SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
6 avril 2025
FUITE DES CERVEAUX, LE CRI D’ALERTE DU PROFESSEUR AMADOU GALLO DIOP
Lors de la première édition du concept « Taataan ci Maam », l’ancien chef du service de neurologie de l’hôpital de Fann a dénoncé les conditions précaires des médecins au Sénégal, poussant de plus en plus de jeunes diplômés à l’émigration.
Ce jeudi, il y avait la 1ère édition du concept « Taataan ci Maam ». Il s’agit d’un projet qui vise à renforcer les « relations intergénérationnelles en valorisant les expériences et les connaissances des aînés ». A cette occasion, le Professeur Amadou Gallo Diop a évoqué la fuite des cerveaux dans le domaine médical. Selon cet ancien chef de service de neurologie de l’hôpital de Fann, les autorités doivent prendre ce problème à bras le corps.
« Les médecins partent. C’est extrêmement grave. Il faut qu’on s’arrête là-dessus, qu’on mène une réflexion. Sinon, après avoir perdu des ingénieurs, des économistes, des différentes professions, nous sommes en train maintenant de perdre des gens des professions de la santé », clame-t-il.
« Les structures de santé, dans la grande majorité, ne sont pas dans les normes internationales. Les conditions de rémunération et de leur progression dans la vie socio-économique ne sont pas bonnes du tout », a déploré Amadou Gallo Diop.
Toujours selon le Pr Diop, il y a 25 ou 30 ans, « Il était exceptionnel et rarissime au Sénégal de voir un docteur en médecine qui cherche à émigrer pour exercer sa profession ». Et de poursuivre dans la même dynamique. « Les médecins étaient systématiquement recrutés avec un niveau de revenu qui était en adéquation avec la cherté de la vie (…). Ces dernières années, nous voyons des docteurs en médecine qui soutiennent une thèse après huit années d’études dans des conditions difficiles, mais qui sont très formateurs, qui cherchent dans le mois ou dans l’année à aller sur l’émigration », a relevé le neurologue.
Cependant, il y a des facteurs qui peuvent expliquer ce phénomène d’après lui. La précarité dans le domaine médical, qui est un secteur névralgique dans toute société, devrait être traitée. « Quand vous vous rendez compte que quelqu’un peut faire huit ans d’études en médecine et docteur d’université en médecine, pharmacie et autres et se retrouver avec des salaires d’environ 200 000 francs par mois, c’est un scandale. Cette situation fait que nous voyons de plus en plus de jeunes docteurs en médecine, pharmacie et chirurgie dentaire formés à Dakar qui, maintenant, prennent la voie de l’émigration vers l’Europe, le Canada, les Etats-Unis, les pays arabes ».
LE MALI ET LE SÉNÉGAL RENFORCENT LEUR COOPÉRATION MILITAIRE
Le ministre sénégalais des Forces armées a rencontré son homologue malien, ce jeudi 6 février 2025 à Bamako. Les échanges ont également porté sur la mutualisation des efforts en matière de renseignement, de formation militaire...
Dans le cadre du renforcement de la coopération militaire entre le Mali et le Sénégal, le ministre malien de la Défense et des Anciens Combattants, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a reçu en audience son homologue sénégalais, le ministre des Forces armées, Général Birame Diop. Cette rencontre, qui s’est tenue le jeudi 6 février 2025 au siège du ministère malien de la Défense, vise à consolider les liens sécuritaires entre les deux pays.
Accompagné d’une délégation de haut rang, Général Birame Diop a salué l’accueil chaleureux qui lui a été réservé à Bamako. Il a souligné que cette rencontre répondait aux instructions du président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, qui accorde une priorité absolue au renforcement des relations bilatérales avec le Mali. Selon lui, la coopération militaire entre les deux nations, qui s’est intensifiée depuis la signature d’un accord militaire technique en mars 2021, affiche des résultats prometteurs, notamment en matière de formation des cadres militaires et d’échanges de stagiaires dans divers établissements.
Le ministre sénégalais a mis en avant la nécessité de renforcer la coopération transfrontalière pour faire face aux menaces sécuritaires communes. Il a insisté sur l’importance de la lutte conjointe contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et les trafics illicites, plaidant pour une mutualisation des efforts dans les domaines du renseignement, du partage d’informations et de la formation militaire.
Il a également évoqué la préservation du fleuve Falémé, dont l’exploitation aurifère a été suspendue par le Sénégal durant trois ans pour limiter la pollution. Il a exhorté le Mali à prendre des mesures similaires afin de préserver cet écosystème vital pour les communautés riveraines.
De son côté, le ministre malien de la Défense, le Général Sadio Camara, a souligné l’importance stratégique de cette rencontre pour la stabilité des deux pays. Rappelant les liens historiques entre le Mali et le Sénégal, il a affirmé que, malgré le retrait du Mali de la CEDEAO, le pays reste ouvert à des partenariats solides avec ses voisins, en accord avec la vision du président de la transition, le Général Assimi Goïta.
Il a insisté sur la nécessité d’une action conjointe pour sécuriser les plus de 400 kilomètres de frontière commune, précisant que la lutte contre le terrorisme et le crime organisé nécessitait une coopération étroite. « Cette bataille se gagnera par la coordination et le partage d’expériences entre nos forces armées », a-t-il déclaré.
Enfin, il a salué la présence de son homologue sénégalais et de sa délégation, soulignant l’importance des discussions engagées pour bâtir des partenariats solides et durables en matière de défense et de sécurité. Cette rencontre de deux jours devrait aboutir à des initiatives concrètes pour renforcer la stabilité régionale face aux défis sécuritaires croissants.
CDC, UN PLAN SOCIAL LANCÉ POUR OPTIMISER LES RESSOURCES
Un plan de mobilité interne a également été initié pour redéployer certains agents au sein des filiales du groupe. La direction assure que cette démarche se fera dans le strict respect des droits des travailleurs.
Comme l’ont fait certaines entités publiques depuis l’avènement du nouveau régime, la Caisse des Dépôts et Consignations (Cdc) a, elle aussi, annoncé un plan social.
La Cdc et Fadilou Keïta veulent se séparer d’une partie du personnel. La structure vient d’annoncer un plan social. Dans un communiqué de presse, elle explique que dès sa prise de Fonction, le Directeur général, Fadilou Keïta, a commandité, plusieurs audits. «Parmi eux, l'audit organisationnel réalisé par le cabinet Kpmg qui a mis en évidence la nécessité d'optimiser les ressources humaines», indique la Cdc.
Et la Commission de Surveillance de la Cdc, renseigne la boîte dans son document de presse, lors de la réunion du lundi 27 janvier 2025, et après délibération à huis clos, «autorise le Directeur général à mettre en œuvre un plan social, conformément aux dispositions réglementaires».
Le communiqué de presse renseigne que le Directeur général a également initié un plan de mobilité interne visant à préserver un maximum d'emplois. Une vingtaine d'agents de toutes catégories seront redéployés, sous forme de détachement, au sein des filiales du Groupe.
Ainsi, un comité de mise en œuvre du plan social a été constitué. Il est composé de 5 membres, dont 3 personnalités indépendantes. Il aura pour mission de prendre en charge les dossiers entrant dans le champ des critères établis, en conformité avec les rapports et autres recommandations. Il s'attèlera ensuite à mener des entretiens individuels avec les travailleurs concernés.
La Direction générale assure de son engagement à conduire ce processus «dans le respect absolu des droits des travailleurs et des dispositions réglementaires en vigueur.» Une démarche qu’elle dit inscrire dans une volonté de modernisation et d'optimisation des ressources.
SANGOMAR, PLUS DE 3 MILLIONS DE BARILS PRODUITS EN JANVIER
Durant cette période, 3 cargaisons, représentant un volume total de 2,89 millions de barils, ont été expédiées et commercialisées sur le marché international.
Le ministère du Pétrole et des Énergies vient de rendre public le rapport de production du mois de Janvier pour le Gisement pétrolier de Sangomar. Près de 3 millions de barils ont été commercialisés. Ci-dessous le rapport complet.
La production totale du site de Sangomar pour le mois de janvier 2025 a atteint 3,11 millions de barils de pétrole brut.
Durant cette période, 3 cargaisons, représentant un volume total de 2,89 millions de barils, ont été expédiées et commercialisées sur le marché international.
Les prévisions de production pour l’année 2025 devraient se chiffrer à environ 30,53 millions de barils de pétrole brut, avec un objectif de maintien du plateau de 100 000 barils par jour tout au long de l’année.
GRANDE MURAILLE VERTE, UN AUDIT MET EN LUMIÈRE DES FAIBLESSES À CORRIGER
Le ministre sénégalais de l’Environnement, Daouda Ngom, a insisté sur la nécessité de réformes pour améliorer la gouvernance et la mobilisation des ressources. Les conclusions de ces travaux seront soumises au Conseil des ministres.
Les résultats de l’audit institutionnel et organisationnel de l’Agence panafricaine de la grande Muraille verte (APGMV) ont révélé un certain nombre de préoccupations à examiner, a indiqué, jeudi, le ministre sénégalais de l’Environnement et de la Transition écologique, Daouda Ngom.
Parmi ces préoccupations figurent le modèle de financement durable et les ajustements juridiques nécessaires pour consolider le cadre opérationnel et statutaire de cette initiative panafricaine, a-t-il précisé.
‘’Ces préoccupations méritent que nous nous y penchions par un examen approfondi afin de doter l’initiative de mécanismes de coordination, d’harmonisation des actions et d’appui à la mobilisation des ressources’’, a insisté le ministre.
Daouda Ngom intervenait à l’ouverture des travaux du Comité technique des experts chargés d’examiner les conclusions et recommandations de l’audit institutionnel et organisationnel de l’Agence panafricaine de la grande Muraille verte et des structures nationales.
Coorganisée par le Sénégal, le Mali et la Mauritanie, ce sommet de Dakar se déroule du 5 au 7 février avec une réunion des experts. La réunion du Conseil des ministres de l’Agence panafricaine de la grande Muraille verte qui mettra un terme à ce sommet, se tiendra vendredi.
Il a indiqué que »le modèle financement durable de la l’Agence doit inclure les contributions des États membres, des partenaires techniques et financiers et des initiatives privées ».
‘’Parmi les préoccupations à revoir, a-t-il ajouté, figurent également la définition des niches stratégiques permettant d’optimiser les services offerts par l’Agence, entre autres, le financement carbone et les projets de reforestation.’’
‘’Il y a aussi la reformulation des mandats pour garantir une meilleure clarté et un alignement institutionnel, à la fois pour l’Agence panafricaine et les structures nationales et le nouveau schéma institutionnel et organisationnel proposé pour répondre aux exigences modernes de gouvernance et de performance’’, a-t-il ajouté.
Douada Ngom a indiqué qu’il est attendu de ces deux jours de réunion des experts ‘’la validation des rapports provisoires produits, une proposition d’une feuille de route pour leur mise en œuvre et enfin, une proposition de recommandations à soumettre aux ministres en charge de la grande Muraille verte des États membres’’.
‘’Ces propositions et recommandations, selon lui, permettront de surmonter les faiblesses organisationnelles notées afin de mieux mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires à la mise en œuvre de cette ambitieuse initiative.’’
Il a invité les experts à exploiter et analyser avec toute la rigueur qui sied les documents soumis à leur attention.
‘’Nous, les ministres, attendons de vous, experts, des propositions et recommandations objectives sur les contributions statutaires et le renouvellement des mandats des instances dirigeantes de l’APGMV’’, a-t-il lancé.
L’Agence panafricaine de la grande Muraille verte (APGMV) a été créée le 17 juin 2010 à N’Djamena, au Tchad, sous l’égide de l’Union africaine et de la CEN-SAD.
‘’Cette initiative, un maillon essentiel au développement durable de notre continent, a fait du chemin depuis et baigne, aujourd’hui, dans des incertitudes qui ont valu la nécessité de procéder à un audit institutionnel et organisationnel, pour tenter d’ouvrir des perspectives meilleures’’, a expliqué le ministre.
L’audit est financé par la Banque africaine de développement (BAD).
Daouda Ngom a assuré que le Sénégal, en tant que pays facilitateur et catalyseur, ne ménagera aucun effort pour l’expression et la valorisation des potentialités de la grande Muraille verte.
Il a réitéré »l’engagement du gouvernement du Sénégal à soutenir pleinement » cette initiative.
Dr Sékouna Diatta, Directeur général de l’Agence sénégalaise de reforestation et de la Grande muraille verte (ASERGMV), a estimé que cette session organisée avec le soutien de partenaires tels que la BAD, et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), est ‘’une avancée majeure dans la vie de l’Agence panafricaine’’.
Projet phare de l’Union africaine, la grande Muraille verte est une initiative qui vise à réhabiliter les écosystèmes dégradés, promouvoir une agriculture durable, renforcer la résilience des écosystèmes et des communautés et lutter efficacement contre les effets négatifs de la désertification et du changement climatique.
VIDEO
POUR UNE ÉCOLE À LA SÉNÉGALAISE
Abdourahmane Diouf dissèque les maux du système éducatif national. Selon lui, le Sénégal reste prisonnier d'un mimétisme colonial qui l'empêche de construire sa propre voie. Entre héritage culturel et modernité, plongée au cœur d'une révolution attendue
Dans un entretien accordé à l'émission Belles Lignes de Pape Alioune Sarr ce jeudi 6 février 2025, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Abdourahmane Diouf, livre une analyse approfondie des défis du système éducatif sénégalais et propose une vision de transformation.
Issu lui-même d'une famille traditionnelle où ses parents ne maîtrisaient pas le français, le ministre incarne la réussite de l'école publique sénégalaise d'antan. Il souligne cependant que le système actuel reste prisonnier de son héritage colonial. "Nous n'avons pas d'école sénégalaise comme nous n'avons pas d'université sénégalaise", déclare-t-il, pointant notamment le paradoxe de l'université Cheikh Anta Diop qui, malgré ses 100 000 étudiants, n'enseigne pas suffisamment l'œuvre de son illustre parrain.
Le ministre dénonce un mimétisme culturel qui affecte profondément la société sénégalaise. "Nous voulons être plus arabes que les Arabes, plus français que les Français, en oubliant d'être des Noirs", affirme-t-il, appelant à une reconnexion avec l'identité culturelle sénégalaise.
Sur le plan technologique, Abdourahmane Diouf prône une approche pragmatique. Il cite l'exemple des jeunes réparateurs de téléphones du marché HLM à Dakar qui, sans formation académique, maîtrisent les technologies les plus récentes. Pour lui, cette expertise pratique doit être valorisée et intégrée dans une stratégie nationale de développement technologique.
Le ministre plaide pour un "souverainisme ouvert", conjuguant préservation des intérêts nationaux et coopération internationale. "Nous allons conserver pour nous ce que nous savons faire de mieux, mais là où nous sommes faibles, nous irons chercher l'expertise à travers le monde", explique-t-il.
Concernant les réformes, il insiste sur l'urgence d'adapter le système aux réalités locales, notamment en matière linguistique. Face aux résistances sociétales, il appelle à une prise de conscience collective pour dépasser les préjugés hérités de la période coloniale et construire un modèle éducatif véritablement sénégalais.
VIDEO
L'HÉRITAGE DE KADDU BEYKAT SE RÉINVENTE
La restitution de la résidence d'écriture Intersections Selebeyoon dévoilera le travail de huit créatrices africaines sous le parrainage de Ken Bugul. Cette soirée du 7 février à la place du souvenir marquera également le début d'un hommage à Safi Faye
(SenePlus) - Le Festival Africain du Film et de la Recherche Féministes (CINEFEMFEST) Gëstu Nataal i Jigeen s'apprête à présenter les résultats de sa résidence d'écriture 2024 lors d'une cérémonie qui se tiendra le 7 février à la place du souvenir africain de Dakar. Cet événement, qui débutera à 16h30, marquera l'aboutissement d'un projet créatif unique rassemblant huit femmes talentueuses du continent africain et de sa diaspora.
La résidence d'écriture Intersections : Selebeyoon, qui s'est déroulée à Toubab Dialaw en octobre-novembre 2024, a réuni un groupe diversifié d'écrivaines, de chercheuses, de commissaires d'exposition, de photographes et de cinéastes. Sous le parrainage de l'écrivaine Ken Bugul, cette initiative a donné naissance à une publication collective qui sera présentée lors de la cérémonie.
L'événement mettra également à l'honneur le cinéma pionnier de Safi Faye avec la projection de son film emblématique "Kaddu Beykat" (Lettre Paysanne). Tourné à Fadial, en pays Sereer, ce film célébrera son cinquantième anniversaire en 2025. Sa pertinence reste intacte alors que le Sénégal s'engage dans un processus de réforme foncière et agraire.
Le festival prévoit une tournée de projection de "Kaddu Beykat" dans les établissements scolaires, les universités publiques et les espaces culturels de Dakar et sa région. Cette initiative vise à faire découvrir l'œuvre de Safi Faye aux nouvelles générations et au grand public. La cinéaste, première Africaine dont les films ont connu une distribution commerciale, a réalisé treize films au total, explorant des thématiques cruciales telles que l'émancipation féminine, l'indépendance économique, la souveraineté et les traditions en pays sérère.
Sa filmographie impressionnante comprend des œuvres marquantes comme "La Passante" (1972), "Revanche" (1973), "Fad'jal Goob na nu" (1979), "Man Sa Yay" (1980), "Les Âmes au soleil" (1981), "Selbé et tant d'autres" (1982), jusqu'à son dernier film "Mossane" (1996).
Le CINEFEMFEST avait déjà rendu hommage à Safi Faye lors de son édition 2023, soulignant son rôle de pionnière dans le cinéma africain. Pour plus d'informations sur le festival et ses activités, les organisateurs invitent le public à consulter le site web cinefemfest.com ou à les contacter directement à l'adresse cinefemfest@cinefemfest.com.
Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de valorisation et de préservation du patrimoine cinématographique féministe africain, tout en encourageant l'émergence de nouvelles voix créatives sur le continent.
LEVÉE DE BOUCLIERS CONTRE LE PATRIARCAT
Le combat pour l'égalité parentale s'intensifie au Sénégal, où un simple refus de signature paternelle peut briser l'avenir d'un enfant. En 2025, le Code de la famille continue de reléguer les femmes en citoyennes de seconde zone
Au Sénégal, seul un homme est reconnu comme chef de famille, selon le code de la famille. Cette prérogative lui donne le pouvoir de contrôler presque tous les aspects de la vie familiale, à savoir le lieu de résidence, l'autorisation de délivrance de documents administratifs pour leurs enfants. Ainsi, l'autorité parentale revient uniquement au père pendant le mariage. Ce cadre juridique laisse les femmes, en particulier les mères divorcées et célibataires, dans une situation de vulnérabilité et d'impuissance, car elles sont incapables de prendre les décisions les plus élémentaires pour leurs enfants sans l'accord du père.
Nafi, une mère divorcée, incarne les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes sénégalaises à cause d'un code de la famille obsolète. Après son divorce, elle s'est retrouvée seule responsable de l'éducation de son enfant. Lorsqu'elle a voulu renouveler le passeport de son fils, son ex-mari a refusé de lui accorder l'autorisation parentale nécessaire. «Il n'a jamais respecté les décisions du tribunal : pas de pension alimentaire, pas de visites, rien. J'ai tout fait pour mon enfant, mais lorsque son passeport a expiré, j'ai dû courir après mon ex-mari pendant six mois pour obtenir l'autorisation d'en faire un nouveau», se souvient Nafi, la voix teintée de frustrations. Cette épreuve n'est que trop fréquente pour les femmes divorcées au Sénégal qui se retrouvent souvent impuissantes face à un système juridique qui favorise les hommes. Le système juridique, qui est censé protéger les enfants, est souvent utilisé comme une arme contre leurs mères.
Aminata partage une histoire similaire, qui fait écho à l'expérience de nombreuses femmes divorcées au Sénégal. Frustrée par le refus de son ex-mari de coopérer, elle a demandé conseil à l'association des juristes sénégalaises (AJS) et a pu obtenir une délégation de l'autorité parentale. «Je ne pouvais pas obtenir des documents de base pour mon enfant sans le consentement du père. J'ai finalement demandé de l'aide à l'AJS (Association des Juristes Sénégalaises), qui m'a guidée pour obtenir la délégation de l'autorité parentale. Maintenant, je peux prendre des décisions pour mon enfant sans être à la merci de mon ex-mari», explique-t-elle. Ces batailles mettent en lumière les obstacles systémiques auxquels les femmes sont confrontées dans le cadre du code de la famille actuel.
Les femmes divorcées, les véritables victimes de l’article 277 duCode de la famille
Aissatou, comme beaucoup d'autres femmes, se demande pourquoi la loi dit qu'une mère qui porte son enfant pendant neuf mois et l'allaite pendant près de deux ans doit avoir l'autorisation du père pour l'emmener dans les procédures administratives. En effet, l'article 277 du code de la famille sénégalais est au cœur du problème. Il accorde au père l'autorité parentale exclusive pendant le mariage, exigeant sa signature sur toute autorisation parentale, écartant de fait les mères de la participation aux décisions cruciales concernant la vie de leurs enfants. La loi permet non seulement aux pères de refuser la reconnaissance de paternité, mais elle interdit également les tests de paternité, ce qui renforce encore la domination masculine dans les affaires familiales. Cette structure juridique perpétue un système dans lequel les hommes détiennent tout le pouvoir de décision, laissant aux femmes des droits et des recours limités. Cette disposition persiste malgré l'évolution du rôle des femmes dans la société sénégalaise, où elles occupent désormais des postes de responsabilité professionnelle importants. Les activistes et les organisations féministes appellent à une révision de cette loi pour refléter les réalités de la vie familiale moderne où les femmes sont souvent les principales pourvoyeuses de soins.
Le poids émotionnel du pouvoir patriarcal
L'impact de ce cadre juridique patriarcal va au-delà des obstacles administratifs. Des femmes comme Nafi éprouvent une grande détresse émotionnelle en raison de leur manque d'autonomie. «J'ai évité de parler de la situation à mon fils pour qu'il n'ait pas une mauvaise image de son père. Personnellement, j'étais furieuse d'être aussi impuissante. J'étais furieuse. Comment pouvais-je m'occuper de tout et me faire dire que j'avais besoin d'un papier d'un père qui nous avait abandonnés pour voyager ?» explique-t-elle de sa profonde frustration et sa colère face à l'injustice imposée par la loi. Ce sentiment d'impuissance s'étend à d'autres aspects de leur vie, qu'il s'agisse des rendez-vous manqués ou de l'anxiété constante de naviguer dans un système qui leur est défavorable.
Comment les obstacles juridiques affectent la vie des enfants
Les effets de ces obstacles juridiques ne se limitent pas aux mères. Ils ont également un impact profond sur les enfants. Dans des cas comme celui de Nafi, où le père est absent, les enfants peuvent passer des années sans voir leur parent, ce qui entraîne des relations tendues et une détresse émotionnelle. Le fils de Nafi n'a pas vu son père depuis huit ans, celui-ci vivant à l'étranger et ne le contactant que sporadiquement via WhatsApp. Cette absence a laissé de profondes cicatrices émotionnelles. «Le refus de son père de coopérer a affecté nos vies : rendez-vous manqués, projets gâchés et troubles émotionnels. Il ne s'agit pas seulement de paperasse ; il s'agit du lien entre un père et son enfant, qui est en train d'être érodé par une loi qui donne la priorité à l'autorité paternelle sur la responsabilité parentale», se désole Nafi.
Aïssatou : « Mon fils a perdu une bourse d’étude à cause du refus de son père de signer l’autorité parentale»
L'histoire de Nafi n'est qu'une des nombreuses illustrations de l'impact psychologique du code familial patriarcal sénégalais sur les femmes et les enfants. Le fils d’Aïssatou a voulu étudier à l’étranger mais son papa n’a pas signé l’autorité parentale. «Nous avions des problèmes et pour me coincer, lorsque je lui ai demandé de signer l’autorité parentale pour notre fils, il a refusé. Et ce dernier a perdu sa bourse d’étude depuis lors, il s’isole et cela me fend le cœur de le voir ainsi. Tout cela à cause d’un père aigri et égoïste», se désole Aissatou. En effet, l'obligation légale d'obtenir l'autorisation du père pour des tâches administratives de base perturbe la vie quotidienne et empêche l'enfant de voyager, d'accéder à l'éducation et de recevoir des soins médicaux. Cette situation est exacerbée par la capacité du père à refuser son consentement par dépit ou par négligence, ce qui complique encore l'éducation de l'enfant.
Les réformes du Maroc peuvent inspirer le Sénégal
La structure patriarcale du Sénégal n'est pas unique sur le continent africain. Alors que le Sénégal est confronté à ces défis, d'autres pays africains, comme le Maroc, ont réalisé des progrès significatifs dans la réforme de leur droit de la famille. Le Maroc, par exemple, a réformé son code de la famille, la Moudawana, en 2004 afin d'accorder l'autorité parentale partagée et d'améliorer les droits de garde pour les femmes. Ces réformes ont été motivées par un mouvement croissant en faveur des droits des femmes et visaient à aligner le cadre juridique sur les normes internationales en matière de droits de l'homme. Avant 2004, les pères marocains avaient l'autorité parentale exclusive, comme c'est le cas au Sénégal. Toutefois, les réformes reconnaissent désormais le rôle des deux parents dans l'éducation des enfants et la prise de décision. Cette évolution a permis aux mères marocaines d'avoir davantage leur mot à dire dans la vie de leurs enfants, même en cas de divorce. Contrairement au Sénégal, où les femmes ont toujours besoin de l'autorisation de leur père pour ouvrir un compte bancaire pour leur enfant ou pour voyager à l'étranger, les textes marocains donnent autant de pouvoir aux mères qu'aux pères. Ce contraste souligne l'urgence de réformes juridiques similaires au Sénégal pour promouvoir l'égalité des sexes et protéger les droits des femmes.
Montee d’un mouvement en faveur du partage des droits parentaux
Au Sénégal, le mouvement en faveur de réformes similaires prend de l'ampleur. En mars dernier, une coalition de féministes, d'activistes, d'organisations de la société civile et de groupes de défense des droits de l'Homme a lancé une campagne en faveur de l'autorisation parentale partagée. L’objectif de la campagne est de plaider pour une révision de la loi sur le partage des droits et des responsabilités parentales. Il s’agit de permettre aux femmes d'effectuer des démarches administratives au nom de leurs enfants sans avoir besoin de l'autorisation du père. Cependant, malgré ces efforts, la situation reste inchangée, ce qui souligne la nécessité de poursuivre les actions de plaidoyer et de sensibilisation du public.
La militante féministe, Jaly Badiane, souligne l'importance de l'éducation du public parallèlement à la réforme juridique. « Nous devons d'abord demander aux autorités de réviser la loi, mais aussi à la population de comprendre l'importance de cette révision et les raisons pour lesquelles ces changements sont nécessaires. Le partage de l'autorité parentale ne signifie pas que l'on supprime les droits des pères ; il s'agit de faire en sorte que les deux parents puissent prendre des décisions dans l'intérêt supérieur de leurs enfants», explique-t-elle. Elle souligne la nécessité d'adopter des lois qui reflètent les expériences vécues par les familles sénégalaises et protègent les droits des femmes et des enfants. Ses efforts sont essentiels pour combler le fossé entre les réformes juridiques et l'acceptation par la société, en veillant à ce que les changements soient durables et largement soutenus. «Nous devons réviser le code de la famille pour qu'il reflète la réalité des familles sénégalaises modernes. La loi devrait reconnaître que les deux parents, quel que soit leur statut matrimonial, ont le droit et la responsabilité de s'occuper de leurs enfants», affirme Mme Sarr.
Entre 2021 et 2023, les boutiques de l’AJS ont reçu 665 demandes de garde d'enfants
Madjiguène Bakhoum Sarr, responsable de la communication à l'association des juristes sénégalaises (AJS) et membre fondateur de la campagne pour le partage de l'autorité parentale, joue un rôle central dans ce combat. Elle décrit les difficultés quotidiennes des femmes qui s'adressent à l'AJS pour obtenir de l'aide en matière de garde d'enfants et d'administration juridique. Grâce à leurs boutiques juridiques réparties dans tout le pays, elles aident les femmes à naviguer dans le système juridique, qu'il s'agisse d'obtenir la garde des enfants, de garantir la pension alimentaire ou de se battre pour obtenir l'autorisation parentale. «Entre 2021 et 2023, nous avons reçu 665 demandes de garde d'enfants dans l'ensemble de nos boutiques juridiques.
Il ne s'agit pas de cas isolés : ces femmes se battent pour obtenir le droit fondamental de prendre des décisions pour leurs enfants sans avoir besoin du consentement du père», explique Mme Sarr. Les efforts d'AJS sont essentiels dans la lutte plus large pour l'égalité des sexes au Sénégal, car ils fournissent un soutien juridique et un plaidoyer pour les femmes qui luttent contre les dispositions discriminatoires et servent de plateforme pour que les voix des femmes soient entendues.
Les histoires personnelles de femmes comme Nafi et Aminata sont le moteur de la réforme juridique au Sénégal, car elles mettent en évidence les implications réelles des dispositions discriminatoires du code de la famille. Ces récits personnels mettent en lumière les conséquences concrètes de lois obsolètes et le besoin urgent de changement. Ils humanisent les questions juridiques mais démontrent également la résilience des femmes sénégalaises, qui continuent à se battre pour leurs droits en dépit d'obstacles importants.
L'urgence d’un changement juridique auSénégal
Le code de la famille sénégalais a désespérément besoin d'être réformé pour refléter les réalités de la vie moderne. Le cadre juridique actuel, ancré dans les traditions patriarcales, ne protège pas les droits des femmes et des enfants, ce qui les rend vulnérables et les prive de leurs droits. Pour aller de l'avant, le Sénégal doit donner la priorité à la révision des lois discriminatoires telles que l'article 277, afin de garantir à tous les citoyens, quels que soient leur sexe, l'égalité des droits et des chances. Les femmes sénégalaises revendiquent le droit de prendre des décisions pour leurs enfants indépendamment des caprices du père. Cet effort collectif souligne la nécessité absolue de faire évoluer le code de la famille pour l'aligner sur les normes contemporaines en matière d'égalité des sexes.
Une nouvelle vision des droits parentaux au Sénégal
La campagne pour le partage de l'autorité parentale est plus qu'une simple bataille juridique ; c'est un mouvement vers une société plus juste et plus équitable. Il s'agit de faire en sorte que les femmes et les enfants du Sénégal puissent vivre dans la dignité, la sécurité et l'égalité. Le plaidoyer et l'activisme continus de l’AJS et d'autres organisations offrent l'espoir que les structures juridiques patriarcales peuvent être transformées, ouvrant la voie à un avenir plus équitable pour tous les Sénégalais. En révisant le code de la famille et en reconnaissant les rôles égaux des mères et des pères dans l'éducation de leurs enfants, le Sénégal peut faire un pas important vers l'égalité des sexes.
LA MISE AU POINT DE L'ANSD SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET LA DETTE PUBLIQUE
Suite à des interprétations du rapport 2022/2023 sur la situation économique et sociale du Sénégal, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie a apporté des clarifications ce 6 février 2025.
Suite à la publication du rapport sur la Situation économique et sociale du Sénégal (édition 2022/2023) le 4 février dernier, des informations mal comprises ont circulé, notamment sur les finances publiques et la dette du pays. Face à cette situation, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a tenu à faire une mise au point pour rétablir les faits, ce 6 février 2025.
L’ANSD rappelle que ce rapport est une publication annuelle qui compile des données issues du Système statistique national (SSN), incluant celles du ministère des Finances et du Budget. « Les chiffres concernant la dette publique s’appuient sur les dernières statistiques officielles disponibles pour les années 2022 et 2023 », souligne la note.
Contrairement aux interprétations qui ont circulé, le rapport ne prend pas en compte les travaux d’audit actuellement menés par la Cour des comptes sur la situation des finances publiques. Ces audits sont en cours, et leurs conclusions ne sont pas encore disponibles. Toute mise à jour liée à ces investigations sera intégrée dans les prochaines éditions du rapport.
PAR MAGAYE GAYE
AFRIQUE, ATTENTION AUX NOUVEAUX PARTENAIRES INDO-CHINOIS
"Depuis longtemps, la Chine applique des méthodes peu transparentes. Peu regardante sur les valeurs démocratiques et les libertés, elle remporte et exécute des marchés sans aucun transfert de technologie."
Vous me connaissez : je n’ai jamais été complaisant envers le modèle occidental, dont les méthodes ont contrarié le développement du continent. L’exemple des accords de pêche en est une illustration frappante.
Après des siècles de confrontation sur le terrain de l'esclavage et de la colonisation nous avons appris à nous connaître mutuellement avec le monde occidental
Cependant, il est temps de nous interroger aussi sur les nuisances graves que représente le tandem indo-chinois pour l’Afrique.
Une anecdote révélatrice
Lors d’un sommet Inde-Afrique à New Delhi, avant même la séance inaugurale, les officiels indiens ont organisé pour les délégations africaines… une sortie shopping en ville, avec des bus climatisés à disposition. Ce jour-là, j’ai été choqué.
Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus de responsables africains vont se faire soigner en Inde. Pire encore, il semblerait que l’Inde devienne un nouveau paradis fiscal, où certains dirigeants africains placeraient discrètement leurs fortunes.
Dans le domaine économique, l’Inde prend le contrôle, en toute opacité, des sociétés d’État privatisées en Afrique. Elle développe également ses affaires au détriment des producteurs locaux, comme c’est le cas avec l’anacarde.
La Chine, un partenaire opaque
Depuis longtemps, la Chine applique des méthodes peu transparentes. Peu regardante sur les valeurs démocratiques et les libertés, elle remporte et exécute des marchés sans aucun transfert de technologie. Son modèle de financement, souvent opaque, est lié à une prédation des ressources naturelles.
D’un point de vue macroéconomique, les balances commerciales de nombreux pays africains sont déficitaires vis-à-vis de ces deux puissances.
L’Afrique doit donc faire preuve de vigilance face à ce tandem, qui est loin d’être altruiste.
Une responsabilité partagée
Soyons clairs : il ne s’agit pas d’absoudre les élites africaines. Mais nous devons prendre conscience que l’Inde et la Chine ne sont pas les "sauveurs" que certains imaginent.
Face à cette menace géopolitique, l’Afrique doit adopter une démarche stratégique et compter sur ses propres forces.
Nos recommandations
Imposer des joint-ventures à la Chine et à l’Inde dans la production locale de biens d’équipement et de consommation, notamment pour les produits actuellement importés massivement ou exportés à l’état brut. (Exemple : articles de décoration, anacarde, arachide...)
Renforcer le contrôle des flux financiers à destination de l’Inde afin d’éviter les dérives liées aux paradis fiscaux.
Exiger un transfert de technologie avant toute signature de contrat avec ces pays.
Éviter les garanties de financement sous forme de ressources naturelles, qui fragilisent nos économies.
L’Afrique doit cesser d’être un terrain de jeu économique pour d’autres puissances. Il est temps d’adopter une stratégie pragmatique et souveraine.