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5 avril 2025
PAR DR NGAGNE FALL
PUBLICATION DE LA LISTE DES MÉDIAS RECONNUS, ENTRE CONFUSION ET INCOHÉRENCE
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur
La volonté du MCTN de réguler le secteur des médias est à saluer car les reformes ont été menées à un temps record dans un but d’assainir l’écosystème médiatique qui est en souffrance depuis plusieurs années, cependant il convient aussi de relever quelques observations qui pourraient aider à mieux affiner la démarche. Le ministère a publié une liste pour chaque catégorie de médias jugés conforme aux dispositions du code de la presse. La liste telle que publiée donne l’impression que nous disposons de cinq catégories de médias, à savoir les télévisions, les radios généralistes, la presse écrite, les radios communautaires, la presse en ligne et les Webtv. Cette classification semble ignorer la spécificité de chaque média et rend difficile le travail de reconnaissance et de régulation.
D’abord concernant les télévisions, un travail de fond aurait permis de faire la différence entre les types de télévisions, sur la même liste, on mélange les télévisions généralistes (Tfm, Waltv, 2stv…), les télévisions régionales (Saloum tv), les télévisions religieuses (Touba tv Mourchid tv, Médina Baye tv) et les chaînes internationales (F24, China tv). Ces chaînes découlent certes du modèle de flot (programme de flux), mais elles appartiennent à des catégories différentes tant dans le mode de financement que dans la régulation. En les regroupant sur une même liste, on leur attribue des fonctions et des missions similaires.
Pourquoi c’est important, si on applique le code de la presse dans toute sa rigueur, les télévisions religieuses ne devraient jamais figurer sur la liste, car l’article 144 du code la presse précise qu’« aucune licence ne peut être accordée à un parti politique, à une alliance ou groupe de partis politiques, à une ethnie ou à un groupe d'ethnies et à une communauté́ religieuse. » Sur la liste y figurent au moins 7 chaînes religieuses et une chaîne appartenant à un groupe ethnique. Donc, sur le tableau présenté, seulement 7 chaînes sont des télévisions généralistes qui se distinguent des autres de par leur portée générale et leur valeur informationnelle.
Le même constat sur la liste des radios enregistrées ou on mélange les radios généralistes, commerciales (Rfm, Walfm, Sudfm...), les radios musicales(Vibe radio), les radios internationales et quelques stations qui devraient figurer sur la liste des radios communautaires (Zigfm, Alfayda fm). Dans certains cas, on ne fait pas de différence entre groupes de presse et le support appartenant au même groupe de presse. Dans la catégorie radios enregistrée, on cite Emedia, Groupe futurs média Walfadri qui ne sont pas des radios mais des groupes ou entreprises de presse regroupant plusieurs supports médiatiques.
Le même mélange de genre est constaté sur la liste des médias en ligne. La démarche pose problème, vu, les exigences du code la presse, on ne peut pas mesurer la conformité d’un média en ligne par le simple fait d’un dépôt de dossier. Le code précise que le média en ligne doit employer, à titre régulier, au moins trois (3) journalistes, En outre, l’entreprise de presse en ligne doit disposer d’un directeur de publication et d’un rédacteur en chef justifiant respectivement d’au moins dix (10) années et sept (07) années d’expérience professionnelle. Le médias doit mettre, à disposition du public, un contenu original, composé d’informations présentant un lien avec l’actualité et ayant fait l’objet, au sein du service de presse en ligne, d’un traitement à caractère journalistique, notamment dans la recherche, la vérification et la mise en forme de ces informations. Au vu de ces exigences, on ne peut pas définir la conformité de ces médias en ligne sans faire une analyse de contenu des sites concernés pour évaluer la nature et la valeur journalistique des informations diffusées.
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur. Avec le bouleversement numérique, le travail de régulation des médias est devenu très complexe, des études sérieuses ou une simple consultation des travaux universitaires en amont auraient pu permettre une bonne compréhension et une meilleure appréhension des enjeux du secteur des médias.
BAISSE DE LA PRÉVALENCE DES MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES AU SÉNÉGAL
Le taux de femmes âgées de 15 à 49 ans ayant subi des mutilations génitales est passé de 25 % en 2019 à 20,1 % en 2023, selon Ndiaga Diouf, secrétaire général du ministère de la Famille et des Solidarités.
Le taux de femmes âgées de 15 à 49 ans ayant subi des mutilations génitales a baissé au Sénégal de 2019 à 2023, passant de 25% à 20%, a t-on appris du Secrétaire général du ministère de la Famille et des Solidarités, Ndiaga Diouf, se basant sur les données d’une étude sur cette question.
‘’Au Sénégal, l’enquête démographique et de santé continue de 2023 a montré une baisse de la prévalence des mutilations génitales, qui est passée de 25% en 2019 à 20,1 % à 2023 chez les femmes âgées de 15-49 ans’’, a-t-il dit.
Le secrétaire général du ministère de la Famille et des Solidarités s’exprimait ainsi, jeudi, lors de la commémoration de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines/excision (MGF/E), célébrée le 6 février de chaque année.
L’évènement s’est tenu à la Mairie de Grand-Yoff, à Dakar, en collaboration avec UNICEF, UNFPA, ENABEL et ACTIONAID, en présence d’officiels et de notables religieux et coutumiers.
Le thème de cette édition a porté sur: ‘’Accélérer le rythme : renforcer les alliances et créer des mouvements pour mettre fin aux mutilations génitales féminines’’.
La même tendance baissière est également observée s’agissant de la prévalence des MGF/E chez les filles de moins de 15 ans, qui est passée de 16,1% à 12,9%, selon le secrétaire général du ministère de la Famille et des Solidarités.
Toutefois, ‘’dans les grandes villes, qui concentrent des populations venues de divers horizons et tentées par la reproduction, les mutilations continuent à être pratiquées souvent avec l’aide d’exciseuses mobilisées pour la circonstance’’, a-t-il souligné, citant les régions de Sédhiou, Kédougou, Matam et Kolda comme étant des ‘’épicentres des MGF/E’’.
Pour lutter contre cette pratique, le ministère de la Famille et des Solidarités a élaboré une stratégie nationale pour son abandon à l’horizon 2030, avec comme cri de ralliement : ‘’un Sénégal sans MGF, où toutes les femmes et les filles jouissent de leur droit à l’intégrité physique’’, a fait savoir Ndiaga Diouf.
Selon lui, cette ambition cadre avec l’axe 2 de l’Agenda Sénégal 2050, dénommé ‘’Capital humain de qualité et Equité sociale’’, qui met un accent particulier sur le renforcement des droits et la protection des femmes et des filles.
Au Sénégal, l’excision est prohibée et sanctionnée par la loi 99-05 du 29 janvier 1999.
Deux cent trente millions de femmes ont subi des mutilations génitales dans le monde, avec deux millions de cas de mutilations tous les ans, depuis l’institution de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines/excision (MGF/E) par les Nations unies en 2012.
NICOLAS SARKOZY SOUS BRACELET ÉLECTRONIQUE
Cette mesure inédite pour un ancien président fait suite à sa condamnation définitive pour corruption dans l'affaire des écoutes. Cette surveillance encadre strictement ses horaires de sortie, alors qu'il comparaît dans le dossier du financement libyen
(SenePlus) - L'ex-président de la République Nicolas Sarkozy française est entré vendredi 7 février dans une nouvelle phase judiciaire sans précédent. Comme le rapporte Le Monde, il s'est vu poser un bracelet électronique à son domicile en début d'après-midi, une mesure inédite pour un ancien président.
Cette installation fait suite au rejet, le 18 décembre 2024, de son pourvoi en cassation dans l'affaire dite "des écoutes" ou "Bismuth", rendant définitive sa condamnation à un an de prison ferme aménagé sous bracelet électronique pour corruption et trafic d'influence.
Des restrictions strictes encadrent désormais les déplacements de l'ancien locataire de l'Élysée. Selon Le Monde, il ne peut quitter son domicile qu'entre 8 heures et 20 heures, avec une extension jusqu'à 21h30 les lundis, mercredis et jeudis, jours où il comparaît dans le cadre du procès sur le financement libyen présumé de sa campagne de 2007.
L'affaire qui a conduit à cette situation remonte à 2014. Comme le détaille Le Monde, Nicolas Sarkozy avait été reconnu coupable le 17 mai 2023 d'avoir établi un "pacte de corruption" avec Gilbert Azibert, un haut magistrat de la Cour de cassation. Ce dernier devait transmettre des informations et tenter d'influencer un recours dans l'affaire Bettencourt, en échange d'un "coup de pouce" pour l'obtention d'un poste honorifique à Monaco.
Me Jacqueline Laffont, l'avocate de l'ancien président, a déclaré à l'AFP que son client "continue à contester le bien-fondé de la condamnation" et compte saisir "avant la fin du mois" la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Cette démarche n'empêchera toutefois pas l'exécution de la peine.
Une porte de sortie existe néanmoins pour l'ancien président. Le Monde précise qu'il peut demander sans délai à bénéficier d'une libération conditionnelle, comme le permet la loi pour les personnes âgées de plus de 70 ans, âge qu'il a atteint le 28 janvier dernier.
Cette affaire a également eu des répercussions pour ses co-accusés. Son avocat historique, Thierry Herzog, et Gilbert Azibert ont reçu des peines similaires, avec pour Me Herzog une interdiction d'exercer pendant trois ans, des sanctions devenues également définitives avec le rejet des pourvois.
MÉDIAS NON RÉPERTORIÉS, VERS UNE POSSIBLE RÉGULARISATION
Les sites d’information et certaines radios communautaires absents de la liste officielle des médias autorisés par l’État du Sénégal pourraient bientôt être régularisés. Une séance de travail est prévue avec l’URAC et l’APPEL.
Plusieurs sites d'information et d’autres médias absents de la liste officielle des médias autorisés par l’État du Sénégal peuvent espérer des solutions. Le directeur de la Communication, Abibou Dia, a annoncé sur la RFM que des vérifications supplémentaires seront effectuées dans les prochains jours.
Les sites d’informations et plusieurs autres médias non répertoriés dans la liste officielle des médias autorisés par l’État du Sénégal pourraient finalement y figurer. Selon Abibou Dia, directeur de la Communication, des verifications sont en cours.
Dans un dossier réalisé par Seydou Nourou Ba diffusé sur RFM, il a expliqué que des erreurs humaines peuvent survenir dans tout processus et que des vérifications additionnelles seront menées.
« Il y a deux types de médias concernés : certaines radios communautaires et certains sites web. Le président de l’URAC (Union des Radios Associatives et Communautaires) nous a saisis pour examiner la situation des radios concernées. De même, le président de l’APPEL (Association des Professionnels de la Presse en Ligne) nous a interpellés sur le cas des sites web. La commission d’examen a également attiré mon attention. Nous prévoyons une séance de travail avec ces entités afin d’effectuer des vérifications croisées supplémentaires. »
Cette annonce laisse entrevoir une possible régularisation pour quelques médias qui n’avaient pas été initialement retenus dans la liste officielle. Les prochaines semaines seront décisives pour ces plateformes en attente d’une reconnaissance officielle.
CINQ MORTS ET UN BLESSÉ DANS UNE COLLISION ENTRE DEUX VÉHICULES SUR L’AUTOROUTE ILA TOUBA
Selon les premiers témoignages, le conducteur du 4x4, qui circulait à vive allure, a perdu le contrôle de son véhicule. Celui-ci a franchi la barrière en béton, venant percuter de plein fouet la voiture 407 qui roulait en sens opposé.
Un grave accident de la route s’est produit ce matin sur l’autoroute Ila Touba, entre Bambey et Khombole. Une collision entre un 4x4 et un véhicule 407 a causé la mort de cinq personnes. Le chauffeur du 4x4, miraculeusement indemne, a perdu le contrôle de son véhicule, franchissant la barrière en béton avant de percuter violemment la voiture 407, dont tous les passagers ont péri sur le coup.
Un drame s'est produit ce vendredi 07 fevrier 2025, sur l’autoroute Ila Touba, dans le sens Dakar-Touba, entre Bambey et Khombole. Une collision mortelle impliquant un 4x4 et un véhicule 407 a fait cinq morts.
Selon les premiers témoignages, le conducteur du 4x4, qui circulait à vive allure, a perdu le contrôle de son véhicule. Celui-ci a franchi la barrière en béton, venant percuter de plein fouet la voiture 407 qui roulait en sens opposé. L’impact a été d’une violence inouïe, tuant instantanément tous les passagers de la berline.
Le chauffeur du 4x4, quant à lui, est sorti indemne de l’accident. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes exactes du drame et établir d’éventuelles responsabilités.
Ce nouvel accident vient rappeler l’urgence du respect des règles de sécurité routière sur l’autoroute Ila Touba, souvent endeuillée par des collisions dramatiques.
ALIMA "SUPPO" CONDAMNÉE À 2 ANS DE PRISON, DONT 6 MOIS FERME
Le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a condamné plusieurs prévenues pour fabrication et vente illégale de produits pharmaceutiques dangereux. D'autres accusées ont reçu des peines avec sursis.
Le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a rendu son verdict dans l’affaire des « Boulettes pour fesses ». Selon Seneweb, Alima Fall, Maty Mbaye, Haoussou Ndiaye et plusieurs autres prévenus ont été reconnus coupables de fabrication et de mise en vente illégale de produits pharmaceutiques dangereux, mettant en péril la santé publique.
Si elles ont été relaxées des chefs d’exercice illégal de la profession de pharmacien, d’usurpation de fonction et d’administration de substances nuisibles, certaines n’ont pas échappé aux charges d’association de malfaiteurs et de publicité illégale de produits pharmaceutiques.
Alima Fall et Maty Mbaye ont écopé de 2 ans de prison, dont 6 mois ferme, et d’une amende de 500 000 FCFA. Haoussou Ndiaye a été condamnée à 2 ans, dont 3 mois ferme. Le reste des prévenus a reçu 2 ans avec un mois ferme et une amende de 200 000 FCFA.
Le tribunal a également ordonné la destruction des pommades « Infidèles » et « Caviar », ainsi que des médicaments saisis. Les accusés devront verser un franc symbolique à SOS Consommateurs et à l’Ordre des Médecins. Une décision qui souligne la gravité du commerce illégal de ces produits.
CHEIKH ANTA DIOP EST UNE BOUSSOLE POUR NOTRE GENERATION QUI LUTTE POUR LA SOUVERAINETE AFRICAINE
Le journaliste Fadel Barro est une figure de proue des mouvements sociaux en Afrique.
Co-fondateur du mouvement Y EN A MARRE, le journaliste Fadel BARRO est une figure de proue des mouvements sociaux en Afrique. Invité de l'émission où va le Sénégal sur l'As tv, le président du mouvement Jammi Gox yi réclame sa part de l'héritage de l'égyptologue Cheikh Anta Diop, ce dernier, d'après qui, il reste toujours une boussole pour leur combat pour l'éveil des peuples africains.
C'est une lapalissade de dire que la pensée de Cheikh Anta Diop connaît un rayonnement notoire au niveau de la jeunesse et des activistes africains. Les thèses du brillantissime historien guident manifestement les actions de ces nouveaux hérauts de la souveraineté africaine comme Fadel Barro. L'ancien coordonnateur du mouvement citoyen Y en a marre trouve incommensurable l'impact que Cheikh Anta Diop a eu sur leur génération.
‘’L'influence de Cheikh Anta Diop sur moi est incommensurable. Il est un point lumineux dans l'obscurantisme politique africain. Cheikh Anta est une boussole pour notre génération. Il est un inspirateur et un compagnon de tous les jours'', note le journaliste et non moins président du mouvement Jammi Gox Yi. À l'en croire, pour chaque africain et noir de manière générale, conscient de la nécessité de réfléchir sur le devenir de sa race, le message de Cheikh Anta Diop est un passage obligé pour faire ce voyage presque initiatique. Soulignant dans la foulée que l'influence de l'égyptologue sur la jeunesse africaine est due à ses idées révolutionnaires et quasi prémonitoires sur l'évolution de L'Afrique. ''La preuve, jusqu'à présent, ses écrits et sa pensée sont toujours d'une actualité brûlante. On a l'impression qu'il apparaît partout par rapport aux combats qui incombent à la jeunesse africaine actuellement'', renchérit-il non sans rappeler toutefois que son appropriation des idées de Cheikh Anta précède son activisme dans le mouvement Y en a marre.
«LE RDN A ETE JUSTE UN TREMPLIN IDEOLOGIQUE POUR LE PASTEF»
Dans le même ordre d'idées, Fadel Barro affirme pour s'en désoler que l'école française, à travers ses programmes, met toujours la race blanche comme supérieure. Et considère que le noir, selon lui, est un opprimé qui doit rester un éternel esclave. ''C'est pourquoi pour notre génération, découvrir une icône intellectuelle comme Cheikh Anta Diop, plus savant que les blancs, a aiguillonné notre fierté noire'', se réjouit-il.
S'exprimant sur l'héritage politique de Cheikh Anta Diop, Fadel Barro trouve insupportable le fait que le RND, parti créé par Cheikh Anta Diop, aille se confondre avec le Pastef. ''Le RND a été juste un tremplin idéologique pour le Pastef '', s'insurge-t-il avant de révéler : ''J'ai eu à faire part directement et sans langue de bois de mon désapprobation par rapport à cette décision historique à Dr Diallo Diop''.Il a signalé en outre que ce sont ces genres de compromissions qui ont affaibli la gauche sénégalaise. .
LE FMI DANS L’ATTENTE DU RAPPORT DE LA COUR DES COMPTES
Ce ne sont pas que les Sénégalais qui attendent impatiemment ledit rapport sur l’affaire de la falsification présumée des données publiques. La porte-parole de l’institution, a indiqué que le rapport final devrait être publié ce mois-ci.
Le Fonds monétaire international (Fmi), dans son point de presse, s’est exprimé sur les travaux de la Cour des compte sur l’affaire de la falsification présumée des données au Sénégal.
Ce ne sont pas que les sénégalais qui attendent impatiemment le rapport de la Cour des comptes sur l’affaire de la falsification présumée des données publiques. Le Fonds monétaire international (fmi) aussi. D’ailleurs, face à la presse hier jeudi, Julie Kozak, la porte-parole de l’institution financière a annoncé que «la Cour des comptes du Sénégal devrait publier son rapport final ce mois-ci.»
Et parallèlement, indique Mme Kozak, les services du Fmi travaillent «en étroite collaboration avec les autorités pour identifier leurs besoins en matière de renforcement des capacités et pour mettre en œuvre les mesures correctives nécessaires pour s'attaquer aux causes profondes de ces fausses déclarations.»
Des efforts qui, dit-elle, visent à améliorer la transparence, à renforcer la responsabilité et à empêcher que de telles erreurs ne se reproduisent à l'avenir. «Je peux vous dire que nous sommes activement engagés dans des discussions avec les autorités pour remédier à ce problème de fausses déclarations», a ajouté Mme Kozak.
MADIAMBAL SORT DE SA RÉSERVE
Sonko-Diomaye, entrée en politique, nouvelles ambitions, affaire du Général Kandé, l’ancien administrateur général du Groupe Avenir communication apporte son regard sur l’actualité sociopolitique nationale - ENTRETIEN
Sorti de sa semi-retraite, l’ancien Administrateur général du Groupe Avenir communication, éditeur du journal que vous tenez, et non moins célèbre chroniqueur des fameux «Lundis de Mandiambal» qu’il a animés des années durant, apporte son regard sur l’actualité dans le pays, et raconte à quoi il passe son temps.
Vous aviez pris une semi-retraite du journalisme. On ne vous voyait pas en sortir pour vous plonger dans des histoires politiques et militaires, comme avec cette affaire du Général Kandé…
J’avais voulu prendre un certain recul depuis un certain temps, pour me consacrer à d’autres activités, m’éloigner un peu du débat public. Seulement, l’information que vous avez donnée aujourd’hui (hier. Ndlr) sur le décret du Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, confirmant l’affectation du Général Kandé comme attaché militaire à New Delhi, me semble-t-il importante et d’une actualité brûlante. Mais aussi, mon souci, disons, d’agir en toute rapidité, en toute célérité sur cette question-là, me semble importante, parce que je pense qu’il est de mon devoir et de ma responsabilité, en tant que citoyen, en tant que patriote, mais aussi en tant que quelqu’un qui a eu à suivre cette question-là pour en avoir parlé sur la scène publique, mais aussi quelqu’un qui, de façon générale, suit les questions d’intérêt national. Je me devais de me prononcer dans le sens de demander au Général Kandé de rejoindre le plus rapidement possible son nouveau poste d’affectation. Il est vrai que la décision avait été annoncée depuis le mois d’avril 2023. Neuf mois après, cette décision vient d’être confirmée. J’ai eu par le passé à le dire devant certains médias, que la décision tardait à être prise. Effectivement, le Président Bassirou Diomaye Faye avait à un moment songé à reconsidérer cette décision-là. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que la décision a été confirmée et qu’il est question, dans un délai d’un mois, que le Général Kandé rejoigne son nouveau poste à New Delhi.
Vous dites qu’à un moment, le Président avait voulu reconsidérer la question. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Pourquoi est-ce qu’il est venu confirmer la décision ? Et ensuite, pourquoi vous semblez trouver naturel que le Général Kandé se plie à cette décision ?
Je vais d’abord commencer par répondre à la dernière question. Pourquoi me semble-t-il normal, attendu et souhaitable que le Général Kandé se plie à cette décision ? Pour différentes raisons. Je lui fais même la supplique de rejoindre le poste d’affectation pour différentes raisons.
D’abord, c’est un officier général valeureux dont les états de service sont reconnus par toute la Nation sénégalaise. Donc, je peux considérer que la Nation tout entière lui est relevable et pour toujours, compte tenu de ses états de service, et surtout, de son parcours militaire et des résultats que le Général Kandé a permis à l’Armée sénégalaise d’engranger dans une zone difficile comme la Casamance. Là où peut-être d’autres officiers, sans doute aussi valeureux que lui, s’y étaient essayés, mais n’ont pas eu le même succès que lui.
Donc, je crois que ces hauts faits d’armes méritent de notre part une reconnaissance éternelle. Et un témoignage de notre satisfecit et du fait qu’un officier de cette valeur puisse avoir été à ce niveau de responsabilité et avoir autant fait honneur à son drapeau national.
C’est pour ça que je considère que le Général Kandé, en tant que républicain, en tant qu’officier supérieur de l’Armée, ne devrait pas avoir une autre attitude que de se soumettre à la décision du chef de l’Etat, chef suprême des Armées. Admettons d’aventure que le Général Kandé conteste cette décision, par exemple, ou refuse de l’appliquer. Ce serait une désobéissance, de mon point de vue, au chef suprême des Armées. Ce qui n’est pas de l’envergure, ou du parcours que le Général Kandé a eu. Mais aussi de l’image qu’il se fait de l’Armée. De l’image d’une armée républicaine, une armée attachée aux principes et aux règles de l’Etat de Droit.
L’Etat de droit, c’est le commandement suprême. Le commandement suprême est détenu par le président de la République. Donc tout officier général doit obtempérer à ses décisions. C’est le premier principe. L’autre chose qui m’a interpellé dans cette situation, pour que je demande au Général Kandé de rejoindre le poste, c’est qu’en ne le faisant pas, au-delà du fait qu’il conteste cette décision, il pourrait, peut-être, donner le bâton pour se faire battre. On sait que ses succès n’ont pas plu à tout le monde. On sait qu’il n’a pas eu que des amis dans l’establishment militaire. Aujourd’hui, un refus de sa part de rejoindre son poste d’affectation pourrait servir de prétexte pour le traduire en Conseil de discipline et de le sanctionner. Cela pourrait lui faire perdre ses galons, ses étoiles ou bien peut-être même le faire rétrograder, ou encore le rayer définitivement des corps de l’Armée. Ce serait une grosse perte pour sa carrière, pour sa famille, mais aussi pour la Nation sénégalaise de ne plus pouvoir compter sur les services d’un officier aussi méritant.
C’est pour ça que je considère que cette affectation à l’ambassade du Sénégal à New Delhi, n’est pas le poste pour le Général Kandé. Il faut le reconnaître et le dire. C’est une ambassade de troisième catégorie.
C’est une ambassade qui n’est pas de l’étoffe d’un officier général. C’est la première fois dans les annales de l’Armée sénégalaise qu’un officier général soit nommé comme attaché militaire dans une ambassade. Surtout une ambassade comme celle de l’Inde qui n’est pas l’une des ambassades les plus convoitées au Sénégal. En tout cas, dans le cadre du gotha de la diplomatie sénégalaise.
Mais pour en revenir à votre question, j’ai plaidé pour que le Général Kandé rejoigne son poste pour ne pas briser sa carrière, mais aussi pour rester à la disposition de l’Armée sénégalaise et du Peuple sénégalais.
Parce qu’une fois qu’il aurait quitté les drapeaux, une fois qu’il se serait mis dans une situation de partir par lui-même ou bien de créer les conditions d’être poussé au départ, ce serait une grosse perte pour l’Armée sénégalaise et pour le Sénégal. Et je crois qu’il a encore, vu son âge, des états de service à faire valoir. Il a encore de beaux jours devant lui dans l’armée sénégalaise et je pense que le Peuple sénégalais, d’une façon ou d’une autre, aura encore besoin de lui et besoin de ses services. Surtout dans un contexte d’insécurité régionale, où les compétences et les faits d’armes du Général Kandé militent pour que les officiers généraux de sa trempe et de son étoffe puissent commander certaines unités opérationnelles sur le terrain. Donc, c’est pour ça simplement que je me suis permis de m’approcher du Général Kandé et de lui faire cette demande-là.
Vous l’avez appelé ?
Je l’ai appelé, j’ai discuté avec lui, et il est heureux que je ne sois pas le seul Sénégalais à l’avoir fait. Des Sénégalais de divers horizons, des gens qui sont dans l’Armée, dans la Société civile, qui sont dans la vie civile, des amis du Sénégal, l’ont approché pour lui dire, «Mon général, prenez le poste, acceptez le poste». C’est pour ça que je crois savoir qu’il va accepter le poste et qu’il va arrêter toute velléité de recours administratif contre le décret du Président Bassirou Diomaye Faye, et encore moins, contester cette décision par un refus d’obtempérer.
Le Général Kandé va prendre les dispositions pour demander sa mise en route immédiate vers son poste d’affectation et je crois savoir que très rapidement, il va même demander à ce qu’on lui permette d’aller effectuer une mission d’inspection ou une mission de reconnaissance de son poste diplomatique avant de le rejoindre officiellement.
Comment pouvez-vous expliquer qu’il ait fallu autant de temps, neuf mois, pour que cette décision, qui avait été prise depuis le mois d’avril, puisse être confirmée actuellement ? Est-ce à dire que le Général Kandé, comme il a été dit auparavant, avait des velléités d’attaquer la décision devant la Justice si nécessaire ?
Il faut dire en toute objectivité et en tout honnêteté que le Général Kandé et certains de ses amis avaient caressé l’idée d’attaquer la décision au moment où elle avait été annoncée. La presse en avait parlé, moi-même je m’en étais fait l’écho. Il se trouve qu’il ne pouvait pas s’attaquer formellement à une décision qui ne lui avait pas été notifiée. Donc comme vous le dites, neuf mois après, la décision vient de lui être notifiée. Le contexte a changé, j’avais même fait à l’époque, il y a neuf mois, un tweet pour dire au Général Kandé de ne pas tomber dans les pièges de ceux qui voudraient sa perte. «Rejoignez votre poste, quelles que soient les difficultés ou la violence que vous ferez vous-même.» Ça veut dire que j’ai été constant de ce point de vue-là. Je considère qu’il doit rejoindre le poste et je l’ai encouragé à cela. Mais neuf mois, c’est long pour une décision d’affectation de Général.
Par contre, beaucoup d’eau a coulé sur les ponts. Parce que limoger le Général Kanté était une chose, mais on a entendu publiquement le Premier ministre Ousmane Sonko l’accuser de vouloir fomenter un coup d’Etat. C’est ce qui avait été la base ou l’explication qu’il avait donnée du départ du Général Kanté. Et quand ça s’est passé, je peux vous dire que le Général Kanté s’est senti touché dans son honneur et dans son honorabilité.
Le Général Kanté a écrit au chef suprême des Armées, le président de la République, par deux canaux. Le premier canal, c’était la hiérarchie militaire. Il a écrit au président de la République pour contester et demander une enquête officielle sur les allégations du Premier ministre Ousmane Sonko.
Il a écrit en passant par la hiérarchie militaire. Il y a eu des lenteurs ou des retards, ou une mauvaise volonté de poursuivre la procédure. Le Général Kanté s’est arrangé pour que le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye reçoive formellement sa lettre contre une décharge, dans laquelle il conteste de façon véhémente et formelle les accusations portées par le Premier ministre, et a demandé qu’une enquête soit ouverte.
Le Président Bassirou Diomaye, en recevant cette correspondance du Général Kanté, a été interpellé par les propos du Général Kanté. Il a imputé son courrier au Premier ministre Ousmane Sonko, qui a reçu le Général Kanté en tête-à-tête au Petit palais, il y a quelques semaines, pour discuter avec lui pendant deux heures de temps sur cette question-là. Ils se sont expliqués d’homme à homme, et le Général Kanté lui a apporté des éléments d’appréciation très précis sur les allégations qui ont été portées contre sa personne.
Et je pense qu’à partir de cet instant-là, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et je l’ai déjà dit avant cela, avait sans doute été induit en erreur dans cette nomination. Peut-être aussi le Premier ministre a été également induit en erreur dans cette affaire. Je peux les créditer d’une bonne foi dans cette décision. Et qu’en reconsidérant les faits, ils se sont rendu compte certainement qu’il fallait revoir cette décision-là. C’est ce qui a expliqué les lenteurs. Des discussions avaient eu lieu et on avait même songé à un autre poste d’affectation du Général Kanté ; ce qui n’a pas pu se faire parce qu’il faut sauver les apparences, permettre à l’Armée de sauver la face.
C’est-à-dire qu’aujourd’hui, d’aucuns ont pu apprécier la nouvelle situation en se disant que malgré tout ce qui a pu se passer, si on affecte le Général Kandé ailleurs, sans qu’il passe par New Delhi, ça aurait pu être une première qui peut être dangereuse pour la crédibilité de l’autorité militaire. C’est peut-être ce qui explique qu’on ait conforté cette décision-là pour confirmer la nomination à l’ambassade du Sénégal à New Delhi comme attaché militaire. Mais il avait été envisagé de le nommer ailleurs.
Et à propos de ces accusations, je dois aussi vous apprendre que ce n’est pas la première accusation du genre portée contre le Général Kanté. Je peux vous dire que du temps du régime de Macky Sall, les mêmes accusations, les mêmes notes de renseignements militaires avaient été faites contre le Général Kandé pour l’accuser de fomenter un coup d’Etat militaire. Et quand le Président Macky Sall a ouvert une enquête sur ces questions-là et s’est rendu compte que c’était fallacieux, il a, au contraire, félicité le Général Kandé et l’a promu à des responsabilités. Parce que ces nominations du Général Kandé, sont postérieures à des accusations de coup d’Etat qu’on avait portées contre sa personne. Ça veut dire que ce n’est pas une première que des situations comme ça arrivent. Toujours est-il que l’Etat a pris les mesures nécessaires pour diligenter les enquêtes nécessaires et certainement laver le Général Kandé.
Parce que dans toutes les armées du monde, des situations comme ça arrivent. Souvenez-vous, en France, de l’affaire Dreyfus. L’un des plus grands scandales de l’Armée française, c’était l’affaire Dreyfus. C’étaient de fausses accusations. Le Général Kandé aussi, on a porté de fausses accusations le concernant, aussi bien du temps de Macky Sall que du temps de Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Et ces accusations, ce n’étaient pas des accusations qu’on a lancées en l’air. Ce sont des accusations qui ont été étayées par des arguments sur lesquels nous pouvons revenir, parce que nous avons des éléments sur cela.
Pour en venir à ce qui vous concerne, Madiambal Diagne, vous dites que vous vous occupez des questions d’actualité brûlante. A un moment, l’actualité brûlante portait sur l’état des finances publiques du pays. Tout le monde, et même l’opinion internationale, attend toujours le fameux rapport de la Cour des comptes qui devrait conforter les déclarations du Premier ministre sur l’état des finances du pays. On ne sait pas pourquoi ça bloque, alors que ça devait sortir depuis quasiment 4 mois bientôt. Bizarrement, sur cette question-là, on ne vous a plus entendu.
Bon, je ne me suis pas prononcé sur cette question comme sur d’autres, parce que j’avais fait un choix délibéré de prendre du recul. Pourquoi un recul ? Je crois que si vous regardez vos archives, si vous faites une revue de presse sommaire, vous vous rendrez compte que sur cette question des finances publiques, je fais partie des personnes qui les premières en avaient parlé et en avaient parlé avec beaucoup d’insistance. Depuis le mois de mai 2024, j’ai averti sur la situation des finances publiques. J’avais dit que les finances publiques méritaient soin et attention de la part du nouveau régime.
J’avais aussi indiqué, quand le gouvernement du Sénégal avait, en juin 2024, fait un emprunt obligataire Eurobond de 750 millions d’euros, les 3 et 4 juin, j’avais considéré que cet emprunt obligataire allait créer des difficultés avec nos partenaires, notamment le Fmi. J’ai tiré la sonnette, j’ai alerté, j’ai avisé, j’ai même préconisé des solutions de sortie de crise. Malheureusement, je n’avais pas été écouté.
La mission du Fmi, qui est arrivée au Sénégal le 6 juin, au lendemain de l’opération d’eurobond, a fait une conférence publique pour confirmer le 19 juin 2024, les dires que j’avais tenus auparavant sur l’état des finances publiques, sur l’inopportunité de cet eurobond, sur l’opacité de l’opération aussi, parce que c’est une opération qui a été faite à l’insu du Fmi et des partenaires principaux, mais aussi à l’insu du Peuple sénégalais, et aussi les circonstances dans lesquelles l’opération a été menée et le choix de la banque intermédiaire, et les taux de commission qui ont été payés. Et le Fmi a enfoncé le clou en disant que le Sénégal avait fait un emprunt dont il n’avait pas besoin, et qu’il demandait à ce que ça serve au reprofilage de la dette. Je crois que c’est Edward Gemayel, le chef de mission du Fmi, qui l’a dit ici publiquement.
Et ça a confirmé les informations que j’avais données. J’avais rebondi sur ça, pour préciser que si cette demande d’explication que formulait le Fmi n’était pas satisfaite, le Sénégal risquait de ne pas avoir un décaissement de 230 milliards qui était prévu pour le mois de juillet 2024. Je n’ai pas été écouté de ce point de vue là aussi, et le gouvernement du Sénégal n’a pas donné les réponses attendues par le Fmi.
Résultat des courses, le décaissement du mois de juillet n’a pas été fait. La mission du Fmi, qui devait venir au mois d’août, a été différée au mois de septembre, toujours dans l’attente des explications attendues. J’avais rajouté que tant que ces explications ne seront pas fournies, le Fmi rechignera à rallonger une autre enveloppe de près de 216 milliards, ce qui ferait un total de plus de 450 milliards attendus sur l’année 2024 par les finances publiques du Sénégal, et que le deuxième décaissement était prévu au mois de décembre 2024.
De ce point de vue là aussi, je n’ai pas été écouté. On s’est rendu compte qu’on n’a pas eu l’argent à la fin de l’exercice 2024. Donc tout cela, j’avais eu à le dire.
Mais au-delà du fait qu’on n’ait pas reçu de l’argent, j’avais alerté sur le fait que les incompréhensions, l’absence de clarté ou d’explications demandées par le Fmi allaient poser une situation encore plus délicate, c’est-à-dire que ça remettrait en cause la coopération entre le Sénégal et le Fmi. C’est ce qui s’est passé. Le Fmi a effectivement demandé à ne pas réexaminer la situation du Sénégal avant juin 2025. Ce qui veut dire qu’entre-temps, le programme qui a été signé est en veilleuse.
Maintenant, vous parlez de finances publiques. La situation du rapport sur les finances publiques, c’est une autre situation qui est venue rajouter à la confusion.
C’était tout à fait normal qu’un nouveau régime, selon le Code de transparence, puisse faire un rapport sur la situation des finances de l’EÉtat dans le premier trimestre de sa prise de service. Ce qui veut dire que le programme a été installé le 2 avril 2024. Peut-être que le 2 juillet 2024, on aurait dû avoir un rapport établi par le gouvernement du Sénégal sur la situation des finances publiques. Et le même code de transparence indiquait que ce rapport devait être communiqué à la Cour des comptes qui évalue ce rapport, qui procède donc à l’audit de ce rapport pour voir sa fiabilité et sa non-fiabilité, et peut-être en tirer les recommandations pour le nouveau gouvernement.
Ce rapport devait être déposé au mois de juillet et certainement la Cour des comptes, au mois de septembre, devrait avoir déposé son rapport sur le sujet. Ce qui s’est passé, c’est que non seulement le rapport n’a pas été donné à la Cour des comptes au mois de juillet, mais le gouvernement a accusé un retard pour ne remettre le rapport à la Cour des comptes qu’à partir du 24 septembre 2024. Ce qui veut dire que le gouvernement a accusé plus de trois mois de retard sur ces délais.
La Cour des comptes saisie avait trois mois, selon la loi, pour statuer sur la question. Donc, recevoir ça le 24 septembre indiquait que la Cour des comptes devait au plus tard le 24 décembre 2024, rendre son rapport. La Cour des comptes continue de traîner les pieds, expliquant que le Code sur la transparence le dit, et c’est ça que je l’ai lu à travers vos colonnes, mais que la loi qui organise la Cour des comptes ne leur impose pas des délais pour publier ces rapports.
Qui a raison, qui n’a pas raison ? En tout cas, c’est une explication qui peut me sembler, ou bien qui peut sembler à d’autres personnes, tirée par les cheveux. Mais qu’à cela ne tienne, le rapport de la Cour des comptes dont on a annoncé à plusieurs reprises la publication imminente tarde encore ; jusqu’à ce que des informations aient pu circuler voulant accréditer l’idée qu’au-delà de la Cour des comptes, le gouvernement voulait même recourir au service d’un consultant indépendant pour examiner ce rapport-là, ce qui, encore une fois, n’aurait pas de sens.
Peut-être que cette idée a été abandonnée, mais vous avez raison, ce rapport qui est tant attendu tarde à sortir. Et le plus grave dans cette affaire, c’est que ce retard plombe l’économie du Sénégal, dans le sens où les partenaires au développement restent attachés à attendre de regarder ce rapport-là pour savoir si les affirmations ou les allégations du Premier ministre sont fondées ou pas.
Parce que dans l’une ou l’autre situation, ce sera une situation aux conséquences graves pour le Sénégal. Si le Premier ministre disait vrai, que les rapports ou les chiffres qui avaient été communiqués aux partenaires au développement étaient traficotés, le Sénégal a eu une situation surfaite d’un endettement qui ne reposait pas sur la réalité de son économie. Les partenaires qui avaient mis des investissements au Sénégal pouvaient se sentir floués. Ils réfléchiraient à deux fois avant de continuer à travailler avec le Sénégal. Si ce n’est pas le cas, que le Premier ministre n’aurait pas dit la vérité, quelles seront les conséquences ? Perte d’économie, discrédit du Sénégal pendant plusieurs mois et un Premier ministre qui discrédite son pays à ce niveau-là, est-ce qu’il pourra encore continuer à inspirer confiance aux partenaires au développement ? Les conséquences seront dramatiques pour le Sénégal, que le Premier ministre ait raison ou qu’il n’ait pas raison.
Il est clair que le Fmi, la Banque mondiale et les autres institutions financières internationales attendent ce rapport-là, qu’ils vont examiner, comme les Sénégalais de façon générale, attendent ce rapport-là pour savoir ce qu’il en est réellement.
Entretemps, d’autres documents sortent qui montrent que, quelque part manifestement, le gouvernement n’a pas eu raison. Notamment le dernier rapport de l’Ansd sur la situation économique et sociale qui vient de sortir il y a deux jours, qui montre que, jusqu’à présent, la situation est telle qu’elle avait été prévue auparavant sans les déclarations du Premier ministre.
Oui, vous avez parfaitement raison de le dire. L’Agence nationale de la statistique et de la démographie a sorti un rapport qui prend le contre-pied des affirmations du Premier ministre. C’est une structure qu’on considère indépendante, neutre, qui a traversé tous les régimes et qui regroupe en son sein des compétences avérées dont l’expertise ne souffre d’un doute et qui ne peuvent pas être taxées d’un parti-pris quelconque.
Même avant l’Ansd, d’autres fonctionnaires du ministère des Finances, le Directeur général du Trésor, Cheikh Diop, je l’ai entendu une fois, dans une radio, dire publiquement, en réagissant à une question relative aux affirmations du Premier ministre, que lui, le haut fonctionnaire, à son niveau, il n’a pas connaissance d’un Etat au Sénégal qui donne de faux chiffres. C’est-à-dire que la religion des fonctionnaires qui étaient là et qui n’ont pas changé, les fonctionnaires qui étaient là et qui contrôlaient ces administrations de l’Etat, les plus importantes des régies financières, c’étaient les mêmes du temps de Macky Sall que du temps de Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Ce sont donc les mêmes fonctionnaires qui auraient prétendument donné de faux chiffres, qui continuent à rester à leurs fonctions. Donc c’est dire l’absurdité de la question. Mais toujours est-il que ce débat est sur la place publique et d’une façon ou d’une autre il sera vidé.
On ne peut pas rester sur notre faim, même si nous Sénégalais nous pouvions rester sur notre faim, en mettant ça à perte et profits, en reléguant ça à des effets de manche d’une campagne électorale ou bien des joutes entre les hommes politiques, ça interpelle l’historique d’endettement du Sénégal et les partenaires du Sénégal, qui ont, eux, besoin de savoir ce qu’il en est réellement.
Il y a, un moment, vous vous êtes essayé à la politique. Vous étiez candidat sur la liste électorale de Amadou Ba. Votre tête de liste est accusée de plein de choses, on agite même une idée de lever son immunité parlementaire pour des faits qui sembleraient avoir été déjà jugés, notamment cette histoire de 94 milliards pour un terrain où il aurait été impliqué. Mais lui-même on ne l’a toujours pas entendu parler. Qu’en est-il exactement ? Comment vous vivez-vous cette histoire ?
Je dois dire que j’avais effectivement eu ce compagnonnage de la politique avec Amadou Ba lors des élections législatives, j’étais candidat dans sa liste «Jamm ak njerign», candidat malheureux ; il faut le constater. C’est une expérience qui m’a été très profitable et pour laquelle j’ai eu à beaucoup apprendre. Je suis en étroite collaboration et en étroite relation avec Amadou Ba. Sur cette question dont vous parlez, nous en avons discuté. A l’état actuel, ce sont des rumeurs qui ne me semblent pas avoir du sens. Vous le dites bien, menacer quelqu’un de lever son immunité parlementaire pour un dossier qui a déjà l’autorité de la source jugée n’a pas de sens dans un Etat de Droit. Cette affaire dont vous parlez de 94 milliards du titre foncier 1451/R a déjà fait l’objet de toutes les procédures judiciaires, jusqu’à la Cour suprême, et je ne vois pas dans le cadre d’un Etat de Droit comment on peut rouvrir un tel dossier pour incriminer quelqu’un qui, même de par ses fonctions, n’avait rien à voir avec un tel dossier, même au moment du traitement de cette affaire-là, il n’était même pas concerné. Aujourd’hui, qu’on veuille l’impliquer dans cela, il me semble être vraiment peut-être de courte échelle. Toujours est-il qu’il reste serein, qu’il ne se sent pas concerné, donc je crois que pour des choses qui ne vous concernent pas et sur lesquelles vous n’êtes pas interpellé directement, et que c’est simplement des rumeurs distillées çà et là, des rumeurs contradictoires, je trouve qu’il n’est pas, de mon point de vue, nécessaire qu’il en parle. C’est pour ça peut-être qu’il n’en a pas parlé, et moi-même, je m’interdis d’en parler parce qu’en parler, c’est broyer du vent simplement. Il n’y a rien de consistant dans cette histoire.
BOUBACAR BORIS DIOP, HÉRITIER DE L'ÉCOLE DE GRENOBLE
En s’inspirant des travaux de Cheikh Anta Diop, il a contribué à enrichir la littérature wolof, tout en défendant l’idée d’une unité linguistique africaine. Son œuvre, à la fois politique et poétique, est un hommage à l’identité culturelle du continent
Il est sans doute l'un des héritiers les plus connus et les plus intransigeants du savant sénégalais Cheikh Anta Diop. Brillant intellectuel, Boubacar Boris Diop a su surtout imprimer sa marque dans la traduction de la vision de l'égyptologue concernant les langues nationales, emboitant le pas ainsi à ses aînés de l'école de Grenoble comme Cheikh Aliou Ndao, Assane Sylla ou encore Saliou Kandji, qui a créé le premier syllabaire wolof.
On serait tenté de dire qu'avec son français fluent, empreint de maîtrise et son élocution savante et quasi musicale, Boubacar Boris Diop est un fanatique francophile à loger à la même enseigne que le président poète Léopold Sédar Senghor. Et pourtant pour cet écrivain, ce compliment serait une provocation insupportable, voire un crime de lèse-majesté.
En cause, dans la grande et classique querelle idéologique et intellectuelle qui a traversé ces 60 dernières années entre Senghor et Cheikh Anta Diop, Boubacar Boris Diop a été sans appel par rapport à son choix. Cheikh Anta Diop est celui d'après l'écrivain que les africains doivent suivre et écouter.
Lui l'a suivi et écouté. Et si le savant multidimensionnel a eu plusieurs héritiers sur plusieurs disciplines différentes, Boris a été plus visible surtout dans la traduction de la vision de Cheikh Anta Diop par rapport à la promotion des langues africaines dans l'éducation. Dans un article de Taxaw, organe de sa formation politique, Cheikh Anta Diop soutenait ceci : «Le développement par le gouvernement dans une langue étrangère est impossible, à moins que le processus d’acculturation ne soit achevé, c’est là que le culturel rejoint l'économie. Le socialisme par le gouvernement dans une langue étrangère est une supercherie, c’est là que le culturel rejoint le social. La démocratie par le gouvernement dans une langue étrangère est un leurre, c’est là que le culturel rejoint le politique».
C'est fort probablement de ce constat que Boubacar Boris Diop, qui est pourtant l'un des derniers mohicans de la littérature française africaine a orienté ses recherches et ses publications vers la promotion des langues nationales, surtout la langue wolof, continuant ainsi les travaux de ses aînés de l'école de Grenoble. En effet, tout commence en 1954, avec la sortie de Nations nègres et culture, ouvrage dans lequel Cheikh Anta Diop cite les grands poètes du wolofal.
Et en 1958, le groupe de Grenoble composé de personnalités emblématiques comme Assane Sylla, Saliou Kandji et le brillantissime Cheikh Alioune Ndao, qui s'est inspiré du livre de Cheikh Anta Diop va produire Ijjib wolof, le tout premier syllabaire dans cette langue. Plus tard, d’autres vont poursuivre le travail avec la revue Kàddu, autour de Samba Dione, Pathé Diagne et Ousmane Sembène. Il y a eu aussi, dans la même période, l’importante contribution du mathématicien Sakhir Thiam.
Et en 1996 Aawo bi est le premier roman qui a jamais été publié en wolof. Et Boubacar Boris Diop est manifestement dans ce sillage. Né en 1946, l'intellectuel sénégalais, lauréat Grand prix littéraire d'Afrique noire en 2000, a fait de la promotion des langues nationales, le soubassement de ses œuvres littéraires ces dernières années. Il a écrit deux ouvrages dans la langue Wolof. Son premier roman en wolof s'intitule Doomi Golo publié en 2003 et traduit en français en 2009 sous le titre Les petits de la Guenon. «Si je n'avais pas été au Rwanda, je n'aurais sûrement jamais écrit en wolof. Ça ne veut pas dire que je n'en aurais pas eu envie. Je n’en aurais pas eu la force», avoua-t-il.
À l'en croire, en effet, c'est son séjour au Rwanda en 1998, au cours duquel il s'est rendu compte du poids des implications étrangères dans le génocide des Tutsis survenu dans ce pays en 1994, qui l'a poussé à écrire en wolof. Celui qui a enseigné le wolof à l'UGB de Saint-Louis publiera en 2017, toujours en wolof, Bàmmeelu Kocc Barma. Il va ensuite paraître en 2024 sous le titre Un tombeau pour Kinne Gaajo. Défenseur acharné des langues nationales et disciple assumé de Cheikh Anta Diop, il a indiqué dans une de ses nombreuses interviews que Cheikh Anta Diop a traduites dans Nations nègres et culture, des concepts scientifiques et une synthèse par Paul Painlevé de la théorie de la relativité généralisée d’Einstein.
Et à ce titre, le journaliste, fondateur du site de Dafuwaxu.com est le digne continuateur des travaux de Cheikh Anta Diop, ce dernier qui croyait fortement à une unité linguistique en Afrique. Ce que fait Boubacar Boris Diop sonne vraiment comme un préalable nécessaire.