse des faits et des événements. Quand on a le sens de l’histoire et surtout un regard dépassionné sur la situation économique des pays africains, on ne peut pas faire autrement. En ce sens, Joël Té-Léssia Assoko est un journaliste qui s’empêche.
Dans ce texte passionnant et lucide, l’auteur désacralise le capitaine révolutionnaire en le ramenant à sa condition d’homme, avec ses zones d’ombre, ses failles et ses rétropédalages. Sankara était un dirigeant cultivé et brillant, mais il demeure un homme avec tout ce que cela implique.
La plume acérée de l’ancien élève du Prytanée militaire de Saint-Louis met en lumière des faits en lien avec le retard économique du Burkina Faso et, par ricochet, de l’Afrique, bien qu’un intellectuel décolonial sénégalais défende la thèse suivante : « L’Afrique n’a personne à rattraper. Elle ne doit plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu’elle se sera choisi. » Je veux parler de Felwine Sarr, auteur du livre Afrotopia (Philippe Rey, 2016, Paris).
Si celui qu’on surnomme le « Che Guevara africain » a modernisé le Burkina Faso sur certains points pendant ses quatre années au pouvoir, il n’en demeure pas moins que, selon Joël, Thomas Sankara avait mis en place des politiques économiques que d’aucuns pourraient qualifier tout simplement d’hérétiques, pour ne pas dire dangereuses, au regard de leur influence actuelle. En un mot, sa vision économique était bidouillée. Son discours sur l’aide publique au développement n’est pas en reste non plus. Joël écrit ceci à la page 22 - « Sous Sankara :
Les investissements dans le capital humain viennent toujours accompagnés d’une négligence complète du complexe jeu des incitations économiques qui ancrent leur réussite sur le long terme.
La finance n’est plus un ensemble d’instruments spécifiques qu’il faut comprendre et maîtriser, comme l’ont fait la Tunisie, le Sénégal et le Bénin dans les exemples évoqués plus haut. Elle émerge en ogre multipède, écrasant perpétuellement des économies dépourvues de la moindre autonomie ou d’une quelconque capacité d’action.
L’aide au développement s’incarne à la fois en allié silencieux, courtisé en catimini, et en ennemi mortel désigné à la haine des peuples. Durant ses années au pouvoir, malgré la dénonciation publique de la domination occidentale, le gouvernement du capitaine acceptait jusqu’à 14 % de son PIB annuel en aide internationale, principalement des États-Unis et de la France... » À la page 23, Joël enfonce le clou :
« Avec le recul, l’énergie dépensée par Thomas Sankara durant ses années au pouvoir à regarder ailleurs, loin des problèmes réels de l’économie, loin des obstacles à la croissance, reste surprenante. Les prises de parole intempestives et les attaques contre l’ennemi, intérieur ou extérieur, l’impérialisme, les mirifiques et mythiques ressources des économies africaines, le “si seulement l’Afrique, etc.” n’ont jamais cessé. Elles ont empêché Thomas Sankara de répondre concrètement aux défis spécifiques auxquels son pays faisait face. Elles ne lui ont pas permis de comprendre les rapports de force économiques intérieurs et étrangers auxquels sa nation et son gouvernement étaient confrontés. »
Il n’y a pas que cela. L’auteur expose brillamment les coupes budgétaires imposées dans l’administration et les licenciements de masse dont étaient victimes ceux qui étaient en total désaccord avec les politiques menées par le gouvernement de Sankara. Face à la pression intenable, les grévistes sont réintégrés, mais à condition de prononcer ces mots : « Je sollicite la grâce du peuple burkinabé pour la sanction révolutionnaire que j'ai dûment méritée pour avoir participé à la grève pro-im-périaliste et putschiste organisée par des éléments manipulés de l'ex-direction apatride, réactionnaire et contre-révolutionnaire du SNEAHV - Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta. Dorénavant, je m'engage à faire du discours d'orientation politique du 2 octobre 1983 mon guide et à être un serviteur dévoué du peuple burkinabé pour le succès du grand combat qu'il a entrepris depuis le 4 août 1983 pour la liberté, la dignité et le progrès social. »
Joël ne pointe pas uniquement sa plume sur Sankara ; il analyse aussi la vision économique qu'Ousmane Sonko défendait dans son livre Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d'une spoliation (Fauves éditions, 2017), ainsi que les nombreuses contre-vérités que le dirigeant sénégalais a répandues sur l’exploitation des hydrocarbures.
Mohamed Bazoum, victime d’un coup d’État en juillet 2023 et qui, à l’heure où j’écris ces lignes, est encore détenu par des putschistes, peuple aussi ce brillant texte.
Pour rappel, puisque ce texte s’adresse aux esprits dotés de bon sens : des universitaires, journalistes ont tenté de justifier, d’atténuer ou de relativiser ce qui est arrivé à Bazoum. Nous en sommes là : des universitaires qui cautionnent la rupture constitutionnelle.
D’autres éléments méritent d’être soulignés dans ce texte, notamment ces intellectuels qui se lovent dans les bras des populistes autoritaires élus par la voie les urnes, ainsi que ceux qui ont pris le contrôle de l’appareil d’État par les armes. De Dakar à Niamey, en passant par Bamako, ils se reconnaîtront.
À travers cet essai magistral et brillant, Joël Té-Léssia Assoko nous invite à des débats féconds et sérieux, porteurs de lendemains meilleurs pour les millions d’Africains qui végètent dans la pauvreté. Mais ceci se fera loin des vains bavardages et des agitations stériles sur les internet, qui ne changent aucune vie, si ce n'est en nourrissant une fierté nationaliste dangereuse.
DU SABLE DANS LE «NDOGOU» PRESIDENTIEL
Faute de pièces d’identification valides, des bénéficiaires du cash transfert présidentiel du département de Goudomp n’ont pas pu percevoir l’appui du Plan Diomaye pour la Casamance (Pdc).
Faute de pièces d’identification valides, des bénéficiaires du cash transfert présidentiel du département de Goudomp n’ont pas pu percevoir l’appui du Plan Diomaye pour la Casamance (Pdc). Des citoyens des communes de Kaour et Djibanar, anciennement exilés hors du territoire national, souhaitent des mesures alternatives pour retirer leurs chèques à la banque partenaire du Pdc.
Le «Ndogou» présidentiel destiné aux anciens déplacés du conflit en Casamance devra attendre. Du moins pour certains. Des bénéficiaires des communes de Djibanar et Kaour (département de Goudomp) n’ont pas pu retirer leurs chèques, remis au courant de la semaine passée par le Délégué général à la protection sociale et à la solidarité nationale dans le cadre d’un appui financier du Plan Diomaye pour la Casamance (Pdc) destiné aux déplacés de retour au bercail. La raison : «faute de Carte nationale d’identité (Cni) ou de Cni en cours de validité», informe le maire de la commune de Djibanar, Ibou Diallo Sadio. Il précise : «Impossible, pour l’heure, de donner des chiffres relatifs aux bénéficiaires de la commune qui sont dans cette situation, car la remise des chèques se poursuit.»
Le maire de la commune voisine de Kaour a pu faire le point, à titre provisoire, sur le nombre de personnes incapables de retirer leurs chèques d’un montant de 150 mille francs. Youba Sonko a informé : «Dans les villages de Sinkère Diola et Diabang, 7 personnes sur 42 bénéficiaires n’ont pu retirer leurs chèques. 3 n’ont pas de Cni, 2 ont les anciennes formules de Cni, et 2 autres ont voyagé et leurs ayants droit ne sont pas parvenus à accéder à l’argent de leurs parents.» Selon M. Sonko, «les responsables de la banque sont intransigeants par rapport à l’identification des bénéficiaires». Et puis, «au niveau de la gendarmerie, on nous a refusé la délivrance de procuration pour qu’un porteur quelconque du chèque, choisi par le propriétaire, puisse retirer l’argent». Quelles solutions ? Youba Sonko propose : «Nous avons proposé au sous-préfet de faire un rapport pour que le bénéficiaire sans Cni soit remplacé par une personne de son choix ou alors que l’on permette au chef de village ou à l’imam de présenter sa pièce d’identification.» Vraisemblablement, le nombre de malheureux déplacés appuyés par le Pdc pourrait être très important. C’est dire que l’appui présidentiel de 150 mille francs devra attendre longtemps encore avant de pouvoir agrémenter les repas des ayants droit. Pour quelle durée ?
Il faut rappeler que cet accompagnement présidentiel en faveur des déplacés du conflit en Casamance concerne 666 personnes réparties entre les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Il s’agit de personnes qui avaient, pour la plupart, quitté le Sénégal depuis les années 90 pour s’installer en Gambie ou en GuinéeBissau. Et ce n’est qu’en 2021 et 2022 que la plupart ont accepté de revenir au pays, dans le département de Goudomp surtout, suite à la pacification de la zone à la faveur des opérations de ratissage menées par le Général Souleymane Kandé.
L’état civil, un casse-tête
L’accès à l’état civil est l’un des plus gros écueils qui fragilisent l’intégration au Sénégal des déplacés de retour. C’est la conviction du maire de Kaour. Parlant spécifiquement des déplacés de sa commune, Youba Sonko raconte : «Le village de Sinkère diola a été complètement incendié en octobre 1992. Depuis cette date, la majorité de ses habitants sont allés se réfugier en Guinée-Bissau. Ils ne sont revenus que le 27 avril 2021 précisément, c’est-à-dire plus de 30 ans après. Leurs documents d’état civil ont été brûlés dans l’incendie de leurs cases. C’est dire que les parents, comme les enfants nés en Guinée-Bissau, n’ont pas d’acte de naissance. Même en cas d’audience foraine en faveur des élèves, leurs enfants ne peuvent pas obtenir un extrait de naissance parce que leurs parents n’en disposent pas. Actuellement, leurs enfants sont admis dans les écoles sans extrait d’acte de naissance.» Pour trouver une solution à cette situation, M. Sonko propose : «En cas d’audience foraine (et il faut en organiser), les enfants des déplacés revenus au pays doivent bénéficier d’une discrimination positive. Qu’on exige auparavant la disponibilité du document d’état civil d’un des parents. Le témoignage du chef de village devrait suffire pour leur établir un acte de naissance. Autrement, des situations de frustration pourraient se présenter très souvent et compromettre leur intégration harmonieuse dans la communauté d’origine et au sein de la Nation sénégalaise.»
FIN RAMADAN ET KORITE, L’ASPA DEVOILE LE JOUR DU CROISSANT LUNAIRE AU SENEGAL
Le mois béni du ramadan tire vers sa fin, après plus d’une vingtaine de jours de jeûne. Comme à son habitude, l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie (Aspa) a donné ses conclusions sur la visibilité du croissant lunaire.
Le mois béni du ramadan tire vers sa fin, après plus d’une vingtaine de jours de jeûne. Comme à son habitude, l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie (Aspa) a donné ses conclusions sur la visibilité du croissant lunaire.
Quel jour devrait être célébrée la fête de la Korité ? En tout cas, Samedi prochain, le croissant lunaire «ne sera pas visible au Sénégal, même avec des moyens d’observations pointus». Selon L’Aspa, ce jour, l’astre se couchera à 19h 38mn alors que le soleil se couchera à 19h 22mn. Il serait alors âgé de seulement 8h 40mn, et aura une surface éclairée de moins de 1%.
Par contre, précise l’Association sénégalaise de promotion de l’Astronomie, le dimanche 30 mars «le croissant lunaire sera observable à l’œil nu au Sénégal, partout où le ciel est bien dégagé». Car, explique-t-elle dans son communiqué de presse parvenu à iGfm, ce dimanche, il se couchera à 20h 39mn. Soit 1h 17mn après le Soleil qui se couche à 19h 22mn. La lune sera alors âgée de 1j 8h.
LES CONCESSIONNAIRES ALERTENT SUR UNE CRISE IMMINENTE À COMPTER DU 26 MARS
Le Collectif des Concessionnaires du Nettoiement du Sénégal tire la sonnette d’alarme : à compter du mercredi 26 mars 2025, la collecte et la mise en décharge des déchets solides urbains pourraient être suspendues sur l’ensemble du territoire national.
Le Collectif des Concessionnaires du Nettoiement du Sénégal tire la sonnette d’alarme : à compter du mercredi 26 mars 2025, la collecte et la mise en décharge des déchets solides urbains pourraient être suspendues sur l’ensemble du territoire national.
En cause, le non-paiement des factures dues par l’État. Selon le Collectif, les autorités s’étaient engagées à régler au plus tard le 31 mars 2025 les arriérés de paiement couvrant sept (7) mois de prestations en 2024. Or, non seulement ces engagements n’ont toujours pas été tenus, mais trois (3) mois de prestations en 2025 restent également impayés.
Cette situation financière critique met en péril la continuité du service public de gestion des déchets, avec des conséquences directes sur la salubrité urbaine et la santé publique.
« Nous sollicitons toute la compréhension des populations usagers, malgré les nuisances et risques sanitaires que cette situation pourrait engendrer », déclare le Collectif, regrettant que ses membres soient contraints d’arrêter leurs activités faute de moyens financiers.
Les concessionnaires rappellent qu’ils ont atteint leurs limites en matière de préfinancement, notamment à l’approche de la fête de la Korité, période durant laquelle leurs employés risquent de ne pas percevoir leurs salaires.
Face à cette menace, le Collectif des Concessionnaires du Nettoiement interpelle une nouvelle fois l’État et l’invite à honorer ses engagements dans les plus brefs délais. Il souligne l’urgence d’une solution pour éviter un désastre écologique et sanitaire, aggravé par l’accumulation des déchets dans les villes et quartiers du pays.
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L'AMNISTIE, UNE IMPASSE CONSTITUTIONNELLE
Selon Maurice Soudieck Dione, l'abrogation créerait paradoxalement l'impunité, tandis que l'interprétation se heurte à la clarté du texte initial. Il pointe un dilemme révélateur des contradictions héritées d'une transition politique mal négociée
Ce dimanche 23 mars 2025, l'émission "Point de vue" de la RTS recevait le professeur Maurice Soudieck Dione, agrégé de sciences politiques à l'université Gaston Berger de Saint-Louis, pour dresser le bilan de la première année du gouvernement Bassirou Diomaye Faye. Parmi les sujets brûlants abordés, la controverse entourant la loi d'amnistie votée par l'ancien régime précédent a particulièrement retenu l'attention.
"Cette loi d'amnistie est une loi assez particulière", explique l'invité. "L'amnistie, comme vous le savez, c'est une amnésie provoquée et organisée juridiquement. Elle porte sur des faits passés, alors que l'abrogation d'une loi n'a d'effets que pour l'avenir."
Au cœur du débat se trouve une proposition de loi interprétative portée par le député Amadou Ba, visant à exclure du champ d'application de l'amnistie les auteurs de crimes de sang et de torture. Face à cette initiative, l'opposition et la société civile réclament une abrogation totale.
Maurice Soudieck Dione souligne toutefois une contradiction juridique majeure : "Comment une loi qui ne peut viser que l'avenir peut-elle régir un temps du passé ? Si on abroge la loi d'amnistie, en réalité, on crée l'impunité, puisqu'en droit, la loi nouvelle n'a d'effet que pour l'avenir."
Il précise également que la loi d'amnistie actuelle est parfaitement claire dans son exposé des motifs, qui mentionne que "pendant longtemps, le législateur a voulu privilégier l'amnistie de plein droit pour effacer toutes les infractions sans aucune distinction". Par conséquent, selon lui, "il n'y a pas matière à interprétation".
Pour le politologue, le véritable enjeu dépasse le cadre juridique : "C'est très grave ce qui s'est passé au Sénégal. Il y a eu un ensauvagement de la culture politique sénégalaise et ça, c'est extrêmement grave parce qu'après, cela produit des effets de désinstitutionnalisation démocratique."
Avec près de 80 morts lors des manifestations entre 2021 et 2024, une situation sans précédent dans l'histoire politique du Sénégal, Maurice Soudieck Dione insiste sur la nécessité de faire la lumière sur ces événements : "Si on ne fait pas la lumière, qu'est-ce qui va se passer ? On aura l'impression que ces faits-là sont passés par pertes et profits, et que finalement, on est dans une sorte de banalisation du mal."
Face à cette impasse juridique, le professeur suggère d'explorer d'autres voies : "Peut-être qu'on aurait dû aller vers des concertations plus larges et ne pas avoir seulement une perception juridique et judiciaire. Peut-être avoir une perspective plus englobante, non seulement judiciaire, mais également culturelle, sociale, psychologique, de prise en charge des victimes, de réconciliation, et pourquoi pas une loi constitutionnelle qui permettrait de surmonter cette difficulté."
Maurice Soudieck Dione rappelle que l'Histoire sénégalaise a connu plusieurs épisodes de violence politique, mais que la vague récente représente une dangereuse escalade qu'il faut absolument stopper : "Ce qui est sûr, c'est que si on laisse les choses passer de cette manière, on aura l'impression que la violence, c'est normal, et cela peut se reproduire à tout moment."