SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
3 avril 2025
MULTIPLE PHOTOS
ANDRE MARIE DIAGNE, UNE VIE DÉDÉEE À LA LITTÉRATURE ET AUX LIVRES
La native de Bobo-Dioulasso en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) vit et fait vivre la littérature au sein de sa famille et partout où elle se trouve, grâce à sa passion, son activisme et sa générosité intellectuelle légendaire
Elle n’est certes pas née au Sénégal, mais elle fait partie des professeurs et femmes de lettres qui ont laissé, et qui continuent de laisser, leur empreinte dans la littérature sénégalaise, africaine, et dans le combat pour la maîtrise de la langue française en Afrique francophone.
Le professeur André Marie Diagne, née André Marie Bonané, n’est pas seulement une simple adepte des Lettres. La native de Bobo-Dioulasso en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) vit et fait vivre la littérature au sein de sa famille et partout où elle se trouve, grâce à sa passion, son activisme et sa générosité intellectuelle légendaire.
Elle fait partie des académiciennes sénégalaises et africaines qui continuent de faire rayonner la langue française à travers la littérature et les livres. Le professeur André Marie Diagne, née André Marie Bonané, s’illustre dans le monde des Lettres grâce à son amour, son activisme et son sens inouï de la quête et du partage des connaissances, ainsi que de l’innovation. Née à Bobo-Dioulasso, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), en plein milieu du XXe siècle, le professeur André Marie Diagne a commencé l’école sous des arbres, comme beaucoup d’enfants africains, sous l’ère coloniale. Fille d’enseignant, notamment d’un directeur d’école, elle n’a pas tardé à attraper le virus de l’enseignement. Initiée à la lecture et encadrée par sa maman dès son plus jeune âge, elle commencera à lire tout ce qu’elle a entre les mains.
« On avait une maman qui nous apprenait à tout faire à la maison. Il n’y avait pas de domestique. On savait faire le ménage, la cuisine, le linge. On faisait tout. Quand on me disait que c’était à mon tour de faire le ménage, dans chaque chambre où je passais, s’il y avait un livre : escale, lecture. Donc, je n’en finissais pas », confie-t-elle, toute souriante. Un sourire qui, selon son époux, le professeur de philosophie à la retraite Mamoussé Diagne, ne la quitte jamais. Ainsi, en passant du temps avec les livres, l’ancienne cheffe du Département de Lettres Modernes de l’École normale supérieure (ENS) de 1983 à 1988 a su développer en elle un amour profond pour les œuvres littéraires, aussi bien africaines qu’étrangères. Par pure curiosité et penchant naturel, elle lit et découvre des aventures, des pays et des horizons nouveaux. Et cet engouement pour la lecture, Mme Diagne l’a aussi inculqué à une de ses filles, avec qui elle a commencé à lire dès l’âge de deux ans, en utilisant le « i » du quotidien national « Le Soleil », qui était rouge, et le reste était noir.
« On a appris à lire grâce au Soleil. Mes enfants ont commencé tôt l’amour de la lecture et des livres. Je les emmenais au Centre culturel français à l’époque pour emprunter des livres. À la maison, il y avait toujours des livres, des cadeaux, des bandes dessinées. Ce que j’aimais bien quand je suis arrivée au Sénégal vers les années 70-80, c’est qu’au marché Tilène, il y avait beaucoup de vendeurs de bandes dessinées. Les enfants disaient : “damay ndieund livre aventure” (Je veux acheter un livre d’aventure) », dit-elle d’un air nostalgique.
De Bordeaux à Dakar
En fait, si le professeur André Marie a atterri au Sénégal, au-delà de sa destinée, c’est grâce à la magie de l’amour. Elle foulera le sol sénégalais après son mariage avec le philosophe Mamoussé Diagne qu’elle a rencontré en France, où elle poursuivait des études universitaires. Après son cursus primaire, elle a été envoyée chez les Sœurs de la 6e à Terminale, à Ouagadougou, où elle obtient son baccalauréat littéraire en série A4. « Quand j’ai eu le baccalauréat littéraire, les Sœurs m’ont dit que je devais aller à Fontenay-aux-Roses. Je ne savais pas trop ce que c’était. C’étaient des classes préparatoires. On m’a emmenée en France pour faire des classes préparatoires. J’ai atterri à Bordeaux, et c’est là que j’ai rencontré M. Diagne. C’était prévu que je vienne ici, mais on m’a détournée de l’itinéraire. Nous avons fait les classes préparatoires ensemble », indique-t-elle, toujours souriante.
Ayant obtenu la nationalité sénégalaise sous le président de la République Léopold Sédar Senghor, elle fut programmée pour enseigner au Collège d’enseignement moyen (CEM) Mathurin Diop. « La dame ne voulait pas de professeur de français, et le professeur Iba Der Thiam, qui était à l’époque directeur de l’École normale supérieure (ENS), a dit de m’amener à l’ENS pour que je puisse faire ma formation pédagogique et m’intégrer dans la société sénégalaise. C’est ainsi que je suis devenue l’une des premières professeures de la réforme de l’ENS en 1975 », explique l’inspectrice générale de l’Éducation nationale. Elle précise qu’elle est allée en France pour faire de la philosophie et est revenue professeur de Lettres. Son Certificat d’Aptitude à l’Enseignement Secondaire (CAES), obtenu en 1976 à l’École normale, la présidente de la Commission nationale de Français du Sénégal, chargée de l’élaboration, de l’évaluation et de la réforme des programmes, est affectée au lycée Van Vo (actuel lycée Lamine Guèye). Elle y a enseigné avant de partir faire un stage pédagogique à Bruxelles, en Belgique, où elle a étudié la didactique pour obtenir un diplôme de formation des formateurs.
« À la différence de l’université où l’on forme des diplômés, nous, nous formons de futurs enseignants. Donc, je crois que l’amour de l’enseignement je l’ai attrapé depuis mon enfance. Je donnais des cours de vacances à mes petits frères et sœurs, mes voisins, etc. C’est ce qui a continué en moi. Au lieu d’être avocate, comme le disait un de mes oncles, j’aime l’enseignement. J’aime partager le savoir », confie la membre-fondatrice et présidente honoraire de l’Association sénégalaise des professeurs de français (ASPF).
Une générosité intellectuelle légendaire
Partager le savoir : le professeur André Marie Diagne en fait un sacerdoce. Aujourd’hui, à la retraite, elle continue de visiter des écoles avec une de ses anciennes collègues. Avec leurs livres, elles font lire les élèves et leur font écrire. C’est un projet nouveau pour essayer de faire renaître l’amour de la lecture et de la formation chez les jeunes. Et si cette inspectrice de l’Éducation se donne autant de peine pour susciter l’amour de la littérature chez la nouvelle génération, c’est parce qu’elle pense qu’il ne faut pas être replié sur soi-même. Comme l’a soutenu le sociologue Émile Durkheim, « l’éducation détient le rôle d’institution socialisante par excellence, elle fait de l’enfant un être social ». Cet être social, Mme Diagne l’est réellement, si l’on se fie aux témoignages d’un de ses anciens étudiants, le professeur Massamba Gueye. D’après lui, le professeur André Marie Diagne est une « personne très généreuse qui aime partager le savoir ». « Elle est très disponible, et c’est avec elle qu’on a trouvé l’amour de la lecture et de la littérature », témoigne l’homme de lettres.
Concernant son engagement pour la littérature, notre interlocuteur soutient que le professeur André Marie Diagne « n’aime pas la littérature, elle est la littérature. Elle vit par la littérature. Elle l’incarne ». Et pour la nouvelle génération, le professeur Massamba Gueye estime qu’elle est « un modèle à suivre », particulièrement pour son amour et sa quête perpétuelle de la connaissance.
Cet esprit d’ouverture, le professeur André Marie le tient aussi de son père, qui était pour ses élèves, un papa, un conseiller, un infirmier. « Il faisait tout. On venait à lui quand il y avait des gens malades. Donc, cela m’a mise dans cette situation d’ouverture. Je dois à mes parents d’avoir cette attitude d’ouverture envers les gens et de respect des gens. C’est important », affirme Mme Diagne, qui est aussi membre du Conseil d’administration et chargée de mission auprès du Président de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (FIPF) pour l’Éducation des filles et la formation des femmes en Afrique (REPROF-EFFA).
« André Marie a tout donné à notre pays, à sa famille, à ses collègues. Jusqu’à présent, elle est engagée dans beaucoup de choses, dans “les 10 mots de la langue française”, et dès qu’on parle de la langue française ou de culture, on pense à André Marie. On doit beaucoup à cette femme. André Marie est un pont entre le Sénégal, le Burkina Faso et le reste de l’Afrique. Elle symbolise le panafricanisme intellectuel qui a toujours existé dans ce pays. On l’oublie souvent au Sénégal, et son mari le lui rend bien », renchérit le professeur Penda Mbow.
Une épouse amoureuse et attentionnée
Si le professeur agrégé de philosophie, à la retraite, Mamoussé Diagne, fait les éloges de sa femme à chaque fois que l’occasion le lui permet, c’est parce qu’il estime qu’il a eu la chance d’avoir « la meilleure des épouses ». « Je ne le dois pas uniquement à une pensée subjective, mais c’est la pure vérité. Depuis que je l’ai rencontrée, il y a bientôt 50 ans, je ne me souviens pas avoir eu d’elle autre chose que son sourire éclatant, ses éclats de rire. Je suis allé la chercher pour cette raison, loin de nos frontières », se réjouit M. Diagne, retrouvé dans sa bibliothèque, entouré de livres. Des livres qui symbolisent le trait d’union entre les deux êtres, qui se sont connus en France, sur le quai de la gare Saint-Jean à Bordeaux. Depuis le début de leur romance, Mme Diagne se trouve être « le plus heureux des hommes ». Car, précise-t-il : « Ma femme a ceci de particulier qu’elle semble être faite de gentillesse. Elle m’a tout donné. Si je suis arrivé là où je suis aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à elle, tant sur le plan intellectuel qu’affectif. »
Pour sa part, le professeur Penda Mbow trouve qu’entre André Marie et Mamoussé, il existe un couple « fusionnel, très engagé » dans tout ce qui touche aux Lettres, à l’enseignement, à la société et à la vie intellectuelle. D’après l’historienne, le professeur André Marie complète « parfaitement » son mari. « Marie André est d’une très grande modestie, et je crois que c’est un trait de caractère de l’homme burkinabé. On ne voit pas Mamoussé sans qu’il ne parle d’André Marie, sans qu’il ne valorise sa femme. Et c’est ce qu’on attend toujours d’un homme. Les couples intellectuels ne peuvent survivre que lorsqu’il y a une admiration réciproque. C’est ce qui fait la force d’un couple intellectuel. André Marie et Mamoussé, c’est l’exemple d’un couple fusionnel, formé dans l’amour, mais aussi à partir de la connaissance, du savoir, du bien-être et de l’esthétique », insiste le professeur Penda Mbow.
La vie du professeur André Marie, c’est aussi son passage dans les médias sénégalais, notamment pour animer des émissions littéraires. Elle a collaboré avec Sada Kane à son émission « Regard ». Avant cela, elle co-animait une émission avec Abdoulaye Sada Sy à la RTS, où ils invitaient des écoles à parler des œuvres au programme. Elle a aussi accompagné Sada Kane à 2S TV avec son émission « Impression ».
Son plus grand rêve aujourd’hui, à la retraite, serait de se trouver dans une petite île comme Gorée, avec un climat agréable comme celui de Saint-Louis, une maison calme où elle pourrait lire, écrire et produire, avec celui qu’elle a choisi dans sa vie, son compagnon le professeur Mamoussé Diagne, ses petits-enfants et la possibilité de participer à des émissions et de visiter des écoles pour faire lire les élèves.
MULTIPLE PHOTOS
LES UNES DE LA PRESSE DE CE MARDI 24 DECEMBRE 2024
Sud Quotidien, Le Témoin Quotidien, Le Verdict News, Le Soleil, Walf Quotidien, Le Quotidien, Yoor-Yoor Bi, Vox Populi, Libération, EnQuête, L’AS, L'Observateur
Sud Quotidien, Le Témoin Quotidien, Le Verdict News, Le Soleil, Walf Quotidien, Le Quotidien, Yoor-Yoor Bi, Vox Populi, Libération, EnQuête, L’AS, L'Observateur
KEEMTAAN Gi - «TAATI NÉEN»
Comment allez- vous chers lecteurs, en cette veille de Noël ? « Nàmmoon naalèen !!!» (J’avais votre nostalgie). Précision, je ne me trouvais nulle part ailleurs que dans ce charmant pays où il ne se passe rien d’intéressant. Rien ! Un temps fluctuant qui passe du chaud au froid et invitant certains soirs à de folles étreintes. Vous voulez un dessin ? De la chaleur, un temps frisquet et de la poussière. Le vilain Kàccoor, qui vous pourrit la vie par ses curieuses errances, a été terrassé par cette nocive poussière et contraint à se mettre au chaud par un temps où il ne fallait pas mettre le nez dehors. Rien de plus! De l’actualité dakaroise, rien à se mettre sous la dent. Si, si !!! Les foucades d’un maire de la capitale qui se croit encore au Far West, usant de discours virils pour faire garçon. Et quoi encore? Des juristes, jamais d’accord sur rien et discutant la plupart du temps du sexe des anges. En 2024, il se trouve également au pays de Senghor des gens qui se la jouent intellos et qui ignorent tout du mot « Centenaire ». Tant pis pour eux ! C’est dans cet environnement maussade que des personnes aux hormones déréglées veulent nous changer les couleurs de la vie à Galsen. Il faudra bien que ces messieurs qui se sont autoproclamés gardiens de nos mœurs si légères la ferment. Ce ne sont pas à eux de décider de notre quotidien surtout au moment où l’on s’apprête à vivre de belles folies féminines en cette fin d’année 2024.Vous savez tous ce que je pense de ces folles enragées aux agendas douteux et coachées par l’Occident. Le 31 décembre 2019 , l’ex- Chef s’était incliné avant que son Assemblée nationale — en particulier sa composante masculine — ne « s’émascule » et s’aplatisse devant des associations de défense des droits des femmes en votant le projet de loi criminalisant les actes de viol et de pédophilie. Depuis lors, celles qui se révèlent être les plus furieuses et qui se réclament d’un féminisme radical semblent avoir…le feu aux fesses. Ces dames nous promettent un spectacle inédit de « Taati néen ».Autant les laisser à leurs belles folies de singer l’Occident dans leurs délires. Que personne ne vienne s’opposer à leur extravagance, surtout au moment où l’on s’ennuie grave et dans un environnement économique morose. Croyez-nous, il n’y a rien de tel qu’un spectacle de meufs enragées et mal « entretenues » par des mecs à poil. Mais ce sera à vos risques et périls. Si vous rêviez d’appétissants popotins, vous seriez fort déçus. Joyeux Noël
*A Poil KACCOOR BI - LE TEMOIN
AFFAIRE DU «MILLIARD DE DOLLARS» MACKY PORTE PLAINTE POUR«FAUX ETUSAGEDE FAUX» ET «DIFFAMATION»
Le président Macky Sall a porté plainte contre X, ce lundi 23 décembre, devant le procureur de la République près le Tribunal de Grande instance hors classe de Dakar après la diffusion, mi-décembre sur les réseaux sociaux, de documents présentés comme des relevés bancaires lui attribuant un compte à la HSBC basé à Singapour d’un montant d’un milliard de dollars. Le premier pas d’une offensive judiciaire qu’il compte mener. « On vient siffler la fin de la récréation. Macky Sall est décidé à ne plus rien laisser passer » souligne un de ses avocats Me Antoine Vey à travers les colonnes de Jeune Afrique. Ces documents, largement partagés sur les réseaux sociaux, se sont avérés être des faux après des vérifications approfondies. Le quotidien Le Soleil, via son service de vérification, a sollicité HSBC Singapour pour clarifier la situation. La banque a formellement démenti l’authenticité des documents en déclarant: « Ce document n’est pas légitime. » Les incohérences relevées sont nombreuses : un IBAN commençant par « GB », suggérant un compte basé au Royaume-Uni et non à Singapour, ainsi qu’un code SWIFT inexistant. Ces anomalies ont renforcé la preuve d’une manipulation. L’avocat de Macky Sall, Me Antoine Vey, a précisé sur Jeune Afrique que cette plainte n’est qu’une première étape d’une stratégie plus large pour contrer la désinformation. «Macky Sall est décidé à ne plus rien laisser passer », a-t-il affirmé. Habitué des dossiers sensibles, MeVey est également connu pour avoir défendu des personnalités politiques de premier plan. Il fut notamment l’avocat de l’ancien président français Nicolas Sarkozy dans l’affaire dite du « téléphone Bismuth », où ce dernier a été condamné à un an de prison ferme. Malgré les preuves de falsification, ces documents ont enflammé les réseaux sociaux, suscitant des débats houleux.
L’ASSEMBLÉE NATIONALE PRÉPARE LA DPG DU VENDREDI
L’Assemblée nationale veut une réussite totale de la Déclaration de Politique générale du vendredi 27 décembre prochain. Ce lundi, le président de l’Assemblée nationale a déroulé une série d’activités pour une coordination parfaite. C’est ainsi que M. El Malick Ndiaye a présidé une réunion avec l’administration et la sécurité de l’institution parlementaire, en vue de préparer la Déclaration de Politique Générale (DPG) du Premier ministre Ousmane Sonko, prévue le 27 décembre 2024. Au cours de cette réunion, selon les services de communication de la deuxième institution du pays, le Président El Malick Ndiaye a fait le point sur l’état d’avancement des préparatifs et a donné des instructions fermes pour assurer une organisation sans faille, en mettant l’accent sur les aspects organisationnels, logistiques et médiatiques. Le même jour, le Président et les députés ont testé le nouveau système de vote électronique, destiné à moderniser les procédures législatives. Ce système, qui remplace les méthodes traditionnelles de vote, selon la même note, permet une gestion plus rapide, transparente et sécurisée des scrutins. Une simulation de séance plénière a été organisée pour familiariser les députés avec ce dispositif, qui a été bien accueilli. Cette réforme vise à moderniser l’institution, à améliorer l’efficacité législative et à renforcer la transparence des processus décisionnels. Les équipes du cabinet du Premier ministre ont également participé à ce test technique et ont visité les différentes sections de l’hémicycle. Le Président a exhorté ses collaborateurs à travailler en étroite collaboration avec la Primature pour garantir le succès de l’événement sur le plan organisationnel.
CAMION-EPAVE 30 ANS DE STATIONNEMENT ILLÉGAL SUR LA VOIE PUBLIQUE
Le ministre de l’Intérieur Jean-Baptiste Tine et le ministre de la Justice Ousmane Diagne sont interpellés sur un fait surréaliste qui n’honore ni l’Etat de droit ni la gestion du cadre de vie. Tenez! Courant 1994 à l’époque du président Abdou Diouf, les éléments du commissariat de police de Thiaroye-gare avaient intercepté un camion bourré de marchandises frauduleuses. Une prise consécutive à un contrôle de routine. Depuis lors, c’est-à-dire 30 ans après, le camion « sous scellé » et devenu épave et reste toujours immobilisé sur la voie publique. Et illégalement devant le commissariat de police de Thiaroye-gare où la carcasse métallique entrave la circulation des personnes et des biens. Ce qui révolte les notables et riverains, c’est le fait que depuis 1994, les différents préfets, sous-préfets, commissaires de police et maires de Pikine ou de Thiaroye ne se sont jamais préoccupés de cette grosse épave. D’ailleurs lors du passage du président de la République Bassirou Diomaye Faye à Thiaroye-gare, les associations citoyennes voulaient lui faire visiter (en vain) ce camion-épave à l’immatriculation : LG 1638 A. Une ferraille qui symbolise le laxisme voire la paresse des autorités préfectorales et municipales de la banlieue dakaroise. Pourtant le commissaire de police pouvait saisir le procureur de la République pour l’enlèvement ou la destruction de l’épave. Ou alors le maire pour une mise en fourrière suivie de destruction à la demande de l’autorité territorialement compétente. Mais rien de tout cela !
CHAMBRE DE COMMERCE DE DAKAR LE PRÉSIDENT ABDEL KADER NDIAYE SONNE L’ALERTE
A la Chambre de Commerce, d’industrie, et d’agriculture de Dakar, les contestations fusent de partout sur la gestion de l’institution consulaire. Vice-président de la Chambre de Commerce, Abdel Kader Ndiaye sonne l’alerte en direction des autorités surtout dans la perspective de l’Assemblée générale de l’Institution le 26 décembre prochain. L’homme est connu et respecté dans les milieux économiques du pays « Je le dis haut et fort, au niveau de la Chambre de Commerce de Dakar, des manquements sont notés dans la tenue de la comptabilité financière. Figurez-vous j’ai interpellé un commissaire aux comptes de l’institution sur l’absence de comptabilité matière, les inventaires sur les immobilisations, les intérêts sur les dépôts à termes, l’incohérence entre les états financiers et le bilan et sur globalement la tenue des états financiers des exercices 2020, 2021 et 2022 et celui de 2023 exigible depuis le 30 avril 2024.Des mesures correctives urgentes s’imposent pour redresser la gestion comptable et financière de la Chambre avant d’envisager le vote du budget de 2025 » souligne le vice-président de la CCIAD. Abdel Kader Ndiaye précise à l’attention du ministre de l’Industrie et du Commerce qu’il ne sera pas possible de tenir l’AG de la CCIAD si des éléments de réponse probants ne sont pas apportés pour un climat d’apaisement évitant l’affrontement des clans. « Cela pose la sincérité des comptes et comme nous allons vers l’Ag du 26, les gens sont très agités, j’alerte l’autorité que cette situation ne se dégénère pas et que toute la confusion à travers la légalité et la transparence reviennent au sein de l’institution » ajoute le président Ndiaye.
NECROLOGIE DÉCES DU JOURNALISTE MASSAMBA SECK
La presse sénégalaise est en deuil. Le Témoin a appris le décès du journaliste conseiller en communication Massamba Seck, ce vendredi 20 décembre à Dakar. Il a été enterré le lendemain samedi 21décembre 2024 au cimetière de Yoff. Le doyen Massamba Seck a pratiquement déroulé sa carrière, après un diplôme universitaire obtenu en Belgique, dans pratiquement les ministères comme la Pêche et l’Energie. Il a pris sa retraite comme conseiller en communication de la Commission de régulation du secteur de l’énergie. Très peu connu de la dernière génération de journalistes, Massamba Seck continuait malgré sa retraite à participer aux activités du Collectif des journalistes économiques dont il était parmi les membres fondateurs. Une telle attitude fut saluée par le président du Cojes Dialigué Faye qui a rendu public l’information du décès du doyen. Massamba Seck a connu une brillante carrière, mais surtout il fut un homme ouvert, rigoureux et disponible à conseiller et à encadrer la jeune génération de journalistes. A son épouse et sa famille, le Témoin présente ses sincères condoléances à sa famille. Nos condoléances aussi au Dr Ndiaga Guèye, ancien directeur des Pêches et de l’Océanographie, un grand ami du défunt. Repose en paix grand Mass, celui qui m’appelait familièrement Karim
CEDEAO MALI, NIGER ET BURKINA REJETTENT LE DÉLAI DE RÉTRACTION DE SIX MOIS
Les régimes militaires du Mali, Niger et Burkina Faso ont rejeté dimanche le délai de rétraction de six mois accordé parla Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avant leur retrait définitif, y voyant une «tentative de déstabilisation» extérieure, dans un communiqué. Les trois pays qui forment l’Alliance des Etats du Sahel (AES),tous gouvernés par des juntes hostiles à la France, ont annoncé en janvier leur volonté de quitter la Cedeao, une organisation rassemblant aujourd’hui 15 pays et qu’ils jugent instrumentalisée par l’ancienne puissance coloniale. Lors d’un sommet il y a une semaine à Abuja, l’organisation régionale a annoncé un délai de rétractation de six mois pour que les trois pays puissent revenir sur leur décision après la date de leur départ officiel, fin janvier 2025. Il s’agira d’une «période de transition» qui durera jusqu’au «29 juillet 2025», afin de «maintenir les portes de la Cedeao ouvertes» aux trois pays, selon le président de la Commission de la Cedeao. Mais selon le collège des chefs d’Etat de la confédération des Etats du Sahel, cette décision n’est «qu’une énième tentative qui permettrait à la junte française et à ses supplétifs de poursuivre la planification et la conduite des actions de déstabilisation contre l’AES». Il a dit que «cette décision unilatérale ne saurait lier les pays de l’AES
YOFF UN INCENDIE DÉVASTATEUR RAVAGE L’HYPERMARCHÉ EXCLUSIF DE YOFF
Un incendie spectaculaire a ravagé l’hypermarché Exclusif de Yoff dans la nuit du 22 au 23 décembre 2024. Selon des sources locales, un court-circuit serait à l’origine du sinistre, provoquant une épaisse fumée visible à des kilomètres alors que l’établissement était fermé. Selon DakarActu, le feu s’est rapidement propagé, impactant principalement le premier étage du magasin, emportant une grande quantité de marchandises et causant des pertes financières considérables. Bien que le rez-de-chaussée semble avoir été relativement épargné, l’étage supérieur a subi des dégâts majeurs. Les informations concernant l’ampleur exacte des pertes restent encore à confirmer. Les pompiers, mobilisés en nombre, ont déployé d’importants moyens pour maîtriser l’incendie, avec plus d’une dizaine de véhicules d’urgence sur place. Les employés, réunis sur les trottoirs, assistaient impuissants à la destruction de leur lieu de travail.
EXCLUSIF SENEPLUS - Comme pour les législatives, la rétention de l’information électorale par un coutumier de faits permet de prendre de court l’opposition obligée de se réinventer pour extirper du jeu les pratiques d’un magistère abonné à la vilenie
La condamnation délinquante de l’homme politique et éveilleur de conscience Moustapha Diakhaté à deux mois de prison ferme pour des chefs d’accusation inexistants dans toute la jurisprudence mondiale n’a d’autre explication que la dénonciation ferme de la dissimulation par le chef de l’État d’une information d’intérêt général obtenue du Conseil constitutionnel. Ladite information a la qualité essentielle qui est celle qui veut qu’elle soit rendue publique dès après sa réception pour mettre tous les citoyens et justiciables sénégalais au même niveau de préparation sur tout ce qui se rapporte à leur souveraineté intangible comme les avis de la juridiction supérieure sur les modalités pratiques de la tenue des élections.
Informé par avis du Conseil constitutionnel sur la tenue des dernières élections législatives anticipées, Bassirou D. D. Faye a attendu 64 jours avant de se conformer à l’avis du Conseil l’intimant d’informer les acteurs politiques et l’opinion du contenu dudit avis. L’acte frauduleux du chef de l’État visait à assurer frauduleusement à sa faction politique un privilège indu sur un bien commun qu’il jura de respecter et de faire respecter le 2 avril 2024 lors de sa prestation de serment.
C’est en récidiviste - bientôt multirécidiviste - que Bassirou D.D. Faye, nous apprend le journal LIiQuotidien daté du 23 décembre 2024, « aurait déjà consulté le Conseil constitutionnel » sur l’organisation d’élections locales anticipées en 2025 et aurait même obtenu des Sages « un avis favorable ».
Comme pour les législatives anticipées, maintenant derrière nous, la rétention frauduleuse de l’information électorale par un coutumier de faits frauduleux permet de prendre une fois encore de court l’opposition républicaine et démocratique obligée de se réinventer pour extirper du jeu politique les viles pratiques d’un magistère abonné à la vilenie dont nous répertoriâmes les anciennes méthodes délinquantes avant même que Bassirou D. D. Faye ne songe à faire de la politique en adhérant à un mouvement ou parti.
Rétro pour profanes
Il y a quelques années, quand le publiciste et criminologue sénégalais Souleymane Ndiaye parlait de la « mentalité délinquante des hommes politiques sénégalais ». L’assassinat impuni du juge Babacar Sèye, la tentative d’assassinat du jeune opposant Talla Sylla, les coups reçus dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale par la députée Aminata Mbengue Ndiaye, ceux assenés par le président du groupe parlementaire Libéral et Démocratique Doudou Wade au député de son propre camp Aliou Sow pour cause de désaccord sur la manière, le squat violent des commissions électorales du Parti démocratique sénégalais par les voyous de la « Génération du concret », les insultes – couronnées par la mise à sac des locaux des quotidiens l’As et 24 Heures Chrono - que l’ancien ministre Farba Senghor destinait, avant son limogeage, régulièrement aux rédactions de la presse privée, l’assimilation facile de toute critique à une déclaration de guerre émanant d’un ennemi à abattre, les menaces de mort régulièrement déposées dans les boîtes vocales de quelques abonnés impénitents conquièrent définitivement les faits sur les préjugés. Puis, le report des élections, au mépris du calendrier républicain, est venu se greffer à la kyrielle de délits.
Le report permet d’affiner une technique de fraude électorale ou d’en concocter une nouvelle. Le Camerounais Hilaire Kamga, auteur d’une étude sur « les techniques de la fraude électorale en Afrique » dénombre 32 artifices dans l’escarcelle des fraudeurs. « Interrogé, sur Radio France internationale (RFI), M. Kamga présente ainsi qu’il suit « les techniques de fraudes les plus courantes » en Afrique : « Disons que ça se modernise de plus en plus. Aujourd’hui, j’ai dénombré 32 types de fraudes. Par le passé, on avait le bourrage des urnes, les votants itinérants. Aujourd’hui, ces mécanismes existent toujours mais, désormais, il y a l’ordinateur qui a fait irruption dans le champ de l’organisation des élections. Lorsque les acteurs ne maîtrisent pas totalement l’ordinateur, qui est devenu la technique de fraude la plus utilisée, ils fraudent par l’utilisation des observateurs internationaux. C’est une fraude très pernicieuse, utilisée par des dictateurs en Afrique qui ont très souvent besoin de se donner une bonne image à l’extérieur. Ils organisent donc une fraude massive et, après, les observateurs internationaux arrivent comme des touristes et, du coup, ça donne une raison au détenteur du pouvoir. Même la communauté internationale est influencée aujourd’hui au niveau technique. C’est dire donc que les pays qui ont des intérêts avec certains dirigeants au pouvoir en Afrique ont tout à fait intérêt à voir la fraude se pérenniser. Nous pensons au cas des dirigeants français lors des élections au Tchad et en Centrafrique où on a utilisé des observateurs pour valider les fraudes massives dans ces pays. L’une des plus courantes, il faut le noter, est l’encre indélébile qui permet le vote multiple et cela, de manière permanente. Il y a aussi la fraude par les mauvaises commissions électorales qui, dans la plupart des cas, sont mises à la disposition du pouvoir en place qui les manipule très souvent ». Le report à la sénégalaise est la dernière née des méthodes de vol éprouvées.
Abdoulaye Wade perpètre lui-même le report délictueux ou encourage une initiative similaire venant d’un de ses amis politiques. La dernière proposition de report – concernant les locales du 18 mai 2008 - est celle faite par la députée et maire de Dioubel, Aminata Tall. L’intéressée s’en explique dans les colonnes du quotidien L’As daté du vendredi 7 mars 2008 : « Ce n’est l’idée ni du président de la République, ni du gouvernement, encore moins de l’Assemblée nationale. C’est ma propre idée. Je l’ai mûrie, élaborée et soumise à mes collègues sous forme de proposition de loi ». Peu importe. L’esprit retors contente le chef revêche, qui dit vouloir renouer le dialogue avec son opposition décapitée par la rumeur et le report effectif d’élections aussi cruciales que les législatives initialement prévues en avril 2006. Organisé quatorze mois plus tard, le scrutin le moins couru depuis fort longtemps, se solda par un taux de participation de 33 % seulement selon le ministère de l’Intérieur et de 25 % selon l’opposition boycotteuse.
La proposition de loi pour la tenue des élections locales le 22 mars 2009 – au lieu du 18 mai 2008 - se couvre du voile hypocrite de l’égalité en droit de toutes les régions du Sénégal (anciennes et nouvelles). En plus de leur mentalité délinquante, les gens de la majorité présidentielle ignorent tout ou presque de la géographie. Couvrant un territoire d’une superficie de 1,2 million de kilomètres carrés (au moins deux fois la France), vingtième pays au monde par sa superficie, le Tchad est le cinquième plus grand pays d'Afrique après le Soudan, l'Algérie, le Congo-Kinshasa et la Libye. Depuis 2003, le Tchad est divisé en 18 régions administratives dirigées par des gouverneurs nommés par le gouvernement tchadien. Le Sénégal qui ambitionne de disposer au moins d’une vingtaine de régions est six fois plus petit que le pays des ancêtres Sao des Tchadiens d’aujourd’hui.
Face aux délinquants, les rares députés honnêtes doivent entreprendre une bataille juridique implacable en saisissant le Conseil constitutionnel. L’article 96 (alinéa 2) de la Constitution stipule, entre autres, que le Conseil constitutionnel « est compétent en dernier ressort dans le contentieux des inscriptions sur les listes électorales et des élections aux conseils des collectivités territoriales ». L’ancien président français Nicolas Sarkozy, monté au créneau pour rendre rétroactive la loi sur la « rétention de sûreté » des criminels dangereux, en dépit de la décision contraire du Conseil constitutionnel français, n’aurait pas non plus gain de cause chez nous. En effet, au Sénégal, « les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d'aucune voie de recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités exécutives ». Aucun député n’a le droit de s’arrêter tant qu’il n’a pas exploré toutes les voies de recours qui s’offrent à lui dans sa poursuite ininterrompue de l’intérêt général.
Tant qu’il y a des pays qui respectent le calendrier démocratique par souci d’équité et de clarté, notre pays doit s’en inspirer. L’exemple des Etats-Unis d’Amérique est à ce sujet révélateur. En conformité avec le système électoral, les citoyens américains élisent, tous les quatre ans, le mardi qui suit le premier lundi du mois de novembre, les « grands électeurs » qui ont pris l’engagement de voter, le lundi qui suit le second mercredi du mois de décembre, pour le candidat démocrate ou républicain à l’élection présidentielle. Le nouveau président élu prête serment devant le président de la Cour Suprême le 20 janvier après la proclamation officielle, le 6 janvier, par le Congrès, des résultats du vote des « grands électeurs ». Immuable !
Au Sénégal, les épisodes croustillants du report à deux reprises des élections législatives en disent long sur la nature du délit politique perpétré par le gardien même de la Constitution. La manœuvre se couvre du voile hypocrite du couplage de l’élection présidentielle du 25 février 2007 avec les législatives pour venir en aide aux sinistrés de la banlieue de Dakar. En effet, Wade justifia le couplage, aboli depuis 1993, de l’élection des députés avec l’élection présidentielle, en utilisant d’abord un argument politique, qui le contrarie. « Le succès, explique-t-il, de l’opération [d]’évacuation des populations et leur hébergement dans des zones salubres, et surtout par l’élimination de ces bidonvilles et la construction à leur place de cités modernes, suppose que l’Assemblée nationale décide de repousser les élections législatives prévues en 2006, pour qu’elles se tiennent en 2007, en même temps que l’élection présidentielle ».
« En Droit, rien ne s’oppose à ce que les élections législatives soient repoussées, comme cela a été fait deux fois en France, en 1918 et en 1940, en raison des circonstances difficiles de l’après-guerre. En 2002, l’Assemblée nationale française a adopté la même mesure, repoussant la date des élections législatives. Au Sénégal, les motifs de report sont surabondants. Les députés continueraient à assurer leur mandat pour encore moins d’un an. Donc, il n’y a pas péril en la demeure, bien au contraire », précise le président dans son adresse à la nation du 28 août 2005.
En France, « l’histoire [de la mesure dont parle Wade] commence le 19 septembre 1999, lorsque François Bayrou, alors président de l’Union pour la démocratie française (UDF), dénonce le "calendrier dingo" ». Ce calendrier, « fou », prévoyait l’élection des députés avant celle du président de la République. La même année, « sentant une manœuvre, Jacques Chirac se raidit et déclare, dans son traditionnel entretien du 14 juillet, que "les règles du jeu existent" et qu’il "ne faut pas les modifier" ». « Le 19 octobre, [Lionel Jospin] déclare ne pas avoir l’intention de se mêler du calendrier 2002, tout en jugeant une inversion "plus logique" ». L’analyste politique du quotidien L’Humanité, prenant en compte ces informations ajoute, pour sa part, qu’« au-delà de la manœuvre, cette inversion s’inscrit dans un contexte institutionnel marqué par un prévisible accroissement du poids de la fonction présidentielle avec le passage au quinquennat ».
Un an après la sortie, plutôt remarquée et non moins commentée, de M. Bayrou, les Français décidèrent, par référendum, de faire passer la durée du mandat du président de la République de 7 ans à 5 ans seulement. C’était le 24 septembre 2000, date à laquelle le leader du Mouvement des citoyens (MDC), Jean-Pierre Chevènement, agite une nouvelle fois l’idée de l’inversion du calendrier républicain pour permettre aux électrices et aux électeurs d’envoyer un locataire à l’Elysée avant de renouveler l’Assemblée nationale. De l’avis de M. Chevènement, l’inversion, « réduirait le risque de cohabitation ». Le report des élections législatives qui en résultait « (…) sera [surtout] déterminant pour savoir si le quinquennat ouvre sur un régime présidentiel majoritaire (...) ou si on va vers une sorte de retour au régime d’assemblée », soutenait-il.
Le débat porta ensuite sur l’avenir même des institutions de la Ve République lorsque les partisans du maintien en l’état et ceux de la modification du calendrier républicain se manifestèrent. Pour Michel Rocard, Raymond Barre, Valéry Giscard d’Estaing et François Bayrou, « en replaçant l’élection présidentielle avant celle des députés, on remet (…) la République sur ses pieds ». Se ralliant à leur point de vue, le Premier ministre Lionel Jospin décide de soumettre la question au Parlement vers la fin de l’année 2000. Ceux qui y voyaient une « atteinte occasionnelle à la Constitution » reprochaient aux députés de prolonger eux-mêmes leur mandat de deux mois pour que le Président soit élu avant eux. Se voulant un « héritier de la tradition de séparation et d'équilibre des pouvoirs, du courant républicain, libéral et indépendant », l’ex-patron de Démocratie libérale (DL), Alain Madelin, précisa qu’il y a en France « une tradition républicaine, une vertu républicaine, qui veulent que l'on mette le calendrier politique à l'abri des manipulations de circonstance ». Faire suivre l’élection présidentielle par les élections législatives apparaissait, à ses yeux, comme « un risque d'absorber la majorité législative par la majorité présidentielle, et donc de renforcer la confusion des pouvoirs au risque d'aggraver le mal français ». S’agissant de l’atteinte à la Constitution, M. Madelin rappelle, citant Montesquieu, qu’« on ne doit toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes ». « Car, faisait remarquer l’un des nombreux amis français du président sénégalais Abdoulaye Wade, le Président se doit d'être respectueux de la diversité (…), garant de l'unité de la nation, du respect de l'État de Droit, et de la cohésion sociale, gardien des institutions et des grands principes de la République ». Le Français ne semble pas avoir dit cela au Sénégalais au moins une fois.
Dans une autre adresse à la Nation, le président Wade justifie, le couplage, en février 2007, des élections législatives avec l’élection présidentielle en déclarant notamment qu’« en 2002, l’Assemblée nationale française a adopté la même mesure, repoussant la date des élections législatives ». Bien que l’information soit inexacte - la mesure ayant été adoptée par l’Assemblée nationale française au début de l’année 2001 - le chef de l’État trouve dans le cas d’espèce un bon exemple à méditer. L’erreur est révélatrice de l’improvisation. S’y ajoute que l’exemple est mauvais indépendamment du côté où se situe celui qui le prend. Si Maître Wade se situait du côté opposé à celui des adversaires de la modification du calendrier électoral français (présidentielle avant législatives), il ferait suivre la remise en jeu de son propre mandat (de sept ans au lieu de cinq), en démissionnant, par le renouvellement du personnel (élu pour cinq ans) de l’Hémicycle de la Place Soweto. S’il se trouvait du côté des adversaires de la modification du calendrier républicain de la France (législatives avant présidentielle), il respecterait scrupuleusement, comme annoncé par ailleurs, le calendrier électoral de son pays. S’y ajoute qu’il se garderait, en tenant compte des développements de son ami Alain Madelin, de porter atteinte occasionnellement à « sa » Constitution pour faire prospérer le forcing, énième du genre.
L’économie de 7 milliards de nos francs pour soulager les détresses, consécutives aux inondations, ne convainquit vraiment personne dans les rangs de l’opposition et bien au-delà. D’ailleurs quelques mois plus tard, Abdoulaye Wade déclara avoir reçu 6 milliards de nos francs d’un ami dont il ne précisa pas l’identité. Le coordonnateur du Forum civil, Mouhamed Mbodj, s’en étonna au nom aussi de l’antenne sénégalaise de Transparency International. Wade dit ensuite en avoir fait cadeau au Trésor public. L'argent - comme chacun le sait maintenant - ne profita jamais à la tirelire de l'Etat. Des sources concordantes accusent Karim Wade d’en avoir disposé comme bon lui semble.
L’exemple français de report des législatives révèle aussi que les adversaires de la modification du calendrier électoral ont finalement remporté les deux élections : Jacques Chirac, réélu avec plus de 80 % des suffrages, s’appuie, deux mois plus tard, sur une majorité confortable de droite pour gouverner. Les manœuvriers - les socialistes français en tête - passent dans l’opposition. C’est bien ce qui risquait d’arriver aux « libéraux » sénégalais qui, eux, couplent ou reportent une élection pour frauder.
L’ancien Premier ministre Idrissa Seck, mis en accusation par la majorité à laquelle il a appartenu, jeté en prison, puis libéré sans procès, désapprouva, depuis sa cellule, l’idée du couplage des élections. Un grand reporter soutint même que le président Wade n’organiserait pas d’élections. Djibo Kâ lui aurait même soufflé l’idée (saugrenue) de se maintenir au pouvoir par « voie référendaire ».
L’épilogue, auquel correspond la tenue effective de l’élection présidentielle le 25 février 2007 sans les législatives, montre qu’Abdoulaye Wade voulait surmonter une difficulté qu’il créa lui-même. Elu pour 5 ans le 19 mars 2000, Wade ajouta deux ans à son mandat, oubliant la durée normale de cinq ans de la législature. Et pour éviter que les élections législatives ne se tiennent avant la présidentielle, il imposa leur report à deux reprises, aidé en cela par l’Assemblée nationale et, plus tard, par le Conseil d’Etat. A l’arrivée, Wade obtint plus que ce qu’il attendait de sa manœuvre excessive : sa réélection dans des conditions qui ne satisfont pas ses principaux adversaires et la mort de l’Assemblée nationale. Après le scrutin du 3 juin 2007, aucun grand parti d’opposition ne siégea à l’Assemblée nationale pour cause de boycott des élections législatives. Wade s’appuie alors sur un effectif de 133 députés – l’Assemblée nationale en compte 150 - pour faire ce qu’il veut. La déclaration de guerre à la société paraît ainsi si manifeste que chacun de nous se voit obligé de céder à la tentation de la désobéissance civile, voire de l’insurrection, pour recouvrer sa dignité de citoyen.
Plus ça change, plus c’est c’est pareil
Le président de l'ONG « Nouveaux droits de l'homme, au Cameroun », Hilaire Kamga, dont la brillante étude avait été consacrée aux « techniques de la fraude électorale en Afrique », peut mettre à jour son répertoire en y inscrivant l’anticipation cachée dont le président sénégalais - grand promeneur aérien devant l’Éternel - est passé maître en concoctant, croit savoir LiiQuotidien, des élections locales anticipées qui lui permettraient de conserver la très mince réserve de voix grâce à laquelle son clan s’est emparé, le mode de scrutin aidant, des 131 sièges - 133 sièges pour Wade lors des Législatives de juin 2007 boycottées par l’opposition républicaine - de l’Assemblée nationale à la suite du scrutin du 17 novembre 2024.
La « mentalité délinquante des hommes politiques sénégalais » ne souffre de la moindre ride depuis que le criminologue Souleymane Ndiaye en a fait état, il y a plusieurs années maintenant, à Walf FM. Les pics de mars 2021 et juin 2023 feront parler d’eux pendant longtemps encore. Le lifting du visage de la fraude électorale dont Bassirou D.D. Faye est le nouvel artisan nous renseigne sur ce que nous savions déjà : « Plus ça change, plus c’est pareil. » Mais le profane Diomaye peut toujours compter sur moins profane pour se faire remonter les bretelles dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle du Sénégal en cas d’entorses au gentlemen's agreement dont sont créditées toutes les vraies démocraties.
Abdoul Aziz Diop est essayiste, auteur, entre autres, de « Une succession en démocratie : Les Sénégalais face à l’inattendu », (L’Harmattan, Coll. Pensée africaine, 2009).
CONTRIBUTION ÉCONOMIQUE LOCALE SUR LA VALEUR AJOUTÉE, UNE RÉFORME CONTROVERSÉE
La répartition 2024 de la CEL/VA a plongé plusieurs villes et communes sénégalaises dans une crise financière sans précédent. Parmi les plus touchées figurent la ville de Rufisque et la commune de Ngoundiane.
La répartition 2024 de la Contribution économique locale sur la valeur ajoutée (CEL/VA) a plongé plusieurs villes et communes sénégalaises dans une crise financière sans précédent. Parmi les plus touchées figurent la ville de Rufisque et la commune de Ngoundiane, deux localités autrefois prospères, aujourd'hui confrontées à de graves déséquilibres budgétaires.
La Contribution économique locale assise sur la valeur ajoutée (CEL/VA) est une réforme fiscale majeure introduite par le gouvernement sénégalais en 2018, dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation. Cette mesure visait à corriger les inégalités entre collectivités territoriales en redistribuant les ressources fiscales issues des grandes entreprises à l’échelle nationale et non plus uniquement aux communes abritant ces entreprises.
Cependant, six ans après sa mise en place, la CEL/VA suscite des controverses profondes, notamment à Rufisque et à Ngoundiane. Ces collectivités, historiquement bénéficiaires d’importantes recettes grâce aux industries locales, se disent désormais étranglées financièrement.
Lors du conseil municipal du 21 décembre 2024 consacré au vote du budget 2025, le maire de Rufisque, Dr Oumar Cissé, a exprimé son inquiétude : ‘’La ville de Rufisque n’est plus viable financièrement. Une ville qui consacre 60 % de ses recettes ordinaires aux salaires ne peut plus fonctionner correctement.’’
Le budget 2025 de Rufisque, fixé à 4,93 milliards F CFA, représente une baisse de 28 % par rapport à 2024. Cette chute est directement liée à l’allocation modique de 17 millions de F CFA de la CEL/VA qui, bien qu’animée par une volonté d’équité, révèle des failles dans sa mise en œuvre. Si certaines communes se réjouissent des ressources redistribuées, d’autres, comme Rufisque et Ngoundiane, s’en trouvent profondément fragilisées.
Une baisse drastique des recettes locales
Rufisque, qui percevait autrefois d'importantes recettes des industries comme la Sococim (1,3 milliard F CFA) et la Senelec (1,1 milliard F CFA), a vu ses revenus chuter drastiquement depuis l’avènement de la CEL/VA. En 2024, la répartition de la CEL a attribué à Rufisque la somme de 17 millions F CFA contre 832 millions F CFA en 2023. Cette baisse de 98 % a plongé la commune dans une crise budgétaire sans précédent.
Selon le maire Dr Oumar Cissé, ‘’la ville de Rufisque n’est plus viable financièrement’’. Le budget 2025, voté à 4,9 milliards F CFA, est en recul de près de deux milliards par rapport à celui de 2024. Cette réduction contraint la municipalité à se limiter au paiement des salaires (60 % des recettes ordinaires) et des dettes, au détriment des projets de développement.
Les conséquences sont énormes et se font sentir dans tous les domaines, notamment l’assainissement. La vieille commune, confrontée à des problèmes d’inondations chroniques, ne peut plus financer des projets de drainage. De plus, les routes en mauvais état ne sont pas réhabilitées, exacerbant la frustration des habitants. Les subventions aux écoles et aux centres de santé sont réduites.
Malgré ces défis, le Dr Cissé demeure optimiste quant à un partenariat avec la Sococim pour résoudre certaines urgences, notamment l’assainissement. Une convention de partenariat est en cours de finalisation, avec une contribution de 70 % pour la Sococim et 30 % pour la mairie.
La situation à Ngoundiane
La commune de Ngoundiane, dirigée par le maire Mbaye Dione, connaît une situation similaire. Depuis l’instauration de cette contribution, les recettes communales ont chuté de manière drastique. En 2017, Ngoundiane percevait entre 200 et 250 millions F CFA par an grâce à la patente. Aujourd'hui, ce chiffre est tombé à 64 millions pour l'année 2024.
‘’Cette réforme était censée corriger une injustice entre collectivités locales, mais elle a surtout créé de nouvelles inégalités’’, a dénoncé Mbaye Dione. La commune, qui abrite des ressources comme le béton, voit ses richesses exploitées sans bénéficier de retombées financières équitables.
Les justifications d’un secrétaire municipal
Sous anonymat, un secrétaire municipal défend la réforme de la CEL/VA. Selon lui, ‘’cette mesure corrige une injustice entre collectivités locales, car la CEL/VA était auparavant allouée uniquement aux communes où les entreprises produisaient leurs biens’’. Il cite l'exemple du ciment produit à Rufisque, mais vendu à travers tout le Sénégal, ou encore du béton extrait à Ngoundiane et utilisé dans plusieurs régions.
Par ailleurs, il souligne le manque de solidarité entre les communes. ‘’Rufisque et Ngoundiane mènent seules leur combat. Les autres collectivités ne se mobilisent pas pour les défendre et revoir la clé de répartition’’, poursuit-il.
Cependant, il reconnaît les limites de la mise en œuvre et propose que la répartition de la CEL soit annoncée à l’avance, comme dans le Programme d’appui aux communes et agglomérations du Sénégal (Pacasen), pour permettre une meilleure planification budgétaire.
Vers une mobilisation nationale
Face à ces défis, les deux collectivités appellent à une mobilisation nationale pour réviser les critères de la CEL/VA. Les ministères concernés, notamment ceux des Finances et des Collectivités territoriales, sont invités à prendre des mesures correctives immédiates.
En attendant, les habitants de Rufisque et Ngoundiane subissent de plein fouet les conséquences de cette réforme. Les projets d’infrastructures sont gelés et les services municipaux fonctionnent au ralenti.
Les récents développements autour de la CEL/VA posent une question cruciale : comment garantir une décentralisation juste et équitable au Sénégal ? Alors que Rufisque et Ngoundiane peinent à maintenir leurs finances à flot, d'autres communes pourraient bientôt rejoindre la liste des collectivités en crise.
Le combat pour une réforme de cette pratique ne fait que commencer. Les prochains mois seront déterminants pour l'avenir de nombreuses villes où les attentes des populations restent immenses face à des ressources de plus en plus limitées.
Pour éviter que cette réforme devienne un facteur de déséquilibre territorial, les observateurs et experts de la décentralisation recommandent que le gouvernement sénégalais engage un dialogue inclusif avec les collectivités locales.
Une réforme de la réforme s’impose pour garantir que la CEL/VA remplisse pleinement son objectif d’équité et de développement.
AUTOMÉDICATION, DES SÉNÉGALAIS PARTAGÉS SUR UNE PRATIQUE RISQUÉE
À travers des témoignages de différents horizons, cette pratique soulève des inquiétudes, notamment concernant les effets secondaires et l'auto-diagnostic, souvent en l'absence de conseils médicaux.
Beaucoup de Sénégalais usent et abusent de comprimés sans prescription médicale. L’automédication est ainsi très répandue dans notre pays. Des Sénégalais sont partagés sur cette pratique jugée pourtant « nécessaire » par certains.
Lundi 5 août 2024. Dakar se réveille sous un ciel nuageux. Aux klaxons intermittents des véhicules qui se disputent le passage, s’ajoute une grande ambiance au niveau des trottoirs, arrêts de bus et dans les lieux de commerce. Une atmosphère digne d’une matinée après un repos dominical pour certains, et un week-end plein pour d’autres.
Pape, un jeune, croisé dans la rue est un adepte de l’automédication. « Je sais que ce n’est pas une pratique très recommandée, mais il m’arrive d’aller directement à la pharmacie chercher un médicament sur recommandation d’amis quand je tombe malade », avoue-t-il. Nombreux sont ces médicaments que des Sénégalais gardent chez eux pour se soulager en cas de douleur sans l’avis d’un médecin. « Je souffrais régulièrement de maux de tête. C’était connu de mon voisinage. C’était même devenu chronique. Du coup, j’avais toujours du paracétamol dans mon sac. Mais, à un moment donné, cela ne me soulageait plus parce que même quand je le prenais, je continuais à souffrir. C’est par la suite que je suis allée voir un médecin qui m’a diagnostiquée une hypertension », explique Diodio Ndiaye. Maintenant, elle conseille d’aller voir un agent de santé quand on a un mal persistant.
« J’aurais pu y laisser ma vie si je persistais dans l’automédication », soutient-elle. Ndèye Niang est en communication sur WhatsApp lorsque nous arrivons chez elle aux Parcelles Assainies. Assise dans son magasin au décor modeste, en face de la route qui mène au populeux marché Dior, la dame se montre enthousiaste à l’idée d’aborder le sujet sur l’automédication. « Je suis contre, surtout avec les comprimés à base de paracétamol. Il est préférable d’aller se faire consulter par un médecin et sur la base d’une ordonnance, d’aller chercher les médicaments prescrits à la pharmacie », avance-t-elle.
Une pratique risquée
Cette habitante de l’Unité 16 des Parcelles Assainies croit que certains, même dans son entourage, au lieu d’aller à l’hôpital, usent et abusent de comprimés sans prescription médicale, oubliant les effets secondaires ou indésirables de certaines molécules. Pour sa fille Awa Diop, l’automédication est une pratique risquée.
Siré est trouvé dans un atelier de sérigraphie, le regard fixé sur l’ordinateur, les écouteurs ajustés à l’oreille. Habillé d’un Jellaba blanc, le jeune garçon révèle avoir des maux de ventre répétés. Pour calmer ses douleurs, il à recours à l’automédication. C’est plus simple pour lui, estime-t-il.
Non loin de là, Mamadou Tounkara tient un multiservices. Il s’active en même temps dans le transfert d’argent. Certes, il reconnait que l’automédication n’est pas une bonne pratique, mais il avoue qu’il lui arrive de le faire. Diatou Thiam, elle, n’y est pas allée par quatre chemins. « Le doliprane est toujours dans mon sac pour me soulager en cas de douleur », révèle-t-elle sans détour, tout en continuant de prendre tranquillement, son petit déjeuner, la mine joyeuse. Quant au vulcanisateur, Pierre, il ne cautionne pas l’automédication. Habitant l’Unité 20 des Parcelles Assainies, il exhorte les Sénégalais à consulter un médecin avant tout usage de médicament.
Mouhamed Tirera est un commerçant qui gère une boutique multi-articles : de l’agroalimentaire aux ustensiles de cuisine. Il dit qu’en cas de grippe, il achète simplement du Febrilex ou du Litacold pour se soigner. C’est tout le contraire de cette commerçante, qui requiert l’anonymat. « La maladie se soigne à l’hôpital. Sinon, les établissements hospitaliers n’auraient pas leur raison d’être. Mes enfants et moi, nous nous soignons à l’hôpital, franchement », soutient-t-elle.
Aller chez le médecin
Vendeur de café Touba, Galaye Gaye, lui, dénonce la cherté de la vie et la difficulté à accéder aux soins médicaux et aux médicaments. « Le mieux, c’est d’aller voir un médecin. Mais souvent les gens n’ont pas d’alternative. La consultation coûte cher, les médicaments pour un traitement correct aussi », lance-t-il. Originaire du village de Keur Amadou Yalla Diop, Galaye Gaye plaide pour un soutien accru aux nécessiteux qui constituent, selon lui, la majorité du peuple. Pour sa part, une vendeuse de tissus de luxe et accessoires pour femme, qui refuse de dévoiler son nom, estime que si quelqu’un souffre et ignore les causes de cette souffrance, il faut qu’il aille voir un spécialiste.
Mais cela dépend des douleurs ou de comment la personne les ressent. À l’en croire, s’il s’agit de douleurs bénignes, habituelles ou passagères, la personne peut prendre des comprimés le temps de les calmer. Mais si c’est persistant, dit-elle, la personne doit aller à l’hôpital. Selon Mor Cissé, gérant d’une supérette, beaucoup parmi ceux qui pratiquent l’automédication savent déjà de quoi ils souffrent. « Moi par exemple je suis allergique, chaque nuit avant de dormir, je prends un comprimé de Genset. Cela m’évite les éternuements au réveil. Je n’ai pas besoin, à chaque fois, d’aller voir un médecin pour ça », indique-t-il.
El hadji Thierno Sakho, marchand ambulant, lui, ne fait recours ni à un médecin encore moins à un pharmacien quand il tombe maladie. Il préfère invoquer des sourates du coran. « C’est mon maître coranique qui m’a appris ça », mentionne-t-il, le sourire en coin.
FRANCE, UN GOUVERNEMENT DE VINGT-HUIT MEMBRES FORMÉ
Cette nouvelle équipe marque le retour d'Elisabeth Borne au poste de ministre d'État chargée de l’Éducation nationale, ainsi que l'entrée de Manuel Valls au ministère des Outre-mer et de Rachida Dati à la Culture.
Dakar, 23 déc (APS) – Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, résidence officielle du président de la République française, a dévoilé lundi, la liste des vingt-huit membres du nouveau gouvernement dirigé par François Bayrou.
Il s’agit d’une liste de treize ministres et quinze ministres délégués marquée par le retour de l’ancienne cheffe du gouvernement Elisabeth Born au poste de ministre d’État chargée de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et du Numérique.
L’ancienne figure du Parti socialiste, Manuel Valls, fait également son entrée dans le gouvernement au poste de ministre d’Etat en charge des questions d’Outre-mer. Rachida Dati (Les Républicains) retrouve le ministère de la Culture.
Le gouvernement de François Bayrou consacre également retour de l’ancien ministre de l’Intérieur Gerard Darmanin désormais en charge de la Justice.
François Bayrou (73 ans), fondateur et président du parti centriste, Mouvement démocratique (MoDem) a été nommé Premier ministre, le 13 décembre.
L’ancien ministre de l’Education, entre 1993 et 1997, a notamment été porté à la tête du gouvernement dix jours après le renversement du gouvernement de Michel Barnier par une motion de censure votée à l’Assemblée nationale.
Le France traverse une instabilité institutionnelle depuis la tenue d’élections législatives anticipées qui ont débouché sur la perte de la majorité à l’Assemblée nationale de la mouvance présidentielle.
SERIGNE MATAR CISSÉ, L’ARTISAN DE LA MER
Sur les rives de l'Atlantique, à Soumbédioune, l’artiste transforme des déchets marins en œuvres d'art saisissantes. Depuis 1973, il se consacre à un retour aux sources, prônant le respect des traditions et la préservation de l'environnement.
À Soumbédioune, sur les rives de l’Atlantique, l’artiste Serigne Matar Cissé, connu sous le nom de Blacky, transforme les déchets rejetés par la mer en œuvres d’art saisissantes. Depuis 1973, il prône un retour aux sources et encourage les jeunes à respecter leurs aînés, tout en sensibilisant la communauté à l’importance de la préservation de l’environnement. À travers sa passion et son engagement, Blacky incarne une vision inspirante où créativité et écologie se rencontrent.
Il a des objets qui ne le quittent jamais : son chapeau, ses lunettes et sa pipe. Pour accéder à l’antre de l’artiste, il faut escalader les grosses pierres qui bordent la mer. Non loin de Magic Land, la mer semble murmurer des histoires de créativité et de résilience. Au bord de cette plage, depuis 1973, vit un artiste au parcours singulier : Serigne Matar Cissé, affectueusement connu sous le nom de Blacky.
Lorsque l’on croise Blacky, on pourrait d’abord penser qu’il souffre de problèmes de santé, une impression qui s’efface aussitôt dès qu’on engage la conversation avec lui. Véritable monument de la culture locale et bibliothèque vivante de connaissances, il incarne la fusion entre l’art et l’engagement écologique. Son accoutrement : une écharpe aux couleurs du drapeau national soigneusement enroulée autour de la tête, un manteau rouge flamboyant et un pantalon noir. Des chapelets apparaissent autour de son cou, ajoutant une touche spirituelle à son allure.
Cet homme, à la taille moyenne et au sourire chaleureux, est un véritable symbole de la culture locale. Pas de lit, ni rien qui puisse indiquer qu’une personne loge sur les lieux. Tout est noir. C’est étonnant ! Mais pour lui, c’est une « chambre d’hôtel ». Son choix d’y habiter n’est pas lié au hasard. Se considérant comme un incompris, Serigne Matar Cissé vit dans son propre monde, qu’il dénomme « le cimetière des arts ».
Il est entouré de colliers, de gris-gris, de sachets plastiques, de bouts de bois, de grosses pierres ou encore de morceaux de valises. Pour lui, tout est bon pour donner vie à un nouvel univers. Un monde rempli de personnages qui prennent vie et communiquent.
Blacky n’est pas un artiste comme les autres. Chaque jour, il arpente le rivage, scrutant le sable à la recherche de trésors oubliés : des déchets rejetés par les vagues, vestiges d’une société de consommation souvent indifférente. Ces objets, des plastiques usés aux morceaux de verre coloré, deviennent les matériaux de ses œuvres.
Pour lui, chaque déchet a une histoire à raconter et, à travers ses créations, il cherche à témoigner de la beauté cachée dans ce que d’autres considèrent comme des débris. Il fait de l’art abstrait au bord de la mer. Contrairement à son environnement, Serigne Matar Cissé est « normal ». Délaissé par une société qui ignore son talent, ce natif de la Médina a trouvé refuge au bord de cette plage.
« Je suis venu m’installer sur ces lieux parce que je ne me retrouve plus dans cette société sénégalaise. Et je ne regrette vraiment pas d’y être venu, je sais que je suis incompris par la société. Beaucoup de gens me prennent pour un fou. Oui, je le suis, mais à ma façon », explique-t-il d’un air serein et dans un bon français. « J’ai choisi la mer parce qu’elle est ma confidente, jamais elle ne me trahirait », ajoute-t-il d’un air convaincu.
Matar Cissé n’a pas de téléphone pour communiquer. Le déracinement et la perte des valeurs sont les messages qu’il lance à travers ses œuvres. Son habitation est un véritable musée à ciel ouvert, où l’imagination flambe au contact de la réalité. Ces œuvres évoquent des émotions profondes et encouragent à la réflexion. Blacky ne se contente pas de créer ; il prône également un retour aux sources, rappelant aux jeunes l’importance des valeurs traditionnelles et du respect des aînés. Pour lui, la jeunesse doit se reconnecter avec ses racines et apprendre à honorer ceux qui ont construit le monde d’aujourd’hui.
« Joe Ouakam, son idole »
Né en 1956, Matar a passé son « temps boy » (enfance) à la Médina, quartier populaire de Dakar. Pipe, barbe blanche, ouverture d’esprit, Matar épouse les traits de son idole et ami d’enfance, Joe Ouakam. Certes, ce dernier n’est plus de ce bas-monde, mais pour lui, son âme reste et inspire des générations. C’est avec un cœur rempli de bonheur que Matar se rappelle leur amour commun pour la culture, le cinéma en particulier. Mais pour lui, le cinéma d’aujourd’hui est très différent de celui d’hier.
Nostalgique du cinéma des anciens, l’artiste invite les jeunes à retourner aux sources. Il a joué dans de nombreuses pièces théâtrales. Celle qui l’a le plus marqué est « Waajur » (parent en langue wolof). « À travers cette pièce, j’ai voulu montrer l’importance des parents dans la vie d’une personne. Quand ils sont là, il faut profiter d’eux », conseille-t-il. Un message qu’il a compris quand les siens sont partis à jamais. Vivant parfaitement son panafricanisme et son esprit « révolutionnaire », son surnom colle parfaitement à son teint d’un noir d’ébène.
Ce sont les femmes restauratrices sur la plage qui lui donnent à manger, gratuitement. Son repas préféré est le mafé, un plat à base de pâte d’arachide, que déguste souvent cet homme à la fois père et chef de famille. « J’ai une vingtaine d’enfants. Je suis un polygame et j’ai connu beaucoup de divorces », déclare l’artiste au chapeau beige-noir. « Durant ma jeunesse, beaucoup de filles me faisaient la cour. J’étais tout le temps sur mon trente et un », poursuit-il dans un grand éclat de rire. Un rire qui semble traduire un certain optimisme. En effet, sa relève d’artiste est bien assurée au sein même de sa famille, car une de ses filles fait du théâtre. Même s’il ne vit pas avec ses enfants, certains parmi ces derniers passent de temps en temps lui rendre visite dans son « cimetière des arts ».
« L’art doit servir à éveiller les consciences »
Blacky croit fermement que l’art doit servir à éveiller les consciences. À travers ces interactions, il transmet non seulement des compétences artistiques, mais aussi un message puissant : la nature doit être respectée, et chacun a un rôle à jouer dans sa préservation.
En dépit des températures fraîches que connaît la région de Dakar, il affirme que cela ne le dérange guère, étant donné qu’il vit au bord de la mer. Sa chaleur humaine est palpable, et son ouverture au débat témoigne de son désir d’échanger et de partager. Dans des conditions de vie modestes, Blacky fait preuve d’une sagesse rare, nous révélant qu’il trouve la paix tant intérieure qu’extérieure.
Interrogé sur sa manière de gérer ses problèmes de santé, il répond avec sérénité : « Je me remets à Dieu ». C’est cette foi inébranlable qui nourrit son art abstrait, fait de déchets recyclés, tout en lui permettant d’affronter les défis de la vie avec un esprit positif. Blacky ne se contente pas de créer ; il inspire, encourage les jeunes à valoriser leurs racines et à respecter leurs aînés, tout en prônant une conscience écologique. Dans chaque œuvre qu’il réalise, il encapsule non seulement une vision artistique, mais aussi un message puissant de résilience et de respect pour la nature et la culture.
Loin d’être un simple artiste, Serigne Matar Cissé est un visionnaire, un rêveur éveillé qui utilise son talent pour catalyser le changement. Avec chaque sculpture, il nous rappelle que l’art peut transcender les barrières et inviter à une prise de conscience collective. Depuis cette plage qu’il a choisie comme maison, Blacky continue de tracer son chemin, un déchet à la fois, redonnant vie à des matériaux oubliés tout en honorant les valeurs essentielles de la vie.
PAR OUMAR NDIAYE
APTITUDES CAPACITAIRES ET INQUIÉTUDES SÉCURITAIRES
"C’est au Tchad que l’interventionnisme de l’armée française en Afrique a réalisé ses plus hauts faits d’armes et écrit ses plus belles pages qui sont en train de se tourner. À plusieurs reprises, sous le règne d’Idriss Déby Itno..."
C’est au Tchad que l’interventionnisme de l’armée française en Afrique a réalisé ses plus hauts faits d’armes et écrit ses plus belles pages qui sont en train de se tourner. À plusieurs reprises, sous le règne d’Idriss Déby Itno, la France a été sollicitée pour stopper les incursions de colonnes rebelles qui sont fréquentes et récurrentes dans ce pays. Le Tchad, comme décrit par l’universitaire française Marielle Debos dans son ouvrage « Le Métier des armes au Tchad », publié aux éditions Karthala en 2013, « est le pays des guerres sans fin et aussi des guerres fraternelles ».
Cette permanence des conflits a permis à cet État d’être en avance dans le domaine sécuritaire. Même s’il n’a pas encore atteint une certaine autonomie stratégique, le Tchad est l’un des rares pays de la bande saharo-sahélienne à avoir des aptitudes capacitaires de son armée face aux inquiétudes sécuritaires de cette zone marquée par les menaces asymétriques incarnées essentiellement par le terrorisme. Avec des forces de défense et de sécurité aguerries et rompues à la tâche, dans un pays où le métier des armes est d’une grande permanence, le Tchad a donc une grande expérience opérationnelle.
Mais, avec les contingences externes et ses divergences domestiques, son appareil sécuritaire est, des fois, sous situation d’urgence. Pour preuve, la dernière séquence de la « mort au front » du père de l’actuel Président, le maréchal Idriss Deby Itno. Actuellement, du nord, avec la Libye, à l’est, avec les frontières qu’il partage avec le Soudan, en passant par le bassin du Lac Tchad, sujet à des tensions sécuritaires et identitaires, le régime tchadien semble être cerné par une conflictualité qui appelle à avoir un appareil sécuritaire pouvant y faire face. Malgré la richesse de sa trajectoire et son histoire militaire tant vantée, le Tchad a eu à faire appel à la France, surtout côté appui aérien, pour vaincre tous les périls en face. Aujourd’hui que cette présence française vit ses dernières semaines, il y a des questions à se poser sur les aptitudes capacitaires de ce pays face aux inquiétudes sécuritaires qui l’assaillent de toutes parts, sans compter la situation politique interne qui ne s’est toujours pas stabilisée.
La sécurité est certes un domaine de souveraineté, mais il est indispensable de nouer des partenariats et des alliances stratégiques afin d’avoir une bonne complémentarité et une mutualité. Avec la dislocation du G5 Sahel, matérialisée par le départ du Burkina et du Niger qui ont suivi le Mali, cette force conjointe n’est plus totalement opérationnelle. Au mois de novembre dernier, le Tchad s’était aussi retiré de la Force mixte multinationale composée du Nigeria, du Cameroun, du Niger et du Bénin et qui avait pour but de lutter contre le banditisme et la grande criminalité dans le bassin du Lac Tchad. Autant de retraits qui vont certainement mettre sous pression l’armée tchadienne qui, malgré sa montée en puissance et son professionnalisme, devra davantage développer des aptitudes capacitaires devant des inquiétudes sécuritaires de plus en plus présentes et prégnantes tout autour du pays…